Chapitre V.
La perception du mouvement, de la vitesse et du temps
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Il nous reste, Ă propos des activitĂ©s perceptives, Ă rĂ©sumer et discuter les quelques expĂ©riences que nous avons pu faire ou diriger sur la perception du mouvement (Ă commencer par celle des mobiles, au cas oĂč la forme de ceux-ci est conservĂ©e ou modifiĂ©e par le mouvement, et Ă continuer par celle du mouvement stroboscopique), de la vitesse et du temps.
§ 1. La perception des mobiles : le carrĂ© animĂ© dâun mouvement de circumduction (effet Auersperg et Buhrmester).đ
La perception des mobiles soulĂšve deux problĂšmes gĂ©nĂ©raux. Le premier a Ă©tĂ© posĂ© par von WeizsĂącker et par ses deux continuateurs Auersperg et Buhrmester : comment expliquer quâune figure animĂ©e dâun mouvement rapide et continu, par exemple le carrĂ© en circumduction Ă©tudiĂ© par ces deux derniers auteurs1, conserve sa forme jusquâĂ une certaine vitesse au lieu de donner lieu dâemblĂ©e Ă lâimage de fusion correspondant Ă lâimage rĂ©tinienne, ou, Ă son dĂ©part, Ă une suite de carrĂ©s immobiles ou discontinus, ou encore Ă un carrĂ© diffus, ou laissant derriĂšre lui une trace estompĂ©e ? Selon ces auteurs la motricitĂ© intervient nĂ©cessairement en ce processus, non seulement (cela va sans dire) pour suivre du regard le mobile, mais encore pour en discerner ou en restructurer la forme ; en outre, lâintervention de la motricitĂ© dans le mĂ©canisme perceptif se traduirait par une capacitĂ© dâanticipation, ou prolepsis, nĂ©cessaire Ă cette restructuration continue de la forme du mobile, quâil serait impossible selon eux de percevoir dans le seul instant prĂ©sent. Nous nous sommes
1 Alt. Auersperg u. H.C. Buhrmester, Experimenteller Beitrag zur Frage des Bewegtseħens, Zeitschr. f. Sinnesphysiol., t. 66, pp. 274-309 (1936).
[p. 310]donc proposĂ©, avec Lambercier, de vĂ©rifier si la motricitĂ© jouait un rĂŽle nĂ©cessaire dans la structuration mĂȘme de la forme du carrĂ© en circumduction et si ce rĂŽle comportait effectivement toujours un aspect dâanticipation.
Le second problĂšme est dâordre gĂ©nĂ©tique : pour autant que la perception de la forme dâun mobile nĂ©cessite une structuration complexe, avec ajustement des centrations mobiles et coordination des mouvements de poursuite de lâobjet, cette perception sera-t-elle identique, quantitativement et qualitativement, chez lâenfant et chez lâadulte ? Câest ce que nous avons cherchĂ© Ă Ă©tablir (dans la Rech. XIII, avec M. Lambercier et avec la collaboration de B. Beggert, H. Aebli et M. Gan- tenbein). Dans lâĂ©tat actuel de nos recherches, nous pouvons ajouter que ce second problĂšme prĂ©sente une importance particuliĂšre du point de vue de la structuration en gĂ©nĂ©ral des formes chez lâenfant. Dâune part, en effet, lâexamen des centrations et de lâexploration des formes par lâanalyse des mouvements oculaires ou par lâanalyse tachistoscopique nous a montrĂ© les difficultĂ©s de lâenfant Ă fixer son regard sur les points essentiels de la figure et Ă en embrasser les diverses relations constitutives par une mĂȘme centration enveloppant (§ 6 du chap. 11 et § 1 du chap. III). Dâautre part, lâĂ©tude thĂ©orique des formes dâĂ©volution des illusions avec lâĂąge ainsi que lâanalyse de leur maximum temporel en tachistoscopie nous a conduit (chap. III § 9) Ă lâhypothĂšse que les courbes Ă maximum constituaient le cas normal et que par consĂ©quent toute figure donne dâabord lieu Ă une phase de structuration due Ă des activitĂ©s perceptives avant que les effets de champ issus de ces activitĂ©s se stabilisent avec dĂ©croissance des erreurs. Il est alors particuliĂšrement intĂ©ressant dâexaminer, dans le cas de la perception des mobiles oĂč le rĂŽle des activitĂ©s perceptives structurantes est Ă©vident, comment se structure la forme de ces mobiles en fonction de lâĂąge et si une structu- tion active se dĂ©veloppe rĂ©ellement avec lâĂąge pour permettre la rĂ©cognition de formes aussi simples que le carrĂ©.
Nous avons donc Ă©tudiĂ©, au moyen du dispositif dâAuers- perg et Buhrmester, la perception dâun carrĂ© de 25 mm ( 2 mm dâĂ©paisseur des traits) en circumduction (35 mm de diamĂštre de circumduction), aux vitesses de 2-3 Ă 400 tours Ă la minute et chez les enfants de 5 Ă 12 ans ainsi que chez lâadulte. On sait, depuis lâanalyse dâAuersperg et Buhrmester, que la figure en vitesses croissantes est perçue trĂšs diffĂ©remment selon trois phases et deux interphases, dĂ©terminĂ©es par la ma-
[p. 311]niÚre dont la perception relie les éléments du carré en ses positions successives (pour ces positions, voir la fig. 53).
Phase I : on perçoit le carré en forme nette et constante.
Interphase I-II : le carrĂ© se brouille, les extrĂ©mitĂ©s contiguĂ«s des cĂŽtĂ©s sâentrecroisent et lâon voit apparaĂźtre des croix dĂ©centrĂ©es et asymĂ©triques.
Phase II : une croix simple se situe au centre de la figure et sâinscrit dans une sorte de grand carrĂ© Ă angles arrondis dĂ©jĂ visible au cours de lâin- terphase prĂ©cĂ©dente mais se contractant en une surface
moins Ă©tendue (2X25=50 mm de diamĂštre) que lâaire de circumduction (60 mm).
Interphase II-III : la croix simple sâĂ©paissit et se transforme plus ou moins brusquement en une croix double.
Phase III : (image de fusion) un croix double, immobile bien que papillottante, inscrite dans un grand cadre carré (25+35 = 60 mm) à angles arrondis.

Voici dâabord les rĂ©sultats obtenus en fonction de lâĂąge et de la distance (les valeurs entre parenthĂšses pour 1 m sont celles dâun second groupe de sujets, le mĂȘme qui a donnĂ© lieu aux mesures Ă 3 m) :
Tabl. 103. Vitesses critiques en fonction de lâĂąge et de la distance (en tours/min) pour les phases II (croix simple) et 111 (croix double) avec Ă©clairement moyen :
On constate dâabord que la vitesse de circumduction correspondant Ă lâapparition des phases II et III est de plus en plus forte avec lâĂąge, et selon une croissance trĂšs rĂ©guliĂšre. Cela signifie donc que la structuration de la figure sous la forme dâun carrĂ© (phase I) puis dâune croix simple (phase II) dure Ă des vitesses de plus en plus grandes Ă mesure que lâĂąge augmente (il est vrai que nous nâavons pas mesurĂ© lâĂ©tendue des interphases, ce qui serait bien difficile chez lâenfant, mais on peut admettre quâelle est ou constante ou proportionnelle Ă celle des phases antĂ©rieures et quâelle ne sâaccroĂźt pas avec lâĂąge au delĂ de ces proportions). Ce premier rĂ©sultat exprime donc en fait le progrĂšs de la structuration avec lâĂąge.
Le second enseignement de ce tabl. 103 est lâamĂ©lioration de la structuration avec la distance, ce qui suffit dĂ©jĂ Ă dĂ©montrer le rĂŽle de la motricitĂ©, puisque lâaccroissement de distance, tout en diminuant la nettetĂ©, diminue ainsi lâangle visuel et favorise donc le mouvement de poursuite du regard en rĂ©duisant son amplitude. RĂ©ciproquement, et sans quâil soit besoin de fournir les chiffres (voir le tabl. 2 de la Rech. XIII), il va de soi que, Ă distance Ă©gale (1 m), la diminution dâĂ©clairement fait obstacle Ă la structuration en diminuant la nettetĂ©.
La comparaison des mesures en ordre ascendant des vitesses et en ordre descendant fournit un second groupe de
[p. 313]résultats instructifs. Si nous appelons s la différence entre les deux valeurs divisée par 2, nous trouvons :
Tabl. 104. Comparaison des vitesses critiques ascendante et descendante de la limite inférieure de la phase II (croix simple) en tours/min 1 :
On constate alors ces deux faits dont le second est remarquable, que la structuration semble meilleure en ordre descendant quâascendant chez lâadulte, mais que câest lâinverse Ă 5-6 ans (avec Ă©galitĂ© entre deux). Que le carrĂ© soit structurĂ© Ă des vitesses plus grandes en ordre descendant (chez les sujets qui ne lâont pas vu au dĂ©part) quâascendant (alors quâil ne sâagit que de continuer Ă le voir) peut sembler paradoxal, mais sâĂ©claire Ă lâexamen des effets de durĂ©e de prĂ©sentation : cette derniĂšre expĂ©rience (qui est inutile de rapporter ici en dĂ©tail) a montrĂ© chez lâadulte quâen passant dâune demi-seconde Ă 1, 2, 5 et 10 sec. (pour 200 Ă 400 tr/min) la perception se modifie dans le sens des phases Iâ1IâIII, Ă©videmment parce que, Ă suivre sans cesse la mĂȘme trajectoire circulaire, le regard se fatigue ou, plus prĂ©cisĂ©ment, dĂ©crit des cercles ou des ellipses de diamĂštre de plus en plus court, ce qui, verrons- nous, explique le passage aux phases II et III. Câest sans doute pourquoi, en ordre ascendant la structuration semble moins bonne (en durĂ©e libre), tandis quâen ordre descendant lâattention Ă©veillĂ©e par le spectacle inconnu facilite la structuration. Or, il nâen est pas de mĂȘme des enfants de 5-5 ans, ce qui, joint aux rĂ©sultats de cet Ăąge du tabl. 103, montre assurĂ©ment une difficultĂ© plus grande de structuration chez les petits, câest-Ă -dire (le carrĂ© Ă©tant la meilleure des « bonnes formes » aprĂšs le cercle) une difficultĂ© Ă ajuster les centrations mobiles, Ă maintenir le regard en mouvement rĂ©gulier et adaptĂ©, etc.
1 Dix enfants par groupe dâĂąge et vingt-cinq adultes.
[p. 314]Quant aux contrĂŽles sur nous-mĂȘmes, nous avons constatĂ© que, en fixant du regard durant la phase I une lentille blanche immobile situĂ©e au centre du cercle de circumduction, le carrĂ© devient diffus et perd sa couleur blanche sans mĂ©lange. A fixer Ă nouveau le carrĂ©, il retrouve sa forme et sa couleur nettes, mais câest la pastille qui entre en mouvement relatif de circumduction. A fixer le regard entre deux, il est irrĂ©sistiblement attirĂ© par le mobile, en vertu du rĂ©flexe connu dâorientation. Le rĂŽle de la motricitĂ© est donc incontestable durant la phase I. Quand Ă la phase II, il en est de mĂȘme, bien que la croix simple paraisse immobile : en fixant la pastille, on voit aussitĂŽt la croix se dĂ©doubler comme dans la phase III et les cercles de circumduction apparente secondaire atteindre leur maximum (35 mm), ce qui dĂ©montre Ă nouveau lâaction de la motricitĂ©. Il en est de mĂȘme si lâon regarde la figure passivement (en pensant Ă autre chose). Mais il est clair quâau cours de cette phase II le mouvement du regard, encore rĂ©el et agissant, ne dĂ©crit plus que des cercles ou des ellipsoĂŻdes de diamĂštres rĂ©duits, Ă©tant de plus en plus dĂ©passĂ© par le mouvement du carrĂ©.
Cela dit, cherchons maintenant comment interprĂ©ter les faits et ce quâils nous apprennent sur les structurations enfantines. En ce qui concerne la phase I on peut sans doute faire lâĂ©conomie de la prolepsis tout en reconnaissant pleinement quâil existe un problĂšme du seul fait que lâon perçoit un seul mobile identique Ă lui-mĂȘme et non une succession dâobjets juxtaposĂ©s, et en reconnaissant aussi que le mouvement comme tel ne se rĂ©duit pas Ă une suite dâinstantanĂ©s mais constitue un continu reliant un passĂ© qui se prolonge insensiblement dans le prĂ©sent Ă un futur immĂ©diat dĂ©jĂ liĂ© Ă ce prĂ©sent. Mais, de mĂȘme quâun mouvement oculaire peut « transporter » la longueur dâun objet sur celle dâun autre pour les comparer, et une forme ou mĂȘme une diffĂ©rence sur une autre pour les identifier, de mĂȘme il suffira dâun transport continu du carrĂ© en position n sur le carrĂ© en position suivante pour lâidentifier (lâidentitĂ© Ă©tant une relation perceptible comme lâĂ©galitĂ© ou la diffĂ©rence): que cette identitĂ© suppose une schĂ©matisation active, câest-Ă - dire davantage quâun simple enregistrement, nous en tombons dâaccord, mais il nây a pas lĂ nĂ©cessitĂ© dâun anticipation, puisque dans cette phase I la vitesse du transport est Ă©gale et pourrait ĂȘtre supĂ©rieure Ă celle de la circumduction elle-mĂȘme.
La phase II par contre soulĂšve un problĂšme plus complexe, puisquâelle ne correspond ni Ă la perception dâun carrĂ© ni Ă
[p. 315]lâimage rĂ©tinienne de fusion, mais aboutit Ă la construction dâune figure originale (la croix simple avec contraction gĂ©nĂ©rale du cadre) dont il sâagit dâexpliquer les propriĂ©tĂ©s. Auers- perg et Buhrmester parlent alors dâun retard de 45° de la pro- lepsis, ce qui expliquerait la structuration en croix. Mais une explication plus simple nous paraĂźt suffire (sans parler des difficultĂ©s inhĂ©rentes au retard dâune anticipation, Ă un retard fixe de 45° malgrĂ© la variation des vitesses de circumduction, et Ă lâhypothĂšse gratuite selon laquelle le mouvement du regard conserverait sa mĂȘme amplitude) : elle consiste dâabord Ă admettre que le transport, effectivement inapte Ă suivre, Ă partir dâune vitesse variant avec lâĂąge, le carrĂ© en sa trajectoire complĂšte, dĂ©crit alors un mouvement approximativement circulaire mais dâamplitude de plus en plus restreinte ; il sâensuit immĂ©diatement que lâespace intercalaire e (voir la fig. 53) et en gĂ©nĂ©ral lâespace rĂ©fĂ©rentiel ne pouvant plus ĂȘtre repĂ©rĂ©s par localisation des cĂŽtĂ©s internes du carrĂ© en circumduction, sont dĂ©valorisĂ©s toujours davantage et que rĂ©ciproquement ils ne peuvent plus servir Ă la localisation de ces cĂŽtĂ©s internes ; ceux-ci Ă©tant dĂ©localisĂ©s tendent alors Ă fusionner au fur et Ă mesure de la rĂ©duction de lâamplitude des mouvements du regard, et il en rĂ©sulte enfin simultanĂ©ment la formation dâune croix simple (par fusion des cĂŽtĂ©s internes vus successivement en leur position optimale) et la contraction gĂ©nĂ©rale de la figure.
Quant Ă la phase III elle ne pose pas de problĂšme, car elle rĂ©sulte simplement de lâabandon progressif des transports oculo- moteurs.
Notons encore que cette contraction des espaces rĂ©fĂ©rentiel et intercalaire avec dĂ©localisation des cĂŽtĂ©s internes du carrĂ© nâest pas une simple vue de lâesprit. Non seulement on retrouve une telle contraction dans les mouvements stroboscopiques (voir § 2) et dans la perception de la vitesse en gĂ©nĂ©ral (§ 3), mais encore nous lâavons vĂ©rifiĂ©e dans le prĂ©sent cas de la façon suivante. En imprimant Ă une seule verticale un mouvement de circumduction, mais en masquant ses extrĂ©mitĂ©s supĂ©rieure et infĂ©rieure (fig. 54) il nây a pas dĂ©valuation de lâespace E au cours de la phase I (durant laquelle la verticale apparaĂźt alternativement Ă gauche et Ă droite) mais on observe un rĂ©trĂ©cissement sensible au cours de la phase 11 : or, lâeffet disparaĂźt dĂšs quâon cherche Ă le mesurer, du seul fait que le

mesurant stabilise le regard. Dâune maniĂšre gĂ©nĂ©rale le phĂ©nomĂšne peut donc sâexpliquer de la maniĂšre suivante. Une distance est Ă©valuĂ©e en conditions normales grĂące aux repĂšres immobiles qui la limitent, et cela sans doute par lâintermĂ©diaire dâun certain nombre de « rencontres » (cf. chap. Il § 2) sur lâespace vide, soit par centration directe sur cet espace, soit Ă partir des centrations sur les repĂšres limites (extrĂ©mitĂ©s) 1. Si les repĂšres sont en mouvement lent, leurs positions doivent elles- mĂȘmes ĂȘtre repĂ©rĂ©es grĂące aux distances Ă©valuĂ©es dans lâespace rĂ©fĂ©rentiel (le fond), mais les distances sont Ă leur tour estimĂ©es en fonction des positions successives de ces mobiles : dâoĂč un cercle dont le sujet ne parvient Ă sortir que dans la mesure oĂč les « rencontres » Ă partir des centrations mobiles fournissent encore une distinction entre les repĂšres mobiles et lâespace rĂ©fĂ©rentiel immobile. Avec lâaccroissement des vitesses, par contre, les distances perceptibles se rĂ©duisent aux intervalles entre les mobiles, intervalles eux-mĂȘmes mobiles et susceptibles de surestimations ou sous-estimations, par exemple par action du prĂ©cĂ©dent sur le suivant (ce que nous verrons au § 3). Dans le cas particulier du carrĂ© en circumduction (fig. 55), lâintervalle AB entre les cĂŽtĂ©s latĂ©raux du carrĂ© (ou entre le supĂ©rieur et lâinfĂ©rieur) Ă©tant constant et surtout ces cĂŽtĂ©s Ă©tant perçus simultanĂ©ment, il ne donne pas lieu Ă dĂ©formation. Par contre, les intervalles AD compris entre les positions extrĂȘmes (le cĂŽtĂ© gauche du carrĂ© quand celui-ci est Ă gauche et son cĂŽtĂ© droit quand il est Ă droite) ou BC entre les positions proximales (le cĂŽtĂ© droit quand le carrĂ© est Ă gauche et le gauche quand il est Ă droite), sont des intervalles entre positions successives : aux vitesses faibles (phase I), avec un regard en mouvement encore centrĂ© sur le carrĂ© lui-mĂȘme, ces positions sâordonnent donc encore par rapport Ă lâespace rĂ©fĂ©rentiel ; mais aux vitesses plus grandes de la phase II, quand le regard suit une trajectoire circulaire dâamplitude toujours plus restreinte et que les centrations mobiles ne sâattachent plus au milieu ni mĂȘme peut-ĂȘtre Ă lâintĂ©rieur du carrĂ© et se rapprochent toujours davantage du centre de la figure totale, il sâagit alors pour le
1 On sait par exemple quâun espace vide de longueur x insĂ©rĂ© entre deux horizontales de mĂȘme longueur x est dĂ©valuĂ© par rapport Ă ces horizontales (voir chap. II § 2, Remarque finale); un tel fait semble bien montrer que lâestimation de la distance ne dĂ©pend pas simplement des lieux rĂ©tiniens, mais aussi du nombre des « rencontres » entre lâobjet et les organes rĂ©cepteurs, ces rencontres Ă©tant alors plus nombreuses sur des traits pleins que sur un espace vide. Il va alors de soi que si deux ou plusieurs mobiles (cf. les cĂŽtĂ©s du carrĂ© en circumduction rapide) traversant un espace rĂ©fĂ©rentiel vide, les chances de « rencontres » sur celui-ci sont de plus en plus faibles.
[p. 317]sujet de surveiller en succession trÚs rapide à la fois les positions distales des cÎtés du carré (A et D) et les positions proximales B et C (fig. 55), ce qui suppose un jeu de centrations à la fois mobiles et enveloppantes distribuant les « rencontres » sur quatre points presque simultanés dont les plus importants
sont les plus Ă©loignĂ©s. En ce cas, les intervalles se conservant avec le plus de probabilitĂ© seront les intervalles AB et CD, câest-Ă -dire les distances constantes entre les traits effectivement simultanĂ©s, tandis que lâintervalle total AD (entre traits immĂ©diatement successifs)
sera dĂ©valuĂ©, Ă la fois parce que lâespace rĂ©fĂ©rentiel nâest plus perceptible et parce que les traits A et D sont les plus distants de la centration mobile et donnent lieu aux « rencontres » successives les plus Ă©loignĂ©es de la fovĂ©a en mouvement. Quant Ă lâintervalle BC (espace intercalaire), il nâa alors plus de raison de subsister puisque, si le regard surveille Ă distance les traits A et D et ne voit plus rien de lâespace rĂ©fĂ©rentiel, il nâa plus aucun moyen de localiser les traits B et C lâun par rapport Ă lâautre et peut dâautre part les fusionner tout en conservant les distances AB et CD. Ces divers effets se produisant . en vertical aussi bien quâen horizontal, il en rĂ©sulte la croix simple et la contraction gĂ©nĂ©rale de la figure, toutes deux issues ainsi dâune dĂ©localisation due aux conditions des centrations, lorsque celles-ci sont obligĂ©es dâĂȘtre dâautant plus enveloppantes Ă distance quâelles sont plus mobiles tandis quâelles suivent une trajectoire dâamplitude plus restreinte.
Cette analyse permet alors de dĂ©gager lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©tique des rĂ©sultats des tabl. 103 et 104. Nous savions dĂ©jĂ par lâexamen tachistoscopique que les centrations de lâenfant sont moins enveloppantes que celles de lâadulte (chap. II § 6) et que, en prĂ©sence dâune figure immobile, lâenfant Ă©prouve beaucoup plus de difficultĂ© que lâadulte Ă ajuster ses centrations et Ă organiser ses explorations et transports (chap. III § 1). Nous constatons maintenant que dans les situations oĂč il sâagit de suivre du regard un mobile et dâajuster les transports en fonction de centrations Ă la fois mobiles et enveloppantes, il est plus rapidement dĂ©bordĂ© par la tĂąche (tabl. 103) et que, en particulier, aux vitesses descendantes (tabl. 104), il ne parvient en moyenne Ă 5-6 ans quâĂ 163 tours/min (au lieu de 220 chez lâadulte) Ă reconnaĂźtre les Ă©lĂ©ments du carrĂ© (dĂ©but de lâinterphase I-II, la reco-

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[p. 318]gnition du carrĂ© lui-mĂȘme ne sâeffectuant quâĂ un nombre infĂ©rieur de tous/min). Ces diverses rĂ©actions convergentes montrent ainsi de façon gĂ©nĂ©rale les difficultĂ©s de la structuration qui subsistent encore aux Ăąges les plus bas auxquels ces expĂ©riences sont possibles. Mais lâĂąge de 5-6 ans reprĂ©sente dĂ©jĂ une somme considĂ©rable dâexercices perceptifs et lâon doit donc Ă juste titre se demander ce quâil en serait de la structuration dâune forme perceptive immobile, mĂȘme simple, au cours des premiers mois dâexistence et a fortiori des figures en mouvement qui se prĂ©sentent Ă©galement dans lâexpĂ©rience perceptive du nourrisson. Câest pourquoi ces rĂ©sultats sont dâun certain intĂ©rĂȘt dans lâhypothĂšse de la nĂ©cessitĂ© dâactivitĂ©s perceptives primaires, constitutives des effets de champ.
§ 2. Le mouvement stroboscopique.đ
On aura remarquĂ© lâanalogie Ă©vidente qui existe entre les effets dont la description prĂ©cĂšde et les fameux mouvements dits apparents ou stroboscopiques. La diffĂ©rence est assurĂ©ment que le carrĂ© dâAuersperg et Buhrmester se dĂ©place lui-mĂȘme et occupe alternativement deux positions extrĂȘmes x et y, tandis que dans les expĂ©riences stroboscopiques un objet A immobile apparaĂźt en x puis un second objet immobile B apparaĂźt en y quand disparaĂźt lâobjet A, et rĂ©ciproquement : Ă un certain rythme des successions (une vitesse au sens de la frĂ©quence), les objets A et B semblent alors constituer un seul et mĂȘme objet circulant entre x et y. Mais cette diffĂ©rence essentielle admise, on retrouve les trois mĂȘmes phases en fonction de lâaugmentation de la vitesse (vitesse de parcours pour le carrĂ© ou vitesse-frĂ©quence pour les prĂ©sentations de A et de B) : une phase I de perception distincte (un mĂȘme carrĂ© en positions diffĂ©rentes ou deux objets A et B en positions sĂ©parĂ©es), une phase II de dĂ©localisation (cĂŽtĂ©s internes du carrĂ© accolĂ©s en une croix simple ou mouvement apparent de AC=B entre x et y) et une phase finale III de fusion (croix double pour le carrĂ© ou deux objets simultanĂ©s A et B immobiles et sĂ©parĂ©s). En outre, de mĂȘme que lâenfant parvient Ă la phase II de lâeffet prĂ©cĂ©dent (croix simple) pour des vitesses de circumduction infĂ©rieures Ă celles qui sont nĂ©cesaires chez lâadulte, de mĂȘme Meili et Tobler ont trouvĂ© que lâenfant parvenait Ă la perception de mouvements stroboscopiques (donc Ă la phase II Ă©galement) Ă des vitesses-frĂ©quences plus basses que chez lâadulte.
[p. 319]Nous nous sommes donc demandĂ© si le schĂ©ma prĂ©cĂ©demment adoptĂ© pour lâexplication de lâeffet Auersperg et Buhrmester restait valable dans le cas des mouvements apparents, ce qui renforcerait les analogies quâon a souvent soulignĂ©es entre la perception stroboscopique et la perception des mouvements rĂ©els et serait peut-ĂȘtre de nature Ă simplifier la question si complexe et si controversĂ©e des mouvements apparents. Nous avons alors confiĂ© Ă M. M. Gantenbein lâĂ©tude de diffĂ©rentes situations stroboscopiques permettant la comparaison entre enfants et adultes et ce sont ses rĂ©sultats (Rech. XIV) que nous allons maintenant discuter.
I. Sans vouloir tenter ici de rĂ©sumer les travaux abondants (et de points de vue trĂšs variĂ©s) consacrĂ©s au mouvement apparent, ni par consĂ©quent chercher en quoi le schĂ©ma proposĂ© contredit certaines thĂšses connues ou se conforme au contraire Ă ce que chacun admet, indiquons dâabord les hypothĂšses inspirĂ©es par les analogies rappelĂ©es Ă lâinstant, de maniĂšre Ă mieux saisir comment M. M. Gantenbein a cherchĂ© Ă les contrĂŽler. Mais il faut insister, Ă cet Ă©gard, sur le fait que le schĂ©ma en question est de nature simplement relationnelle et demeure par consĂ©quent indĂ©pendant des substructures causales, câest-Ă -dire physiologiques, que lâon pourra invoquer par ailleurs et auxquelles se rĂ©fĂšrent la plupart des thĂ©ories.
Les deux relations essentielles Ă considĂ©rer sont alors celles de lâidentitĂ© et de la localisation des objets A et B. Lorsque A et B sont de mĂȘmes formes, couleurs et grandeurs, leur identitĂ© ne se distingue quâĂ leur localisation et une dĂ©localisation peut conduire Ă les fusionner en un seul objet. Mais il se peut aussi que A et B soient de formes diffĂ©rentes (par exemple une droite et un arc de cercle) et que le mouvement apparent consiste alors Ă voir la droite se courber et lâarc se redresser, avec perte de lâidentitĂ© respective de A et de B et identification entre eux mais sâaccompagnant dâun changement de forme. Il en sera de mĂȘme si lâon prĂ©sente en succession rapide un point suivi de traits de longueurs croissantes : ici le point semble sâallonger de façon continue, par perte des identitĂ©s sĂ©parĂ©es et identification en un seul objet changeant de grandeur ; etc.
Quant Ă la localisation, rappelons ce fait fondamental quĂ© quand le regard en mouvement parcourt un fond stable formĂ© dâobjets situĂ©s sur le mĂȘme plan, ceux-ci paraissent immobiles malgrĂ© leurs dĂ©placements par rapport au regard, mais que, sâils ne sont pas sur le mĂȘme plan, ceux du premier plan pa-
[p. 320]raissent se dĂ©placer par rapport Ă ceux du fond. Si lâon place un objet trĂšs prĂšs des yeux, il paraĂźt se dĂ©placer fortement avec les mouvements du regard et il en est de mĂȘme sâil sâagit dâun fond neutre (un grand carton) dont on ne voit pas les bords mais dont on distingue la texture, sans doute parce que le fond, Ă©tant plus proche des yeux que dans la vision habituelle, apparaĂźt lui-mĂȘme comme un objet par rapport Ă un fond immobile situĂ© derriĂšre lui et cependant invisible (lâexpĂ©rience antĂ©rieure paraĂźt jouer un rĂŽle en ce cas). Bref la localisation, avec rĂ©partition en mobiles et en rĂ©fĂ©rences fixes, dĂ©pend de lâorganisation des plans en profondeurs et notamment de la mise en rĂ©fĂ©rence des objets ou figures avec un fond tenu, par dĂ©cision (au niveau perceptif), comme immobile (mais qui cesse de lâĂȘtre lorsque lâon sort des conditions habituelles et que lâon dĂ©place le globe oculaire non plus par un mouvement intentionnel mais par une pression du doigt).
Une seconde donnĂ©e essentielle concernant la localisation est que mĂȘme un objet immobile unique, surgissant brusquement parmi les figures du fond, donne lieu Ă un mouvement apparent qui semble le conduire au point oĂč il surgit : par exemple lâimpression quâil sort de derriĂšre et suit une brĂšve trajectoire perpendiculaire au plan du fond. Il arrive frĂ©quemment aussi quâun objet non remarquĂ© en pĂ©riphĂ©rie (en gĂ©nĂ©ral aux limites extrĂȘmes du champ, mais le regard du sujet Ă©tant immobile ou presque) puis brusquement aperçu, paraisse se dĂ©placer Ă ce moment prĂ©cis (donc au moment oĂč il apparaĂźt, mais cette fois subjectivement et non pas par apparition objective puisquâil Ă©tait dĂ©jĂ prĂ©sent mais non encore distinct) : on perçoit, par exemple, un petit mouvement dâun objet, pris alors pour un animal ou un humain, alors quâen ajustant le regard on reconnaĂźt un caillou ou un tronc immobiles. Ces deux sortes de faits montrent quâun mouvement apparent peut ĂȘtre liĂ© Ă lâidentification et Ă la localisation conjointes dâun objet unique et nâest pas assujetti aux conditions de la succession dâun objet A et dâun objet B objectivement distincts.
Cela dit il est alors aisĂ© dâinterprĂ©ter le mouvement stro- boscopique en termes de dĂ©sidentification et de dĂ©localisation, en mettant en relations les conditions objectives de succession des apparitions A et B avec les activitĂ©s perceptives du sujet, comme nous lâavons fait pour la vitesse de circumduction du carrĂ© et la vitesse de transport ou la position des centrations mobiles et enveloppantes du sujet. Il faut seulement insister sur le fait que lâanalyse photographique des mouvements oculaires en
[p. 321]situation stroboscopique, conduite par Guilford et Helson 1 puis par Hulin et Katz2 a montrĂ© que, sâil existe normalement un dĂ©placement du regard de A sur B et rĂ©ciproquement au cours de la phase I (apparitions perçues comme distinctes et successives, avec localisation adĂ©quate de ces objets vus immobiles), il nây a en gĂ©nĂ©ral pas de mouvements oculaires durant la phase Il (mouvement apparent), ou du moins pas de mouvements oculaires corrĂ©latant avec le mouvement apparent des objets alors identifiĂ©s en un seul mobile. Mais câest prĂ©cisĂ©ment cette absence de transport oculo-moteur complet au cours de la phase II que nous allons invoquer, et nous nâavons nullement lâintention dâexpliquer, avec O. Fischer3 ou avec G. D. Higginson4, les mouvements apparents par les mouvements oculaires. Par contre il faut prĂ©ciser dâemblĂ©e que lâabsence de transport oculo- moteur effectif et complet nâexclut en rien lâintervention trĂšs probable dâune Ă©bauche de transport (avec mouvement du regard esquissĂ© mais non rĂ©alisĂ©, par exemple sous la forme dâune incitation motrice inhibĂ©e Ă un niveau ou relai quelconque), ni surtout lâintervention certaine dâune extension du champ initial de la centration sur A, tendant alors Ă envelopper Ă distance lâobjet B qui apparaĂźt (selon un jeu de « rencontres » en pĂ©riphĂ©rie rĂ©sultant du fait que la centration sur A devient enveloppante et relie A dĂ©jĂ perçu Ă B nouvellement apparu). Nous appellerons donc « transport interne ou incomplet » (Tpi) de A sur B, sans nous prononcer sur ses concomitants physiologiques, la tendance Ă relier A Ă B lorsque A disparaĂźt objectivement (mais avec une extinction de la perception en retard sur cette disparition) et que B apparaĂźt ; et il est entendu que le transport interne ou incomplet Tpi demeure prĂ©cisĂ©ment tel parce quâun transport effectif Tp ne peut ĂȘtre effectuĂ© (faute de mouvement oculaire assez rapide, etc.).
Cela admis, la phase I (deux apparitions, distinctes et successives) sâexplique par le fait quâun transport rĂ©el Tp est possible et nâexige quâun temps infĂ©rieur ou Ă©gal au temps t(A,B) sâĂ©coulant entre la disparition perçue de A et lâapparition perçue de B (la disparition perçue correspond Ă la disparition rĂ©elle plus la durĂ©e dâextinction et lâapparition perçue Ă lâapparition rĂ©elle plus le temps de « montĂ©e » de lâexcitation). Le transport Tp Ă©tant possible, lâespace rĂ©fĂ©rentiel E compris entre A et B ne prĂ©sente pas de raison de dĂ©valuation et les
1 Amer. Journ. of Psychol., t. 41 (1929), pp. 595-606.
2 Ibid., t. 46 (1934), pp. 332-4.
3 PMI. Stud., t. 3 (1886), pp. 128-150.
4 Amer. Journ. 0/ Psychol., t. 37 (1926). pp. 408-413.
[p. 322]objets A et B sont localisés adéquatement par rapport à ce fond immobile.
Lorsque lâon diminue le temps t(A, B), donc que lâon augmente la vitesse-frĂ©quence des successions ABABâŠ, il vient un moment oĂč A tend Ă demeurer prĂ©sent, mais en voie de disparition, quand B apparaĂźt plus loin. Par le fait mĂȘme, le transport complet Tp de A sur B nâest plus possible, tandis quâun transport interne ou incomplet Tpi sâimpose cependant si la centration du regard porte sur A et son voisinage et si B attire les « rencontres » et provoque une extension du champ de centration dans le sens de lâenveloppement de cet Ă©lĂ©ment B. Si t(Tp) est le temps nĂ©cessaire au transport rĂ©el et t(Tpi) au transport interne, on aura donc :
(51) t(A, B) > t(Tp) et t(A, B) †t(Tpi)
Mais il sâensuit aussi que, faute de temps, lâespace rĂ©fĂ©rentiel E ne saurait plus ĂȘtre repĂ©rĂ© et donne donc lieu Ă une sous-estimation ; dâautre part, les Ă©lĂ©ments A et B ne sauraient plus ĂȘtre localisĂ©s au cours du transport interne Tpi faute dâun tel repĂ©rage. La question est alors de comprendre pourquoi les Ă©lĂ©ments A et B donnent lieu en ce cas Ă une identification A=B avec mouvement apparent de A Ă B et ne se bornent pas Ă se rapprocher en demeurant toujours distincts.
Il faut dâabord rappeler que presque tous les observateurs ont Ă©tabli la prĂ©sence dâinterphases ou de situations intermĂ©diaires entre les phases 1 et II (ainsi quâentre II et III) : succession de deux traits avec mouvements dâapparition et de disparition, mouvement dâun seul trait avec variations apparentes dâintensitĂ© (van der Waals et Roelops, etc.), et mĂȘme (observation de Wertheimer mais non retrouvĂ©e par tous) des mouvements purs sans supports ou mobiles matĂ©riels (mouvements phi). Dâautre part, une expĂ©rience fondamentale de PiĂ©ron montre que lâon peut obtenir des mouvements stroboscopiques en projetant respectivement les objets A et B sur un Ćil et sur lâautre sĂ©parĂ©ment et en faisant ainsi intervenir pour chacun des Ă©lĂ©ments A et B une rĂ©tine diffĂ©rente et un hĂ©misphĂšre cĂ©rĂ©bral distinct, ce qui exclut les explications physiologiques par interactions proches (courts-circuits oculaires ou cĂ©rĂ©braux).
A nous en tenir donc aux seules relations perçues (identitĂ© et localisation), ainsi quâĂ lâanalyse de leurs conditions (qui
[p. 323]seule les rend explicatives), nous devons maintenant constater que, durant la phase â et en vertu de la prop. 51, lâexistence dâune non-identitĂ© entre A et B et celle de localisations distinctes devient perceptivement indĂ©cidable. Deux Ă©lĂ©ments de mĂȘmes formes, couleurs et grandeurs sont non-identiques perceptivement sâils sont perçus simultanĂ©ment en des lieux diffĂ©rents : sâils le sont successivement (ou mĂȘme simultanĂ©ment) au mĂȘme endroit, on ne sait si lâun recouvre lâautre ou sâils se confondent ; et sâils le sont successivement en des lieux diffĂ©rents, on ne sait pas sâils sont deux ou si un seul et mĂȘme Ă©lĂ©ment sâest dĂ©placĂ©. Or, au moment oĂč A disparaĂźt (subjectivement), B apparaĂźt, et tous deux sont Ă la fois plus proches (dĂ©valuation de E) et non localisables avec prĂ©cision. La question est donc dâabord de savoir sâil est plus simple pour le sujet de les identifier ou de les distinguer : Ă cet Ă©gard le transport interne Tpi crĂ©e un lien entre eux et suggĂšre leur identitĂ© apparente, que seule pourrait exclure une double localisation, elle-mĂȘme indĂ©cidable faute de transport complet. Quant Ă la perception dâun mouvement, la disparition de A et lâapparition de B sont dĂ©jĂ des mouvements pour autant que la perception visualise dans lâespace de telles modifications du tableau perçu ; et le transport incomplet Tpi, faute de repĂ©rer lâespace E, favorise encore ces dĂ©buts de mouvement. Le problĂšme nâest plus alors que de comprendre comment ces mouvements partiels se relient en un tout, ce qui nâest pas plus mystĂ©rieux que de comprendre pourquoi une suite de segments discontinus est perçu comme un tout ou comment on passe de la perception de quelques lettres Ă la forme dâensemble dâun mot. Ici Ă nouveau la question se pose donc en termes de probabilitĂ© et de dĂ©cision et en fonction de la simplicitĂ© (donc des coĂ»ts et des gains) : est-il plus simple de percevoir deux objets (dont on ne voit pas sâils sont deux ou un seul) dâexĂ©cuter des dĂ©buts de mouvements sous une forme A puis sous une forme B aux environs des positions x et y, ou de voir un seul objet A(=B) passer de x en y ? On pourrait hĂ©siter si le sujet Ă©tait immobile ou inactif et se bornait Ă enregistrer des donnĂ©es sans parti-pris ; mais il agit toujours et son action pĂšse sur la dĂ©cision, dâune maniĂšre ou dâune autre selon lâĂąge (et, naturellement, selon les situations).
Chez lâadulte, lâeffort porte au maximum sur la rĂ©alisation dâun transport rĂ©el ou complet Tp, qui maintiendra donc les identitĂ©s sĂ©parĂ©es et les localisations approximatives, dâoĂč lâapparition tardive de la phase IL Chez lâenfant dont la vitesse
[p. 324]et lâajustement des transports rĂ©els sont sans doute moins grands (voir § 1), les centrations enveloppantes moins prĂ©cises, etc., il est plus simple de renoncer aux transports complets Tp et de se contenter de transports incomplets Tpi qui font alors pencher la dĂ©cision vers le mouvement unique, tant Ă cause du manque de critĂšres de localisation et dâidentification que parce que le transport interne suggĂšre Ă lui seul le modĂšle perceptif dâune marche de 4 en x vers B en y. Chez lâadulte câest ce qui se produira aussi, une fois le transport rĂ©el Tp dĂ©passĂ©, comme cela arrive (et Ă©galement Ă de plus grandes vitesses que chez lâenfant) pour la phase II de lâeffet Auers- perg (croix simple).
La phase III (simultanĂ©itĂ©) ne pose par contre plus de problĂšme, chacun des deux Ă©lĂ©ments A et B Ă©tant encore perçu quand lâautre apparaĂźt, ce qui exclut leur identification et permet leur localisation.
IL Telles Ă©tant les hypothĂšses de dĂ©part, M. M. Ganten- bein a cherchĂ© Ă les vĂ©rifier par un ensemble de mesures portant sur les diffĂ©rents facteurs connus du mouvement strobos- copique, notamment la distance entre les traits A et B, les temps dâexposition, lâintervalle temporel, lâĂ©clairement et lâinfluence des points de fixation, le tout considĂ©rĂ© dans la perspective gĂ©nĂ©tique.
II (1). A commencer par ce dernier aspect, M. M. Ganten- bein a retrouvĂ© dans toutes les situations la loi dĂ©jĂ Ă©noncĂ©e par Meili et Tobler1 selon laquelle le mouvement apparent et la simultanĂ©itĂ© sont atteints dâautant plus facilement (= pour des vitesses-frĂ©quences moins grandes) que lâenfant est plus jeune. Mais elle a Ă©tabli en plus (et il nous paraĂźt indispensable dâexaminer ces deux rĂ©sultats Ă la fois) cette autre loi selon laquelle la rĂ©pĂ©tition (ou exercice) renforce au contraire la production du mouvement apparent et de la simultanĂ©itĂ© (pour des vitesses-frĂ©quences moins grandes) et cela Ă 9-12 ans et chez lâadulte bien davantage encore quâĂ 5-8 ans (cf. tabl. 21 de la Rech. XIV). Or, il y a lĂ un paradoxe instructif. Dans les recherches que nous avons faites jusquâici sur les effets de la rĂ©pĂ©tition (chap. III, § 2), nous avons observĂ© en gĂ©nĂ©ral que ces effets dâexercice sont orientĂ©s dans le mĂȘme sens que ceux du dĂ©veloppement avec lâĂąge : les illusions de MĂŒller-Lyer et du losange, qui diminuent avec lâĂąge diminuent aussi avec lâexercice, tandis que lâillusion dâOppel-Kundt
1 Arch. de Psychol., t. 23 (1931), pp. 131-156.
[p. 325]augmente dans les deux cas et que celle de lâĂ©querre donne des rĂ©sultats variables dans les deux cas Ă©galement. Le fait que le mouvement stroboscopique sâattĂ©nue avec lâĂąge mais se renforce au contraire avec lâexercice (et ceci surtout chez les grands) soulĂšve donc un problĂšme et semble indiquer lâintervention dâune double activitĂ© se dĂ©veloppant soit avec lâĂąge soit avec lâexercice. Or, câest prĂ©cisĂ©ment ce quâil est aisĂ© de montrer en sâappuyant sur les considĂ©rations prĂ©cĂ©dentes. Dâune part, puisque le mouvement apparent rĂ©sulte dâune impossibilitĂ© des transports complets Tp, lorsque les Ă©lĂ©ments A et B se succĂšdent trop rapidement (ce qui empĂȘche alors de conserver leurs identitĂ©s distinctes et de les localiser), il est naturel que les progrĂšs du transport Tp avec lâĂąge tiennent toujours davantage en Ă©chec cette production des mouvements stroboscopiques. Mais, dâautre part, le transport incomplet Tpi ne suffit pas Ă assurer Ă lui seul la production du mouvement apparent : il nâen dĂ©termine que les conditions nĂ©cessaires (difficultĂ©s dâidentification et de localisation) mais Ă elles seules non suffisantes, car il reste Ă relier les mouvements dâapparition et de disparition de A et de B par un mouvement total conduisant A (identifiĂ© Ă B) de la position x Ă la position y et retour. Or, cette gĂ©nĂ©ralisation des mouvements partiels en un mouvement total suppose elle aussi une activitĂ© de structuration dont on conçoit bien que lâexercice la dĂ©veloppe, car, aprĂšs avoir perçu des mouvements apparents, leur effet si frappant ne peut que renforcer les structurations ultĂ©rieures dans le mĂȘme sens : mĂȘme si la rĂ©pĂ©tition affine le transport Tp, ce qui serait donc un effet contraire Ă la production du mouvement apparent, la capacitĂ© de relier les mouvements partiels en un tout peut donc sâexercer plus rapidement encore et lâon comprend ainsi comment en ce cas particulier et peut- ĂȘtre unique, il devient possible que les effets du dĂ©veloppement avec lâĂąge et ceux de lâentraĂźnement ou exercice soient orientĂ©s en sens contraires les uns des autres.
11 (2). Une seconde question intĂ©ressante du point de vue thĂ©orique quâa réétudiĂ©e M. M. Gantenbein aprĂšs beaucoup dâautres auteurs est celle du rĂŽle des points de fixation. On sait que Cermak et Koffka1 avaient cru Ă©tablir quâune perception pĂ©riphĂ©rique des excitants dĂ©favorise le mouvement optimum au profit de la succession (ce qui serait favorable Ă la thĂ©orie du court-circuit), mais un autre gestaltiste, Galli 2
1 Psychol. Forscħ., vol. 1 (1921), pp. 66-129.
2 Contribua del Labor. d. psicoĂŻ. dell. Univ. Cattol. d. S. Cuore, 1, Fasc. 4 (1926), pp. 201-244.
[p. 326]avait dĂ©jĂ controuvĂ© cette assertion et avait montrĂ© quâune fixation Ă mi-hauteur et Ă mi-distance des deux traits A et B donne au contraire lieu Ă un mouvement apparent moins frĂ©quent que si le point de centration est Ă©loignĂ© des excitants. Galli explique ce rĂ©sultat par le fait que les traits tombent alors dans la pĂ©riphĂ©rie de la rĂ©tine et quâen pĂ©riphĂ©rie la sensibilitĂ© au mouvement augmente, tandis que la nettetĂ© diminue. Ces derniĂšres affirmations sont conformes aux rĂ©sultats de Basler1 et de Hartmann2. De mĂȘme Hillebrand 3 trouve que la fixation Ă mi-hauteur et Ă mi-distance des traits rend la perception du mouvement continu impossible et ne laisse subsister que des mouvements partiels. Van der Waals et Roelops4 obtiennent des rĂ©sultats semblables et ajoutent que si le point de fixation ne joue guĂšre de rĂŽle aux petites distances, la fixation sur le premier Ă©lĂ©ment favorise le mouvement apparent aux grandes distances plus que la fixation sur le second. Scholz s confirme Ă©galement quâune vision pĂ©riphĂ©rique renforce le mouvement apparent et quâelle renforce concurremment la sous-estimation de lâespace intercalaire parcouru par le mouvement. Reprenant les mĂȘmes problĂšmes de 6 Ă 13 ans et Ă lâĂąge adulte M. M. Gantenbein obtient les trois rĂ©sultats suivants communs Ă tous les Ăąges : (a) la situation optimum est lâabsence de points obligĂ©s de fixation, sans doute parce quâalors le sujet centre spontanĂ©ment le premier trait (situation favorisant aussi le mouvement apparent), puis parfois le second mais Ă nouveau le premier, etc., avec un retard constant du transport sur le mouvement apparent ; (b) une vision pĂ©riphĂ©rique favorise aussi la production du mouvement stroboscopique, mais moins que lâabsence de fixation ; (c) la situation la plus dĂ©favorable (sans ĂȘtre pour autant prohibitive chez lâadulte) est la fixation Ă mi-hauteur et Ă mi-distance.
On voit donc que ces rĂ©sultats, conformes Ă ceux de la grande majoritĂ© des auteurs (avec quelques prĂ©cisions en plus, notamment gĂ©nĂ©tiques) mais contraires Ă ceux de Cer- mak et Koffka, sâexpliquent aisĂ©ment selon les hypothĂšses prĂ©cĂ©dentes (cf. I) : la fixation Ă mi-chemin des traits dĂ©favorise le mouvement apparent parce quâelle favorise les identitĂ©s, les localisations et le transport complet, tandis que la vision pĂ©-
1 P/lĂŒgers ArcħiÏ ., t. 115 (1906), pp. 583-601 et t. 124 (1908), pp. 313-35. 2 Psychol. Forsch., t. 3 (1923), pp. 19.
3 Zeitschr. f. Psychol., t. 89/90 (1922), pp. 209-272, 1-66.
4 Ibid., t. 114, pp. 241-288, t. 115, pp. 91-193 (1930) et t. 128 (1933), pp. 314- 354.
5 Psychol. Forsch., t. 5 (1924), pp. 219-272.
[p. 327]riphĂ©rique ou la fixation sur le premier trait (ou sur lâun et lâautre alternativement) conduisent aux rĂ©sultats contraires.
II (3). Une troisiĂšme question Ă©tudiĂ©e est plus dĂ©licate et concerne le rĂŽle de la distance entre les traits A et B. Presque tous les auteurs ont soutenu que le mouvement apparent Ă©tait dâautant plus frĂ©quent que la distance est plus courte, sauf Korte 1 qui, quoique gestaltiste, trouve des mouvements optimaux avec lâaccroissement de la distance mais Ă condition dâaugmenter corrĂ©lativement lâintervalle temporel. En travaillant en conditions constantes selon le dispositif de Van der Waals et Roelops, avec un intervalle temporel de 60°, des temps dâexposition (Ă©gaux pour A et B) de 60° et un Ă©clairement de 65 lux, mais avec le point de fixation le moins favorable, Ă mi-hauteur et mi-distance des traits2, M. M. Ganten- bein a obtenu pour les distances de 10, 50 et 80 cm les rĂ©sultats suivants pour le passage de la phase I (succession) Ă la phase II (mouvement apparent) :
Tabl. 105. Influence de la distance entre les traits3:
On remarque dâabord la progression trĂšs rĂ©guliĂšre avec lâĂąge dans le sens dâune diminution graduelle des mouvements apparents (cf. Il 1). Mais on remarque surtout lâuniformitĂ©, Ă tout Ăąge, des accroissements de lâeffet avec la distance (rĂ©sultat qui se retrouve aussi clairement quant au passage des mouvements de la phase II aux simultanĂ©itĂ©s de la phase III). Ce rĂ©sultat par trop conforme Ă lâinterprĂ©tation par le transport incomplet (car il est Ă©vident que la probabilitĂ© pour que les transports demeurent incomplets augmente avec la dis-
1 A. Kohte, Kinematoscopische Untersuchungen, Zeitsch. f. Psychol., t. 72 (1915), pp. 193-296.
2 Point de fixation choisi pour freiner les mouvements apparents trop faciles de lâenfant et permettre ainsi une meilleure comparaison avec lâadulte.
Les durĂ©es sont mesurĂ©es ici par lâangle de rotation du disque de lâappareil. Cf. Rech. XIV.
3 10 sujets par ùge. Les résultats sont donnés en mesures temporelles (ms) et sont donc indiqués en ordre inverse des vitesses-fréquences, le plus long temps correspondant ainsi à la plus grande vitesse de succession des traits A et B.
[p. 328]tance), nous a dâabord Ă vrai dire presquâun peu inquiĂ©tĂ©s, mais, si nous nâavons pas encore lu de travaux confirmant les donnĂ©es, plusieurs collĂšgues de passage Ă notre laboratoire nous ont dit avoir observĂ© des faits du mĂȘme genre en opposition avec lâopinion courante. La rĂ©gularitĂ© des courbes est par ailleurs frappante et une contradiction sâĂ©tant manifestĂ©e entre les rĂ©sultats pour 10 cm et ceux pour 20 cm Ă©tudiĂ©s en dâautres de ses expĂ©riences, M. M. Gantenbein a pu Ă©tablir quâelle Ă©tait due aux effets dâentraĂźnement et que, Ă comparer les rĂ©actions Ă 10 et Ă 20 cm en neutralisant lâordre de succession, on retrouvait la mĂȘme loi. Nous ne soutiendrons cependant pas quâelle soit gĂ©nĂ©rale, puisquâon a trouvĂ© ordinairement le contraire. Mais nous supposerons (jusquâĂ plus ample informĂ© avec variations des facteurs) que cette distribution exceptionnelle du tabl. 105 est prĂ©cisĂ©ment due Ă la prĂ©sence dâun point de fixation dĂ©favorable et que la contradiction entre ces rĂ©sultats et ceux de la plupart des auteurs ne demeure quâapparente et est du mĂȘme ordre que la contradiction Ă©galement apparente observĂ©e entre les courbes de dĂ©veloppement ou dâexercice. Deux facteurs principaux interviennent, comme dĂ©jĂ dit, dans la formation dâun effet stroboscopique, ces deux facteurs Ă©tant ordinairement solidaires par subordination du second au premier, mais pouvant se dissocier partiellement lorsquâune situation favorise lâun et dĂ©favorise lâautre : (a) le caractĂšre incomplet du transport Tpi, qui favorise la dĂ©localisation ainsi que les pertes dâidentitĂ©s respectives des traits A et B ; et (b) la rĂ©union des mouvements de disparition et dâapparition en un mouvement total. Or, en principe, les petites distances favorisent lâaction du facteur (5) et dĂ©favorisent celle du facteur (a), tandis que les distances plus grandes favorisent (a). Dans les expĂ©riences habituelles sur lâadulte, oĂč les auteurs ont choisi probablement les points de fixation les plus propices Ă lâeffet stroboscopique (vision pĂ©riphĂ©rique ou absence de fixation obligĂ©e) ces points de fixation suffisent Ă rendre incomplet le transport (renforcement du facteur a) et lâeffet est alors dâautant meilleur que la distance est plus courte parce que cela favorise le facteur b. Dans les expĂ©riences de Gantenbein sur enfants et adultes, le point de fixation mĂ©dian freine aux petites distances lâaction du facteur a : en ce cas, lâaugmentation de la distance rend incomplets les transports (renforcement du facteur a) et rend possible par ce fait mĂȘme la formation de mouvements dâensemble (facteur b) pour remĂ©dier aux dĂ©localisations ainsi provoquĂ©es. En bref, si le point de fixation favorise dĂ©jĂ le facteur a, lâeffet est
[p. 329]dâautant meilleur que la distance est plus petite, parce que cela renforce le facteur b ; si au contraire le point de fixation dĂ©favorise le facteur a, le facteur b qui lui est subordonnĂ© ne suffit pas Ă produire un fort effet : une augmentation de distances renforce alors le facteur a et par cela mĂȘme lâaction du facteur b, mais en tant cette fois que facilitĂ© par le caractĂšre incomplet des transports (donc en tant que subordonnĂ© au facteur a).
II (4) M. M. Gantenbein a, en outre, confirmĂ© quâune diminution de lâintervalle temporel favorise lâapparition du mouvement apparent puis de la simultanĂ©itĂ©, tandis quâune diminution des temps dâexposition les dĂ©favorise ainsi quâune augmentation de lâĂ©clairement. Inutile de revenir sur ces faits connus. Par contre il est intĂ©ressant de signaler quâelle a retrouvĂ© les rĂ©sultats obtenus par Scholz 1 en ce qui concerne la dĂ©valuation de lâespace compris entre les traits A et Zi (avec lĂ©gĂšre surestimation quand la distance est petite puis sous- estimation croissant avec la distance), ce qui correspond Ă la contraction du cadre de la croix simple dans lâeffet Auers- perg et Buhrmester (voir § 1 et commentaire des fig. 54 et 55). Par exemple, sur 20 adultes2, 70 % ont remarquĂ© une dĂ©valuation de lâespace de 80 cm, 30 % nâont rien remarquĂ© (Ă©galitĂ©) et aucun nâa perçu de surestimation.
Au total, il semble donc admissible que le schĂ©ma explicatif applicable aux effets produits par le carrĂ© en circumduction (§ 1) sâapplique Ă©galement au mouvement stroboscopique et en fournisse les raisons relationnelles.
§ 3. La perception de la vitesse.đ
Du point de vue des opĂ©rations intellectuelles Ă leur niveau dâachĂšvement, la vitesse apparaĂźt comme un rapport entre lâespace parcouru et la durĂ©e, soit v=e : t, ce qui donnerait Ă penser que lâespace et la durĂ©e sont des composantes Ă©lĂ©mentaires et la vitesse un produit composĂ©. On a parfois cherchĂ© Ă prĂ©senter la perception de la vitesse dâune maniĂšre analogue : Brown suppose, par exemple, que la vitesse phĂ©nomĂ©nale correspond Ă un rapport entre la durĂ©e phĂ©nomĂ©nale et
1 Loc. oit.
2 Ceci Ă lâoccasion des expĂ©riences prĂ©cĂ©dentes et avec fixation Ă mi- hauteur et mi-distance des traits, câest-Ă -dire en une situation qui conduirait Ă la surestimation de cet espace intercalaire sans lâintervention du mouvement apparent.
[p. 330]lâespace perçu. Mais, dĂ©jĂ sur le terrain des notions, on sâaperçoit du fait que la vitesse-rĂ©sultante (v = e : f) est de formation tardive (vers 8-9 ans) et quâelle est prĂ©cĂ©dĂ©e par un concept ordinal de la vitesse fondĂ© sur lâintuition du dĂ©passement : un mobile situĂ© derriĂšre un autre en un moment antĂ©rieur puis devant cet autre en un moment ultĂ©rieur est jugĂ© plus rapide en fonction de simples relations dâordre spatiales (derriĂšre et devant) et temporelles (avant et aprĂšs) mais sans recours ni Ă lâespace parcouru ni Ă la durĂ©e. Du point de vue perceptif, dâautre part, il est difficile de penser que la perception de lâespace parcouru et de la durĂ©e constituent des composantes Ă©lĂ©mentaires et la perception de la vitesse un produit composĂ© (Ă la maniĂšre, par exemple, dont une grandeur constante constituerait une rĂ©sultante composĂ©e par opposition aux grandeurs apparentes et aux distances) : en effet, la perception de la vitesse est au moins aussi Ă©lĂ©mentaire que celle de la durĂ©e (sinon davantage) puisque lâon perçoit dĂ©jĂ les vitesses de mobiles traversant un champ visuel immobile. Dâautre part, la perception dâun mouvement en tant que dĂ©placement ne repose que sur des changements dâordre, et tout ce que nous avons vu aux § § 1 et 2 de la perception dâun mobile ou de celle des mouvements apparents sâexplique par des correspondances ordinales entre les mouvements (ou successions discontinues) des mobiles et les mouvements du regard nĂ©cessaires aux transports, que ceux-ci rĂ©ussissent Ă suivre les mobiles (correspondance des positions spatio-temporelles) ou soient dĂ©passĂ©s par eux (non correspondance qui empĂȘche alors les dĂ©formations Ă©tudiĂ©es). Il est donc lĂ©gitime de se demander, Ă titre dâhypothĂšse de travail, si lâon ne pourrait pas Ă©galement rendre compte de la perception de la vitesse par des considĂ©rations ou purement ordinales, ou semi- ordinales et semi-mĂ©triques (« mĂ©triques ordinales » au sens de Coombs = « hyperordinales » au sens de Suppes), câest-Ă -dire avec estimation en plus ou en moins de certains intervalles spatiaux, mais toujours encore sans la nĂ©cessitĂ© dâune Ă©valuation des durĂ©es.
Câest cette interprĂ©tation que nous avons cherchĂ© Ă vĂ©rifier avec Y. Feller et E. McNear (Rech. XXXVI). Le sens de cette hypothĂšse est quâil nâexiste pas de vitesse perceptive absolue (estimation de la vitesse dâun seul mobile), mais quâune vitesse est toujours Ă©valuĂ©e en relation avec une autre vitesse : lorsquâun seul mobile traverse le champ visuel, sa vitesse serait alors perçue en relation soit avec celle des mouvements ocu-
[p. 331]laires (dans le cas dâun champ visuel mobile) soit avec des vitesses inverses (dont il sâagit de prĂ©ciser la nature dans le cas dâun champ visuel immobile).
1. Examinons dâabord le cas de deux mobiles perçus simultanĂ©ment. En cette situation il va de soi que la vitesse de chacun des mobiles est Ă©valuĂ©e relativement Ă celle de lâautre et que, les mouvements Ă©tant synchrones, il suffit de juger Ă chaque instant de lâintervalle qui les sĂ©pare pour ĂȘtre renseignĂ© sur leurs vitesses relatives.. Si les mouvements sont de mĂȘme direction, on percevra ainsi quâun mobile situĂ© derriĂšre un autre (dans le sens du mouvement) va cependant plus vite que lui du fait que lâintervalle diminue progressivement jusquâau rattrappement puis augmente progressivement aprĂšs le dĂ©passement. En cas de croisement ou de mouvements divergents sur la mĂȘme trajectoire une organisation immĂ©diate des symĂ©tries permet le mĂȘme genre dâĂ©valuations et, en cas de mouvements quelconques, on a tendance à « transporter » lâune des trajectoires sur lâautre pour retrouver le mĂȘme mode dâestimation. Or, comparer des intervalles ne revient ni Ă faire appel aux durĂ©es ni mĂȘme Ă recourir aux espaces parcourus. La perception de la durĂ©e est inutile puisque les mouvements sont simultanĂ©s et que la simultanĂ©itĂ© est une relation dâordre (= ni avant ni aprĂšs). Quant aux espaces, il y a bien Ă©valuation de lâintervalle entre les mobiles, ce qui suppose donc une estimation hyperordinale (en « plus ou moins grand » intervalle), mais non pas une Ă©valuation de lâespace parcouru par chaque mobile depuis son point dâorigine (ce qui supposerait un appel dĂ©passant la perception), tandis que les intervalles successifs sâĂ©valuent de proche en proche, avec simple perception de leur augmentation, diminution ou Ă©galitĂ©.
Si ces interprĂ©tations sont fondĂ©es, il faut sâattendre Ă ce que le dĂ©passement et mĂȘme le rattrappement donnent lieu Ă des effets perceptifs particuliers dus Ă la sous-estimation ou Ă la surestimation progressives des intervalles dĂ©croissants ou croissants. Il faut en outre sâattendre Ă ce que la position apparente des mobiles soit fonction de lâintervalle (constant ou variable) qui les sĂ©pare plus que des chemins parcourus en leur totalitĂ©.
En ce qui concerne le premier de ces deux points, nous avons eu la chance de trouver un effet systématique en ce qui concerne le dépassement. La présentation se fait par films. Dans une séquence 1 les mobiles A et B partent simultané-
[p. 332]ment du mĂȘme point (lâun au-dessus de lâautre Ă 6 cm dâintervalle), mais A Ă une vitesse de 17 cm-sec et B de 11, de telle sorte que A dĂ©passe B (65 cm de trajet). A et B sâarrĂȘtent simultanĂ©ment et aprĂšs 1,5 sec, B continue seul (nous lâappellerons alors Bâ) en faisant un trajet Ă©gal Ă celui quâil a parcouru et dans son prolongement. La sĂ©quence 2 est semblable mais câest B qui dĂ©passe A. SĂ©quence 3 : rattrapement puis dĂ©passement sur un trajet de 150 cm sans course isolĂ©e de Bâ (dĂ©parts successifs et arrĂȘts simultanĂ©s avec un dĂ©calagee de 30 cm). SĂ©quence 4 : comme 3 mais trajectoire de 65 cm et course isolĂ©e de Bâ aprĂšs arrĂȘt de 1,5 sec.
Les rĂ©sultats obtenus sont de deux sortes, selon quâil sâagit de lâeffet AB (pendant la marche simultanĂ©e des deux mobiles) ou de lâeffet BBâ (comparaison de la vitesse de B accompagnĂ© de A avec la vitesse de Bâ isolĂ©, qui est donc le mĂȘme mobile B). Or, les effets AB se sont trouvĂ©s ĂȘtre massifs, du moins pour un intervalle assez grand (16 cm pour la sĂ©quence 1 contre 8 cm pour la sĂ©q. 4) tandis que les effets BBâ sont quasi-nuls pour la raison que nous verrons :
Tabl. 106. Effets AB et BBâ de dĂ©passement (21 adultes) en % des sujets 1 :
Â
AB
BBâ
Séq
Nul
AcDt
RaDĂ©
AcDt +RaDĂ©
AcDĂ©
RaDt
AcDĂ© +RaDt
Nul
B,>B
b<b :
DĂ©<Dt
DĂ©>Dt
1
0
24
26
100
0
0
0
29
42
29
42
29
2
19
29
42
71
5
5
10
38
38
24
24
38
3
20
30
50
80
0
0
0
âÂ
âÂ
âÂ
âÂ
âÂ
4
25
10
50
60
10
5
15
45
30
25
30
25
Â
On voit que les effets AB sont en moyenne trĂšs forts, sous la forme surtout dâun ralentissement croissant du dĂ©passĂ©, qui nâest pas alors perçu comme de vitesse constante mais affectĂ© dâune accĂ©lĂ©ration nĂ©gative. Le mĂȘme effet se marque, mais moins souvent, par une accĂ©lĂ©ration apparente du dĂ©passant. La raison de ces effets ne saurait sans doute tenir Ă une mise en relation des espaces parcourus (depuis le point
1 AbrĂ©viations : Seq = sĂ©quences ; Nul = pas dâeffet ; AcDt = accĂ©lĂ©ration du dĂ©passant ; RaDé = ralentissement du dĂ©passé ; AcDĂ© et RaDt = effets inverses ; Bâ > B signifie Bâ plus rapide que B et < moins rapide.
[p. 333]dâorigine) et des durĂ©es et se rĂ©duit bien plus simplement Ă une surestimation croissante des intervalles entre A et B sous lâeffet de leur agrandissement objectif. Mais cela suppose un transport du mouvement de A sur celui de B et rĂ©ciproquement et plus simplement une transposition continue de leurs intervalles sur les suivants. Lorsquâon demande au sujet de comparer B Ă Bâ (donc les deux mouvements successifs du mĂȘme mobile B), il nĂ©glige au contraire A, perçoit le mouvement de B comme constant et lâon nâobtient alors aucun effet BBâ systĂ©matique (Ă part peut-ĂȘtre le fait que la vitesse attribuĂ©e Ă B est souvent une sorte de compromis entre celles de A et de B).
LâexpĂ©rience faite sur 16 enfants de 5-7 ans au moyen des sĂ©quences 1 et 2 (et sans question BBâ qui suppose une comparaison en succession) a donnĂ© un rĂ©sultat analogue mais affaibli, pour la sĂ©q. 1 (82 AcDt+RaDĂ©) et un rĂ©cultat non significatif pour la sĂ©q. 2.
Le rattrapement donne lieu chez lâadulte Ă des rĂ©sultats qualitativement semblables Ă ceux du dĂ©passement mais quantitativement plus faibles (50 Ă 60 % de AcDt+RaDĂ© contre 5 Ă 25 % dâeffets inverses, avec 20 Ă 38 % dâabsences dâeffets.) Quant aux croisements, ils donnent Ă peu prĂšs les mĂȘmes proportions dâeffets dâaccĂ©lĂ©ration, de ralentissement et dâeffets nuis, en particulier Ă vitesses Ă©gales. Il est donc clair que ce ne sont pas les intervalles comme tels qui constituent le facteur dĂ©cisif, mais bien le mĂ©canisme rendant possible avec plus ou moins de facilitĂ© le transport ou la transposition des intervalles antĂ©rieurs sur les suivants (ce qui devient difficile dans le cas du croisement).
Tabl. 107. DĂ©localisation du mobile B pendant son arrĂȘt momentané :
Quant au second des points Ă examiner, câest-Ă -dire Ă la position apparente des mobiles en fonction de lâintervalle, nous avons fait une observation certes banale mais utile Ă discuter. Deux mobiles sont animĂ©s dâune mĂȘme vitesse constante (tou-
[p. 334]jours par film), mais lâinfĂ©rieur B devance le supĂ©rieur A dâun intervalle de 20 cm dans lâune des sĂ©quences et de 30 dans lâautre. Au milieu du trajet, B sâarrĂȘte un instant tandis que A continue Ă la mĂȘme vitesse. Quand A a dĂ©passĂ© B du mĂȘme intervalle, B se remet en marche, toujours Ă la mĂȘme vitesse. En ce cas, on observe pendant lâarrĂȘt de B un recul apparent de celui-ci : voir tabl. 107.
Lâeffet, massif pour 20 cm dâintervalle, tombe donc Ă 50 % pour 30 cm. En outre le recul apparent augmente si lâon fixe B, tandis quâen fixant A, celui-ci est lĂ©gĂšrement accĂ©lĂ©rĂ© et le recul de B sâaffaiblit. Il est donc clair que, en lâabsence de tout fond immobile, la localisation dâun mobile sâeffectue en fonction non pas du chemin quâil a parcouru, mais de lâintervalle qui le sĂ©pare de lâ utre mobile. Lorsque cet intervalle cesse dâĂȘtre constant, il cesse dâĂȘtre perçu Ă la maniĂšre de la longueur dâun trait immobile, mais se prĂ©sente comme une distance variable entre deux points changeant constamment de position. Le repĂ©rage nĂ©cessaire Ă la localisation de chacun de ces deux points ne saurait alors quâĂȘtre fonction du repĂ©rage de lâautre, dâoĂč lâapparition dâun mouvement relatif perçu avec la mĂȘme nettetĂ© que sâil Ă©tait absolu. Lâexistence de ces mouvements relatifs est alors fondamentale pour ce qui suit.
IL Le second ensemble de problĂšmes a trait Ă la perception de la vitesse dâun seul mobile, avec libertĂ© de mouvements du regard. Si vraiment la vitesse dâun mobile est toujours perçue relativement Ă celle dâun autre, il ne reste en ce cas, comme second mobile, que le regard mĂȘme du sujet et nous nous sommes appliquĂ©s Ă vĂ©rifier que ce mouvement du regard engendrait effectivement la production de mouvements relatifs, sous la forme de modifications de la vitesse apparente du mobile perçu. Nous nous sommes livrĂ©s Ă deux sortes de vĂ©rifications, lâune (II A) portant sur les situations oĂč lâon peut modifier les mouvements du regard, lâautre (II B) sur les effets gĂ©nĂ©ralement attribuĂ©s aux modifications du champ (du fond immobile) et que nous avons Ă©tĂ© conduits Ă expliquer par les mouvements oculaires.
II A. Dâanciens auteurs comme Fleischl, Aubert, etc., avaient dĂ©jĂ signalĂ© le paradoxe suivant : dâune part, un mobile traversant la zone centrale du champ visuel (fovĂ©a), quand celui-ci est immobile, paraĂźt plus rapide quâen pĂ©riphĂ©rie ; mais dâautre part, un mobile que lâon suit du regard
[p. 335]paraĂźt plus lent que si on le perçoit avec fixation continue au milieu de son parcours, alors quâĂ©videmment il est plus souvent en pĂ©riphĂ©rie dans ce second cas et reste presque continuellement dans la zone fovĂ©ale si on le suit du regard. Or, ce paradoxe nâa plus rien de paradoxal si lâon tient compte des mouvements relatifs du mobile par rapport Ă ceux du regard lui-mĂȘme : dans le cas oĂč le regard est fixĂ©, donc immobile, le mobile paraĂźt naturellement plus rapide, et, dans le cas oĂč le regard lâaccompagne, il sâĂ©tablit un compromis entre la vitesse relative du mobile par rapport au mouvement du regard (vitesse relative qui est alors en moyenne nulle) et la vitesse absolue du mobile et du regard conjoints.
Pour justifier cette interprĂ©tation du « paradoxe », nous avons dâabord vĂ©rifiĂ© les faits sur 32 adultes et 18 enfants de 5-7 ans (Ă la lumiĂšre), et 23+18 (dans lâobscuritĂ©) avec une trajectoire de 120 cm 1. Les adultes ont fourni 100 % dâaccĂ©lĂ©ration avec fixation (Ă la lumiĂšre ou dans lâobscuritĂ©) au milieu du trajet et les enfants 100 % dans lâobscuritĂ© et 72 % Ă la lumiĂšre (22 % sans effet et 6 % de ralentissement). AprĂšs quoi nous avons divisĂ© la trajectoire en deux, rĂ©duit les mobiles Ă un seul et priĂ© les sujets (adultes) de comparer sa vitesse dans lâune des moitiĂ©s du champ Ă sa vitesse dans lâautre, avec fixation du regard dans lâune et mouvement de poursuite dans lâautre ; mais nous avons Ă©galement priĂ© les sujets de comparer les deux moitiĂ©s du trajet du point de vue des espaces parcourus et du point de vue des durĂ©es, pour voir sâil y avait concordance ou non entre ces Ă©valuations spatio- temporelles et les estimations cinĂ©matiques. Voici les rĂ©sultats :
Tabl. 108. Modifications de la vitesse, de lâespace et de la durĂ©e avec fixation du regard au milieu du parcours2 :
Variations pendant la fixation :
Augmentation
Diminution
Pas dâeffet
Vitesse
65(88)
28(6)
7(6)
Espace
21(47)
58(33)
21(20)
Durée
36(33)
21(33)
43(33)
1 II ne sâagit plus ici de films mais dâune suite de mobiles (mouchets Ă la lumiĂšre et points phosphorescents Ă lâobscuritĂ© se dĂ©plaçant sur un fil mĂ» par un moteur de train Ă©lectrique.
2 Entre parenthĂšses : Ă lâobscuritĂ© (le tout en % des sujets).
[p. 336]A dĂ©pouiller les rĂ©sultats individuels, on trouve alors 7 % de concordance entre les jugements du point de vue de la relation v = e : t (27 Ă lâobscuritĂ©), 57 % de non-concordance (21) et 36 % de cas Ă©quivoques (52), câest-Ă -dire augmentation ou diminution des trois. Il est donc clair que lâaccĂ©lĂ©ration apparente du mobile en cas de regard fixĂ© au milieu de la trajectoire ne sâexplique pas par une mise en relation entre lâespace et le temps apparents, ce qui constitue un indice en faveur dâune composition ordinale entre le mouvement du regard et celui du mobile.
Mais surtout, si notre interprĂ©tation est exacte, on doit pouvoir obtenir des mouvements relatifs non pas seulement en suivant du regard le mobile ou en le fixant sans dĂ©placement, mais aussi en le croisant (comme dans le cas oĂč la vitesse du train quâon croise paraĂźt renforcĂ©e). Nous avons eu quelque peine Ă rĂ©aliser lâexpĂ©rience, parce quâil y a plusieurs maniĂšres de fixer son attention et quâil est assez difficile de croiser du regard un mobile avec une vitesse relativement constante et enfin que, Ă la lumiĂšre, le fond immobile joue un rĂŽle perturbateur. Par contre, en cherchant dâabord sur chaque sujet la longueur de trajet du mobile et la vitesse de dĂ©placement du regard (rĂ©glĂ©e au mĂ©tronome) auxquels il perçoit le mieux un effet (que celui-ci soit conforme ou opposĂ© Ă nos prĂ©visions), nous avons trouvĂ©, en opĂ©rant dans lâobscurité :
Tabl. 109. Effets des mouvements croisés du mobile et du regard (obscurité) :
Comme, dans le mouvement croisĂ©, le croisĂ© est beaucoup moins centrĂ© que dans le mouvement de poursuite, on ne saurait interprĂ©ter cette accĂ©lĂ©ration apparente que comme lâeffet dâun mouvement relatif par rapport au champ visuel.
II B. Si les mouvements du regard semblent ainsi jouer un rĂŽle dans lâestimation des vitesses et un rĂŽle indĂ©pendant du rapport v = e âą. t, câest-Ă -dire tenant Ă des considĂ©rations simplement ordinales et hyperordinales (dĂ©passement, etc., et estimation des intervalles), il doit alors ĂȘtre possible dâinter-
[p. 337]prĂȘter de la mĂȘme maniĂšre plusieurs effets connus que lâon cherche habituellement Ă ramener Ă des actions de champ (structure du fond immobile) et que Brown explique par le rapport phĂ©nomĂ©nal v = e : t.
Par exemple, lâaccĂ©lĂ©ration apparente du mobile lors de son apparition dans le champ (que nous avons retrouvĂ©e Ă un haut degrĂ© chez lâadulte, mais moindre chez lâenfant) sâexplique de la maniĂšre la plus simple par le double fait (a) que le regard est fixĂ© au point dâapparition avant de poursuivre le mobile avec un lĂ©ger retard, ce qui favorise un instant un mouvement relatif par rapport au champ visuel immobile ; et (b) que le regard ayant quelque retard avant de sâajuster Ă la poursuite du mobile, celui-ci semble accĂ©lĂ©rĂ© par rapport au mouvement du regard, en tant que le dĂ©passant.
Les effets de disparition sont moins nets (deux fois moins nombreux et avec accĂ©lĂ©ration dans la proportion de 4 Ă 1 contre 18 Ă 1 pour les apparitions). La raison en est que le point de disparition constitue un point de centration possible en avant et non pas en arriĂšre du mobile : en ce cas, il se produit un va et vient du regard entre le mobile qui continue dâavancer et le point oĂč il va disparaĂźtre, dâoĂč des effets mixtes.
On a signalĂ©, dâautre part, que la multiplication des rĂ©fĂ©rences dans le champ produit en gĂ©nĂ©ral une accĂ©lĂ©ration apparente du mobile. Nous avons cherchĂ© Ă Ă©tudier ce phĂ©nomĂšne dans lâintention de choisir entre lâinterprĂ©tation ordinale par le rĂŽle des mouvements oculaires et lâinterprĂ©tation mĂ©trique du type v = e : t. Pour ce faire nous avons divisĂ© le champ de parcours du mobile en deux moitiĂ©s, dont lâune a Ă©tĂ© munie de neuf barres verticales sous lesquelles passe le mobile, ce qui a lâavantage de prĂ©senter une configuration dâespace divisĂ© (cf. lâillusion dâOppel-Kundt), qui est censĂ©e conduire Ă une surestimation de la longueur de cette partie du champ. Les barres ont Ă©tĂ© situĂ©es en trois positions distinctes : I premiĂšre moitiĂ©, Il seconde moitiĂ© et III entre le 1/4 et les 3/4 : Voir le tabl. 110.
On voit que, sans effet massif, la vitesse augmente subjectivement en gĂ©nĂ©ral avec la prĂ©sence des barres (sauf chez lâenfant dans la seconde moitiĂ© du champ : sit. II). Par contre lâespace est en moyenne contractĂ©, comme câest la rĂšgle lorsquâil est parcouru par un mobile rapide (sous-estimation sans doute due Ă lâabsence de centration sur le fond immobile).. Quant Ă la relation v = e ; t on trouve seulement 45 % de
[p. 338]concordance chez lâadulte et 24 % chez lâenfant, 39 et 65 % de non concordance et 16 et 11 % de cas indĂ©cidables.
Tabl. 110. Modifications de la vitesse, etc., sous lâinfluence des neuf barres dans les situations I-IIIÂ :
(+ augmentation de vitesse ; â diminution ; 0 pas dâeffet)
Â
Â
Â
Adultes
Â
Â
Enfants
Â
Â
Â
+
0
âÂ
+
0
âÂ
Â
Vitesse âŠ.
84
5
11
65
5
30
I âą
Temps âŠ.
32
13
55
53
0
47
Â
Espace âŠ.
26
29
45
29
24
47
II
Vitesse
63
20
17
41
24
35
III
 »
70
15
15
71
11
18
Â
Puisque lâeffet dâaccĂ©lĂ©ration nâest pas dĂ» Ă la composition v = e : t, il est une autre interprĂ©tation beaucoup plus simple : chaque barre aMire le regard et constitue un obstacle Ă la rĂ©gularitĂ© du mouvement de poursuite, dâoĂč une accĂ©lĂ©ration apparente du mobile par rapport au mouvement du regard. En outre, chaque fois quâune barre est momentanĂ©ment fixĂ©e, il se produit un effet dâaccĂ©lĂ©ration par centration analogue Ă ce qui se produit dans lâeffet dâapparition, de telle sorte quâon peut considĂ©rer la succession des barres comme engendrant une sorte de suite dâeffets dâapparitions. La preuve en est que les sujets observent frĂ©quemment autour des barres comme ils le signalent souvent aussi au point dâapparition du mobile dans le champ un sillage dĂ» Ă la persistance rĂ©tinienne, qui se produit seulement en cas de fixation et non pas lorsque le regard poursuit le mobile.
Les faits se retrouvent lorsquâau lieu de neuf barres Ă intervalles Ă©gaux, on en place de une Ă quatre sur divers points du champ de parcours : en particulier une seule barre Ă 6 cm du point terminal de la trajectoire engendre chez lâadulte 78 % dâeffets dâaccĂ©lĂ©ration et aucun ef,fet de ralentissement. Lâexplication prĂ©cĂ©dente vaut a fortiori en de tels cas.
Quant Ă lâeffet, Ă©tudiĂ© par Brown, dâune accĂ©lĂ©ration apparente du mobile en cas de rĂ©trĂ©cissement en largeur du champ de parcours, nous lâavons analysĂ© en faisant comparer
[p. 339]les vitesses en un demi-champ de 59X6 cm et un autre de 59X24 cm). Or, lâeffet semble se retrouver si lâespace rĂ©trĂ©ci est situĂ© dans la premiĂšre moitiĂ© du champ ; sâil est situĂ© dans la seconde moitiĂ©, lâeffet persiste chez lâenfant, mais pas chez lâadulte :
Tabl. 111. Réactions au rétrécissement en largeur dans la premiÚre moitié (1) ou dans la seconde (II) du champ de parcours :
Or 60 % de ces adultes perçoivent une accĂ©lĂ©ration dans la premiĂšre moitiĂ© du champ indĂ©pendamment de tout rĂ©trĂ©cissement, contre 23 % des enfants : un effet dâapparition semble donc responsable des accĂ©lĂ©rations apparentes perçues par les adultes dans la premiĂšre moitiĂ© du champ, tandis que, dans la mesure oĂč lâespace rĂ©trĂ©ci est de nature Ă favoriser le mouvement de poursuite du regard il y aurait plutĂŽt ralentissement apparent du fait que le mobile ne dĂ©passe plus le mouvement. Quant aux enfants, dont les mouvements oculaires sont mal adaptĂ©s (dâoĂč un effet dâapparition moins fort, relativement, que chez lâadulte), le cadre rĂ©trĂ©ci les gĂȘnerait plutĂŽt, dâoĂč lâaccĂ©lĂ©ration apparente du mobile indĂ©pendamment des effets dâapparition.
111. Tant lâestimation de la vitesse dâun seul mobile, perçu alors en relation avec les mouvements oculaires, que lâĂ©valuation des vitesses des deux mobiles semblent ainsi relever de compositions ordinales ou hyperordinales sans intervention du rapport v = e : t ni de la durĂ©e elle-mĂȘme, il nous reste Ă nous demander ce que peut ĂȘtre la perception de la vitesse dâun mobile traversant un champ visuel immobile. Or, cette perception existe et est mĂȘme trĂšs nette : mais oĂč se trouve en ce cas le second mobile auquel est comparĂ© le mobile extĂ©rieur ? Une observation frĂ©quente nous a mis sur la piste : les sujets signalent, en effet, souvent que plus le mobile va
[p. 340]vite plus est long le sillage quâil laisse derriĂšre lui au point de fixation. Câest ainsi que dans lâobscuritĂ© un train de mobiles successifs (tous les 5 ou 10 cm) formĂ©s de points phosphorescents est perçu comme une suite de traits : en cas de fixation au milieu du trajet, ces traits sont alors dâautant plus longs quâils sont voisins du point de fixation et dâautant plus courts quâils en sont Ă©loignĂ©s (en vertu du fait connu que la persistance rĂ©tinienne est plus forte dans la fovĂ©a quâen pĂ©riphĂ©rie). Cela dit, lorsquâun mobile traverse le champ visuel immobile nous sommes encore en prĂ©sence de deux vitesses : (a) le passage du dĂ©but des excitations et (b) le passage de la terminaison des excitations (lui-mĂȘme fonction de la vitesse dâextinction). En ce cas, si le mobile accĂ©lĂšre subjectivement son mouvement, lâĂ©cart augmentera entre le passage (a) et le passage (b), tandis que, sâil le ralentit, lâĂ©cart diminuera. Les cellules Ă©tant plus denses dans la fovĂ©a quâen zone pĂ©riphĂ©rique 1, cela revient, dâautre part, Ă dire que la vitesse apparente du mobile sera fonction de la longueur (en nombre de cellules) du train des excitations compris entre (a) et (b). On voit ainsi que, mĂȘme en cette situation, la perception de la vitesse peut sâexpliquer par des considĂ©rations purement ordinales ou hy- perordinales (dĂ©passement plus ou moins grand du passage a par rapport au passage b et intervention de lâintervalle ou longueur du train des excitations), sans rĂ©fĂ©rence nĂ©cessaire au rapport v = e : t. On voit aussi la parentĂ© entre cette interprĂ©tation et lâhypothĂšse des « rencontres » puisque, en champ visuel immobile, la vitesse apparente du mobile sera en fin de compte fonction dâune certaine classe de rencontres « successivement simultanĂ©es ».
En conclusion ces diverses analyses semblent Ă©tablir lâautonomie de la perception des vitesses de mouvements par rapport Ă la perception des durĂ©es, et ses relations directes avec celle du mouvement.
IV. Mais en plus de la vitesse spatiale ou vitesse des mouvements, on peut encore parler de la vitesse au sens de la frĂ©quence, câest-Ă -dire du nombre des rĂ©pĂ©titions dâun mĂȘme Ă©vĂ©nement durant un intervalle de temps. Il y a lĂ un sujet dâĂ©tude que nous ne saurions aborder ici dans son ensemble mais nous voudrions simplement montrer que, malgrĂ© son apparence purement mĂ©trique, la vitesse frĂ©quence donne lieu Ă des rĂ©actions perceptives de caractĂšre ordinal dont le
1 Comme a bien voulu nous le rappeler notre collĂšgue P. Fraisse en lisant notre premier manuscrit sur ce sujet.
[p. 341]parallÚle est frappant avec ce que nous avons vu du dépassement dans le cas de deux mobiles (sous I).
LâexpĂ©rience, rĂ©alisĂ©e avec Y. Feller, consiste Ă faire comparer deux frĂ©quences auditives inĂ©gales (deux mĂ©tronomes Ă 100 et 104 ou Ă 100 et 96) pour voir sâil se produit un effet dâaccĂ©lĂ©ration ou de ralentissement au moment oĂč lâun des mĂ©tronomes dĂ©passe lâautre (les deux battements coĂŻncident un moment, puis prĂ©sentent un dĂ©calage progressif pour se rejoindre Ă nouveau, etc.) A titre de contrĂŽle nous avons prĂ©sentĂ© Ă©galement un seul mĂ©tronome (Ă 100) pour voir si le sujet percevait des accĂ©lĂ©rations ou des ralentissements. Voici les rĂ©sultats :
Tabl. 112. Comparaison (en %) de deux vitesses-fréquences inégales (métronome)1 :
Â
Â
Â
Effets BBâ
Â
Â
Â
Â
Â
Effets AB
Â
Â
i
a
g «Â
AcDt +RaDĂ©
i
a K
2 ? Q Q « « o £ < +
Â
Â
A
n
B>Bâ
DĂ©<Dt
a
A g
100
90
0
0
0
0
0
0
10
âÂ
âÂ
â âÂ
âÂ
100-104(108)
0
5
81
86
0
5
5
5
23
39
23(38) 39
23(38)
100-96(92)
10
10
54
64
0
26
26
0
17
75(83) 0 0
75(83)
Â
On voit que les effets AB sont remarquablement parallĂšles Ă ceux de la vitesse-mouvement de deux mobiles simultanĂ©s (tabl. 106) : lors de ce quâon peut appeler, ici aussi, le dĂ©passement, le mĂ©tronome le moins rapide semble ralentir au lieu de conserver sa frĂ©quence constante. La plupart des sujets signalent que le ralentissement est progressif, en fonction de lâaugmentation du dĂ©calage des sons (cf. lâintervalle croissant dans la vitesse mouvement 1), puis diminue brusquement pour donner lieu Ă une accĂ©lĂ©ration ou Ă un retour Ă lâeffet nul lorsque les deux sons coĂŻncident. La courbe des effets pĂ©riodiques est donc une sinusoĂŻde. Dans la situation 100-96 tous les sujets signalent que les effets sont moins nets.
1 Pour les abrĂ©viations voir tabl. 106, il sây ajoute ici la rubrique Ir = frĂ©quences en apparence irrĂ©guliĂšres. Rappelons, dâautre part, que les effets AB sont ceux qui sâobservent lorsque les deux mobiles (ici les deux mĂ©tronomes) marchent simultanĂ©ment et que les effets BBâ sont ceux qui sâobservent lorsque la marche de lâun de ces deux simultanĂ©s (soit B) est comparĂ©e Ă sa marche isolĂ©e (objectivement Ă©gale), le mĂ©tronome devenu isolĂ© Ă©tant alors appelĂ© Bâ.
[p. 342]Les effets BBâ ont Ă©tĂ© mesurĂ©s avec des diffĂ©rences un peu plus grandes (100-108 et 100-92) et lâexpĂ©rience nous a montrĂ© que des diffĂ©rences plus grandes encore ne donnent aucun effet. En outre nous avons notĂ© certains effets au dĂ©but seulement de la marche de Bâ qui disparaissent ensuite (ils sont indiquĂ©s entre parenthĂšses dans le tableau, ajoutĂ©s aux effets francs sans parenthĂšses).
En bref, on voit ainsi la parentĂ© Ă©vidente entre les perceptions de la vitesse-frĂ©quence et de la vitesse-mouvement, ce qui est dâun certain intĂ©rĂȘt pour lâĂ©tude des relations entre la perception du temps et celle de la vitesse.
§ 4. La perception du temps.đ
Il sâagit lĂ dâun problĂšme complexe et dĂ©licat, que dâautres ont Ă©tudiĂ© de prĂšs notamment P. Fraisse en liaison avec ses beaux travaux sur le rythme. Nous ne lâavons, pour notre part, que peu analysĂ© et avons encore des recherches en cours Ă ce sujet. Nous ne tenterons donc nullement de donner ici un tableau dâensemble de la question, mais avons tenu cependant Ă lui faire une petite place dans cet exposĂ© pour signaler deux points qui nous paraissent importants en liaison avec lâensemble des rĂ©sultats connus sur la perception du mouvement et de la vitesse : il sâagit, dâune part, des relations entre la structure ordinale des perceptions temporelles (ordre de succession et simultanĂ©itĂ©) et leur structure quantitative ou mĂ©trique (intervalles ou durĂ©es) et dâautre part, des relations entre la perception des durĂ©es et la vitesse.
I. Sur le premier de ces deux points, Fraisse (auquel nous nous bornerons Ă nous rĂ©fĂ©rer pour cette question) a montrĂ© clairement 1, tant par la discussion des nombreux travaux de tout un siĂšcle dâĂ©tudes que par ses propres rĂ©sultats sur la perception du rythme, que la durĂ©e nâest « quâun des caractĂšres de lâorganisation du successif » (II p. 78). Autrement dit, dans les situations oĂč lâorganisation des Ă©vĂ©nements en termes dâordre de succession nâest pas suffisamment prĂ©gnante, la durĂ©e est difficilement perçue. Par exemple, « deux intervalles temporels adjacents dĂ©limitĂ©s par deux sons limites et une lumiĂšre intercalĂ©e, câest-Ă -dire par une suite son-lu- miĂšre-son, sont comparĂ©s avec beaucoup moins de prĂ©cision
1 P. Fraisse, I. Les structures rythmiques, Paris (Erasme), 1956 (pp. 74, etc.); et II. Psychologie du temps, Paris (P.U.F.), 1957, pp. 76-82, etc.
[p. 343]que deux intervalles dĂ©limitĂ©s par trois sons identiques, car ceux-ci forment une unitĂ© perceptive » (II, p. 76). De mĂȘme lorsquâon fait entendre des structures rythmiques (Ă rythme constant) les sujets reproduisent avec prĂ©cision les intervalles intĂ©rieurs Ă la structure qui se rĂ©pĂšte mais ne tiennent pas compte spontanĂ©ment de la durĂ©e des intervalles compris entre les groupes rythmiques (I, p. 74). Il est vrai que le rythme disparaĂźt perceptivement pour un intervalle entre les sons de 2 sec environ (1 pp. 13 et 41), et rĂ©ciproquement il existe un seuil, dâailleurs variable, quant Ă lâintervalle minimum nĂ©cessaire pour passer de la perception dâune simultanĂ©itĂ© Ă celle dâune succession (avec perception variĂ©e entre deux : mouvements apparents, etc.) Ces faits montrent donc que la perception des successions est elle-mĂȘme conditionnĂ©e par les durĂ©es en tant quâintervalles entre les Ă©vĂ©nments successifs, mais, autre chose est dâĂȘtre conditionnĂ© par la durĂ©e (de mĂȘme quâun effet spatial dâun Ă©lĂ©ment B plus grand sur un Ă©lĂ©ment A plus petit suppose que la distance entre A et B ne dĂ©passe pas certaines limites) et autre chose est de percevoir cette durĂ©e. Or, lâessentiel est que la perception dâune durĂ©e implique toujours la perception dâun ordre entre ses points limites, tandis quâil peut y avoir perception dâun ordre sans perception de la valeur des intervalles, donc avec simplement perception dâun intervalle mais sans estimation adĂ©quate de sa durĂ©e.
Fraisse rĂ©partit les intervalles en trois catĂ©gories (II, pp. 117-8): (1) Les intervalles infĂ©rieurs Ă 0,5 sec environ : on perçoit alors davantage les limites ordonnĂ©es que lâintervalle lui-mĂȘme ; (2) les intervalles compris entre 0,5 et 1 sec environ, oĂč durĂ©e de lâintervalle et ordre des limites forment une unité ; (3) les intervalles supĂ©rieurs Ă 1 sec oĂč prĂ©domine la perception dâun Ă©cart mais oĂč la rĂ©union des limites en un seul acte perceptif suppose un effort
Il nous a paru nĂ©cessaire de commencer par rappeler ce primat de lâordre de succession par rapport Ă la durĂ©e, car il y a lĂ un fait fondamental Ă mettre en relation avec lâensemble des perceptions cinĂ©matiques. La perception dâun dĂ©placement se rĂ©duit dâabord Ă celle dâun changement dâordre. Les vitesses, avons-nous cherchĂ© Ă montrer, peuvent ĂȘtre perçues indĂ©pendamment de la perception des durĂ©es et en se fondant sans plus sur lâordre de succession temporel, lâordre des positions spatiales et une Ă©valuation hyper-ordinale des intervalles spatiaux entre les mobiles mais pas nĂ©cessairement des intervalles temporels (durĂ©es). Nous voyons maintenant que la
[p. 344]perception du temps lui-mĂȘme suppose avant tout un cadre ordinal et que câest en fonction dâun tel cadre que sâorganisent les perceptions des intervalles ou durĂ©es. Si cette loi est si gĂ©nĂ©rale, on peut se demander si elle ne sâapplique pas Ă©galement Ă lâespace (ce qui est le cas dâune maniĂšre trĂšs frappante des reprĂ©sentations prĂ©opĂ©ratoires de lâenfant jusque vers 6- 7 ans), mais avec une avance gĂ©nĂ©tique notable de telle sorte quâil faudrait en chercher la vĂ©rification durant les premiers mois de lâexistence, les intervalles spatiaux ou distances Ă©tant perçus beaucoup plus prĂ©cocement et plus largement que les intervalles temporels. En attendant, ces considĂ©rations nous ramĂšnent Ă la vitesse.
IL En ce qui concerne les relations entre la perception du temps et la vitesse, le problĂšme se prĂ©sente comme suit. Nous avons vu (§ 3) que la perception des vitesses ne semble pas se conformer au rapport v â e : t mais prĂ©sente au contraire une structure autonome de nature ordinale et hyper- ordinale qui suppose lâintervention de lâordre spatial, des intervalles spatiaux, de lâordre de succession temporelle mais non pas des durĂ©es. En ce qui concerne la perception de ces derniĂšres, on peut alors concevoir trois solutions possibles : (1) ou bien elle serait elle-mĂȘme fondĂ©e sur la perception des vitesses (on aurait en ce cas t = e : v, oĂč ces trois termes ne prĂ©senteraient naturellement quâun sens phĂ©nomĂ©nal ou subjectif), (2) ou bien elle aurait une source autonome mais serait influencĂ©e par les variations de vitesses, (3) ou bien elle serait Ă la fois autonome et indĂ©pendante de toute influence cinĂ©matique.
Pour dĂ©cider entre les solutions (3) et (1) ou (2), nous avons cherchĂ© avec Y. Feller, Ă faire comparer aux sujets des durĂ©es de 5 sec pendant lesquelles ils voient dĂ©filer des mobiles (les mouchets fixĂ©s Ă un fil de lâappareil nous ayant servi pour les vitesses) aux vitesses de 50 et 65 cm/sec ou de 50 et 90 cm/sec (les mouchets Ă©tant sĂ©parĂ©s par 10 cm dâintervalle). Un bruit de fond constant a Ă©tĂ© utilisĂ© pour masquer le son du moteur. La comparaison se faisant en ordre successif il importait naturellement de commencer tantĂŽt par la petite vitesse et tantĂŽt par la grande. Mais il importait aussi, pour ĂȘtre mieux renseignĂ©, de faire comparer les durĂ©es avec deux vitesses Ă©gales, pour voir si, aux trois vitesses utilisĂ©es, un effet de succession temporelle se manifesterait. Or nous constatons quâil en est ainsi :
[p. 345]Tabl. 113. Comparaison de deux durées égales (T1 et T2) à vitesses égales (20 adultes) :
On observe donc une tendance Ă surestimer la seconde durĂ©e par rapport Ă la premiĂšre, aux trois vitesses considĂ©rĂ©es, bien que 37 Ă 42 % des sujets perçoivent lâĂ©galitĂ©. Quant aux comparaisons entre durĂ©es des mouvements Ă vitesses inĂ©gales, le rĂ©sultat est massif pour les grandes inĂ©galitĂ©s :
Tabl. 114. Comparaison de deux durées égales (T1 et T2) à vitesses inégales (20 adultes) :
Evaluation subject. :
Ï1Â =Â Ï2
Ï1>Ï2
T1<T2
50 cm/sec
42Â %
10
42
65 »
40
10
50
90 »
37
10
53
Â
Evaluation
subject. :
TÏÂ =Â T2
Ï1>Ï2
Ï1<Ï2
50 puis 65
cm/sec ..
25Â %
15
60
65 » 50
 »
20
65
15
50 » 90
 »
10
0
90 â
90 » 50
 »
5
95
0
Â
On constate, en effet, quâaux vitesses de 50 et 90 cm/sec la durĂ©e paraĂźt plus longue pour la plus grande vitesse dans les 90 Ă 95 % des cas. Lâeffet est moindre, mais encore marquĂ© en comparant 65 et 50 cm/sec.
Pour tirer parti de ces rĂ©sultats, encore faut-il Ă©liminer deux variables. Nous avons dâabord fait un contrĂŽle quant Ă lâinfluence possible du son du moteur malgrĂ© les bruits de fond. Or en faisant Ă©valuer les durĂ©es avec le bruit du moteur sans bruit de fond ni stimulus visuel, nous avons trouvĂ© simplement 66 % de surestimation de la seconde durĂ©e (quelle que soit la vitesse du moteur), 17 % estimant les durĂ©es Ă©gales et 17 % estimant plus longue la durĂ©e avec son grave (câest-Ă - dire vitesse plus lente) alors quâils surestiment la durĂ©e avec vitesse visuelle plus grande. Le facteur son peut donc ĂȘtre Ă©cartĂ©.
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[p. 346]Par contre la question qui se pose est naturellement de savoir si la plus grande durĂ©e attribuĂ©e, dans le tabl. 114, au dĂ©filĂ© plus rapide des mobiles tient Ă leur vitesse comme telle ou simplement au fait quâils sont plus nombreux. On sait, en effet, que P. Fraisse attribue la longueur subjective de la durĂ©e au nombre de changements remarquĂ©s par le sujet et il serait donc trĂšs plausible de considĂ©rer le nombre des mobiles comme facteur dâallongement phĂ©nomĂ©nal de la durĂ©e en tant quâĂ©quivalent Ă un nombre de changements. On pourrait alors ramener les mobiles Ă un seul mais on interprĂ©terait alors la durĂ©e comme fonction de lâespace parcouru (comme dans le domaine des reprĂ©sentations prĂ©opĂ©ratoires de lâenfant). Nous avons donc cherchĂ© Ă rĂ©aliser la contre-Ă©preuve suivante. Lâappareil dont nous disposons comprenant deux pistes, nous avons pu, en plaçant deux mobiles sur lâun des fils et quatre sur lâautre, avec des vitesses respectives de 80 et 40 cm/sec, obtenir que dans des durĂ©es Ă©gales de 7 sec le sujet voie chaque fois quatre mobiles (les deux mobiles Ă 80 cm/sec repassant une seconde fois le long de la partie visible de leur fil pendant que les quatre mobiles Ă 40 cm/sec font leur trajet). De cette maniĂšre il y a bien quatre changements durant 7 sec. dans les deux situations Ă comparer, mais il subsiste deux inconvĂ©nients. Le premier nâest pas grave car on voit que les sujets nâen ont pas tenu compte : le nombre des changements restant le mĂȘme, le sujet ne voit cependant quâun mobile Ă la fois Ă 80 cm/sec tandis que, Ă 40 cm/sec il voit deux mobiles Ă la fois sur une partie du trajet : mais comme la durĂ©e continue, dans cette expĂ©rience, dâĂȘtre fonction de la vitesse, les deux mobiles perçus simultanĂ©ment ne jouent donc pas de rĂŽle dans lâallongement subjectif de la durĂ©e. En second lieu, dans le cas des mobiles rapides lâintervalle spatial qui les sĂ©pare est naturellement plus long (comme deux sujets sur vingt lâont signalĂ©). Cela reste donc un facteur supplĂ©mentaire, mais lâinconvĂ©nient reste ici encore mineur, car, dâune part, le tabl. 114 montre que la vitesse ou le nombre des changements sont dĂ©cisifs, puisquâalors les intervalles sont Ă©gaux, et, dâautre part, il sâagit maintenant de tester le rĂŽle du nombre des changements et non pas de lâintervalle spatial. A cet Ă©gard, nos rĂ©sultats sont de deux sortes : les uns portent sur les durĂ©es apparentes et les autres sur le nombre relatif de mobiles que le sujet a cru percevoir (sans ĂȘtre averti dâavance) pendant les deux durĂ©es en jeu (de 7 sec objectivement avec un intervalle de 2 sec) :
[p. 347]Tabl. 115. Comparaison de deux durées égales (T1 et T2)1 à vitesses inégales et estimation du caractÚre plus ou moins nombreux des mobiles perçus (= 4) :
T1>T2 T1<T2 T1Â =Â T2 T1>T2
Ï1<
= Ï2
n 1 =n 2 n 1 >n 2 n 1 <n 2
n 1 =n 2 n 1 >n 2
90 10 0 18 18 53
6
6
Â
Deux conclusions sont donc Ă tirer de ces faits, (a) A nombre Ă©gal de changements, la durĂ©e subjective reste fonction de la vitesse, (b) Les sujets qui prĂ©sentent cette illusion temporelle ont cru voir plus de mobiles dans le cas de la vitesse lente (donc de la durĂ©e jugĂ©e plus courte): 53 % contre 18 et 18 ; les sujets qui ont lâillusion temporelle contraire ont au contraire vu ou un nombre Ă©gal de mobiles ou un nombre plus grand Ă la vitesse plus rapide (Ă©tant dâailleurs entendu quâil sâagit alors de 2 sujets sur 20).
Cette expĂ©rience nâa naturellement pas pour but dâinfirmer la thĂšse de Fraisse, que nous croyons juste dans la plupart des cas ; mais dâen montrer les limites dans un cas oĂč le nombre des changements est en conflit avec la vitesse-mouvement. Dans les cas oĂč le nombre des changements semble jouer son rĂŽle, nous avons cependant deux remarques Ă faire. La premiĂšre est quâil est assez difficile de trouver une dĂ©finition gĂ©nĂ©rale du changement remarquĂ© par le sujet, ce qui risque de compliquer les vĂ©rifications. La seconde est que, objectivement parlant, un nombre de changements donnĂ©s en une unitĂ© de temps est encore une vitesse, mais relevant simplement de la vitesse-frĂ©quence et non plus de la vitesse- mouvement. Nous pensons donc que la loi la plus gĂ©nĂ©rale doit ĂȘtre celle dâune relation entre la durĂ©e et la vitesse et non pas entre la durĂ©e et le nombre des changements, bien que ceux-ci interviennent effectivement dans le cas particulier des frĂ©quences.
III. Mais il reste Ă examiner sâil sâagit lĂ dâune simple influence des vitesses perçues sur une perception par ailleurs autonome des durĂ©es ou si, dans le domaine perceptif comme dans le domaine reprĂ©sentatif, la vitesse serait constitutive du temps en ce sens que le temps constituerait une coordination des vitesses comme lâespace une coordination des dĂ©placements.
1 20 sujets. T, = durée correspondant à 80 cm/sec ; T2 A 40 cm/sec ; Nt = nombre des mobiles perçus en T, ; et N2 = nombre perçus en Tj.
[p. 348]Mais deux problĂšmes se posent alors. En premier lieu, sâagit-il des vitesses des mobiles extĂ©rieurs ou des vitesses de lâaction du sujet (par exemple combinĂ©es avec son « travail » sous forme de « puissance » au sens physique du terme) ? En second lieu, la durĂ©e est objectivement fonction de lâinverse de la vitesse, en ce sens quâun mobile rapide met moins de temps pour parcourir le mĂȘme espace quâun mobile plus lent. Mais dans les reprĂ©sentations prĂ©opĂ©ratoires de lâenfant, il existe frĂ©quemment un inversion dans le sens plus vite = plus de temps, et lâon sait que, chez lâadulte une durĂ©e qui paraĂźt trĂšs courte pendant lâaction mĂȘme paraĂźt longue dans le souvenir parce que bien remplie. Il importe donc dâĂ©tablir jusquâĂ quel point la perception des durĂ©es prĂ©sente lâerreur plus vite = plus de temps et dans quelle mesure elle aboutit Ă renverser la relation dans le sens conforme aux donnĂ©es objectives.
Nous avons donc fait une seconde expĂ©rience dâestimation du temps en relation avec la vitesse, mais dans laquelle le sujet est immobile en lâune des situations et se livre Ă des mouvements du regard dans lâautre : il sâagit, en effet, cette fois de comparer la durĂ©e apparente pendant la centration du regard au milieu de la piste le long de laquelle dĂ©filent les mobiles Ă la durĂ©e apparente pendant laquelle le sujet suit du regard ces mobiles :
Tabl. 116. Comparaison de deux durĂ©es Ă©gales (7 sec), TC durant laquelle le sujet centre le milieu de la piste et TM durant 1â©â©hp11p il 1pc suif du rpÏard f9.0 adn1fps^ âą
Parmi les 18 sujets qui surestiment la durĂ©e dans lâordre TC-TM, 16 prĂ©sentent le mĂȘme effet dans lâordre inverse et 2 une augmentation de la durĂ©e dans cette seconde situation. A noter en outre que chez ceux qui retrouvent le mĂȘme effet, 6 lâĂ©prouvent sous une forme affaiblie (tendance Ă lâĂ©galitĂ©).
11 sujets ont passĂ© Ă la mĂȘme expĂ©rience avec des durĂ©es successives de 7,5 et 10 sec ; 64 % surestiment TC aux trois durĂ©es et 36 % varient donc : 18 % dans le sens dâune annulation de lâeffet pour la prĂ©sentation de 10 sec et 18 % dans
[p. 349]le sens dâun allongement lors de la deuxiĂšme situation quelle quâelle soit.
Cela dit, il convient de chercher ce qui est comparable entre ces rĂ©actions des tabl. 114 et 116. Or, nous trouvons deux caractĂšres communs. Le premier tient aux vitesses des mobiles perçus : bien que les vitesses soient objectivement inĂ©gales dans le tabl. 114 et Ă©gales dans le tabl. 116, le sujet leur attribue une vitesse plus grande avec fixation au milieu de la piste : on pourrait donc dire que dans les deux cas « plus vite = plus de temps ». Mais il nâest nullement prouvĂ© que ce facteur soit gĂ©nĂ©ral et dans dâautres expĂ©riences, nous ne retrouvons plus cette relation de façon constante. Le second caractĂšre commun tient au travail du sujet : lorsquâil sâagit de suivre des mobiles rapides (tabl. 114), il y a plus de travail Ă fournir que pour des mobiles lents ; lorsquâil sâagit, dâautre part, de centrer le regard sur un point fixe alors que des mobiles dĂ©filent, il y a certainement plus de travail Ă fournir que pour suivre ces mobiles, Ă©tant donnĂ© le caractĂšre trĂšs coercitif du rĂ©flexe de poursuite par le regard, rĂ©flexe dit dâorientation, contre lequel il faut lutter dans le premier cas et auquel on sâabandonne dans le second. Or, du point de vue opĂ©ratoire, la durĂ©e peut ĂȘtre conçue soit comme correspondant Ă lâespace parcouru rapportĂ© Ă la vitesse (t = e : v), soit, ce qui revient au mĂȘme, comme le travail rapportĂ© Ă la puissance, puisque le travail est physiquement le dĂ©placement dâune force (e/) et que la puissance est Ă©gale Ă (fv). Mais, chez lâenfant du niveau prĂ©opĂ©ratoire, la durĂ©e est frĂ©quemment Ă©valuĂ©e de façon proportionnelle Ă lâespace parcouru ou au travail accompli, câest- Ă -dire en raison directe et non pas inverse de la vitesse, et cela lorsquâil sâattache aux rĂ©sultats extĂ©rieurs de lâaction et non pas Ă son dĂ©roulement mĂȘme.1 Dans le second cas, au contraire, le temps est bien inversement proportionnel Ă la vitesse ou Ă la puissance (câest pourquoi une heure dâun mĂȘme travail paraĂźt longue sâil est fait avec ennui et courte sâil est accompli avec intĂ©rĂȘt, car lâintĂ©rĂȘt comme disait ClaparĂšde est un mobilisateur des forces Ă disposition). Notre hypothĂšse est donc simplement que la durĂ©e perceptive obĂ©it Ă des lois analogues Ă la durĂ©e reprĂ©sentative prĂ©-opĂ©ratoire, mais sans que nous sachions encore si les perceptions en arrivent ou non Ă une proportion inverse du temps et de la vitesse et sans que nous sachions mĂȘme comment distinguer les perceptions authen-
1 J. Puget, Le dĂ©veloppement de la notion de temps chez lâenfant, Paris <P.U.F.), 1946.
[p. 350]tiques de la durĂ©e (celles quâon trouve autour du point dâindiffĂ©rence vers 0,5-1 sec) et les intuitions dĂ©jĂ reprĂ©sentatives. Il va donc de soi que les faits citĂ©s au tabl. 114 et 116 ne suffisent pas Ă vĂ©rifier cette hypothĂšse, mais ils conduisent Ă la suggĂ©rer et câest tout ce que nous dĂ©sirions dans lâĂ©tat actuel de nos recherches sur la perception du temps.