Les MĂ©canismes perceptifs : modĂšles probabilistes, analyse gĂ©nĂ©tique, relations avec l’intelligence ()

Chapitre premier.
Les illusions primaires et la loi des centrations relatives a

Les illusions que nous appellerons primaires correspondent Ă  la plupart des illusions optico-gĂ©omĂ©triques planes : illusions du rectangle (surestimation du grand cĂŽtĂ©), de la figure en T (pour autant qu’elle fait intervenir des semi-rectangles, mais la surestimation de la verticale comme telle est dĂ©jĂ  « secondaire »), surestimation d’un segment de droite prolongĂ© par un segment plus petit ou insĂ©rĂ© entre deux segments plus petits, illusions de DelbƓuf (cercles concentriques), illusions des angles (surestimation des aigus, sous-estimation des obtus, et illusions des cĂŽtĂ©s), illusion du losange (dĂ©valorisation de la grande diagonale), illusions de MĂŒller-Lyer, des parallĂ©logrammes, des courbures, etc., et enfin, faisant la transition avec les illusions secondaires, illusion des espaces divisĂ©s (Oppel- Kundt).

Le but de ce chapitre est d’essayer de rĂ©duire toutes ces « illusions » (ou dĂ©formations) perceptives Ă  une loi unique, en ramenant chacune d’entre elles Ă  certaines relations spatiales I constantes, c’est-Ă -dire en fait Ă  une surestimation du plus grand de deux Ă©lĂ©ments comparĂ©s et Ă  une sous-estimation du à„€ plus petit. Mais nous rĂ©servons pour le chapitre suivant l’explication de la loi elle-mĂȘme et du principe de ces surestimations et sous-estimations.

§ 1. Position du problÚme.

Les deux caractĂšres fondamentaux des illusions primaires sont que leurs propriĂ©tĂ©s qualitatives (situations du maximum positif, du maximum nĂ©gatif et de l’erreur nulle mĂ©diane, par rapport aux proportions de la figure)1 ne varient pas avec l’ñge,

1 Nous prenons donc dans ce qui suit le terme qualitatif dans un sens encore quantitatif mais relatif aux proportions de la figure.

mais que leur valeur quantitative absolue (force de l’illusion) diminue avec le dĂ©veloppement (ou reste occasionnellement constante mais n’augmente pas avec l’ñge). Un autre caractĂšre essentiel des illusions primaires, mais allant sans doute de pair avec leur invariabilitĂ© qualitative Ă  tout Ăąge, est qu’elles s’observent dĂ©jĂ  en durĂ©es trĂšs courtes de prĂ©sentation (au tachistoscope), durĂ©es excluant l’intervention des mouvements oculaires et par consĂ©quent des activitĂ©s « secondaires » d’exploration, de transports, etc. On peut donc considĂ©rer ces illusions primaires comme rĂ©sultant de simples « effets de champ », c’est-Ă -dire de l’interaction quasi-simultanĂ©e des Ă©lĂ©ments perçus ensemble en un mĂȘme « champ de centration » (= le champ dĂ©terminĂ© par une fixation du regard, avant tout dĂ©placement sur un autre point de fixation). C’est pourquoi nous les appelons « primaires », ce qui ne prĂ©juge en rien de leur niveau physiologique. Binet les appelait « innĂ©es », mais c’est lĂ  se rĂ©fĂ©rer Ă  une hypothĂšse non nĂ©cessaire, car elles pourraient rĂ©sulter de simples mĂ©canismes d’équilibre (voir le chap. Il), gĂ©nĂ©raux quoique non hĂ©rĂ©ditaires.

Ainsi caractĂ©risĂ©es, les illusions primaires constituent les phĂ©nomĂšnes perceptifs les plus Ă©lĂ©mentaires dont nous aurons Ă  nous occuper. C’est donc bien par leur examen qu’il convient de commencer notre analyse et elles soulĂšvent d’emblĂ©e un problĂšme capital pour notre propos : exemples classiques du caractĂšre dĂ©formant des enregistrements perceptifs dans le domaine de l’espace (qui constitue cependant celui des relations figurĂątes les plus simples et les plus rationnelles), les illusions primaires obĂ©issent-elles Ă  une loi gĂ©nĂ©rale qui pourrait nous renseigner sur la nature de ces « dĂ©formations », peut-ĂȘtre consubstantielles de la perception ?

Or, chose extraordinaire, depuis plus d’un siĂšcle qu’on Ă©tudie les illusions optico-gĂ©omĂ©triques, on ne s’est jamais appliquĂ© Ă  en trouver une loi commune et l’on s’est bornĂ©, jusqu’aux recherches rĂ©centes de Motokawa sur l’induction rĂ©tinienne, Ă  une sĂ©rie d’explications qualitatives et disparates. En son beau TraitĂ© de psychologie, Woodworth mettait encore au dĂ©fi tout psychologue de dĂ©gager au sujet de ces illusions quelque relation gĂ©nĂ©rale conduisant Ă  des prĂ©visions. Nous avons pour notre part, en demeurant sur le terrain purement relationnel, tentĂ© de relever le dĂ©fi, non pas par ambition de reprendre pour /lui-mĂȘme le problĂšme sans cesse discutĂ©, mais par intĂ©rĂȘt pour le problĂšme de la dĂ©formation perceptive en gĂ©nĂ©ral, ce qui nous a alors conduit Ă  la recherche d’une loi.

Mais il reste d’abord Ă  se demander pourquoi on y a si peu songĂ©. La psychophysique a sans doute Ă©tĂ© trop ambitieuse en voulant mesurer directement les sensations, comme si elles constituaient des Ă©lĂ©ments absolus Ă  partir duquel la reconstitution des perceptions serait possible sur le modĂšle de la composition atomistique. Elle s’est alors heurtĂ©e au problĂšme des « erreurs systĂ©matiques » de tous genres (spatiales, temporelles, etc.), mais elle les a conçues simplement comme des obstacles s’opposant aux mesures absolues imaginĂ©es Ă  titre d’idĂ©al Ă  poursuivre. Dans la suite, et notamment Ă  partir de la thĂ©orie de la Gestalt, on a au contraire compris que 1’« erreur » n’était pas un obstacle gĂȘnant mais le phĂ©nomĂšne mĂȘme Ă  Ă©tudier, non seulement parce qu’il est de rĂšgle, mais surtout parce qu’il manifeste cette sorte d’interaction immĂ©diate dont la perception exprime l’équilibre en fonction de la totalitĂ© du champ. Mais la thĂ©orie de la forme s’est alors engagĂ©e dans une voie paradoxale en voulant expliquer par le mĂȘme principe de totalitĂ© les « bonnes formes » (le cercle, le carrĂ©, etc.), dans lesquelles les dĂ©formations sont prĂ©cisĂ©ment minimales, et les « illusions » envisagĂ©es en tant que rĂ©vĂ©lant la subordination des parties au tout. Elle n’a alors considĂ©rĂ© les dĂ©formations qu’à ce point de vue particulier, ce qui l’a rendue trop peu ambitieuse et l’a poussĂ©e Ă  substituer aux essais de formulation mĂ©trique une simple description qualitative (ce qui ne signifie pas, bien entendu, que les gestaltistes n’aient pas mesurĂ© un grand nombre d’effets de dĂ©formation, mais ils n’ont tirĂ© de ces mesures qu’une justification des « lois d’organisation » et non pas une expression mathĂ©matique des dĂ©formations systĂ©matiques propres aux structures perceptives 1).

La mĂ©thode relationnelle nous oblige au contraire Ă  poser (le problĂšme de la « dĂ©formation » comme telle : pourquoi si A < B, alors B comparĂ© Ă  A est-il perçu comme plus grand que B isolĂ©, soit B(A) > B ? Telle est notre question centrale. Pour la rĂ©soudre nous avons donc repris « illusion » aprĂšs « illusion », en dĂ©terminant chaque fois la courbe des erreurs en tant qu’indĂ©pendante de l’ñge et en cherchant, empiriquement et par tĂątonnements successifs, Ă  formuler cette courbe en une expression mathĂ©matique Ă©lĂ©mentaire par rĂ©fĂ©rence exclusive aux donnĂ©es objectives de la figure perçue2. Nous avons alors essayĂ©, toujours empiriquement, de trouver la forme commune Ă  ces

1 Sauf, cela va de soi, en ce qui concerne les phénomÚnes considérés comme relevant directement du champ, tels les « after-effects » de W. KÎhler : et sauf certains travaux isolés comme ceux de E. Rausch.

2 Voir l’Introduction, sous VI.

diffĂ©rentes expressions et avons enfin abouti Ă  la formulation d’une loi qui semble jusqu’ici s’appliquer assez bien aux donnĂ©es expĂ©rimentales. Mais cette loi n’ayant pour nous d’intĂ©rĂȘt qu’en fonction de son explication, laquelle est donc censĂ©e fournir quelque lumiĂšre sur les raisons des dĂ©formations perceptives en gĂ©nĂ©ral, nous avons, d’autre part, constamment cherchĂ© au cours de son Ă©laboration Ă  trouver un modĂšle explicatif susceptible de rendre compte de ces dĂ©formations et croyons l’avoir trouvĂ© dans la direction des effets de centration dont il sera question au chap. II. C’est pourquoi nous appellerons cette expression « loi des centrations relatives », en rĂ©fĂ©rence Ă  son hypothĂšse explicative. Mais Ă  supposer que cette hypothĂšse soit fausse, la formule gĂ©nĂ©rale subsisterait sans doute, puisque son Ă©tablissement et l’essai tentĂ© pour l’expliquer ont Ă©tĂ© en fait indĂ©pendants, bien que naturellement la loi ait Ă©tĂ© cherchĂ©e avec l’espoir d’une explication.

Cette loi ne fournira Ă©videmment pas le montant quantitatif absolu des erreurs, valeur non constante qui diminue avec l’ñge et avec l’exercice (pas plus d’ailleurs que la loi de Weber, tout en affirmant que le seuil diffĂ©rentiel est proportionnel aux grandeurs comparĂ©es, ne nous indique la valeur absolue de ce seuil). Mais elle nous apprendra, dans la mesure oĂč elle se vĂ©rifiera, la valeur quantitative relative des caractĂšres qualitatifs de la courbe des erreurs : l’allure gĂ©nĂ©rale de cette courbe et la situation des maxima spatiaux 1 positifs et nĂ©gatifs ainsi que de l’illusion nulle mĂ©diane.

Le plan que nous suivrons consistera d’abord (a) Ă  exposer la loi (§ 2) sans chercher aucune hypothĂšse explicative, puis (b) Ă  la vĂ©rifier par l’expĂ©rience sur toutes les illusions primaires jusqu’ici analysĂ©es (§ 3 Ă  13). AprĂšs quoi seulement (chap. II § 2-4) nous chercherons (c) Ă  en donner une interprĂ©tation probabiliste et Ă  exposer les faits (actions de centration, maxima temporels1, etc.) susceptibles de justifier cette interprĂ©tation elle-mĂȘme (chap. II § 1 et 6). Il y a donc lĂ  trois Ă©tapes Ă  distinguer soigneusement quant au bien fondĂ© des arguments expĂ©rimentaux ou thĂ©oriques invoquĂ©s.

1 Nous appelons « maximum spatial » d’une illusion optico-gĂ©omĂ©trique le maximum d’illusion correspondant Ă  certaines proportions spatiales de la figure, pour des temps Ă©gaux de prĂ©sentation, et « maximum temporel » le maximum d’illusion correspondant Ă  une certaine durĂ©e optimale de prĂ©sentation, pour des proportions spatiales maintenues constantes.

§ 2. La loi des centrations relatives sous sa forme générale.

Le problĂšme particulier que nous avons cherchĂ© Ă  rĂ©soudre par la recherche d’une loi (indĂ©pendamment du problĂšme gĂ©nĂ©ral Ă©noncĂ© au § 1) est donc d’établir pour quelles valeurs la figure utilisĂ©e donnera lieu Ă  un maximum positif d’illusion, etc. Cette figure comportant un Ă©lĂ©ment objectivement constant, dont on mesure l’estimation subjective (par exemple le grand cĂŽtĂ© d’un rectangle), et un Ă©lĂ©ment que l’on fait varier pour Ă©tudier l’effet de ces variations sur l’estimation subjective du premier (par exemple le petit cĂŽtĂ© du rectangle dont les variations modifient l’estimation du grand), nous supposerons d’abord que ces Ă©lĂ©ments constants et variables peuvent toujours s’exprimer sous forme de longueurs L. Dans le cas des rectangles et des figures simplement linĂ©aires (Oppel, etc.) cela ne fait pas de difficultĂ©s. Dans celui des cercles concentriques de DelbƓuf il est Ă©galement aisĂ© de traduire les variations de la figure en termes de longueur L : diamĂštres des cercles et largeur de la bande qui les sĂ©pare, parce que c’est bien ainsi que le sujet semble Ă©valuer les figures prĂ©sentĂ©es. Dans le cas des angles, par contre, le problĂšme se posera d’établir comment la perception enregistre les valeurs angulaires et il s’agira d’oublier la trigonomĂ©trie mathĂ©matique pour atteindre une trigonomĂ©trie perceptive : or, nous verrons qu’elle aussi se fonde sur des longueurs.

Cela admis, nous appellerons L1 la plus grande des deux longueurs comparĂ©es et L2 la plus petite. L’expĂ©rience montre alors que la valeur objective principale qui dĂ©termine les variations (subjectives) de l’illusion est, non pas simplement la diffĂ©rence absolue L1-L2, mais cette diffĂ©rence multipliĂ©e par L2et divisĂ©e par un produit que nous appellerons provisoirement la suface S, et qui est fonction de L1 et de L2 Ă  la fois. Cette premiĂšre constatation montre d’emblĂ©e que si la diffĂ©rence L1 — L2 joue un rĂŽle essentiel dans les surestimations et sous- estimations subjectives, c’est seulement dans la mesure oĂč elle est mise en relation avec L2, soif (L1 — L2) L2 et oĂč elle est rapportĂ©e par ailleurs Ă  l’ensemble du champ des comparaisons S, soit :

(1) (L 1 -L 2 )L 8

S

Mais cette expression (1), quoique correspondant au facteur le plus important de l’illusion, ne suffit pas toujours à lui seul

et il faut y ajouter un facteur rĂ©gulateur, qui n’intervient d’ailleurs pas dans les cas gĂ©nĂ©raux (auxquels cas il est de valeur 1), mais qui est nĂ©cessaire pour rendre compte des effets de certaines configurations. Ce facteur comprend les trois Ă©lĂ©ments suivants : (1) Le nombre n des comparaisons distinctes entre (L1— L2) et L2, nombre qui est de 1 si L2 est comparĂ© Ă  un seul L1, mais qui est de n = 2 si L1 est insĂ©rĂ© entre deux segments L2 ; etc. (2) La longueur maximale Lmnx de la figure, car autre chose est de comparer un L1 Ă  un L2 perpendiculaire, comme dans le cas du rectangle (auquel cas Lmax = LÎč) et autre chose est de comparer un L1 Ă  un L2 qui le prolonge (auquel cas Lmax = L1+L2). (3) Cette longueur maximale ne saurait elle-mĂȘme intervenir sous une forme absolue, puisque jusqu’ici tout est relatif dans les valeurs considĂ©rĂ©es : elle se prĂ©sentera donc au sein d’un rapport dont l’autre terme sera la longueur de rĂ©fĂ©rence L (oĂč L — L1 ou L2). Le second facteur Ă  considĂ©rer sera donc au total :

nL

<2> —  lumax

Si nous appelons P la valeur quantitative relative de l’illusion (P se dĂ©finissant donc comme une « transformation non compensĂ©e » ou « dĂ©formation »), l’expression complĂšte de la loi sera :

(Lj — L2) L2 ∏L ∏L(L1 — L2) L2

(3) p = × =

S L max SL max

oĂč :

P = la dĂ©formation (surestimation ou sous-estimation) mesurĂ©e sur l’une des longueurs de la figure, maintenue constante et choisie comme unitĂ©.

(P est positif si l’élĂ©ment constant est Li et nĂ©gatif si cet Ă©lĂ©ment est L2).

Li = la plus grande des deux longueurs comparĂ©es (par exemple le grand cĂŽtĂ© du rectangle, la hauteur 1 de l’angle aigu, etc.).

L2 = la plus petite des deux longueurs comparées.

1 Nous appellerons hauteur d’un angle (pour les besoins de la description perceptive) la longueur de la bissectrice lorsque cette derniĂšre est placĂ©e verticalement et que les cĂŽtĂ©s de l’angle sont Ă©gaux (la bissectrice et la ligne d’ouverture, qui lui est alors perpendiculaire, demeurant toutes deux virtuelles).

^max= la plus grande longueur de la figure (par exemple LmaÎč= Li ou L1 + L2 ou, si L1 est insĂ©rĂ© entre deux L2, ^1 + 2 L2 , etC.)

S = la surface du champ des comparaisons entre L1 et L2. Si L1 et L2 sont les deux cĂŽtĂ©s d’un rectangle, on aura S = L1 L2. Si la figure est linĂ©aire, l’expĂ©rience montre que la surface Ă  considĂ©rer est S = (Lmax)2, ce qui semble arbitraire. Mais comme nous le verrons au chap. Il, la surface choisie correspond alors (comme dans tous les cas) Ă  l’ensemble des couplages possibles entre les segments de L1 et ceux de L2 : par exemple (L1+L2)2 = £2 + L2 + 2LχL2 = l’ensemble des couplages provenant du rabattement de L1 sur L2 et de L2 sur L1. Cette remarque anticipĂ©e montre d’emblĂ©e que S n’est en rĂ©alitĂ© pas une surface, mais l’ensemble du champ des comparaisons entre L1 et L2.

n = le nombre des comparaisons distinctes entre L1 et L2. Par exemple, dans la ligne hachurĂ©e d’Oppel-Kundt, Lx = la longueur totale, L2 = celle d’un intervalle entre deux hachures et n = le nombre des L2. Dans les cercles concentriques de Del- bƓuf, Lx = le diamĂštre du cercle intĂ©rieur, L2 = la largeur de la bande entre les deux cercles et n = 2 puisque L1 est comparĂ© Ă  L2 sur la gauche et la droite.

L = la longueur de rĂ©fĂ©rence considĂ©rĂ©e. La prĂ©sence de L dans la formulation de la loi est nĂ©cessaire pour qu’il y ait autant de longueurs au numĂ©rateur et au dĂ©nominateur (n n’étant qu’un coefficient numĂ©rique). Sans cette prĂ©caution nous aurions deux longueurs au numĂ©rateur et trois au dĂ©nominateur, d’oĂč il rĂ©sulterait que la formule exprimerait 1’« inverse d’une longueur » 1 et perdrait ainsi la valeur de simple relation entre longueurs qu’il s’agit de lui confĂ©rer.

Ainsi conçue la loi proposĂ©e exprime donc un rapport entre longueurs et non pas une longueur absolue ou l’inverse d’une longueur. En tant que rapport, l’illusion P est donc proportionnelle aux longueurs en jeu et implique ainsi la loi de Weber.

Cela dit, nous proposons donc cette formulation de la loi des illusions primaires Ă  titre d’hypothĂšse et allons chercher Ă  la vĂ©rifier Ă  propos des diffĂ©rents types d’illusions optico- gĂ©omĂ©triques diminuant avec l’ñge, en la confrontant dans

1 Au sens mathĂ©matique du terme, c’est-Ă -dire que si l’on multipliait l’unitĂ© par 10 (soit Lx = 10 au lieu de 1), le rapport total P serait 10 fols moins Ă©levĂ© au lieu de demeurer constant.

chaque cas aux données expérimentales que nous avons pu recueillir aprÚs avoir fait varier les proportions de la figure.

§ 3. L’illusion des rectangles.

Soit un rectangle de cĂŽtĂ© constant B, dont on fait varier le cĂŽtĂ© A de la plus petite largeur reprĂ©sentable par le dessin jusqu’à A = B et au-delĂ  (A > B). En ces cas, le cĂŽtĂ© B est surestimĂ© lorsque B > A et sous-estimĂ© lorsque B < A. On voit d’emblĂ©e que l’illusion nulle mĂ©diane correspondra Ă  B = A, c’est-Ă -dire aux cĂŽtĂ©s d’un carrĂ©. Soit dit en passant, nous ne dirons pas alors, avec la thĂ©orie de la Gestalt, que les cĂŽtĂ©s du carrĂ© sont jugĂ©s Ă©quivalents parce que le carrĂ© est une « bonne forme » : nous dirons que les dĂ©formations B(A) > B et B(A) < B) se compensent en ce cas exactement 1, ce qui produit une « bonne forme ». Cela dit, il reste en toutes les autres situations que le grand cĂŽtĂ© est surestimĂ© et le petit sous-estimĂ©, ce qui soulĂšve deux questions de maximum.

ThĂ©oriquement, la loi des centrations relatives donne pour un rectangle dont un cĂŽtĂ© A varie entre A = 0, A = B et A > B (l’autre cĂŽtĂ© B Ă©tant constant et Ă©gal Ă  1) l’expression suivante :

1B(B— A)A B— A

(4) P = — — = si B > A

v , AB X B B

oĂč B = L1 = Lmax et A = L2

En ce cas la courbe des erreurs positives consiste en une droite et son maximum est situé à A = 0,

Quant aux erreurs négatives sur B (si B < A), on aura :

1 A (A— B) B A— B „

v AB X A A

oĂč A = L1 = Lm&x et B = L2

La courbe des erreurs nĂ©gatives (B restant constant et Ă©gal Ă  1 tandis que A augmente de valeur) est alors une hyperbole Ă©quilatĂšre, de telle sorte que l’erreur ne croĂźt pas indĂ©finiment

1 Car les dĂ©formations restent possibles en cas de fixation obligĂ©e sur l’un des cĂŽtĂ©s mais ces dĂ©formations momentanĂ©es s’annulent les unes les autres si l’on a B = A objectivement.

Les Mécanismes perceptifs 3

comme en positif, mais tend vers une droite au fur et à mesure de l’allongement de A.

Pour vĂ©rifier ces hypothĂšses, nous avons fait les recherches suivantes avec Marianne Denis-Prinzhorn (Rech. XVI). Il s’agissait en premier lieu de confronter la forme de la courbe thĂ©orique (droite en positif et hyperbolique en nĂ©gatif) avec celle de la courbe expĂ©rimentale : pour ce faire, nous avons cherchĂ© Ă  savoir si la rĂ©partition des erreurs Ă©tait effectivement symĂ©trique en positif et asymĂ©trique en nĂ©gatif, Ă  partir d’erreurs arbitrairement choisies dans les deux rĂ©gions + et — de la courbe. Dans la premiĂšre sĂ©rie d’épreuves (surestimation de B), nous avons prĂ©sentĂ© deux Ă©talons, I = 6X2,5 cm et II = 6X1,5 cm et une sĂ©rie de variables de 5 = 4,5 Ă  7,5 et A = 2 cm. Dans la seconde sĂ©rie (sous-estimation de 4), les deux Ă©talons ont Ă©tĂ© de III = 7,5X2 cm et IV = 4,5X2 cm et les variables de A = 1,6 Ă  2,4 cm et B = 6 cm. La question Ă©tait de comparer les premiĂšres variables Ă  I puis Ă  II avec estimation du grand cĂŽtĂ© B et de comparer les secondes variables Ă  III puis Ă  IV avec jugement sur le petit cĂŽtĂ© A. Les rĂ©sultats ont Ă©tĂ© (pour 41 sujets) :

Tabl. 1. Comparaisoni de rectangles du point de vue du grand cÎté (L1) ou du petit (Li) :

Ages

5-7 ans (Ordre I-IV)

5 ans (Ordre IV-I)

9-11 ans

Adultes

Moyennes

I(ij)

— 7,41

— 6,98

— 6,25

— 3,33

— 6,0

II (L1)

+ 9,26

+ 7,82

+ 6,00

+ 2,82

+ 6,4

III (LP

— 3,61

— 5,47

— 4,00

— 2,62

— 3,9

IV (Lt)

+ 6,67

+ 8,44

+ 4,91

+ 4,12

+ 6,0

 

Les signes + et — ne signifient pas ici (contrairement Ă  la rĂšgle) des erreurs positives ou nĂ©gatives (par rapport Ă  0), mais des surestimations ou sous-estimations par rapport au rectangle Ă©talon prĂ©sentĂ©, lequel comporte aussi lui-mĂȘme, soit une erreur positive sur le grand cĂŽtĂ© L1 (I et II) soit une erreur nĂ©gative sur le petit L2 (III et IV). Or, ces Ă©talons Ă©tant rĂ©partis de façon symĂ©trique deux Ă  deux, du point de vue des valeurs objectives, on voit alors que cette symĂ©trie se retrouve dans les estimations subjectives sur le grand cĂŽtĂ© (— 6,0 et 6,4), mais

1 Erreurs systĂ©matiques en % de l’étalon.

que les erreurs sur le petit cĂŽtĂ© sont asymĂ©triques : l’erreur sur IV (4,5X2 cm) est de + 6,0, c’est-Ă -dire Ă©loignĂ©e de 6 % du point mĂ©dian objectif en IV et III, tandis que l’erreur sur III est presque partout sensiblement plus faible par rapport Ă  ce mĂ©dian entre IV et III, parce que situĂ©e en un point oĂč la courbe s’incurve dans la direction de l’asymptote (voir la fig. i).

 

 

Cette premiĂšre expĂ©rience contrĂŽlant ainsi l’allure gĂ©nĂ©rale de la courbe 1, il s’agissait ensuite et surtout de vĂ©rifier que le maximum positif se trouve bien situĂ© pour la plus petite largeur L2 figurale du rectangle.

Une seconde expĂ©rience a alors consistĂ© Ă  faire comparer une simple droite de 6 cm (qui est un rectangle trĂšs mince, puisqu’une droite figurĂ©e par le dessin comporte une largeur) au cĂŽtĂ© infĂ©rieur d’un carrĂ© de 36 cm2 (puisque le carrĂ© correspond sur la courbe thĂ©orique Ă  l’illusion nulle mĂ©diane, situĂ©e entre

1 Ainsi que le caractĂšre « primaire » de l’illusion, qui diminue effectivement avec l’ñge.

B > A et B > A). Sur 25 adultes, les résultats ont été les suivants :

Tabl. 2. Comparaison d’une droite (=rectangle allongĂ©) au cĂŽtĂ© d’un carré :

Un troisiĂšme contrĂŽle a consistĂ© Ă  faire comparer par les 25 mĂȘmes adultes les longueurs (6 cm) de rectangles de 15 ; 10 ; 5 ; 4 ; 3 ; 2 ; 1 et 0,5 mm de largeurs ainsi qu’une droite de 6 cm et de 0,3 mm d’épaisseur (trait plein).

Tabl. 3. Choix du rectangle le plus allongé subjectivement :

On voit que le maximum de surestimation de L1 coĂŻncide bien avec la plus petite valeur de L2, mais Ă  une rĂ©serve prĂšs : les espaces pleins et les espaces vides n’ayant pas la mĂȘme valeur perceptive, les choix ont Ă©tĂ© plus nombreux sur 0,5 que sur 0,3 tandis que, si nous avions pu dessiner un rectangle Ă  traits de 0,1 mm avec un intervalle vide entre eux de 0,1 mm Ă©galement, il l’eĂ»t sans doute emporté » Pour calculer les illusions avec rigueur, il faudrait donc toujours dĂ©falquer l’épaisseur des traits. Dans la plupart des cas cela ne changerait rien aux rĂ©sultats. Mais il faut tenir compte de ce fait dans le cas particulier, et, bien plus encore, comme nous le verrons au § 13, dans celui de l’illusion d’Oppel-Kundt.

Il resterait Ă  parler des diagonales du rectangle, qui, lorsque l’une d’entre elles est figurĂ©e par le dessin, sont fortement dĂ©valorisĂ©es, ce qui est en contradiction complĂšte avec les illusions prĂ©cĂ©dentes1 (voir plus loin § 8, tableau 11). Mais ce renversement des relations en jeu lorsqu’intervient une diagonale figurĂ©e, relĂšve d’un effet bien diffĂ©rent de ceux des prop. 4 et 4 bis, et

1 Puisque la surestimation du grand cĂŽtĂ© d’un rectangle et la sous- estimation de son petit cĂŽtĂ© entraĂźnent Ă  eux deux une sous-estimation implicite de la diagonale virtuelle.

qui constitue, en opposition avec ces derniers, l’effet gĂ©nĂ©rateur de l’illusion des angles. C’est donc Ă  propos de ceux-ci (§ 5, cf. les fig. 4 et 7) et Ă  propos des parallĂ©logrammes (§ 8) que nous en traiterons systĂ©matiquement.

§ 4. La figure en T (dite aussi « illusion verticale-horizontale »).

La figure en question est formĂ©e au dĂ©part d’une verticale rejoignant en son milieu une horizontale de mĂȘme longueur. Elle comporte deux sortes de facteurs dĂ©formants, l’un de verticalitĂ© opposĂ©e Ă  l’horizontalitĂ© et l’autre de surestimation de la droite divisante sous l’effet de son inĂ©galitĂ© avec chacun des deux segments de la droite divisĂ©e. Le facteur de verticalitĂ© ne nous intĂ©resse pas ici, car il relĂšve des illusions « secondaires » et nous le retrouverons Ă  ce propos (chap. III, § 3). Mais il n’est pas prĂ©pondĂ©rant dans la plupart des variations de cette figure, sauf lorsqu’elle est transformĂ©e en Ă©querre (L) : c’est donc Ă  tort que l’on baptise souvent la figure en T « illusion verticale-horizontale », car lorsqu’elle est disposĂ©e en ├ c’est ordinairement l’horizontale qui est surestimĂ©e sous l’influence du deuxiĂšme des facteurs indiquĂ©s.

, C’est donc ce deuxiĂšme facteur que nous Ă©tudierons exclusivement ici. Nous le baptiserons effet de « semi-rectangle ». Son analyse ne semble d’ailleurs pas intĂ©ressante sous sa forme gĂ©nĂ©rale (du moins ne l’avons-nous pas tentĂ©e, bien qu’on puisse toujours dĂ©couvrir de l’inattendu
) : la comparaison d’une droite A avec une droite plus longue B formant avec la premiĂšre un angle de 90° ne provoque sans doute qu’un effet affaibli de rectangle. Mais l’originalitĂ© de la figure en T est que les deux droites en prĂ©sence sont Ă©gales et que leurs variations consistent simplement en dĂ©placements selon toutes les combinaisons possibles (pourvu que ces droites demeurent perpendiculaires) : voir la fig. 2.

 

 

Le problĂšme est alors comme d’habitude de dĂ©terminer la position des maxima et des illusions nulles mĂ©dianes s’il en existe.

Appelons dans ce qui suit1 A la ligne divisĂ©e (qu’elle soit horizontale comme en 2-4 et 10-12 sur la fig. 2 ou verticale comme en 6-8 et 14-16) et B la ligne divisante (verticale ou horizontale). Appelons, d’autre part, A,1 et A,2 les deux segments, Ă©gaux ou inĂ©gaux, de la ligne divisĂ©e, soit A,1+A,2 = A. On a alors pour chacun de ces deux segments, un effet de dĂ©valorisation provenant de ce que chacun d’eux forme avec la droite B un semi-rectangle dont il constitue le petit cĂŽtĂ© (le grand cĂŽtĂ© Ă©tant donc B lui-mĂȘme). Si nous appelons Px et P2ces deux effets correspondant Ă  A’1 et A’2, on aura donc, en calculant la surestimation de B, la formule suivante, directement tirĂ©e de la prop. 4 (§ 3), mais en prenant naturellement comme surface S celle de l’ensemble de la figure 2 :

(B— A’1) A’1×B

(5) P1 = = A’2A’1

ABXB

(B— A’-) A,2×B

et P., = — = A’1 A’.,

ABXB

Les valeurs de P1 et de P2 sont alors toujours identiques pour un A’1 et un A’2 complĂ©mentaires3.

Les figures dont nous nous sommes servi avec A. Morf ont A = B = 5 cm et A,1 = de 0 Ă  50 mm (par 5 mm d’écart). On aura donc, pour ces figures, les valeurs thĂ©oriques suivantes, tirĂ©es de la prop. 5 et calculĂ©es en termes d’unitĂ© (5 mm = 0,1 etc.) :

A’j (entre parenthùses A’2) :

0(50) 5(45) 10(40) 15(35) 20(30) 25(25) 30(20)35(15) 40(10) 45(5) 50(0) p1(= P2) :

0 0,09 0,16 0,21 0,24 0,25 0,24 0,21 0,16 0,09 0

Le maximum thĂ©orique est situĂ© ainsi Ă  A,1 = A’2 = A/2 (donc Ă  25) et la courbe dĂ©croĂźt systĂ©matiquement des deux cĂŽtĂ©s. Ces onze valeurs correspondant aux positions 1 Ă  5 de

1 Sans nous occuper du symbolisme de la Rech. XXV11I.

2 Et étant entendu que A=B puisque leurs longueurs sont constantes et égales, et que A = B = 1.

3 En effet, si B-A∖ = A\ et si B-A∖ = A\, alors IB-A’JA’, = A∖A’1 et (B-A’,)A’2 = A,A∖ Ă©galement.’

la fig. 2, on retrouvera ensuite la mĂȘme courbe pour les positions 5 Ă  9, puis 9 Ă  13 et enfin 13 Ă  16 et Ă  1. Par contre, si l’on exprime les erreurs sur la seule verticale (jouant donc tantĂŽt le rĂŽle de A tantĂŽt celui de B) on trouvera thĂ©oriquement une erreur alternativement positive (1-5 et 9-13) et nĂ©gative (6-8 et 14-16), correspondant au trait plein de la figure 3.

 

 

Examinons maintenant les donnĂ©es de l’expĂ©rience, dont nous possĂ©dons deux groupes, les unes rĂ©unies avec A. Morf et les autres Ă©tablies par T.M. KĂŒnnapas 1 indĂ©pendamment de nous. Il convient seulement de nous rappeler que le facteur de « semi-rectangle » analysĂ© dans la prop. 5 ne constitue que l’une des deux composantes de l’illusion, l’autre facteur Ă©tant celui de la surestimation de la verticale comme telle, facteur « secondaire » qui se combine avec le prĂ©cĂ©dent sans relever comme lui de la loi des centrations relatives. Or, malgrĂ© cette combinaison de deux facteurs, tantĂŽt cumulatifs, tantĂŽt antagonistes suivant les positions 1 Ă  16 (fig. 2) les deux groupes de rĂ©sultats convergent pleinement et mettent en Ă©vidence le rĂŽle du premier facteur, que KĂŒnnapas appelle simplement surestimation de la droite divisante (B) et que nous venons de dĂ©crire comme un effet de semi-rectangle : (1) le maximum expĂ©rimental s’observe effectivement lorsque B divise A en deux parties Ă©gales (A,1 = 4’2) ; (2) on observe en fait une surestimation de la ligne divisante B, mĂȘme lorsqu’elle est horizontale, du moins aux environs du maximum (d’autres expĂ©riences ont, il est vrai, montrĂ© le contraire, mais dans le cas de figures beaucoup plus grandes, oĂč il est possible d’évaluer A indĂ©pendamment de B et rĂ©ciproquement et oĂč la verticalitĂ© prime alors l’effet de semi-rectangle) ; (3) il y a par contre

1 T.M. KĂŒnnapas, An analysis of the Vertical-Horizontal Illusion, J. of exp. Psych., 1955, pp. 134-140.

conflit avec la verticalitĂ© aux positions extrĂȘmes de la courbe, oĂč l’effet de semi-rectangle est de valeur faible ou nulle (= Ă©querre) et oĂč la verticalitĂ© l’emporte. Au total la courbe expĂ©rimentale correspond donc Ă  la courbe en pointillĂ© de la fig. 3.

Encore une remarque : la courbe de la fig. 3 (positions 2-4 et 10-12) s’obtient en faisant comparer les figures deux Ă  deux et en demandant sur laquelle des deux on perçoit la plus grande diffĂ©rence entre A et B. Si l’on fait simplement comparer A a B Ă  l’intĂ©rieur d’une seule figure, selon la technique adoptĂ©e par T.M. KĂŒnnapas, la courbe est plus rectiligne (en forme de toit et non plus de dĂŽme), c’est-Ă -dire plus proche de celle des rectangles (fig. 1, partie positive) comme si le sujet n’était influencĂ© que par l’un des deux semi-rectangles au lieu de considĂ©rer l’ensemble de la figure sans aucune centration privilĂ©giĂ©e comme c’est le cas avec notre technique.

§ 5. Les illusions des angles.

Une des plus classiques des illusions primaires est la surestimation des angles aigus et la sous-estimation des obtus, avec dĂ©valorisation des cĂŽtĂ©s des premiers et surestimation des cĂŽtĂ©s des seconds. Si nous appelons mĂ©diane la perpendiculaire coupant la bissectrice en son milieu pour joindre les cĂŽtĂ©s de l’angle (dessinĂ©s Ă©gaux), nous y ajouterons une illusion de la mĂ©diane, qui consiste Ă  la percevoir (quand elle est dessinĂ©e) comme situĂ©e trop haut (= entre le milieu des cĂŽtĂ©s et le sommet de l’angle) dans le cas des angles aigus et trop bas dans celui des obtus.

Or, l’illusion complexe des angles n’est qu’une illusion des rectangles renversĂ©e, en ce sens que dans un rectangle, le petit cĂŽtĂ© est sous-estimĂ© et le grand surestimĂ©, tandis que le rectangle virtuel dans lequel est inscrit un angle aigu ou obtus (fig. 5 et 6) a un petit cĂŽtĂ© surestimĂ© et un grand sous-estimĂ© et qu’il en est dĂ©jĂ  de mĂȘme d’un simple rectangle dont on dessine sans plus une diagonale (fig. 4). Le facteur principal de l’illusion d’un rectangle de petit cĂŽtĂ© A et de grand cĂŽtĂ© B est, on s’en souvient (prop. 4), le couplage (ou relation) de diffĂ©rences (B— A)A. Dans le cas des angles Ă  cĂŽtĂ©s Ă©gaux les longueurs L1 et L2 qui dirigent l’estimation du sujet sont (mĂȘme lorsqu’elles demeurent virtuelles, c’est-Ă -dire ne correspondent Ă  aucun trait dessinĂ©) : (1) la hauteur H ou bissectrice de l’angle et (2) sa mĂ©diane M (voir la fig. 8). En effet, la grandeur de

l’angle est jugĂ©e (cette hypothĂšse Ă©tant naturellement Ă  vĂ©rifier par les coĂŻncidences des rĂ©sultats expĂ©rimentaux avec les calculs fondĂ©s sur elle) sur le rapport entre la hauteur de l’angle et l’écart entre les cĂŽtĂ©s : seulement cet Ă©cart n’est pas estimĂ© en fonction de la seule ligne d’ouverture, mais de toutes les distances entre les cĂŽtĂ©s Ă©valuĂ©es aux diffĂ©rents Ă©tages de la hauteur, ce qui donne une probabilitĂ© prĂ©fĂ©rentielle en faveur de l’écart moyen ou mĂ©diane M. On constate d’autre part, que, en valeurs objectives les relations entre la hauteur H et la mĂ©diane M sont H > M pour les angles aigus, H = M pour les angles droits et H < M pour les angles obtus. Ces deux circonstances d’estimation subjective prĂ©fĂ©rentielle et de relations objectives conduisent donc Ă  supposer que le facteur principal de l’illusion des angles sera le couplage1 de diffĂ©rences suivant, correspondant Ă  (B— A)A pour les rectangles :

(6) (H— M)M si H > M (angles aigus) et (M— H)H si M > H (angles obtus).

(Ă©tant entendu que, dans la composition qui suivra aux prop. 9 et 10, ce facteur 6 est Ă  rapporter Ă  S = HM et Ă  Lmax = la plus grande droite figurĂ©e = le cĂŽtĂ© C de l’angle. D’autre part, l’élĂ©ment L Ă©gale H, maintenu constant = 1).

Seulement, et c’est en cela que l’illusion des angles est une illusion des rectangles renversĂ©e, il se trouve que, contrairement Ă  toutes les rĂšgles habituelles, H est dĂ©valorisĂ© et M surestimĂ© dans le cas des angles aigus, oĂč le facteur de diffĂ©rences est cependant (H— M)M, tandis que H est surestimĂ© et M sous- estimĂ© dans le cas des obtus, oĂč 1e couplage des diffĂ©rences est (M-H)H !

Il faut donc, avant tout, expliquer ce renversement, ce qui nous fournira par le fait mĂȘme les instruments de formulation de l’illusion. Or, la solution de ce problĂšme est fort simple, Ă  condition de partir de l’élĂ©ment commun Ă  l’illusion des angles aigus et Ă  celle des obtus et de comparer cet Ă©lĂ©ment commun Ă  l’illusion des rectangles. Il existe, en effet, un Ă©lĂ©ment commun Ă  la surestimation des angles aigus et Ă  la sous-estimation des obtus : c’est la tendance (dont nous allons vĂ©rifier Ă  l’instant l’existence) Ă  renforcer l’inclinaison d’une oblique (fig. 4) 2.

1 Nous parlons (par anticipation) d’un « couplage de diffĂ©rences » entre B et A pour dĂ©signer la relation (B-A)A. Cette notion donnera lieu Ă  un dĂ©veloppement systĂ©matique aux 5Î 2 Ă  4 du chap. II.

2 Ce renforcement Ă©tant dĂ©fini comme la, tendance Ă  rejoindre l’inclinaison de 45° (= diagonale du carrĂ©).

On pourrait objecter que ce renforcement de l’inclinaison est dĂ» lui-mĂȘme Ă  un effet d’angle, ce qui empĂȘcherait de le considĂ©rer comme une condition

Si l’on effectue alors la jonction de deux obliques selon les deux formes possibles de symĂ©trie, on obtient (pour le mĂȘme renforcement d’inclinaison) la surestimation de l’angle aigu (fig. 5) et la sous-estimation de l’obtus (fig. 6). Or, il se trouve que cette oblique de dĂ©part (fig. 4) constitue en mĂȘme temps la diagonale d’un rectangle de rĂ©fĂ©rence (on ne peut, en effet, juger perceptivement de l’inclinaison d’une droite qu’en rĂ©fĂ©rence avec des verticales et des horizontales, ce qui aboutit Ă  la constitution d’un rectangle de rĂ©fĂ©rence), et que, si son inclinaison est renforcĂ©e, cela aboutit par le fait mĂȘme Ă  augmenter subjectivement la largeur du rectangle de rĂ©fĂ©rence et Ă  diminuer sa longueur : l’élĂ©ment commun Ă  la surestimation des angles aigus et Ă  la sous-estimation des obtus se trouve ainsi constituer par ailleurs un effet de dĂ©valorisation de la diagonale des rectangles, qui a pour rĂ©sultat de renverser exactement l’effet habituel de surestimation de leur grand cĂŽtĂ© et de sous-estimation du petit !

prĂ©alable de l’illusion des angles. En effet, insĂ©rĂ©e dans un rectangle de rĂ©fĂ©rence (fig. 4), l’oblique fait avec ses cĂŽtĂ©s divers angles que l’on pourrait supposer ĂȘtre responsables de la dĂ©viation apparente de l’oblique. Mais il est facile de montrer (voir Rech. XXIV), que, si la surestimation de certains de ces angles renforce l’inclinaison de l’oblique, d’autres ont l’effet inverse et que, Ă  calculer la valeur de ces angles, leurs effets contraires se compensent exactement.

En bref, avec le renforcement de l’inclinaison d’une oblique (fig. 4) nous tenons Ă  la fois l’élĂ©ment commun aux deux illusions classiques des angles (fig. 5 et 6) et le principe explicatif du renversement de l’illusion des rectangles. Il importe donc, avant tout essai de formulation de l’illusion des angles de vĂ©rifier si le renforcement de l’inclinaison d’une oblique, ou, ce qui revient par hypothĂšse au mĂȘme, cette dĂ©valorisation de la diagonale des rectangles existent rĂ©ellement. Or, sur ces deux points, nous avons deux groupes de rĂ©sultats expĂ©rimentaux Ă  invoquer, qui semblent l’un et l’autre dĂ©cisifs.

A commencer par la diagonale des rectangles, nous verrons plus loin (§ 8), Ă  propos des parallĂ©logrammes, qu’en mesurant 1 la sous-estimation de leur grande diagonale en fonction de la variation de leurs angles, on trouve un maximum lorsque ces angles sont de 90", c’est-Ă -dire prĂ©cisĂ©ment dans le cas particulier oĂč le parallĂ©logramme est un rectangle. Il suffit donc, en un rectangle, de dessiner l’une de ses diagonales au lieu de la laisser virtuelle, pour modifier l’illusion habituelle du rectangle, car Ă©videmment une dĂ©valorisation de la diagonale ne peut qu’aller de pair ou avec une dĂ©valorisation du grand cĂŽtĂ©, accompagnĂ©e ou non d’une surestimation du petit, ou avec une forte sous-estimation du petit cĂŽtĂ©, laissant ou non inchangĂ©e l’estimation du grand. La premiĂšre de ces deux Ă©ventualitĂ©s (dĂ©valorisation du grand cĂŽtĂ©) serait rĂ©alisĂ©e si l’inclinaison de la diagonale sous-estimĂ©e Ă©tait renforcĂ©e par rapport au grand cĂŽtĂ© du rectangle et la seconde (forte dĂ©valorisation du petit cĂŽtĂ©) le serait si la diagonale dĂ©valorisĂ©e Ă©tait au contraire redressĂ©e. Or, c’est le premier terme de cette alternative qui se vĂ©rifie.

Sur ce point, qui est central pour le problĂšme des angles, nous avons en effet poursuivi, avec A. Morf (Rech. XXIV), une recherche sur l’inclinaison des obliques en les insĂ©rant, soit dans un rectangle Ă  titre de diagonales, soit entre deux verticales parallĂšles (et coĂŻncidant respectivement avec les extrĂ©mitĂ©s de l’oblique) qui reprĂ©sentent alors les deux grands cĂŽtĂ©s d’un rectangle auquel il manquerait les petits. Appelons AF un rectangle fermĂ© de 2×5 cm sans diagonale, BF le mĂȘme rectangle avec une mĂ©diane longitudinale et CF le mĂȘme rectangle avec une diagonale et appelons AO, BO et CO les trois mĂȘmes figures, mais ouvertes (sans petits cĂŽtĂ©s). On trouve alors en faisant comparer trois de ces figures (dressĂ©es) deux Ă  deux du point de vue de la largeur du rectangle :

1 En collaboration avec Mme TuĂąt Vinh-Bang.

AD>

CF

AF = CF

AF<CF

AF>

BF

AF = BF

AF<BF

BF > CF

BF = CF

BF<CF

0

 

4

36

9

 

16

15

1 7

13

27

AO >

CO

AO = CO

AO < CO

|AO>

BO

AO = BO

AO < BO

1 BO > CO

BO = CO

BO < CO

0

 

2

38

7

 

12

21

1 1

12

27

 

Tλbi.. 4. Comparaison des petits cÎtés du rectangle avec ou sans diagonale (40 adultes) :

H est donc effectif que la largeur du rectangle avec diagonale (CF ou CO) est surestimĂ©e par rapport Ă  celle du rectangle sans diagonale (AF ou AO) et qu’il ne s’agit pas lĂ  simplement d’un effet d’espace divisĂ© (BF ou BO).

Les faits Ă©tant ainsi Ă©tablis, il suffit alors, pour formuler l’illusion des angles, de reprendre la prop. 6 en y adjoignant l’effet du renforcement des inclinaisons (fig. 4) aprĂšs avoir au prĂ©alable expliquĂ© et formulĂ© celui-ci.

Or, cet effet s’explique de la maniĂšre la plus directe si on le considĂšre prĂ©cisĂ©ment comme un effet de diagonale des rectangles ou du moins comme un effet relatif au rectangle de rĂ©fĂ©rence au moyen duquel on Ă©value l’inclinaison. D’un tel point de vue, l’inclinaison est repĂ©rĂ©e grĂące aux distances ou

lignes virtuelles dessinĂ©es en pointillĂ© sur la fig. 7 et comportant chacune les segments A et A’ : quand A < A’, A’ est surestimĂ©, A dĂ©valorisĂ© et l’oblique est donc lĂ©gĂšrement rejetĂ©e du cĂŽtĂ© de A. Quand A > A’, c’est l’inverse et l’oblique est rejetĂ©e du cĂŽtĂ© de A’, ce qui contribue Ă©galement Ă  accentuer son inclinaison. On pourrait demander pourquoi les mĂȘmes effets ne se produisent pas alors verticalement (tandis que nous avons raisonnĂ© sur des droites A+A’ foutes horizontales), ce qui diminuerait au contraire l’inclinaison au lieu de la renforcer : il se peut qu’il en soit aussi ainsi, mais comme les comparaisons verticales distinctes sont alors moins nombreu

ses que les comparaisons horizontales distinctes, celles-ci l’emportent. A 45°, par contre (ce qui pour deux obliques rĂ©unies comme dans la fig. 5 donnerait un angle de 90°), les deux sortes de comparaisons sont Ă©galement probables et leur rĂ©sultante est donc en principe nulle 1.

1 U en rĂ©sulte que la diagonale d’un carrĂ© ne donne pas d’erreurs d’inclinaison ; elle n’en est pas moins sous-estimĂ©e en tant que cĂŽtĂ© des deux angles de 45° qu’elle fait avec les cĂŽtĂ©s du carrĂ© (voir la Remarque II en fin de ce § 5).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cela dit, il est alors facile de formuler l’effet de la fig. 7 puis de le composer multiplicativement avec celui de la prop. 6 pour en tirer la loi de l’illusion des angles. Si nous appelons B la largeur du rectangle de la fig. 7, soit B = A+A’ et H son grand cĂŽtĂ© (qui deviendra la hauteur de l’angle par rĂ©union de deux rectangles : fig. 5), nous aurons, par application de la loi gĂ©nĂ©rale (prop. 3, § 1) :

H (A’— A)A H (A— A’)A*

(7) P = et P’ = — 

HBXC HBXC

oĂč Ll = A’ (en P) ou A (en P’) ; L2 = A ou A’ ; Lmax = C (longueur de la diagonale1) ; S = H B et ∏L = H puisque le nombre des comparaisons distinctes entre A et A’ est proportionnel Ă  H.

Si nous calculons maintenant ces expressions en Ă©crivant A et A’ en fractions de B (par exemple 0,1 et 0,9 ; etc.) nous trouvons alors naturellement pour (A’— A)A et (A— A,)A, toujours les mĂȘmes valeurs relatives pour un H constant, seule la valeur de B se modifiant d’un rectangle Ă  l’autre. Appelons donc KB l’ensemble des relations (A’— A)A et (A— A’)Â’ dont la valeur relative est constante (K) en fonction de B. La prop. 7 se rĂ©duira alors à :

HBK K

(8) P =  = -

BHXC C

Il suffit maintenant de combiner (par simple multiplication) cette expression avec le facteur (6), mais en nous rappelant que cette prop. 8 ne concerne que la moitié de la figure totale : celle-ci est la fig. 5 ou la fig. 6 (selon les deux symétries), par opposition à la figure élémentaire (4 ou 7). Nous aurons donc, pour les angles aigus :

2 K (H— M)M

(9) P = si H > M

C2

et pour les obtus :

2 K (M— H)H

(10) P = si M > H

C2

1 La diagonale étant la plus grande longueur dessinée tandis que dans un rectangle sans diagonale on a L = le grand cÎté.

Il est inutile de faire intervenir Ă  nouveau la surface BH (= MH car B = M) 1, puisqu’elle est dĂ©jĂ  comprise (et annulĂ©e) dans la prop. 8. A faire le calcul des prop. 9 et 10 qui donnent les mĂȘmes rĂ©sultats (signe Ă  part) pour les angles aigus ou obtus correspondants, on trouve (pour H= 1) :

Valeurs thĂ©oriques de l’illusion des angles (prop. 9 et 10) :

Le maximum thĂ©orique est donc situĂ© Ă  45° en positif (surestimation des aigus) et Ă  135° en nĂ©gatif (sous-estimation des obtus), suivant l’opinion communĂ©ment admise. Mais comment le prouver expĂ©rimentalement, sans mesurer un angle au moyen d’un autre angle comportant sa propre erreur systĂ©matique ? Nous disposons Ă  cet Ă©gard de deux mĂ©thodes distinctes, qui ont fourni des rĂ©sultats convergents. La premiĂšre est presque directe, et consiste Ă  Ă©tudier les dĂ©valorisations et valorisations de la grande et de la petite diagonales du losange en fonction des variations des angles : c’est ce que nous ferons au § suivant (§ 6), d’aprĂšs les rĂ©sultats de S. Ghoneim. La seconde est plus indirecte et consiste Ă  analyser l’illusion de ce que nous appelons la mĂ©diane de l’angle, c’est-Ă -dire la droite reliant le milieu de l’un des cĂŽtĂ©s au milieu de l’autre cĂŽtĂ© (Ă©gal au pre-

1 Il est, en effet, Ă©vident que B = M puisque M (voir la fig. 8) vaut 2A au point oĂč A = A’ (milieu de la fig. 7) et que, en ce point mĂ©dian, on a A + A = 2 A = B.

H

Il est Ă  noter, en outre, que — = sin α, oĂč α est l’angle que fait le C

cĂŽtĂ© C avec la ligne horizontale de base (ce qui correspond Ă  l’estimation M B’

perceptive de son inclinaison). D’autre part, — =— = sin R, oĂč ÎČ est l’angle C C

H-M
complĂ©mentaire de a. L’expression est donc la diffĂ©rence entre les

C

M(H-M) H(M-H)

sin a et sin R et les expressions et — correspondent alors à

C : C2

l’un de ces sinus multipliĂ© par la diffĂ©rence entre les deux. On retrouve ainsi, en termes de sinus (relatifs Ă  l’inclinaison des cĂŽtĂ©s C perceptive- ment dĂ©formĂ©e) le facteur gĂ©nĂ©ral de la loi, habituellement exprimĂ© en termes de longueurs (L2-L2)L2.

mier). En un angle et un triangle comme celui de la fig. 8, on mesurera la position (subjective) de la mĂ©diane M en faisant Ă©galiser les deux segments C1 et C2. Cette position dĂ©pendra alors des deux angles 1 et 2 : Si l’angle 1 est aigu, il dĂ©valorise le segment C1 et l’angle 2, Ă©tant obtus, valorise le segment C2, deux raisons cumulatives pour repousser la mĂ©diane vers le sommet de l’angle 1. Si l’angle 1 est obtus, il valorise Ci, ce qui repousse la mĂ©diane vers le bas, mais avec action contraire de l’angle 2. Quant aux angles 3 et 4, ils sont Ă©gaux et d’actions contraires, et sont donc nĂ©gligeables.

10°

20"

30°

40°

45°

50°

55°

60°

70°

80°

0,12

0,22

0,29

0,34

0,360

0,368

0,370

0,366

0,33

0,28

90°

100°

110°

120°

130°

140°

150°

160°

170°

180°

0,20

0,12

0,05

0

— 0,04

— 0,06

— 0,07

— 0,06

— 0,3

0

 

 

10° 20° 30° 40°

45° 50° 55°

60°

65° 70°

80°

Adultes .

1,07 1,5 1,6 1,8

1,8 2,03 1,8

2,02

— 1,5

1,3

6-8

. 0,99 1,5 1,8 2,3

2,8 3,0 3,15

3,13

2,9 2,4

2,3

 

90“ 100° 110°

120° 130°

140“

150“

160“

Adultes


 0,8 0,6 0,15

0,02 — 0,3

— 0,65

— 0,2

+0,3

6-8


 1,0 0,2 0,03

— 0,3 — 1,16

+0,9

— 

— 

 

ILLUSIONS PRIMAIRES ÂŁ

On aura donc, comme formule de l’illusion de la mĂ©diane : (11) P = P1 + P2si H>M et P = P1-P2si H<M oĂč P1 et P2 sont les dĂ©formations 9 ou 10 appliquĂ©es aux angles 1 et 2.

En faisant alors le calcul au moyen des valeurs thĂ©oriques des prop. 9 et 10, on trouve la courbe thĂ©orique suivante pour l’illusion de la mĂ©diane :

Or, sur 68 adultes et 29 enfants de 6-8 ans nous avons trouvĂ©, avec Florence PĂȘne les rĂ©sultats suivants :

TABL. 5. Illusion de la médiane des angles (en mm) :

La concordance entre l’expĂ©rience et le calcul thĂ©orique est donc relativement bonne Ă©tant donnĂ© que l’illusion de la

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

mĂ©diane est une illusion composĂ©e (prop. 11), correspondant donc Ă  un calcul d’autant plus approximatif : on retrouve le maximum positif aux environ de 55° et l’illusion nulle mĂ©diane aux environs de 120°, suivie d’illusions nĂ©gatives. Quant au maximum de ces derniĂšres, les trop grandes figures rendent la mesure assez imprĂ©cise.

Cette convergence relative entre le tabl. 5 et les valeurs thĂ©oriques des prop. 11, 10 et 9 semble justifier, si elle se confirme, le bien fondĂ© de ces prop. 10 et 9, donc de la formule de l’illusion des angles. Et, comme dĂ©jĂ  annoncĂ©, nous en examinerons une autre vĂ©rification, Ă  propos des illusions du losange.

Mais auparavant, il convient de rappeler que l’illusion des angles engendre un grand nombre d’illusions dĂ©rivĂ©es. L’une des plus connues sans doute est celle de Poggen- dorf : une oblique coupĂ©e en son milieu par

de deux segments qui ne se prolongent pas l’un l’autre, parce que l’angle a rejette le segment 1 sur la gauche et l’angle ÎČ le segment 2 sur la droite. Une autre illusion cĂ©lĂšbre est celle de ZĂŽllner dans laquelle le parallĂ©lisme objectif de droites n’est plus perçu subjectivement sous l’influence de lignes obliques qui font angle avec ces droites.

Il existe en outre une illusion bien connue, dont on n’avait pas montrĂ© avec prĂ©cision sa parentĂ© avec celle des angles. Nous l’avons appelĂ©e illusion des « quadrilatĂšres partiellement superposĂ©s » et avons pu vĂ©rifier avec M. Denis-Prinzhorn (Rech. XXI) qu’elle tenait Ă  l’action des angles a et ÎČ jointe Ă 

la valorisation par les segments AB, etc., des cĂŽtĂ©s BC et EF des carrĂ©s surplombants. En effet, l’angle a tend Ă  dĂ©valoriser ses cĂŽtĂ©s AD et BD, ainsi qu’à agrandir sa ligne d’ouverture AB, pendant que le cĂŽtĂ© BC

est valorisĂ© par le mĂȘme segment AB : il en rĂ©sulte alors, par cumulation de ces effets et des effets symĂ©triques relatifs Ă  l’angle ÎČ, une dĂ©viation de la ligne mĂ©diane Ă  laquelle sont attachĂ©s les quadrilatĂšres 1. On peut vĂ©rifier ces hypothĂšses en modifiant les angles a et ÎČ : en remplaçant, par exemple, les carrĂ©s par des rectangles dressĂ©s on renforce l’illusion, tandis qu’une figure formĂ©e de rectangles couchĂ©s sur la droite mĂ©diane affaiblit l’illusion par combinaison de l’effet des angles et de celui du dĂ©calage AB.

Cette illusion des quadrilatĂšres partiellement superposĂ©s est surtout intĂ©ressante par l’évolution avec l’ñge de ses diverses variantes. Tandis que les simples effets d’angles et de rectangles diminuent avec l’ñge en tant que primaires (cf. tabl. 1 et 5), il intervient en outre, selon les cadres, etc., un facteur secondaire de mise en rĂ©fĂ©rence qui augmente d’importance avec l’ñge et sur lequel nous reviendrons (chap. III, § 4).

Remarque I. — Si l’interprĂ©tation de l’illusion des angles par les prop. 7-10 est justifiĂ©e, il faut s’attendre Ă  ce que cette illusion varie avec la position de l’angle et avec l’égalitĂ© ou l’inĂ©galitĂ© de longueur de ses cĂŽtĂ©s. En effet, les fig. 4-7 sont

1 II s’y ajoute des effets de brillance ou de coloration renforçant l’action des contours et que nous avons analysĂ©s dans la Rech. XXI (§   4).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

dessinĂ©es de façon Ă  ce que les cĂŽtĂ©s des rectangles de rĂ©fĂ©rence soient horizontaux et verticaux, ce qui revient Ă  dire que la bissectrice de l’angle inscrit sera verticale. Mais si l’on prĂ©sente les mĂȘmes angles avec bissectrices inclinĂ©es (les rectangles virtuels de rĂ©fĂ©rences n’étant donc plus posĂ©s sur l’un de leurs cĂŽtĂ©s) et surtout si l’on donne Ă  ces angles des cĂŽtĂ©s inĂ©gaux, l’illusion doit s’affaiblir puisque, d’une part, le sujet ne pourra plus Ă©valuer les inclinaisons des cĂŽtĂ©s de l’angle qu’en se rĂ©fĂ©rant Ă  des parallĂšles virtuelles et que, d’autre part, le calcul fondĂ© sur la fig. 7 (prop. 7-8) sera modifiĂ© par l’inĂ©galitĂ© des cĂŽtĂ©s. Nous avons donc fait avec S. Menillo un bref sondage sur ces deux points, qui a confirmĂ© ces prĂ©visions. Pour un angle de 45° Ă  cĂŽtĂ©s Ă©gaux (10 cm) l’erreur systĂ©matique moyenne a Ă©tĂ© de — 7,7 % pour l’évaluation de la longueur de l’un de ses cĂŽtĂ©s en position normale (bissectrice verticale), tandis qu’en plaçant ce cĂŽtĂ© en position verticale (bissectrice inclinĂ©e) l’erreur n’a Ă©tĂ© que de — 4,8 %. D’autre part, en faisant porter les mesures sur ce cĂŽtĂ© constant en position normale mais avec variations de longueurs de l’autre cĂŽtĂ© de 1 cm Ă  17,5 cm (1 ; 2 ; 2,5 ; 5 ; 7,5 ; 10 ; 12,5 ; 15 et 17 cm) on trouve des erreurs de 4,5 ; 5,1 ; 7,0 ; 7,5 ; 7,9 ; 7,7 ; 6,0 ; 6,0 et 6,3 % c’est-Ă -dire un maximum compris entre les cĂŽtĂ©s de 7,5 et 10 cm donc proche de l’égalitĂ© des cĂŽtĂ©s.

Chacun sait d’ailleurs, et E. Rausch y a particuliĂšrement insistĂ©, que les illusions du parallĂ©logramme varient selon la position de la figure, ce qui implique les deux mĂȘmes phĂ©nomĂšnes.

Remarque II. — Nous avons soutenu (en note Ă  propos de la fig. 7) que la diagonale du carrĂ© est sous-estimĂ©e en sa longueur, bien que son inclinaison ne donne pas lieu Ă  dĂ©formations. Mme Bang a bien voulu vĂ©rifier cette affirmation sur 20 adultes et a trouvĂ© effectivement une sous-estimation de — 9,0 % si on mesure la longueur de cette diagonale 1 (le carrĂ© Ă©tant posĂ© sur un de ses cĂŽtĂ©s) au moyen de droites variables inclinĂ©es Ă  45°. Les cĂŽtĂ©s horizontaux et verticaux du carrĂ© ne donnant par contre lieu (avec des droites variables horizontales et verticales) qu’à des erreurs de 1,7 Ă  3,4 % (avec ou sans diagonale dessinĂ©e). La sous-estimation de la diagonale dessinĂ©e tient Ă©videmment au fait qu’elle forme un angle de 45° avec les cĂŽtĂ©s du carré : les cĂŽtĂ©s d’un angle de 45° Ă©tant dĂ©valorisĂ©s, la diagonale est donc sous-estimĂ©e. Quant aux cĂŽtĂ©s du carrĂ©, lorsque la diagonale est dessinĂ©e, ils constituent Ă©gale-

1 De 70 mm pour un carré de 50 mm de cÎtés

ment les cĂŽtĂ©s de ces angles de 45" ; mais comme ils forment, par ailleurs, entre eux des angles de 90" (sans dĂ©formation des cĂŽtĂ©s) et qu’ils sont insĂ©rĂ©s dans une « bonne forme » (Ă  cĂŽtĂ©s Ă©gaux entre eux et Ă  angles de 90°), ils rĂ©sistent alors en partie Ă  la dĂ©formation.

§ 6. Les illusions du losange.

Un autre moyen pour vĂ©rifier la loi de l’illusion des angles avec maximum positif Ă  45° et nĂ©gatif Ă  135° est d’étudier les dĂ©formations du losange, ce que S. Ghoneim a bien voulu faire Ă  notre demande 1. Le losange comporte, en effet, deux angles aigus Ă©gaux et rĂ©partis symĂ©triquement, ainsi que deux obtus Ă©gaux et symĂ©triques et ne prĂ©sente que ces deux facteurs de dĂ©formation. S’il en est ainsi, on pourra d’abord s’attendre Ă  ce que sa grande diagonale, reliant les sommets des deux angles aigus, soit sous-estimĂ©e. Elle le sera d’abord parce que la hauteur H des aigus est dĂ©valuĂ©e et que cette grande diagonale est Ă©gale Ă . 2 H. Elle le sera ensuite parce que la ligne d’ouverture des deux angles aigus (dont les deux bissectrices 2 H constituent donc cette grande diagonale) reprĂ©sente par ailleurs les deux hauteurs des deux angles obtus du losange, qui sont surestimĂ©es : or, si ces deux bissectrices des angles obtus (qui constituent donc Ă  elles deux la petite diagonale du losange), sont surestimĂ©es, cela signifie d’une part, que la petite diagonale du losange est surĂ©valuĂ©e, mais cela entraĂźne aussi, et par le fait mĂȘme, une sous-estimation de la grande diagonale, sous-estimation ainsi renforcĂ©e par cette seconde action Ă©galement. En bref, les quatre angles du losange concourent cumulativement Ă  dĂ©former le losange dans la direction d’un carrĂ©, ce qui raccourcit subjectivement la grande diagonale et allonge subjectivement la petite.

C’est bien ce que les faits ont montrĂ©, et S. Ghoneim a pu Ă©tablir une courbe des erreurs comportant les deux maxima de 45° et 135°. Mais notons d’abord que les erreurs du losange rĂ©sultant en chaque cas d’un couple d’angles symĂ©triques, et se trouvant par consĂ©quent renforcĂ©es par rapport Ă  celles des angles simples, on peut alors formuler l’illusion relative aux deux diagonales en doublant le numĂ©rateur des expressions 9 et 10, ce qui donne (si D1 = la grande diagonale et D2 = la petite) :

2 K(2 H— 2 M)2 M 2 K(D1-D2)D 2

(12) P = = ±

C2 C2

1 Rech. XXXVII.

En effet, 2H = D1 et 2 M = D2. Quant Ă  la prop. 10 on retrouve en la doublant la mĂȘme expression puisque si M > H alors 2 M = Dl et 2 H — D2. D’autre part, comme il s’agit Ă  nouveau ici d’un renversement de l’illusion du rectangle, le signe de P sera (— ) quand il s’agira de calculer l’erreur sur la grande diagonale et (+) quand il s’agira de la petite. Quant aux valeurs thĂ©oriques calculĂ©es au moyen de cette prop. 12, elles sont simplement le double de celles des prop. 9 et 10.

S’il est intĂ©ressant de traduire ainsi en termes de diffĂ©rence entre les diagonales les illusions du losange, c’est que nous retrouverons Ă  propos des parallĂ©logrammes (§ 7) ces relations entre les diagonales, mais en remplaçant le terme C2 par une relation plus complexe entre les cĂŽtĂ©s et la surface.

Voici maintenant la vérification expérimentale de ces suppositions, selon les données réunies par S. Ghoneim :

Tabl. 6. Sous-estimation de la grande diagonale (10 à 90°) et surestimation de la petite diagonale (90 à 170°) du losange1 (en % de 50 mm) :

Angles

10° 20° 30° 40° 45° 50° 60° 70° 80°

90°

5-6 ans

— 7,1 — 8,7 — 9,9 — 10,4 — 9,8 — 8,7 — 7,8 — 7,2 — 6,9

— 7,2

7-8

— 4,8 — 6,7 — 7,7 — 8,2 — 8,9 — 7,9 — 7,1 — 7,2 — 6,7

— 6,3

9-10

— 4,4 — 5,9 — 7,2 — 7,8 — 8,2 — 6,4 — 5,8 — 5,7 — 5,0

— 4,6

11-12

— 3,0 — 4,4 — 5,9 — 6,9 — 7,8 — 6,3 — 5,6 — 4,9 — 4,7

— 4,6

Adultes

— 4,1 — 4,8 — 5,6 — 6,0 — 6,9 — 5,3 — 5,7 — 5,2 — 4,9

— 3,9

Angles

100“ 110“ 120° 130° 135° 140° 150° 160°

170°

5-6 ans

— 7,4 — 7,3 — 7,1 — 7,4 — 5,9 — 5,3 — 5,3 — 5,7

— 6,2

7-8

— 5,7 — 5,8 — 5,8 — 5,0 — 5,0 — 5,4 — 5,4 — 5,1

— 5,3

9-10

— 5,3 — 5,3 — 5,0 — 4,5 — 3,9 — 3,7 -4,6 — 5,1

— 5,7

11-12

— 4,7 — 6,1 — 4,8 — 4,4 — 3,2 — 2,7 — 3,1 -^,4

— 4,9

Adultes

— 4,2 — 4,0 — 3,2 — 3,0 — 3,1 — 1,5 — 2,2 — 3,4

— 3,0

 

On constate alors qu’à tous les Ăąges le maximum nĂ©gatif se trouve Ă  45° (sauf Ă  5-6 ans oĂč il est Ă  40°), ce qui correspond bien au maximum de surestimation des angles aigus. Il existe, d’autre part, Ă  tous les Ăąges un point de sous-esti-

1 PrĂ©sentation verticale de la diagonale Ă©valuĂ©e (50 mm) et en ordre ascendant des figures prĂ©sentĂ©es. Des contrĂŽles ont Ă©tĂ© faits sur les prĂ©sentations horizontale ou oblique et en ordre dĂ©croissant : les courbes demeurent qualitativement les mĂȘmes en toutes ces variantes.

mation minimum aux environs de 135" (ou 140). Mais comme les mesures sont prises au moyen de simples droites comparĂ©es Ă  la diagonale Ă  Ă©valuer, et que ces mesurants sont eux- mĂȘmes surestimĂ©s en tant que rectangles trĂšs minces Ă  extrĂ©mitĂ©s non fermĂ©es (cf. § 2), par opposition aux diagonales fermĂ©es aux deux extrĂ©mitĂ©s, il va de soi que la position de l’abcisse ou du zĂ©ro est elle-mĂȘme relative Ă  cette erreur inĂ©vitable sur le mesurant. Si nous prenons donc pour chaque Ăąge comme abcisse le niveau souvent commun (Ă  peu de choses prĂšs) aux erreurs sur 10”, 90" et 170” (ou le niveau correspondant Ă  leur moyenne), alors ce qui est en dessous de ce niveau est Ă  considĂ©rer comme erreurs authentiquement nĂ©gatives et ce qui est en dessus comme erreurs positives. D’un tel point de vue le minimum de sous-estimation observĂ© vers 135-140" est donc en rĂ©alitĂ© un maximum de surestimation de la petite diagonale : par exemple, si le zĂ©ro adulte est Ă  situer aux environs de — 3,5 cela donnerait Ă  peu prĂšs — 3,4 de sous- estimation de la grande diagonale Ă  45” et +2,0 de surestimation de la petite Ă  140”.

Pour dĂ©montrer le rĂŽle des angles dans les illusions de ce tableau 6, Ghoneim a pris les mĂȘmes mesures de la grande et de la petite diagonale sur des figures identiques aux prĂ©cĂ©dentes mais avec suppression du sommet des angles divisĂ©s : en ce cas l’erreur tombe, chez 10 adultes, entre — 0,8 et +0,4 de 20 Ă  90° et entre +0,6 et + 2,2 de 100 Ă  180”, ce qui revient Ă  dire que l’illusion est annulĂ©e. D’autre part, S. Ghoneim a Ă©tudiĂ© Ă©galement1 la dĂ©valorisation des cĂŽtĂ©s du losange, qui est gĂ©nĂ©rale (ce qui prouve le primat des angles aigus) et prĂ©sente une distribution analogue Ă  celle du tableau 6 avec maximum nĂ©gatif vers 40 ou 45°.

§ 7. La surestimation et la sous-estimation des courbures.

Avant de passer aux illusions des parallĂ©logrammes (qui inversent, comme celles des angles, les dĂ©formations du rectangle), puis, de lĂ , aux illusions du trapĂšze conduisant Ă  celles de MĂŒller-Lyer, mentionnons encore le problĂšme des courbures, qui se rattache Ă  certains Ă©gards Ă  celui des angles. Nous n’avons nullement Ă©puisĂ© cette nouvelle question, plus vaste qu’il ne semble (illusion de Bourdon, contrastes de courbures

1 Au moyen de mesurants carrés.

de K. BĂŒhler, etc.) et nous sommes bornĂ©s Ă  Ă©tudier avec E. Vur- pillot le renforcement de la courbure de certains petits arcs de cercle, conduisant Ă  une dĂ©valuation de la corde, ainsi que la surestimation de la corde pour certains arcs plus longs. Ces deux phĂ©nomĂšnes rappellent (sans leur ĂȘtre nullement identiques) la sous-estimation des angles obtus et la surestimation des aigus, mais ils mĂ©ritent une analyse et une formulation particuliĂšres d’autant plus qu’ils nous semblent par ailleurs suffire Ă  faire comprendre la plupart des autres illusions des courbures.

Soit un cercle (fig. 12) dont on masque une bande (sur le modĂšle de l’illusion de Poggendorf) : on aperçoit d’emblĂ©e que la courbure de l’arc infĂ©rieur ne paraĂźt pas alors correspondre entiĂšrement Ă  celle de l’arc supĂ©rieur, autrement dit que la courbure du petit arc semble renforcĂ©e. En nous inspirant de notre essai d’explication des angles (fig. 7) nous pouvons en ce cas utiliser le schĂ©ma sui

vant. Si nous appelons mĂ©diane de rare la perpendiculaire Ă  la flĂšche F la coupant en son milieu (fig. 13), nous Ă©valuerons en chaque point la courbure de l’arc en comparant la distance A qui sĂ©pare ce point de la corde Co Ă  la distance A’ sĂ©parant ce mĂȘme point du cĂŽtĂ© supĂ©rieur du rectangle de rĂ©fĂ©rence (donc de la tangente au sommet de la flĂšche) : ce n’est alors qu’aux points oĂč l’arc coupe la mĂ©diane qu’il n’y a pas de dĂ©formation, tandis qu’au-dessous de la

mĂ©diane on a A > A’, donc dĂ©formation dans le sens d’une accentuation de la courbure (voir la ligne en traits interrompus bordant l’arc au-dessus de M) ; au-dessous de la mĂ©diane, par contre, on a A < A’, d’oĂč un rĂ©trĂ©cissement de la corde,, qui sera dĂ©valuĂ©e.

Nous avons donc entrepris, avec Eliane Vurpillot (Rech. XXVII), une double, analyes des effets mesurĂ©s sur la corde CÔ et sur la hauteur ∕^eii’variant la longueur de l’arc de cercle et avons trouvĂ© ce qui suit en ce qui concerne l’erreur sur la cordé :’- ∙ ∙ -∙ 
.. . .-.’.s√.∙. ’

Tabl. 7. Erreurs systématiques (gn %) mesurées sur la corde (20 sujets) :

F (sur 32)1

1

3

5

8

10

12

16

5-6 ans (20)

1,4

0,8

— 6,4

— 1,8

— 8,4

— 2,2

— 4,0

7-8

(30)

— 1,8

— 3,6

— 2,8

— 2,6

— 3,8

— 4,6

— 5,0

9-10

(20)

— 2,4

— 2,6

— 3,8

— 4,8

— 4,0

— 6,0

— 6,8

Adultes (20)

— 2,4

— 3,2

— 4,4

— 4,8

— 5,2

— 5,6

— 4,8

Moy génér.

— 1,4

— 2,4

— 4,2

— 3,4

— 5,2

— 4,6

— 5,2

F (sur 32)

20

22

24

27

29

30

31

5-6 ans (20)

— 1,2

+ 1,2

3,8

10,6

17,2

15,8

13,0

7-8

(30)

— 1,0

+0,6

4,4

10,8

13,4

11,0

9.6

9-10

(20)

— 1,2

+0,4

3,2

10,6

13,0

8,6

9,2

Adultes (20)

— 1,6

+0,2

3,0

6,6

7,8

6,0

5.2

Moy. génér.

— 1,2

+0,6

+4,1

+9,8

+ 13,0

+ 8,4

+ 9,4

 

On observe ainsi une erreur nĂ©gative qui augmente en moyenne jusqu’à la corde correspondant Ă  la flĂšche 16, puis diminue, aboutit Ă  l’erreur nulle mĂ©diane vers F = 29 pour diminuer enfin.

Pour expliquer le dĂ©tail de ces faits, essayons de raisonner par analogie avec les angles, en dĂ©veloppant le schĂ©ma esquissĂ© Ă  propos de la fig. 13. Nous constatons d’abord que deux sortes de couplages de diffĂ©rences peuvent intervenir en ce cas : (1) les relations entre A et A’ (fig. 13) ; (2) les relations entre

la corde Co et la hauteur de l’arc (F). Mais nous constatons aussi qu’un troisiĂšme couplage possible peut intervenir ici, qui n’a pas son Ă©quivalent dans le domaine des angles : la relation entre la partie Ar de l’arc situĂ©e au-dessus de la mĂ©diane et la partie Ar’ situĂ©e au- dessous (par exemple pour la corde Co1 de la fig. 14, coĂŻncidant avec le diamĂštre du cercle, Arl situĂ© au- dessus de Λf, vaut 2,09 et lĂšs deux

moitiĂ©s rĂ©unies dl4r∖ valent 1,05 seulement2). Or, cette rĂ©tĂ -

1 La lettre F reprĂ©sente la flĂšche (ou hauteur) de l’arc dont la corde Co est Ă©valuĂ©e perceptivement. Nous avons, d’autre part, exprimĂ© les valeurs de F (soit 1, 2, 3, 
 21) en trente-deuxiĂšmes du diamĂštre dĂ» cercle, ’parce que les quarts, huitiĂšmes et mĂȘme seiziĂšmes ne nous ont pas suffi (le maximum Ă©tant Ă .?’= 29). 
. . . 
 .. ..

- 2 Ên unitĂ©s de rayon-dans ⅛r(⅛09 +‱ 1,06 = 8⅛4 = si r = 1>.∙ ‱

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

tion entre Ar et Ar’ est fonction de Co et de F et dĂ©termine Ă  son tour les relations entre A et A’. Cherchons donc ce que donnerait l’application de la loi gĂ©nĂ©rale (prop. 3 § 2) en utilisant le seul couplage entre Ar et Ar’ en tant que reprĂ©sentatif des deux autres.

On aura alors L1 = Ar et L2 = Ar’ (ou l’inverse) ; Lmax = Ar + Ar’ (oĂč Ar’ est comptĂ© avec ses deux moitiĂ©s, de mĂȘme qu’Ar dans le cas Ar2) ; nL = F car les diffĂ©rences entre A et A’ sont fonction de F ; et S = CoF (avec le cadre de rĂ©fĂ©rence). On obtiendra ainsi pour l’illusion des courbures :

F(Ar— Ar,)Ar, Ar’(Ar— Ar’)

(13) P = = si Ar > Ar’

C∩F×(Ar+Ar,) Co (Ar + Ar’)

donc jusqu’à F = 3/4 du diamùtre (F = 24 ; soit jusqu’à Co = M2dans la fig. 14)

F(Ar,— Ar)Ar Ar(Ar,— Ar)

et (13 bis) P = + — = si Ar’ > Ar

CoF×(Ar + Ar,) Co (Ar+Ar’)

donc entre F = 24 et F = 32 (= diamÚtre vertical entier).

Le calcul (dont on trouvera le détail p. 228 de la Rech. XXVII) donne alors, (ce dont nous avouons avoir été les premiers surpris 1) une courbe correspondant remarquablement à la courbe expérimentale (voir la fig. 15). Les valeurs théoriques des prop. 13 et 13 bis sont en effet :

On retrouve donc le maximum nĂ©gatif Ă  F = 16 et le maximum positif Ă  F = 29. Le passage Ă  zĂ©ro s’effectue thĂ©oriquement Ă  F = 24 et le tabl. 7 l’indique dĂ©jĂ  aux environs de F = 21 ; mais lorsqu’on effectue les mesures avec la corde au- dessus de la courbure ou verticalement (tabl. 4 de la Rech. XXVII), l’illusion nulle mĂ©diane s’observe entre F = 23 et 25.

Quant aux illusions sur la hauteur F elles suivent en gros la mĂȘme loi (mais avec naturellement surestimation de F jus-

qu’à F = 24 puis sous-estimation), Ă  une exception remarquable prĂšs : la dĂ©valuation de cette hauteur augmente encore aprĂšs F = 29 pour trouver son maximum Ă  F = 32, c’est-Ă -dire avec la dĂ©valuation du diamĂštre du cercle ! La raison en est sans doute que, dĂšs F = 24 (= Λf2 sur la fig. 14) et surtout aprĂšs F = 29, la forme circulaire devient assez perceptible et prĂ©- gnente pour que l’évaluation de F s’effectue en fonction des diamĂštres vertical et horizontal Ă  la fois : en ce cas la dĂ©valuation du dernier (= de Co1 sur la fig. 12, correspondant au maximum nĂ©gatif (thĂ©orique) entraĂźne une sous-estimation de tous les diamĂštres Ă  la fois. On voit ainsi, que mĂȘme la « meilleure » des formes perceptives n’est pas Ă  l’abri des dĂ©formations systĂ©matiques !

§ 8. Les illusions du parallélogramme.

Tout en voisinant Ă  la fois avec le losange (dont il possĂšde le parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s deux Ă  deux et l’égalitĂ© des angles par couples) et avec le rectangle (Ă©galitĂ© des cĂŽtĂ©s deux Ă  deux), le parallĂ©logramme ne comprend ni les quatre cĂŽtĂ©s Ă©gaux du premier ni les quatre angles Ă©gaux du second. Et surtout, il ne constitue pas une figure symĂ©trique, par rapport ni aux coordonnĂ©es verticales et horizontales, ni Ă  ses mĂ©dianes transversales et longitudinales, ni Ă  ses diagonales, sinon par rabattements accompagnĂ©s de rotation. Dans la mesure oĂč les rela- 52 MÉCANISMES PERCEPTIFS fions d’équivalence (Ă©galitĂ©s simples) et de rĂ©ciprocitĂ© (Ă©galitĂ©s par symĂ©trie) que comporte une figure conduisent Ă  une compensation des dĂ©formations et oĂč seules les inĂ©galitĂ©s et asymĂ©tries entraĂźnent perceptivement des transformations non compensĂ©es (dĂ©formations), il faut donc nous attendre, avec le parallĂ©logramme Ă  une complication plus grande que prĂ©cĂ©demment des relations perceptives en jeu. Cette configuration donne, en effet, lieu Ă  des erreurs systĂ©matiques multiples, sur lesquelles ont insistĂ© notamment F. Sander et E. Rausch 1, et parfois trĂšs complexes (comprenant entre autres des facteurs « secondaires » on verra pourquoi) comme l’illusion cĂ©lĂšbre Ă  laquelle Sander a attachĂ© son nom.

NĂ©anmoins et bien que nous n’ayons sans doute pas Ă©puisĂ© l’analyse de cette figure du point de vue de la loi gĂ©nĂ©rale des illusions primaires, il peut ĂȘtre intĂ©ressant de montrer comment les erreurs qu’elles comportent se rattachent Ă  celles du losange et du rectangle, Ă  commencer par la sous-estimation des grandes diagonales qui inverse, comme dans le cas des angles, des losanges et du rectangle lui-mĂȘme, le principe de dĂ©part des dĂ©formations du rectangle (allongement de la figure sous l’influence de la surestimation de son grand cĂŽtĂ©). Sander et Rausch, qui sont gestaltistes, voient dans les illusions du parallĂ©logramme la manifestation d’une tendance Ă  redresser cette figure2, ce qui lui donnerait cette forme « meilleure » parce que plus voisine d’un rectangle (et cette tendance aboutirait entre autres Ă  la dĂ©valorisation de la grande diagonale). On pourrait dire, de mĂȘme, que la tendance en jeu dans les illusions du losange est de la rapprocher du carrĂ© et que les surestimations ou sous-estimations des angles aigus ou obtus tendent Ă  les rĂ©duire Ă  des angles droits. Mais ces tendances, si elles existent, demandent une explication et c’est pourquoi il convient de partir des relations Ă©lĂ©mentaires en jeu au sein desquelles on dĂ©couvre simplement une « tendance » Ă  accentuer les inĂ©galitĂ©s. D’autre part, un rectangle sans diagonale figurĂ©e, ne tend nullement Ă  se rapprocher du carrĂ© et lorsqu’il inverse sa tendance Ă  l’allongement, sous l’effet d’une diagonale figurĂ©e, c’est encore sous l’influence d’un renforcement des inĂ©galitĂ©s (voir au § 5 l’explicatron du renforcement des inclinaisons : fig. 4). Le problĂšme de. la.dĂ©valorisation des grandes’ diagonales du parallĂ©logramme est ainsi d⅛n intĂ©rĂȘt

1 E. Rausch, Struktur und Metrik ftgural-optischer Wahrnehmung, Frankfurt 1952. . ‱’ ■ ■ ■ ’

‱ 2 La ‱ tendance--« -eidotropique- » ‱ de- Sander.‱ ‱ . :‱

assez général, qui se rattache aux questions angulaires et à toutes celles qui ont été examinées aux § § 3 à 5.

Nous avons donc d’une part, cherchĂ© Ă  comparer la grande diagonale du parallĂ©logramme Ă  celle du losange en conservant constants cette diagonale (50 mm) ainsi que les petits angles (45°, maximum de dĂ©formation de l’angle aigu et du petit angle du losange) et en faisant varier les quatre cĂŽtĂ©s du parallĂ©logramme (les uns passant de 5 mm Ă  45 par dix Ă©chelons et les autres de 46 Ă  7,5 mm) ainsi que la petite diagonale (42,5 mm Ă  21 et de lĂ  Ă  40 mm), les grands angles restant naturellement constants ’. L’une des dix variations considĂ©rĂ©es est alors un losange de 27,5 mm de cĂŽtĂ©s et de 21 mm de petite diagonale.

Une seconde expĂ©rience a consistĂ© Ă  comparer la grande diagonale du parallĂ©logramme Ă  la diagonale du rectangle en prĂ©sentant neuf parallĂ©logrammes comportant un petit cĂŽtĂ© constant (50 mm) et une diagonale constante (100 mm) qui est la grande pour les cinq premiers (angles de 10 Ă  75° et petite diagonale de 8 Ă  76 mm) et la petite pour les trois derniers (l’angle dont elle part Ă©tant de 100, 110 et 118° et la grande diagonale de 115, 128 et 140 mm). Le sixiĂšme terme de la sĂ©rie est alors un rectangle de 50X85 mm dont une seule des deux diagonales est dessinĂ©e.

Une troisiÚme expérience a consisté à laisser constantes la grande et la petite diagonales (10 et 5 cm) et à mesurer cette derniÚre en faisant varier la longueur des cÎtés, pour mettre en évidence ce dernier facteur.

Quant Ă  la mesure des cĂŽtĂ©s eux-mĂȘmes, il nous a paru plus intĂ©ressant d’étudier sur eux les illusions attachĂ©es aux points mĂ©dians plutĂŽt que les surestimations ou sous-estimations des longueurs totales. En effet chacun des cĂŽtĂ©s du parallĂ©logramme est Ă  la fois dĂ©valorisĂ© en tant que cĂŽtĂ© d’un angle aigu et valorisĂ© en tant que cĂŽtĂ© d’un obtus, ces deux effets Ă©tant antagonistes. Par contre le point mĂ©dian paraĂźt subjectivement Ă  la fois trop prĂšs du sommet de l’angle aigu et trop Ă©loignĂ© de celui de l’angle obtus pour les mĂȘmes raisons mais maintenant cumulatives. Nous avons donc mesurĂ© la position apparente (subjective) du point mĂ©dian des grands cĂŽtĂ©s constants (9 cm) de parallĂ©logrammes dont nous faisons varier tantĂŽt les angles aigus (de 5° Ă  60°) en laissant constant le petit cĂŽtĂ© (sĂ©rie I), tantĂŽt en laissant constants les angles et en faisant varier le petit cĂŽtĂ© de 2 Ă  9 cm (sĂ©rie 11).

1 Cette expĂ©rience a Ă©tĂ© conduite Ă . notre demande par. S. Ghoneim, dans son travail sur-le lĂŽsange (Recħ, XXXVtR-.. c - -.r . .. . ∙, . .-.

I. A commencer par cette derniĂšre expĂ©rience (avec P. Dadsetan), les rĂ©sultats en ont Ă©tĂ© d’abord nettement que la dĂ©formation des cĂŽtĂ©s (= erreur systĂ©matique par dĂ©placement du point mĂ©dian dans la direction de l’angle obtus) est d’autant plus forte que les angles aigus du parallĂ©logramme sont plus petits (sans maximum Ă  45") (tabl. 8) :

Tabl. 8. Erreurs systématiques sur le point médian en fonction des angles (pour tous les petits cÎtés réunis)1 :

CÎté sup. Série 1

 

 

 

 

 

 

(25 adultes)

5,95

4,70

4,42

3,62

3,09

2,00

10 adultes

3,95

3,62

2,44

1,95

1,74

1,07

Série 11

 

 

 

 

 

 

(25 adultes)

6,72

5,48

4,77

3,71

3,05

2,18

10 adultes

3,45

3,35

2,71

1,92

1,76

0.80

Moy. sup.

5,01

4,28

3,58

2,80

2,41

1,51

CÎté infér. Série 1

 

 

 

 

 

 

(25 adultes)

6,81

5,47

4,55

3,96

3,31

2,27

7 adultes

4,07

3,47

3,32

3,04

2,80

1,54

Série 11

 

 

 

 

 

 

(25 adultes)

7,10

6,03

4,63

3,82

3,18

2,00

7 adultes

4,02

3,80

2,88

2,65

2,37

1,31

Moy. inf.

5,50

4,69

3,84

3,36

2,91

1,78

 

CÎté sup. Série I

3,94

4,32

4,24

4,20

4,00 3,30

3,57 3,45

(25 adultes)

 

 

 

 

 

 

10 adultes

2,21

2,46

2,57

2,12

2,06 1,75

1,36 1,68

Série II

 

(25 adultes)

4,57

4,76

4,57

4,47

4,70 4,09

3,74 3,51

10 adultes

2,01

2,26

2,26

2,27

1,83 1,92

1,72 1,51

Moy. sup.

3,64

3,91

3,83

3,72

3,66 3,16

3,05 2,94

CÎté infér. Série I

 

(25 adultes)

2,74

3,07

3,02

2,81

2,79 2,45

2,34 2,22

7 adultes

3,10

3,53

3,65

3,36

3,28 3,65

2,93 3,10

Série II

 

(25 adultes)

5,02

5,43

5,22

5,08

4,32 3,70

3,48 3.44

7 adultes

3,06

3,31

3,23

3,55

3,33 3,31

2,66 2,20

Moy. inf.

3,65

4,01

3,92

3,80

3,48 3,10

2,87 2J7

 

Tabl. 9. Erreurs systématiques sur le point médian en fonction des cÎtés (pour tous les angles réunis) :

1 L’expĂ©rience a Ă©tĂ© faite une premiĂšre fois avec des groupes de 25 adultes, une seconde fois avec des groupes de 10 ou 7 adultes. Les deux sĂ©ries de rĂ©sultats (en valeur absolue) sont reportĂ©es dans les tableaux 8 et 9.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quant au rÎle des cÎtés, on trouve, pour un grand cÎté constant de 9 cm et des petits cÎtés variant de 2 à 9 cm, les résultats du tabl. 9 ci-avant.

Il semble alors possible de rĂ©duire ces faits Ă  la formule suivante qui rend compte Ă  la fois de l’augmentation de l’illusion avec la diminution de l’angle aigu et du maximum observĂ© pour un petit cĂŽtĂ© de 3 cm (4 = B/3) :

(D1-D2)D2 × (B— A)A

(14) P=

S

oĂč D1 = la grande diagonale, D2 = la petite, B = le grand cĂŽtĂ©, A = le petit et S = la surface.

En effet, le calcul tiré de cette prop. 14 donne 1 :

On retrouve ainsi l’affaiblissement de l’illusion avec l’augmentation de l’angle, de mĂȘme que le maximum pour le cĂŽtĂ© 3.

II. L’expĂ©rience sur les dĂ©formations de la petite diagonale2 (habituellement surestimĂ©e) a fourni sur 20 adultes les rĂ©sultats suivants (avec prĂ©sentation verticale de la petite diagonale) :

Tabl. 10. Erreurs systématiques sur la petite diagonale (5 cm) avec grande diagonale constante (10 cm) mais angles et cÎtés variables (20 sujets) :

1 Pour le petit cĂŽtĂ© 9 le facteur (B-A)A Ă©tant Ă©gal Ă  O, l’expression (D1-D2)D2∕S reste donc seule en jeu.

2 Avec Mme T. Vinh-Bang.

La prop. 14 donne en ce cas les valeurs théoriques suivantes qui concordent relativement avec ces résultats (fig. 16) :

Angles

P (théor.)

160”

4,30

145”

2,25

138”

1,67

129”

0,95

128”

0,67

Angles

126°

127”

127”

131”

 

P (théor.)

0,21

0,35

1,50

1,67

 

 

 

 

 

Le renversement de la courbe à partir de 54 X 60 est dû à celui des valeurs relatives des cÎtés.

III. Quant Ă  la mesure des grandes diagonales (avec Mme T. Vinh-Bang), pour des figures passant progressivement d’un quasi-losange Ă  un rectangle et Ă  des parallĂ©logrammes non rectangulaires orientĂ©s dans l’autre sens (diagonale mesurĂ©e : 10 cm constante, seconde diagonale passant de 0,28 Ă  10 et Ă  14 cm), Mme Vinh-Bang a trouvĂ© en prĂ©sentation verticale :

Tabl. 11. Erreurs systématiques sur la grande diagonale (10 à 90°) puis sur la petite (100 à 118°) :

II suffit alors d’ajuster le 0 au point expĂ©rimental correspondant au rectangle de 90" (soit — 8,6 ou — 5,5) pour obtenir une courbe thĂ©orique correspondant dans les grandes lignes aux courbes exoĂ©rimen-

- taies, mais avec remontĂ©e dĂšs 90° et non pas Ă  100° seulement com- 1 me sur le tab. 11 (voir ’ la fig. 17).

A cet Ă©gard, il est peut-ĂȘtre utile de signaler que, sans maintenir verticales les diagonales et avec une prĂ©sentation sur petits cĂŽtĂ©s horizontaux, le maximum observĂ© a Ă©tĂ© de — 9,4 Ă  80° (contre — 8,6 Ă  90° et — 8,8 Ă  — 8,9 entre 38 et 75°).

IV. Quant Ă  la comparaison Ă  angles maintenus constants (45°) de la grande diagonale du losange avec celles des parallĂ©logrammes Ă  cĂŽtĂ©s inĂ©gaux (de 5X46 cm Ă  45×7,5 en passant

1 Ce second groupe de 20 sujets est formĂ© d’élĂšves d’un Technicum. Ă  Illusions systĂ©matiques plus faibles.

par le losange de cÎtés 27,5X27,5), les résultats obtenus par S. Ghoneim ont été les suivants :

Tabl. 12. Erreurs systématiques sur la grande diagonale avec angle constant (45°) et cÎtés variables :

Angles

5" 10°

15 »

20 »

25 » 27,5 »

30 »

35 »

40 »

50 »

5- 6 ans

— 7,7 — 9,4

— 11,5

— 12,3

— 13,5 — 14,5

— 13,9

— 10,6

— 8,6

— 6,9

7- 8 ans

— 6,4 — 9,1

— 10,9

— 11,8

— 13,2 — 14,1

— 12,0

— 10,4

— 8,2

— 6,1

9-10 ans

— 6,1 — 8,2

— 10,6

— 11,2

— 12,8 — 13,3

— 11,9

— 9,7

— 7,3

— 5,1

11-12 ans

— 4,5 — 7,5

— 9,5

— 10,6

— 11,4 — 12,6

— 10,3

— 8,6

— 7,0

-Λ0

Adultes

— 2,8 — 4,5

— 7,2

— 7,8

— 9,3 — 10,0

— 8,6

— 6,4

— 3,5

— 2,9

 

On voit alors qu’en ce cas la grande diagonale du losange est plus sous-estimĂ©e que celle des autres parallĂ©logrammes, ce qui ne se retrouve pas lorsque l’on compare un losange Ă  des parallĂ©logrammes d’angles diffĂ©rents. Dans la prĂ©sente situation, l’angle restant constant (45°), il convient en ce cas,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

pour calculer thĂ©oriquement les rĂ©sultats du tableau 12 de ne retenir que le facteur (B— /1)4 en faisant abstraction du facteur (D1-D2)D2 qui figure dans la prop, 14 Ă  titre de reprĂ©sentant des variations angulaires. On aura donc, pour un angle constant :

(B— A)A

(14 bis) P =

S

Cp oui donne ‱

11 suffit alors de situer le 0 au niveau de la valeur correspondant Ă  27,5, calculable par la formule du losange, pour trouver uen courbe concordant relativement avec les courbes empiriques (fig. 18).

V. Quant Ă  l’illusion de Sander (fig. 19), elle consiste comme on sait en la sous-estimation d’une grande diagonale Dl mais comparĂ©e Ă  la surestimation d’une petite diagonale D,2, ces diagonales Dl et D,2 appartenant respectivement Ă  deux parallĂ©logrammes accolĂ©s de mĂȘmes angles (ici 55 et 125°) rĂ©sultant de la division, au moyen de la droite M, d’un grand parallĂ©logramme total : en dĂ©plaçant M sur la gauche ou sur la droite (et en conservant son inclinaison Ă©gale Ă  celle des petits cĂŽtĂ©s

1 En effet, en un parallĂ©logramme dont D1 est la grande diagonale et B le grand cĂŽtĂ©, et dont O2 est la petite diagonale et A le petit cĂŽtĂ©, on a les relations (si a est l’angle compris entre A et B) :

D1 = A2 + B2 + 2 AB cos αDj = A2 + B8 — 2 AB cos a

Il en résulte que, pour un angle constant a, les diagonales et leur couplage de différence (D,-P2)D2 sont univoquement déterminés par les valeurs de A et de B.

du grand parallĂ©logramme), on modifie les longueurs de D1 et de D,2 ; jusqu’à Ă©galisation subjective. En s’inspirant de la technique de Ipsen 1, mais en vision libre, notre collaborateur Vinh-Bang a Ă©tudiĂ© cette illusion sur 10 enfants par Ăąges de 5 Ă  12 ans, et sur 20 adultes au moyen de 22 figures de 125X61 mm de cĂŽtĂ©s2, dont les diagonales D1 et D,2 ont les valeurs suivantes, auxquelles nous faisons correspondre la valeur de l’illusion (en cas d’égalisation subjective) d’aprĂšs la 100Xu

formule de Wirth (utilisĂ©e par Ipsen) P = 100 (oĂč

Xm

Xu = le rapport estimĂ© par le sujet entre les deux diagonales jugĂ©es Ă©gales et Xm = le rapport objectif entre ces mĂȘmes diagonales) :

Les résultats obtenus ont été les suivants :

Tabl. 13. Illusion de Sander de 5 à 12 ans et chez l’adulte (selon le mode de calcul de Wirth-Ipsen) :

Cette distribution des erreurs soulùve alors deux problùmes : (1) pourquoi l’erreur moyenne est-elle comprise entre 15 et 25 %, donc autour de la carte VII et entre les cartes V à IX ; et (2) pourquoi augmente-t-elle de 5 à 7 ans pour atteindre un plateau entre 7 et 9 ans et diminuer chez l’adulte ?

1 Neue Psychol. Stud. (1926).

2 Présentées 10 secondes au maximum.

Pour rĂ©pondre Ă  la premiĂšre question, il convient d’appliquer Ă  l’illusion de Sander nos formules prĂ©cĂ©dentes (prop. 14 et 14 bis), mais cela sans faire intervenir le facteur (D1-D2’)D2puisque les angles des parallĂ©logrammes en jeu sont constants. En effet, Ă  calculer les actions (D1— D2)D2 sur les deux parallĂ©logrammes de la fig. 19, on voit qu’elles sont proportionnelles aux surfaces qui interviennent dans la formule suivante. Comme sous IV, nous nous en tiendrons donc au calcul de P = (B— Λ)4∕S et l’appliquerons alors aux deux diagonales D1et D,2 dans l’hypothĂšse que l’illusion de Sander sera maximale lorsque la sous-estimation de D1 et la surestimation de D,2seront Ă  peu prĂšs Ă©gales parce que, si la sous-estimation de D1est plus forte que la surestimation de D,2 ou l’inverse, le sujet ne percevra plus l’égalitĂ© subjective D1 = D,2. Le calcul donne alors, en valeurs relatives de (B-A)A∕S par rapport aux longueurs 1 de D1 et de D,2 :

Figures

I

11

111

IV

V

VI

VII

VIII

p D1

10,32

8,13

7,06

6,08

5,67

5,22

4,80

4,44

P d,2

5,58

5,62

5,34

5,24

5,19

5,02

4,88

4,77

Différence

+4,74

+2,51

+ 1,72

+0,84 +0,48

+ 0,20

— 0,08

— 0,33

Figures

X

X

XI

XII

XIII

XIV

XV

 

p D1

4,02

3,65

3,29

2,93

2,59

2,25

1,91

 

P d,2

4,58

4,42

4,22

4,01

3,80

3,54

3,29

 

Différence

— 0,56

— 0,77

— 0,93

— 1,08

— 1,21

— 1,29

— 1,38

 

 

On voit alors que l’égalitĂ© des dĂ©formations sur D1 et D,2est prĂ©cisĂ©ment centrĂ©e autour de la figure VII, avec diffĂ©rences s’étageant entre +0,48 pour la fig. V et — 0,56 pour la fig. IX, tandis que les diffĂ©rences pour les fig. I Ă  IV sont plus consi-

(B1-A,)A, (B2-A2)A2

1 Sous la forme P D, =  D, et P D,2 =  D’2 oĂč B1,A1

s, S 2

et S, sont les cÎtés et la surface du parallélogramme de droite et B2, A, et S2 ceux du parallélogramme de gauche (de la fig. 19).

Il est Ă  noter que cette mise en relation de (B-AÏA/S avec D1 et avec D2ne consiste naturellement pas en une rĂ©introduction du facteur (D1-D2)D2 mais revient simplement, Ă©tant donnĂ© le fait que D1 et D2 n’appartiennent pas au mĂȘme parallĂ©logramme (D1 Ă©tant la grande diagonale du parallĂ©logramme de droite et O’2 la petite diagonale du parallĂ©logramme de gauche), de calculer les valeurs (B-AĂŻA/S relativement aux longueurs des Ă©lĂ©ments dĂ©formĂ©s D1 et D’2 et non pas absolument comme s’il s’agissait de la grande et de la petite diagonale du mĂȘme parallĂ©logramme.

dĂ©rables et le redeviennent au-delĂ  de la fig. [X. Les Ă©galisations subjectives mesurĂ©es par Vinh-Bang sont ainsi entiĂšrement cohĂ©rentes avec les illusions prĂ©cĂ©dentes, puisque les distributions du tabl. 13 coĂŻncident avec celles que permet de prĂ©voir le prĂ©sent calcul fondĂ© sur les mĂȘmes formules.

Quant Ă  savoir pourquoi l’illusion augmente de 5 Ă  7 ans, il va de soi que la comparaison des diagonales D↑ et D,2appartenant Ă  deux parallĂ©logrammes diffĂ©rents ne saurait ĂȘtre influencĂ©e par tous les Ă©lĂ©ments en jeu (cĂŽtĂ©s, etc.) que dans la mesure oĂč la figure est bien structurĂ©e. Comme il s’agit d’une figure complexe comprenant neuf Ă©lĂ©ments distincts, il est donc naturel que cette structuration ne soit pas immĂ©diate mais qu’elle progresse jusqu’à 7 ans, d’oĂč l’augmentation initiale de l’illusion. AprĂšs quoi elle reste stable jusqu’au niveau oĂč l’exploration analytique de l’adulte conduit Ă  certaines compensations, les deux moyennes d’erreurs extrĂȘmes (15,3 % Ă  5 ans et 15,1 % chez l’adulte) Ă©tant donc convergentes mais non pas comparables.

§ 9. La surestimation du petit cÎté et la sous-estimation du grand cÎté du trapÚze.

Le trapĂšze isocĂšle comporte deux paires d’angles Ă©gaux, mais non pas quatre angles Ă©gaux, deux cĂŽtĂ©s Ă©gaux mais non parallĂšles, et deux autres parallĂšles mais inĂ©gaux. Du point de vue des Ă©lĂ©ments en jeu, c’est donc une figure plus complexe que le parallĂ©logramme dont il ne possĂšde plus le parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s deux Ă  deux, mais il prĂ©sente par contre une symĂ©trie entiĂšre du point de vue de sa mĂ©diane transversale c’est-Ă -dire de l’axe de coordonnĂ©e vertical si le trapĂšze est posĂ© sur l’un de ses cĂŽtĂ©s parallĂšles. Aussi comporte-t-il des erreurs systĂ©matiques beaucoup plus simples que celles du parallĂ©logramme.

Par contre, il nous met en prĂ©sence d’un problĂšme nouveau par rapport Ă  ceux des § § 3 Ă  8 et d’un problĂšme que nous retrouverons Ă  l’occasion des illusions de MĂŒller-Lyer et de DelbƓuf : pourquoi le petit cĂŽtĂ© du trapĂšze est-il surestimĂ© et le grand sous-estimĂ© alors que la relation qui les unit est une inĂ©galitĂ© qui devrait, si elle Ă©tait seule en jeu, conduire Ă  l’effet contraire ? Or, les inversions de sens que nous avons rencontrĂ©es jusqu’ici (Ă©largissement du rectangle sous l’influence de sa diagonale figurĂ©e, sous-estimation de la hauteur de l’angle aigu et Ă©largissement apparent de sa ligne

d’ouverture sous l’influence de l’inclinaison des cĂŽtĂ©s, etc.) Ă©taient fous dus Ă  des effets d’inclinaison dont le type Ă©lĂ©mentaire est celui de la fig. 4 du § 5). Dans le cas du trapĂšze, on pourrait dire de mĂȘme que l’inversion dans l’estimation de la longueur des cĂŽtĂ©s parallĂšles est due aux angles aigus et obtus qu’ils font avec les cĂŽtĂ©s non parallĂšles et dont les surestimations et sous-estimations respectives redressent ces derniers cĂŽtĂ©s et inversent les longueurs apparentes des cĂŽtĂ©s parallĂšles. Mais cette explication ne vaudra plus pour l’illusion de Miiller-Lyer lorsqu’elle sera prĂ©sentĂ©e sans pennures et au moyen de seules droites parallĂšles et inĂ©gales 1. Elle vaudra encore moins pour les cercles concentriques de DelbƓuf dont le petit (intĂ©rieur) est surestimĂ© sous l’influence du grand et 1e grand (extĂ©rieur) dĂ©valuĂ© sous l’influence du petit.

Dire qu’en de tels cas il y a assimilation (= Ă©galisation) et non plus contraste n’est qu’une explication verbale, car il resterait Ă  montrer pour quelles raisons l’égalisation se substitue au contraste. Tout notre effort a au contraire consistĂ© jusqu’ici Ă  nous passer de cette opposition facile et Ă  tout rĂ©duire Ă  des renforcements d’inĂ©galitĂ©s (contrastes), mĂȘme quand le rĂ©sultat en est une Ă©galisation subjective sous l’effet d’une inversion due elle-mĂȘme Ă  des renforcements d’inĂ©galitĂ© (comme dans le cas des inclinaisons). Mais alors, quelle est la raison de cette inversion dans l’exemple du trapĂšze et dans la catĂ©gorie d’illusions dont nous abordons l’étude (trapĂšze, MĂŒller-Lyer et DelbƓuf), si l’on ne fait par directement appel aux angles puisqu’ils n’interviendront pas en chacun de ces cas ?

La nouveautĂ© des relations perceptives du trapĂšze par rapport Ă  celles du rectangle est simplement celle-ci. Dans le cas du rectangle un grand cĂŽtĂ© B est comparĂ© Ă  un petit A et la diffĂ©rence entre eux B-A, tout en jouant un rĂŽle essentiel dans le mĂ©canisme de la surestimation du premier et de la sous- estimation du second, ne constitue pas un Ă©lĂ©ment proprement dit de la figure, c’est-Ă -dire un Ă©lĂ©ment isolable et perceptible de façon indĂ©pendante. Dans le cas du trapĂšze, au contraire, la diffĂ©rence entre le plus grand des cĂŽtĂ©s parallĂšles B et le plus petit A est une ligne virtuelle A’, donc un intervalle vide, mais immĂ©diatement perceptible puisqu’il correspond Ă  l’écart marquĂ© par les cĂŽtĂ©s obliques non parallĂšles, c’est-Ă -dire Ă  la ligne d’ouverture de l’angle formĂ© par ces cĂŽtĂ©s, et Ă  une ligne d’ouverture prolongeant Ă  ses deux extrĂ©mitĂ©s le plus petit des cĂŽtĂ©s

1 Voir plus loin la fig. 22, n° 3 (I 3 et II 3).

1 Les mesurants étant des droites échelonnées par 2 mm.

Cela dit, l’originalitĂ© du groupe de figures dont nous abordons l’étude est de faire intervenir la diffĂ©rence A’ Ă  titre de facteur au mĂȘme titre que les Ă©lĂ©ments A et B : lorsque A’ est plus petit que A (et il ne l’est pas toujours) et plus petit que B (et il l’est toujours), A’ est alors dĂ©valorisĂ© simultanĂ©ment par A et par B, ce qui a pour effet de valoriser A et de dĂ©valuer B. Le renversement de la situation créée par la relation A < B est donc, en ces cas, dĂ» Ă  la dĂ©valuation de leur diffĂ©rence par les deux termes de la relation, et pas seulement aux effets angulaires. Mais comme, en de tels cas, la dĂ©valorisation de la diffĂ©rence peut se traduire aussi en langage angulaire (puisque la diffĂ©rence A’ est fonction des angles a et ÎČ (voir la fig. 20), il conviendra donc que nous cherchions la relation qui existe entre ces deux interprĂ©tations.

Nous avons fait (avec E. Deutsch) deux expériences sur le trapÚze, la premiÚre consistant à mesurer la petite base A constante (60 mm) avec variation de la grande (de 65 à 500 mm), la hauteur de 35 mm restant inchangée, et la seconde à mesurer une grande base B constante (60 mm également) avec variations de la petite (5, 10, 20, 30, 40, 50 et 55 mm) et une hauteur de 35 mm inchangée 1. Les résultats ont été les suivants (sur les adultes) :

Tabl. 14. Erreur systĂ©matique (en % de l’élĂ©ment constant) sur la petite base avec variation de la grande :

non parallĂšles. En d’autres termes, la diffĂ©rence A’ (voir la fig. 20) est bien un Ă©lĂ©ment, non pas de la figure gĂ©omĂ©trique (ou opĂ©ratoire) mais de la figure perçue, et cela en tant que les obliques sont toujours apprĂ©hendĂ©es en rĂ©fĂ©rence avec des verticales et des horizontales.

figures dont nous abor-

B

65

70

75

90

100

110

120

130

140

150

160

E. syst.

1,9

3,3

6,0

11,0

11,3

13,9

15,9

16,0

15,2

14,8

10,5

B

170

180

190

200

210

220

300

350

400

500

mm

E. syst.

10,1

10,3

9,1

8,9

7,5

7,8

8,9

8,3

4,4

5,2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tabl. 15. Erreur systématique sur la grande base avec variation de la petite :

On constate ainsi la prĂ©sence d’un maximum positif net pour l’expĂ©rience I, aux environs de 120-130 mm donc de B = 2A, et d’un maximum nĂ©gatif moins bien dĂ©gagĂ© pour l’expĂ©rience II, aux environs de 5-20 mm.

I. Pour expliquer la surestimation de la petite base A indĂ©pendamment des effets d’angles, sur lesquels nous reviendrons, nous pouvons invoquer trois ou cinq sortes de relations :

(1) La relation entre A et B (voir la fig. 20)

(2) La relation entre B et A’ ; ou (2 bis) entre B et 2A’

(3) La relation entre A et A’ ; ou (3 bis) entre A et 2A’

Notons d’abord que les relations (1) et (2 bis) sont Ă©quivalentes du point de vue du calcul des diffĂ©rences puisque B— A = 2A’ et B— 2A’ = A. D’oĂč une seconde remarque : si B varie, tandis que A reste constant, B est Ă  mettre en relation avec 2A’ (2 bis) et non pas avec A’ seul (2) puisque les variations de B et de 2A’ sont concomitantes. Au contraire, A constant est Ă  mettre en relation avec les variations de A’ seul, sous la forme 2(A— A’) et non pas A— 2A’, puisque ces variations de A’ sont indĂ©pendantes de A. Il ne reste donc que trois relations possibles : (1), (2 bis) et (3), dont deux Ă©quivalentes. Or, il est clair que les relations (1) et (2 bis) ne peuvent pas agir simultanĂ©ment, puisque B = A+2A’ et que si B dĂ©value A il ne peut pas dĂ©valuer 2A’ simultanĂ©ment, et rĂ©ciproquement, sous peine de se dĂ©valuer lui-mĂȘme directement. Or, comme A est surestimĂ©, c’est donc la relation (2 bis) qui est la bonne, puisque la dĂ©valuation de 2A’ diffĂ©rence entre A et B) aura pour effet de valoriser A et de dĂ©valoriser B (mais cette fois indirectement), ce qui est conforme aux faits. Nous Ă©crirons donc comme suit le facteur principal de la surestimation de A, que nous appellerons P1 :

(B— 2A,)2A, A (B— 2A,)2A,

(15) P1 =  × — = ■ si A = 1

BH B B2H

En assignant à A constant la valeur 1 et à H la valeur 0,58, nous obtenons alors pour Pl les valeurs théoriques suivantes :

B =

65 70

75 80 90 100

110

120

130

140

150

Pi =

0,12 0,21

0,27 0,32 0,37 0,41

0,427 0,431

0,428 0,422 0,41

B =

160 170

180 190 200 210

220

300

350

400

500

p1 =

0,40 0,39 0,38 0,37 0,36 0,34 0,33

0,27

0,24

0,21

0,19

 

On voit qu’il existe une convergence relativement bonne entre ces valeurs thĂ©oriques (qui sont, rappelons-le, exclusivement relatives et nullement absolues 1) et les valeurs expĂ©rimentales du tableau 14 : maximum aux environs de B=2A (120) et montĂ©e rapide de la courbe entre 65 et 120, puis descente lente entre 120 et 500.

Quant Ă  la relation entre A et A’ (rel. 3), elle passe par un maximum Ă  B = 90 et par une valeur nulle pour B = 180 (A’ = A = 60), puis prĂ©sente un nouvel accroissement. Ou bien donc cette relation n’intervient pas, ou bien elle compose avec la relation prĂ©cĂ©dente2 (prop. 15), auquel cas on a toujours un maximum pour B — 2A (soit 120) mais un nouvel accroissement vers ÎČ=200-250, ce qui pourrait correspondre Ă  certaines irrĂ©gularitĂ©s dans les courbes empiriques (mais rien ne prouve naturellement que cette seconde relation se compose en fait Ă  coefficient Ă©gal avec la premiĂšre).

Notons maintenant que ce maximum pour B = 2A correspond Ă  des angles de 45° entre les cĂŽtĂ©s non parallĂšles du trapĂšze et la grande base, et de 135° entre ces mĂȘmes cĂŽtĂ©s et la petite base (pour la hauteur considĂ©rĂ©e). On pourrait donc interprĂ©ter l’illusion comme si elle ne dĂ©rivait que des angles, ceux-ci ayant pour effet cumulatif (par surestimation des aigus et sous-estimation des obtus) de redresser les cĂŽtĂ©s non parallĂšles, donc de valoriser A et de dĂ©valoriser B. Or, ces deux sortes de facteurs ne coĂŻncident pas en thĂ©orie, car si, dans les valeurs calculĂ©es d’aprĂšs la prop. 15, on remplace les hauteurs de 0,58 par des hauteurs de 1, de 0,2 ou de 0,1, on trouve encore un maximum pour B = 2A, qui ne coĂŻncide plus alors avec des angles de 45 Ă  135°. Les deux interprĂ©tations ne convergent ainsi pas entiĂšrement et nous laisserons donc le problĂšme ouvert pour le reprendre Ă  propos des doubles trapĂšzes.

1 D’oĂč le droit de les rĂ©duire Ă  1, c’est-Ă -dire de les exprimer en dixiĂšmes.

2 En multipliant le numĂ©rateur par (A-A’)A’ si A > A’ ou par (A’-AtA si A’ < A mais sans rediviser par B2H.

IL En ce qui concerne maintenant la sous-estimation de la grande base B, la dĂ©valorisation de A’ en rend compte Ă©galement, puisque dĂ©valuer la diffĂ©rence entre A et B, c’est aussi bien sous-estimer B que surestimer A. Mais comme, dans cette expĂ©rience II, la petite base A seule varie, nous ne pouvons plus, en vertu de nos rĂšgles de calcul, mettre B en relation avec 2A’, mais seulement avec A’ seul. Nous aurons alors d’abord :

(B— A,)A, 2B 2(B— A’)A’

(|6) P1 = ×- = _■

BH B B2H

2(B— A’)A’
d’oĂč, pour B - 1,

H

ce qui donne, pour B — 1 et H = 0,58 (35 mm sur 60 pour B) :

A 0 5 10 15 20 30 40 45 50 55 mm

P J — 0,86 — 0,85 — 0,83 — 0,80 — 0,76 — 0,64 — 0,47 — 0,37 — 0,27 — 0,13

On voit que si ces valeurs thĂ©oriques se distribuent d’une maniĂšre assez convergente avec celles du tableau 15, elles ne fournissent par contre pas de maximum Ă  15 (c’est-Ă -dire A = B/A) comme les valeurs expĂ©rimentales de ce tableau 15 semblent l’indiquer, mais Ă  A = 0, c’est-Ă -dire lorsque la figure prend la forme d’un triangle. Notons d’ailleurs d’emblĂ©e que dans l’expĂ©rience faite avec des doubles trapĂšzes (voir plus loin § 9, tableau 16), on trouve effectivement ce maximum pour A = 0. Mais dans le cas oĂč il s’agit d’un trapĂšze unique, et oĂč la figure pour A = 0 a la forme d’un triangle et non pas d’un losange (avec deux triangles accolĂ©s et symĂ©triques), il se peut que la relation (2) en jeu dans la prop. 16, ne soit pas seule Ă  l’Ɠuvre et que les autres relations distinguĂ©es plus haut interviennent Ă©galement, c’est-Ă -dire la relation (3 bis) (entre A et 2 A’ puisque A et A’ varient simultanĂ©ment) et la relation (1) (entre B et A). La relation (3 bis) donne alors pour B = 1 :

(A— 2A,)2A,×B (A— 2A,)2A,

(17) P2 = = — si A > 2A’

BHXB H

(2A’~A)A

et si A < 2A’

H

Or, cette relation fournit bien un maximum Ă  A — 15 (= B/4), mais une erreur nulle pour A = 30 (= B/2) et un nouveau maximum pour A = 45 {=3B∕4). Par contre, si l’on compose entre elles les prop. 16 et 17 (en multipliant leurs numĂ©rateurs et en ne divisant qu’une fois par H = 0,58) on trouve :

Ce qui correspond cette fois à un maximum unique et pour A = B/4 comme dans la courbe expérimentale du tableau 15.

Quant Ă  la relation (1), on a

(B— A)A B (B— A)A

(18) P3 = X — = si B = 1

BH B H

qui équivaut à la prop. 15 et donne comme elle un maximum à A = B/2.

Mais si l’on compose cette relation avec les deux autres (soit les prop. 16, 17 et 18), on retrouve le maximum à A=B∕4.

Notons maintenant que si le maximum expĂ©rimental du tableau 15 se confirme pour A=B∕4, il ne correspond plus Ă  un angle de 45°. Par contre, pour  = 0, le maximum trouvĂ© pour les doubles trapĂšzes (H = B/2) correspond Ă  l’angle de 45°, mais soulĂšve alors une question sur laquelle nous reviendrons.

Au total, on voit que si les deux illusions du trapĂšze s’expliquent bien par les relations entre les deux bases A et B et leur diffĂ©rence A’ considĂ©rĂ©e comme un Ă©lĂ©ment de la figure (cf. fig. 20), cela signifie que trois relations peuvent intervenir concurremment. En ce cas, l’une d’entre elles peut dominer les deux autres, c’est-Ă -dire s’imposer avec une probabilitĂ© plus grande (et 1a plus probable est alors 1a relation entre B et A’ : prop. 15 et 16, puisque B est 1a longueur totale et A’ sa diffĂ©rence avec la longueur de 1a petite base) ; ou les trois agir ensemble. Dans les deux Ă©ventualitĂ©s 1e calcul s’accorde suffisamment avec l’expĂ©rience, puisque le maximum trĂšs accusĂ© du tableau 14 correspond aussi bien Ă  la prop. 15 qu’à sa composition Ă©ventuelle avec l’autre facteur possible et puisque le maximum peu net du tableau 15 s’accorde avec les compositions Ă©ventuelles des prop. 16 Ă  18, tandis que le maximum

trĂšs net des doubles trapĂšzes correspond, comme nous allons le voir maintenant, Ă  la prop. 16.

§ 10. L’illusion de MĂŒller-Lyer.

La cĂ©lĂšbre illusion de MĂŒller-Lyer n’est pas autre chose qu’un effet de double trapĂšze, la figure Ă  pennures externes reprĂ©sentant deux trapĂšzes accolĂ©s par le plus petit des deux cĂŽtĂ©s parallĂšles et la figure Ă  pennures inverses deux trapĂšzes accolĂ©s par le plus grand de ces cĂŽtĂ©s (fig. 21). Nous le vĂ©rifierons d’ailleurs Ă  l’instant en contrĂŽlant que la courbe des erreurs est la mĂȘme avec cette configuration de double trapĂšze et avec la configuration habituelle. Il est donc Ă©trange que l’on ait souvent cherchĂ© tant d’explications de l’illusion de MĂŒller- Lyer sans recourir Ă  une analyse de sa composante Ă©lĂ©mentaire, c’est-Ă -dire du trapĂšze lui-mĂȘme1.

 

 

On pourrait ainsi penser que notre travail est achevĂ© avec l’établissement, au § 9, des lois du trapĂšze. Mais il reste, d’une part, Ă  contrĂŽler l’explication donnĂ©e en Ă©tudiant les variantes de la figure de MĂŒller-Lyer, avec ou sans pennures (donc avec ou sans figuration de l’élĂ©ment angulaire). Il reste, d’autre part, a chercher les relations entre le schĂ©ma proposĂ© et l’explication par les angles.

Nous avons donc, avec la collaboration de Monique MĂŒller, repris l’analyse de la figure de MĂŒller-Lyer, d’une part pour complĂ©ter les rĂ©sultats anciens de la Rech. XI, et d’autre part, pour faire la liaison avec les problĂšmes du trapĂšze. Nous avons Ă  cet Ă©gard Ă©tudiĂ© concurremment les six sortes de figures suivantes (voir la fig. 22) : 11 des doubles trapĂšzes accolĂ©s par la petite base ; I 2 la figure classique Ă  pennures externes ; 13 la mĂȘme structure mais composĂ©e de droites parallĂšles ; III des doubles trapĂšzes accolĂ©s par la grande base ; 112

1 Cf. les explications de Wundt et de DelbƓuf par les mouvements oculaires parcourant la longueur et soit disant favorisĂ©s ou dĂ©favorisĂ©s Ă  cause des pennures externes ou internes.

la figure classique Ă  pennures internes et II 3 la mĂȘme structure en linĂ©aire.

Pour simplifier nous emploierons le mĂȘme symbolisme qu’au § 8 (voir la fig. 23) : B pour la grande base du trapĂšze ou ce qui lui correspond en (2) et en (3), A pour la petite base et 2A’ pour la diffĂ©rence entre les deux. Dans toutes les figures utilisĂ©es, A est de 60 mm en I ainsi que B en II et la hauteur H de 60 mm, (c’est-Ă -dire de 30 mm pour un seul trapĂšze et non plus de 35 comme au § 9).

I. Le premier rĂ©sultat obtenu par l’expĂ©rience I a Ă©tĂ© que les figures I 1, 12, et 13 ont prĂ©sentĂ© des courbes de mĂȘme allure gĂ©nĂ©rale avec le mĂȘme maximum, mais avec une diffĂ©rence dans le montant quantitatif des erreurs : celles-ci sont les plus fortes avec les doubles trapĂšzes (I 1), Ă  peine plus faibles avec la figure classique (I 2) et beaucoup plus faibles avec les parallĂšles inĂ©gales (13) :

Tabi.. 16. Erreurs systématiques positives de Miiller-Lyer sur les trois figures I 1, 1 2 et I 3 1 :

B

70

80

90

100

110

115

I 1 (doubles trapĂšzes)

4,9

9,2

12,2

15,3

16,0

16,6

I 2 (class.)

5,4

10,5

13,8

14,4

11,6

15,5

1 3 (parall. inégales)

0,9

1,0

1,6

2,9

3,2

2,6

B

120

125

150

200

250

300

1 1 (doubles trapĂšzes)

17,6

15,7

15,7

11,2

8,8

6,8

I 2 (class.)

16,1

15,0

13,8

7,5

5,6

5,3

1 3 (parall. inégales)

3,5

2,6

2,3

2,6

1,6

1,5

 

Du point de vue de la formulation, ces distributions ne nous posent pas de nouveau problĂšme : elles coĂŻncident remarquablement avec la prop. 15 du § 9 : croissance rapide de 70 Ă  110, maximum Ă  B = 2A (= 120), puis dĂ©croissance trĂšs lente2. Par contre, elles nous apportent deux sortes d’informations prĂ©cieuses sur les problĂšmes encore en suspens.

En premier lieu, elles confirment Ă  l’évidence l’identitĂ© de l’illusion du trapĂšze et de celle de MĂŒller-Lyer : d’une part, en

1 20 adultes par groupe.

2 II est vrai que H vaut ici 1 et a été calculé sur 0,58 de A dans les valeurs données pour la prop. 15, mais le maximum calculé reste ainsi à B = 24

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

effet, la distribution des erreurs est la mĂȘme en 1 1 (doubles trapĂšzes) que sur le tableau 14 (§ 9 : trapĂšze simple), presque sans diffĂ©rence de force moyenne (les maxima sont de 17,6 % et de 16 %) ; d’autre part, cette distribution se retrouve, Ă  peine affaiblie, pour la figure classique (II 1), la courbe correspondant Ă  cette derniĂšre figure Ă©tant remarquablement semblable Ă  celle du trapĂšze simple (tabl. 14 : maxima 15,9-16,0 et 16,1 en 120).

En second lieu, ces donnĂ©es du tableau 16 nous permettent enfin de rĂ©soudre le problĂšme du rĂŽle respectif des angles et des relations B>2A,. En effet, les trois figures I 1, 12 et 13 sont fort diffĂ©rentes au point de vue des angles tout en prĂ©sentant les mĂȘmes relations entre B et 2A’ :

(1) La figure I 1 prĂ©sente, au maximum de l’illusion, deux sortes d’angles reprĂ©sentĂ©s par le dessin : les angles de 45° compris entre la grande base des trapĂšzes et leurs cĂŽtĂ©s non parallĂšles et les angles de 135° compris entre la petite base et ces mĂȘmes cĂŽtĂ©s. En ce cas, l’action des angles peut ĂȘtre importante, en plus des effets B > 2A’, et c’est ce qui explique sans doute pourquoi cette figure I 1 donne les erreurs systĂ©matiques les plus fortes.

(2) La figure classique 12 comporte seulement une espĂšce d’angle dĂ©formant reprĂ©sentĂ©e par le dessin : ceux de 135° (pour l’illusion maximale) situĂ©s entre la droite A et les pennures externes. Par contre, les pennures elles-mĂȘmes ne forment entre elles que des angles de 90°, perçus comme droits et n’étant donc comme tels source d’aucune dĂ©formation.

(3) Le figure 1 3, formĂ©e de parallĂšles inĂ©gales ne comporte aucun angle reprĂ©sentĂ© par le dessin. A regarder ce dessin (pour la valeur maximale de 120) on perçoit Ă  la rigueur l’angle virtuel de 90° compris entre l’extrĂ©mitĂ© des traits extĂ©rieurs les plus longs et celle du trait intĂ©rieur plus court, mais on ne perçoit nullement sous une forme virtuelle les angles de 45° et de 135° correspondant Ă  ceux de la figure I 1.

Si les illusions sont les plus grandes sur les figures 1 1, un peu plus faibles sur I 2 (mais entre A = 70 Ă  90), et trĂšs faibles sur les figures I 3, c’est donc sans doute que les angles jouent un rĂŽle dans la force de l’illusion. Encore faut-il n’ĂȘtre pas trop affirmatif, car la figuration des cĂŽtĂ©s non parallĂšles du trapĂšze en I 1 et des pennures en 12 renforce Ă©galement l’inĂ©galitĂ© B > 2A’. Mais ce rĂŽle des angles, que nous ne nions pas pour autant n’est qu’un rĂŽle de renforcement, puisqu’il n’explique en rien les erreurs systĂ©matiques de la figure 13, si

faibles soient-elles (car leur faiblesse ne les empĂȘche pas d’exister) ni la position du maximum Ă  B = 2A pour ces derniĂšres figures Ă©galement.

Nous avons nĂ©anmoins tenu Ă  faire avec M. Millier les deux contrĂŽles suivants pour vĂ©rifier la prĂ©dominance de la relation B > 2A’ sur le facteur constituĂ© par les angles de 45° et 135" dans la configuration I 1 (doubles trapĂšzes) : (1) en laissant les angles de 45 Ă  135° constants (et la hauteur constante H = 6 cm) nous avons fait varier simultanĂ©ment A (3 ; 6 ; 9 et 12 cm) et B (9 ; 12 ; 15 et 18 cm), la diffĂ©rence B — A = 2A’ demeurant ainsi invariante (6 cm) ; (2) en laissant les mĂȘmes angles de 45 Ă  135° constants, nous avons fait varier la longueur de leurs cĂŽtĂ©s (donc des cĂŽtĂ©s non parallĂšles des trapĂšzes), ainsi que les valeurs de B (8 ; 10 ; 12 ; 14 et 16 cm), de 2A’ (2 ; 4 ; 6 ; 8 et 10 cm) et de H (2 ; 4 ; 6 ; 8 et 10 cm), la valeur de A demeurant par contre inchangĂ©e (6 cm).

Nous avons obtenu les résultats suivants (21 sujets adultes) :

Tλbl. 16 bis. Erreurs systĂ©matiques positives (en %) sur la petite base des doubles trapĂšzes (MĂŒller-Lyer), les angles Ă©tant constants (45° et 135°) et le rapport entre B et 2N variable :

On constate alors que l’erreur varie fortement dans l’expĂ©rience (1), en fonction du rapport entre 2A’ et B (plus du simple au double entre A = 12 et A = 6), et encore trĂšs apprĂ©ciable- ment dans l’expĂ©rience (2) en fonction du mĂȘme rapport. Dans les deux cas le maximum demeure situĂ© Ă  2A’ = B∕2 comme au tableau 16. Comme les angles sont maintenus constants, ces rĂ©sultats semblent donc prouver que le facteur d’angle ne joue ainsi qu’un rĂŽle secondaire, de simple renforcement.

Pour ce qui est de l’évolution gĂ©nĂ©tique de l’illusion de MĂŒller-Lyer, on sait assez depuis Binet, que celle-ci s’affaiblit avec l’ñge. La Rech. XI fournit de nouveaux faits Ă  cet Ă©gard, et montre une diminution assez rĂ©guliĂšre en fonction du dĂ©veloppement, qui correspond Ă  une diminution parallĂšle en fonction de la rĂ©pĂ©tition (voir chap. III § 2).

11. Quant aux figures H 1, 112 et II 3 (voir la fig. 23), elles ont également donné lieu à des résultats instructifs :

Tabl. 17. Erreurs systĂ©matiques nĂ©gatives de MĂŒller-Lyer sur les figures II 1, II 2 et II 3 1 :

Λ

O

10

20

30

40

50

11 1 (doubles trapĂšzes)

— 12,5

— 10,3

— 9,8

— 9,4

— 7,0

-4,25

11 2 (figure class.)

— 

— 6,3

— 3,6

— 1,6

— 0,58 — 0,20

II 3 (parall. inégales)

— 

— 1,6

— 1,3

— 1,0

— 1,1

— 1,5

 

Du point de vue de la loi de l’illusion, on constate alors un fait intĂ©ressant : c’est que pour les doubles trapĂšzes le maximum se trouve Ă  A = 0, c’est-Ă -dire pour un losange (consistant lui-mĂȘme en un carrĂ© sur pointe puisque H = 4). Cette distribution des erreurs de 11 1 correspond donc Ă  la dĂ©formation Pl(prop. 16 du § 9), c’est-Ă -dire Ă  la dĂ©valorisation de A’ par B. On ne trouve donc plus ici d’influence des dĂ©formations P2 et P3, du moins pour le maximum puisqu’alors 4 = 0, mais le peu de diffĂ©rence entre les erreurs pour 10 et pour 20 rappelle le maximum de A = 15 du tableau 15.

Quant au rĂŽle des angles, on pourrait dire que l’erreur trĂšs affaiblie sur 113 montre leur intervention en II 1 et II 2. Seulement si les angles obtus en II 1 (entre les cĂŽtĂ©s non parallĂšles du trapĂšze et la petite base) exercent, en effet, sans doute une action puisque les erreurs en II 1 sont bien plus fortes qu’en II2 (contrairement aux rapports de 1 1 et de I 2 au tabl. 16), les angles de 45° en II 1 sont par contre accolĂ©s l’un Ă  l’autre en un angle total de 90° (pour le maximum) qui rend par ailleurs douteuse une influence forte au point oĂč prĂ©cisĂ©ment l’erreur est maximale. Ces figures confirment donc les conclusions tirĂ©es des figures 1 : que les angles jouent un rĂŽle de renforcement, mais n’excluent pas l’action de la relation entre B et A’ comme semble l’indiquer la bonne convergence entre les distributions de II 1 et la prop. 16 du § 9.

Il resterait Ă  parler des modifications des figures en hauteur, mais il est inutile de les discuter en dĂ©tail : il suffit pour les formuler de faire intervenir les couplages (H— A,)A,, etc.

1 20 adultes par groupe.

§ 11. Les deux formes de l’illusion de DelbƓuf.

La figure complĂšte de DelbƓuf (fig. 25) comporte deux paires de cercles concentriques, le cercle intĂ©rieur A1 du premier couple (dont B1 est le cercle extĂ©rieur) Ă©tant de diamĂštre Ă©gal Ă  celui du cercle extĂ©rieur B2 du second couple (dont A2est le cercle intĂ©rieur). Au lieu de percevoir A1 = B2, on surestime au contraire A1 sous l’influence de B1 et on sous-estime B2 sous l’influence de A2. On constate donc Ă  nouveau qu’il s’agit d’un soi-disant effet d’assimilation (= Ă©galisation) et le problĂšme se pose donc pour nous au sujet de cette illusion, comme de celles de MĂŒller-Lyer et du trapĂšze, d’établir s’il en est bien ainsi ou s’il n’y a pas simplement dĂ©valuation de la diffĂ©rence A’ existant entre A1 et B1 ou entre B2 et A2 (largeur de l’anneau compris entre les deux cercles). Le fait que cette configuration soit isomorphe Ă  celle de MĂŒller-Lyer, lorsque l’on Ă©limine la figuration angulaire (pennure) pour ne retenir que la variante composĂ©e de simples droites (fig. 25), montre assez que l’on peut s’attendre une fois de plus Ă  un effet d’inĂ©galitĂ© entre les Ă©lĂ©ments de la figure (cercles) et la diffĂ©rence Ă©galement figurale qui les sĂ©pare (largeur de l’anneau).

 

Mais la figure entiĂšre de DelbƓuf est complexe et il convient, pour l’analyser, de distinguer deux situations qui ne conduisent pas exactement aux mĂȘmes relations : (I) le cercle intĂ©rieur A1 restant constant, on fait varier le diamĂštre du cercle extĂ©rieur B1 et, par le fait mĂȘme, la largeur de la bande A’ qui les sĂ©pare ; (II) le cercle extĂ©rieur B2 restant constant, on fait varier le diamĂštre du cercle intĂ©rieur A2 et, par le fait mĂȘme, la valeur de l’intervalle A’ compris entre eux. Ce sont ces deux situations que nous Ă©tudierons tour Ă  tour, sans plus nous rĂ©fĂ©rer Ă  la figure complĂšte du psychologue belge qui a baptisĂ© cette illusion.

I. Nous avons jadis (Rech. I, 1942) Ă©tudiĂ© la situation I avec M. Lambercier, E. Boesch et B. v. Albertini, sur des cercles A1 de 18, 24, 30, 36 et 72 mm de diamĂštre (variations de la grandeur absolue de la figure) et en faisant en chaque cas varier le cercle extĂ©rieur B1 dans les mĂȘmes proportions (19, 20, 22 mm, etc., pour A1 = 18, 38, 40, etc. pour A1 = 36, etc.). Nous avons mesurĂ© la grandeur apparente de A1 en ces multiples figures sur une centaine d’enfants de 5-12 ans et une trentaine d’adultes. On trouvera dans la Rech. I (p. 19) le dĂ©tail de ces rĂ©sultats qu’il serait trop long de transcrire ici pour chacune des cinq grandeurs absolues de figures analysĂ©es. Bornons- nous donc Ă  fournir les moyennes gĂ©nĂ©rales obtenues 1 en les rapportant aux variations de l’anneau de largeur A’ qui sĂ©pare les deux cercles concentriques Ai et B1 et en comptant poui chaque figure le diamĂštre de A1 pour 1 :

Tabl. 18. Illusion I de DelbƓuf en fonction des variations de A’ (en % de .4) :

A’

0,02— 0,04

0,05— 0,08

0,1

0,16

0,2

0,3

0,5

P

+4,1

5,6

9,2

11,7

11,4

8,0

2.3

A’

0,8

1

1,5

2

2,5

3

3,5

P

0,7

— 1,0

— 2,1

— 1,9

— 2,0

— 0,6

0

 

Pour rendre compte de cette courbe des erreurs, il suffit alors d’appliquer la loi gĂ©nĂ©rale (prop. 3 du § 2) en distinguant les deux cas A’ < A et A’ > A. (1) Si A’ < A, L1 = A et L2 = A’, Lmax = A+2A’ ; nL = 2A et S = (A + 2A,)2. On pourrait aussi

1 Pour tous les ñges, de 5-6 ans à l’adulte.

considĂ©rer S = τr [0,5(A+A,)]2, ce qui donne d’ailleurs le mĂȘme maximum, mais comme nous le verrons plus tard (chap. II) le sens de S est moins celui d’une surface gĂ©omĂ©trique que celui de tous les couplages possibles, ce qui rend acceptable la formule (A+2A,)2 proposĂ©e pour S. (2) En nĂ©gatif on aura L1 = A’ et L2 = A, les autres termes restant inchangĂ©s. La loi de l’illusion I sera donc :

2A(A-A’)A’ 2A’— 2A’2

(19) P = = si A > A’ et A = 1

(A + 2A,)2×(A+2A,) (A+2A,)3

et (19 bis)

2A(A’— A)A 2(A’— A)

P = = — — si A < A’ et A = 1

(A + 2A,)2×(A + 2A,) (A+2A,)≡

Les valeurs thĂ©oriques de l’illusion sont alors 1 (en les multipliant par 10, puisqu’elles sont relatives) :

1 La formule de la p. 107 de la Rech. IV est équivalente à la prop. 19, 1

mais elle contient pour 19bis un correctif — qui nous paraüt aujourd’hui A’

inutile, étant donnée la marge de variation du maximum négatif expérimental.

On voit ainsi que l’allure gĂ©nĂ©rale et le dĂ©tail des courbes thĂ©oriques et expĂ©rimentales convergent de façon satisfaisante : erreur positive 6 Ă  7 fois plus forte que la nĂ©gative ; maximum positif Ă  A’ = 4/6 (donc 4’= 0,166), c’est-Ă -dire quand les rayons des cercles A et B sont dans le rapport de 3 Ă  4 ; erreur nulle mĂ©diane pour 4’ = 4 et maximum nĂ©gatif entre 4’ = 1,54 et 4’= 24 (voir la fig. 26).

Ce maximum nĂ©gatif est d’ailleurs assez flou du point de vue expĂ©rimental, parce que sa mesure suppose de grandes figures (puisque 4’ > 4) et qu’il est alors facile au sujet d’isoler A de B et de ne plus Ă©prouver d’illusion. Aussi bien les illusions nĂ©gatives sont-elles surtout frĂ©quentes chez l’enfant, qui ne perçoit en gĂ©nĂ©ral pas deux cercles concentriques, mais une sorte d’anneau solide dont les deux cercles marquent les bords : sa vision globale et concrĂšte rend alors A plus solidaire de B et surtout de A’, d’oĂč l’illusion nĂ©gative plus forte. NĂ©anmoins nous avons obtenu chez l’adulte des illusions nĂ©gatives en moyennes pour les 4 = 18 ; 36 et 72 mm de diamĂštre, mais pas ou presque pas pour les 4 = 24 et 30 mm.

La question se pose maintenant de comprendre pourquoi la relation dĂ©formante de l’illusion I de DelbƓuf est la relation 2(4— A,)A, et non pas (B— 2A,)2A, comme pour le trapĂšze (prop. 15) et l’illusion de MĂŒller-Lyer (cas dans lesquels cette derniĂšre relation peut d’ailleurs se combiner avec la premiĂšre sans que cela modifie le maximum). En effet, la relation (B— 2A,)2A’ combinĂ©e avec 2(4— A,)A, donnerait ici un maximum Ă  4’=0,4 A et non pas 4’ = 0,166. Or, la raison en est simple : dans le cas du trapĂšze (ou du double trapĂšze constitutif de l’erreur de MĂŒller-Lyer), la valeur B correspond Ă  la grande base du trapĂšze, donc Ă  une ligne figurĂ©e Ă  part sur le dessin et bien distincte de la valeur A (= petite base). Dans le prĂ©sent cas, au contraire, B est le diamĂštre du grand cercle qui contient le petit cercle A : la relation qui frappe perceptivement n’est donc pas celle qui unit le tout B Ă  ses parties 24’ mais celle qui unit la partie centrale A aux parties latĂ©rales 4’. Et comme A est constant il faut compter 2(4— A,)A, et non pas (4— 2A,)2A,. En bref, dans les deux cas (MĂŒller-Lyer et DelbƓuf), l’illusion provient d’une mise en relation entre le tout B et sa partie A et d’un effet d’inĂ©galitĂ© entre A ou B et leur diffĂ©rence A’, mais, lorsque B constitue un Ă©lĂ©ment figurai distinct de 4+24’, la relation choisie est celle qui unit B Ă  24’ (prop. 15), tandis que, quand B n’est pas distinct figuralement de 4+24’, alors la relation choisie est celle qui unit (doublement) 4 Ă  4’ (et cela

d’autant plus que dans cette illusion de DelbƓuf I, le jugement porte sur A et non pas sur B). Par contre, dans le cas de l’illusion de DelbƓuf II (oĂč le jugement porte sur B), la situation est un peu diffĂ©rente comme nous allons le voir maintenant.

II. L’illusion II de DelbƓuf porte sur le cercle extĂ©rieurB de deux cercles concentriques 1, en tant que ce cercle B est modifiĂ© perceptivement par le cercle intĂ©rieur A. On laisse alors constant ce cercle extĂ©rieur B en faisant varier le diamĂštre de A et en mesurant les effets produits sur B. Notre Ă©lĂšve Koshro- pour a effectuĂ© ces mesures sur 20 sujets par annĂ©e de 6 Ă  15 ans et sur 20 adultes. Mais avant d’indiquer ses rĂ©sultats voyons ce que devient la formule thĂ©orique de l’erreur, Ă©tant donnĂ© maintenant qu’un cercle intĂ©rieur A variable doit ĂȘtre suivant la rĂšgle composĂ© avec 2A’ et non plus avec un seul A’ comme lorsque le cercle A Ă©tait constant (prop. 19). On aura donc :

B(A— 2A,)2A,

(20) P = si A > 2A’

B3

B(2A’— A)A

et (20 bis) P = — * si A < 2A’

B3

Il en rĂ©sulte pour B —   1, les valeurs thĂ©oriques suivantes,2 sans nous occuper pour l’instant des signes + ou — :

Voici maintenant les premiers résultats expérimentaux obtenus par Koshropour avec des cercles A variant de 4 en 4 mm : 3

1 B. dans la fig. 25 II.

2 Si 2 1’ = 0.25 de B — 1 alors A’ = 0.125 et A = 0.75. donc A’ = A/6 c’est-i-dire que ce premier maximum converge avec celui de la prop. 19.

3 Sur un cercle B de 36 mm de diamùtre. Les A correspondant aux 2 A’ du tabl. 19 ont donc respectivement : 34, 30, 26, 22, 18, 14, 10, 6 et 2 mm de diamùtre.

Tabi.. 19. Illusion II de DelbƓuf (mesurĂ©e sur B) en fonction des variantes de 2A’ :

2A’

0,055

0,166

0,277

0,388

0,50

0,611

6-7 ans

— 0,46

— 0,16

— 0,69

0,27

0,74

0,80

8-9

0,52

0,32

0

0,52

1,24

0,80

10-12

0,90

0,47

— 0,29

— 0,06

0,96

0,82

13-15

1,44

0,74

— 0,32

0,55

1,24

0,69

Adultes

0,66

0,83

0

0,55

1,55

1,44

2A,

0,722

0,833

0,944

 

 

 

6-7 ans

0,46

0,60

0,58

(40 sujets)

 

8-9

0,88

1,17

0,55

(40)

 

 

10-12

0,29

0,27

0,20

(60)

 

 

13-15

0,49

0,38

0,46

(60)

 

 

Adultes

LU

1,11

0,61

(20)

 

 

 

A comparer ces résultats empiriques à la courbe théorique, on constate une convergence nette sur deux points et une absence de convergence sur le troisiÚme :

(1) Le maximum thĂ©orique Ă  0,25 auquel nous n’avons pas confĂ©rĂ© jusqu’ici de signe correspond Ă  un maximum nĂ©gatif net au tableau 19, et ce maximum nĂ©gatif (dĂ©valorisation de B) correspond au maximum positif de l’illusion I (surestimation de A), puisque si 2 A’ = 0,25B alors A’ = 0,166 A (car, en ce cas, A = 0,75 et A’ = 0,125).

(2) L’illusion 0 mĂ©diane des valeurs thĂ©oriques (pour 2A’ = 0,5) correspond Ă  un maximum positif, bien net Ă©galement Ă  tous les Ăąges (mais situĂ© entre 0,5 et 0,61 Ă  6-7 ans), et il va de soi qu’il doit se trouver en ce point un maximum orientĂ© dans le sens positif1 si le maximum qui correspond Ă  2A’ = 0,25 est nĂ©gatif.

3) Par contre le second maximum nĂ©gatif que l’on attendrait alors Ă  2A’ = 0,75 ne se retrouve pas dans ces premiĂšres donnĂ©es d’expĂ©rience : on observe bien une lĂ©gĂšre dĂ©clivitĂ© de la courbe Ă  certains Ăąges entre le maximum positif de 0,5 et les valeurs finales, mais rien d’aussi net qu’à 0,25 (en fait 0,277 faute de mesures sur 0,25 mĂȘme).

1 Maximum qui pourrait ĂȘtre un minimum d’illusion nĂ©gative, situĂ© Ă  0 ou mĂȘme en dessous.

Trois problĂšmes demeurent donc en suspens : (a) celui du sens positif ou nĂ©gatif des erreurs ; (b) celui d’établir pourquoi l’illusion mĂ©diane Ă  0,5 est positive et ne constitue pas une illusion nĂ©gative minimum ou une illusion nulle ; (c) celui de comprendre pourquoi la courbe thĂ©orique, qui correspond bien aux rĂ©sultats expĂ©rimentaux pour 2A’ = 0,25 et 0,5 n’y correspond plus pour 2A’ = 0,75. Il s’y ajoute une quatriĂšme question (d) : pourquoi ces illusions sont-elles toutes si faibles, comparĂ©es Ă  l’illusion I (tabl. 18)?

(a) Si nous n’avons pas posĂ© d’emblĂ©e la dĂ©formation P de la prop. 20 comme Ă©tant nĂ©gative (ce qui eĂ»t Ă©tĂ© lĂ©gitime, puisque, si 2A’ est dĂ©valorisĂ© par A ou A par 2A’, cela peut conduire Ă  une dĂ©valorisation de B), c’est que la situation est plus complexe et beaucoup plus intĂ©ressante. Il se trouve, en effet, que si les cercles Bu et Bb correspondent Ă  2A’ = 0,277 et Ă  2A’ = 0,50 sont mesurĂ©s au moyen de cercles libres (non concentriques) que nous appellerons Bm, alors on a ordinairement, pour un Bm de 36 mm objectivement Ă©gal Ă  B& et Ă  Bb, les jugements Ba<Bm et Bb > Bm, puisque B& donne en moyenne une erreur nulle ou nĂ©gative et Bb une erreur positive maximale avec ce genre de mesures. Par contre, si l’on compare Bλ Ă  Bb, directement et sans mesurants du type Bm on trouve alors, sur 20 adultes, que 10 perçoivent Bλ> Bb (parmi lesquels les sujets les plus exercĂ©s, dont nous-mĂȘme), 8 l’égalitĂ© Bλ= Bb et 2 seulement Bλ< Bb ! On a donc, pour la majoritĂ© des sujets :

(21) Bλ< Bm ; Bb > Bm et Ba > Bb

Avant de chercher Ă  expliquer cette belle contradiction perceptive, fournissons encore, d’aprĂšs Koshropour, le tableau des comparaisons de chacune des figures du tableau 19 avec chacune des autres, sur les mĂȘmes 20 adultes.

Tabl. 20. Comparaisons directes (sans mesurants) de chacune des figures du tableau 19 avec chacune des autres (totaux en >, < et =) :

2A’ 0,055

0,166

0,277

0,388

0,50

0,611

0,722

0,833

0,944

> 70

70

71

51

35

37

37

34

35

= 54

55

56

64

70

68

69

63

61

< 36

35

33

45

55

55

54

63

64

A comparer ces jugements Ă  ceux des adultes du tableau 19, on constate que les quatre premiĂšres figures qui donnent les surestimations de B les plus faibles avec mesurants Bm sont ici jugĂ©es plus grandes que toutes les autres, tandis qu’à partir du maximum du tableau 19 (Ă  0,5) c’est le jugement inverse qui l’emporte !

La contradiction exprimĂ©e par la prop. 21 Ă©tant ainsi vĂ©rifiĂ©e, il est facile de l’expliquer. L’illusion de DelbƓuf II est essentiellement instable, si la prop. 20 est vraie, puisque la dĂ©valorisation ou la surestimation du tout B reposent simplement sur celles de l’une de ses propres parties 2A’ ou A, dont l’une est valorisĂ©e sous l’influence de l’autre : en effet, si B = A+2A’, et si A est valorisĂ© par la dĂ©valorisation de 2A’ ou l’inverse, le tout B peut alors aussi bien ĂȘtre dĂ©valorisĂ© que surestimĂ© puisqu’il n’est rien de plus que la rĂ©union A+2A’ ! DĂšs lors, si l’on compare Ba (caractĂ©risĂ© par 2 A’ = 0,25 ou 0,277) au cercle vide Bm, ce qui frappe est que Bλ est distinct de son cercle concentrique A : la diffĂ©rence 2A’ entre A et B, qui est dĂ©valorisĂ© par A, dĂ©valorise alors Ba, d’oĂč l’illusion nĂ©gative. Au contraire, si l’on compare directement Ba Ă  Bb(contenant un cercle A de 0,5), ce qui frappe est que, tous deux contenant un cercle concentrique, celui de B& est plus grand que celui de Bb. Or, comme Aa est valorisĂ© par 2A’ aussi bien que 2A’ est dĂ©valorisĂ© par Ao, en ce cas Aa, remarquĂ© plus que 2A’, valorise alors Bλ !

Bref, la prop. 20 et ses valeurs thĂ©oriques peuvent se lire aussi bien en nĂ©gatif qu’en positif, puisque les cercles B sont composĂ©s de deux parties A et 2A’ dont l’une est surestimĂ©e et l’autre sous-estimĂ©e : c’est alors suivant le contexte, c’est-Ă - dire l’élĂ©ment auquel est comparĂ© B (un cercle vide ou une autre paire de cercles concentriques) que les mĂȘmes relations composantes agissent en nĂ©gatif ou en positif.

(b) Mais pourquoi en ce cas l’erreur mĂ©diane (2A’ = 0,5) n’est-elle pas nulle ? La raison en est que quand le jugement est portĂ© sur B et non pas sur A, la figure formĂ©e de cercles concentriques constitue un espace divisĂ© au sens d’Oppel-Kundt (voir § 13). Preuve en soit (Koshropour l’a fournie Ă  notre demande) qu’en augmentant le nombre des cercles Ă©troits de 1 Ă  2 et Ă  3 le cercle B paraĂźt d’autant plus grand. Du point de vue de la prop. 20, l’erreur sur 2A’ = 0,5 constitue donc bien un zĂ©ro, mais dont la position est relative, et il s’y ajoute un autre facteur (espaces divisĂ©s) qui situe ce zĂ©ro relatif Ă  un certain niveau Ă  partir duquel se distribuent les erreurs

dépendant de cette prop. 20, et cela, comme on vient de le voir, dans un sens soit positif, soit négatif selon le mode des comparaisons.

(c) Venons-en au problĂšme en apparence le plus dĂ©licat : pourquoi la prop. 20, qui s’applique bien au maximum nĂ©gatif (avec mesures au moyen de Bm) de 2A’ = 0,25 et au maximum positif de 2A’ = 0,5, ne joue-t-elle plus pour le second maximum nĂ©gatif de 2A’ = 0,75 ? Nous nous sommes demandĂ© si, pour des erreurs aussi faibles, il ne s’agirait pas d’une question d’échelle et avons suggĂ©rĂ© Ă  Koshropour de reprendre des expĂ©riences sur adultes, mais avec un Ă©chelon de 2 mm entre les cercles intĂ©rieurs et non plus de 4 mm. Pour ce qui concerne le calcul thĂ©orique, nous nous sommes aussi demandĂ© si, en plus de la relation fondamentale (4— 2A,)2A, ou (2A,-A)A de la prop. (20), il n’interviendrait pas la relation (B— 4)4 (comme dans les illusions du trapĂšze et de MĂŒller-Lyer), Ă©tant donnĂ© le fait que, dans cette illusion II de DelbƓuf, le jugement porte sur B et non pas sur A comme dans l’illusion I.

Nous avons alors composĂ© le facteur (B— 4)4 avec la prop. 20, sous la forme suivante :

[B(A— 2A,)2A,] X [(B— A)A]

(22) Pcomp =

Bs

[B(2A,-A)A] X [(B— A)A] e :

B3

dont les valeurs théoriques sont :

2A’ = 0,1 0,2 0,25 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,75 0,8 0,9

p<w1∣1 = 0.072 0,192 0,234 0,252 0,192 0 0,192 0.252 0,234 0,192 0,072

Quant aux mesures Ă  2 mm d’intervalle entre les A, elles ont donné :

Tabl. 21. Illusion H de DelbƓuf en fonction des variations de 24’ les cercles A Ă©tant de 34, 32, 30, 
 4 et 2 mm de diamĂštre pour un B de 36 mm :

2A’

0,055

0,111

0,166

0,222

0,277

0,333

0,388

0,444

0,5

P

1,06

1,46

1,33

1,00

1,00

0,80

— 0,40

0,86

1,00

2A’

0,555

0,611

0,666

0,722

0,777

0,833

0,888

0,944

 

P

1,46

0,86

0,40

0,66 -

-0,53

0,40

0,40

0

 

On constate qu’il existe cette fois un second maximum nĂ©gatif, aussi net que le premier, et que la courbe expĂ©rimentale est donc sensiblement plus voisine de la courbe thĂ©orique (fig. 27). Quant Ă  savoir si les valeurs de ce tableau 21 correspondent davantage Ă  la prop. 20 ou Ă  la prop. 22, il est difficile de le dire, car si l’un des nouveaux maxima nĂ©gatifs est plus proche de 0,3 que de 0,25 l’autre l’est davantage de 0,75 que de 0,7 et le maximum positif est dĂ©calĂ© de 0,5 Ă  0,55. Il semble donc y avoir lĂ  un dĂ©calage gĂ©nĂ©ral dĂ» Ă  un effet temporel renforcĂ© par le plus grand nombre de variables et non pas un accord supĂ©rieur avec la prop. 22 par opposition Ă  la prop. 20. Par contre, ce qui subsiste, et lĂ  est l’essentiel, c’est la prĂ©sence, maintenant vĂ©rifiĂ©e, de deux maxima nĂ©gatifs et d’un positif.

 

 

(d) Enfin, derniĂšre question : pourquoi les illusions II (tabl. 19 et 21) sont-elles environ dix fois plus faibles que les illusions I (tabl. 18) ? La raison en est Ă©videmment la mĂȘme que celle invoquĂ©e sous (a) pour expliquer le caractĂšre, tantĂŽt positif, tantĂŽt nĂ©gatif, des erreurs : l’illusion Ă©tant instable, puisque le tout B peut ĂȘtre Ă  tour de rĂŽle valorisĂ© par l’une de ses parties (A ou 2A’) ou dĂ©valorisĂ© par l’autre (2A’ ou A), elle ne peut ĂȘtre que trĂšs faible en tant que rĂ©sultant de composantes antagonistes.

Nous avons quelque peu insistĂ© sur cette belle illusion II et nous en excusons auprĂšs du lecteur, mais il nous semble qu’elle en valait la peine, tant du point de vue des prĂ©cautions Ă  prendre pour la vĂ©rification expĂ©rimentale que de celui des difficultĂ©s de l’élaboration thĂ©orique.

§ 12. Un segment de longueur constante inséré entre deux segments variables et un segment constant prolongé ou doublé par un segment variable.

I. La meilleure vĂ©rification du bien fondĂ© de l’interprĂ©tation que nous venons de proposer de l’illusion de DelbƓuf est qu’on peut lui assigner une forme simplement linĂ©aire en remplaçant le cercle intĂ©rieur par un segment de droite A et la largeur A’ de l’anneau compris entre ce cercle et le cercle extĂ©rieur par deux segments variables A’ entre lesquels est insĂ©rĂ© le premier (fig. 28). En ce cas, on ne se trouve plus en prĂ©sence de deux Ă©lĂ©ments figuraux distincts 4 et B et d’une diffĂ©rence A’ qui n’est pas figurĂ©e Ă  titre d’élĂ©ment mais qui est perçue comme telle dans l’ensemble de la figure : au contraire, la diffĂ©rence A’ devient l’un des Ă©lĂ©ments explicitement figurĂ©s, tandis que le grand Ă©lĂ©ment B comprenant le petit (A), et correspondant au grand cercle extĂ©rieur, ne reprĂ©sente plus que la ligne totale (B = A+2A,) qui n’est plus perçue Ă  titre d’élĂ©ment distinct. Or, l’intĂ©rĂȘt de cette transformation des cercles de DelbƓuf en une figure linĂ©aire est que la loi demeure sensiblement la mĂȘme,

ce qui lĂ©gitime, nous semble-t-il, l’hypothĂšse sur laquelle Ă©tait fondĂ© notre calcul : que le facteur principal est la diffĂ©rence A’ dont les re- la+ions avec la longueur A dĂ©terminent la position des maxima observĂ©s.

La seule difficultĂ©, dans le cas de la figure linĂ©aire 28, est relative Ă  la technique des mesures : la ligne totale A’+A+A’ constituant un espace divisĂ© au sens de la figure d’Oppel-Kundt (§ 13), il y aura donc pour A’ = A une surestimation de A par rapport aux mesurants isolĂ©s de longueur Ă©quivalente, ce qui empĂȘchera la mesure de l’illusion nulle mĂ©diane et des illusions nĂ©gatives la suivant Ă©ventuellement pour A’ > A. Nous avons donc utilisĂ© deux mĂ©thodes distinctes de mesure, l’une consistant Ă  faire comparer A Ă  des variables isolĂ©es, ce qui permet tout au moins de dĂ©terminer la position approximative du

maximum positif, et l’autre consistant Ă  faire comparer chacune des figures (avec variations de A’ sur la figure 28) Ă  la prĂ©cĂ©dente dans la sĂ©rie ordonnĂ©e (en fonction de 4’), avec simple comparaison des A entre eux et sans mesurants extĂ©rieurs Ă  ces figures.

La premiĂšre mĂ©thode, appliquĂ©e par Mme Vinh-Bang Ă  vingt adultes avec des A de 30 mm et des A’ de 1, 2, 3, 4, 5, 10, 20, 30, 40, 50, 60 et 70 mm, a donnĂ© les rĂ©sultats suivants :

Tabi.. 22. DĂ©formation d’un segment de droite A compris entre deux segments Ă©gaux A’ (en % de la longueur de A) :

On retrouve ainsi le maximum positif aux environs de A’ = A/6 (5 mm sur 30), tandis que, pour A = A’ (30 mm) et pour A < A’, on ne retrouve ni illusions nulles mĂ©dianes nĂź nĂ©gatives pour les raisons qu’on a vues. Par contre, la seconde mĂ©thode (comparaison deux Ă  deux de figures comportant un A de 50 mm et des A’ de 2 Ă  100 mm) a donnĂ© sur 20 adultes les rĂ©sultats suivants (Rech. IV, tabl. V) :

Tabl. 23. Comparaison de proche en proche entre les figures (en excùs de 4- et de — ) :

Ces nombres signifient : (a) que la figure Ă  A’ = 5 a donnĂ© lieu Ă  une majoritĂ© (de 12)1 de jugements surestimant A par rapport au segment A insĂ©rĂ© entre deux A’ de 2 mm ; (b) que la figure Ă  A’ = 8 a donnĂ© lieu Ă  son tour Ă  une majoritĂ© (de + 9) de jugements surestimant A par rapport au segment A insĂ©rĂ© entre deux A’ de 5 mm ; (c) que la figure Ă  A’ = 10 a,

1 Les jugements d’égalitĂ© sont rĂ©partis en 1/2 + et 1/2 — . Une majoritĂ© de 12 Ă©quivaut donc Ă  16 (+) et 4 (— ) et une majoritĂ© de — 13 Ă©quivaut Ă  3 1/2 (+) et 16 1/2 (— ).

par contre, donnĂ© lieu Ă  une minoritĂ© (de — 4) de tels jugements par rapport Ă  la figure prĂ©cĂ©dente, etc. En d’autres termes, le segment A semble croĂźtre jusqu’à A’ = 8 (donc aux environs de A’ = 4/6), puis il dĂ©croĂźt subjectivement jusqu’à A’ = 80 (donc aux environs de A’ = 1,7 4) pour croĂźtre enfin Ă  nouveau. Ces comparaisons confirment donc l’existence du maximum positif du tableau 22, mais indiquent en outre la prĂ©sence d’un maximum nĂ©gatif conforme Ă  celui qui a Ă©tĂ© observĂ© et calculĂ© pour la figure de DelbƓuf en cercles concentriques (§ 11 sous I). Quant Ă  l’illusion nulle mĂ©diane probable, on remarque la forte minoritĂ© de — 13 entre 4’ = 4 et 4’ = 60.

II. Il convient maintenant d’examiner le cas d’un segment A

A’ = 0,05

0,1

0,2

0,25

0,3

0,4

0,5

0,6

0,7

0,8

P = 0,40

0,66

0,92

0,96

0,95

0,87

0,74

0,58

0,42

0,27

A’ = 0,9

1

1,1

1,2

1,3

1,4

1,5

1,6

1,7

1,8

P = 0,13

0

-0,09-

-0,15-

-0,18— 0,20-

-0,21 -

-0,21 -

-0.20-

-0,16

 

constant accolĂ© Ă  un segment 4’ variable (fig. 29). En ce cas, il va de soi que les prop. 19 et 19 bis, qui rĂ©gissent l’illusion de DelbƓuf ne s’appliquent plus ici comme Ă  la droite 4 insĂ©rĂ©e entre deux segments Ă©gaux A’. On aura par contre :

A(A— A’)A’

(23) P = si A > A’

(A +A,)2×(A +A’)

A(A’— A)A

et (23 bis) P = si A < A’

(A + A,)3

Si 4 = 1, les valeurs thĂ©oriques de l’illusion seront donc :

Pour contrĂŽler cette distribution thĂ©orique, nous avons fait Ă  nouveau deux sortes de recherches, l’une consistant Ă  faire comparer les unes aux autres les diffĂ©rentes figures avec jugement sur 4 (4 = 50 mm et 4’ = de 2 Ă  100 mm), l’autre Ă  prendre des mesures sur A (4 = 30 mm et 4’ = 1 Ă  70 mm), mais avec cet inconvĂ©nient qu’en ce cas le segment A est surestimĂ© non pas seulement par contraste avec 4’ mais aussi en tant

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

que faisant partie d’un espace divisĂ© (A+A,), ce qui a empĂȘchĂ© d’obtenir des illusions nĂ©gatives (quand A < A’) sur A par rapport aux variables. Voici d’abord les rĂ©sultats de la premiĂšre technique, obtenus sur 50 adultes, puis, quant Ă  la rĂ©gion comprise entre A’ = 8 et A’ = 25 mm (nous ne savions pas alors que le maximum thĂ©orique serait donnĂ© pour A, = A∕4), sur 10 sujets exercĂ©s (avec introduction de A’ = 12,5 mm) :

Tabl. 24. Comparaisons de proche en proche entre les figures A + A’ (en excùs de + et de ■— ) :

Les maxima positif et nĂ©gatif semblent ainsi se trouver dans les rĂ©gions correspondant Ă  la courbe thĂ©orique (passage des + aux — ■ vers A’ = 12,5 et des — aux + vers A’ = 75-100.) Quant aux mesures (prises par Mme Vinh-Bang), elles ont donnĂ©, sur 20 et 15 sujets adultes :

Tabl. 25. DĂ©formations d’un segment A constant (30 mm) suivi d’un segment A’ variable1 :

Ici Ă  nouveau le maximum positif semble situĂ© dans la rĂ©gion prĂ©vue thĂ©oriquement, donc entre A’ = Ai A et A’ = Ai3 (soit 0,96 pour A’ = 0,25 et 0,95 pour A’ = 0,3). Il est en tous cas dĂ©calĂ© par rapport au maximum de A’ = ∠4∕6 correspondant Ă 

1 Erreurs systématiques en % de 30 mm.

la situation oĂč le segment A est insĂ©rĂ© entre deux A’ Ă©gaux et non pas suivi d’un seul A (voir sous I, tabl. 22).

III. Avant de passer de ces figures 28 et 29 Ă  celle d’Oppel- Kundt (espaces divisĂ©s) qui en est la gĂ©nĂ©ralisation (§ 13), il reste Ă  nous demander ce que fournit l’interaction de deux droites inĂ©gales A et B (oĂč A < B) si elles ne se prolongent pas l’une l’autre mais sont au contraire parallĂšles (fig. 30) : observerons-nous, en ce cas, une simple dĂ©valuation de A par B, comme dans la situation de prolongement, ou au contraire les rĂ©sultats expĂ©rimentaux imposeront-ils un calcul fondĂ© sur les relations entre A et A’, oĂč A’ est la diffĂ©rence entre B et A (<znii∙ 4’ = R— 4λ mais nnp diffprpnrp

perçue comme un Ă©lĂ©ment figurai (quoique vide de tout trait) ainsi que nous avons Ă©tĂ© conduits Ă  l’admettre dans les cas du trapĂšze et des figures de MĂŒller- Lyer et de DelbƓuf ? ThĂ©oriquement, c’est Ă  cette derniĂšre Ă©ventualitĂ© que l’on devrait s’attendre, puisque les figures 30 constituent en fait des demi-trapĂšzes (dans lesquels le cĂŽtĂ© oblique rĂ©unissant les extrĂ©mitĂ©s non congruentes de B et dp A dpmpnrp gimn1pmp∏f vir+np1λ

Nous avons donnĂ© ce problĂšme Ă  Ă©tudier Ă  notre Ă©lĂšve M. Mansour et ses rĂ©sultats ont Ă©tĂ© relativement nets. En choisissant un Ă©lĂ©ment S de 7 cm et des A de 1, 2, 3 
 6 cm (distants de B de 4 mm), et en mesurant les dĂ©valuations ou surestimations de A au moyen de variables carrĂ©es (avec comparaison de A et du cĂŽtĂ© du carrĂ©) 1, il a obtenu ce qui suit en situations verticales, horizontales et obliques (Ă  45°) :

1 Les variables sent situĂ©es Ă  9 cm de A, lui-mĂȘme sĂ©parĂ© de B par 4 mm. Il est Ă  noter que les rĂ©sultats du tabl. 26, qui montrent la mise en relation entre A et la diffĂ©rence A’ ne s’obtiennent que si les variables V sont carrĂ©es ou d’une forme diffĂ©rente de celle des Ă©lĂ©ments linĂ©aires A : en ce cas, en effet, la figure composĂ©e de B et de A forme un tout Ă  part et A est perçu dans se relations avec A’ autant qu’avec B. Par contre, si l’on utilise des variables linĂ©aires VI, semblables Ă  A, il s’établit une sorte de configuration d’ensemble entre B, A et VI, les Ă©lĂ©ments A et VI Ă©tant reliĂ©s par deux horizontales virtuelles tirĂ©es respectivement entre- leurs bases et entre leurs sommets : il en rĂ©sulte que l’élĂ©ment B est ainsi opposĂ© aux Ă©lĂ©ments A = VI et que la comparaison se fait surtout entre B et A et non plus entre A et A’. Sur 20 adultes, Mansour a, en effet, trouvĂ© les rĂ©sultats suivants avec des variables linĂ©aires VI :

A = 10 20 30 40 50 60 mm

Err. syst. — 2,2 — 2,75 — 3,7 — 2,6 — 2 — 1,3

On voit que ces rĂ©sultats sont conformes Ă  ceux de la prop. 25 (mais en nĂ©gatif, puisqu’il s’agit de la dĂ©valorisation de A par B et non pas de la

 

Tabl. 26. Erreurs systĂ©matiques sur A (en % de l’étalon) avec- variables carrĂ©es :

On voit ainsi que le segment A n’est nullement dĂ©valorisĂ© par B pour toutes ses valeurs mais qu’il est de plus en plus surestimĂ© (avec peut-ĂȘtre un maximum vers /1 = 5) lorsqu’il dĂ©passe la valeur objective A = B/2. 11 semble donc clair que l’estimation de la longueur de A dĂ©pend surtout de ses relations avec Æ(= B— /1) et non pas avec B. Examinons donc ce que donnent les calculs thĂ©oriques pour ces deux Ă©ventualitĂ©s.

Les seules relations en jeu dans les figures 30 sont, en effet, celles entre A et A’ et entre B et A (identiques à celles entre B et 4’) ou leur composition. Les premiùres donnent :

(A— A’)A’ B

(24) P1 = X — si A > A’

BH B

(A’— A)A B

et P1 = X — si A’ > A

BH B

ce qui correspond dans le cas particulier (pour B = 7 et H = 0,4) à :

A = 1 1,75 2 3 3,5 4 5 5,26 6

P1 = — 1,78 — 2,18 — 2,14 — 1,07 0 +1,07 +2,14 +2,18 +2,78

Les secondes donnent :

(B— A)A B

(25) P.. = ‱ X — 

BH B

valorisation de B par A) et non pas Ă  ceux de la prop. 24 (ou des prop. 24 et 25 combinĂ©es), comme c’est le cas des erreurs du tabl. 26.

Il est d’un certain IntĂ©rĂȘt de constater ainsi que la forme de la variable suffit Ă  modifier les rĂ©sultats obtenus, selon que cette forme conduit Ă  accentuer le rĂŽle figurai de la diffĂ©rence A’ (variables carrĂ©es) ou Ă  attĂ©nuer ce rĂŽle figurai et Ă  rĂ©tablir la relation simple entre les Ă©lĂ©ments A et B.

soit :

A =

1 2 3

3,5

4

5,25

6

P2 =

+2,14 +3,57 +4,28

+ 4,37

+ 4,28

+ 3,57

+2,14

 

A

=

1

2

3

3,5

4

5

6

p

 

— 10,7

— 2,14

— 1,28

0

+ 1,28

+2,14

+ 1,07

 

F.f 1e nr∩dnif des deux fsans modifier donne :

Il est donc Ă©vident que les valeurs les plus proches (du point de vue relatif et non pas absolu) des donnĂ©es expĂ©rimentales sont, soit celles de la prop. 24 (relation entre A et A’), soit celles de la dĂ©formation composĂ©e (Pcomp) qui comprennent cette mĂȘme relation entre A et A’. On remarque au tableau 26 que la courbe en prĂ©sentation oblique prĂ©sente ses maxima pour A = 2 et 5 et non pas 1 Ă  6, ce qui correspondrait au calcul de la prop. 24, si le fait se montrait gĂ©nĂ©ral.

Notons encore (autres rĂ©sultats de Mansour) que si l’on fait porter les mesures sur l’élĂ©ment B on trouve une courbe Ă  peu prĂšs inverse des prĂ©cĂ©dentes : B est en principe surestimĂ© si A’ > A et sous-estimĂ© si A’ < A, parce que la diffĂ©rence A’ est valorisĂ©e par A’ > A et dĂ©valorisĂ©e par A’ < A. Si, d’autre part, on augmente l’intervalle entre les parallĂšles B et A la relation entre A et A’ domine encore jusque vers 12 mm (pour B = 70 mm), mais elle n’exerce plus guĂšre d’action Ă  20-28 mm. Enfin, si l’on relie les extrĂ©mitĂ©s de A et de B pour construire un demi trapĂšze et que l’on dĂ©place progressivement A en le centrant par rapport au milieu de B (ce qui donne un trapĂšze entier et isocĂšle), on trouve tous les intermĂ©diaires entre les propriĂ©tĂ©s perceptives des figures 30 et celles du trapĂšze (§ 9). Cette recherche jointe aux donnĂ©es exposĂ©es sous I, prouve donc Ă  nouveau le rĂŽle figurai de la diffĂ©rence A’ dans les configurations des types trapĂšze, MĂŒller-Lyer et DelbƓuf.

§ 13. L’illusion d’Oppel-Kundt (espaces divisĂ©s).

En transformant l’illusion de DelbƓuf en une configuration linĂ©aire et en lui adjoignant une autre illusion linĂ©aire (un segment constant suivi d’un segment variable), nous avons admis que la longueur totale B ne jouait pas de rĂŽle essentiel (sinon Ă  titre de Lmax au dĂ©nominateur de la formule) et que

 

ce rĂŽle Ă©tait dĂ©volu aux relations d’inĂ©galitĂ© entre les segments A et A’ (ou 2A’). Mais que se produit-il alors lorsqu’on Ă©galise A et A’ et que l’on multiplie les segments ainsi Ă©galisĂ©s ? On sait assez, depuis Oppel et depuis Kundt que la droite divisĂ©e ainsi construite est surestimĂ©e par rapport Ă  une droite de mĂȘme longueur non divisĂ©e. Or, les segments de la droite divisĂ©e Ă©tant tous Ă©gaux, il est Ă©vident qu’il ne saurait rĂ©sulter aucune dĂ©formation de leur comparaison en tant que segments (ou parties) : puisque dĂ©formation il y a, et sous la forme d’une surestimation assez coercitive, c’est donc assurĂ©ment que chacun des segments A est comparĂ©, soit au tout lui-mĂȘme B soit Ă  l’ensemble des autres parties (B— A ou nA— A). Nous nous trouvons donc de ce fait en prĂ©sence d’un nouveau type d’illusion, oĂč le seul facteur dĂ©formant est la relation entre la partie et le tout lui-mĂȘme (inutile de distinguer dans ce qui suit le tout B et l’ensemble des parties restantes n-l(A), car cette

i Mais il faut Ă  cet Ă©gard indiquer d’emblĂ©e que l’illusion J d’Oppel-Kundt n’est plus entiĂšrement « primaire » comme les i prĂ©cĂ©dentes (§ § 3 Ă  12) : elle comporte dĂ©jĂ  un facteur « secon- * daire » d’activitĂ© perceptive, sous la forme d’une activitĂ© d’exploration qui, circonstance trĂšs intĂ©ressante, renforce dans le cas particulier l’erreur au lieu de la diminuer comme dans les illusions prĂ©cĂ©dentes. En effet, l’illusion d’Oppel-Kundt augmente avec l’ñge, ce que nous n’avions pas aperçu dans la Rech. X Ă  cause d’un mode de mesure par superposition (favorisant les mises en rĂ©fĂ©rence), mais ce qu’une nouvelle Ă©tude avec Vinh-Bang2 et les recherches de E. Vurpillot ont mis en Ă©vidence depuis. En second lieu, chez l’adulte, cette illusion augmente en moyenne avec la rĂ©pĂ©tition (Vurpillot) ou reste stable, mais ne diminue que rarement, tandis que les illusions de MĂŒller-Lyer et du losange diminuent nettement avec l’exercice. Ces deux groupes de faits joints Ă  l’analyse des points de centration, sur laquelle nous reviendrons (chap. II, § 2), montrent alors que si le principe de cette illusion est la valorisation de la longueur totale B sous l’influence de chaque intervalle (A), comme va nous le montrer le calcul, l’illusion est d’autant

1 Cf. Introd. sous VIII.

2 Recherche Ă  paraĂźtre prochainement.

plus forte que ces intervalles sont mieux explorĂ©s. Dans une illusion purement primaire quelconque, comme celle du trapĂšze (composante de celle de MĂŒller-Lyer), oĂč la raison de l’illusion est l’inĂ©galitĂ© des cĂŽtĂ©s parallĂšles A et B et la dĂ©valorisation de leur diffĂ©rence A’, le premier coup d’Ɠil exagĂšre les inĂ©galitĂ©s et une exploration plus poussĂ©e tend Ă  rĂ©tablir les relations exactes entre le mesurĂ© (A ou B) et le mesurant extĂ©rieur. Au contraire, en comparant la ligne hachurĂ©e (mesurĂ©e) et la ligne non hachurĂ©e servant de mesurant, l’estimation est d’autant plus exacte que l’on nĂ©glige le dĂ©tail des hachures et intervalles et que la comparaison reste plus globale (comme chez l’enfant), tandis qu’à explorer de plus prĂšs les intervalles on renforce l’effet dĂ©formant en multipliant les relations A < B dont chacune Ă  elle seule valorise dĂ©jĂ  le tout B. Il s’y ajoute sans doute une activitĂ© de transposition assurant l’égalitĂ© des intervalles A et qui augmente aussi avec l’ñge : or cette transposition ne diminue pas non plus l’illusion puisque tous les A sont Ă©gaux, et la renforce dans la mesure oĂč l’action exercĂ©e sur quelques A est transfĂ©rĂ©e Ă  tous les autres.

Mais ces considĂ©rations montrent que si des activitĂ©s perceptives d’exploration et de transposition peuvent renforcer l’illusion d’Oppel ce n’est pas en introduisant de nouveaux facteurs de dĂ©formation (comme ce pourrait ĂȘtre le cas de cer- ‱ tains transports Ă  distance 1) : c’est simplement en favorisant l’action des facteurs primaires relatifs aux proportions entre l’intervalle A et la longueur totale B. C’est pourquoi cette illusion, quoique faisant transition avec les illusions secondaires, reste primaire en son principe et relĂšve encore de la loi des centrations relatives, comme nous allons le montrer maintenant.

Soit une horizontale de 50 mm munie de hachures verticales (dont une Ă  chaque extrĂ©mitĂ©) au nombre de 2 (ce qui signifie aucune hachure ne coupant la ligne elle-mĂȘme), 3 (= une hachure intĂ©rieure), 4, etc. jusqu’à 20 ou 50. Les illusions moyennes, sur deux groupes d’adultes sĂ©parĂ©s, ont Ă©tĂ© les suivantes (voir la Rech. X, avec P. Osterrieth) :

Tabl. 27. Illusions moyennes d’Oppel-Kundt (en %) en fonction du nombre des hachures :

Hachures

2

5

10

15

20

30

40

50

 

20 adultes

1,86

4,58

6,39

6,59

6,31

6,24

4,40

4,02

 

Hachures

2

3

4

5

6

8

10

15

20

10 adultes

Ξ,4

1,6

5,6

6,4

6,2

7,4

8,4

8,2

8,0

1 Pour la discussion de ce problÚme, voir chap. III, § 5.

L’illusion semble donc augmenter jusque vers 10-15 hachures pour diminuer ensuite. Cherchons d’abord à la formuler, et ensuite à l’expliquer.

Pour ce qui est de sa formulation, nous n’avons donc aucun choix : tous les intervalles Ă©tant Ă©gaux entre eux et les hachures de mĂȘme hauteur, nous avons vu qu’il ne reste, comme facteur d’inĂ©galitĂ© susceptible de rendre compte de la surestimation, que l’inĂ©galitĂ© entre l’intervalle A et le tout B lui-mĂȘme. On aura alors, comme formule L1 = B ; L2 = A ; nL = nB, si n = le nombre des intervalles, puisque B est comparĂ© n fois Ă  A ; S = B2 et Lmnx = B. D’oĂč, si B = 1 :

nB(B— A)A

(26) P = = B— A (puisque nA = B)

B2×B

Mais alors si A passe (en termes de fraction de B = 1), de 1 Ă  0,5 ; 0,33 ; 0,25 ; etc., on aura pour P : 0 ; 0,5 ; 0,666 ; 0,75 ; 0,80 ; 
 ; 0,99 ; 
 etc. selon une progression indĂ©finie sans maximum mais avec asymptote. Il intervient donc un second facteur, et qui va de soi pour la raison suivante : l’épaisseur des hachures doit ĂȘtre dĂ©falquĂ©e, sinon, avec leur accroissement, les intervalles seraient de moins en moins perceptibles. VĂ©rifions qu’un tel facteur intervient en rĂ©alitĂ© et faisons comparer deux droites Ă©gales B (=50 mm) avec le mĂȘme nombre de hachures (11 ou 21) mais les unes Ă©paisses (0,5 mm pour 11 hachures et 0,8 Ă  0,9 mm pour 21), les autres minces (0,25 mm pour 11 hachures et 0,1 Ă  0,2 pour 21. Voici les rĂ©sultats, en % des sujets (20 adultes) :

Tabl. 28. FrĂ©quence des illusions pour 11 ou 21 hachures, plus Ă©paisses (F) ou plus minces (F’)1 :

Hachures 11 21

F > F’ F = F’ F < F’ F > F’ F = F’ F < F’

Résultats (%) 65 25 10 85 10 5

Tenant compte de ce facteur, dont l’action est ainsi contrĂŽlĂ©e, on aura alors, si x = l’épaisseur d’une hachure et B = 1 :

nB(B— A)A— (n— 1) x

(27) P = = B— A— (n— 1) x

B2×B

1 Les expressions F > F’ signifient que la ligne coupĂ©e par les F paraĂźt plus longue que coupĂ©e par les F’, etc.

D’oĂč les valeurs thĂ©oriques suivantes, si x —   0,3 mm (valeur de l’épaisseur des hachures pour les dessins utilisĂ©s au tabl. 27), donc x = 0,006 en termes de B = 1 :

On voit alors que le maximum thĂ©orique correspond approximativement au maximum expĂ©rimental situĂ© (tabl. 27) entre 10 et 15, mais en nĂ©gligeant le facteur constituĂ© par la longueur des hachures comparĂ©es Ă  B, qui donnerait naturellement lieu Ă  d’autres variations (sur le mode des erreurs du rectangle).

Le sens de cette formule est donc que le tout B est surestimĂ© par inĂ©galitĂ© avec ses propres parties A. Que peut alors signifier une telle supposition ? Si l’on s’en tient Ă  nos interprĂ©tations habituelles, elle peut avoir deux sens (par analogie avec ce que nous avons vu de l’illusion de DelbƓuf n° II) : (1) une dĂ©valuation de chaque A sous l’influence de B, ce qui entraĂźnerait une dĂ©valuation de B lui-mĂȘme, en tant que rĂ©union de tous les A ; (2) une surestimation de B sous l’influence de chaque A, ce qui entraĂźnerait une surestimation des A eux- mĂȘmes. Or, comme l’expression n(B-A)A signifie simplement que chaque A est mis en relation avec B avec renforcement de la diffĂ©rence A < B, les deux interprĂ©tations (1) et (2) restent logiquement possibles. Il est alors intĂ©ressant de vĂ©rifier qu’elles le sont Ă©galement du point de vue perceptif et de chercher pour quelles raisons la seconde (surestimation de B} domine en gĂ©nĂ©ral.

En ce qui concerne l’interprĂ©tation 1 (sous-estimation des A sous l’influence de la relation A < B), il faut d’abord noter que l’on rencontre parfois des erreurs nĂ©gatives, surtout chez l’enfant, en plus de celles qui peuvent ĂȘtre entraĂźnĂ©es par une simple erreur de l’étalon (surestimation de l’élĂ©ment fixe par opposition aux variables : voir chap. II § 1). Pour en comprendre la raison, nous avons alors essayĂ©, avec quelques bons observateurs adultes, de prĂ©senter des lignes hachurĂ©es de 9 Ă  12 cm, dont les intervalles A Ă©taient de 12,5 ou 25 mm, en priant de comparer l’un quelconque de ces intervalles Ă  un segment A isolĂ© de mĂȘme longueur et bornĂ© Ă  chaque extrĂ©mitĂ© par un trait vertical de mĂȘmes dimensions que les hachures : en ce cas l’élĂ©ment A isolĂ© peut paraĂźtre plus grand qu’un

intervalle A quelconque de la ligne hachurée, celui-ci étant donc dévalorisé par B !

On voit donc que la relation B > A reste perceptivement ambiguë : si la consigne est de comparer le tout B Ă  des variables du mĂȘme ordre de grandeur, l’attention est centrĂ©e sur le tout et celui-ci est surestimĂ© par les petits intervalles A. Si au contraire l’attention est centrĂ©e sur un A, comme dans notre contrĂŽle, il peut ĂȘtre dĂ©valuĂ© par le tout qui est perçu simultanĂ©ment mais sans jouer alors de rĂŽle prĂ©dominant.1

En bref, dans la situation expĂ©rimentale habituelle, la longueur totale B est, dans la trĂšs grande majoritĂ© des cas, surestimĂ©e parce que l’estimation demandĂ©e porte sur ce tout B et qu’alors chaque relation {B— A)A le valorise. Avec la multiplication des intervalles nA, la probabilitĂ© des centrations distinctes augmente (et avec elle celle des « rencontres » comme nous le verrons au chap. II), d’oĂč le renforcement de l’illusion par multiplication des relations dĂ©formantes A < B, d’ou n(B— A)A. Mais, Ă  ce facteur primaire s’ajoutent deux facteurs secondaires : (a) l’activitĂ© d’exploration renforce encore ce processus, au lieu d’aboutir Ă  des compensations comme dans les figures Ă  Ă©lĂ©ments plus hĂ©tĂ©rogĂšnes ; (b) la transposition des Ă©galitĂ©s A = a = A, etc. fait rejaillir sur tous les A les surestimations de certains d’entre eux.

L’intervention du facteur primaire de centrations et de rencontres est vĂ©rifiĂ©e par l’analyse tachistoscopique : dans nos recherches avec Vinh-Bang sur ce sujet, nous avons trouvĂ© chez les mĂȘmes adultes (avec une figure oĂč la ligne hachurĂ©e est prolongĂ©e par une droite de longueur variable non hachurĂ©e), une illusion de +6,9 avec centration entre les deux lignes, de — 4,8 avec centration sur la variable et de +20,1 % avec centration sur la droite hachurĂ©e. Quant aux facteurs secondaires, nous y reviendrons au chap. III.

§ 14. Conclusions du chapitre premier.

Au terme de ce long chapitre (et cependant bien schĂ©matique eu Ă©gard Ă  la complexitĂ© des faits), nous constatons que ’ la mĂȘme loi gĂ©nĂ©rale (prop. 3, § 2) s’applique Ă  l’ensemble des illusions Ă©tudiĂ©es, avec une concordance assez encourageante entre l’allure qualitative des courbes expĂ©rimentales et la distribution des valeurs thĂ©oriques.

1 La situation est donc Ă  cet Ă©gard comparable Ă  ce que nous avons constatĂ© Ă  propos de l’illusion de DelbƓuf n° II (§ 11 sous II).

Chaque catĂ©gorie de figures comportant une, deux ou plusieurs relations constitutives, il reste Ă  trouver en chaque cas laquelle ou lesquelles sont dominantes, et ce sont Ă  elles que s’applique la loi, de façon simple ou en composition (en ce cas sans rĂ©pĂ©ter les termes S, nL et Lmax). En passant d’une figure Ă  l’autre, on a pu avoir l’impression d’une diversitĂ© de relations composantes parfois inquiĂ©tante. Mais Ă  jeter maintenant un coup d’Ɠil rĂ©trospectif, on voit que ces relations constitutives se rĂ©duisent Ă  six variĂ©tĂ©s :

(1) Les liaisons de type (B— A)A ou rĂ©ciproque entre une droite B et une perpendiculaire A qui rejoint B Ă  une extrĂ©mité : rectangle (§ 3) et semi-rectangle (§ 4).

(2) Les liaisons entre deux perpendiculaires qui se croisent : (H— H)M ou rĂ©ciproque pour les angles (§ 5) et (D1— D2)D2 pour les losanges (§ 6). Il s’agit alors d’un effet (1) renversĂ©. Les liaisons des parallĂ©logrammes (§ 8) semblent constituer une combinaison de (2) et de (1).

(3) Les liaisons entre parties d’un arc (Ar— Ar,)Ar, qui caractĂ©risent les courbures (§ 7).

(4) Les liaisons (B— 2A)2A, ou {B— A’)A’ entre une longueur totale B et la diffĂ©rence figurĂ©e A’ qui la sĂ©pare d’une longueur partielle A : trapĂšze (§ 9) et MĂŒller-Lyer (§ 10).

(5) Les liaisons 2(A— Æ)Æ ou (A— 2A,)2A, et rĂ©ciproque entre la longueur partielle A et la diffĂ©rence A’ qui la sĂ©pare de la longueur totale B : cercles de DelbƓuf I et 11 (§ 11). A ce mĂȘme type se rattachent, mais sous une forme (B— 4)4, les illusions des segments de droite (§ 12).

(6) Les liaisons n(B-— 4)4 (prolongeant ces derniĂšres) entre un tout B et ses parties A : espaces divisĂ©s (§ 13).

Mais il est facile de voir que ces six sortes de liaisons, tout en se diffĂ©renciant selon la structure des figures, se rĂ©duisent toutes Ă  la forme (L1— L2)L2. Il en rĂ©sulte ainsi que la mĂȘme loi exprimĂ©e en termes numĂ©riques (prop. 3 du § 2) s’applique Ă  au moins vingt « illusions » distinctes : cĂŽtĂ©s du rectangle, semi-rectangle, diagonale du rectangle, angles aigus et obtus, mĂ©diane des angles, diagonales du losange, courbures, grande et petite diagonale des parallĂ©logrammes simples, figure de Sander, grand et petit cĂŽtĂ©s parallĂšles du trapĂšze, figure de MĂŒller-Lyer sous trois formes diffĂ©rentes, figures de DelbƓuf sous deux formes, segment de droite compris entre deux autres

segments Ă©gaux ou suivi d’un second segment et espaces divisĂ©s. On ne peut donc qu’ĂȘtre satisfait de la rĂ©duction d’une telle diversitĂ© Ă  une formule gĂ©nĂ©rale unique, malgrĂ© tous les problĂšmes de dĂ©tail non encore rĂ©solus.

Il reste maintenant Ă  expliquer la loi et principalement ce couplage de diffĂ©rences de forme (L1— L2)L2 qui constitue ainsi l’élĂ©ment commun aux diffĂ©rentes variĂ©tĂ©s de liaisons. Le principe en est, on l’a vu constamment, que l’un des termes de la liaison est valorisĂ© aux dĂ©pens de l’autre : en gĂ©nĂ©ral le plus grand, sauf en cas de renversement dĂ» aux angles (2) ou de valorisation commune du tout et des parties (6 et, partiellement, l’illusion II de DelbƓuf : 5). Ce principe revient donc Ă  n’utiliser que les effets d’inĂ©galitĂ© (contrastes) et Ă  y ramener les i Ă©galisations (« assimilations ») apparentes. Le problĂšme sera donc de comprendre ce renforcement si gĂ©nĂ©ral des inĂ©galitĂ©s, ■ caractĂ©ristiques des surestimations et dĂ©valuations.

Mais avant d’en venir lĂ  (chap. II), remarquons encore la gĂ©nĂ©ralitĂ© des dĂ©formations perceptives : il n’est pas une figure qui Ă©chappe Ă  ces dĂ©formations, mĂȘme les « bonnes formes » (diamĂštre sous-estimĂ© du cercle et diagonale du carrĂ©). Nous entrevoyons ainsi, dĂšs maintenant, que ces « bonnes formes » ne constituent pas le cas type de l’organisation perceptive, dont les dĂ©formations seraient les dĂ©rivĂ©s dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s. La rĂšgle est, au contraire, la dĂ©formation des inĂ©galitĂ©s, les Ă©galitĂ©s ou Ă©quivalences n’en constituant que des cas limites, avec compen- ; sation plus ou moins approchĂ©e des dĂ©formations ; et les ■ « bonnes formes » ne sont alors que des figures Ă  Ă©quivalences I nombreuses, oĂč ces compensations sont plus frĂ©quentes ou plus probables que dans les cas .gĂ©nĂ©raux. DĂšs le dĂ©part, nous apercevons donc que la hiĂ©rarchie perceptive obĂ©it Ă  des lois distinctes, et Ă  certains Ă©gards inverses, de celles qui rĂ©gissent les structures opĂ©ratoires.