Chapitre premier.
Les illusions primaires et la loi des centrations relatives
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đ
Les illusions que nous appellerons primaires correspondent Ă la plupart des illusions optico-gĂ©omĂ©triques planes : illusions du rectangle (surestimation du grand cĂŽtĂ©), de la figure en T (pour autant quâelle fait intervenir des semi-rectangles, mais la surestimation de la verticale comme telle est dĂ©jà « secondaire »), surestimation dâun segment de droite prolongĂ© par un segment plus petit ou insĂ©rĂ© entre deux segments plus petits, illusions de DelbĆuf (cercles concentriques), illusions des angles (surestimation des aigus, sous-estimation des obtus, et illusions des cĂŽtĂ©s), illusion du losange (dĂ©valorisation de la grande diagonale), illusions de MĂŒller-Lyer, des parallĂ©logrammes, des courbures, etc., et enfin, faisant la transition avec les illusions secondaires, illusion des espaces divisĂ©s (Oppel- Kundt).
Le but de ce chapitre est dâessayer de rĂ©duire toutes ces « illusions » (ou dĂ©formations) perceptives Ă une loi unique, en ramenant chacune dâentre elles Ă certaines relations spatiales I constantes, câest-Ă -dire en fait Ă une surestimation du plus grand de deux Ă©lĂ©ments comparĂ©s et Ă une sous-estimation du à„€ plus petit. Mais nous rĂ©servons pour le chapitre suivant lâexplication de la loi elle-mĂȘme et du principe de ces surestimations et sous-estimations.
§ 1. Position du problĂšme.đ
Les deux caractĂšres fondamentaux des illusions primaires sont que leurs propriĂ©tĂ©s qualitatives (situations du maximum positif, du maximum nĂ©gatif et de lâerreur nulle mĂ©diane, par rapport aux proportions de la figure)1 ne varient pas avec lâĂąge,
1 Nous prenons donc dans ce qui suit le terme qualitatif dans un sens encore quantitatif mais relatif aux proportions de la figure.
[p. 21]mais que leur valeur quantitative absolue (force de lâillusion) diminue avec le dĂ©veloppement (ou reste occasionnellement constante mais nâaugmente pas avec lâĂąge). Un autre caractĂšre essentiel des illusions primaires, mais allant sans doute de pair avec leur invariabilitĂ© qualitative Ă tout Ăąge, est quâelles sâobservent dĂ©jĂ en durĂ©es trĂšs courtes de prĂ©sentation (au tachistoscope), durĂ©es excluant lâintervention des mouvements oculaires et par consĂ©quent des activitĂ©s « secondaires » dâexploration, de transports, etc. On peut donc considĂ©rer ces illusions primaires comme rĂ©sultant de simples « effets de champ », câest-Ă -dire de lâinteraction quasi-simultanĂ©e des Ă©lĂ©ments perçus ensemble en un mĂȘme « champ de centration » (= le champ dĂ©terminĂ© par une fixation du regard, avant tout dĂ©placement sur un autre point de fixation). Câest pourquoi nous les appelons « primaires », ce qui ne prĂ©juge en rien de leur niveau physiologique. Binet les appelait « innĂ©es », mais câest lĂ se rĂ©fĂ©rer Ă une hypothĂšse non nĂ©cessaire, car elles pourraient rĂ©sulter de simples mĂ©canismes dâĂ©quilibre (voir le chap. Il), gĂ©nĂ©raux quoique non hĂ©rĂ©ditaires.
Ainsi caractĂ©risĂ©es, les illusions primaires constituent les phĂ©nomĂšnes perceptifs les plus Ă©lĂ©mentaires dont nous aurons Ă nous occuper. Câest donc bien par leur examen quâil convient de commencer notre analyse et elles soulĂšvent dâemblĂ©e un problĂšme capital pour notre propos : exemples classiques du caractĂšre dĂ©formant des enregistrements perceptifs dans le domaine de lâespace (qui constitue cependant celui des relations figurĂątes les plus simples et les plus rationnelles), les illusions primaires obĂ©issent-elles Ă une loi gĂ©nĂ©rale qui pourrait nous renseigner sur la nature de ces « dĂ©formations », peut-ĂȘtre consubstantielles de la perception ?
Or, chose extraordinaire, depuis plus dâun siĂšcle quâon Ă©tudie les illusions optico-gĂ©omĂ©triques, on ne sâest jamais appliquĂ© Ă en trouver une loi commune et lâon sâest bornĂ©, jusquâaux recherches rĂ©centes de Motokawa sur lâinduction rĂ©tinienne, Ă une sĂ©rie dâexplications qualitatives et disparates. En son beau TraitĂ© de psychologie, Woodworth mettait encore au dĂ©fi tout psychologue de dĂ©gager au sujet de ces illusions quelque relation gĂ©nĂ©rale conduisant Ă des prĂ©visions. Nous avons pour notre part, en demeurant sur le terrain purement relationnel, tentĂ© de relever le dĂ©fi, non pas par ambition de reprendre pour /lui-mĂȘme le problĂšme sans cesse discutĂ©, mais par intĂ©rĂȘt pour le problĂšme de la dĂ©formation perceptive en gĂ©nĂ©ral, ce qui nous a alors conduit Ă la recherche dâune loi.
[p. 22]Mais il reste dâabord Ă se demander pourquoi on y a si peu songĂ©. La psychophysique a sans doute Ă©tĂ© trop ambitieuse en voulant mesurer directement les sensations, comme si elles constituaient des Ă©lĂ©ments absolus Ă partir duquel la reconstitution des perceptions serait possible sur le modĂšle de la composition atomistique. Elle sâest alors heurtĂ©e au problĂšme des « erreurs systĂ©matiques » de tous genres (spatiales, temporelles, etc.), mais elle les a conçues simplement comme des obstacles sâopposant aux mesures absolues imaginĂ©es Ă titre dâidĂ©al Ă poursuivre. Dans la suite, et notamment Ă partir de la thĂ©orie de la Gestalt, on a au contraire compris que 1â« erreur » nâĂ©tait pas un obstacle gĂȘnant mais le phĂ©nomĂšne mĂȘme Ă Ă©tudier, non seulement parce quâil est de rĂšgle, mais surtout parce quâil manifeste cette sorte dâinteraction immĂ©diate dont la perception exprime lâĂ©quilibre en fonction de la totalitĂ© du champ. Mais la thĂ©orie de la forme sâest alors engagĂ©e dans une voie paradoxale en voulant expliquer par le mĂȘme principe de totalitĂ© les « bonnes formes » (le cercle, le carrĂ©, etc.), dans lesquelles les dĂ©formations sont prĂ©cisĂ©ment minimales, et les « illusions » envisagĂ©es en tant que rĂ©vĂ©lant la subordination des parties au tout. Elle nâa alors considĂ©rĂ© les dĂ©formations quâĂ ce point de vue particulier, ce qui lâa rendue trop peu ambitieuse et lâa poussĂ©e Ă substituer aux essais de formulation mĂ©trique une simple description qualitative (ce qui ne signifie pas, bien entendu, que les gestaltistes nâaient pas mesurĂ© un grand nombre dâeffets de dĂ©formation, mais ils nâont tirĂ© de ces mesures quâune justification des « lois dâorganisation » et non pas une expression mathĂ©matique des dĂ©formations systĂ©matiques propres aux structures perceptives 1).
La mĂ©thode relationnelle nous oblige au contraire Ă poser (le problĂšme de la « dĂ©formation » comme telle : pourquoi si A < B, alors B comparĂ© Ă A est-il perçu comme plus grand que B isolĂ©, soit B(A) > B ? Telle est notre question centrale. Pour la rĂ©soudre nous avons donc repris « illusion » aprĂšs « illusion », en dĂ©terminant chaque fois la courbe des erreurs en tant quâindĂ©pendante de lâĂąge et en cherchant, empiriquement et par tĂątonnements successifs, Ă formuler cette courbe en une expression mathĂ©matique Ă©lĂ©mentaire par rĂ©fĂ©rence exclusive aux donnĂ©es objectives de la figure perçue2. Nous avons alors essayĂ©, toujours empiriquement, de trouver la forme commune Ă ces
1 Sauf, cela va de soi, en ce qui concerne les phénomÚnes considérés comme relevant directement du champ, tels les « after-effects » de W. KÎhler : et sauf certains travaux isolés comme ceux de E. Rausch.
2 Voir lâIntroduction, sous VI.
[p. 23]diffĂ©rentes expressions et avons enfin abouti Ă la formulation dâune loi qui semble jusquâici sâappliquer assez bien aux donnĂ©es expĂ©rimentales. Mais cette loi nâayant pour nous dâintĂ©rĂȘt quâen fonction de son explication, laquelle est donc censĂ©e fournir quelque lumiĂšre sur les raisons des dĂ©formations perceptives en gĂ©nĂ©ral, nous avons, dâautre part, constamment cherchĂ© au cours de son Ă©laboration Ă trouver un modĂšle explicatif susceptible de rendre compte de ces dĂ©formations et croyons lâavoir trouvĂ© dans la direction des effets de centration dont il sera question au chap. II. Câest pourquoi nous appellerons cette expression « loi des centrations relatives », en rĂ©fĂ©rence Ă son hypothĂšse explicative. Mais Ă supposer que cette hypothĂšse soit fausse, la formule gĂ©nĂ©rale subsisterait sans doute, puisque son Ă©tablissement et lâessai tentĂ© pour lâexpliquer ont Ă©tĂ© en fait indĂ©pendants, bien que naturellement la loi ait Ă©tĂ© cherchĂ©e avec lâespoir dâune explication.
Cette loi ne fournira Ă©videmment pas le montant quantitatif absolu des erreurs, valeur non constante qui diminue avec lâĂąge et avec lâexercice (pas plus dâailleurs que la loi de Weber, tout en affirmant que le seuil diffĂ©rentiel est proportionnel aux grandeurs comparĂ©es, ne nous indique la valeur absolue de ce seuil). Mais elle nous apprendra, dans la mesure oĂč elle se vĂ©rifiera, la valeur quantitative relative des caractĂšres qualitatifs de la courbe des erreurs : lâallure gĂ©nĂ©rale de cette courbe et la situation des maxima spatiaux 1 positifs et nĂ©gatifs ainsi que de lâillusion nulle mĂ©diane.
Le plan que nous suivrons consistera dâabord (a) Ă exposer la loi (§ 2) sans chercher aucune hypothĂšse explicative, puis (b) Ă la vĂ©rifier par lâexpĂ©rience sur toutes les illusions primaires jusquâici analysĂ©es (§ 3 Ă 13). AprĂšs quoi seulement (chap. II § 2-4) nous chercherons (c) Ă en donner une interprĂ©tation probabiliste et Ă exposer les faits (actions de centration, maxima temporels1, etc.) susceptibles de justifier cette interprĂ©tation elle-mĂȘme (chap. II § 1 et 6). Il y a donc lĂ trois Ă©tapes Ă distinguer soigneusement quant au bien fondĂ© des arguments expĂ©rimentaux ou thĂ©oriques invoquĂ©s.
1 Nous appelons « maximum spatial » dâune illusion optico-gĂ©omĂ©trique le maximum dâillusion correspondant Ă certaines proportions spatiales de la figure, pour des temps Ă©gaux de prĂ©sentation, et « maximum temporel » le maximum dâillusion correspondant Ă une certaine durĂ©e optimale de prĂ©sentation, pour des proportions spatiales maintenues constantes.
§ 2. La loi des centrations relatives sous sa forme gĂ©nĂ©rale.đ
Le problĂšme particulier que nous avons cherchĂ© Ă rĂ©soudre par la recherche dâune loi (indĂ©pendamment du problĂšme gĂ©nĂ©ral Ă©noncĂ© au § 1) est donc dâĂ©tablir pour quelles valeurs la figure utilisĂ©e donnera lieu Ă un maximum positif dâillusion, etc. Cette figure comportant un Ă©lĂ©ment objectivement constant, dont on mesure lâestimation subjective (par exemple le grand cĂŽtĂ© dâun rectangle), et un Ă©lĂ©ment que lâon fait varier pour Ă©tudier lâeffet de ces variations sur lâestimation subjective du premier (par exemple le petit cĂŽtĂ© du rectangle dont les variations modifient lâestimation du grand), nous supposerons dâabord que ces Ă©lĂ©ments constants et variables peuvent toujours sâexprimer sous forme de longueurs L. Dans le cas des rectangles et des figures simplement linĂ©aires (Oppel, etc.) cela ne fait pas de difficultĂ©s. Dans celui des cercles concentriques de DelbĆuf il est Ă©galement aisĂ© de traduire les variations de la figure en termes de longueur L : diamĂštres des cercles et largeur de la bande qui les sĂ©pare, parce que câest bien ainsi que le sujet semble Ă©valuer les figures prĂ©sentĂ©es. Dans le cas des angles, par contre, le problĂšme se posera dâĂ©tablir comment la perception enregistre les valeurs angulaires et il sâagira dâoublier la trigonomĂ©trie mathĂ©matique pour atteindre une trigonomĂ©trie perceptive : or, nous verrons quâelle aussi se fonde sur des longueurs.
Cela admis, nous appellerons L1 la plus grande des deux longueurs comparĂ©es et L2 la plus petite. LâexpĂ©rience montre alors que la valeur objective principale qui dĂ©termine les variations (subjectives) de lâillusion est, non pas simplement la diffĂ©rence absolue L1-L2, mais cette diffĂ©rence multipliĂ©e par L2et divisĂ©e par un produit que nous appellerons provisoirement la suface S, et qui est fonction de L1 et de L2 Ă la fois. Cette premiĂšre constatation montre dâemblĂ©e que si la diffĂ©rence L1 â L2 joue un rĂŽle essentiel dans les surestimations et sous- estimations subjectives, câest seulement dans la mesure oĂč elle est mise en relation avec L2, soif (L1 â L2) L2 et oĂč elle est rapportĂ©e par ailleurs Ă lâensemble du champ des comparaisons S, soit :
(1) (L 1 -L 2 )L 8
S
Mais cette expression (1), quoique correspondant au facteur le plus important de lâillusion, ne suffit pas toujours Ă lui seul
[p. 25]et il faut y ajouter un facteur rĂ©gulateur, qui nâintervient dâailleurs pas dans les cas gĂ©nĂ©raux (auxquels cas il est de valeur 1), mais qui est nĂ©cessaire pour rendre compte des effets de certaines configurations. Ce facteur comprend les trois Ă©lĂ©ments suivants : (1) Le nombre n des comparaisons distinctes entre (L1â L2) et L2, nombre qui est de 1 si L2 est comparĂ© Ă un seul L1, mais qui est de n = 2 si L1 est insĂ©rĂ© entre deux segments L2 ; etc. (2) La longueur maximale Lmnx de la figure, car autre chose est de comparer un L1 Ă un L2 perpendiculaire, comme dans le cas du rectangle (auquel cas Lmax = LÎč) et autre chose est de comparer un L1 Ă un L2 qui le prolonge (auquel cas Lmax = L1+L2). (3) Cette longueur maximale ne saurait elle-mĂȘme intervenir sous une forme absolue, puisque jusquâici tout est relatif dans les valeurs considĂ©rĂ©es : elle se prĂ©sentera donc au sein dâun rapport dont lâautre terme sera la longueur de rĂ©fĂ©rence L (oĂč L â L1 ou L2). Le second facteur Ă considĂ©rer sera donc au total :
nL
<2> â  lumax
Si nous appelons P la valeur quantitative relative de lâillusion (P se dĂ©finissant donc comme une « transformation non compensĂ©e » ou « dĂ©formation »), lâexpression complĂšte de la loi sera :
(Lj â L2) L2 âL âL(L1 â L2) L2
(3) p = Ă =
S L max SL max
oĂč :
P = la dĂ©formation (surestimation ou sous-estimation) mesurĂ©e sur lâune des longueurs de la figure, maintenue constante et choisie comme unitĂ©.
(P est positif si lâĂ©lĂ©ment constant est Li et nĂ©gatif si cet Ă©lĂ©ment est L2).
Li = la plus grande des deux longueurs comparĂ©es (par exemple le grand cĂŽtĂ© du rectangle, la hauteur 1 de lâangle aigu, etc.).
L2 = la plus petite des deux longueurs comparées.
1 Nous appellerons hauteur dâun angle (pour les besoins de la description perceptive) la longueur de la bissectrice lorsque cette derniĂšre est placĂ©e verticalement et que les cĂŽtĂ©s de lâangle sont Ă©gaux (la bissectrice et la ligne dâouverture, qui lui est alors perpendiculaire, demeurant toutes deux virtuelles).
[p. 26]^max= la plus grande longueur de la figure (par exemple LmaÎč= Li ou L1 + L2 ou, si L1 est insĂ©rĂ© entre deux L2, ^1 + 2 L2 , etC.)
S = la surface du champ des comparaisons entre L1 et L2. Si L1 et L2 sont les deux cĂŽtĂ©s dâun rectangle, on aura S = L1 L2. Si la figure est linĂ©aire, lâexpĂ©rience montre que la surface Ă considĂ©rer est S = (Lmax)2, ce qui semble arbitraire. Mais comme nous le verrons au chap. Il, la surface choisie correspond alors (comme dans tous les cas) Ă lâensemble des couplages possibles entre les segments de L1 et ceux de L2 : par exemple (L1+L2)2 = £2 + L2 + 2LÏL2 = lâensemble des couplages provenant du rabattement de L1 sur L2 et de L2 sur L1. Cette remarque anticipĂ©e montre dâemblĂ©e que S nâest en rĂ©alitĂ© pas une surface, mais lâensemble du champ des comparaisons entre L1 et L2.
n = le nombre des comparaisons distinctes entre L1 et L2. Par exemple, dans la ligne hachurĂ©e dâOppel-Kundt, Lx = la longueur totale, L2 = celle dâun intervalle entre deux hachures et n = le nombre des L2. Dans les cercles concentriques de Del- bĆuf, Lx = le diamĂštre du cercle intĂ©rieur, L2 = la largeur de la bande entre les deux cercles et n = 2 puisque L1 est comparĂ© Ă L2 sur la gauche et la droite.
L = la longueur de rĂ©fĂ©rence considĂ©rĂ©e. La prĂ©sence de L dans la formulation de la loi est nĂ©cessaire pour quâil y ait autant de longueurs au numĂ©rateur et au dĂ©nominateur (n nâĂ©tant quâun coefficient numĂ©rique). Sans cette prĂ©caution nous aurions deux longueurs au numĂ©rateur et trois au dĂ©nominateur, dâoĂč il rĂ©sulterait que la formule exprimerait 1â« inverse dâune longueur » 1 et perdrait ainsi la valeur de simple relation entre longueurs quâil sâagit de lui confĂ©rer.
Ainsi conçue la loi proposĂ©e exprime donc un rapport entre longueurs et non pas une longueur absolue ou lâinverse dâune longueur. En tant que rapport, lâillusion P est donc proportionnelle aux longueurs en jeu et implique ainsi la loi de Weber.
Cela dit, nous proposons donc cette formulation de la loi des illusions primaires Ă titre dâhypothĂšse et allons chercher Ă la vĂ©rifier Ă propos des diffĂ©rents types dâillusions optico- gĂ©omĂ©triques diminuant avec lâĂąge, en la confrontant dans
1 Au sens mathĂ©matique du terme, câest-Ă -dire que si lâon multipliait lâunitĂ© par 10 (soit Lx = 10 au lieu de 1), le rapport total P serait 10 fols moins Ă©levĂ© au lieu de demeurer constant.
[p. 27]chaque cas aux données expérimentales que nous avons pu recueillir aprÚs avoir fait varier les proportions de la figure.
§ 3. Lâillusion des rectangles.đ
Soit un rectangle de cĂŽtĂ© constant B, dont on fait varier le cĂŽtĂ© A de la plus petite largeur reprĂ©sentable par le dessin jusquâĂ A = B et au-delĂ (A > B). En ces cas, le cĂŽtĂ© B est surestimĂ© lorsque B > A et sous-estimĂ© lorsque B < A. On voit dâemblĂ©e que lâillusion nulle mĂ©diane correspondra Ă B = A, câest-Ă -dire aux cĂŽtĂ©s dâun carrĂ©. Soit dit en passant, nous ne dirons pas alors, avec la thĂ©orie de la Gestalt, que les cĂŽtĂ©s du carrĂ© sont jugĂ©s Ă©quivalents parce que le carrĂ© est une « bonne forme » : nous dirons que les dĂ©formations B(A) > B et B(A) < B) se compensent en ce cas exactement 1, ce qui produit une « bonne forme ». Cela dit, il reste en toutes les autres situations que le grand cĂŽtĂ© est surestimĂ© et le petit sous-estimĂ©, ce qui soulĂšve deux questions de maximum.
ThĂ©oriquement, la loi des centrations relatives donne pour un rectangle dont un cĂŽtĂ© A varie entre A = 0, A = B et A > B (lâautre cĂŽtĂ© B Ă©tant constant et Ă©gal Ă 1) lâexpression suivante :
1B(Bâ A)A Bâ A
(4) P = â â = si B > A
v , AB X B B
oĂč BÂ =Â L1Â =Â Lmax et AÂ =Â L2
En ce cas la courbe des erreurs positives consiste en une droite et son maximum est situé à A = 0,
Quant aux erreurs négatives sur B (si B < A), on aura :
1 A (Aâ B) B Aâ B â
v AB X A A
oĂč AÂ =Â L1Â =Â Lm&x et BÂ =Â L2
La courbe des erreurs nĂ©gatives (B restant constant et Ă©gal Ă 1 tandis que A augmente de valeur) est alors une hyperbole Ă©quilatĂšre, de telle sorte que lâerreur ne croĂźt pas indĂ©finiment
1 Car les dĂ©formations restent possibles en cas de fixation obligĂ©e sur lâun des cĂŽtĂ©s mais ces dĂ©formations momentanĂ©es sâannulent les unes les autres si lâon a B = A objectivement.
Les Mécanismes perceptifs 3
[p. 28]comme en positif, mais tend vers une droite au fur et Ă mesure de lâallongement de A.
Pour vĂ©rifier ces hypothĂšses, nous avons fait les recherches suivantes avec Marianne Denis-Prinzhorn (Rech. XVI). Il sâagissait en premier lieu de confronter la forme de la courbe thĂ©orique (droite en positif et hyperbolique en nĂ©gatif) avec celle de la courbe expĂ©rimentale : pour ce faire, nous avons cherchĂ© Ă savoir si la rĂ©partition des erreurs Ă©tait effectivement symĂ©trique en positif et asymĂ©trique en nĂ©gatif, Ă partir dâerreurs arbitrairement choisies dans les deux rĂ©gions + et â de la courbe. Dans la premiĂšre sĂ©rie dâĂ©preuves (surestimation de B), nous avons prĂ©sentĂ© deux Ă©talons, I = 6X2,5 cm et II = 6X1,5 cm et une sĂ©rie de variables de 5 = 4,5 Ă 7,5 et A = 2 cm. Dans la seconde sĂ©rie (sous-estimation de 4), les deux Ă©talons ont Ă©tĂ© de III = 7,5X2 cm et IV = 4,5X2 cm et les variables de A = 1,6 Ă 2,4 cm et B = 6 cm. La question Ă©tait de comparer les premiĂšres variables Ă I puis Ă II avec estimation du grand cĂŽtĂ© B et de comparer les secondes variables Ă III puis Ă IV avec jugement sur le petit cĂŽtĂ© A. Les rĂ©sultats ont Ă©tĂ© (pour 41 sujets) :
Tabl. 1. Comparaisoni de rectangles du point de vue du grand cÎté (L1) ou du petit (Li) :
Ages
5-7 ans (Ordre I-IV)
5 ans (Ordre IV-I)
9-11 ans
Adultes
Moyennes
I(ij)
â 7,41
â 6,98
â 6,25
â 3,33
â 6,0
II (L1)
+ 9,26
+ 7,82
+ 6,00
+ 2,82
+ 6,4
III (LP
â 3,61
â 5,47
â 4,00
â 2,62
â 3,9
IV (Lt)
+ 6,67
+ 8,44
+ 4,91
+ 4,12
+ 6,0
Â
Les signes + et â ne signifient pas ici (contrairement Ă la rĂšgle) des erreurs positives ou nĂ©gatives (par rapport Ă 0), mais des surestimations ou sous-estimations par rapport au rectangle Ă©talon prĂ©sentĂ©, lequel comporte aussi lui-mĂȘme, soit une erreur positive sur le grand cĂŽtĂ© L1 (I et II) soit une erreur nĂ©gative sur le petit L2 (III et IV). Or, ces Ă©talons Ă©tant rĂ©partis de façon symĂ©trique deux Ă deux, du point de vue des valeurs objectives, on voit alors que cette symĂ©trie se retrouve dans les estimations subjectives sur le grand cĂŽtĂ© (â 6,0 et 6,4), mais
1 Erreurs systĂ©matiques en % de lâĂ©talon.
[p. 29]que les erreurs sur le petit cĂŽtĂ© sont asymĂ©triques : lâerreur sur IV (4,5X2 cm) est de + 6,0, câest-Ă -dire Ă©loignĂ©e de 6 % du point mĂ©dian objectif en IV et III, tandis que lâerreur sur III est presque partout sensiblement plus faible par rapport Ă ce mĂ©dian entre IV et III, parce que situĂ©e en un point oĂč la courbe sâincurve dans la direction de lâasymptote (voir la fig. i).

Â
Cette premiĂšre expĂ©rience contrĂŽlant ainsi lâallure gĂ©nĂ©rale de la courbe 1, il sâagissait ensuite et surtout de vĂ©rifier que le maximum positif se trouve bien situĂ© pour la plus petite largeur L2 figurale du rectangle.
Une seconde expĂ©rience a alors consistĂ© Ă faire comparer une simple droite de 6 cm (qui est un rectangle trĂšs mince, puisquâune droite figurĂ©e par le dessin comporte une largeur) au cĂŽtĂ© infĂ©rieur dâun carrĂ© de 36 cm2 (puisque le carrĂ© correspond sur la courbe thĂ©orique Ă lâillusion nulle mĂ©diane, situĂ©e entre
1 Ainsi que le caractĂšre « primaire » de lâillusion, qui diminue effectivement avec lâĂąge.
[p. 30]B > A et B > A). Sur 25 adultes, les résultats ont été les suivants :
Tabl. 2. Comparaison dâune droite (=rectangle allongĂ©) au cĂŽtĂ© dâun carré :
Un troisiĂšme contrĂŽle a consistĂ© Ă faire comparer par les 25 mĂȘmes adultes les longueurs (6 cm) de rectangles de 15 ; 10 ; 5 ; 4 ; 3 ; 2 ; 1 et 0,5 mm de largeurs ainsi quâune droite de 6 cm et de 0,3 mm dâĂ©paisseur (trait plein).
Tabl. 3. Choix du rectangle le plus allongé subjectivement :
On voit que le maximum de surestimation de L1 coĂŻncide bien avec la plus petite valeur de L2, mais Ă une rĂ©serve prĂšs : les espaces pleins et les espaces vides nâayant pas la mĂȘme valeur perceptive, les choix ont Ă©tĂ© plus nombreux sur 0,5 que sur 0,3 tandis que, si nous avions pu dessiner un rectangle Ă traits de 0,1 mm avec un intervalle vide entre eux de 0,1 mm Ă©galement, il lâeĂ»t sans doute emporté » Pour calculer les illusions avec rigueur, il faudrait donc toujours dĂ©falquer lâĂ©paisseur des traits. Dans la plupart des cas cela ne changerait rien aux rĂ©sultats. Mais il faut tenir compte de ce fait dans le cas particulier, et, bien plus encore, comme nous le verrons au § 13, dans celui de lâillusion dâOppel-Kundt.
Il resterait Ă parler des diagonales du rectangle, qui, lorsque lâune dâentre elles est figurĂ©e par le dessin, sont fortement dĂ©valorisĂ©es, ce qui est en contradiction complĂšte avec les illusions prĂ©cĂ©dentes1 (voir plus loin § 8, tableau 11). Mais ce renversement des relations en jeu lorsquâintervient une diagonale figurĂ©e, relĂšve dâun effet bien diffĂ©rent de ceux des prop. 4 et 4 bis, et
1 Puisque la surestimation du grand cĂŽtĂ© dâun rectangle et la sous- estimation de son petit cĂŽtĂ© entraĂźnent Ă eux deux une sous-estimation implicite de la diagonale virtuelle.
[p. 31]qui constitue, en opposition avec ces derniers, lâeffet gĂ©nĂ©rateur de lâillusion des angles. Câest donc Ă propos de ceux-ci (§ 5, cf. les fig. 4 et 7) et Ă propos des parallĂ©logrammes (§ 8) que nous en traiterons systĂ©matiquement.
§ 4. La figure en T (dite aussi « illusion verticale-horizontale »).đ
La figure en question est formĂ©e au dĂ©part dâune verticale rejoignant en son milieu une horizontale de mĂȘme longueur. Elle comporte deux sortes de facteurs dĂ©formants, lâun de verticalitĂ© opposĂ©e Ă lâhorizontalitĂ© et lâautre de surestimation de la droite divisante sous lâeffet de son inĂ©galitĂ© avec chacun des deux segments de la droite divisĂ©e. Le facteur de verticalitĂ© ne nous intĂ©resse pas ici, car il relĂšve des illusions « secondaires » et nous le retrouverons Ă ce propos (chap. III, § 3). Mais il nâest pas prĂ©pondĂ©rant dans la plupart des variations de cette figure, sauf lorsquâelle est transformĂ©e en Ă©querre (L) : câest donc Ă tort que lâon baptise souvent la figure en T « illusion verticale-horizontale », car lorsquâelle est disposĂ©e en â câest ordinairement lâhorizontale qui est surestimĂ©e sous lâinfluence du deuxiĂšme des facteurs indiquĂ©s.
, Câest donc ce deuxiĂšme facteur que nous Ă©tudierons exclusivement ici. Nous le baptiserons effet de « semi-rectangle ». Son analyse ne semble dâailleurs pas intĂ©ressante sous sa forme gĂ©nĂ©rale (du moins ne lâavons-nous pas tentĂ©e, bien quâon puisse toujours dĂ©couvrir de lâinattenduâŠ) : la comparaison dâune droite A avec une droite plus longue B formant avec la premiĂšre un angle de 90° ne provoque sans doute quâun effet affaibli de rectangle. Mais lâoriginalitĂ© de la figure en T est que les deux droites en prĂ©sence sont Ă©gales et que leurs variations consistent simplement en dĂ©placements selon toutes les combinaisons possibles (pourvu que ces droites demeurent perpendiculaires) : voir la fig. 2.

Â
Le problĂšme est alors comme dâhabitude de dĂ©terminer la position des maxima et des illusions nulles mĂ©dianes sâil en existe.
[p. 32]Appelons dans ce qui suit1 A la ligne divisĂ©e (quâelle soit horizontale comme en 2-4 et 10-12 sur la fig. 2 ou verticale comme en 6-8 et 14-16) et B la ligne divisante (verticale ou horizontale). Appelons, dâautre part, A,1 et A,2 les deux segments, Ă©gaux ou inĂ©gaux, de la ligne divisĂ©e, soit A,1+A,2 = A. On a alors pour chacun de ces deux segments, un effet de dĂ©valorisation provenant de ce que chacun dâeux forme avec la droite B un semi-rectangle dont il constitue le petit cĂŽtĂ© (le grand cĂŽtĂ© Ă©tant donc B lui-mĂȘme). Si nous appelons Px et P2ces deux effets correspondant Ă Aâ1 et Aâ2, on aura donc, en calculant la surestimation de B, la formule suivante, directement tirĂ©e de la prop. 4 (§ 3), mais en prenant naturellement comme surface S celle de lâensemble de la figure 2 :
(Bâ Aâ1) Aâ1ĂB
(5) P1 = = Aâ2Aâ1
ABXB
(Bâ Aâ-) A,2ĂB
et P., = â = Aâ1 Aâ.,
ABXB
Les valeurs de P1 et de P2 sont alors toujours identiques pour un Aâ1 et un Aâ2 complĂ©mentaires3.
Les figures dont nous nous sommes servi avec A. Morf ont A = B = 5 cm et A,1 = de 0 Ă 50 mm (par 5 mm dâĂ©cart). On aura donc, pour ces figures, les valeurs thĂ©oriques suivantes, tirĂ©es de la prop. 5 et calculĂ©es en termes dâunitĂ© (5 mm = 0,1 etc.) :
Aâj (entre parenthĂšses Aâ2)Â :
0(50) 5(45) 10(40) 15(35) 20(30) 25(25) 30(20)35(15) 40(10) 45(5) 50(0) p1(= P2)Â :
0 0,09 0,16 0,21 0,24 0,25 0,24 0,21 0,16 0,09 0
Le maximum thĂ©orique est situĂ© ainsi Ă A,1 = Aâ2 = A/2 (donc Ă 25) et la courbe dĂ©croĂźt systĂ©matiquement des deux cĂŽtĂ©s. Ces onze valeurs correspondant aux positions 1 Ă 5 de
1 Sans nous occuper du symbolisme de la Rech. XXV11I.
2 Et étant entendu que A=B puisque leurs longueurs sont constantes et égales, et que A = B = 1.
3 En effet, si B-Aâ = A\ et si B-Aâ = A\, alors IB-AâJAâ, = AâAâ1 et (B-Aâ,)Aâ2 = A,Aâ Ă©galement.â
[p. 33]la fig. 2, on retrouvera ensuite la mĂȘme courbe pour les positions 5 Ă 9, puis 9 Ă 13 et enfin 13 Ă 16 et Ă 1. Par contre, si lâon exprime les erreurs sur la seule verticale (jouant donc tantĂŽt le rĂŽle de A tantĂŽt celui de B) on trouvera thĂ©oriquement une erreur alternativement positive (1-5 et 9-13) et nĂ©gative (6-8 et 14-16), correspondant au trait plein de la figure 3.

Â
Examinons maintenant les donnĂ©es de lâexpĂ©rience, dont nous possĂ©dons deux groupes, les unes rĂ©unies avec A. Morf et les autres Ă©tablies par T.M. KĂŒnnapas 1 indĂ©pendamment de nous. Il convient seulement de nous rappeler que le facteur de « semi-rectangle » analysĂ© dans la prop. 5 ne constitue que lâune des deux composantes de lâillusion, lâautre facteur Ă©tant celui de la surestimation de la verticale comme telle, facteur « secondaire » qui se combine avec le prĂ©cĂ©dent sans relever comme lui de la loi des centrations relatives. Or, malgrĂ© cette combinaison de deux facteurs, tantĂŽt cumulatifs, tantĂŽt antagonistes suivant les positions 1 Ă 16 (fig. 2) les deux groupes de rĂ©sultats convergent pleinement et mettent en Ă©vidence le rĂŽle du premier facteur, que KĂŒnnapas appelle simplement surestimation de la droite divisante (B) et que nous venons de dĂ©crire comme un effet de semi-rectangle : (1) le maximum expĂ©rimental sâobserve effectivement lorsque B divise A en deux parties Ă©gales (A,1 = 4â2) ; (2) on observe en fait une surestimation de la ligne divisante B, mĂȘme lorsquâelle est horizontale, du moins aux environs du maximum (dâautres expĂ©riences ont, il est vrai, montrĂ© le contraire, mais dans le cas de figures beaucoup plus grandes, oĂč il est possible dâĂ©valuer A indĂ©pendamment de B et rĂ©ciproquement et oĂč la verticalitĂ© prime alors lâeffet de semi-rectangle) ; (3) il y a par contre
1 T.M. KĂŒnnapas, An analysis of the Vertical-Horizontal Illusion, J. of exp. Psych., 1955, pp. 134-140.
[p. 34]conflit avec la verticalitĂ© aux positions extrĂȘmes de la courbe, oĂč lâeffet de semi-rectangle est de valeur faible ou nulle (= Ă©querre) et oĂč la verticalitĂ© lâemporte. Au total la courbe expĂ©rimentale correspond donc Ă la courbe en pointillĂ© de la fig. 3.
Encore une remarque : la courbe de la fig. 3 (positions 2-4 et 10-12) sâobtient en faisant comparer les figures deux Ă deux et en demandant sur laquelle des deux on perçoit la plus grande diffĂ©rence entre A et B. Si lâon fait simplement comparer A a B Ă lâintĂ©rieur dâune seule figure, selon la technique adoptĂ©e par T.M. KĂŒnnapas, la courbe est plus rectiligne (en forme de toit et non plus de dĂŽme), câest-Ă -dire plus proche de celle des rectangles (fig. 1, partie positive) comme si le sujet nâĂ©tait influencĂ© que par lâun des deux semi-rectangles au lieu de considĂ©rer lâensemble de la figure sans aucune centration privilĂ©giĂ©e comme câest le cas avec notre technique.
§ 5. Les illusions des angles.đ
Une des plus classiques des illusions primaires est la surestimation des angles aigus et la sous-estimation des obtus, avec dĂ©valorisation des cĂŽtĂ©s des premiers et surestimation des cĂŽtĂ©s des seconds. Si nous appelons mĂ©diane la perpendiculaire coupant la bissectrice en son milieu pour joindre les cĂŽtĂ©s de lâangle (dessinĂ©s Ă©gaux), nous y ajouterons une illusion de la mĂ©diane, qui consiste Ă la percevoir (quand elle est dessinĂ©e) comme situĂ©e trop haut (= entre le milieu des cĂŽtĂ©s et le sommet de lâangle) dans le cas des angles aigus et trop bas dans celui des obtus.
Or, lâillusion complexe des angles nâest quâune illusion des rectangles renversĂ©e, en ce sens que dans un rectangle, le petit cĂŽtĂ© est sous-estimĂ© et le grand surestimĂ©, tandis que le rectangle virtuel dans lequel est inscrit un angle aigu ou obtus (fig. 5 et 6) a un petit cĂŽtĂ© surestimĂ© et un grand sous-estimĂ© et quâil en est dĂ©jĂ de mĂȘme dâun simple rectangle dont on dessine sans plus une diagonale (fig. 4). Le facteur principal de lâillusion dâun rectangle de petit cĂŽtĂ© A et de grand cĂŽtĂ© B est, on sâen souvient (prop. 4), le couplage (ou relation) de diffĂ©rences (Bâ A)A. Dans le cas des angles Ă cĂŽtĂ©s Ă©gaux les longueurs L1 et L2 qui dirigent lâestimation du sujet sont (mĂȘme lorsquâelles demeurent virtuelles, câest-Ă -dire ne correspondent Ă aucun trait dessinĂ©) : (1) la hauteur H ou bissectrice de lâangle et (2) sa mĂ©diane M (voir la fig. 8). En effet, la grandeur de
[p. 35]lâangle est jugĂ©e (cette hypothĂšse Ă©tant naturellement Ă vĂ©rifier par les coĂŻncidences des rĂ©sultats expĂ©rimentaux avec les calculs fondĂ©s sur elle) sur le rapport entre la hauteur de lâangle et lâĂ©cart entre les cĂŽtĂ©s : seulement cet Ă©cart nâest pas estimĂ© en fonction de la seule ligne dâouverture, mais de toutes les distances entre les cĂŽtĂ©s Ă©valuĂ©es aux diffĂ©rents Ă©tages de la hauteur, ce qui donne une probabilitĂ© prĂ©fĂ©rentielle en faveur de lâĂ©cart moyen ou mĂ©diane M. On constate dâautre part, que, en valeurs objectives les relations entre la hauteur H et la mĂ©diane M sont H > M pour les angles aigus, H = M pour les angles droits et H < M pour les angles obtus. Ces deux circonstances dâestimation subjective prĂ©fĂ©rentielle et de relations objectives conduisent donc Ă supposer que le facteur principal de lâillusion des angles sera le couplage1 de diffĂ©rences suivant, correspondant Ă (Bâ A)A pour les rectangles :
(6) (Hâ M)M si H > M (angles aigus) et (Mâ H)H si M > H (angles obtus).
(Ă©tant entendu que, dans la composition qui suivra aux prop. 9 et 10, ce facteur 6 est Ă rapporter Ă S = HM et Ă Lmax = la plus grande droite figurĂ©e = le cĂŽtĂ© C de lâangle. Dâautre part, lâĂ©lĂ©ment L Ă©gale H, maintenu constant = 1).
Seulement, et câest en cela que lâillusion des angles est une illusion des rectangles renversĂ©e, il se trouve que, contrairement Ă toutes les rĂšgles habituelles, H est dĂ©valorisĂ© et M surestimĂ© dans le cas des angles aigus, oĂč le facteur de diffĂ©rences est cependant (Hâ M)M, tandis que H est surestimĂ© et M sous- estimĂ© dans le cas des obtus, oĂč 1e couplage des diffĂ©rences est (M-H)H !
Il faut donc, avant tout, expliquer ce renversement, ce qui nous fournira par le fait mĂȘme les instruments de formulation de lâillusion. Or, la solution de ce problĂšme est fort simple, Ă condition de partir de lâĂ©lĂ©ment commun Ă lâillusion des angles aigus et Ă celle des obtus et de comparer cet Ă©lĂ©ment commun Ă lâillusion des rectangles. Il existe, en effet, un Ă©lĂ©ment commun Ă la surestimation des angles aigus et Ă la sous-estimation des obtus : câest la tendance (dont nous allons vĂ©rifier Ă lâinstant lâexistence) Ă renforcer lâinclinaison dâune oblique (fig. 4) 2.
1 Nous parlons (par anticipation) dâun « couplage de diffĂ©rences » entre B et A pour dĂ©signer la relation (B-A)A. Cette notion donnera lieu Ă un dĂ©veloppement systĂ©matique aux 5Ă 2 Ă 4 du chap. II.
2 Ce renforcement Ă©tant dĂ©fini comme la, tendance Ă rejoindre lâinclinaison de 45° (= diagonale du carrĂ©).
On pourrait objecter que ce renforcement de lâinclinaison est dĂ» lui-mĂȘme Ă un effet dâangle, ce qui empĂȘcherait de le considĂ©rer comme une condition
[p. 36]Si lâon effectue alors la jonction de deux obliques selon les deux formes possibles de symĂ©trie, on obtient (pour le mĂȘme renforcement dâinclinaison) la surestimation de lâangle aigu (fig. 5) et la sous-estimation de lâobtus (fig. 6). Or, il se trouve que cette oblique de dĂ©part (fig. 4) constitue en mĂȘme temps la diagonale dâun rectangle de rĂ©fĂ©rence (on ne peut, en effet, juger perceptivement de lâinclinaison dâune droite quâen rĂ©fĂ©rence avec des verticales et des horizontales, ce qui aboutit Ă la constitution dâun rectangle de rĂ©fĂ©rence), et que, si son inclinaison est renforcĂ©e, cela aboutit par le fait mĂȘme Ă augmenter subjectivement la largeur du rectangle de rĂ©fĂ©rence et Ă diminuer sa longueur : lâĂ©lĂ©ment commun Ă la surestimation des angles aigus et Ă la sous-estimation des obtus se trouve ainsi constituer par ailleurs un effet de dĂ©valorisation de la diagonale des rectangles, qui a pour rĂ©sultat de renverser exactement lâeffet habituel de surestimation de leur grand cĂŽtĂ© et de sous-estimation du petit !

En bref, avec le renforcement de lâinclinaison dâune oblique (fig. 4) nous tenons Ă la fois lâĂ©lĂ©ment commun aux deux illusions classiques des angles (fig. 5 et 6) et le principe explicatif du renversement de lâillusion des rectangles. Il importe donc, avant tout essai de formulation de lâillusion des angles de vĂ©rifier si le renforcement de lâinclinaison dâune oblique, ou, ce qui revient par hypothĂšse au mĂȘme, cette dĂ©valorisation de la diagonale des rectangles existent rĂ©ellement. Or, sur ces deux points, nous avons deux groupes de rĂ©sultats expĂ©rimentaux Ă invoquer, qui semblent lâun et lâautre dĂ©cisifs.
A commencer par la diagonale des rectangles, nous verrons plus loin (§ 8), Ă propos des parallĂ©logrammes, quâen mesurant 1 la sous-estimation de leur grande diagonale en fonction de la variation de leurs angles, on trouve un maximum lorsque ces angles sont de 90", câest-Ă -dire prĂ©cisĂ©ment dans le cas particulier oĂč le parallĂ©logramme est un rectangle. Il suffit donc, en un rectangle, de dessiner lâune de ses diagonales au lieu de la laisser virtuelle, pour modifier lâillusion habituelle du rectangle, car Ă©videmment une dĂ©valorisation de la diagonale ne peut quâaller de pair ou avec une dĂ©valorisation du grand cĂŽtĂ©, accompagnĂ©e ou non dâune surestimation du petit, ou avec une forte sous-estimation du petit cĂŽtĂ©, laissant ou non inchangĂ©e lâestimation du grand. La premiĂšre de ces deux Ă©ventualitĂ©s (dĂ©valorisation du grand cĂŽtĂ©) serait rĂ©alisĂ©e si lâinclinaison de la diagonale sous-estimĂ©e Ă©tait renforcĂ©e par rapport au grand cĂŽtĂ© du rectangle et la seconde (forte dĂ©valorisation du petit cĂŽtĂ©) le serait si la diagonale dĂ©valorisĂ©e Ă©tait au contraire redressĂ©e. Or, câest le premier terme de cette alternative qui se vĂ©rifie.
Sur ce point, qui est central pour le problĂšme des angles, nous avons en effet poursuivi, avec A. Morf (Rech. XXIV), une recherche sur lâinclinaison des obliques en les insĂ©rant, soit dans un rectangle Ă titre de diagonales, soit entre deux verticales parallĂšles (et coĂŻncidant respectivement avec les extrĂ©mitĂ©s de lâoblique) qui reprĂ©sentent alors les deux grands cĂŽtĂ©s dâun rectangle auquel il manquerait les petits. Appelons AF un rectangle fermĂ© de 2Ă5 cm sans diagonale, BF le mĂȘme rectangle avec une mĂ©diane longitudinale et CF le mĂȘme rectangle avec une diagonale et appelons AO, BO et CO les trois mĂȘmes figures, mais ouvertes (sans petits cĂŽtĂ©s). On trouve alors en faisant comparer trois de ces figures (dressĂ©es) deux Ă deux du point de vue de la largeur du rectangle :
1 En collaboration avec Mme TuĂąt Vinh-Bang.
[p. 38]AD>
CF
AFÂ =Â CF
AF<CF
AF>
BF
AFÂ =Â BF
AF<BF
BFÂ >Â CF
BFÂ =Â CF
BF<CF
0
Â
4
36
9
Â
16
15
1 7
13
27
AO >
CO
AOÂ =Â CO
AOÂ <Â CO
|AO>
BO
AOÂ =Â BO
AOÂ <Â BO
1 BOÂ >Â CO
BOÂ =Â CO
BOÂ <Â CO
0
Â
2
38
7
Â
12
21
1 1
12
27
Â
Tλbi.. 4. Comparaison des petits cÎtés du rectangle avec ou sans diagonale (40 adultes) :
H est donc effectif que la largeur du rectangle avec diagonale (CF ou CO) est surestimĂ©e par rapport Ă celle du rectangle sans diagonale (AF ou AO) et quâil ne sâagit pas lĂ simplement dâun effet dâespace divisĂ© (BF ou BO).
Les faits Ă©tant ainsi Ă©tablis, il suffit alors, pour formuler lâillusion des angles, de reprendre la prop. 6 en y adjoignant lâeffet du renforcement des inclinaisons (fig. 4) aprĂšs avoir au prĂ©alable expliquĂ© et formulĂ© celui-ci.
Or, cet effet sâexplique de la maniĂšre la plus directe si on le considĂšre prĂ©cisĂ©ment comme un effet de diagonale des rectangles ou du moins comme un effet relatif au rectangle de rĂ©fĂ©rence au moyen duquel on Ă©value lâinclinaison. Dâun tel point de vue, lâinclinaison est repĂ©rĂ©e grĂące aux distances ou
lignes virtuelles dessinĂ©es en pointillĂ© sur la fig. 7 et comportant chacune les segments A et Aâ : quand A < Aâ, Aâ est surestimĂ©, A dĂ©valorisĂ© et lâoblique est donc lĂ©gĂšrement rejetĂ©e du cĂŽtĂ© de A. Quand A > Aâ, câest lâinverse et lâoblique est rejetĂ©e du cĂŽtĂ© de Aâ, ce qui contribue Ă©galement Ă accentuer son inclinaison. On pourrait demander pourquoi les mĂȘmes effets ne se produisent pas alors verticalement (tandis que nous avons raisonnĂ© sur des droites A+Aâ foutes horizontales), ce qui diminuerait au contraire lâinclinaison au lieu de la renforcer : il se peut quâil en soit aussi ainsi, mais comme les comparaisons verticales distinctes sont alors moins nombreu
ses que les comparaisons horizontales distinctes, celles-ci lâemportent. A 45°, par contre (ce qui pour deux obliques rĂ©unies comme dans la fig. 5 donnerait un angle de 90°), les deux sortes de comparaisons sont Ă©galement probables et leur rĂ©sultante est donc en principe nulle 1.
1 U en rĂ©sulte que la diagonale dâun carrĂ© ne donne pas dâerreurs dâinclinaison ; elle nâen est pas moins sous-estimĂ©e en tant que cĂŽtĂ© des deux angles de 45° quâelle fait avec les cĂŽtĂ©s du carrĂ© (voir la Remarque II en fin de ce § 5).

Â
Â
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Â
[p. 39]Cela dit, il est alors facile de formuler lâeffet de la fig. 7 puis de le composer multiplicativement avec celui de la prop. 6 pour en tirer la loi de lâillusion des angles. Si nous appelons B la largeur du rectangle de la fig. 7, soit B = A+Aâ et H son grand cĂŽtĂ© (qui deviendra la hauteur de lâangle par rĂ©union de deux rectangles : fig. 5), nous aurons, par application de la loi gĂ©nĂ©rale (prop. 3, § 1) :
H (Aââ A)A H (Aâ Aâ)A*
(7) P = et Pâ = âÂ
HBXC HBXC
oĂč Ll = Aâ (en P) ou A (en Pâ) ; L2 = A ou Aâ ; Lmax = C (longueur de la diagonale1) ; S = H B et âL = H puisque le nombre des comparaisons distinctes entre A et Aâ est proportionnel Ă H.
Si nous calculons maintenant ces expressions en Ă©crivant A et Aâ en fractions de B (par exemple 0,1 et 0,9 ; etc.) nous trouvons alors naturellement pour (Aââ A)A et (Aâ A,)A, toujours les mĂȘmes valeurs relatives pour un H constant, seule la valeur de B se modifiant dâun rectangle Ă lâautre. Appelons donc KB lâensemble des relations (Aââ A)A et (Aâ Aâ)Ăâ dont la valeur relative est constante (K) en fonction de B. La prop. 7 se rĂ©duira alors Ă Â :
HBK K
(8) P = Â =Â -
BHXC C
Il suffit maintenant de combiner (par simple multiplication) cette expression avec le facteur (6), mais en nous rappelant que cette prop. 8 ne concerne que la moitié de la figure totale : celle-ci est la fig. 5 ou la fig. 6 (selon les deux symétries), par opposition à la figure élémentaire (4 ou 7). Nous aurons donc, pour les angles aigus :
2 K (Hâ M)M
(9) P = si HÂ >Â M
C2
et pour les obtus :
2 K (Mâ H)H
(10) P = si MÂ >Â H
C2
1 La diagonale étant la plus grande longueur dessinée tandis que dans un rectangle sans diagonale on a L = le grand cÎté.
[p. 40]Il est inutile de faire intervenir Ă nouveau la surface BH (= MH car B = M) 1, puisquâelle est dĂ©jĂ comprise (et annulĂ©e) dans la prop. 8. A faire le calcul des prop. 9 et 10 qui donnent les mĂȘmes rĂ©sultats (signe Ă part) pour les angles aigus ou obtus correspondants, on trouve (pour H= 1) :
Valeurs thĂ©oriques de lâillusion des angles (prop. 9 et 10) :
Le maximum thĂ©orique est donc situĂ© Ă 45° en positif (surestimation des aigus) et Ă 135° en nĂ©gatif (sous-estimation des obtus), suivant lâopinion communĂ©ment admise. Mais comment le prouver expĂ©rimentalement, sans mesurer un angle au moyen dâun autre angle comportant sa propre erreur systĂ©matique ? Nous disposons Ă cet Ă©gard de deux mĂ©thodes distinctes, qui ont fourni des rĂ©sultats convergents. La premiĂšre est presque directe, et consiste Ă Ă©tudier les dĂ©valorisations et valorisations de la grande et de la petite diagonales du losange en fonction des variations des angles : câest ce que nous ferons au § suivant (§ 6), dâaprĂšs les rĂ©sultats de S. Ghoneim. La seconde est plus indirecte et consiste Ă analyser lâillusion de ce que nous appelons la mĂ©diane de lâangle, câest-Ă -dire la droite reliant le milieu de lâun des cĂŽtĂ©s au milieu de lâautre cĂŽtĂ© (Ă©gal au pre-
1 Il est, en effet, Ă©vident que B = M puisque M (voir la fig. 8) vaut 2A au point oĂč A = Aâ (milieu de la fig. 7) et que, en ce point mĂ©dian, on a A + A = 2 A = B.
H
Il est Ă noter, en outre, que â = sin α, oĂč α est lâangle que fait le C
cĂŽtĂ© C avec la ligne horizontale de base (ce qui correspond Ă lâestimation M Bâ
perceptive de son inclinaison). Dâautre part, â =â = sin R, oĂč ÎČ est lâangle C C
H-M
complĂ©mentaire de a. Lâexpression est donc la diffĂ©rence entre les
C
M(H-M) H(M-H)
sin a et sin R et les expressions et â correspondent alors Ă
CÂ : C2
lâun de ces sinus multipliĂ© par la diffĂ©rence entre les deux. On retrouve ainsi, en termes de sinus (relatifs Ă lâinclinaison des cĂŽtĂ©s C perceptive- ment dĂ©formĂ©e) le facteur gĂ©nĂ©ral de la loi, habituellement exprimĂ© en termes de longueurs (L2-L2)L2.
mier). En un angle et un triangle comme celui de la fig. 8, on mesurera la position (subjective) de la mĂ©diane M en faisant Ă©galiser les deux segments C1 et C2. Cette position dĂ©pendra alors des deux angles 1 et 2 : Si lâangle 1 est aigu, il dĂ©valorise le segment C1 et lâangle 2, Ă©tant obtus, valorise le segment C2, deux raisons cumulatives pour repousser la mĂ©diane vers le sommet de lâangle 1. Si lâangle 1 est obtus, il valorise Ci, ce qui repousse la mĂ©diane vers le bas, mais avec action contraire de lâangle 2. Quant aux angles 3 et 4, ils sont Ă©gaux et dâactions contraires, et sont donc nĂ©gligeables.
10°
20"
30°
40°
45°
50°
55°
60°
70°
80°
0,12
0,22
0,29
0,34
0,360
0,368
0,370
0,366
0,33
0,28
90°
100°
110°
120°
130°
140°
150°
160°
170°
180°
0,20
0,12
0,05
0
â 0,04
â 0,06
â 0,07
â 0,06
â 0,3
0
Â
Â
10° 20° 30° 40°
45° 50° 55°
60°
65° 70°
80°
Adultes .
1,07 1,5 1,6 1,8
1,8 2,03 1,8
2,02
â 1,5
1,3
6-8
. 0,99 1,5 1,8 2,3
2,8 3,0 3,15
3,13
2,9 2,4
2,3
Â
90â 100° 110°
120° 130°
140â
150â
160â
Adultes
⊠0,8 0,6 0,15
0,02 â 0,3
â 0,65
â 0,2
+0,3
6-8
⊠1,0 0,2 0,03
â 0,3 â 1,16
+0,9
âÂ
âÂ
Â
ILLUSIONS PRIMAIRES ÂŁ
On aura donc, comme formule de lâillusion de la mĂ©diane : (11) P = P1 + P2si H>M et P = P1-P2si H<M oĂč P1 et P2 sont les dĂ©formations 9 ou 10 appliquĂ©es aux angles 1 et 2.
En faisant alors le calcul au moyen des valeurs thĂ©oriques des prop. 9 et 10, on trouve la courbe thĂ©orique suivante pour lâillusion de la mĂ©diane :
Or, sur 68 adultes et 29 enfants de 6-8 ans nous avons trouvĂ©, avec Florence PĂȘne les rĂ©sultats suivants :
TABL. 5. Illusion de la médiane des angles (en mm) :
La concordance entre lâexpĂ©rience et le calcul thĂ©orique est donc relativement bonne Ă©tant donnĂ© que lâillusion de la

Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â


mĂ©diane est une illusion composĂ©e (prop. 11), correspondant donc Ă un calcul dâautant plus approximatif : on retrouve le maximum positif aux environ de 55° et lâillusion nulle mĂ©diane aux environs de 120°, suivie dâillusions nĂ©gatives. Quant au maximum de ces derniĂšres, les trop grandes figures rendent la mesure assez imprĂ©cise.
Cette convergence relative entre le tabl. 5 et les valeurs thĂ©oriques des prop. 11, 10 et 9 semble justifier, si elle se confirme, le bien fondĂ© de ces prop. 10 et 9, donc de la formule de lâillusion des angles. Et, comme dĂ©jĂ annoncĂ©, nous en examinerons une autre vĂ©rification, Ă propos des illusions du losange.
Mais auparavant, il convient de rappeler que lâillusion des angles engendre un grand nombre dâillusions dĂ©rivĂ©es. Lâune des plus connues sans doute est celle de Poggen- dorf : une oblique coupĂ©e en son milieu par
[p. 43]de deux segments qui ne se prolongent pas lâun lâautre, parce que lâangle a rejette le segment 1 sur la gauche et lâangle ÎČ le segment 2 sur la droite. Une autre illusion cĂ©lĂšbre est celle de ZĂŽllner dans laquelle le parallĂ©lisme objectif de droites nâest plus perçu subjectivement sous lâinfluence de lignes obliques qui font angle avec ces droites.
Il existe en outre une illusion bien connue, dont on nâavait pas montrĂ© avec prĂ©cision sa parentĂ© avec celle des angles. Nous lâavons appelĂ©e illusion des « quadrilatĂšres partiellement superposĂ©s » et avons pu vĂ©rifier avec M. Denis-Prinzhorn (Rech. XXI) quâelle tenait Ă lâaction des angles a et ÎČ jointe Ă
la valorisation par les segments AB, etc., des cĂŽtĂ©s BC et EF des carrĂ©s surplombants. En effet, lâangle a tend Ă dĂ©valoriser ses cĂŽtĂ©s AD et BD, ainsi quâĂ agrandir sa ligne dâouverture AB, pendant que le cĂŽtĂ© BC
est valorisĂ© par le mĂȘme segment AB : il en rĂ©sulte alors, par cumulation de ces effets et des effets symĂ©triques relatifs Ă lâangle ÎČ, une dĂ©viation de la ligne mĂ©diane Ă laquelle sont attachĂ©s les quadrilatĂšres 1. On peut vĂ©rifier ces hypothĂšses en modifiant les angles a et ÎČ : en remplaçant, par exemple, les carrĂ©s par des rectangles dressĂ©s on renforce lâillusion, tandis quâune figure formĂ©e de rectangles couchĂ©s sur la droite mĂ©diane affaiblit lâillusion par combinaison de lâeffet des angles et de celui du dĂ©calage AB.
Cette illusion des quadrilatĂšres partiellement superposĂ©s est surtout intĂ©ressante par lâĂ©volution avec lâĂąge de ses diverses variantes. Tandis que les simples effets dâangles et de rectangles diminuent avec lâĂąge en tant que primaires (cf. tabl. 1 et 5), il intervient en outre, selon les cadres, etc., un facteur secondaire de mise en rĂ©fĂ©rence qui augmente dâimportance avec lâĂąge et sur lequel nous reviendrons (chap. III, § 4).
Remarque I. â Si lâinterprĂ©tation de lâillusion des angles par les prop. 7-10 est justifiĂ©e, il faut sâattendre Ă ce que cette illusion varie avec la position de lâangle et avec lâĂ©galitĂ© ou lâinĂ©galitĂ© de longueur de ses cĂŽtĂ©s. En effet, les fig. 4-7 sont
1 II sây ajoute des effets de brillance ou de coloration renforçant lâaction des contours et que nous avons analysĂ©s dans la Rech. XXI (§  4).

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[p. 44]dessinĂ©es de façon Ă ce que les cĂŽtĂ©s des rectangles de rĂ©fĂ©rence soient horizontaux et verticaux, ce qui revient Ă dire que la bissectrice de lâangle inscrit sera verticale. Mais si lâon prĂ©sente les mĂȘmes angles avec bissectrices inclinĂ©es (les rectangles virtuels de rĂ©fĂ©rences nâĂ©tant donc plus posĂ©s sur lâun de leurs cĂŽtĂ©s) et surtout si lâon donne Ă ces angles des cĂŽtĂ©s inĂ©gaux, lâillusion doit sâaffaiblir puisque, dâune part, le sujet ne pourra plus Ă©valuer les inclinaisons des cĂŽtĂ©s de lâangle quâen se rĂ©fĂ©rant Ă des parallĂšles virtuelles et que, dâautre part, le calcul fondĂ© sur la fig. 7 (prop. 7-8) sera modifiĂ© par lâinĂ©galitĂ© des cĂŽtĂ©s. Nous avons donc fait avec S. Menillo un bref sondage sur ces deux points, qui a confirmĂ© ces prĂ©visions. Pour un angle de 45° Ă cĂŽtĂ©s Ă©gaux (10 cm) lâerreur systĂ©matique moyenne a Ă©tĂ© de â 7,7 % pour lâĂ©valuation de la longueur de lâun de ses cĂŽtĂ©s en position normale (bissectrice verticale), tandis quâen plaçant ce cĂŽtĂ© en position verticale (bissectrice inclinĂ©e) lâerreur nâa Ă©tĂ© que de â 4,8 %. Dâautre part, en faisant porter les mesures sur ce cĂŽtĂ© constant en position normale mais avec variations de longueurs de lâautre cĂŽtĂ© de 1 cm Ă 17,5 cm (1 ; 2 ; 2,5 ; 5 ; 7,5 ; 10 ; 12,5 ; 15 et 17 cm) on trouve des erreurs de 4,5 ; 5,1 ; 7,0 ; 7,5 ; 7,9 ; 7,7 ; 6,0 ; 6,0 et 6,3 % câest-Ă -dire un maximum compris entre les cĂŽtĂ©s de 7,5 et 10 cm donc proche de lâĂ©galitĂ© des cĂŽtĂ©s.
Chacun sait dâailleurs, et E. Rausch y a particuliĂšrement insistĂ©, que les illusions du parallĂ©logramme varient selon la position de la figure, ce qui implique les deux mĂȘmes phĂ©nomĂšnes.
Remarque II. â Nous avons soutenu (en note Ă propos de la fig. 7) que la diagonale du carrĂ© est sous-estimĂ©e en sa longueur, bien que son inclinaison ne donne pas lieu Ă dĂ©formations. Mme Bang a bien voulu vĂ©rifier cette affirmation sur 20 adultes et a trouvĂ© effectivement une sous-estimation de â 9,0 % si on mesure la longueur de cette diagonale 1 (le carrĂ© Ă©tant posĂ© sur un de ses cĂŽtĂ©s) au moyen de droites variables inclinĂ©es Ă 45°. Les cĂŽtĂ©s horizontaux et verticaux du carrĂ© ne donnant par contre lieu (avec des droites variables horizontales et verticales) quâĂ des erreurs de 1,7 Ă 3,4 % (avec ou sans diagonale dessinĂ©e). La sous-estimation de la diagonale dessinĂ©e tient Ă©videmment au fait quâelle forme un angle de 45° avec les cĂŽtĂ©s du carré : les cĂŽtĂ©s dâun angle de 45° Ă©tant dĂ©valorisĂ©s, la diagonale est donc sous-estimĂ©e. Quant aux cĂŽtĂ©s du carrĂ©, lorsque la diagonale est dessinĂ©e, ils constituent Ă©gale-
1 De 70 mm pour un carré de 50 mm de cÎtés
[p. 45]ment les cĂŽtĂ©s de ces angles de 45" ; mais comme ils forment, par ailleurs, entre eux des angles de 90" (sans dĂ©formation des cĂŽtĂ©s) et quâils sont insĂ©rĂ©s dans une « bonne forme » (Ă cĂŽtĂ©s Ă©gaux entre eux et Ă angles de 90°), ils rĂ©sistent alors en partie Ă la dĂ©formation.
§ 6. Les illusions du losange.đ
Un autre moyen pour vĂ©rifier la loi de lâillusion des angles avec maximum positif Ă 45° et nĂ©gatif Ă 135° est dâĂ©tudier les dĂ©formations du losange, ce que S. Ghoneim a bien voulu faire Ă notre demande 1. Le losange comporte, en effet, deux angles aigus Ă©gaux et rĂ©partis symĂ©triquement, ainsi que deux obtus Ă©gaux et symĂ©triques et ne prĂ©sente que ces deux facteurs de dĂ©formation. Sâil en est ainsi, on pourra dâabord sâattendre Ă ce que sa grande diagonale, reliant les sommets des deux angles aigus, soit sous-estimĂ©e. Elle le sera dâabord parce que la hauteur H des aigus est dĂ©valuĂ©e et que cette grande diagonale est Ă©gale Ă . 2 H. Elle le sera ensuite parce que la ligne dâouverture des deux angles aigus (dont les deux bissectrices 2 H constituent donc cette grande diagonale) reprĂ©sente par ailleurs les deux hauteurs des deux angles obtus du losange, qui sont surestimĂ©es : or, si ces deux bissectrices des angles obtus (qui constituent donc Ă elles deux la petite diagonale du losange), sont surestimĂ©es, cela signifie dâune part, que la petite diagonale du losange est surĂ©valuĂ©e, mais cela entraĂźne aussi, et par le fait mĂȘme, une sous-estimation de la grande diagonale, sous-estimation ainsi renforcĂ©e par cette seconde action Ă©galement. En bref, les quatre angles du losange concourent cumulativement Ă dĂ©former le losange dans la direction dâun carrĂ©, ce qui raccourcit subjectivement la grande diagonale et allonge subjectivement la petite.
Câest bien ce que les faits ont montrĂ©, et S. Ghoneim a pu Ă©tablir une courbe des erreurs comportant les deux maxima de 45° et 135°. Mais notons dâabord que les erreurs du losange rĂ©sultant en chaque cas dâun couple dâangles symĂ©triques, et se trouvant par consĂ©quent renforcĂ©es par rapport Ă celles des angles simples, on peut alors formuler lâillusion relative aux deux diagonales en doublant le numĂ©rateur des expressions 9 et 10, ce qui donne (si D1 = la grande diagonale et D2 = la petite) :
2 K(2 Hâ 2 M)2 M 2 K(D1-D2)D 2
(12) P = = ±
C2 C2
1 Rech. XXXVII.
[p. 46]En effet, 2H = D1 et 2 M = D2. Quant Ă la prop. 10 on retrouve en la doublant la mĂȘme expression puisque si M > H alors 2 M = Dl et 2 H â D2. Dâautre part, comme il sâagit Ă nouveau ici dâun renversement de lâillusion du rectangle, le signe de P sera (â ) quand il sâagira de calculer lâerreur sur la grande diagonale et (+) quand il sâagira de la petite. Quant aux valeurs thĂ©oriques calculĂ©es au moyen de cette prop. 12, elles sont simplement le double de celles des prop. 9 et 10.
Sâil est intĂ©ressant de traduire ainsi en termes de diffĂ©rence entre les diagonales les illusions du losange, câest que nous retrouverons Ă propos des parallĂ©logrammes (§ 7) ces relations entre les diagonales, mais en remplaçant le terme C2 par une relation plus complexe entre les cĂŽtĂ©s et la surface.
Voici maintenant la vérification expérimentale de ces suppositions, selon les données réunies par S. Ghoneim :
Tabl. 6. Sous-estimation de la grande diagonale (10 à 90°) et surestimation de la petite diagonale (90 à 170°) du losange1 (en % de 50 mm) :
Angles
10° 20° 30° 40° 45° 50° 60° 70° 80°
90°
5-6 ans
â 7,1 â 8,7 â 9,9 â 10,4 â 9,8 â 8,7 â 7,8 â 7,2 â 6,9
â 7,2
7-8
â 4,8 â 6,7 â 7,7 â 8,2 â 8,9 â 7,9 â 7,1 â 7,2 â 6,7
â 6,3
9-10
â 4,4 â 5,9 â 7,2 â 7,8 â 8,2 â 6,4 â 5,8 â 5,7 â 5,0
â 4,6
11-12
â 3,0 â 4,4 â 5,9 â 6,9 â 7,8 â 6,3 â 5,6 â 4,9 â 4,7
â 4,6
Adultes
â 4,1 â 4,8 â 5,6 â 6,0 â 6,9 â 5,3 â 5,7 â 5,2 â 4,9
â 3,9
Angles
100â 110â 120° 130° 135° 140° 150° 160°
170°
5-6 ans
â 7,4 â 7,3 â 7,1 â 7,4 â 5,9 â 5,3 â 5,3 â 5,7
â 6,2
7-8
â 5,7 â 5,8 â 5,8 â 5,0 â 5,0 â 5,4 â 5,4 â 5,1
â 5,3
9-10
â 5,3 â 5,3 â 5,0 â 4,5 â 3,9 â 3,7 -4,6 â 5,1
â 5,7
11-12
â 4,7 â 6,1 â 4,8 â 4,4 â 3,2 â 2,7 â 3,1 -^,4
â 4,9
Adultes
â 4,2 â 4,0 â 3,2 â 3,0 â 3,1 â 1,5 â 2,2 â 3,4
â 3,0
Â
On constate alors quâĂ tous les Ăąges le maximum nĂ©gatif se trouve Ă 45° (sauf Ă 5-6 ans oĂč il est Ă 40°), ce qui correspond bien au maximum de surestimation des angles aigus. Il existe, dâautre part, Ă tous les Ăąges un point de sous-esti-
1 PrĂ©sentation verticale de la diagonale Ă©valuĂ©e (50 mm) et en ordre ascendant des figures prĂ©sentĂ©es. Des contrĂŽles ont Ă©tĂ© faits sur les prĂ©sentations horizontale ou oblique et en ordre dĂ©croissant : les courbes demeurent qualitativement les mĂȘmes en toutes ces variantes.
[p. 47]mation minimum aux environs de 135" (ou 140). Mais comme les mesures sont prises au moyen de simples droites comparĂ©es Ă la diagonale Ă Ă©valuer, et que ces mesurants sont eux- mĂȘmes surestimĂ©s en tant que rectangles trĂšs minces Ă extrĂ©mitĂ©s non fermĂ©es (cf. § 2), par opposition aux diagonales fermĂ©es aux deux extrĂ©mitĂ©s, il va de soi que la position de lâabcisse ou du zĂ©ro est elle-mĂȘme relative Ă cette erreur inĂ©vitable sur le mesurant. Si nous prenons donc pour chaque Ăąge comme abcisse le niveau souvent commun (Ă peu de choses prĂšs) aux erreurs sur 10â, 90" et 170â (ou le niveau correspondant Ă leur moyenne), alors ce qui est en dessous de ce niveau est Ă considĂ©rer comme erreurs authentiquement nĂ©gatives et ce qui est en dessus comme erreurs positives. Dâun tel point de vue le minimum de sous-estimation observĂ© vers 135-140" est donc en rĂ©alitĂ© un maximum de surestimation de la petite diagonale : par exemple, si le zĂ©ro adulte est Ă situer aux environs de â 3,5 cela donnerait Ă peu prĂšs â 3,4 de sous- estimation de la grande diagonale Ă 45â et +2,0 de surestimation de la petite Ă 140â.
Pour dĂ©montrer le rĂŽle des angles dans les illusions de ce tableau 6, Ghoneim a pris les mĂȘmes mesures de la grande et de la petite diagonale sur des figures identiques aux prĂ©cĂ©dentes mais avec suppression du sommet des angles divisĂ©s : en ce cas lâerreur tombe, chez 10 adultes, entre â 0,8 et +0,4 de 20 Ă 90° et entre +0,6 et + 2,2 de 100 Ă 180â, ce qui revient Ă dire que lâillusion est annulĂ©e. Dâautre part, S. Ghoneim a Ă©tudiĂ© Ă©galement1 la dĂ©valorisation des cĂŽtĂ©s du losange, qui est gĂ©nĂ©rale (ce qui prouve le primat des angles aigus) et prĂ©sente une distribution analogue Ă celle du tableau 6 avec maximum nĂ©gatif vers 40 ou 45°.
§ 7. La surestimation et la sous-estimation des courbures.đ
Avant de passer aux illusions des parallĂ©logrammes (qui inversent, comme celles des angles, les dĂ©formations du rectangle), puis, de lĂ , aux illusions du trapĂšze conduisant Ă celles de MĂŒller-Lyer, mentionnons encore le problĂšme des courbures, qui se rattache Ă certains Ă©gards Ă celui des angles. Nous nâavons nullement Ă©puisĂ© cette nouvelle question, plus vaste quâil ne semble (illusion de Bourdon, contrastes de courbures
1 Au moyen de mesurants carrés.
[p. 48]de K. BĂŒhler, etc.) et nous sommes bornĂ©s Ă Ă©tudier avec E. Vur- pillot le renforcement de la courbure de certains petits arcs de cercle, conduisant Ă une dĂ©valuation de la corde, ainsi que la surestimation de la corde pour certains arcs plus longs. Ces deux phĂ©nomĂšnes rappellent (sans leur ĂȘtre nullement identiques) la sous-estimation des angles obtus et la surestimation des aigus, mais ils mĂ©ritent une analyse et une formulation particuliĂšres dâautant plus quâils nous semblent par ailleurs suffire Ă faire comprendre la plupart des autres illusions des courbures.
Soit un cercle (fig. 12) dont on masque une bande (sur le modĂšle de lâillusion de Poggendorf) : on aperçoit dâemblĂ©e que la courbure de lâarc infĂ©rieur ne paraĂźt pas alors correspondre entiĂšrement Ă celle de lâarc supĂ©rieur, autrement dit que la courbure du petit arc semble renforcĂ©e. En nous inspirant de notre essai dâexplication des angles (fig. 7) nous pouvons en ce cas utiliser le schĂ©ma sui
vant. Si nous appelons mĂ©diane de rare la perpendiculaire Ă la flĂšche F la coupant en son milieu (fig. 13), nous Ă©valuerons en chaque point la courbure de lâarc en comparant la distance A qui sĂ©pare ce point de la corde Co Ă la distance Aâ sĂ©parant ce mĂȘme point du cĂŽtĂ© supĂ©rieur du rectangle de rĂ©fĂ©rence (donc de la tangente au sommet de la flĂšche) : ce nâest alors quâaux points oĂč lâarc coupe la mĂ©diane quâil nây a pas de dĂ©formation, tandis quâau-dessous de la
mĂ©diane on a A > Aâ, donc dĂ©formation dans le sens dâune accentuation de la courbure (voir la ligne en traits interrompus bordant lâarc au-dessus de M) ; au-dessous de la mĂ©diane, par contre, on a A < Aâ, dâoĂč un rĂ©trĂ©cissement de la corde,, qui sera dĂ©valuĂ©e.


Tabl. 7. Erreurs systématiques (gn %) mesurées sur la corde (20 sujets) :
F (sur 32)1
1
3
5
8
10
12
16
5-6 ans (20)
1,4
0,8
â 6,4
â 1,8
â 8,4
â 2,2
â 4,0
7-8
(30)
â 1,8
â 3,6
â 2,8
â 2,6
â 3,8
â 4,6
â 5,0
9-10
(20)
â 2,4
â 2,6
â 3,8
â 4,8
â 4,0
â 6,0
â 6,8
Adultes (20)
â 2,4
â 3,2
â 4,4
â 4,8
â 5,2
â 5,6
â 4,8
Moy génér.
â 1,4
â 2,4
â 4,2
â 3,4
â 5,2
â 4,6
â 5,2
F (sur 32)
20
22
24
27
29
30
31
5-6 ans (20)
â 1,2
+ 1,2
3,8
10,6
17,2
15,8
13,0
7-8
(30)
â 1,0
+0,6
4,4
10,8
13,4
11,0
9.6
9-10
(20)
â 1,2
+0,4
3,2
10,6
13,0
8,6
9,2
Adultes (20)
â 1,6
+0,2
3,0
6,6
7,8
6,0
5.2
Moy. génér.
â 1,2
+0,6
+4,1
+9,8
+ 13,0
+ 8,4
+ 9,4
Â
On observe ainsi une erreur nĂ©gative qui augmente en moyenne jusquâĂ la corde correspondant Ă la flĂšche 16, puis diminue, aboutit Ă lâerreur nulle mĂ©diane vers F = 29 pour diminuer enfin.
Pour expliquer le dĂ©tail de ces faits, essayons de raisonner par analogie avec les angles, en dĂ©veloppant le schĂ©ma esquissĂ© Ă propos de la fig. 13. Nous constatons dâabord que deux sortes de couplages de diffĂ©rences peuvent intervenir en ce cas : (1) les relations entre A et Aâ (fig. 13) ; (2) les relations entre
la corde Co et la hauteur de lâarc (F). Mais nous constatons aussi quâun troisiĂšme couplage possible peut intervenir ici, qui nâa pas son Ă©quivalent dans le domaine des angles : la relation entre la partie Ar de lâarc situĂ©e au-dessus de la mĂ©diane et la partie Arâ situĂ©e au- dessous (par exemple pour la corde Co1 de la fig. 14, coĂŻncidant avec le diamĂštre du cercle, Arl situĂ© au- dessus de Îf, vaut 2,09 et lĂšs deux
moitiĂ©s rĂ©unies dl4râ valent 1,05 seulement2). Or, cette rĂ©tĂ -
1 La lettre F reprĂ©sente la flĂšche (ou hauteur) de lâarc dont la corde Co est Ă©valuĂ©e perceptivement. Nous avons, dâautre part, exprimĂ© les valeurs de F (soit 1, 2, 3, ⊠21) en trente-deuxiĂšmes du diamĂštre dĂ» cercle, âparce que les quarts, huitiĂšmes et mĂȘme seiziĂšmes ne nous ont pas suffi (le maximum Ă©tant Ă .?â= 29). âŠ. . . ⊠.. ..
- 2 Ăn unitĂ©s de rayon-dans â r(â 09 +âą 1,06 = 8â 4 = si r = 1>.â âą

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[p. 50]tion entre Ar et Arâ est fonction de Co et de F et dĂ©termine Ă son tour les relations entre A et Aâ. Cherchons donc ce que donnerait lâapplication de la loi gĂ©nĂ©rale (prop. 3 § 2) en utilisant le seul couplage entre Ar et Arâ en tant que reprĂ©sentatif des deux autres.
On aura alors L1 = Ar et L2 = Arâ (ou lâinverse) ; Lmax = Ar + Arâ (oĂč Arâ est comptĂ© avec ses deux moitiĂ©s, de mĂȘme quâAr dans le cas Ar2) ; nL = F car les diffĂ©rences entre A et Aâ sont fonction de F ; et S = CoF (avec le cadre de rĂ©fĂ©rence). On obtiendra ainsi pour lâillusion des courbures :
F(Arâ Ar,)Ar, Arâ(Arâ Arâ)
(13) P = = si Ar > Arâ
Câ©FĂ(Ar+Ar,) Co (Ar + Arâ)
donc jusquâĂ F = 3/4 du diamĂštre (F = 24 ; soit jusquâĂ Co = M2dans la fig. 14)
F(Ar,â Ar)Ar Ar(Ar,â Ar)
et (13 bis) P = + â = si Arâ > Ar
CoFĂ(Ar + Ar,) Co (Ar+Arâ)
donc entre FÂ =Â 24 et FÂ =Â 32 (= diamĂštre vertical entier).
Le calcul (dont on trouvera le détail p. 228 de la Rech. XXVII) donne alors, (ce dont nous avouons avoir été les premiers surpris 1) une courbe correspondant remarquablement à la courbe expérimentale (voir la fig. 15). Les valeurs théoriques des prop. 13 et 13 bis sont en effet :
On retrouve donc le maximum nĂ©gatif Ă F = 16 et le maximum positif Ă F = 29. Le passage Ă zĂ©ro sâeffectue thĂ©oriquement Ă F = 24 et le tabl. 7 lâindique dĂ©jĂ aux environs de F = 21 ; mais lorsquâon effectue les mesures avec la corde au- dessus de la courbure ou verticalement (tabl. 4 de la Rech. XXVII), lâillusion nulle mĂ©diane sâobserve entre F = 23 et 25.
Quant aux illusions sur la hauteur F elles suivent en gros la mĂȘme loi (mais avec naturellement surestimation de F jus-
[p. 51]quâĂ F = 24 puis sous-estimation), Ă une exception remarquable prĂšs : la dĂ©valuation de cette hauteur augmente encore aprĂšs F = 29 pour trouver son maximum Ă F = 32, câest-Ă -dire avec la dĂ©valuation du diamĂštre du cercle ! La raison en est sans doute que, dĂšs F = 24 (= Îf2 sur la fig. 14) et surtout aprĂšs F = 29, la forme circulaire devient assez perceptible et prĂ©- gnente pour que lâĂ©valuation de F sâeffectue en fonction des diamĂštres vertical et horizontal Ă la fois : en ce cas la dĂ©valuation du dernier (= de Co1 sur la fig. 12, correspondant au maximum nĂ©gatif (thĂ©orique) entraĂźne une sous-estimation de tous les diamĂštres Ă la fois. On voit ainsi, que mĂȘme la « meilleure » des formes perceptives nâest pas Ă lâabri des dĂ©formations systĂ©matiques !
§ 8. Les illusions du parallĂ©logramme.đ

NĂ©anmoins et bien que nous nâayons sans doute pas Ă©puisĂ© lâanalyse de cette figure du point de vue de la loi gĂ©nĂ©rale des illusions primaires, il peut ĂȘtre intĂ©ressant de montrer comment les erreurs quâelles comportent se rattachent Ă celles du losange et du rectangle, Ă commencer par la sous-estimation des grandes diagonales qui inverse, comme dans le cas des angles, des losanges et du rectangle lui-mĂȘme, le principe de dĂ©part des dĂ©formations du rectangle (allongement de la figure sous lâinfluence de la surestimation de son grand cĂŽtĂ©). Sander et Rausch, qui sont gestaltistes, voient dans les illusions du parallĂ©logramme la manifestation dâune tendance Ă redresser cette figure2, ce qui lui donnerait cette forme « meilleure » parce que plus voisine dâun rectangle (et cette tendance aboutirait entre autres Ă la dĂ©valorisation de la grande diagonale). On pourrait dire, de mĂȘme, que la tendance en jeu dans les illusions du losange est de la rapprocher du carrĂ© et que les surestimations ou sous-estimations des angles aigus ou obtus tendent Ă les rĂ©duire Ă des angles droits. Mais ces tendances, si elles existent, demandent une explication et câest pourquoi il convient de partir des relations Ă©lĂ©mentaires en jeu au sein desquelles on dĂ©couvre simplement une « tendance » Ă accentuer les inĂ©galitĂ©s. Dâautre part, un rectangle sans diagonale figurĂ©e, ne tend nullement Ă se rapprocher du carrĂ© et lorsquâil inverse sa tendance Ă lâallongement, sous lâeffet dâune diagonale figurĂ©e, câest encore sous lâinfluence dâun renforcement des inĂ©galitĂ©s (voir au § 5 lâexplicatron du renforcement des inclinaisons : fig. 4). Le problĂšme de. la.dĂ©valorisation des grandesâ diagonales du parallĂ©logramme est ainsi dâ n intĂ©rĂȘt
1 E. Rausch, Struktur und Metrik ftgural-optischer Wahrnehmung, Frankfurt 1952. . âąâ â â â â
âą 2 La âą tendance--« -eidotropique- » âą de- Sander.âą âą . :âą
[p. 53]assez général, qui se rattache aux questions angulaires et à toutes celles qui ont été examinées aux § § 3 à 5.
Nous avons donc dâune part, cherchĂ© Ă comparer la grande diagonale du parallĂ©logramme Ă celle du losange en conservant constants cette diagonale (50 mm) ainsi que les petits angles (45°, maximum de dĂ©formation de lâangle aigu et du petit angle du losange) et en faisant varier les quatre cĂŽtĂ©s du parallĂ©logramme (les uns passant de 5 mm Ă 45 par dix Ă©chelons et les autres de 46 Ă 7,5 mm) ainsi que la petite diagonale (42,5 mm Ă 21 et de lĂ Ă 40 mm), les grands angles restant naturellement constants â. Lâune des dix variations considĂ©rĂ©es est alors un losange de 27,5 mm de cĂŽtĂ©s et de 21 mm de petite diagonale.
Une seconde expĂ©rience a consistĂ© Ă comparer la grande diagonale du parallĂ©logramme Ă la diagonale du rectangle en prĂ©sentant neuf parallĂ©logrammes comportant un petit cĂŽtĂ© constant (50 mm) et une diagonale constante (100 mm) qui est la grande pour les cinq premiers (angles de 10 Ă 75° et petite diagonale de 8 Ă 76 mm) et la petite pour les trois derniers (lâangle dont elle part Ă©tant de 100, 110 et 118° et la grande diagonale de 115, 128 et 140 mm). Le sixiĂšme terme de la sĂ©rie est alors un rectangle de 50X85 mm dont une seule des deux diagonales est dessinĂ©e.
Une troisiÚme expérience a consisté à laisser constantes la grande et la petite diagonales (10 et 5 cm) et à mesurer cette derniÚre en faisant varier la longueur des cÎtés, pour mettre en évidence ce dernier facteur.
Quant Ă la mesure des cĂŽtĂ©s eux-mĂȘmes, il nous a paru plus intĂ©ressant dâĂ©tudier sur eux les illusions attachĂ©es aux points mĂ©dians plutĂŽt que les surestimations ou sous-estimations des longueurs totales. En effet chacun des cĂŽtĂ©s du parallĂ©logramme est Ă la fois dĂ©valorisĂ© en tant que cĂŽtĂ© dâun angle aigu et valorisĂ© en tant que cĂŽtĂ© dâun obtus, ces deux effets Ă©tant antagonistes. Par contre le point mĂ©dian paraĂźt subjectivement Ă la fois trop prĂšs du sommet de lâangle aigu et trop Ă©loignĂ© de celui de lâangle obtus pour les mĂȘmes raisons mais maintenant cumulatives. Nous avons donc mesurĂ© la position apparente (subjective) du point mĂ©dian des grands cĂŽtĂ©s constants (9 cm) de parallĂ©logrammes dont nous faisons varier tantĂŽt les angles aigus (de 5° Ă 60°) en laissant constant le petit cĂŽtĂ© (sĂ©rie I), tantĂŽt en laissant constants les angles et en faisant varier le petit cĂŽtĂ© de 2 Ă 9 cm (sĂ©rie 11).
1 Cette expĂ©rience a Ă©tĂ© conduite Ă . notre demande par. S. Ghoneim, dans son travail sur-le lĂŽsange (Recħ, XXXVtR-.. c - -.r . .. . â, . .-.
[p. 54]I. A commencer par cette derniĂšre expĂ©rience (avec P. Dadsetan), les rĂ©sultats en ont Ă©tĂ© dâabord nettement que la dĂ©formation des cĂŽtĂ©s (= erreur systĂ©matique par dĂ©placement du point mĂ©dian dans la direction de lâangle obtus) est dâautant plus forte que les angles aigus du parallĂ©logramme sont plus petits (sans maximum Ă 45") (tabl. 8) :
Tabl. 8. Erreurs systématiques sur le point médian en fonction des angles (pour tous les petits cÎtés réunis)1 :
CÎté sup. Série 1
Â
Â
Â
Â
Â
Â
(25 adultes)
5,95
4,70
4,42
3,62
3,09
2,00
10 adultes
3,95
3,62
2,44
1,95
1,74
1,07
Série 11
Â
Â
Â
Â
Â
Â
(25 adultes)
6,72
5,48
4,77
3,71
3,05
2,18
10 adultes
3,45
3,35
2,71
1,92
1,76
0.80
Moy. sup.
5,01
4,28
3,58
2,80
2,41
1,51
CÎté infér. Série 1
Â
Â
Â
Â
Â
Â
(25 adultes)
6,81
5,47
4,55
3,96
3,31
2,27
7 adultes
4,07
3,47
3,32
3,04
2,80
1,54
Série 11
Â
Â
Â
Â
Â
Â
(25 adultes)
7,10
6,03
4,63
3,82
3,18
2,00
7 adultes
4,02
3,80
2,88
2,65
2,37
1,31
Moy. inf.
5,50
4,69
3,84
3,36
2,91
1,78
Â
CÎté sup. Série I
3,94
4,32
4,24
4,20
4,00 3,30
3,57 3,45
(25 adultes)
Â
Â
Â
Â
Â
Â
10 adultes
2,21
2,46
2,57
2,12
2,06 1,75
1,36 1,68
Série II
Â
(25 adultes)
4,57
4,76
4,57
4,47
4,70 4,09
3,74 3,51
10 adultes
2,01
2,26
2,26
2,27
1,83 1,92
1,72 1,51
Moy. sup.
3,64
3,91
3,83
3,72
3,66 3,16
3,05 2,94
CÎté infér. Série I
Â
(25 adultes)
2,74
3,07
3,02
2,81
2,79 2,45
2,34 2,22
7 adultes
3,10
3,53
3,65
3,36
3,28 3,65
2,93 3,10
Série II
Â
(25 adultes)
5,02
5,43
5,22
5,08
4,32 3,70
3,48 3.44
7 adultes
3,06
3,31
3,23
3,55
3,33 3,31
2,66 2,20
Moy. inf.
3,65
4,01
3,92
3,80
3,48 3,10
2,87 2J7
Â
Tabl. 9. Erreurs systématiques sur le point médian en fonction des cÎtés (pour tous les angles réunis) :
1 LâexpĂ©rience a Ă©tĂ© faite une premiĂšre fois avec des groupes de 25 adultes, une seconde fois avec des groupes de 10 ou 7 adultes. Les deux sĂ©ries de rĂ©sultats (en valeur absolue) sont reportĂ©es dans les tableaux 8 et 9.
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
[p. 55]Quant au rÎle des cÎtés, on trouve, pour un grand cÎté constant de 9 cm et des petits cÎtés variant de 2 à 9 cm, les résultats du tabl. 9 ci-avant.
Il semble alors possible de rĂ©duire ces faits Ă la formule suivante qui rend compte Ă la fois de lâaugmentation de lâillusion avec la diminution de lâangle aigu et du maximum observĂ© pour un petit cĂŽtĂ© de 3 cm (4 = B/3) :
(D1-D2)D2 Ă (Bâ A)A
(14) P=
S
oĂč D1 = la grande diagonale, D2 = la petite, B = le grand cĂŽtĂ©, A = le petit et S = la surface.
En effet, le calcul tiré de cette prop. 14 donne 1 :
On retrouve ainsi lâaffaiblissement de lâillusion avec lâaugmentation de lâangle, de mĂȘme que le maximum pour le cĂŽtĂ© 3.
II. LâexpĂ©rience sur les dĂ©formations de la petite diagonale2 (habituellement surestimĂ©e) a fourni sur 20 adultes les rĂ©sultats suivants (avec prĂ©sentation verticale de la petite diagonale) :
Tabl. 10. Erreurs systématiques sur la petite diagonale (5 cm) avec grande diagonale constante (10 cm) mais angles et cÎtés variables (20 sujets) :
1 Pour le petit cĂŽtĂ© 9 le facteur (B-A)A Ă©tant Ă©gal Ă O, lâexpression (D1-D2)D2âS reste donc seule en jeu.
2 Avec Mme T. Vinh-Bang.
[p. 56]La prop. 14 donne en ce cas les valeurs théoriques suivantes qui concordent relativement avec ces résultats (fig. 16) :
Angles
P (théor.)
160â
4,30
145â
2,25
138â
1,67
129â
0,95
128â
0,67
Angles
126°
127â
127â
131â
Â
P (théor.)
0,21
0,35
1,50
1,67
Â
Â
Â

Â
Le renversement de la courbe à partir de 54 X 60 est dû à celui des valeurs relatives des cÎtés.
III. Quant Ă la mesure des grandes diagonales (avec Mme T. Vinh-Bang), pour des figures passant progressivement dâun quasi-losange Ă un rectangle et Ă des parallĂ©logrammes non rectangulaires orientĂ©s dans lâautre sens (diagonale mesurĂ©e : 10 cm constante, seconde diagonale passant de 0,28 Ă 10 et Ă 14 cm), Mme Vinh-Bang a trouvĂ© en prĂ©sentation verticale :
[p. 57]Tabl. 11. Erreurs systématiques sur la grande diagonale (10 à 90°) puis sur la petite (100 à 118°) :
II suffit alors dâajuster le 0 au point expĂ©rimental correspondant au rectangle de 90" (soit â 8,6 ou â 5,5) pour obtenir une courbe thĂ©orique correspondant dans les grandes lignes aux courbes exoĂ©rimen-
- taies, mais avec remontĂ©e dĂšs 90° et non pas Ă 100° seulement com- 1 me sur le tab. 11 (voir â la fig. 17).
A cet Ă©gard, il est peut-ĂȘtre utile de signaler que, sans maintenir verticales les diagonales et avec une prĂ©sentation sur petits cĂŽtĂ©s horizontaux, le maximum observĂ© a Ă©tĂ© de â 9,4 Ă 80° (contre â 8,6 Ă 90° et â 8,8 Ă â 8,9 entre 38 et 75°).
IV. Quant Ă la comparaison Ă angles maintenus constants (45°) de la grande diagonale du losange avec celles des parallĂ©logrammes Ă cĂŽtĂ©s inĂ©gaux (de 5X46 cm Ă 45Ă7,5 en passant

par le losange de cÎtés 27,5X27,5), les résultats obtenus par S. Ghoneim ont été les suivants :
Tabl. 12. Erreurs systématiques sur la grande diagonale avec angle constant (45°) et cÎtés variables :
Angles
5" 10°
15 »
20 »
25 » 27,5 »
30 »
35 »
40 »
50 »
5- 6 ans
â 7,7 â 9,4
â 11,5
â 12,3
â 13,5 â 14,5
â 13,9
â 10,6
â 8,6
â 6,9
7- 8 ans
â 6,4 â 9,1
â 10,9
â 11,8
â 13,2 â 14,1
â 12,0
â 10,4
â 8,2
â 6,1
9-10 ans
â 6,1 â 8,2
â 10,6
â 11,2
â 12,8 â 13,3
â 11,9
â 9,7
â 7,3
â 5,1
11-12 ans
â 4,5 â 7,5
â 9,5
â 10,6
â 11,4 â 12,6
â 10,3
â 8,6
â 7,0
-Î0
Adultes
â 2,8 â 4,5
â 7,2
â 7,8
â 9,3 â 10,0
â 8,6
â 6,4
â 3,5
â 2,9
Â
On voit alors quâen ce cas la grande diagonale du losange est plus sous-estimĂ©e que celle des autres parallĂ©logrammes, ce qui ne se retrouve pas lorsque lâon compare un losange Ă des parallĂ©logrammes dâangles diffĂ©rents. Dans la prĂ©sente situation, lâangle restant constant (45°), il convient en ce cas,

Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â

pour calculer thĂ©oriquement les rĂ©sultats du tableau 12 de ne retenir que le facteur (Bâ /1)4 en faisant abstraction du facteur (D1-D2)D2 qui figure dans la prop, 14 Ă titre de reprĂ©sentant des variations angulaires. On aura donc, pour un angle constant :
(Bâ A)A
(14 bis) P =
S
Cp oui donne âą
11 suffit alors de situer le 0 au niveau de la valeur correspondant Ă 27,5, calculable par la formule du losange, pour trouver uen courbe concordant relativement avec les courbes empiriques (fig. 18).
V. Quant Ă lâillusion de Sander (fig. 19), elle consiste comme on sait en la sous-estimation dâune grande diagonale Dl mais comparĂ©e Ă la surestimation dâune petite diagonale D,2, ces diagonales Dl et D,2 appartenant respectivement Ă deux parallĂ©logrammes accolĂ©s de mĂȘmes angles (ici 55 et 125°) rĂ©sultant de la division, au moyen de la droite M, dâun grand parallĂ©logramme total : en dĂ©plaçant M sur la gauche ou sur la droite (et en conservant son inclinaison Ă©gale Ă celle des petits cĂŽtĂ©s
1 En effet, en un parallĂ©logramme dont D1 est la grande diagonale et B le grand cĂŽtĂ©, et dont O2 est la petite diagonale et A le petit cĂŽtĂ©, on a les relations (si a est lâangle compris entre A et B) :
D1 = A2 + B2 + 2 AB cos αDj = A2 + B8 â 2 AB cos a
Il en résulte que, pour un angle constant a, les diagonales et leur couplage de différence (D,-P2)D2 sont univoquement déterminés par les valeurs de A et de B.
[p. 60]du grand parallĂ©logramme), on modifie les longueurs de D1 et de D,2 ; jusquâĂ Ă©galisation subjective. En sâinspirant de la technique de Ipsen 1, mais en vision libre, notre collaborateur Vinh-Bang a Ă©tudiĂ© cette illusion sur 10 enfants par Ăąges de 5 Ă 12 ans, et sur 20 adultes au moyen de 22 figures de 125X61 mm de cĂŽtĂ©s2, dont les diagonales D1 et D,2 ont les valeurs suivantes, auxquelles nous faisons correspondre la valeur de lâillusion (en cas dâĂ©galisation subjective) dâaprĂšs la 100Xu
formule de Wirth (utilisĂ©e par Ipsen) P = 100 (oĂč
Xm
Xu = le rapport estimĂ© par le sujet entre les deux diagonales jugĂ©es Ă©gales et Xm = le rapport objectif entre ces mĂȘmes diagonales) :
Les résultats obtenus ont été les suivants :
Tabl. 13. Illusion de Sander de 5 Ă 12 ans et chez lâadulte (selon le mode de calcul de Wirth-Ipsen)Â :
Cette distribution des erreurs soulĂšve alors deux problĂšmes : (1) pourquoi lâerreur moyenne est-elle comprise entre 15 et 25 %, donc autour de la carte VII et entre les cartes V Ă IX ; et (2) pourquoi augmente-t-elle de 5 Ă 7 ans pour atteindre un plateau entre 7 et 9 ans et diminuer chez lâadulte ?
1 Neue Psychol. Stud. (1926).
2 Présentées 10 secondes au maximum.
[p. 61]Pour rĂ©pondre Ă la premiĂšre question, il convient dâappliquer Ă lâillusion de Sander nos formules prĂ©cĂ©dentes (prop. 14 et 14 bis), mais cela sans faire intervenir le facteur (D1-D2â)D2puisque les angles des parallĂ©logrammes en jeu sont constants. En effet, Ă calculer les actions (D1â D2)D2 sur les deux parallĂ©logrammes de la fig. 19, on voit quâelles sont proportionnelles aux surfaces qui interviennent dans la formule suivante. Comme sous IV, nous nous en tiendrons donc au calcul de P = (Bâ Î)4âS et lâappliquerons alors aux deux diagonales D1et D,2 dans lâhypothĂšse que lâillusion de Sander sera maximale lorsque la sous-estimation de D1 et la surestimation de D,2seront Ă peu prĂšs Ă©gales parce que, si la sous-estimation de D1est plus forte que la surestimation de D,2 ou lâinverse, le sujet ne percevra plus lâĂ©galitĂ© subjective D1 = D,2. Le calcul donne alors, en valeurs relatives de (B-A)AâS par rapport aux longueurs 1 de D1 et de D,2 :
Figures
I
11
111
IV
V
VI
VII
VIII
p D1
10,32
8,13
7,06
6,08
5,67
5,22
4,80
4,44
P d,2
5,58
5,62
5,34
5,24
5,19
5,02
4,88
4,77
Différence
+4,74
+2,51
+ 1,72
+0,84 +0,48
+ 0,20
â 0,08
â 0,33
Figures
X
X
XI
XII
XIII
XIV
XV
Â
p D1
4,02
3,65
3,29
2,93
2,59
2,25
1,91
Â
P d,2
4,58
4,42
4,22
4,01
3,80
3,54
3,29
Â
Différence
â 0,56
â 0,77
â 0,93
â 1,08
â 1,21
â 1,29
â 1,38
Â
Â
On voit alors que lâĂ©galitĂ© des dĂ©formations sur D1 et D,2est prĂ©cisĂ©ment centrĂ©e autour de la figure VII, avec diffĂ©rences sâĂ©tageant entre +0,48 pour la fig. V et â 0,56 pour la fig. IX, tandis que les diffĂ©rences pour les fig. I Ă IV sont plus consi-
(B1-A,)A, (B2-A2)A2
1 Sous la forme P D, = D, et P D,2 = Dâ2 oĂč B1,A1
s, S 2
et S, sont les cÎtés et la surface du parallélogramme de droite et B2, A, et S2 ceux du parallélogramme de gauche (de la fig. 19).
Il est Ă noter que cette mise en relation de (B-AĂA/S avec D1 et avec D2ne consiste naturellement pas en une rĂ©introduction du facteur (D1-D2)D2 mais revient simplement, Ă©tant donnĂ© le fait que D1 et D2 nâappartiennent pas au mĂȘme parallĂ©logramme (D1 Ă©tant la grande diagonale du parallĂ©logramme de droite et Oâ2 la petite diagonale du parallĂ©logramme de gauche), de calculer les valeurs (B-AĂŻA/S relativement aux longueurs des Ă©lĂ©ments dĂ©formĂ©s D1 et Dâ2 et non pas absolument comme sâil sâagissait de la grande et de la petite diagonale du mĂȘme parallĂ©logramme.
[p. 62]dĂ©rables et le redeviennent au-delĂ de la fig. [X. Les Ă©galisations subjectives mesurĂ©es par Vinh-Bang sont ainsi entiĂšrement cohĂ©rentes avec les illusions prĂ©cĂ©dentes, puisque les distributions du tabl. 13 coĂŻncident avec celles que permet de prĂ©voir le prĂ©sent calcul fondĂ© sur les mĂȘmes formules.
Quant Ă savoir pourquoi lâillusion augmente de 5 Ă 7 ans, il va de soi que la comparaison des diagonales Dâ et D,2appartenant Ă deux parallĂ©logrammes diffĂ©rents ne saurait ĂȘtre influencĂ©e par tous les Ă©lĂ©ments en jeu (cĂŽtĂ©s, etc.) que dans la mesure oĂč la figure est bien structurĂ©e. Comme il sâagit dâune figure complexe comprenant neuf Ă©lĂ©ments distincts, il est donc naturel que cette structuration ne soit pas immĂ©diate mais quâelle progresse jusquâĂ 7 ans, dâoĂč lâaugmentation initiale de lâillusion. AprĂšs quoi elle reste stable jusquâau niveau oĂč lâexploration analytique de lâadulte conduit Ă certaines compensations, les deux moyennes dâerreurs extrĂȘmes (15,3 % Ă 5 ans et 15,1 % chez lâadulte) Ă©tant donc convergentes mais non pas comparables.
§ 9. La surestimation du petit cĂŽtĂ© et la sous-estimation du grand cĂŽtĂ© du trapĂšze.đ
Le trapĂšze isocĂšle comporte deux paires dâangles Ă©gaux, mais non pas quatre angles Ă©gaux, deux cĂŽtĂ©s Ă©gaux mais non parallĂšles, et deux autres parallĂšles mais inĂ©gaux. Du point de vue des Ă©lĂ©ments en jeu, câest donc une figure plus complexe que le parallĂ©logramme dont il ne possĂšde plus le parallĂ©lisme des cĂŽtĂ©s deux Ă deux, mais il prĂ©sente par contre une symĂ©trie entiĂšre du point de vue de sa mĂ©diane transversale câest-Ă -dire de lâaxe de coordonnĂ©e vertical si le trapĂšze est posĂ© sur lâun de ses cĂŽtĂ©s parallĂšles. Aussi comporte-t-il des erreurs systĂ©matiques beaucoup plus simples que celles du parallĂ©logramme.
Par contre, il nous met en prĂ©sence dâun problĂšme nouveau par rapport Ă ceux des § § 3 Ă 8 et dâun problĂšme que nous retrouverons Ă lâoccasion des illusions de MĂŒller-Lyer et de DelbĆuf : pourquoi le petit cĂŽtĂ© du trapĂšze est-il surestimĂ© et le grand sous-estimĂ© alors que la relation qui les unit est une inĂ©galitĂ© qui devrait, si elle Ă©tait seule en jeu, conduire Ă lâeffet contraire ? Or, les inversions de sens que nous avons rencontrĂ©es jusquâici (Ă©largissement du rectangle sous lâinfluence de sa diagonale figurĂ©e, sous-estimation de la hauteur de lâangle aigu et Ă©largissement apparent de sa ligne
[p. 63]dâouverture sous lâinfluence de lâinclinaison des cĂŽtĂ©s, etc.) Ă©taient fous dus Ă des effets dâinclinaison dont le type Ă©lĂ©mentaire est celui de la fig. 4 du § 5). Dans le cas du trapĂšze, on pourrait dire de mĂȘme que lâinversion dans lâestimation de la longueur des cĂŽtĂ©s parallĂšles est due aux angles aigus et obtus quâils font avec les cĂŽtĂ©s non parallĂšles et dont les surestimations et sous-estimations respectives redressent ces derniers cĂŽtĂ©s et inversent les longueurs apparentes des cĂŽtĂ©s parallĂšles. Mais cette explication ne vaudra plus pour lâillusion de Miiller-Lyer lorsquâelle sera prĂ©sentĂ©e sans pennures et au moyen de seules droites parallĂšles et inĂ©gales 1. Elle vaudra encore moins pour les cercles concentriques de DelbĆuf dont le petit (intĂ©rieur) est surestimĂ© sous lâinfluence du grand et 1e grand (extĂ©rieur) dĂ©valuĂ© sous lâinfluence du petit.
Dire quâen de tels cas il y a assimilation (= Ă©galisation) et non plus contraste nâest quâune explication verbale, car il resterait Ă montrer pour quelles raisons lâĂ©galisation se substitue au contraste. Tout notre effort a au contraire consistĂ© jusquâici Ă nous passer de cette opposition facile et Ă tout rĂ©duire Ă des renforcements dâinĂ©galitĂ©s (contrastes), mĂȘme quand le rĂ©sultat en est une Ă©galisation subjective sous lâeffet dâune inversion due elle-mĂȘme Ă des renforcements dâinĂ©galitĂ© (comme dans le cas des inclinaisons). Mais alors, quelle est la raison de cette inversion dans lâexemple du trapĂšze et dans la catĂ©gorie dâillusions dont nous abordons lâĂ©tude (trapĂšze, MĂŒller-Lyer et DelbĆuf), si lâon ne fait par directement appel aux angles puisquâils nâinterviendront pas en chacun de ces cas ?
La nouveautĂ© des relations perceptives du trapĂšze par rapport Ă celles du rectangle est simplement celle-ci. Dans le cas du rectangle un grand cĂŽtĂ© B est comparĂ© Ă un petit A et la diffĂ©rence entre eux B-A, tout en jouant un rĂŽle essentiel dans le mĂ©canisme de la surestimation du premier et de la sous- estimation du second, ne constitue pas un Ă©lĂ©ment proprement dit de la figure, câest-Ă -dire un Ă©lĂ©ment isolable et perceptible de façon indĂ©pendante. Dans le cas du trapĂšze, au contraire, la diffĂ©rence entre le plus grand des cĂŽtĂ©s parallĂšles B et le plus petit A est une ligne virtuelle Aâ, donc un intervalle vide, mais immĂ©diatement perceptible puisquâil correspond Ă lâĂ©cart marquĂ© par les cĂŽtĂ©s obliques non parallĂšles, câest-Ă -dire Ă la ligne dâouverture de lâangle formĂ© par ces cĂŽtĂ©s, et Ă une ligne dâouverture prolongeant Ă ses deux extrĂ©mitĂ©s le plus petit des cĂŽtĂ©s
1 Voir plus loin la fig. 22, n° 3 (I 3 et II 3).
[p. 64]1 Les mesurants étant des droites échelonnées par 2 mm.
Cela dit, lâoriginalitĂ© du groupe de figures dont nous abordons lâĂ©tude est de faire intervenir la diffĂ©rence Aâ Ă titre de facteur au mĂȘme titre que les Ă©lĂ©ments A et B : lorsque Aâ est plus petit que A (et il ne lâest pas toujours) et plus petit que B (et il lâest toujours), Aâ est alors dĂ©valorisĂ© simultanĂ©ment par A et par B, ce qui a pour effet de valoriser A et de dĂ©valuer B. Le renversement de la situation créée par la relation A < B est donc, en ces cas, dĂ» Ă la dĂ©valuation de leur diffĂ©rence par les deux termes de la relation, et pas seulement aux effets angulaires. Mais comme, en de tels cas, la dĂ©valorisation de la diffĂ©rence peut se traduire aussi en langage angulaire (puisque la diffĂ©rence Aâ est fonction des angles a et ÎČ (voir la fig. 20), il conviendra donc que nous cherchions la relation qui existe entre ces deux interprĂ©tations.
Nous avons fait (avec E. Deutsch) deux expériences sur le trapÚze, la premiÚre consistant à mesurer la petite base A constante (60 mm) avec variation de la grande (de 65 à 500 mm), la hauteur de 35 mm restant inchangée, et la seconde à mesurer une grande base B constante (60 mm également) avec variations de la petite (5, 10, 20, 30, 40, 50 et 55 mm) et une hauteur de 35 mm inchangée 1. Les résultats ont été les suivants (sur les adultes) :
Tabl. 14. Erreur systĂ©matique (en % de lâĂ©lĂ©ment constant) sur la petite base avec variation de la grande :
non parallĂšles. En dâautres termes, la diffĂ©rence Aâ (voir la fig. 20) est bien un Ă©lĂ©ment, non pas de la figure gĂ©omĂ©trique (ou opĂ©ratoire) mais de la figure perçue, et cela en tant que les obliques sont toujours apprĂ©hendĂ©es en rĂ©fĂ©rence avec des verticales et des horizontales.
figures dont nous abor-
B
65
70
75
90
100
110
120
130
140
150
160
E. syst.
1,9
3,3
6,0
11,0
11,3
13,9
15,9
16,0
15,2
14,8
10,5
B
170
180
190
200
210
220
300
350
400
500
mm
E. syst.
10,1
10,3
9,1
8,9
7,5
7,8
8,9
8,3
4,4
5,2
Â
Â

Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
[p. 65]Tabl. 15. Erreur systématique sur la grande base avec variation de la petite :
On constate ainsi la prĂ©sence dâun maximum positif net pour lâexpĂ©rience I, aux environs de 120-130 mm donc de B = 2A, et dâun maximum nĂ©gatif moins bien dĂ©gagĂ© pour lâexpĂ©rience II, aux environs de 5-20 mm.
I. Pour expliquer la surestimation de la petite base A indĂ©pendamment des effets dâangles, sur lesquels nous reviendrons, nous pouvons invoquer trois ou cinq sortes de relations :
(1) La relation entre A et B (voir la fig. 20)
(2) La relation entre B et Aâ ; ou (2 bis) entre B et 2Aâ
(3) La relation entre A et Aâ ; ou (3 bis) entre A et 2Aâ
Notons dâabord que les relations (1) et (2 bis) sont Ă©quivalentes du point de vue du calcul des diffĂ©rences puisque Bâ A = 2Aâ et Bâ 2Aâ = A. DâoĂč une seconde remarque : si B varie, tandis que A reste constant, B est Ă mettre en relation avec 2Aâ (2 bis) et non pas avec Aâ seul (2) puisque les variations de B et de 2Aâ sont concomitantes. Au contraire, A constant est Ă mettre en relation avec les variations de Aâ seul, sous la forme 2(Aâ Aâ) et non pas Aâ 2Aâ, puisque ces variations de Aâ sont indĂ©pendantes de A. Il ne reste donc que trois relations possibles : (1), (2 bis) et (3), dont deux Ă©quivalentes. Or, il est clair que les relations (1) et (2 bis) ne peuvent pas agir simultanĂ©ment, puisque B = A+2Aâ et que si B dĂ©value A il ne peut pas dĂ©valuer 2Aâ simultanĂ©ment, et rĂ©ciproquement, sous peine de se dĂ©valuer lui-mĂȘme directement. Or, comme A est surestimĂ©, câest donc la relation (2 bis) qui est la bonne, puisque la dĂ©valuation de 2Aâ diffĂ©rence entre A et B) aura pour effet de valoriser A et de dĂ©valoriser B (mais cette fois indirectement), ce qui est conforme aux faits. Nous Ă©crirons donc comme suit le facteur principal de la surestimation de A, que nous appellerons P1 :
(Bâ 2A,)2A, A (Bâ 2A,)2A,
(15) P1 = à â = â si A = 1
BH B B2H
[p. 66]En assignant à A constant la valeur 1 et à H la valeur 0,58, nous obtenons alors pour Pl les valeurs théoriques suivantes :
B =
65 70
75 80 90 100
110
120
130
140
150
Pi =
0,12 0,21
0,27 0,32 0,37 0,41
0,427 0,431
0,428 0,422 0,41
B =
160 170
180 190 200 210
220
300
350
400
500
p1 =
0,40 0,39 0,38 0,37 0,36 0,34 0,33
0,27
0,24
0,21
0,19
Â
On voit quâil existe une convergence relativement bonne entre ces valeurs thĂ©oriques (qui sont, rappelons-le, exclusivement relatives et nullement absolues 1) et les valeurs expĂ©rimentales du tableau 14 : maximum aux environs de B=2A (120) et montĂ©e rapide de la courbe entre 65 et 120, puis descente lente entre 120 et 500.
Quant Ă la relation entre A et Aâ (rel. 3), elle passe par un maximum Ă B = 90 et par une valeur nulle pour B = 180 (Aâ = A = 60), puis prĂ©sente un nouvel accroissement. Ou bien donc cette relation nâintervient pas, ou bien elle compose avec la relation prĂ©cĂ©dente2 (prop. 15), auquel cas on a toujours un maximum pour B â 2A (soit 120) mais un nouvel accroissement vers ÎČ=200-250, ce qui pourrait correspondre Ă certaines irrĂ©gularitĂ©s dans les courbes empiriques (mais rien ne prouve naturellement que cette seconde relation se compose en fait Ă coefficient Ă©gal avec la premiĂšre).
Notons maintenant que ce maximum pour B = 2A correspond Ă des angles de 45° entre les cĂŽtĂ©s non parallĂšles du trapĂšze et la grande base, et de 135° entre ces mĂȘmes cĂŽtĂ©s et la petite base (pour la hauteur considĂ©rĂ©e). On pourrait donc interprĂ©ter lâillusion comme si elle ne dĂ©rivait que des angles, ceux-ci ayant pour effet cumulatif (par surestimation des aigus et sous-estimation des obtus) de redresser les cĂŽtĂ©s non parallĂšles, donc de valoriser A et de dĂ©valoriser B. Or, ces deux sortes de facteurs ne coĂŻncident pas en thĂ©orie, car si, dans les valeurs calculĂ©es dâaprĂšs la prop. 15, on remplace les hauteurs de 0,58 par des hauteurs de 1, de 0,2 ou de 0,1, on trouve encore un maximum pour B = 2A, qui ne coĂŻncide plus alors avec des angles de 45 Ă 135°. Les deux interprĂ©tations ne convergent ainsi pas entiĂšrement et nous laisserons donc le problĂšme ouvert pour le reprendre Ă propos des doubles trapĂšzes.
1 DâoĂč le droit de les rĂ©duire Ă 1, câest-Ă -dire de les exprimer en dixiĂšmes.
2 En multipliant le numĂ©rateur par (A-Aâ)Aâ si A > Aâ ou par (Aâ-AtA si Aâ < A mais sans rediviser par B2H.
[p. 67]IL En ce qui concerne maintenant la sous-estimation de la grande base B, la dĂ©valorisation de Aâ en rend compte Ă©galement, puisque dĂ©valuer la diffĂ©rence entre A et B, câest aussi bien sous-estimer B que surestimer A. Mais comme, dans cette expĂ©rience II, la petite base A seule varie, nous ne pouvons plus, en vertu de nos rĂšgles de calcul, mettre B en relation avec 2Aâ, mais seulement avec Aâ seul. Nous aurons alors dâabord :
(Bâ A,)A, 2B 2(Bâ Aâ)Aâ
(|6) P1 = Ă- = _â
BH B B2H
2(Bâ Aâ)Aâ
dâoĂč, pour B - 1,
H
ce qui donne, pour B â 1 et H = 0,58 (35 mm sur 60 pour B) :
A 0 5 10 15 20 30 40 45 50 55 mm
P J â 0,86 â 0,85 â 0,83 â 0,80 â 0,76 â 0,64 â 0,47 â 0,37 â 0,27 â 0,13
On voit que si ces valeurs thĂ©oriques se distribuent dâune maniĂšre assez convergente avec celles du tableau 15, elles ne fournissent par contre pas de maximum Ă 15 (câest-Ă -dire A = B/A) comme les valeurs expĂ©rimentales de ce tableau 15 semblent lâindiquer, mais Ă A = 0, câest-Ă -dire lorsque la figure prend la forme dâun triangle. Notons dâailleurs dâemblĂ©e que dans lâexpĂ©rience faite avec des doubles trapĂšzes (voir plus loin § 9, tableau 16), on trouve effectivement ce maximum pour A = 0. Mais dans le cas oĂč il sâagit dâun trapĂšze unique, et oĂč la figure pour A = 0 a la forme dâun triangle et non pas dâun losange (avec deux triangles accolĂ©s et symĂ©triques), il se peut que la relation (2) en jeu dans la prop. 16, ne soit pas seule Ă lâĆuvre et que les autres relations distinguĂ©es plus haut interviennent Ă©galement, câest-Ă -dire la relation (3 bis) (entre A et 2 Aâ puisque A et Aâ varient simultanĂ©ment) et la relation (1) (entre B et A). La relation (3 bis) donne alors pour B = 1 :
(Aâ 2A,)2A,ĂB (Aâ 2A,)2A,
(17) P2 = = â si A > 2Aâ
BHXB H
(2Aâ~A)A
et si AÂ <Â 2Aâ
H
[p. 68]Or, cette relation fournit bien un maximum Ă A â 15 (= B/4), mais une erreur nulle pour A = 30 (= B/2) et un nouveau maximum pour A = 45 {=3Bâ4). Par contre, si lâon compose entre elles les prop. 16 et 17 (en multipliant leurs numĂ©rateurs et en ne divisant quâune fois par H = 0,58) on trouve :
Ce qui correspond cette fois à un maximum unique et pour A = B/4 comme dans la courbe expérimentale du tableau 15.
Quant Ă la relation (1), on a
(Bâ A)A B (Bâ A)A
(18) P3 = X â = si B = 1
BH B H
qui équivaut à la prop. 15 et donne comme elle un maximum à A = B/2.
Mais si lâon compose cette relation avec les deux autres (soit les prop. 16, 17 et 18), on retrouve le maximum Ă A=Bâ4.
Notons maintenant que si le maximum expĂ©rimental du tableau 15 se confirme pour A=Bâ4, il ne correspond plus Ă un angle de 45°. Par contre, pour Ă = 0, le maximum trouvĂ© pour les doubles trapĂšzes (H = B/2) correspond Ă lâangle de 45°, mais soulĂšve alors une question sur laquelle nous reviendrons.
Au total, on voit que si les deux illusions du trapĂšze sâexpliquent bien par les relations entre les deux bases A et B et leur diffĂ©rence Aâ considĂ©rĂ©e comme un Ă©lĂ©ment de la figure (cf. fig. 20), cela signifie que trois relations peuvent intervenir concurremment. En ce cas, lâune dâentre elles peut dominer les deux autres, câest-Ă -dire sâimposer avec une probabilitĂ© plus grande (et 1a plus probable est alors 1a relation entre B et Aâ : prop. 15 et 16, puisque B est 1a longueur totale et Aâ sa diffĂ©rence avec la longueur de 1a petite base) ; ou les trois agir ensemble. Dans les deux Ă©ventualitĂ©s 1e calcul sâaccorde suffisamment avec lâexpĂ©rience, puisque le maximum trĂšs accusĂ© du tableau 14 correspond aussi bien Ă la prop. 15 quâĂ sa composition Ă©ventuelle avec lâautre facteur possible et puisque le maximum peu net du tableau 15 sâaccorde avec les compositions Ă©ventuelles des prop. 16 Ă 18, tandis que le maximum
[p. 69]trÚs net des doubles trapÚzes correspond, comme nous allons le voir maintenant, à la prop. 16.
§ 10. Lâillusion de MĂŒller-Lyer.đ
La cĂ©lĂšbre illusion de MĂŒller-Lyer nâest pas autre chose quâun effet de double trapĂšze, la figure Ă pennures externes reprĂ©sentant deux trapĂšzes accolĂ©s par le plus petit des deux cĂŽtĂ©s parallĂšles et la figure Ă pennures inverses deux trapĂšzes accolĂ©s par le plus grand de ces cĂŽtĂ©s (fig. 21). Nous le vĂ©rifierons dâailleurs Ă lâinstant en contrĂŽlant que la courbe des erreurs est la mĂȘme avec cette configuration de double trapĂšze et avec la configuration habituelle. Il est donc Ă©trange que lâon ait souvent cherchĂ© tant dâexplications de lâillusion de MĂŒller- Lyer sans recourir Ă une analyse de sa composante Ă©lĂ©mentaire, câest-Ă -dire du trapĂšze lui-mĂȘme1.

Â
On pourrait ainsi penser que notre travail est achevĂ© avec lâĂ©tablissement, au § 9, des lois du trapĂšze. Mais il reste, dâune part, Ă contrĂŽler lâexplication donnĂ©e en Ă©tudiant les variantes de la figure de MĂŒller-Lyer, avec ou sans pennures (donc avec ou sans figuration de lâĂ©lĂ©ment angulaire). Il reste, dâautre part, a chercher les relations entre le schĂ©ma proposĂ© et lâexplication par les angles.
Nous avons donc, avec la collaboration de Monique MĂŒller, repris lâanalyse de la figure de MĂŒller-Lyer, dâune part pour complĂ©ter les rĂ©sultats anciens de la Rech. XI, et dâautre part, pour faire la liaison avec les problĂšmes du trapĂšze. Nous avons Ă cet Ă©gard Ă©tudiĂ© concurremment les six sortes de figures suivantes (voir la fig. 22) : 11 des doubles trapĂšzes accolĂ©s par la petite base ; I 2 la figure classique Ă pennures externes ; 13 la mĂȘme structure mais composĂ©e de droites parallĂšles ; III des doubles trapĂšzes accolĂ©s par la grande base ; 112
1 Cf. les explications de Wundt et de DelbĆuf par les mouvements oculaires parcourant la longueur et soit disant favorisĂ©s ou dĂ©favorisĂ©s Ă cause des pennures externes ou internes.
[p. 70]la figure classique Ă pennures internes et II 3 la mĂȘme structure en linĂ©aire.
Pour simplifier nous emploierons le mĂȘme symbolisme quâau § 8 (voir la fig. 23) : B pour la grande base du trapĂšze ou ce qui lui correspond en (2) et en (3), A pour la petite base et 2Aâ pour la diffĂ©rence entre les deux. Dans toutes les figures utilisĂ©es, A est de 60 mm en I ainsi que B en II et la hauteur H de 60 mm, (câest-Ă -dire de 30 mm pour un seul trapĂšze et non plus de 35 comme au § 9).

Tabi.. 16. Erreurs systématiques positives de Miiller-Lyer sur les trois figures I 1, 1 2 et I 3 1 :
B
70
80
90
100
110
115
I 1 (doubles trapĂšzes)
4,9
9,2
12,2
15,3
16,0
16,6
I 2 (class.)
5,4
10,5
13,8
14,4
11,6
15,5
1 3 (parall. inégales)
0,9
1,0
1,6
2,9
3,2
2,6
B
120
125
150
200
250
300
1 1 (doubles trapĂšzes)
17,6
15,7
15,7
11,2
8,8
6,8
I 2 (class.)
16,1
15,0
13,8
7,5
5,6
5,3
1 3 (parall. inégales)
3,5
2,6
2,3
2,6
1,6
1,5
Â
Du point de vue de la formulation, ces distributions ne nous posent pas de nouveau problĂšme : elles coĂŻncident remarquablement avec la prop. 15 du § 9 : croissance rapide de 70 Ă 110, maximum Ă B = 2A (= 120), puis dĂ©croissance trĂšs lente2. Par contre, elles nous apportent deux sortes dâinformations prĂ©cieuses sur les problĂšmes encore en suspens.
En premier lieu, elles confirment Ă lâĂ©vidence lâidentitĂ© de lâillusion du trapĂšze et de celle de MĂŒller-Lyer : dâune part, en
1 20 adultes par groupe.
2 II est vrai que H vaut ici 1 et a été calculé sur 0,58 de A dans les valeurs données pour la prop. 15, mais le maximum calculé reste ainsi à B = 24

Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
[p. 72]effet, la distribution des erreurs est la mĂȘme en 1 1 (doubles trapĂšzes) que sur le tableau 14 (§ 9 : trapĂšze simple), presque sans diffĂ©rence de force moyenne (les maxima sont de 17,6 % et de 16 %) ; dâautre part, cette distribution se retrouve, Ă peine affaiblie, pour la figure classique (II 1), la courbe correspondant Ă cette derniĂšre figure Ă©tant remarquablement semblable Ă celle du trapĂšze simple (tabl. 14 : maxima 15,9-16,0 et 16,1 en 120).
En second lieu, ces donnĂ©es du tableau 16 nous permettent enfin de rĂ©soudre le problĂšme du rĂŽle respectif des angles et des relations B>2A,. En effet, les trois figures I 1, 12 et 13 sont fort diffĂ©rentes au point de vue des angles tout en prĂ©sentant les mĂȘmes relations entre B et 2Aâ :
(1) La figure I 1 prĂ©sente, au maximum de lâillusion, deux sortes dâangles reprĂ©sentĂ©s par le dessin : les angles de 45° compris entre la grande base des trapĂšzes et leurs cĂŽtĂ©s non parallĂšles et les angles de 135° compris entre la petite base et ces mĂȘmes cĂŽtĂ©s. En ce cas, lâaction des angles peut ĂȘtre importante, en plus des effets B > 2Aâ, et câest ce qui explique sans doute pourquoi cette figure I 1 donne les erreurs systĂ©matiques les plus fortes.
(2) La figure classique 12 comporte seulement une espĂšce dâangle dĂ©formant reprĂ©sentĂ©e par le dessin : ceux de 135° (pour lâillusion maximale) situĂ©s entre la droite A et les pennures externes. Par contre, les pennures elles-mĂȘmes ne forment entre elles que des angles de 90°, perçus comme droits et nâĂ©tant donc comme tels source dâaucune dĂ©formation.
(3) Le figure 1 3, formĂ©e de parallĂšles inĂ©gales ne comporte aucun angle reprĂ©sentĂ© par le dessin. A regarder ce dessin (pour la valeur maximale de 120) on perçoit Ă la rigueur lâangle virtuel de 90° compris entre lâextrĂ©mitĂ© des traits extĂ©rieurs les plus longs et celle du trait intĂ©rieur plus court, mais on ne perçoit nullement sous une forme virtuelle les angles de 45° et de 135° correspondant Ă ceux de la figure I 1.
Si les illusions sont les plus grandes sur les figures 1 1, un peu plus faibles sur I 2 (mais entre A = 70 Ă 90), et trĂšs faibles sur les figures I 3, câest donc sans doute que les angles jouent un rĂŽle dans la force de lâillusion. Encore faut-il nâĂȘtre pas trop affirmatif, car la figuration des cĂŽtĂ©s non parallĂšles du trapĂšze en I 1 et des pennures en 12 renforce Ă©galement lâinĂ©galitĂ© B > 2Aâ. Mais ce rĂŽle des angles, que nous ne nions pas pour autant nâest quâun rĂŽle de renforcement, puisquâil nâexplique en rien les erreurs systĂ©matiques de la figure 13, si
[p. 73]faibles soient-elles (car leur faiblesse ne les empĂȘche pas dâexister) ni la position du maximum Ă B = 2A pour ces derniĂšres figures Ă©galement.
Nous avons nĂ©anmoins tenu Ă faire avec M. Millier les deux contrĂŽles suivants pour vĂ©rifier la prĂ©dominance de la relation B > 2Aâ sur le facteur constituĂ© par les angles de 45° et 135" dans la configuration I 1 (doubles trapĂšzes) : (1) en laissant les angles de 45 Ă 135° constants (et la hauteur constante H = 6 cm) nous avons fait varier simultanĂ©ment A (3 ; 6 ; 9 et 12 cm) et B (9 ; 12 ; 15 et 18 cm), la diffĂ©rence B â A = 2Aâ demeurant ainsi invariante (6 cm) ; (2) en laissant les mĂȘmes angles de 45 Ă 135° constants, nous avons fait varier la longueur de leurs cĂŽtĂ©s (donc des cĂŽtĂ©s non parallĂšles des trapĂšzes), ainsi que les valeurs de B (8 ; 10 ; 12 ; 14 et 16 cm), de 2Aâ (2 ; 4 ; 6 ; 8 et 10 cm) et de H (2 ; 4 ; 6 ; 8 et 10 cm), la valeur de A demeurant par contre inchangĂ©e (6 cm).
Nous avons obtenu les résultats suivants (21 sujets adultes) :
Tλbl. 16 bis. Erreurs systĂ©matiques positives (en %) sur la petite base des doubles trapĂšzes (MĂŒller-Lyer), les angles Ă©tant constants (45° et 135°) et le rapport entre B et 2N variable :
On constate alors que lâerreur varie fortement dans lâexpĂ©rience (1), en fonction du rapport entre 2Aâ et B (plus du simple au double entre A = 12 et A = 6), et encore trĂšs apprĂ©ciable- ment dans lâexpĂ©rience (2) en fonction du mĂȘme rapport. Dans les deux cas le maximum demeure situĂ© Ă 2Aâ = Bâ2 comme au tableau 16. Comme les angles sont maintenus constants, ces rĂ©sultats semblent donc prouver que le facteur dâangle ne joue ainsi quâun rĂŽle secondaire, de simple renforcement.
Pour ce qui est de lâĂ©volution gĂ©nĂ©tique de lâillusion de MĂŒller-Lyer, on sait assez depuis Binet, que celle-ci sâaffaiblit avec lâĂąge. La Rech. XI fournit de nouveaux faits Ă cet Ă©gard, et montre une diminution assez rĂ©guliĂšre en fonction du dĂ©veloppement, qui correspond Ă une diminution parallĂšle en fonction de la rĂ©pĂ©tition (voir chap. III § 2).
[p. 74]11. Quant aux figures H 1, 112 et II 3 (voir la fig. 23), elles ont également donné lieu à des résultats instructifs :
Tabl. 17. Erreurs systĂ©matiques nĂ©gatives de MĂŒller-Lyer sur les figures II 1, II 2 et II 3 1 :
Î
O
10
20
30
40
50
11 1 (doubles trapĂšzes)
â 12,5
â 10,3
â 9,8
â 9,4
â 7,0
-4,25
11 2 (figure class.)
âÂ
â 6,3
â 3,6
â 1,6
â 0,58 â 0,20
II 3 (parall. inégales)
âÂ
â 1,6
â 1,3
â 1,0
â 1,1
â 1,5
Â
Du point de vue de la loi de lâillusion, on constate alors un fait intĂ©ressant : câest que pour les doubles trapĂšzes le maximum se trouve Ă A = 0, câest-Ă -dire pour un losange (consistant lui-mĂȘme en un carrĂ© sur pointe puisque H = 4). Cette distribution des erreurs de 11 1 correspond donc Ă la dĂ©formation Pl(prop. 16 du § 9), câest-Ă -dire Ă la dĂ©valorisation de Aâ par B. On ne trouve donc plus ici dâinfluence des dĂ©formations P2 et P3, du moins pour le maximum puisquâalors 4 = 0, mais le peu de diffĂ©rence entre les erreurs pour 10 et pour 20 rappelle le maximum de A = 15 du tableau 15.
Quant au rĂŽle des angles, on pourrait dire que lâerreur trĂšs affaiblie sur 113 montre leur intervention en II 1 et II 2. Seulement si les angles obtus en II 1 (entre les cĂŽtĂ©s non parallĂšles du trapĂšze et la petite base) exercent, en effet, sans doute une action puisque les erreurs en II 1 sont bien plus fortes quâen II2 (contrairement aux rapports de 1 1 et de I 2 au tabl. 16), les angles de 45° en II 1 sont par contre accolĂ©s lâun Ă lâautre en un angle total de 90° (pour le maximum) qui rend par ailleurs douteuse une influence forte au point oĂč prĂ©cisĂ©ment lâerreur est maximale. Ces figures confirment donc les conclusions tirĂ©es des figures 1 : que les angles jouent un rĂŽle de renforcement, mais nâexcluent pas lâaction de la relation entre B et Aâ comme semble lâindiquer la bonne convergence entre les distributions de II 1 et la prop. 16 du § 9.
Il resterait Ă parler des modifications des figures en hauteur, mais il est inutile de les discuter en dĂ©tail : il suffit pour les formuler de faire intervenir les couplages (Hâ A,)A,, etc.
1 20 adultes par groupe.
§ 11. Les deux formes de lâillusion de DelbĆuf.đ
La figure complĂšte de DelbĆuf (fig. 25) comporte deux paires de cercles concentriques, le cercle intĂ©rieur A1 du premier couple (dont B1 est le cercle extĂ©rieur) Ă©tant de diamĂštre Ă©gal Ă celui du cercle extĂ©rieur B2 du second couple (dont A2est le cercle intĂ©rieur). Au lieu de percevoir A1 = B2, on surestime au contraire A1 sous lâinfluence de B1 et on sous-estime B2 sous lâinfluence de A2. On constate donc Ă nouveau quâil sâagit dâun soi-disant effet dâassimilation (= Ă©galisation) et le problĂšme se pose donc pour nous au sujet de cette illusion, comme de celles de MĂŒller-Lyer et du trapĂšze, dâĂ©tablir sâil en est bien ainsi ou sâil nây a pas simplement dĂ©valuation de la diffĂ©rence Aâ existant entre A1 et B1 ou entre B2 et A2 (largeur de lâanneau compris entre les deux cercles). Le fait que cette configuration soit isomorphe Ă celle de MĂŒller-Lyer, lorsque lâon Ă©limine la figuration angulaire (pennure) pour ne retenir que la variante composĂ©e de simples droites (fig. 25), montre assez que lâon peut sâattendre une fois de plus Ă un effet dâinĂ©galitĂ© entre les Ă©lĂ©ments de la figure (cercles) et la diffĂ©rence Ă©galement figurale qui les sĂ©pare (largeur de lâanneau).

Mais la figure entiĂšre de DelbĆuf est complexe et il convient, pour lâanalyser, de distinguer deux situations qui ne conduisent pas exactement aux mĂȘmes relations : (I) le cercle intĂ©rieur A1 restant constant, on fait varier le diamĂštre du cercle extĂ©rieur B1 et, par le fait mĂȘme, la largeur de la bande Aâ qui les sĂ©pare ; (II) le cercle extĂ©rieur B2 restant constant, on fait varier le diamĂštre du cercle intĂ©rieur A2 et, par le fait mĂȘme, la valeur de lâintervalle Aâ compris entre eux. Ce sont ces deux situations que nous Ă©tudierons tour Ă tour, sans plus nous rĂ©fĂ©rer Ă la figure complĂšte du psychologue belge qui a baptisĂ© cette illusion.
I. Nous avons jadis (Rech. I, 1942) Ă©tudiĂ© la situation I avec M. Lambercier, E. Boesch et B. v. Albertini, sur des cercles A1 de 18, 24, 30, 36 et 72 mm de diamĂštre (variations de la grandeur absolue de la figure) et en faisant en chaque cas varier le cercle extĂ©rieur B1 dans les mĂȘmes proportions (19, 20, 22 mm, etc., pour A1 = 18, 38, 40, etc. pour A1 = 36, etc.). Nous avons mesurĂ© la grandeur apparente de A1 en ces multiples figures sur une centaine dâenfants de 5-12 ans et une trentaine dâadultes. On trouvera dans la Rech. I (p. 19) le dĂ©tail de ces rĂ©sultats quâil serait trop long de transcrire ici pour chacune des cinq grandeurs absolues de figures analysĂ©es. Bornons- nous donc Ă fournir les moyennes gĂ©nĂ©rales obtenues 1 en les rapportant aux variations de lâanneau de largeur Aâ qui sĂ©pare les deux cercles concentriques Ai et B1 et en comptant poui chaque figure le diamĂštre de A1 pour 1 :
Tabl. 18. Illusion I de DelbĆuf en fonction des variations de Aâ (en % de .4) :
Aâ
0,02â 0,04
0,05â 0,08
0,1
0,16
0,2
0,3
0,5
P
+4,1
5,6
9,2
11,7
11,4
8,0
2.3
Aâ
0,8
1
1,5
2
2,5
3
3,5
P
0,7
â 1,0
â 2,1
â 1,9
â 2,0
â 0,6
0
Â
Pour rendre compte de cette courbe des erreurs, il suffit alors dâappliquer la loi gĂ©nĂ©rale (prop. 3 du § 2) en distinguant les deux cas Aâ < A et Aâ > A. (1) Si Aâ < A, L1 = A et L2 = Aâ, Lmax = A+2Aâ ; nL = 2A et S = (A + 2A,)2. On pourrait aussi
1 Pour tous les Ăąges, de 5-6 ans Ă lâadulte.
[p. 77]considĂ©rer S = Ïr [0,5(A+A,)]2, ce qui donne dâailleurs le mĂȘme maximum, mais comme nous le verrons plus tard (chap. II) le sens de S est moins celui dâune surface gĂ©omĂ©trique que celui de tous les couplages possibles, ce qui rend acceptable la formule (A+2A,)2 proposĂ©e pour S. (2) En nĂ©gatif on aura L1 = Aâ et L2 = A, les autres termes restant inchangĂ©s. La loi de lâillusion I sera donc :
2A(A-Aâ)Aâ 2Aââ 2Aâ2
(19) P = = si AÂ >Â Aâ et AÂ =Â 1
(AÂ +Â 2A,)2Ă(A+2A,) (A+2A,)3
et (19 bis)
2A(Aââ A)A 2(Aââ A)
P = = â â si A < Aâ et A = 1
(A + 2A,)2Ă(A + 2A,) (A+2A,)âĄ
Les valeurs thĂ©oriques de lâillusion sont alors 1 (en les multipliant par 10, puisquâelles sont relatives) :
1 La formule de la p. 107 de la Rech. IV est équivalente à la prop. 19, 1
mais elle contient pour 19bis un correctif â qui nous paraĂźt aujourdâhui Aâ

On voit ainsi que lâallure gĂ©nĂ©rale et le dĂ©tail des courbes thĂ©oriques et expĂ©rimentales convergent de façon satisfaisante : erreur positive 6 Ă 7 fois plus forte que la nĂ©gative ; maximum positif Ă Aâ = 4/6 (donc 4â= 0,166), câest-Ă -dire quand les rayons des cercles A et B sont dans le rapport de 3 Ă 4 ; erreur nulle mĂ©diane pour 4â = 4 et maximum nĂ©gatif entre 4â = 1,54 et 4â= 24 (voir la fig. 26).
Ce maximum nĂ©gatif est dâailleurs assez flou du point de vue expĂ©rimental, parce que sa mesure suppose de grandes figures (puisque 4â > 4) et quâil est alors facile au sujet dâisoler A de B et de ne plus Ă©prouver dâillusion. Aussi bien les illusions nĂ©gatives sont-elles surtout frĂ©quentes chez lâenfant, qui ne perçoit en gĂ©nĂ©ral pas deux cercles concentriques, mais une sorte dâanneau solide dont les deux cercles marquent les bords : sa vision globale et concrĂšte rend alors A plus solidaire de B et surtout de Aâ, dâoĂč lâillusion nĂ©gative plus forte. NĂ©anmoins nous avons obtenu chez lâadulte des illusions nĂ©gatives en moyennes pour les 4 = 18 ; 36 et 72 mm de diamĂštre, mais pas ou presque pas pour les 4 = 24 et 30 mm.
La question se pose maintenant de comprendre pourquoi la relation dĂ©formante de lâillusion I de DelbĆuf est la relation 2(4â A,)A, et non pas (Bâ 2A,)2A, comme pour le trapĂšze (prop. 15) et lâillusion de MĂŒller-Lyer (cas dans lesquels cette derniĂšre relation peut dâailleurs se combiner avec la premiĂšre sans que cela modifie le maximum). En effet, la relation (Bâ 2A,)2Aâ combinĂ©e avec 2(4â A,)A, donnerait ici un maximum Ă 4â=0,4 A et non pas 4â = 0,166. Or, la raison en est simple : dans le cas du trapĂšze (ou du double trapĂšze constitutif de lâerreur de MĂŒller-Lyer), la valeur B correspond Ă la grande base du trapĂšze, donc Ă une ligne figurĂ©e Ă part sur le dessin et bien distincte de la valeur A (= petite base). Dans le prĂ©sent cas, au contraire, B est le diamĂštre du grand cercle qui contient le petit cercle A : la relation qui frappe perceptivement nâest donc pas celle qui unit le tout B Ă ses parties 24â mais celle qui unit la partie centrale A aux parties latĂ©rales 4â. Et comme A est constant il faut compter 2(4â A,)A, et non pas (4â 2A,)2A,. En bref, dans les deux cas (MĂŒller-Lyer et DelbĆuf), lâillusion provient dâune mise en relation entre le tout B et sa partie A et dâun effet dâinĂ©galitĂ© entre A ou B et leur diffĂ©rence Aâ, mais, lorsque B constitue un Ă©lĂ©ment figurai distinct de 4+24â, la relation choisie est celle qui unit B Ă 24â (prop. 15), tandis que, quand B nâest pas distinct figuralement de 4+24â, alors la relation choisie est celle qui unit (doublement) 4 Ă 4â (et cela
[p. 79]dâautant plus que dans cette illusion de DelbĆuf I, le jugement porte sur A et non pas sur B). Par contre, dans le cas de lâillusion de DelbĆuf II (oĂč le jugement porte sur B), la situation est un peu diffĂ©rente comme nous allons le voir maintenant.
II. Lâillusion II de DelbĆuf porte sur le cercle extĂ©rieurB de deux cercles concentriques 1, en tant que ce cercle B est modifiĂ© perceptivement par le cercle intĂ©rieur A. On laisse alors constant ce cercle extĂ©rieur B en faisant varier le diamĂštre de A et en mesurant les effets produits sur B. Notre Ă©lĂšve Koshro- pour a effectuĂ© ces mesures sur 20 sujets par annĂ©e de 6 Ă 15 ans et sur 20 adultes. Mais avant dâindiquer ses rĂ©sultats voyons ce que devient la formule thĂ©orique de lâerreur, Ă©tant donnĂ© maintenant quâun cercle intĂ©rieur A variable doit ĂȘtre suivant la rĂšgle composĂ© avec 2Aâ et non plus avec un seul Aâ comme lorsque le cercle A Ă©tait constant (prop. 19). On aura donc :
B(Aâ 2A,)2A,
(20) P = si AÂ >Â 2Aâ
B3
B(2Aââ A)A
et (20 bis) P = â * si A < 2Aâ
B3
Il en rĂ©sulte pour B â  1, les valeurs thĂ©oriques suivantes,2 sans nous occuper pour lâinstant des signes + ou â :
Voici maintenant les premiers résultats expérimentaux obtenus par Koshropour avec des cercles A variant de 4 en 4 mm : 3
1 B. dans la fig. 25 II.
2 Si 2 1â = 0.25 de B â 1 alors Aâ = 0.125 et A = 0.75. donc Aâ = A/6 câest-i-dire que ce premier maximum converge avec celui de la prop. 19.
3 Sur un cercle B de 36 mm de diamĂštre. Les A correspondant aux 2 Aâ du tabl. 19 ont donc respectivement : 34, 30, 26, 22, 18, 14, 10, 6 et 2 mm de diamĂštre.
[p. 80]Tabi.. 19. Illusion II de DelbĆuf (mesurĂ©e sur B) en fonction des variantes de 2Aâ :
2Aâ
0,055
0,166
0,277
0,388
0,50
0,611
6-7 ans
â 0,46
â 0,16
â 0,69
0,27
0,74
0,80
8-9
0,52
0,32
0
0,52
1,24
0,80
10-12
0,90
0,47
â 0,29
â 0,06
0,96
0,82
13-15
1,44
0,74
â 0,32
0,55
1,24
0,69
Adultes
0,66
0,83
0
0,55
1,55
1,44
2A,
0,722
0,833
0,944
Â
Â
Â
6-7 ans
0,46
0,60
0,58
(40 sujets)
Â
8-9
0,88
1,17
0,55
(40)
Â
Â
10-12
0,29
0,27
0,20
(60)
Â
Â
13-15
0,49
0,38
0,46
(60)
Â
Â
Adultes
LU
1,11
0,61
(20)
Â
Â
Â
A comparer ces résultats empiriques à la courbe théorique, on constate une convergence nette sur deux points et une absence de convergence sur le troisiÚme :
(1) Le maximum thĂ©orique Ă 0,25 auquel nous nâavons pas confĂ©rĂ© jusquâici de signe correspond Ă un maximum nĂ©gatif net au tableau 19, et ce maximum nĂ©gatif (dĂ©valorisation de B) correspond au maximum positif de lâillusion I (surestimation de A), puisque si 2 Aâ = 0,25B alors Aâ = 0,166 A (car, en ce cas, A = 0,75 et Aâ = 0,125).
(2) Lâillusion 0 mĂ©diane des valeurs thĂ©oriques (pour 2Aâ = 0,5) correspond Ă un maximum positif, bien net Ă©galement Ă tous les Ăąges (mais situĂ© entre 0,5 et 0,61 Ă 6-7 ans), et il va de soi quâil doit se trouver en ce point un maximum orientĂ© dans le sens positif1 si le maximum qui correspond Ă 2Aâ = 0,25 est nĂ©gatif.
3) Par contre le second maximum nĂ©gatif que lâon attendrait alors Ă 2Aâ = 0,75 ne se retrouve pas dans ces premiĂšres donnĂ©es dâexpĂ©rience : on observe bien une lĂ©gĂšre dĂ©clivitĂ© de la courbe Ă certains Ăąges entre le maximum positif de 0,5 et les valeurs finales, mais rien dâaussi net quâĂ 0,25 (en fait 0,277 faute de mesures sur 0,25 mĂȘme).
1 Maximum qui pourrait ĂȘtre un minimum dâillusion nĂ©gative, situĂ© Ă 0 ou mĂȘme en dessous.
[p. 81]Trois problĂšmes demeurent donc en suspens : (a) celui du sens positif ou nĂ©gatif des erreurs ; (b) celui dâĂ©tablir pourquoi lâillusion mĂ©diane Ă 0,5 est positive et ne constitue pas une illusion nĂ©gative minimum ou une illusion nulle ; (c) celui de comprendre pourquoi la courbe thĂ©orique, qui correspond bien aux rĂ©sultats expĂ©rimentaux pour 2Aâ = 0,25 et 0,5 nây correspond plus pour 2Aâ = 0,75. Il sây ajoute une quatriĂšme question (d) : pourquoi ces illusions sont-elles toutes si faibles, comparĂ©es Ă lâillusion I (tabl. 18)?
(a) Si nous nâavons pas posĂ© dâemblĂ©e la dĂ©formation P de la prop. 20 comme Ă©tant nĂ©gative (ce qui eĂ»t Ă©tĂ© lĂ©gitime, puisque, si 2Aâ est dĂ©valorisĂ© par A ou A par 2Aâ, cela peut conduire Ă une dĂ©valorisation de B), câest que la situation est plus complexe et beaucoup plus intĂ©ressante. Il se trouve, en effet, que si les cercles Bu et Bb correspondent Ă 2Aâ = 0,277 et Ă 2Aâ = 0,50 sont mesurĂ©s au moyen de cercles libres (non concentriques) que nous appellerons Bm, alors on a ordinairement, pour un Bm de 36 mm objectivement Ă©gal Ă B& et Ă Bb, les jugements Ba<Bm et Bb > Bm, puisque B& donne en moyenne une erreur nulle ou nĂ©gative et Bb une erreur positive maximale avec ce genre de mesures. Par contre, si lâon compare Bλ Ă Bb, directement et sans mesurants du type Bm on trouve alors, sur 20 adultes, que 10 perçoivent Bλ> Bb (parmi lesquels les sujets les plus exercĂ©s, dont nous-mĂȘme), 8 lâĂ©galitĂ© Bλ= Bb et 2 seulement Bλ< Bb ! On a donc, pour la majoritĂ© des sujets :
(21) Bλ< Bm ; Bb > Bm et Ba > Bb
Avant de chercher Ă expliquer cette belle contradiction perceptive, fournissons encore, dâaprĂšs Koshropour, le tableau des comparaisons de chacune des figures du tableau 19 avec chacune des autres, sur les mĂȘmes 20 adultes.
Tabl. 20. Comparaisons directes (sans mesurants) de chacune des figures du tableau 19 avec chacune des autres (totaux en >, < et =) :
2Aâ 0,055
0,166
0,277
0,388
0,50
0,611
0,722
0,833
0,944
> 70
70
71
51
35
37
37
34
35
= 54
55
56
64
70
68
69
63
61
< 36
35
33
45
55
55
54
63
64
[p. 82]A comparer ces jugements Ă ceux des adultes du tableau 19, on constate que les quatre premiĂšres figures qui donnent les surestimations de B les plus faibles avec mesurants Bm sont ici jugĂ©es plus grandes que toutes les autres, tandis quâĂ partir du maximum du tableau 19 (Ă 0,5) câest le jugement inverse qui lâemporte !
La contradiction exprimĂ©e par la prop. 21 Ă©tant ainsi vĂ©rifiĂ©e, il est facile de lâexpliquer. Lâillusion de DelbĆuf II est essentiellement instable, si la prop. 20 est vraie, puisque la dĂ©valorisation ou la surestimation du tout B reposent simplement sur celles de lâune de ses propres parties 2Aâ ou A, dont lâune est valorisĂ©e sous lâinfluence de lâautre : en effet, si B = A+2Aâ, et si A est valorisĂ© par la dĂ©valorisation de 2Aâ ou lâinverse, le tout B peut alors aussi bien ĂȘtre dĂ©valorisĂ© que surestimĂ© puisquâil nâest rien de plus que la rĂ©union A+2Aâ ! DĂšs lors, si lâon compare Ba (caractĂ©risĂ© par 2 Aâ = 0,25 ou 0,277) au cercle vide Bm, ce qui frappe est que Bλ est distinct de son cercle concentrique A : la diffĂ©rence 2Aâ entre A et B, qui est dĂ©valorisĂ© par A, dĂ©valorise alors Ba, dâoĂč lâillusion nĂ©gative. Au contraire, si lâon compare directement Ba Ă Bb(contenant un cercle A de 0,5), ce qui frappe est que, tous deux contenant un cercle concentrique, celui de B& est plus grand que celui de Bb. Or, comme Aa est valorisĂ© par 2Aâ aussi bien que 2Aâ est dĂ©valorisĂ© par Ao, en ce cas Aa, remarquĂ© plus que 2Aâ, valorise alors Bλ !
Bref, la prop. 20 et ses valeurs thĂ©oriques peuvent se lire aussi bien en nĂ©gatif quâen positif, puisque les cercles B sont composĂ©s de deux parties A et 2Aâ dont lâune est surestimĂ©e et lâautre sous-estimĂ©e : câest alors suivant le contexte, câest-Ă - dire lâĂ©lĂ©ment auquel est comparĂ© B (un cercle vide ou une autre paire de cercles concentriques) que les mĂȘmes relations composantes agissent en nĂ©gatif ou en positif.
(b) Mais pourquoi en ce cas lâerreur mĂ©diane (2Aâ = 0,5) nâest-elle pas nulle ? La raison en est que quand le jugement est portĂ© sur B et non pas sur A, la figure formĂ©e de cercles concentriques constitue un espace divisĂ© au sens dâOppel-Kundt (voir § 13). Preuve en soit (Koshropour lâa fournie Ă notre demande) quâen augmentant le nombre des cercles Ă©troits de 1 Ă 2 et Ă 3 le cercle B paraĂźt dâautant plus grand. Du point de vue de la prop. 20, lâerreur sur 2Aâ = 0,5 constitue donc bien un zĂ©ro, mais dont la position est relative, et il sây ajoute un autre facteur (espaces divisĂ©s) qui situe ce zĂ©ro relatif Ă un certain niveau Ă partir duquel se distribuent les erreurs
[p. 83]dépendant de cette prop. 20, et cela, comme on vient de le voir, dans un sens soit positif, soit négatif selon le mode des comparaisons.
(c) Venons-en au problĂšme en apparence le plus dĂ©licat : pourquoi la prop. 20, qui sâapplique bien au maximum nĂ©gatif (avec mesures au moyen de Bm) de 2Aâ = 0,25 et au maximum positif de 2Aâ = 0,5, ne joue-t-elle plus pour le second maximum nĂ©gatif de 2Aâ = 0,75 ? Nous nous sommes demandĂ© si, pour des erreurs aussi faibles, il ne sâagirait pas dâune question dâĂ©chelle et avons suggĂ©rĂ© Ă Koshropour de reprendre des expĂ©riences sur adultes, mais avec un Ă©chelon de 2 mm entre les cercles intĂ©rieurs et non plus de 4 mm. Pour ce qui concerne le calcul thĂ©orique, nous nous sommes aussi demandĂ© si, en plus de la relation fondamentale (4â 2A,)2A, ou (2A,-A)A de la prop. (20), il nâinterviendrait pas la relation (Bâ 4)4 (comme dans les illusions du trapĂšze et de MĂŒller-Lyer), Ă©tant donnĂ© le fait que, dans cette illusion II de DelbĆuf, le jugement porte sur B et non pas sur A comme dans lâillusion I.
Nous avons alors composĂ© le facteur (Bâ 4)4 avec la prop. 20, sous la forme suivante :
[B(Aâ 2A,)2A,] X [(Bâ A)A]
(22) Pcomp =
Bs
[B(2A,-A)A] X [(Bâ A)A] e :
B3
dont les valeurs théoriques sont :
2Aâ = 0,1 0,2 0,25 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,75 0,8 0,9
p<w1âŁ1 = 0.072 0,192 0,234 0,252 0,192 0 0,192 0.252 0,234 0,192 0,072
Quant aux mesures Ă 2 mm dâintervalle entre les A, elles ont donné :
Tabl. 21. Illusion H de DelbĆuf en fonction des variations de 24â les cercles A Ă©tant de 34, 32, 30, ⊠4 et 2 mm de diamĂštre pour un B de 36 mm :
2Aâ
0,055
0,111
0,166
0,222
0,277
0,333
0,388
0,444
0,5
P
1,06
1,46
1,33
1,00
1,00
0,80
â 0,40
0,86
1,00
2Aâ
0,555
0,611
0,666
0,722
0,777
0,833
0,888
0,944
Â
P
1,46
0,86
0,40
0,66 -
-0,53
0,40
0,40
0
Â
[p. 84]On constate quâil existe cette fois un second maximum nĂ©gatif, aussi net que le premier, et que la courbe expĂ©rimentale est donc sensiblement plus voisine de la courbe thĂ©orique (fig. 27). Quant Ă savoir si les valeurs de ce tableau 21 correspondent davantage Ă la prop. 20 ou Ă la prop. 22, il est difficile de le dire, car si lâun des nouveaux maxima nĂ©gatifs est plus proche de 0,3 que de 0,25 lâautre lâest davantage de 0,75 que de 0,7 et le maximum positif est dĂ©calĂ© de 0,5 Ă 0,55. Il semble donc y avoir lĂ un dĂ©calage gĂ©nĂ©ral dĂ» Ă un effet temporel renforcĂ© par le plus grand nombre de variables et non pas un accord supĂ©rieur avec la prop. 22 par opposition Ă la prop. 20. Par contre, ce qui subsiste, et lĂ est lâessentiel, câest la prĂ©sence, maintenant vĂ©rifiĂ©e, de deux maxima nĂ©gatifs et dâun positif.

Â
(d) Enfin, derniĂšre question : pourquoi les illusions II (tabl. 19 et 21) sont-elles environ dix fois plus faibles que les illusions I (tabl. 18) ? La raison en est Ă©videmment la mĂȘme que celle invoquĂ©e sous (a) pour expliquer le caractĂšre, tantĂŽt positif, tantĂŽt nĂ©gatif, des erreurs : lâillusion Ă©tant instable, puisque le tout B peut ĂȘtre Ă tour de rĂŽle valorisĂ© par lâune de ses parties (A ou 2Aâ) ou dĂ©valorisĂ© par lâautre (2Aâ ou A), elle ne peut ĂȘtre que trĂšs faible en tant que rĂ©sultant de composantes antagonistes.
[p. 85]Nous avons quelque peu insistĂ© sur cette belle illusion II et nous en excusons auprĂšs du lecteur, mais il nous semble quâelle en valait la peine, tant du point de vue des prĂ©cautions Ă prendre pour la vĂ©rification expĂ©rimentale que de celui des difficultĂ©s de lâĂ©laboration thĂ©orique.
§ 12. Un segment de longueur constante insĂ©rĂ© entre deux segments variables et un segment constant prolongĂ© ou doublĂ© par un segment variable.đ
I. La meilleure vĂ©rification du bien fondĂ© de lâinterprĂ©tation que nous venons de proposer de lâillusion de DelbĆuf est quâon peut lui assigner une forme simplement linĂ©aire en remplaçant le cercle intĂ©rieur par un segment de droite A et la largeur Aâ de lâanneau compris entre ce cercle et le cercle extĂ©rieur par deux segments variables Aâ entre lesquels est insĂ©rĂ© le premier (fig. 28). En ce cas, on ne se trouve plus en prĂ©sence de deux Ă©lĂ©ments figuraux distincts 4 et B et dâune diffĂ©rence Aâ qui nâest pas figurĂ©e Ă titre dâĂ©lĂ©ment mais qui est perçue comme telle dans lâensemble de la figure : au contraire, la diffĂ©rence Aâ devient lâun des Ă©lĂ©ments explicitement figurĂ©s, tandis que le grand Ă©lĂ©ment B comprenant le petit (A), et correspondant au grand cercle extĂ©rieur, ne reprĂ©sente plus que la ligne totale (B = A+2A,) qui nâest plus perçue Ă titre dâĂ©lĂ©ment distinct. Or, lâintĂ©rĂȘt de cette transformation des cercles de DelbĆuf en une figure linĂ©aire est que la loi demeure sensiblement la mĂȘme,
ce qui lĂ©gitime, nous semble-t-il, lâhypothĂšse sur laquelle Ă©tait fondĂ© notre calcul : que le facteur principal est la diffĂ©rence Aâ dont les re- la+ions avec la longueur A dĂ©terminent la position des maxima observĂ©s.

maximum positif, et lâautre consistant Ă faire comparer chacune des figures (avec variations de Aâ sur la figure 28) Ă la prĂ©cĂ©dente dans la sĂ©rie ordonnĂ©e (en fonction de 4â), avec simple comparaison des A entre eux et sans mesurants extĂ©rieurs Ă ces figures.
La premiĂšre mĂ©thode, appliquĂ©e par Mme Vinh-Bang Ă vingt adultes avec des A de 30 mm et des Aâ de 1, 2, 3, 4, 5, 10, 20, 30, 40, 50, 60 et 70 mm, a donnĂ© les rĂ©sultats suivants :
Tabi.. 22. DĂ©formation dâun segment de droite A compris entre deux segments Ă©gaux Aâ (en % de la longueur de A) :
On retrouve ainsi le maximum positif aux environs de Aâ = A/6 (5 mm sur 30), tandis que, pour A = Aâ (30 mm) et pour A < Aâ, on ne retrouve ni illusions nulles mĂ©dianes nĂź nĂ©gatives pour les raisons quâon a vues. Par contre, la seconde mĂ©thode (comparaison deux Ă deux de figures comportant un A de 50 mm et des Aâ de 2 Ă 100 mm) a donnĂ© sur 20 adultes les rĂ©sultats suivants (Rech. IV, tabl. V) :
Tabl. 23. Comparaison de proche en proche entre les figures (en excĂšs de 4- et de â ) :
Ces nombres signifient : (a) que la figure Ă Aâ = 5 a donnĂ© lieu Ă une majoritĂ© (de 12)1 de jugements surestimant A par rapport au segment A insĂ©rĂ© entre deux Aâ de 2 mm ; (b) que la figure Ă Aâ = 8 a donnĂ© lieu Ă son tour Ă une majoritĂ© (de + 9) de jugements surestimant A par rapport au segment A insĂ©rĂ© entre deux Aâ de 5 mm ; (c) que la figure Ă Aâ = 10 a,
1 Les jugements dâĂ©galitĂ© sont rĂ©partis en 1/2 + et 1/2 â . Une majoritĂ© de 12 Ă©quivaut donc Ă 16 (+) et 4 (â ) et une majoritĂ© de â 13 Ă©quivaut Ă 3 1/2 (+) et 16 1/2 (â ).
[p. 87]par contre, donnĂ© lieu Ă une minoritĂ© (de â 4) de tels jugements par rapport Ă la figure prĂ©cĂ©dente, etc. En dâautres termes, le segment A semble croĂźtre jusquâĂ Aâ = 8 (donc aux environs de Aâ = 4/6), puis il dĂ©croĂźt subjectivement jusquâĂ Aâ = 80 (donc aux environs de Aâ = 1,7 4) pour croĂźtre enfin Ă nouveau. Ces comparaisons confirment donc lâexistence du maximum positif du tableau 22, mais indiquent en outre la prĂ©sence dâun maximum nĂ©gatif conforme Ă celui qui a Ă©tĂ© observĂ© et calculĂ© pour la figure de DelbĆuf en cercles concentriques (§ 11 sous I). Quant Ă lâillusion nulle mĂ©diane probable, on remarque la forte minoritĂ© de â 13 entre 4â = 4 et 4â = 60.
II. Il convient maintenant dâexaminer le cas dâun segment A
Aâ = 0,05
0,1
0,2
0,25
0,3
0,4
0,5
0,6
0,7
0,8
PÂ =Â 0,40
0,66
0,92
0,96
0,95
0,87
0,74
0,58
0,42
0,27
Aâ = 0,9
1
1,1
1,2
1,3
1,4
1,5
1,6
1,7
1,8
PÂ =Â 0,13
0
-0,09-
-0,15-
-0,18â 0,20-
-0,21 -
-0,21 -
-0.20-
-0,16
Â
constant accolĂ© Ă un segment 4â variable (fig. 29). En ce cas, il va de soi que les prop. 19 et 19 bis, qui rĂ©gissent lâillusion de DelbĆuf ne sâappliquent plus ici comme Ă la droite 4 insĂ©rĂ©e entre deux segments Ă©gaux Aâ. On aura par contre :
A(Aâ Aâ)Aâ
(23) P = si AÂ >Â Aâ
(A +A,)2Ă(A +Aâ)
A(Aââ A)A
et (23 bis) P = si AÂ <Â Aâ
(AÂ +Â A,)3
Si 4 = 1, les valeurs thĂ©oriques de lâillusion seront donc :
Pour contrĂŽler cette distribution thĂ©orique, nous avons fait Ă nouveau deux sortes de recherches, lâune consistant Ă faire comparer les unes aux autres les diffĂ©rentes figures avec jugement sur 4 (4 = 50 mm et 4â = de 2 Ă 100 mm), lâautre Ă prendre des mesures sur A (4 = 30 mm et 4â = 1 Ă 70 mm), mais avec cet inconvĂ©nient quâen ce cas le segment A est surestimĂ© non pas seulement par contraste avec 4â mais aussi en tant

Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
Â
[p. 88]que faisant partie dâun espace divisĂ© (A+A,), ce qui a empĂȘchĂ© dâobtenir des illusions nĂ©gatives (quand A < Aâ) sur A par rapport aux variables. Voici dâabord les rĂ©sultats de la premiĂšre technique, obtenus sur 50 adultes, puis, quant Ă la rĂ©gion comprise entre Aâ = 8 et Aâ = 25 mm (nous ne savions pas alors que le maximum thĂ©orique serait donnĂ© pour A, = Aâ4), sur 10 sujets exercĂ©s (avec introduction de Aâ = 12,5 mm) :
Tabl. 24. Comparaisons de proche en proche entre les figures A + Aâ (en excĂšs de + et de â â ) :
Les maxima positif et nĂ©gatif semblent ainsi se trouver dans les rĂ©gions correspondant Ă la courbe thĂ©orique (passage des + aux â â vers Aâ = 12,5 et des â aux + vers Aâ = 75-100.) Quant aux mesures (prises par Mme Vinh-Bang), elles ont donnĂ©, sur 20 et 15 sujets adultes :
Tabl. 25. DĂ©formations dâun segment A constant (30 mm) suivi dâun segment Aâ variable1 :
Ici Ă nouveau le maximum positif semble situĂ© dans la rĂ©gion prĂ©vue thĂ©oriquement, donc entre Aâ = Ai A et Aâ = Ai3 (soit 0,96 pour Aâ = 0,25 et 0,95 pour Aâ = 0,3). Il est en tous cas dĂ©calĂ© par rapport au maximum de Aâ = â 4â6 correspondant Ă
1 Erreurs systématiques en % de 30 mm.
[p. 89]la situation oĂč le segment A est insĂ©rĂ© entre deux Aâ Ă©gaux et non pas suivi dâun seul A (voir sous I, tabl. 22).
III. Avant de passer de ces figures 28 et 29 Ă celle dâOppel- Kundt (espaces divisĂ©s) qui en est la gĂ©nĂ©ralisation (§ 13), il reste Ă nous demander ce que fournit lâinteraction de deux droites inĂ©gales A et B (oĂč A < B) si elles ne se prolongent pas lâune lâautre mais sont au contraire parallĂšles (fig. 30) : observerons-nous, en ce cas, une simple dĂ©valuation de A par B, comme dans la situation de prolongement, ou au contraire les rĂ©sultats expĂ©rimentaux imposeront-ils un calcul fondĂ© sur les relations entre A et Aâ, oĂč Aâ est la diffĂ©rence entre B et A (<zniiâ 4â = Râ 4λ mais nnp diffprpnrp
perçue comme un Ă©lĂ©ment figurai (quoique vide de tout trait) ainsi que nous avons Ă©tĂ© conduits Ă lâadmettre dans les cas du trapĂšze et des figures de MĂŒller- Lyer et de DelbĆuf ? ThĂ©oriquement, câest Ă cette derniĂšre Ă©ventualitĂ© que lâon devrait sâattendre, puisque les figures 30 constituent en fait des demi-trapĂšzes (dans lesquels le cĂŽtĂ© oblique rĂ©unissant les extrĂ©mitĂ©s non congruentes de B et dp A dpmpnrp gimn1pmpâf vir+np1λ
Nous avons donné ce problÚme à étudier à notre élÚve M. Mansour et ses résultats ont été relativement nets. En choisissant un élément S de 7 cm et des A de 1, 2, 3 ⊠6 cm (distants de B de 4 mm), et en mesurant les dévaluations ou surestimations de A au moyen de variables carrées (avec comparaison de A et du cÎté du carré) 1, il a obtenu ce qui suit en situations verticales, horizontales et obliques (à 45°) :
1 Les variables sent situĂ©es Ă 9 cm de A, lui-mĂȘme sĂ©parĂ© de B par 4 mm. Il est Ă noter que les rĂ©sultats du tabl. 26, qui montrent la mise en relation entre A et la diffĂ©rence Aâ ne sâobtiennent que si les variables V sont carrĂ©es ou dâune forme diffĂ©rente de celle des Ă©lĂ©ments linĂ©aires A : en ce cas, en effet, la figure composĂ©e de B et de A forme un tout Ă part et A est perçu dans se relations avec Aâ autant quâavec B. Par contre, si lâon utilise des variables linĂ©aires VI, semblables Ă A, il sâĂ©tablit une sorte de configuration dâensemble entre B, A et VI, les Ă©lĂ©ments A et VI Ă©tant reliĂ©s par deux horizontales virtuelles tirĂ©es respectivement entre- leurs bases et entre leurs sommets : il en rĂ©sulte que lâĂ©lĂ©ment B est ainsi opposĂ© aux Ă©lĂ©ments A = VI et que la comparaison se fait surtout entre B et A et non plus entre A et Aâ. Sur 20 adultes, Mansour a, en effet, trouvĂ© les rĂ©sultats suivants avec des variables linĂ©aires VI :
AÂ =Â 10 20 30 40 50 60 mm
Err. syst. â 2,2 â 2,75 â 3,7 â 2,6 â 2 â 1,3
On voit que ces rĂ©sultats sont conformes Ă ceux de la prop. 25 (mais en nĂ©gatif, puisquâil sâagit de la dĂ©valorisation de A par B et non pas de la

Tabl. 26. Erreurs systĂ©matiques sur A (en % de lâĂ©talon) avec- variables carrĂ©es :
On voit ainsi que le segment A nâest nullement dĂ©valorisĂ© par B pour toutes ses valeurs mais quâil est de plus en plus surestimĂ© (avec peut-ĂȘtre un maximum vers /1 = 5) lorsquâil dĂ©passe la valeur objective A = B/2. 11 semble donc clair que lâestimation de la longueur de A dĂ©pend surtout de ses relations avec Ă(= Bâ /1) et non pas avec B. Examinons donc ce que donnent les calculs thĂ©oriques pour ces deux Ă©ventualitĂ©s.
Les seules relations en jeu dans les figures 30 sont, en effet, celles entre A et Aâ et entre B et A (identiques Ă celles entre B et 4â) ou leur composition. Les premiĂšres donnent :
(Aâ Aâ)Aâ B
(24) P1 = X â si A > Aâ
BH B
(Aââ A)A B
et P1 = X â si Aâ > A
BH B
ce qui correspond dans le cas particulier (pour BÂ =Â 7 et HÂ =Â 0,4) Ă Â :
A = 1 1,75 2 3 3,5 4 5 5,26 6
P1 = â 1,78 â 2,18 â 2,14 â 1,07 0 +1,07 +2,14 +2,18 +2,78
Les secondes donnent :
(Bâ A)A B
(25) P.. = âą X âÂ
BH B
valorisation de B par A) et non pas Ă ceux de la prop. 24 (ou des prop. 24 et 25 combinĂ©es), comme câest le cas des erreurs du tabl. 26.
Il est dâun certain IntĂ©rĂȘt de constater ainsi que la forme de la variable suffit Ă modifier les rĂ©sultats obtenus, selon que cette forme conduit Ă accentuer le rĂŽle figurai de la diffĂ©rence Aâ (variables carrĂ©es) ou Ă attĂ©nuer ce rĂŽle figurai et Ă rĂ©tablir la relation simple entre les Ă©lĂ©ments A et B.
[p. 91]soit :
A =
1 2 3
3,5
4
5,25
6
P2 =
+2,14 +3,57 +4,28
+ 4,37
+ 4,28
+ 3,57
+2,14
Â
A
=
1
2
3
3,5
4
5
6
p
Â
â 10,7
â 2,14
â 1,28
0
+ 1,28
+2,14
+ 1,07
Â
F.f 1e nrâ©dnif des deux fsans modifier donne :
Il est donc Ă©vident que les valeurs les plus proches (du point de vue relatif et non pas absolu) des donnĂ©es expĂ©rimentales sont, soit celles de la prop. 24 (relation entre A et Aâ), soit celles de la dĂ©formation composĂ©e (Pcomp) qui comprennent cette mĂȘme relation entre A et Aâ. On remarque au tableau 26 que la courbe en prĂ©sentation oblique prĂ©sente ses maxima pour A = 2 et 5 et non pas 1 Ă 6, ce qui correspondrait au calcul de la prop. 24, si le fait se montrait gĂ©nĂ©ral.
Notons encore (autres rĂ©sultats de Mansour) que si lâon fait porter les mesures sur lâĂ©lĂ©ment B on trouve une courbe Ă peu prĂšs inverse des prĂ©cĂ©dentes : B est en principe surestimĂ© si Aâ > A et sous-estimĂ© si Aâ < A, parce que la diffĂ©rence Aâ est valorisĂ©e par Aâ > A et dĂ©valorisĂ©e par Aâ < A. Si, dâautre part, on augmente lâintervalle entre les parallĂšles B et A la relation entre A et Aâ domine encore jusque vers 12 mm (pour B = 70 mm), mais elle nâexerce plus guĂšre dâaction Ă 20-28 mm. Enfin, si lâon relie les extrĂ©mitĂ©s de A et de B pour construire un demi trapĂšze et que lâon dĂ©place progressivement A en le centrant par rapport au milieu de B (ce qui donne un trapĂšze entier et isocĂšle), on trouve tous les intermĂ©diaires entre les propriĂ©tĂ©s perceptives des figures 30 et celles du trapĂšze (§ 9). Cette recherche jointe aux donnĂ©es exposĂ©es sous I, prouve donc Ă nouveau le rĂŽle figurai de la diffĂ©rence Aâ dans les configurations des types trapĂšze, MĂŒller-Lyer et DelbĆuf.
§ 13. Lâillusion dâOppel-Kundt (espaces divisĂ©s).đ
En transformant lâillusion de DelbĆuf en une configuration linĂ©aire et en lui adjoignant une autre illusion linĂ©aire (un segment constant suivi dâun segment variable), nous avons admis que la longueur totale B ne jouait pas de rĂŽle essentiel (sinon Ă titre de Lmax au dĂ©nominateur de la formule) et que

ce rĂŽle Ă©tait dĂ©volu aux relations dâinĂ©galitĂ© entre les segments A et Aâ (ou 2Aâ). Mais que se produit-il alors lorsquâon Ă©galise A et Aâ et que lâon multiplie les segments ainsi Ă©galisĂ©s ? On sait assez, depuis Oppel et depuis Kundt que la droite divisĂ©e ainsi construite est surestimĂ©e par rapport Ă une droite de mĂȘme longueur non divisĂ©e. Or, les segments de la droite divisĂ©e Ă©tant tous Ă©gaux, il est Ă©vident quâil ne saurait rĂ©sulter aucune dĂ©formation de leur comparaison en tant que segments (ou parties) : puisque dĂ©formation il y a, et sous la forme dâune surestimation assez coercitive, câest donc assurĂ©ment que chacun des segments A est comparĂ©, soit au tout lui-mĂȘme B soit Ă lâensemble des autres parties (Bâ A ou nAâ A). Nous nous trouvons donc de ce fait en prĂ©sence dâun nouveau type dâillusion, oĂč le seul facteur dĂ©formant est la relation entre la partie et le tout lui-mĂȘme (inutile de distinguer dans ce qui suit le tout B et lâensemble des parties restantes n-l(A), car cette
i Mais il faut Ă cet Ă©gard indiquer dâemblĂ©e que lâillusion J dâOppel-Kundt nâest plus entiĂšrement « primaire » comme les i prĂ©cĂ©dentes (§ § 3 Ă 12) : elle comporte dĂ©jĂ un facteur « secon- * daire » dâactivitĂ© perceptive, sous la forme dâune activitĂ© dâexploration qui, circonstance trĂšs intĂ©ressante, renforce dans le cas particulier lâerreur au lieu de la diminuer comme dans les illusions prĂ©cĂ©dentes. En effet, lâillusion dâOppel-Kundt augmente avec lâĂąge, ce que nous nâavions pas aperçu dans la Rech. X Ă cause dâun mode de mesure par superposition (favorisant les mises en rĂ©fĂ©rence), mais ce quâune nouvelle Ă©tude avec Vinh-Bang2 et les recherches de E. Vurpillot ont mis en Ă©vidence depuis. En second lieu, chez lâadulte, cette illusion augmente en moyenne avec la rĂ©pĂ©tition (Vurpillot) ou reste stable, mais ne diminue que rarement, tandis que les illusions de MĂŒller-Lyer et du losange diminuent nettement avec lâexercice. Ces deux groupes de faits joints Ă lâanalyse des points de centration, sur laquelle nous reviendrons (chap. II, § 2), montrent alors que si le principe de cette illusion est la valorisation de la longueur totale B sous lâinfluence de chaque intervalle (A), comme va nous le montrer le calcul, lâillusion est dâautant
1 Cf. Introd. sous VIII.
2 Recherche Ă paraĂźtre prochainement.
[p. 93]plus forte que ces intervalles sont mieux explorĂ©s. Dans une illusion purement primaire quelconque, comme celle du trapĂšze (composante de celle de MĂŒller-Lyer), oĂč la raison de lâillusion est lâinĂ©galitĂ© des cĂŽtĂ©s parallĂšles A et B et la dĂ©valorisation de leur diffĂ©rence Aâ, le premier coup dâĆil exagĂšre les inĂ©galitĂ©s et une exploration plus poussĂ©e tend Ă rĂ©tablir les relations exactes entre le mesurĂ© (A ou B) et le mesurant extĂ©rieur. Au contraire, en comparant la ligne hachurĂ©e (mesurĂ©e) et la ligne non hachurĂ©e servant de mesurant, lâestimation est dâautant plus exacte que lâon nĂ©glige le dĂ©tail des hachures et intervalles et que la comparaison reste plus globale (comme chez lâenfant), tandis quâĂ explorer de plus prĂšs les intervalles on renforce lâeffet dĂ©formant en multipliant les relations A < B dont chacune Ă elle seule valorise dĂ©jĂ le tout B. Il sây ajoute sans doute une activitĂ© de transposition assurant lâĂ©galitĂ© des intervalles A et qui augmente aussi avec lâĂąge : or cette transposition ne diminue pas non plus lâillusion puisque tous les A sont Ă©gaux, et la renforce dans la mesure oĂč lâaction exercĂ©e sur quelques A est transfĂ©rĂ©e Ă tous les autres.
Mais ces considĂ©rations montrent que si des activitĂ©s perceptives dâexploration et de transposition peuvent renforcer lâillusion dâOppel ce nâest pas en introduisant de nouveaux facteurs de dĂ©formation (comme ce pourrait ĂȘtre le cas de cer- âą tains transports Ă distance 1) : câest simplement en favorisant lâaction des facteurs primaires relatifs aux proportions entre lâintervalle A et la longueur totale B. Câest pourquoi cette illusion, quoique faisant transition avec les illusions secondaires, reste primaire en son principe et relĂšve encore de la loi des centrations relatives, comme nous allons le montrer maintenant.
Soit une horizontale de 50 mm munie de hachures verticales (dont une Ă chaque extrĂ©mitĂ©) au nombre de 2 (ce qui signifie aucune hachure ne coupant la ligne elle-mĂȘme), 3 (= une hachure intĂ©rieure), 4, etc. jusquâĂ 20 ou 50. Les illusions moyennes, sur deux groupes dâadultes sĂ©parĂ©s, ont Ă©tĂ© les suivantes (voir la Rech. X, avec P. Osterrieth) :
Tabl. 27. Illusions moyennes dâOppel-Kundt (en %) en fonction du nombre des hachures :
Hachures
2
5
10
15
20
30
40
50
Â
20 adultes
1,86
4,58
6,39
6,59
6,31
6,24
4,40
4,02
Â
Hachures
2
3
4
5
6
8
10
15
20
10 adultes
Ξ,4
1,6
5,6
6,4
6,2
7,4
8,4
8,2
8,0
1 Pour la discussion de ce problÚme, voir chap. III, § 5.
[p. 94]Lâillusion semble donc augmenter jusque vers 10-15 hachures pour diminuer ensuite. Cherchons dâabord Ă la formuler, et ensuite Ă lâexpliquer.
Pour ce qui est de sa formulation, nous nâavons donc aucun choix : tous les intervalles Ă©tant Ă©gaux entre eux et les hachures de mĂȘme hauteur, nous avons vu quâil ne reste, comme facteur dâinĂ©galitĂ© susceptible de rendre compte de la surestimation, que lâinĂ©galitĂ© entre lâintervalle A et le tout B lui-mĂȘme. On aura alors, comme formule L1 = B ; L2 = A ; nL = nB, si n = le nombre des intervalles, puisque B est comparĂ© n fois Ă A ; S = B2 et Lmnx = B. DâoĂč, si B = 1 :
nB(Bâ A)A
(26) P = = Bâ A (puisque nA = B)
B2ĂB
Mais alors si A passe (en termes de fraction de B = 1), de 1 Ă 0,5 ; 0,33 ; 0,25 ; etc., on aura pour P : 0 ; 0,5 ; 0,666 ; 0,75 ; 0,80 ; âŠÂ ; 0,99 ; ⊠etc. selon une progression indĂ©finie sans maximum mais avec asymptote. Il intervient donc un second facteur, et qui va de soi pour la raison suivante : lâĂ©paisseur des hachures doit ĂȘtre dĂ©falquĂ©e, sinon, avec leur accroissement, les intervalles seraient de moins en moins perceptibles. VĂ©rifions quâun tel facteur intervient en rĂ©alitĂ© et faisons comparer deux droites Ă©gales B (=50 mm) avec le mĂȘme nombre de hachures (11 ou 21) mais les unes Ă©paisses (0,5 mm pour 11 hachures et 0,8 Ă 0,9 mm pour 21), les autres minces (0,25 mm pour 11 hachures et 0,1 Ă 0,2 pour 21. Voici les rĂ©sultats, en % des sujets (20 adultes) :
Tabl. 28. FrĂ©quence des illusions pour 11 ou 21 hachures, plus Ă©paisses (F) ou plus minces (Fâ)1 :
Hachures 11 21
FÂ >Â Fâ FÂ =Â Fâ FÂ <Â Fâ FÂ >Â Fâ FÂ =Â Fâ FÂ <Â Fâ
Résultats (%) 65 25 10 85 10 5
Tenant compte de ce facteur, dont lâaction est ainsi contrĂŽlĂ©e, on aura alors, si x = lâĂ©paisseur dâune hachure et B = 1 :
nB(Bâ A)Aâ (nâ 1) x
(27) P = = Bâ Aâ (nâ 1) x
B2ĂB
1 Les expressions F > Fâ signifient que la ligne coupĂ©e par les F paraĂźt plus longue que coupĂ©e par les Fâ, etc.
[p. 95]DâoĂč les valeurs thĂ©oriques suivantes, si x â  0,3 mm (valeur de lâĂ©paisseur des hachures pour les dessins utilisĂ©s au tabl. 27), donc x = 0,006 en termes de B = 1 :
On voit alors que le maximum thĂ©orique correspond approximativement au maximum expĂ©rimental situĂ© (tabl. 27) entre 10 et 15, mais en nĂ©gligeant le facteur constituĂ© par la longueur des hachures comparĂ©es Ă B, qui donnerait naturellement lieu Ă dâautres variations (sur le mode des erreurs du rectangle).
Le sens de cette formule est donc que le tout B est surestimĂ© par inĂ©galitĂ© avec ses propres parties A. Que peut alors signifier une telle supposition ? Si lâon sâen tient Ă nos interprĂ©tations habituelles, elle peut avoir deux sens (par analogie avec ce que nous avons vu de lâillusion de DelbĆuf n° II) : (1) une dĂ©valuation de chaque A sous lâinfluence de B, ce qui entraĂźnerait une dĂ©valuation de B lui-mĂȘme, en tant que rĂ©union de tous les A ; (2) une surestimation de B sous lâinfluence de chaque A, ce qui entraĂźnerait une surestimation des A eux- mĂȘmes. Or, comme lâexpression n(B-A)A signifie simplement que chaque A est mis en relation avec B avec renforcement de la diffĂ©rence A < B, les deux interprĂ©tations (1) et (2) restent logiquement possibles. Il est alors intĂ©ressant de vĂ©rifier quâelles le sont Ă©galement du point de vue perceptif et de chercher pour quelles raisons la seconde (surestimation de B} domine en gĂ©nĂ©ral.
En ce qui concerne lâinterprĂ©tation 1 (sous-estimation des A sous lâinfluence de la relation A < B), il faut dâabord noter que lâon rencontre parfois des erreurs nĂ©gatives, surtout chez lâenfant, en plus de celles qui peuvent ĂȘtre entraĂźnĂ©es par une simple erreur de lâĂ©talon (surestimation de lâĂ©lĂ©ment fixe par opposition aux variables : voir chap. II § 1). Pour en comprendre la raison, nous avons alors essayĂ©, avec quelques bons observateurs adultes, de prĂ©senter des lignes hachurĂ©es de 9 Ă 12 cm, dont les intervalles A Ă©taient de 12,5 ou 25 mm, en priant de comparer lâun quelconque de ces intervalles Ă un segment A isolĂ© de mĂȘme longueur et bornĂ© Ă chaque extrĂ©mitĂ© par un trait vertical de mĂȘmes dimensions que les hachures : en ce cas lâĂ©lĂ©ment A isolĂ© peut paraĂźtre plus grand quâun
[p. 96]intervalle A quelconque de la ligne hachurée, celui-ci étant donc dévalorisé par B !
On voit donc que la relation B > A reste perceptivement ambiguë : si la consigne est de comparer le tout B Ă des variables du mĂȘme ordre de grandeur, lâattention est centrĂ©e sur le tout et celui-ci est surestimĂ© par les petits intervalles A. Si au contraire lâattention est centrĂ©e sur un A, comme dans notre contrĂŽle, il peut ĂȘtre dĂ©valuĂ© par le tout qui est perçu simultanĂ©ment mais sans jouer alors de rĂŽle prĂ©dominant.1
En bref, dans la situation expĂ©rimentale habituelle, la longueur totale B est, dans la trĂšs grande majoritĂ© des cas, surestimĂ©e parce que lâestimation demandĂ©e porte sur ce tout B et quâalors chaque relation {Bâ A)A le valorise. Avec la multiplication des intervalles nA, la probabilitĂ© des centrations distinctes augmente (et avec elle celle des « rencontres » comme nous le verrons au chap. II), dâoĂč le renforcement de lâillusion par multiplication des relations dĂ©formantes A < B, dâou n(Bâ A)A. Mais, Ă ce facteur primaire sâajoutent deux facteurs secondaires : (a) lâactivitĂ© dâexploration renforce encore ce processus, au lieu dâaboutir Ă des compensations comme dans les figures Ă Ă©lĂ©ments plus hĂ©tĂ©rogĂšnes ; (b) la transposition des Ă©galitĂ©s A = a = A, etc. fait rejaillir sur tous les A les surestimations de certains dâentre eux.
Lâintervention du facteur primaire de centrations et de rencontres est vĂ©rifiĂ©e par lâanalyse tachistoscopique : dans nos recherches avec Vinh-Bang sur ce sujet, nous avons trouvĂ© chez les mĂȘmes adultes (avec une figure oĂč la ligne hachurĂ©e est prolongĂ©e par une droite de longueur variable non hachurĂ©e), une illusion de +6,9 avec centration entre les deux lignes, de â 4,8 avec centration sur la variable et de +20,1 % avec centration sur la droite hachurĂ©e. Quant aux facteurs secondaires, nous y reviendrons au chap. III.
§ 14. Conclusions du chapitre premier.đ
Au terme de ce long chapitre (et cependant bien schĂ©matique eu Ă©gard Ă la complexitĂ© des faits), nous constatons que â la mĂȘme loi gĂ©nĂ©rale (prop. 3, § 2) sâapplique Ă lâensemble des illusions Ă©tudiĂ©es, avec une concordance assez encourageante entre lâallure qualitative des courbes expĂ©rimentales et la distribution des valeurs thĂ©oriques.
1 La situation est donc Ă cet Ă©gard comparable Ă ce que nous avons constatĂ© Ă propos de lâillusion de DelbĆuf n° II (§ 11 sous II).
[p. 97]Chaque catĂ©gorie de figures comportant une, deux ou plusieurs relations constitutives, il reste Ă trouver en chaque cas laquelle ou lesquelles sont dominantes, et ce sont Ă elles que sâapplique la loi, de façon simple ou en composition (en ce cas sans rĂ©pĂ©ter les termes S, nL et Lmax). En passant dâune figure Ă lâautre, on a pu avoir lâimpression dâune diversitĂ© de relations composantes parfois inquiĂ©tante. Mais Ă jeter maintenant un coup dâĆil rĂ©trospectif, on voit que ces relations constitutives se rĂ©duisent Ă six variĂ©tĂ©s :
(1) Les liaisons de type (Bâ A)A ou rĂ©ciproque entre une droite B et une perpendiculaire A qui rejoint B Ă une extrĂ©mité : rectangle (§ 3) et semi-rectangle (§ 4).
(2) Les liaisons entre deux perpendiculaires qui se croisent : (Hâ H)M ou rĂ©ciproque pour les angles (§ 5) et (D1â D2)D2 pour les losanges (§ 6). Il sâagit alors dâun effet (1) renversĂ©. Les liaisons des parallĂ©logrammes (§ 8) semblent constituer une combinaison de (2) et de (1).
(3) Les liaisons entre parties dâun arc (Arâ Ar,)Ar, qui caractĂ©risent les courbures (§ 7).
(4) Les liaisons (Bâ 2A)2A, ou {Bâ Aâ)Aâ entre une longueur totale B et la diffĂ©rence figurĂ©e Aâ qui la sĂ©pare dâune longueur partielle A : trapĂšze (§ 9) et MĂŒller-Lyer (§ 10).
(5) Les liaisons 2(Aâ Ă)Ă ou (Aâ 2A,)2A, et rĂ©ciproque entre la longueur partielle A et la diffĂ©rence Aâ qui la sĂ©pare de la longueur totale B : cercles de DelbĆuf I et 11 (§ 11). A ce mĂȘme type se rattachent, mais sous une forme (Bâ 4)4, les illusions des segments de droite (§ 12).
(6) Les liaisons n(B-â 4)4 (prolongeant ces derniĂšres) entre un tout B et ses parties A : espaces divisĂ©s (§ 13).
Mais il est facile de voir que ces six sortes de liaisons, tout en se diffĂ©renciant selon la structure des figures, se rĂ©duisent toutes Ă la forme (L1â L2)L2. Il en rĂ©sulte ainsi que la mĂȘme loi exprimĂ©e en termes numĂ©riques (prop. 3 du § 2) sâapplique Ă au moins vingt « illusions » distinctes : cĂŽtĂ©s du rectangle, semi-rectangle, diagonale du rectangle, angles aigus et obtus, mĂ©diane des angles, diagonales du losange, courbures, grande et petite diagonale des parallĂ©logrammes simples, figure de Sander, grand et petit cĂŽtĂ©s parallĂšles du trapĂšze, figure de MĂŒller-Lyer sous trois formes diffĂ©rentes, figures de DelbĆuf sous deux formes, segment de droite compris entre deux autres
[p. 98]segments Ă©gaux ou suivi dâun second segment et espaces divisĂ©s. On ne peut donc quâĂȘtre satisfait de la rĂ©duction dâune telle diversitĂ© Ă une formule gĂ©nĂ©rale unique, malgrĂ© tous les problĂšmes de dĂ©tail non encore rĂ©solus.
Il reste maintenant Ă expliquer la loi et principalement ce couplage de diffĂ©rences de forme (L1â L2)L2 qui constitue ainsi lâĂ©lĂ©ment commun aux diffĂ©rentes variĂ©tĂ©s de liaisons. Le principe en est, on lâa vu constamment, que lâun des termes de la liaison est valorisĂ© aux dĂ©pens de lâautre : en gĂ©nĂ©ral le plus grand, sauf en cas de renversement dĂ» aux angles (2) ou de valorisation commune du tout et des parties (6 et, partiellement, lâillusion II de DelbĆuf : 5). Ce principe revient donc Ă nâutiliser que les effets dâinĂ©galitĂ© (contrastes) et Ă y ramener les i Ă©galisations (« assimilations ») apparentes. Le problĂšme sera donc de comprendre ce renforcement si gĂ©nĂ©ral des inĂ©galitĂ©s, â caractĂ©ristiques des surestimations et dĂ©valuations.
Mais avant dâen venir lĂ (chap. II), remarquons encore la gĂ©nĂ©ralitĂ© des dĂ©formations perceptives : il nâest pas une figure qui Ă©chappe Ă ces dĂ©formations, mĂȘme les « bonnes formes » (diamĂštre sous-estimĂ© du cercle et diagonale du carrĂ©). Nous entrevoyons ainsi, dĂšs maintenant, que ces « bonnes formes » ne constituent pas le cas type de lâorganisation perceptive, dont les dĂ©formations seraient les dĂ©rivĂ©s dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s. La rĂšgle est, au contraire, la dĂ©formation des inĂ©galitĂ©s, les Ă©galitĂ©s ou Ă©quivalences nâen constituant que des cas limites, avec compen- ; sation plus ou moins approchĂ©e des dĂ©formations ; et les â « bonnes formes » ne sont alors que des figures Ă Ă©quivalences I nombreuses, oĂč ces compensations sont plus frĂ©quentes ou plus probables que dans les cas .gĂ©nĂ©raux. DĂšs le dĂ©part, nous apercevons donc que la hiĂ©rarchie perceptive obĂ©it Ă des lois distinctes, et Ă certains Ă©gards inverses, de celles qui rĂ©gissent les structures opĂ©ratoires.