Campus 89

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Se forger une opinion sur l’énergie

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Les plombs sautent, et c’est tout un logement qui est plongé dans le noir. Ce qui arrive dans un domicile privé lorsqu’on surcharge le circuit électrique peut aussi se produire dans un pays entier. La preuve: en septembre 2003 un câble de la ligne de haute tension qui traverse les Alpes suisses par le col du Lukmanier se dilate à cause de la chaleur et provoque un arc électrique reliant un arbre voisin. Un événement similaire se produit vingt-quatre minutes plus tard au San Bernardino et c’est une grande partie de l’Italie qui est soudainement privée d’électricité. Même Rome s’éteint. C’est avec cet exemple que Franco Romerio, enseignant à la Faculté des sciences et à la Faculté des sciences économiques et sociales, commence une réflexion sur la complexité actuelle de l’approvisionnement en énergie. A l’heure de l’ouverture des marchés de l’électricité en Europe, que faut-il faire? Pour les uns, la protection de l’environnement prime, pour les autres, c’est la croissance économique; certaines ressources s’épuisent ou leur utilisation détraque le climat; la sécurité de l’approvisionnement se bat contre la folle complexité de l’interconnexion électrique des pays européens où l’on voit des opérateurs nationaux et internationaux se partager des centaines d’unités de production, des centaines de milliers de kilomètres de lignes et des centaines de millions d’utilisateurs. En plus d’exposer le problème de manière à ce que le plus grand nombre puisse comprendre et se forger un avis, l’auteur donne aussi le sien. Pour lui, la Suisse doit s’engager résolument dans la voie des énergies renouvelables et de l’efficience énergétique. AV

«Les controverses de l’énergie», par Franco Romerio, Presses polytechniques et universitaires romandes, 2007, 135 p.

Le droit de punir trente ans après Foucault

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Avec la publication de Surveiller et punir, en 1975, le philosophe Michel Foucault ouvrait un gigantesque champ de réflexion autour de l’univers carcéral et du rapport de nos sociétés à la détention. Avec un peu plus de trente ans de recul, les auteurs réunis dans cet ouvrage collectif par Michel Porret et Marco Cicchini, respectivement professeur et assistant au Département d’histoire moderne, reviennent sur cet héritage pour en démontrer toute l’actualité. Conformément aux vœux de Foucault, qui souhaitait que ses travaux soient «une sorte de tool-box dans lequel les autres puissent aller fouiller pour y trouver un outil avec lequel ils pourraient faire ce que bon leur semble, dans leur domaine», la première partie du livre propose différentes relectures de l’œuvre du grand philosophe autour des notions de «panoptique», de «gouvernementalité» ou de «corps captif». La deuxième section présente quelques-uns des grands chantiers ouverts dans le sillage de Surveiller et punir par l’historiographie contemporaine. Enfin, l’ultime volet du texte aborde les conceptions et pratiques actuelles du droit de punir. Sur la base d’une vaste enquête réalisée en Suisse romande, Noëlle Languin, Jean Kellerhals et Christian-Nils Robert y montrent notamment comment les représentations contemporaines de la «juste peine» oscillent autour de trois philosophies pas toujours conciliables: la rédemption (basée sur l’idée de réconciliation), l’équité (qui vise la réparation) et la stigmatisation (qui tend à l’exclusion). VM

«Les sphères du pénal avec Michel Foucault», par Marco Cicchini et Michel Porret (dir.), éditions Antipodes, 303 p.

Töpffer côté pile

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Ses fanatiques, parmi lesquels un certain Goethe, le connaissent comme le père d’un art nouveau: la bande dessinée. Ce qu’on sait moins en revanche, c’est que l’écrivain qui s’amusait à croquer les touristes en visite dans les Alpes, fut également à l’origine de la création d’une chaire de rhétorique à l’Université. Plus précisément, à l’Académie de Genève, où il œuvra comme professeur. La présente édition de la Correspondance complète de Rodolphe Töpffer, car c’est de lui qu’il s’agit, dessine le portrait d’un personnage à la créativité débordante qui entretenait des relations nombreuses et variées par le biais de missives souvent savoureuses. Parfois agrémentées d’illustrations ou de petits rébus, ces courriers bouillonnent de vie. Tous témoignent d’une volonté d’informer autant que d’émouvoir. De la brève circulaire adressée à une société littéraire au compte-rendu d’une excursion envoyé à sa famille, de l’affectueux billet à Kitty, son épouse, aux explications fournies aux tuteurs des jeunes pensionnaires dont il avait la charge, cette compilation fait découvrir une voix dont le ton frappe par la sincérité. Ce volume rapprochera son lecteur de Töpffer. Il le fera peut-être un peu rêver d’avoir un jour compté parmi l’un de ses amis. SD

«Correspondance complète de Rodolphe Töpffer», éditée et annotée par Jacques Droin, éditions Droz, 482 p.