Projet IMAGINE: Développer les compétences transversales à l'école
CISA : Dr. Nathalie Mella, Dr. Gwladys Rey, Alexandra Zaharia, Pr. David Sander
CFPP : Dr. Pascal Edwards, Marie Gay
Ce projet inter-institutionnel était coordonné par le Centre interfacultaire en sciences affectives (CISA) de l’université de Genève, en collaboration avec UniDistance Suisse, le Centre de Formation Pré-Professionnelle (CFPP) et l’Ecole de Culture Générale du Canton de Genève. Il a reçu un financement du Fond National Suisse (FNS) et s'est déroulé pendant l’année scolaire 2021-2022. L’objectif de ce projet de recherche était d’évaluer l’utilité de différents cours et ateliers destinés à développer les compétences transversales à l'école.
Quelles sont les compétences transversales en question ?
Les compétences transversales qui nous intéressaient ici comprennent un ensemble de connaissances, d’attitudes et de capacités qui permettent de s’adapter à la société et peuvent être appliquées dans différentes situations, au travail, en famille, à l’école ou avec des ami·e·s.
Ces compétences s’acquièrent tout au long de la vie et peuvent être développées par la pratique d’activités spécifiques. Dans ce projet, nous nous sommes focalisés sur 4 types d’activités qui ont été dispensées aux élèves à l’occasion d’un cours ou atelier de 1h30, durant 9 semaines, entre septembre et décembre 2021. Afin d’évaluer la pertinence des activités proposées dans les cours, des questionnaires et des tâches sur ordinateur ont été proposées aux élèves, de manière anonyme, avant et après les ateliers.
La participation à ces cours et ateliers était libre et est soumise à l’accord des élèves et de leurs parents (pour les élèves mineur·e·s). Elles ont eu lieu pendant un cours obligatoire, en présence de l’enseignant·e, et les élèves ayant fait le choix de ne pas participer ont travaillé en étude surveillée.
Quelles activités ont été proposées ?
La pleine conscience
Cette activité consiste en une série d’exercices ludiques autour de l’attention, de la relaxation, de la respiration, de l’exploration des émotions, en alternance avec des discussions, visant à entraîner une présence attentive et bienveillante. Le programme proposé aux élèves est une adaptation de Mindfulteen, développé aux HUG par des professionnel·le·s de la santé ayant l’expérience de la pratique de la pleine conscience avec les adolescent·e·s. Il est également inspiré du programme « .b » de MiSP (Mindfulness in School Programs) et a été dispensé par le centre Ressource Mindfulness, structure professionnelle solidement ancrée sur le paysage genevois de la pleine conscience.
L’improvisation théâtrale
Cette activité consiste à découvrir les outils clés de l’improvisation théâtrale visant notamment à travailler la créativité, la communication verbale et non verbale, l’écoute active dans un esprit de collaboration et de confiance. Les cours ont été dispensés par impro.ch, structure professionnelle privilégiée pour l’enseignement d’improvisation théâtrale à Genève.
Les jeux socio-éducatifs
Cette activité consiste en la pratique de divers jeux de plateau conçus pour travailler différentes facettes des émotions : identification, reconnaissance, utilisation et régulation des émotions, à la fois chez soi et chez l’autre. Elle a été animée par des membres de notre équipe du CISA et UniDistance, spécialisé·e·s en animation de jeux éducatifs concernant les émotions.
L’outil numérique
Cette activité a consisté en la mise en pratique de compétences personnelles des élèves, à travers l’utilisation d’outils bureautiques et numériques en vue de la rédaction de CV et de lettres de motivation. Ils ont été dispensés par les enseignant·e·s du CFPP et des apprenti·e·s de l'Espace Entreprise du Centre de Formation Professionnelle Commerce.
Quels sont les résultats de l’étude ?
L’étude a été menée auprès de 292 élèves, qui ont participé pendant neuf semaines à l’une des trois activités centrées sur les compétences sociales et émotionnelles – pleine conscience, improvisation théâtrale ou jeux socio-éducatifs – ou au cours d’outils numériques constituant la condition de comparaison.
Un effet protecteur chez les élèves anxieux-ses.
Les résultats montrent tout d’abord que les effets des activités dépendent en partie de la vulnérabilité émotionnelle des élèves. Près d’un tiers des adolescent.es présentaient alors un niveau d’anxiété modéré à élevé.
Dans le groupe contrôle, les adolescent.es ont vu leurs difficultés émotionnelles et comportementales augmenter au fil de l’étude, tandis que leur sentiment d’efficacité personnelle – c’est-à-dire la confiance dans sa capacité à faire face aux difficultés et à agir efficacement – diminuait. Chez les adolescent.es ayant participé au théâtre d’improvisation, à la pleine conscience ou aux jeux socio-éducatifs, ces deux dimensions sont au contraire restées globalement stables. Les résultats observés suggèrent également une légère diminution des difficultés émotionnelles et relationnelles chez les adolescent.es les plus anxieux.ses ayant pratiqué la méditation pleine conscience.
Ces résultats suggèrent que proposer à l’école des activités expérientielles, engageantes et centrées sur les interactions sociales et émotionnelles peut contribuer à offrir un environnement protecteur aux adolescent·es les plus vulnérables sur le plan émotionnel. L’effet observé correspond davantage à une prévention de la détérioration qu’à une amélioration uniforme de l’ensemble des élèves.
Un effet spécifique de l’improvisation sur l’empathie et la collaboration
L’improvisation théâtrale a par ailleurs montré des effets spécifiques sur les compétences interpersonnelles : les élèves ayant suivi cette activité ont significativement progressé dans leur capacité à adopter le point de vue d’autrui (empathie cognitive) ainsi que dans leur disposition à collaborer avec les autres, indépendamment de leur niveau initial d’anxiété.
L’improvisation théâtrale se distingue par son caractère très interactif, spontané et immersif. Pour construire une scène, les élèves doivent en permanence écouter leurs partenaires, comprendre rapidement leurs intentions, leurs émotions et leur point de vue, puis ajuster leur propre réponse pour faire avancer l’action. Par ailleurs, ils/elles font l’expérience concrète qu’une scène fonctionne lorsque chacun s’appuie sur les propositions des autres, leur fait confiance et contribue à un objectif commun. Cette co-construction en temps réel, dans un cadre ludique et sécurisant, mobilise ainsi directement des compétences de prise de perspective, d’ajustement à autrui et valorise la collaboration.
Publication scientifique
Les résultats complets de l’étude ont été publiés en 2026 dans la revue Social and Emotional Learning: Research, Practice, and Policy :
Mella, N., Rey, G., Zaharia, A., Magnus Smith, M., Samson, A. C., Gentaz, E., Piguet, C., & Sander, D. (2026). Common and differential effects of improvisation theater, mindfulness training and board games at school on adolescents’ social and emotional competencies. Social and Emotional Learning: Research, Practice, and Policy, 8, 100213.
Collaborateurs-trices du projet
- Nathalie Mella (Unige)
- Gwladys Rey (Unige)
- David Sander (Unige)
- Alexandra Zaharia (Unige)
- Pascal Edwards (CFPP)
- Edouard Gentaz (Unige)
- Camille Piguet (HUG)
- Andrea Samson (UniDistance)
- Giuseppe Ugazio (Unige)