Chapitre III.
La logique des relations a

Comme nous l’avons vu au chapitre premier (§ 4), les relations constituent la comprĂ©hension des concepts, dont l’extension est reprĂ©sentĂ©e par les classes. Il faut donc nous attendre Ă  un isomorphisme systĂ©matique entre les groupements de relations et les groupements de classes. Mais, chose curieuse, ce parallĂ©lisme, qui simplifie singuliĂšrement l’étude des unes et des autres, Ă©chappe en gĂ©nĂ©ral Ă  l’attention des logiciens et se heurte mĂȘme parfois aux objections de certains d’entre eux, qui veulent tout ramener Ă  l’extension pure. Comme exemple de la premiĂšre catĂ©gorie, on peut citer Ch. Serrus qui, bien que nous ayant empruntĂ© la mĂ©thode des groupements, omet complĂštement celui des relations symĂ©triques, pourtant si essentiel Ă  l’intelligence du mĂ©canisme conjuguĂ© des relations et des classes. D’autre part, M. Boll, qui tient Ă  identifier le plus possible la logique et la thĂ©orie des ensembles, expose les relations dans le langage presque exclusif des matrices, empruntĂ© par Carnap Ă  la conception que se font les mathĂ©maticiens des relations en extension. Il importe donc d’abord de justifier le point de — vue que nous adopterons ici.

§ 16. La structure des relations

AprĂšs avoir louĂ© de Morgan de s’ĂȘtre dĂ©gagĂ© de la forme exclusivement prĂ©dicative attribuĂ©e par Aristote Ă  toutes les propositions — ce qui revient Ă  dire que le grand logicien anglais a eu raison de dissocier la logique des relations de celle des classes — M. Boll prĂ©conise, pour l’exposĂ© de cette autre logique, l’emploi des matrices « qui met Ă  nouveau l’accent sur le point de vue extensionaliste de la logique scientifique »1. Or, ce recours aux matrices revient

1. M. Boll, Manuel de logique scientifique, p. 256. i

ni plus ni moins Ă  exprimer une fois de plus les relations dans la perspective de la logique des classes. Cette nouvelle rĂ©duction de la relation Ă  la classe est, il va de soi, parfaitement lĂ©gitime en thĂ©orie des ensembles, puisqu’un ensemble est une collection en extension. Mais, si la logique veut ĂȘtre une thĂ©orie des opĂ©rations de la pensĂ©e, il n’est ni Ă  son avantage ni Ă  celui des mathĂ©matiques qu’elle copie trop servilement ces derniĂšres. Or, du point de vue de la logique Ă©lĂ©mentaire, il rĂ©sulte d’une telle conception exten- sionaliste de la relation, que la thĂ©orie des relations, au lieu de constituer l’un des piliers de la logique entiĂšre, au mĂȘme titre que la logique des classes, devient un petit compartiment de cette derniĂšre (comme par exemple dans le Manuel de Boll, oĂč elle est rĂ©duite Ă  une sorte d’appendice dĂ©nuĂ© de nĂ©cessitĂ©).

La position de Russell est plus satisfaisante, qui considĂšre une fonction propositionnelle, saturĂ©e par un seul argument φ(≈), comme dĂ©notant une classe et une fonction saturĂ©e par deux ou plusieurs arguments φ(z, y) comme dĂ©notant une relation. Seulement, comme nous l’avons dĂ©jĂ  vu (§ 4), la fonction φ(τ) cemporte dĂ©jĂ  une relation proprement dite : la relation d’équivalence (positive ou nĂ©gative), au nom de laquelle on qualifie x1 d’une propriĂ©tĂ© (φ) qui appartient (ou n’appartient pas) Ă  d’autres argu- . ments que x1. C’est pourquoi nous considĂ©rons toute relation comme exprimant la comprĂ©hension d’un concept dont l’extension est une classe et toute classe exprimant l’extension d’un concept dont la comprĂ©hension se rĂ©duit Ă  une ou plusieurs relations.

A cet Ă©gard, la seule diffĂ©rence entre ce que nous avons appelĂ© les classes faiblement structurĂ©es et les classes semi-structurĂ©es (dĂ©finitions 11 et 12) tient Ă  la nature des relations qui unissent les individus de la classe et par consĂ©quent aux rapports entre l’extension et la comprĂ©hension (voir § 5). Aussi n’allons-nous pas faire une thĂ©orie des classes semi-structurĂ©es en tant que classes, et nous bornerons-nous, Ă  leur sujet, Ă  grouper les relations asymĂ©triques transitives qui les caractĂ©risent.

Mais examinons auparavant la conception extensionaliste des relations, telle qu’elle ressort de la mĂ©thode d’exposition par « matrices ». Les matrices utilisĂ©es par Carnap et par Boll reposent sur l’opĂ©ration propre Ă  la thĂ©orie des ensembles et appelĂ©e le « produit »1 : le produit de deux ensembles, distincts ou non, E × F,

1. Voir Bourbaki, ÉlĂ©ments de mathĂ©matiques, Hermann, 1939, PremiĂšre partie, Livre T, les § 3, 5 et 6 dont s’est inspirĂ© M. Boll.

est l’ensemble des couples x, y, dont « le premier Ă©lĂ©ment x est un Ă©lĂ©ment quelconque de E et le second y un Ă©lĂ©ment quelconque de F »1. La multiplication de deux ensembles est donc l’opĂ©ration associant chacun des Ă©lĂ©ments de E Ă  chacun des Ă©lĂ©ments de F et rĂ©ciproquement, deux couples x, y et x’, y’ n’étant considĂ©rĂ©s comme identiques que si l’on a x = x’ et y = y’. Les applications de E x F

Fig. 10.

sur E et sur F dĂ©termineront ce qu’on appelle la premiĂšre et la seconde coordonnĂ©es ou projections du systĂšme. On dira par exemple qu’un couple quelconque z est projetĂ© simultanĂ©ment sur les deux coordonnĂ©es et on exprimera le rapport entre un Ă©lĂ©ment a : en E et un Ă©lĂ©ment y en F sous la forme z ≡ x∣y (voir fig. 10). On peut alors multiplier un ensemble E par lui-mĂȘme et c’est cette automultiplication qui constituera sa matrice. Les casiers tels que les x et les y soient Ă©quivalents (0/0, 1/1, 2/2, etc. = les casiers hachurĂ©s de la fig. 10) seront appelĂ©s la diagonale de la matrice.

1. Ibid., p. 13.

 

On obtient de la sorte la reprĂ©sentation possible de toutes les relations x, y, en portant en x les antĂ©cĂ©dents et en y les consĂ©quents de la relation. La relation d’équivalence, par exemple, se confond avec la diagonale ; si les casiers 0, 1, 2, 3, etc., correspondent aux termes A, B, C, D
, la diagonale donne en effet AA, BB, CC, etc., c’est-Ă -dire les identitĂ©s A = A ; B = B ; etc.

Or, deux choses frappent, dans cette reprĂ©sentation matricielle des relations : la premiĂšre est que l’opĂ©ration de la construction mĂȘme des matrices consiste en une multiplication de classes ; la seconde est que la relation comme telle ne donne lieu Ă  aucun calcul, mais est remplacĂ©e par l’arrangement de ses termes au sein du tableau multiplicatif, c’est-Ă -dire par la seule disposition des Ă©lĂ©ments x et y entre lesquels sont donnĂ©es les relations.

L’opĂ©ration de construction de la matrice, tout d’abord, n’est autre que la multiplication bi-univoque des classes dĂ©crite Ă  propos du groupement IV. Dans le cas des ensembles, cette opĂ©ration consiste en une association entre un Ă©lĂ©ment quelconque de l’ensemble E et un Ă©lĂ©ment quelconque de l’ensemble F. Une telle opĂ©ration sort en principe de la logique des classes, puisque celle-ci n’envisage pas des termes « quelconques », mais des individus qualifiĂ©s. On peut cependant Ă©tendre l’opĂ©ration aux classes elles-mĂȘmes et considĂ©rer les termes x et y des relations comme des classes singuliĂšres qualifiĂ©es. Cela rĂ©duira donc la construction de la matrice Ă  un groupement IV, avec auto-multiplication. Or ce groupement IV comprend les trois premiers. D’autre part, toute relation constitue la comprĂ©hension d’une classe. Il en rĂ©sulte que les groupements de relations qualitatives Ă©lĂ©mentaires (intensives) se rĂ©duiront, dans le calcul matriciel, aux groupements des classes elles-mĂȘmes.

Mais alors que devient la relation comme telle ? Elle est traduite sous forme de quotients1 (Ă  Ă©lĂ©ments tels que z = x/y), mais ceux-ci ne sont pas autre qu’un certain produit logique des termes eux- mĂȘmes, c’est-Ă -dire Ă  nouveau une composition multiplicative de classes. Les classes Ă©tant ordonnĂ©es d’une certaine maniĂšre, elles expriment naturellement, par leur disposition mĂȘme, les relations considĂ©rĂ©es. Mais le calcul ne porte que sur les classes, ou l’extension, et non pas sur les relations en tant que comprĂ©hension.

1. Voir dans Bourbaki (op. cit., p. 29) les relations entre 1’« ensemble-quotient » et l’ensemble produit E x F.

*

Par exemple Bourbaki exprime comme suit la relation d’équivalence. Soit G une partie de l’ensemble B x E. Cette partie G est dĂ©finie par la relation d’équivalence : 1° si la diagonale fait partie de G ; 2° si la partie rĂ©ciproque de G est identique Ă  C, ce qui revient Ă  dire s’il y a symĂ©trie : x, y = y, x ; et 30siles compositions de G sont transitives1. La relation d’ordre, par cbr.tre, est caractĂ©risĂ©e, outre la mĂȘme transitivitĂ©, par le fait que la partie commune Ă  la partie C et Ă  sa rĂ©ciproque (= l’ensemble des Ă©lĂ©ments de mĂȘme ordre) est identique Ă  la diagonale2. Quant Ă  la relation « totalement ordonnĂ©e » elle requiert l’axiome supplĂ©mentaire selon lequel la partie C jointe Ă  sa rĂ©ciproque3 sont Ă©quivalentes Ă  l’ensemble total E × E.

C’est d’une maniĂšre analogue que Russell, aprĂšs avoir caractĂ©risĂ© les relations par les fonctions φ(τ, y), les analyse par l’extension : le « champ » d’une relation R(x, y) Ă©tant l’ensemble de ses termes (x et y), le « domaine » l’ensemble des antĂ©cĂ©dents x et le « co-domaine »l’ensemble des consĂ©quents ?/, une relation symĂ©trique sera celle dont le co-domaine est identique au domaine, etc.4.

Mais il subsiste deux sortes de difficultĂ©s. La premiĂšre est que, du point de vue de la logique pure, par opposition Ă  la thĂ©orie des ensembles, il est indispensable de faire une analyse de la comprĂ©hension comme telle, ne serait-ce que pour Ă©tablir l’isomorphisme de ses formes avec celles de l’extension. Lorsqu’on nous dĂ©crit une relation par la disposition des termes de cette relation dans un tableau multiplicatif, on ne nous donne en effet que le rĂ©sultat de la mise en relation, et non pas la relation comme telle. Dire que la relation d’équivalence est celle qui caractĂ©rise les termes occupant la diagonale d’une matrice, tandis que les termes reliĂ©s par une relation d’ordre sont extĂ©rieurs Ă  la diagonale, sauf les termes de mĂȘme ordre, on traduit de façon assurĂ©ment univoque le produit des opĂ©rations de mise en relation, mais on Ă©nonce une vĂ©ritĂ© beaucoup moins immĂ©diate qu’en attribuant Ă  la relation d’équivalence la signification d’une diffĂ©rence nulle et aux relations asymĂ©triques transitives constituant l’ordre A < B < C < 
 la signification d’une diffĂ©rence croissante. Sans doute, le mathĂ©maticien n’éprouve- t-il aucun besoin d’exprimer ces rapports de comprĂ©hension par des opĂ©rations spĂ©ciales puisqu’il s’intĂ©resse essentiellement aux extensions que ces rapports dĂ©terminent. Mais, si le logicien imite sur ce point le mathĂ©maticien, il intervertit l’ordre naturel de la

1. Ces trois conditions s’écrivent en thĂ©orie des ensembles : 1° AC C ; 2° C— 1 = C et 3“ C o C = C.

2. en c— 1 = a.

3 C U C-1 = E × E (p. 43).

4. B. Russell, Introd. à la philosophie mathématique, chap. V et VI.

∖

construction et contraint l’esprit Ă  reconstituer, par une infĂ©rence proprement dite, la relation en comprĂ©hension Ă  partir de la disposition en extension, au lieu de reconnaĂźtre en cette disposition un rĂ©sultat de la mise en relation et de chercher Ă  atteindre celle-ci sur le plan de la comprĂ©hension.

La seconde difficultĂ© est plus grave et renforce la premiĂšre : c’est qu’il existe des opĂ©rations portant sur les relations comme telles, par opposition Ă  leurs termes envisagĂ©s en extension, et que ces opĂ©rations diffĂšrent des opĂ©rations de classes tout en prĂ©sentant des groupements isomorphes. En effet, si une relation asymĂ©trique transitive exprime une diffĂ©rence entre les termes qu’elle relie, par exemple A < B et B < C, autre chose sera d’additionner deux diffĂ©rences (A B) + (B gj C) = (A b, C) et autre chose sera de soumettre les termes A, B, C, Ă  des opĂ©rations de classes (par exemple A + B + C), mĂȘme en construisant Ă  leur usage des classes ordonnĂ©es ou ensembles dĂ©terminĂ©s en fonction d’une matrice et de sa diagonale. De mĂȘme, si une relation d’équivalence exprime une diffĂ©rence nulle, elle donnera lieu Ă  des opĂ©rations tautologiques, 0 0 0

comme (A≠E∣j ⅛ (B UC) = (A V C), distinctes des opĂ©rations correspondantes qu’on peut faire sur les termes ou leurs classes :

(A, B, C) × (A, B, C) ; etc.

Or, il est d’autant plus intĂ©ressant de chercher Ă  dĂ©gager ainsi la structure des relations en elles-mĂȘmes que les groupements de ces opĂ©rations en comprĂ©hension sont isomorphes aux groupements des opĂ©rations de classes portant sur les termes reliĂ©s par les relations envisagĂ©es, et cela bien qu’il ne s’agisse donc pas des mĂȘmes opĂ©rations. On aperçoit alors immĂ©diatement que, si l’addition de deux diffĂ©rences ( g, + gj = ^) correspond Ă  l’addition de deux classes distinctes (A + A’ = B), l’addition d’équivalences correspond aux tautologies (A + A = A) donc Ă  l’identique spĂ©ciale des groupements additifs ou Ă  l’identique gĂ©nĂ©rale (0 + 0 = 0). Et pourtant (et ceci justifie Ă  soi seul une Ă©tude sĂ©parĂ©e des opĂ©rations en comprĂ©hension) l’opĂ©ration inverse de l’addition d’une diffĂ©rence + (A 4 B); qui ξ≡t la soustraction de cette mĂȘme diffĂ©rence, soit — (A4B), Ă©quivaut Ă  l’addition, de la relation converse :

(A 4 B) + (B 4 A) = (A 4 A)

A la complĂ©mentaritĂ© des opĂ©rations de classes (+ A et — A) cor-

Ÿ

respondra donc la « réciprocité » dans les groupements de relations, sans que cela exclue un isomorphisme complet entre les deux sortes de groupements !

Il se pose ainsi un problĂšme de structure d’ensemble Ă  propos des relations comme Ă  propos des classes et ce problĂšme mĂ©rite un exam,en attentif, mĂȘme s’il n’intĂ©resse en rien la thĂ©orie des ensembles. Ce n’est donc pas nĂ©cessairement en copiant les procĂ©dĂ©s des mathĂ©maticiens que l’on fera la meilleure des logiques : c’est en traitant d’abord pour elle-mĂȘme la question spĂ©cifique des opĂ©rations les plus Ă©lĂ©mentaires de l’esprit. A cet Ă©gard, les relations mĂ©ritent une Ă©tude Ă  part, qui les considĂšre en et pour elles-mĂȘmes.

Il va de soi, d’ailleurs, que cette recherche sur les opĂ©rations propres aux relations en comprĂ©hension n’enlĂšve rien Ă  l’intĂ©rĂȘt des matrices et des analyses extensionalistes de la relation. Au contraire, c’est une fois dĂ©gagĂ© le mĂ©canisme propre aux relations que l’on saisit le mieux, par une mise en rapport de la comprĂ©hension et de l’extension, la correspondance des classes et des relations. Quant Ă  dire, avec M. Boll, que le point de vue de l’extension est plus « scientifique » que celui de la comprĂ©hension, on serait heureux de savoir selon quel critĂšre cet auteur juge des caractĂšres et des limites de la science


Il est, au reste, une mĂ©thode classique d’exposition des relations fondĂ©e sur la comprĂ©hension : c’est la reprĂ©sentation sagittale, qui consiste Ă  figurer les termes des relations par des symboles de classes (individus ou classes) et les relations elles-mĂȘmes par des flĂšches exprimant le sens du rapport : A → B reprĂ©sentera « A pĂšre de B » (ou A < B ; etc.); A≠B figurera A = B ; etc. Quant Ă  la mĂ©thode dite de l’énumĂ©ration des couples, elle prĂ©lude aussi bien Ă  une disposition en matrice qu’à une disposition sagittale.

Nous retiendrons donc la figuration sagittale. Elle ne prĂ©sente assurĂ©ment en elle-mĂȘme que l’intĂ©rĂȘt d’un symbolisme commode. Mais, par le fait que le symbole se rĂ©fĂšre alors Ă  la comprĂ©hension, c’est-Ă -dire Ă  la relation en tant que propriĂ©tĂ© relative, et non pas seulement aux termes reliĂ©s, son usage permet, en groupant les flĂšches comme telles, de construire des groupements spĂ©cifiquement relationnels, sans que l’on ne soit plus tentĂ© de confondre les opĂ©rations portant sur les relations et les opĂ©rations portant sur leurs termes en tant qu’élĂ©ments de classes.

§ 17. Classification et groupements des relations

Par le fait que les relations expriment la comprĂ©hension des concepts et les classes leur extension, la logique des relations rencontre un problĂšme plus dĂ©licat de formalisation, de dissociation entre la « forme » et le « contenu » (voir § 2), que celle des classes. Il existe d’ailleurs diffĂ©rents paliers de formalisation au sein des classes elles-mĂȘmes : un « ensemble abstrait » dont les Ă©lĂ©ments sont, par dĂ©finition, dĂ©munis de propriĂ©tĂ©s sauf l’identitĂ© x = x, la distinction x ≠ y et l’appartenance Ă  l’ensemble ĂŠsE, constitue, par exemple, une classe tout autrement formalisĂ©e que la classe des hommes, dont chaque.individu forme une sous-classe singuliĂšre bien distincte des autres par ses qualitĂ©s propres. Mais il est facile de dissocier toute classe de son contenu extralogique, en formalisant les emboĂźtements d’extensions indĂ©pendamment de la comprĂ©hension. Avec la relation, au contraire, qui exprime cette comprĂ©hension comme telle, le problĂšme se pose de savoir comment dĂ©gager la « forme » des rapports en comprĂ©hension de leur « contenu », c’est-Ă -dire de la variĂ©tĂ© illimitĂ©e des relations donnĂ©es.

On pourrait ĂȘtre tentĂ© de rĂ©soudre le problĂšme en considĂ©rant simplement comme formels les caractĂšres les plus gĂ©nĂ©raux des relations (les propriĂ©tĂ©s de symĂ©trie ou d’asymĂ©trie, de transitivitĂ©, etc.). Mais ce serait lĂ  un critĂšre bien insuffisant, car les transitions sont insensibles entre le gĂ©nĂ©ral et le spĂ©cial, ce qui effacerait toute frontiĂšre stable entre la forme et le contenu : ne sachant oĂč s’arrĂȘter dans l’analyse des caractĂšres gĂ©nĂ©raux, on en viendrait Ă  une description pure et simple des diverses relations possibles, et elles sont en nombre indĂ©fini. La distinction des relations continues et discontinues est-elle, par exemple, d’ordre gĂ©nĂ©ral ou spĂ©cial ?

Un second critĂšre est beaucoup plus solide : est « formelle » toute propriĂ©tĂ© des relations qui donne lieu Ă  une composition possible ; ne concerne par contre que le contenu ce qui demeure incomposable. Par exemple, les caractĂšres asymĂ©trique et transitif d’une relation donnent lieu Ă  des compositions d’ordre qui constituent Ă  coup sĂ»r des « formes » logiques au mĂȘme titre que les emboĂźtements de classes (d’autant plus que ceux-ci sont partiellement ordonnĂ©s). Par contre, les relations intransitives telles que « le loup mange la brebis », « x a tuĂ© y », etc., reprĂ©sentent un rĂ©sidu inanalysable au point de vue formel, sauf Ă  les relier d’une façon quelconque aux relations transitives. ÎČÎČ-

Mais ce caractĂšre de composition possible ne rĂ©sout pas tout le problĂšme de la logique des relations, car, si toute composition pure est formelle, toute composition formelle n’est pas exclusivement logique : Ă  dĂ©finir la logique des relations par sa seule capacitĂ© de composition, elle engloberait toutes les mathĂ©matiques. Il convient donc, Ă  propos des relations comme Ă  propos des classes, de limiter la logique non spĂ©cifiquement mathĂ©matique au domaine de la quantitĂ© intensive. Les relations (A < B) = a et (B < C) = a’ sont, Ă  cet Ă©gard, simplement logiques, car, si (A < C) = b, la composition a -f- a’ = b permet seulement de juger que la diffĂ©rence est plus grande entre A et C (= b) qu’entre A et B ou qu’entre B et C (donc a < b et a’ < b), mais elle ne nous renseigne pas sur les rapports entre a et a’ (qui peuvent ĂȘtre a > a’ ou a < a’ aussi bien que a — a’). Au contraire la relation 2 = 4/2 est mathĂ©matique car, si a = 2 ; b = 4 et a’ = b — a, on a b = a 4- a et a’ = a.

Nous nous bornerons donc, en ce chapitre, Ă  l’étude des relations intensives, c’est-Ă -dire de celles qui, par dĂ©finition, ne connaissent d’autre quantification que le rapport d’inĂ©galitĂ© entre la partie et le tout ni d’autre Ă©quivalence que la co-possession de la mĂȘme qualitĂ©. Or, le premier point Ă  noter est que ces expressions, dont la signification semble au premier abord n’intĂ©resser que la seule extension, concernent Ă©galement la comprĂ©hension elle-mĂȘme. En effet, sous sa forme la plus gĂ©nĂ©rale, une relation ne saurait exprimer qu’une ressemblance ou une diffĂ©rence. Or, la diffĂ©rence est ordinairement susceptible de plus et de moins, et cette graduation peut admettre elle-mĂȘme une quantification soit intensive, soit extensive ou numĂ©rique (comme nous venons de le voir). Il en est de mĂȘme de la ressemblance, y compris l’équivalence ou diffĂ©rence nulle : il existe des Ă©quivalences numĂ©riques, extensives ou intensives, ces derniĂšres exprimant la simple possession en commun d’une mĂȘme qualitĂ©. En ce cas, la relation x < a-, y qui attribue Ă  z et Ă  y la mĂȘme couleur, la mĂȘme vertu, etc., est Ă  la fois une Ă©quivalence intensive, du point de vue de la comprĂ©hension, et l’expression d’une co-appartenance ou d’une co-inclusion par rapport Ă  une mĂȘme classe (non ordonnĂ©e), du point de vue de l’extension.

Cela dit, la premiĂšre division Ă  introduire dans les relations est celle des relations asymĂ©triques A(R)B≠B(R)A et des relations symĂ©triques A(R)B = B(R)A, car elle correspond prĂ©cisĂ©ment Ă  une certaine rĂ©partition en relations de diffĂ©rences et relations de ressemblances. Toute relation symĂ©trique exprime une Ă©quivalence

positive ou nĂ©gative, cette derniĂšre constituant, alors une diffĂ©rence non ordonnĂ©e : par exemple a ; « est de la mĂȘme espĂšce » ou « n’est pas de la mĂȘme espĂšce » que y. Les relations asymĂ©triques sont toujours, par contre, des relations de diffĂ©rence ordonnĂ©e. Il convient d’y insister car cela n’est pas Ă©vident pour toutes ; d’autre part, les relations « diffĂšrent » et, dans certains cas, « asymĂ©trique » sont elles-mĂȘmes des relations symĂ©triques !

Il existe d’abord des relations asymĂ©triques impliquant le plus et le moins : ± grand, vertueux, etc. Il est clair que de tels rapports expriment une diffĂ©rence ordonnĂ©e entre les termes reliĂ©s. Mais il est des relations asymĂ©triques ne comportant qu’un couple de valeurs : gauche et droite, extĂ©rieur et intĂ©rieur, etc. (avec un ter- tium : ni Ă  gauche ni Ă  droite, sur la frontiĂšre, etc.). En un tel cas, la relation est bien asymĂ©trique, puisqu’on n’en saurait permuter les termes (A est Ă  gauche de B est contradictoire avec B est Ă  gauche de A), mais elle exprime en son contenu une sorte de symĂ©trie correspondant en particulier souvent au sens gĂ©omĂ©trique du terme. Cependant, il est clair que la relation traduit par sa composition asymĂ©trique, comme telle, une diffĂ©rence orientĂ©e dont le caractĂšre est simplement de procĂ©der par couples, mais par couples composables entre eux selon un ordre.

Mais pourquoi la relation « diffĂ©rent » est-elle elle-mĂȘme symĂ©trique ? En effet « A est diffĂ©rent de B » Ă©quivaut Ă  « B est diffĂ©rent de A ». On peut convenir, de mĂȘme, de dire que, dans l’ordre de succession AB, « A est asymĂ©trique Ă  l’égard de B » : cette relation Ă©quivaut alors à : « B est asymĂ©trique Ă  l’égard de A ». Les relations « diffĂ©rent » et, en un sens dĂ©fini, « asymĂ©trique » sont donc des relations symĂ©triques, qui expriment par ailleurs des sortes d’équivalences : « A est diffĂ©rent de B » signifie qu’il existe « la mĂȘme diffĂ©rence » entre A et B qu’entre B et A et « A est asymĂ©trique par rapport Ă  B » signifie qu’il existe une « mĂȘme asymĂ©trie » entre eux ! Or, la chose est aisĂ©e Ă  expliquer et ne contredit pas la rĂšgle gĂ©nĂ©rale : tant que la diffĂ©rence ou l’asymĂ©trie est exprimĂ©e sous une forme indĂ©terminĂ©e, c’est-Ă -dire non orientĂ©e, elle demeure prĂ©cisĂ©ment une diffĂ©rence non ordonnĂ©e, donc une simple Ă©quivalence nĂ©gative. Plus prĂ©cisĂ©ment, en un ordre de succession quelconque A < B < C
 il convient de distinguer la diffĂ©rence asymĂ©trique qui sĂ©pare A de B, B de C, etc., et l’intervalle, c’est-Ă -dire la relation « entre » qui est symĂ©trique parce que cet intervalle est le mĂȘme « entre » A et B qu’« entre » B et A et qu’il constitue

ainsi une Ă©quivalence dans la diffĂ©rence, c’est-Ă -dire une diffĂ©rence non ordonnĂ©e. Or, dire qu’il existe la mĂȘme diffĂ©rence entre A et B qu’entre B et A, c’est prĂ©cisĂ©ment se rĂ©fĂ©rer Ă  l’intervalle qui sĂ©pare symĂ©triquement ces deux termes et non pas Ă  la diffĂ©rence orientĂ©e ou ordonnĂ©e qui les oppose. De mĂȘme, si l’on convient de dire que l’asymĂ©trie est la mĂȘme « entre » A et B qu’« entre » B et A, on enlĂšve Ă  cette asymĂ©trie son orientation et on l’assimile Ă  une diffĂ©rence indĂ©terminĂ©e, c’est-Ă -dire Ă  nouveau Ă  un intervalle.

Une division aussi importante que celle des relations symétriques et asymétriques est celle des relations transitives et intransitives. Une relation transitive présente la propriété :

A(R)B + B(R)C = A(R)C

c’est-Ă -dire que la relation unissant A Ă  B et B Ă  C unit aussi A Ă  C. Mais il faut distinguer deux cas : celui oĂč la transitivitĂ© signifie une augmentation ou une diminution de diffĂ©rence ordonnĂ©e, c’est- Ă -dire un changement d’intensitĂ© de la mĂȘme relation qualitative (A < B ; B < C ; donc A < C oĂč la diffĂ©rence A < C est plus grande que les diffĂ©rences A < B ou B < C) ; et celui oĂč la transitivitĂ© est tautologique, parce qu’exprimant la co-appartenance Ă  une mĂȘme classe (A est compatriote de B ; B est compatriote de C ; donc A l’est de C). Quant aux relations intransitives, elles ne sont pas toutes incomposables, comme il pourrait le sembler. Il existe, en effet, ce qu’on appelle les relations « aliotransitives » qui donnent lieu Ă  une composition comportant diverses possibilitĂ©s simultanĂ©es : le frĂšre de mon frĂšre n’est pas nĂ©cessairement mon frĂšre, mais peut ĂȘtre mon frĂšre ou moi-mĂȘme ; le cousin germain de mon cousin germain peut ĂȘtre mon cousin germain, mon frĂšre ou moi- mĂȘme, etc. Seule l’intervention des classes secondaires propres aux « groupements » rend compte (comme nous l’avons dĂ©jĂ  vu au § 11) de ce genre de composition. En effet, si l’on dĂ©signe par A les fils d’un mĂȘme pĂšre, par B les petits-fils d’un mĂȘme grand-pĂšre, etc., on aura les relations : < 0 > : l’identitĂ© d’un individu ; √→ : fils d’un mĂȘme pĂšre ; t b , : petits-fils d’un mĂȘme grand-pĂšre ; mais aussi < y, : frĂšre, c’est-Ă -dire fils de mon pĂšre (< a J, mais pas moi- mĂȘme (( %) ; < a’y : cousin germain, c’est-Ă -dire petit-fils du mĂȘme grand-pĂšre (( b y), mais non pas fils du mĂȘme pĂšre (<+_>) ; etc. En ce cas, on aura la composition < g’ y + < a’ y = ( 6 y, parce que Aj + A2 = B (proposition 23 bis) ; le cousin germain de mon

cousin germain (χ n’ > + √→) ne peut ĂȘtre que petit-fils du mĂȘme grand-pĂšre que moi (^‰,), autrement dit il peut ĂȘtre mon cousin germain (( a’-,), mon frĂšre (t0 ,) ou moi-mĂȘme (< 0 j) ; en effet x 6 > comporte les possibilitĂ©s ( 0 >’1 < 0’ > ; ( a > et ,a’> parce que la classe (B) contient les sous-classes A’, A, (x’) et (x).

Dans le cas des relations franchement intransitives, du moins en apparence, comme « le loup mange la brebis ; la brebis mange l’herbe, mais le loup ne mange pas l’herbe », il importe donc de chercher en chaque cas si la relation n’est pas comparable Ă  une aliotransitivitĂ©. Tout d’abord il convient de se mĂ©fier du langage courant, qui n’est pas nĂ©cessairement logique : ainsi dans l’exemple choisi, le langage ne permet pas de continuer la sĂ©rie en disant « l’herbe mange les sels minĂ©raux du sol », alors qu’il s’agit Ă©videmment de la mĂȘme relation. Ensuite, il convient de chercher la relation transitive la plus proche, dans un sens analogue au genus proximum, mais en termes de relations. Dans le cas particulier, c’est la relation « assimile les substances extraites de » ou « se nourrit de », mais indirectement comme directement : le loup se nourrit de la brebis, et, Ă  travers la brebis, de l’herbe, et, Ă  travers l’herbe, de sels minĂ©raux. Il est alors facile de construire un systĂšme de relations asymĂ©triques transitives, telles que : les sels minĂ©raux sont assimilĂ©s par l’herbe, etc., et d’y situer les relations initiales « le loup mange la brebis » Ă  titre de relations aliotransitives. Ce processus de transformation des relations intransitives en relations transitives ou aliotransitives n’est pas autre chose que le travail accompli par les sciences lorsqu’elles remplacent les concepts vulgaires par des lois et qu’elles introduisent entre les relations lĂ©gales cette transitivitĂ© dĂ©ductive qui constitue la causalitĂ©. Ainsi « le feu brĂ»le le bois » est une relation intransitive liĂ©e Ă  des concepts vulgaires dont la chimie a commencĂ© par ĂȘtre dupe (le phlogistique), tandis que l’analyse de l’oxydation lui substitue un systĂšme de relations causales transitives. La plupart des lois et des dĂ©ductions causales sont de caractĂšre mĂ©trique, mais il en est (en biologie, etc.) de caractĂšre simplement intensif, qui illustrent ce genre de formalisation logique. Bref, une relation intransitive est, en gĂ©nĂ©ral, ou une relation aliotransitive plus ou moins correctement formulĂ©e, ou une forme Ă  contenu extralogique encore mal Ă©laborĂ©, ou un pur assemblage verbal. Mais il reste une derniĂšre Ă©ventualitĂ©, qui caractĂ©rise les relations intransitives authentiques : c’est l’intransitivitĂ© par dĂ©faut de composition rĂ©versible possible du contenu extra-logique

des rapports : par exemple : « x a tuĂ© y » et y n’est plus apte Ă  aucune action.

La logique des relations distingue Ă©galement les relations rĂ©flexives A(R)A et irrĂ©flexives, les premiĂšres Ă©tant celles qui relient un terme Ă  lui-mĂȘme : je suis un « fils du mĂȘme pĂšre » que moi-mĂȘme (. a v est donc une relation rĂ©flexive), mais je ne suis pas mon propre frĂšre ((0’i, est donc une relation irrĂ©flexive). On parle aussi de relations connexes, si pour deux termes distincts quelconques de leur champ elles existent entre le premier et le second, ou entre le second et le premier, ou dans les deux cas Ă  la fois. Ainsi une sĂ©rie A < B < C <
 est faite de relations asymĂ©triques, transitives et connexes.

Il nous paraĂźt utile d’introduire en outre une distinction entre relations bivalentes, trivalentes et multivalentes. Une relation sera dite « bivalente » quand elle ne pourra ĂȘtre qu’affirmĂ©e ou niĂ©e, sans degrĂ©s intermĂ©diaires : A est le frĂšre de B ou il ne l’est pas. Toutes les relations symĂ©triques sont bivalentes, car une Ă©quivalence dĂ©terminĂ©e est vraie ou fausse, sans tiers possible. Une relation sera dite « trivalente » si elle admet le rapport considĂ©rĂ©, sa rĂ©ciproque, et l’absence ou la prĂ©sence des deux. Par exemple « A est Ă  gauche de B », « B est Ă  droite de A », mais C peut n’ĂȘtre ni Ă  gauche ni Ă  droite de B (s’il est au-dessus, etc.). Autre exemple : « A est extĂ©rieur Ă  une frontiĂšre », « B est intĂ©rieur Ă  la frontiĂšre », mais C peut ĂȘtre « sur la frontiĂšre », c’est-Ă -dire Ă  la fois extĂ©rieur et intĂ©rieur (s’il est un ensemble de points) ou ni l’un ni l’autre (s’il est un point). Certaines relations peuvent ĂȘtre dĂ©finies Ă  volontĂ© comme bivalentes ou trivalentes comme le vrai et le faux (d’oĂč les logiques bivalentes ou trivalentes : voir § 48). Enfin une relation sera dite « multivalente » si elle connaĂźt le plus et le moins : « plus lourd que », etc. Certaines relations peuvent ĂȘtre dĂ©finies Ă  choix comme trivalentes ou multivalentes : si A est Ă  gauche de B, et B Ă  gauche de C, on peut concevoir une dĂ©finition multivalente de ce rapport et conclure que C est plus Ă  droite de A que ne l’est B ; mais on peut aussi convenir d’une dĂ©finition trivalente et conclure que C est Ă  droite de A au mĂȘme titre que B. En ce dernier cas, on introduit alors implicitement une relation symĂ©trique, donc bivalente, entre B et C : « B et C sont co-Ă  droite par rapport Ă  A ».

Ces quelques notions vont nous suffire pour construire les « groupements » de relations. La diffĂ©rence essentielle entre ces groupements et ceux de classes est que, au lieu de porter sur l’addition ou la soustraction de classes, c’est-Ă -dire sur la prĂ©sence ou l’absence

des termes considĂ©rĂ©s (individus ou collections), ils n’admettent que l’addition ou la soustraction des diffĂ©rences donnĂ©es entre ces termes. L’intĂ©rĂȘt des classifications prĂ©cĂ©dentes de relations est, en effet, de montrer que la structure des relations concerne exclusivement la diffĂ©rence (ou ressemblance) entre ces termes, par opposition Ă  la rĂ©union des termes eux-mĂȘmes (ou de leurs emboĂźtements) qui relĂšve de la logique des classes. Une relation asymĂ©trique exprime, en effet, une diffĂ©rence ordonnĂ©e non nulle, tandis qu’une relation symĂ©trique traduit une diffĂ©rence nulle (Ă©quivalence) ou une diffĂ©rence non ordonnĂ©e (Ă©quivalence nĂ©gative). Les relations transitives sont celles qui admettent l’addition cumulative des diffĂ©rences non nulles ou l’addition tautologique des Ă©quivalences. Les relations rĂ©flexives intĂ©ressent cette mĂȘme tautologie, tandis que les relations connexes l’addition des diffĂ©rences distinctes. Enfin les relations bivalentes, trivalentes ou multivalentes connotent les divers modes de distribution des diffĂ©rences elles-mĂȘmes. Tout le mĂ©canisme des « groupements » de relations portera donc sur la composition des diffĂ©rences intensives, et cette remarque suffit Ă  elle seule Ă  justifier la lĂ©gitimitĂ© d’une logique des relations fondĂ©e sur la comprĂ©hension, par opposition Ă  la logique des classes fondĂ©e sur l’extension (voir § 16).

Mais il s’y ajoute une circonstance capitale, Ă  laquelle nous avons dĂ©jĂ  fait allusion au § 16. Par le fait mĂȘme que l’addition des classes consiste Ă  ajouter des termes (individuels ou collectifs) Ă  d’autres, l’opĂ©ration inverse consistera Ă  s’en priver, et l’opĂ©ration identique gĂ©nĂ©rale Ă  ne plus en considĂ©rer aucun (classe nulle). Les opĂ©rations multiplicatives de classes porteront, il est vrai, sur les emboĂźtements comme tels et le fait de s’en priver conduira Ă  titre d’opĂ©ration identique Ă  la classe la plus gĂ©nĂ©rale, mais le principe demeure de ce point de vue le mĂȘme. Au contraire, l’addition des relations consistant Ă  ajouter des diffĂ©rences (et non pas des termes ou des emboĂźtements comme tels), l’opĂ©ration inverse consistera Ă  enlever ces mĂȘmes diffĂ©rences et l’identique gĂ©nĂ©rale se rĂ©duira donc Ă  la diffĂ©rence nulle. Or, tandis que la classe nulle est synonyme de zĂ©ro, la diffĂ©rence nulle n’est autre que l’équivalence ! Les opĂ©rations inverse et identique (gĂ©nĂ©rale) de classes reposent donc, dans le cas de l’addition, sur un principe de nĂ©gation simple, donc de complĂ©mentaritĂ© par rapport Ă  l’ensemble total envisagé : la nĂ©gation d’une classe A est, en effet, sa complĂ©mentaire par rapport au tout considĂ©ré : B — A = A’ ; C — A = A’ + B’ ; etc.,

‱

donc de façon gĂ©nĂ©rale A par rapport Ă  la classe totale Z, soit A = Z — A, car A = A’ + B’ J- C’ + 
 = Z — A ; d’oĂč A — A = 0 et A + A = Z. Au contraire les opĂ©rations inverse et identique (gĂ©nĂ©rale) de relations reposent sur un principe de rĂ©ciprocitĂ©, si l’on appelle opĂ©ration rĂ©ciproque la complĂ©mentaire par rapport, non pas au tout Z, mais Ă  l’équivalence A = A.

Ainsi l’inverse d’une relation symĂ©trique A = B sera sa rĂ©ciproque B = A, d’oĂč (A = B) + (B = A) = (A = A). De mĂȘme l’inverse d’une diffĂ©rence ordonnĂ©e A 4 B sera la diffĂ©rence parcourue en sens opposĂ©, soit B 4 A, d’oĂč (A4 B) + (B 4 A) = A 4 A, c’est-Ă -dire A = A. L’inverse est donc la soustraction d’une diffĂ©rence — (A4 B) ou ce qui revient au mĂȘme l’addition de la relation converse + (B 4. A), c’est-Ă -dire de la diffĂ©rence parcourue en sens opposĂ©.

Bref l’inverse d’une opĂ©ration additive de relations est l’opĂ©ration rĂ©ciproque1 et non pas la complĂ©mentaire comme dans l’addition des classes. Il s’ensuit que les groupements de relations jouent un rĂŽle Ă  la fois trĂšs diffĂ©rent et Ă©troitement corrĂ©latif de celui des groupements de classes : dĂ©veloppant les structures de rĂ©ciprocitĂ©, ils constituent l’une des deux bases de la logique des propositions, dont nous verrons qu’elle repose aussi bien sur cette mĂȘme rĂ©ciprocitĂ© que sur la complĂ©mentaritĂ© simple.

Il est d’autant plus intĂ©ressant, Ă©tant donnĂ© ce dualisme des structures de classes et de relations, de constater l’isomorphisme des deux sortes de groupements. Gela est en un sens naturel, puisque les relations expriment les rapports de comprĂ©hension dont l’extension est reprĂ©sentĂ©e par les classes. Mais la profonde opposition qui distingue l’addition des diffĂ©rences et celle des termes eux-mĂȘmes, ainsi que l’inverse fondĂ©e sur la rĂ©ciprocitĂ© (converse) de l’inverse fondĂ©e sur la complĂ©mentaritĂ© simple (nĂ©gation) aurait pu faire croire Ă  une hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© des deux sortes de groupements. En rĂ©alitĂ© on retrouve deux groupements additifs et deux groupements multiplicatifs. Ces derniers sont co-univoques ou bi-univoques comme les groupements correspondants de classes. Les premiers portent sur la sĂ©riation simple des relations asymĂ©triques transitives en correspondance avec le groupement de l’addition simple des classes (I) ou sur les symĂ©tries qui correspondent aux tautologies

1. D’oĂč le rĂŽle de la diagonale dans la reprĂ©sentation par matrices, car, dans la multiplication E x E, la diagonale reprĂ©sente la rĂ©ciprocitĂ© des relations x, y et y, x.

et aux vicariances du groupement II des classes. Un tel isomorphisme est plein d’enseignements en ce qui concerne Ă  la fois les rapports entre l’extension et la comprĂ©hension, et le caractĂšre naturel, ainsi qu’élĂ©mentaire de la structure des « groupements ».

§ 18. Le groupement V : l’addition des relations asymĂ©triques transitives (sĂ©riation intensive)

Soit une collection de termes A, B, C, etc., tous différents les uns des autres, mais comparables à un point de vue commun (par exemple des objets plus ou moins hauts, lourds, etc., des teintes plus ou moins foncées, des valeurs telles que des vins sériés selon leur bouquet ou des actions selon leur utilité ou leur vertu, etc.). Ces termes peuvent indifféremment consister en éléments individuels ou en classes (singuliÚres ou non). Ordonnons maintenant ces termes selon leurs différences croissantes. Nous obtenons ainsi une suite de relations asymétriques, transitives et connexes, exprimant la série des différences considérées :

O4A ; A^B ; B^C ; C^D ;
 etc.

Les flĂšches → traduisent la relation asymĂ©trique elle-mĂȘme par opposition aux termes ordonnĂ©s O, A, B, etc. et la direction de la flĂšche marque une inĂ©galitĂ© en faveur du terme visé : « A B » signifie ainsi « B est plus (grand, etc.) que A ». Les converses seront’:

A4.O ; B 4L A ; C JC B ;
 etc.

avec la signification : « O est moins (grand, etc.) que A », etc.

DÉFINITION 24. — Nous Ă©crirons (0 Λ A) + (A B) = (O B) en attribuant Ă  cette opĂ©ration la signification suivante : « Si j’ajoute la diffĂ©rence (a’), existant entre A et B, Ă  la diffĂ©rence (a) existant entre O et A, j’obtiens la diffĂ©rence (b = a + a’) existant entre O et B ». Cette opĂ©ration sera dite addition sĂ©riale.

On constate que cette addition sĂ©riale (a + a’ = b) implique a < b et a’ < b, mais ignore toute comparaison entre les parties a et a’ (quantitĂ© intensive).

Ces relations posées, il est alors facile de construire le groupement suivant :

1. L’opĂ©ration directe sera l’addition des diffĂ©rences, soit + 4 :

(40) (O4A)+(A4B)=(O4B) et (A4B) + (B4Q = (A C) (O4B)+(B4C)=(O4C) (A±XC) + (Q4D)=(A£^D)

(O4C)+(C4D)=(O4D) (A≀4’D)+(D4E)=(A≀4’E) 
etc. 
etc.

2. L’opĂ©ration inverse sera la soustraction d’une diffĂ©rence — dy :

(41) (O 4 B) — (A 4 B) = (O4 A); etc.

Nous confĂ©rons un sens Ă  l’expression suivante :

(41 bis) — (O 4 A) — (A4 B) =— (O 4 B)

qui reprĂ©sente la composition de deux soustractions de diffĂ©rences, donc l’inversion complĂšte des compositions prĂ©cĂ©dentes de sens + (proposition 40) ; cette composition symbolise donc une soustraction possible Ă  partir de diffĂ©rences d’ordre supĂ©rieur.

Il est, d’autre part, lĂ©gitime de soustraire une diffĂ©rence Ă  elle- mĂȘme, donc de l’annuler : (A 4 B) — (A 4 B). Mais cette opĂ©ration comporte deux significations possibles, bien distinctes l’une de l’autre et entre lesquelles il faut choisir : 1° l’annulation de la diffĂ©rence entre A et B pourrait signifier que l’on modifie A ou B de maniĂšre Ă  les Ă©galiser ; le produit de .l’opĂ©ration serait alors A 4 B, c’est-Ă -dire A = B ; mais 2° l’annulation de la diffĂ©rence peut aussi ĂȘtre conçue comme une mise en relation selon le sens de parcours A 4 B suivie d’une mise en relation selon le sens de par- . cours opposĂ© B 4 A, c’est-Ă -dire B 4 A, le produit de ces deux mises en relation consistant alors Ă  relier A Ă  A sous la forme A = A. Or, la premiĂšre de ces deux opĂ©rations n’est pas une opĂ©ration de relations, mais bien une opĂ©ration de classes : elle consiste, en effet, Ă  modifier les termes eux-mĂȘmes, A ou B, par addition d’élĂ©ments nouveaux ou soustraction d’élĂ©ments donnĂ©s. C’est donc dans le seul sens (2) qu’il convient de concevoir la soustraction d’une diffĂ©rence par rapport Ă  elle-mĂȘme. On a alors :

(42) (A 4 B)— (A 4 B)=(A4B) + (B 4 A)=(A 4 B)+(B 4 A)

On aboutit ainsi Ă  ce rĂ©sultat essentiel, qui n’est point dĂ» Ă  une convention, mais exprime le mĂ©canisme propre aux opĂ©rations de relations, que la soustraction d’une relation asymĂ©trique positive ( = d’une diffĂ©rence ordonnĂ©e) Ă©quivaut Ă  l’addition de sa converse.

Autrement dit, additionner une relation consiste Ă  passer de A en B, donc Ă  poser une diffĂ©rence tandis que la soustraire consiste Ă  revenir de B en A, c’est-Ă -dire Ă  parcourir le mĂȘme chemin en sens opposĂ© (rĂ©ciprocitĂ©). On a donc, si l’on convient d’écrire en tĂȘte et en queue d’une suite d’opĂ©rations les termes Ă  relier l’un Ă  l’autre par la relation finale (par le produit de la composition transitive) :

(42 bis) (A.4.B) — (A4-B) = (A4.B) + (B4-A)=A4~A,soit(A=A) ’

On a de mĂȘme :

(42 ter) (O^B) — (A⅛B) = (O-‰B) + (B≠A) = (O-‰A) ; etc.

3. L’opĂ©ration identique gĂ©nĂ©rale est donc la diffĂ©rence nulle (A A), ou A = A. La diffĂ©rence nulle ne peut, en effet, signifier en ce groupement que l’identitĂ©, puisque les termes sĂ©riĂ©s sont, par dĂ©finition, tous diffĂ©rents. On a donc :

(43) (A4B)+(B≠A)=(AλA) et (A4.A)+(A4B)=(A4B)

L’identique gĂ©nĂ©rale est bien comme toujours : (a) le produit de l’opĂ©ration directe par son inverse ; et (b) l’opĂ©ration qui ne modifie pas celles avec lesquelles elle est composĂ©e.

4. Les identiques spéciales sont la tautologie et la résorption :

(44) (A4,B) + (A4B) = (A4B) et (A4B) + (A44C) = (AA4C)

5. L’associativitĂ© suit les mĂȘmes lois que dans les groupements de classes.

Un tel groupement, dont on constate l’isomorphisme avec celui de l’addition simple des classes (groupement I), soulĂšve un ensemble de problĂšmes intĂ©ressants quant Ă  la comparaison des structures de classes et des structures de relations.

La sériation des inclusions

Un premier point Ă  noter est que l’inclusion d’une classe dans une autre constitue une relation asymĂ©trique transitive. Si l’on envisage une suite connexe d’inclusions, telle que deux quelconques des classes considĂ©rĂ©es prĂ©sentent la relation d’inclusion, on aura donc une sĂ©riation obĂ©issant aux lois de ce groupement V. Telle est la suite des classes primaires A < B < C < 
 intervenant dans le groupement I (par contre l’intervention des classes secondaires serait contraire Ă  la condition de connexitĂ©, puisque A n’est pas incluse en A’ ni l’inverse, et que A’ n’est pas incluse en B’, etc.).

On aura donc (O4 A) + (A⅛,B) = (O^-B); ξtc., dans le cas des classes primaires du groupement I. Mais quelle est alors la signification des relations _4 ; etc., qui expriment, en ce

groupement, la diffĂ©rence ordonnĂ©e entre de telles classes ? Il ne s’agira pas des qualitĂ©s qui les distinguent et qui dĂ©finissent leur comprĂ©hension, puisque ces qualitĂ©s peuvent ĂȘtre quelconques, donc sĂ©riables ou non, et qu’elles sont multiples, puisqu’elles ne donnent pas nĂ©cessairement lieu, Ă  cause de leurs interfĂ©rences, Ă  une sĂ©riation simple mĂȘme lorsque chacune est sĂ©riable prise Ă  part. La relation ⅛, qui symbolise la diffĂ©rence entre une classe A et une classe B, ne prĂ©sentera en particulier aucun rapport avec la classe secondaire A’ (soit A’ = B — A), puisque celle-ci n’intervient pas dans la sĂ©rie. La diffĂ©rence en jeu dans la suite →> 44 ; etc., consistera donc exclusivement en une diffĂ©rence d’extension, c’est-Ă -dire en une relation de partie (extension infĂ©rieure) Ă  tout (extension supĂ©rieure) : (O aj A) signifiera ainsi que A est d’extension supĂ©rieure Ă  O ; (A4 B) signifiera que B est d’extension supĂ©rieure Ă  A (supĂ©rieure d’une valeur aj), donc supĂ©rieure Ă  O (de a + a’ = b), etc.

On voit alors le paradoxe : l’« extension », qui caractĂ©rise les classes par opposition aux relations, se traduit donc elle-mĂȘme j ar une relation de « diffĂ©rence d’extension », donc d’une relation en comprĂ©hension pouvant donner lieu Ă  une sĂ©riation analogue Ă  celles de diffĂ©rences quelconques ! Mais ce paradoxe n’a rien d’une contradiction : en effet, 1’« extension » est une notion dĂ©finissable, qui comporte par consĂ©quent, comme toute notion, une comprĂ©hension. Cette comprĂ©hension a la signification de « contenant plus ou moins d’individus » (sans que l’on sache combien), et elle se traduit donc par des rapports de diffĂ©rences plus ou moins grandes. Cela ne signifie pas que l’extension d’une classe soit l’une des propriĂ©tĂ©s de sa comprĂ©hension, mais que la comparaison des extensions propres aux classes constitue ainsi une relation comme une autre, dĂ©finie en comprĂ©hension, et dont les termes sont les diverses extensions elles-mĂȘmes, c’est-Ă -dire les classes comme telles. Cela n’est pas plus contradictoire que de faire du mot « l’adjectif » un substantif analogue Ă  tous les autres.

On peut d’ailleurs confĂ©rer Ă  la suite des classes primaires O a> A gj B 4 C →
 la signification d’un simple ordre de succession : « A aprĂšs O ; B aprĂšs A ; etc. ». En ce cas on peut construire une suite semblable avec les classes secondaires A’→B’→C’→
 mais non pas avec les deux Ă  la fois, car si A vient avant B et A’ avant B’, les classea,A et A’ ne sont pas ordonnĂ©es l’une par rapport Ă  l’autre (sauf arbitrairement), ni B et B’, etc. D’autre part la

suite A’ → B’ → C’, ne saurait naturellement prĂ©senter la signification de diffĂ©rences d’extension puisqu’il s’agit de classes disjointes et non pas emboĂźtĂ©es.

Non-commutativitĂ© de l’addition sĂ©riale

Si une suite d’inclusions connexes de classes constitue une sĂ©riation de relations, il intervient cette premiĂšre diffĂ©rence entre l’addition des classes et celle des relations asymĂ©triques (c’est-Ă -dire des diffĂ©rences : voir dĂ©finition 24) que la premiĂšre est commutative tandis que la seconde ne l’est pas en droit. On a, en effet, A + A’ = A’ + A (les VertĂ©brĂ©s et les InvertĂ©brĂ©s = les InvertĂ©brĂ©s et les VertĂ©brĂ©s). Par contre les diffĂ©rences 4 et 4 supposent un ordre : on ne saurait, par exemple, parler de la diffĂ©rence entre deux termes A et B (4) avant de savoir que A est compris entre O et B (O 4 A). En droit l’addition 4+4 n’egt donc pas commutative mĂȘme si, en fait, il est indiffĂ©rent de poser en tĂȘte 4 0u 4∙ Cette non-commutativitĂ© de droit se traduit par une diffĂ©rence essentielle entre le groupement I ; nous ne parlons plus seulement des classes primaires, mais de tout ,1e groupement de l’addition des classes (A + A’ = B ; B + B’ = C ; etc.) et le groupement V (4 + 4 = Ai etc.) : c’est l’absence de vicariance de ce second groupement.

Absence de vicariance

En effet, dans un groupement I, la classe secondaire A’ contient de droit (si elle n’est pas nulle) une ou plusieurs classes primaires A2; A3; etc. Il est donc en droit possible de poser : Λ2 + Az = A1 + A1 (groupement II : « l’espĂšce A1 et les autres espĂšces du genre B = l’espĂšce A2 et les espĂšces de B autres que A2 »). Par contre, les relations secondaires 4, existant entre A et B, 4 entre B et C’, etc., ne contiennent pas de relations primaires de type infĂ©rieur Ă  elles (4 pour 4 j 4 et → pour 4 ! etc.). Autrement dit, on peut subdiviser une suite de relations asymĂ©triques en autant de segments que l’on voudra, on obtiendra toujours des segments successifs constituant la mĂȘme sĂ©rie totale (c’est pourquoi l’addition sĂ©riale est, en droit, non-commutative) ; au contraire, en une classification quelconque, on peut dĂ©composer les classes comme on l’entend en classes Ă©lĂ©mentaires non ordonnĂ©es (lorsqu’elles sont de mĂȘme rang) et constituer autant d’emboĂźtements diffĂ©rents.

En un mot, une série de relations asymétriques connexes constitue une suite linéaire, et on ne change rien à la ligne en la découpant davantage ; une classification est au contraire une hiérarchie

ou une pyramide, dont on peut atteindre le sommet ou la base par les voies les plus diverses. Le groupement I ne dĂ©gage pas explicitement ces voies distinctes, et c’est en quoi il reste isomorphe au groupement II : mais sous les termes secondaires A’; B’; C’; etc., correspondant aux relations secondaires 4-Ăź 4-> 4- » sont en rĂ©alitĂ© condensĂ©es un ensemble de classes dĂ©composables, comme le manifestent les groupements II et III.

ÉnumĂ©ration et sĂ©riation

Lorsque le groupement I se rĂ©duit Ă  une simple Ă©numĂ©ration, dont les classes Ă©lĂ©mentaires demeurent singuliĂšres (voir § 12), ne se rĂ©duit-il pas alors Ă  une sĂ©riation du type V ? Ce n’est pas non plus le cas, car, en changeant l’ordre d’énumĂ©ration, on aboutit Ă  la mĂȘme classe totale (ce qui est prĂ©cisĂ©ment l’expression de la vicariance), tandis qu’en changeant l’ordre des termes d’une sĂ©rie, on modifie Ă  la fois la sĂ©rie totale et les relations composantes.

ImpossibilitĂ© de rĂ©unit en un seul groupement l’addition simple des classes (I) et celle des relations asymĂ©triques (V)

Les opposi- sitions qui prĂ©cĂšdent empĂȘchent donc de fusionner en un seul groupement les groupements I et V. La chose est du moins exclue tant qu’il s’agit de classes « faiblement structurĂ©es » (dĂ©finition 11) dĂ©finies par des qualitĂ©s sans rapport entre elles. Demandons-nous par contre, si elle est possible dans le cas de classes « semi-structurĂ©es » (dĂ©finition 12), c’est-Ă -dire dont les termes individuels seraient ordonnĂ©s en fonction d’une sĂ©riation unique de relations asymĂ©triques transitives (la classe constituant alors le « champ » de ces relations). On aura, en ce cas :

(45) 0 4. A ⅛ A’ X B’ 4. C’ 4. D’ 4
. etc
 (groupement V)
 » 
Cl. Δ-±JL i ‱ ⅛
Cl. B + B’ : : 1
cl-C^+_ÂŁ j (groupement I)
ci.
Cl. E
 etc


 

Mais, mĂȘme si chaque classe Ă©lĂ©mentaire (A, A’, B’, 
) est par hypothĂšse singuliĂšre, il demeure toujours l’opposition suivante entre

le groupement de ces classes (I) et celui des relations (V) : 1° deux termes quelconques de la sĂ©rie sont considĂ©rĂ©s comme diffĂ©rents eh tant que le groupmeent V consiste prĂ©cisĂ©ment Ă  additionner ou Ă  soustraire leurs diffĂ©rences : A4 A’ signifie que A’ est par exemple plus lourd que A ; — 2° au contraire lorsque les deux mĂȘmes termes sont additionnĂ©s en tant qu’élĂ©ments de classes, selon le groupement I, ils sont considĂ©rĂ©s comme Ă©quivalents sous la classe qu’ils forment entre eux : A + A’ = B constitue la classe B dĂ©finie comme « l’ensemble des Ă©lĂ©ments plus lĂ©gers que les suivants », d’oĂč il rĂ©sulte que A et A’ sont Ă©quivalents en tant que B (mais non en tant que A). C’est pourquoi on peut Ă©crire : A + A’ = A2 ( = A’) + Aj (= A) tandis qu’on ne peut pas Ă©crire √4 + → = -⅛ + -1 (oĂč α2 serait identique Ă  a’ et aj Ă  a) ; cette derniĂšre permutation (ou vicariance) est, en effet, contradictoire avec la sĂ©riation mĂȘme.

Bref, si l’on peut parler de classes ordonnĂ©es ou « semi-structurĂ©es » (dĂ©finition 12). dans le but d’étudier les rapports entre l’extension et la comprĂ©hension (§ 6), il n’existe pas de groupement unique de classes et de relations portant sur les classes ordonnĂ©es qualitatives : la classe ordonnĂ©e est un mixte, du point de vue opĂ©ratoire, et ou bien l’on effectue sur elle les opĂ©rations du groupement V, ce qui restreint Ă  son sujet l’emploi des opĂ©rations des groupements I-II, ou bien on applique ces derniĂšres, mais c’est en faisant abstraction des opĂ©rations de mise en relations propres au groupement V.

Par contre, il va de soi que, si l’on fait abstraction des qualitĂ©s, ce qui revient Ă  considĂ©rer les Ă©lĂ©ments A, A’, B’, etc., comme de simples unitĂ©s homogĂšnes (et Ă  transformer leur classe en une classe « structurĂ©e » au sens de la dĂ©finition 13), alors on peut simultanĂ©ment les sĂ©rier et les classer. Mais en ce cas on n’aura plus Ă  faire Ă  des classes simplement logiques : en confĂ©rant aux Ă©lĂ©ments la propriĂ©tĂ© d’ĂȘtre Ă  la fois sĂ©riables et classables selon toutes les combinaisons possibles, on les constitue en unitĂ©s arithmĂ©tiques ; on transforme de ce fait les classes primaires en nombres cardinaux (A = 1 ;B=2 ;C = 3 ; etc.) et les relations asymĂ©triques primaires en nombres ordinaux (.4 = 1er; 4 = 2e;  = 3e; etc.). C’est ce que

nous verrons au chapitre IV (§ 26).

§ 19. Le groupement VI : l’addition des relations symĂ©triques

Deux individus appartiennent Ă  la mĂȘme classe s’ils prĂ©sentent en commun un caractĂšre (ou plusieurs) dĂ©finissant cette classe en comprĂ©hension : ils sont donc Ă©quivalents l’un Ă  d’autre en tant qu’appartenant Ă  la mĂȘme classe, ou, ce qui est identique, en tant que prĂ©sentant le mĂȘme caractĂšre dĂ©finissant cette classe. Or, ce caractĂšre en comprĂ©hension ne saurait ĂȘtre qu’une relation, puisqu’il est commun aux divers individus de la classe, et cette relation ne saurait ĂȘtre qu’une Ă©quivalence, puisqu’elle confĂšre Ă  chacun des individus reliĂ©s la mĂȘme co-appartenance Ă  cette classe. Il s’y ajoute naturellement ce fait que deux individus appartenant Ă  deux classes diffĂ©rentes prĂ©senteront entre eux une relation d’équivalence nĂ©gative, c’est-Ă -dire de non possession en commun des mĂȘmes caractĂšres spĂ©cifiques. Telles sont les relations symĂ©triques : au lieu de traduire des diffĂ©rences ordonnĂ©es, comme les relations asymĂ©triques, elles expriment soit des diffĂ©rences milles, ou Ă©quivalences, c’est-Ă -dire des relations de co-appartenance ou de co-inclusion par rapport Ă  des classes, soit des diffĂ©rences non ordonnĂ©es ou Ă©quivalences nĂ©gatives, marquant la non appartenance ou la non inclusion communes par rapport aux mĂȘmes classes. Par exemple « compatriote » est une relation symĂ©trique qui unit les membres d’une mĂȘme classe nationale et « non compatriote » est une autre relation symĂ©trique qui unit les membres de classes nationales distinctes ; « égal » est une relation symĂ©trique qui marque la co-appartenance Ă  une mĂȘme classe de valeurs (qu’il s’agisse d’égalitĂ© juridique, morale, etc., ou d’égalitĂ© arithmĂ©tique, mĂ©trique, etc.) et « inĂ©gal » ou « diffĂ©rent » est une autre relation symĂ©trique marquant la non appartenance commune par rapport Ă  une telle classe ; « identique » est une relation symĂ©trique marquant l’appartenance Ă  une mĂȘme classe singuliĂšre et « non identique » ou « distinct » est une autre relation symĂ©trique niant cette co-appartenance, etc. Or, mĂȘme les prĂ©dicats non explicitement formulĂ©s en relations symĂ©triques en constituent de telles : « humain » signifie co-possesseur des caractĂšres de l’homme, « vertĂ©bré » signifie co-porteur d’une colonne vertĂ©brale, etc.

Si A est une classe (les fils d’un mĂȘme pĂšre) et que x, y et z lui appartiennent tous trois, il existe donc une relation symĂ©trique,

transitive et rĂ©flexive d’équivalence x <a -, y (ainsi que x f a x et que x < g > z si x < g y y et y ,4JL> z), qui exprime la co-appartenance Ă  cette classe. De mĂȘme, si x, y et z, appartiennent Ă  une mĂȘme classe B (les petits-fils d’un mĂȘme grand-pĂšre), il existe une relation symĂ©trique, transitive et rĂ©flexive < b > exprimant leur propriĂ©tĂ© commune sous B ; il en sera ainsi pour les classes C (d’oĂč < e >), D (d’oĂč ( dA. etc. Nous attribuons Ă  ( 0 y le sens, non pas de l’appartenance Ă  la classe nulle (relation qui n’existe pas), mais de l’identitĂ© (diffĂ©rence nulle) : x <rS→x signifiera donc « x est le mĂȘme individu que lui-mĂȘme ». Les relations < 5 > ; < s >; <b > signifieront « non identique », « n’ayant pas le mĂȘme pĂšre », « n’ayant pas le mĂȘme grand-pĂšre », etc. Nous pouvons alors confĂ©rer un sens aux relations tg’ y = frĂšre, c’est-Ă -dire ( g > et ( 0 > (ayant le mĂȘme pĂšre sans ĂȘtre identiques) ; ( g’ y — cousin germain, c’est-Ă -dire < b y et < g Ăż (ayant le mĂȘme grand-pĂšre et pas le mĂȘme pĂšre) ; < b’, = cousin issu de germain, c’est-Ă -dire < c > et < 8 > ; etc. Les relations t5’ ? < g’ ) ; < 8’ > ; etc., prĂ©senteront le sens de « non-frĂšre », « non-cousin », etc.

Il est Ă  noter soigneusement que les relations exprimant une non- Ă©quivalence ou Ă©quivalence nĂ©gative, telles que ( 5 > ; <g’ > ; < g j ; x g’ > ; etc., ne constituent pas des opĂ©rations inverses par rapport aux relations positives correspondantes. En effet, d’une part, les compositions x ( 0„ y + x < 8> y ou x ( a-, y + x ( s> y, etc., ne donnent pas l’identitĂ© comme produit, ainsi qu’il conviendrait pour une composition de l’opĂ©ration directe et de l’opĂ©ration inverse sur le terrain des relations ; d’autre part, et surtout, ces compositions sont contradictoires et n’existent donc pas logiquement : on ne saurait affirmer d’abord que a : et y prĂ©sentent une certaine relation (identiques, ayant le mĂȘme pĂšre, etc.), pour le nier ensuite, comme on peut poser une classe + A et la soustraire ensuite — A, d’oĂč A — A = 0.

On aperçoit ici de la façon la plus claire pourquoi la rĂ©versibilitĂ© propre aux opĂ©rations de relations repose sur la rĂ©ciprocitĂ© et non pas sur la nĂ©gation : du fait mĂȘme que les relations portent sur la comprĂ©hension et non pas sur l’extension, l’affirmation et la nĂ©gation simultanĂ©e de la mĂȘme relation sont dĂ©nuĂ©es de toute signification.

Les relations ( a j ( 8 -, signifient donc simplement que les termes x et y qu’elles unissent n’appartiennent pas Ă  la mĂȘme classe A, B, etc., mais que x appartient Ă  A, ou Ă  B, etc., et en possĂšde les

caractĂšres, tandis que y appartient Ă  la classe complĂ©mentaire A = Z — A ou B = Z — B, etc., et en prĂ©sente les caractĂšres distinctifs. Autrement dit, dans les relations ( g > ? < g y ; etc., la nĂ©gation porte sur la classe et non pas.sur la relation : ces relations sont la simple gĂ©nĂ©ralisation aux classes nĂ©gatives,

(A = A’ + B ,+ C’ + 
 ; B = Bz + G’ + D’ + 
 ;

G = G’ + D’ + E’ + 
)

des relations A ’λ ; 4→> e⅛c∙ Ba nĂ©gation en jeu est donc une opĂ©ration de classe, tandis que la relation comme telle reste une relation d’équivalence et de co-appartenance, mĂȘme s’il faut remonter jusqu’à la classe totale Z : de mĂȘme que < g’y signifie ( b > et non ζ g s. de mĂȘme ( 5 , signifie < z y et non < a y.

Gela dit, nous pouvons prĂ©ciser la terminologie dont nous nous servirons (en nous rĂ©fĂ©rant Ă  la dĂ©finition 16 pour l’équivalence qualitative en gĂ©nĂ©ral) :

DÉFINITION 25. — Nous appellerons relations d’« équivalences positives » les relations symĂ©triques, transitives et rĂ©flexives<a < 6 ,; etc., qui expriment la co-possession des caractĂšres distinctifs propres aux classes A, B, etc., avec pour limite l’identitĂ© < 0> relative aux classes singuliĂšres (≈1), etc.

DÉFINITION 26. — Seront dites « altĂ©ritĂ©s positives » 0> ; g y ;

6 y; etc., les relations symĂ©triques, intransitives et irrĂ©flexives exprimant la co-possessiondes caractĂšres spĂ©cifiques des classes A (pour < 0 >); B (pour <a>) ; G (pour 4→) > ei non-commune possession des caractĂšres propres aux classes de rang infĂ©rieur : (x1) pour 4> > A pour < a > ; A et B pour < y ; A, B et G pour <e , ; etc.

DÉFINITION 21. — Seront dites « équivalences nĂ©gatives » <°  < a> ;

4√ etc∙> lgs relations symĂ©triques, intransitives et irrĂ©flexives exprimant la non-commune possession des caractĂšres distinctifs propres aux classes de rang correspondant : (x1) pour < 0 , ; A pour < a > ; etc. ; et seront dites « altĂ©ritĂ©s nĂ©gatives » 0> ; <α> ; ⅜ * > ; etc., les relations symĂ©triques, intransitives et rĂ©flexives niant l’altĂ©ritĂ© correspondante. (Exemple x <g> y : « x n’est pas le cousin germain de y » ; et x < a> x : « x n’est pas son propre cousin germain ».)

Remarque. — On peut distinguer, outre les relations entre individus, des relations entre classes ; ces relations prĂ©sentant les mĂȘmes formes. Par exemple les relations A < b y A ’ ; B < 0 > B’; etc., seront dites « équi-

valences positives » entre classes et exprimeront l’équivalence entre A et A’ sous B, etc.

DÉFINITION 28. — Nous appellerons « produit additif de deux relations symĂ©triques » entre trois termes x, y et z la relation symĂ©trique du rang le plus faible dĂ©terminĂ©e entre x et z par les relations symĂ©triques donnĂ©es entre x et y ainsi qu’entre y et z : soit {x <— > y) + (y <— > z) = {x <— > z).

On peut aussi additionner les relations symĂ©triques donnĂ©es entre deux mĂȘmes termes : (x < - > y) -|- (x <— >y), lorsque ces relations sont compatibles entre elles {non contradictoires) ; et, Ă  la limite, on peut additionner les relations rĂ©flexives {x < ■ > x) + (x < ■ > x).

Ces opĂ©rations additives (28) permettent alors de caractĂ©riser un « groupement ». Mais ce groupement est d’une forme trĂšs particuliĂšre Ă  cause du rĂŽle fondamental qu’y jouent les tautologies et les rĂ©sorptions, ainsi que les altĂ©ritĂ©s correspondant aux classes secondaires et aux vicariances. Il convient donc d’en analyser de prĂšs le mĂ©canisme, car celui-ci est extrĂȘmement instructif quant Ă  la nature des structures d’ensemble de caractĂšre intensif et des « groupements » logiques en gĂ©nĂ©ral.

En effet, les relations d’équivalence exprimant la co-possession des caractĂšres d’une mĂȘme classe, toutes les compositions d’équivalences positives seront des tautologies correspondant Ă  la composition des classes A + A = A : (x ( g > y) + (y < g > z) = {x < a > z) (si x est compatriote de y et que y l’est de z, alors x le sera aussi de z). Il en rĂ©sulte qu’il est impossible de s’élever, par la seule composition des Ă©quivalences positives, d’une relation de rang infĂ©rieur < g Ă  une relation d’ordre supĂ©rieur ( > ; < c > ; etc., bien que, si deux individus soutiennent entre eux la relation < g -, (par exemple compatriotes), ils sont naturellement aussi unis par les relations b > (par exemple appartenant au mĂȘme continent); c ; ; etc. Si maintenant nous composons une Ă©quivalence positive avec une altĂ©ritĂ© positive, (x < g-, y) + (y < g’ -, z), par exemple « a ; a le mĂȘme pĂšre que y et y est cousin germain de z », nous n’obtenons pas non plus la relation ( b > (car, selon la dĂ©finition 28, l’addition des relations symĂ©triques, comme celle des classes, dĂ©termine le rapport du rang le plus faible) : nous trouvons la relation < g’ , c’est-Ă -dire que x sera aussi cousin germain de Ăż.’Il y a donc Ă  nouveau tautologie, ou du moins rĂ©sorption a + a, = a’. La raison en est que, si x et y sont de la mĂȘme classe A1 et z de la classe A2 (c’est-Ă -dire de la mĂȘme classe B, mais non pas de la mĂȘme classe AJ, alors x et y appartiendront, par rapport Ă  z, Ă  la classe A2 (= A1) : la composition < g s + ( g’ -, = ( a’ > correspondra donc, en termes de classes,

Ă  la rĂ©sorption A1 + Aj = Aj (voir la figure 11). La seule maniĂšre d’atteindre les relations ( 6 > ; < c, ; etc., en partant de relations de rang infĂ©rieur, consistera donc Ă  additionner des altĂ©ritĂ©s positives : x ( a’y y + y , a’ y z — x < b y z : si x est cousin germain de y et si y l’est de z, alors la seule conclusion possible est que x aura le mĂȘme grqnd-pĂšre que z (et pourra donc ĂȘtre son cousin germain ou son frĂšre, ou encore se confondre avec z lui-mĂȘme). La raison en

Fig. il.

est que (si x appartient Ă  la classe A1) y appartiendra Ă  la classe Aj par rapport Ă  x (Aj contenant la classe A2 dont y est membre) et z appartiendra Ă  la classe Aj par rapport Ă  y (Ă©lĂ©ment de A2) : d’oĂč Aj + Aj = B (voir la figure 14, p. 156). On aura de mĂȘme :

< b’ y -f- j b’ y = . 8 j J , ? -J- γ 8’ y = etC.

Inversement la seule maniĂšre de redescendre d’une Ă©quivalence positive supĂ©rieure Ă  une Ă©quivalence positive infĂ©rieure consiste Ă  composer la premiĂšre avec une Ă©quivalence nĂ©gative, et cela dans le cas oĂč les deux relations unissent deux mĂȘmes termes x et y. Par exemple (x > yj + (x, c«  y y) = (x < g’ y y), c’est-Ă -dire « si a ; a le mĂȘme grand-pĂšre que y et qu’ils n’ont pas le mĂȘme pĂšre, alors ils sont cousins germains » ; de mĂȘme :

(x +±> y) + (x y. y) = (x <4> y) ;

(x √L> y) + (x < by. y) = (x y y) ; etc.

Par contre si l’on compose les mĂȘmes relations entre trois termes, on aboutit Ă  des rĂ©sorptions : par exemple x ( by y + y < g > 2 (si a ; a le mĂȘme grand-pĂšre que y et si y et z ne sont pas frĂšres), la seule conclusion quant aux rapports entre x et z est qu’ils appartiennent Ă  la classe la plus gĂ©nĂ©rale du systĂšme (Z), soit : x ( , z.

 

Il est donc clair, une fois de plus, que l’opĂ©ration + < a y n’est pas l’inverse de + a t et ne peut donc constituer l’inverse du groupement. De façon gĂ©nĂ©rale, le passage des Ă©quivalences de rang infĂ©rieur Ă  celles de rang supĂ©rieur ou le passage en sens opposĂ© ne constituent pas les opĂ©rations directes et inverses du groupement, mais sont des opĂ©rations directes parmi les autres. Les opĂ©rations directes du groupement consistent ainsi en additions, correspondant aux tautologies, rĂ©sorptions et vicariances des groupements de classes plus souvent qu’aux additions et soustractions simples de classes. Quant aux opĂ©rations inverses, ce sont les mĂȘmes additions appliquĂ©es aux relations converses. Telle est l’originalitĂ© de ce groupement VI, qui est Ă  la fois trĂšs diffĂ©rent des autres et indispensable pour faire comprendre la structure qui caractĂ©rise l’ensemble des groupements I Ă  VIII :

1. L’opĂ©ration directe sera l’addition d’une relation symĂ©trique quelconque (Ă©quivalence positive ou nĂ©gative, et altĂ©ritĂ© positive ou nĂ©gative) dans un ordre donnĂ© des termes x, y et z (ou x et y) :

(46) {x < g , y) + {y ( a > z) = (x < a , z)

2. L’opĂ©ration inverse sera l’addition de la converse, c’est-Ă -dire de la mĂȘme relation symĂ©trique x « — > y dans l’ordre y <— > x.

On pourrait aussi Ă©crire cette inverse — {x <— > y) :

(47) — (x y) = + {y x)

3. L’identique gĂ©nĂ©rale, produit des opĂ©rations directe et inverse et opĂ©ration laissant invariante toute autre opĂ©ration, est V identitĂ© (x <0 , x) :

(48) (x x g , y) + (y < a > x) = (x x 0-, x)

et

(48 bis) (x < 0 y x) + (x < g, y) = (x a , y)

4. Les identiques spéciales sont la tautologie et la résorption :

(49) (x y) + (x < g > y) = {x y)

et

(49 bis) (x < g y y) + (x ( b„ y) = (x < b > y)

5. Quant Ă  l’associativitĂ© elle est gĂ©nĂ©rale puisque les opĂ©rations directes et inverses sont identiques entre elles.

Les principales compositions sont alors :

1. Le produit de deux équivalences positives est la plus faible des équivalences positives qui les englobent toutes deux :

(50) (x <a> y) + (y < a> z) = (x <a> z)

(x < .α > y) + (y ^b^ z) = (x <rb→ z) (x < c y y) + (y < b∖ z) = (x <c> z) ; etc.

En effet, si x et y appartiennent Ă  une mĂȘme classe (A ou D, etc.) et que y et z appartiennent tous deux Ă  une autre classe (B ou F), alors le rapport d’équivalence entre x et z sera dĂ©terminĂ© par leur co-appartenance Ă  la classe composĂ©e (A + B) ou (D + F), etc. Dans le cas des emboĂźtements additifs on aura donc les rĂ©sorptions A + B = B ou D + F = F, c’est-Ă -dire que le produit des deux Ă©quivalences positives sera simplement celle qui est de rang supĂ©rieur (proposition 50).

Mais il reste le cas oĂč les Ă©quivalences traduisent la co-apparte- nance Ă  des classes multiplicatives. « Les Parisiens (x) sont compatriotes (4→) des habitants de Perpignan (y) » ; « les habitants de Perpignan (y) parlent catalan ( ( g* > ) comme ceux de Barcelone (z) » : quel sera le rapport entre les Parisiens et les Barcelonais ? L’équivalence x <— > z sera alors la plus faible de celles qui englobent < g| > et (g>>, c’est-Ă -dire :

(51) ($ < % y) Ă· (y <Sa> z) = (x ^’b∖ z)

En effet, la classe A1 correspondant Ă  x <a’y y est celle des Français (parlant ou non catalan) et la classe A2 correspondant Ă  44 est celle des Catalans (Français ou non-Français). Il en rĂ©sulte quatre possibilitĂ©s (selon le groupement IV) : A1A2 (= les Français catalans) ; A1Aj (= les Français non-catalans) ; A2A2(les non-Français catalans) et A2A2 (les non-Français non-catalans). La classe totale Ă©tant alors B1B2 l’équivalence x <— > z est bien x ^b∖ z.

2. Le produit d’une Ă©quivalence positive et d’une altĂ©ritĂ© positive est celle de ces deux relations qui est de rang supĂ©rieur :

(52) (x < a > y) + (y Îșa∖ z) = (x z)

(x 44 y) + (y <b’ > z) = (x < bL> z) et

(x 44 y) + (y 4 > z) = (x < L> z)

(é 44 y) + (y <a’> z) — (x ( c -, z) ; etc.

Par exemple si x et y sont petits-fils du mĂȘme grand-pĂšre (< b >) et que y est cousin germain paternel de z (soit < 4 >) alors x et z sont petits-fils du mĂȘme grand-pĂšre (< b y),

En effet, la relation d’équivalence e,xprime le fait que deux des trois

individus appartiennent Ă  une classe commune X (d’oĂč leur relation < τ y). Si l’un des deux est en relation d’altĂ©ritĂ© ( ( f,.,) avec un troisiĂšme qui appartient Ă  une classe Y non incluse en X (fig. 12), alors l’autre le sera aussi : d’oĂč r + τ’ = r’ parce que, en ce cas, r < r’. Si au contraire, la classe Y est incluse en X (fig. 13), alors x, y et z appartiennent tous trois Ă  Xet l’on aura r’ < r, d’oĂč r + r’ = r.

Fia. 12.

La classe X contient les termes x et y et la classe Y, disjointe de X, contient le terme z.

3. Le produit de deux altérités positives de rangs différents, données entre trois termes, est celle de rang supérieur :

(53) (x < ≀λ y) + (y <ÂŁ> z) = (x √L> z)

et

(x √L> y) + (y > z) = (x √4 z)

(x ey y) + (y < a’ > z) — (x j c’ j z) ; etc.

Par exemple si x est frĂšre de y et y cousin germain de z, alors x est cou

sin germain de z.

Fia. 13.

La classe X contient les termes x et y et la classe^, incluse en X, contient le terme ?..

En effet, quand les altĂ©ritĂ©s sont de rangs diffĂ©rents, les deux termes reliĂ©s par celle de rang infĂ©rieur (par exemple frĂšre < 0’ ;,) sont nĂ©cessairement Ă©quivalents du point de vue de la classe immĂ©diatement supĂ©rieure (par exemple < a > = fils du mĂȘme pĂšre). Si l’un de ces deux termes est reliĂ© Ă  un troisiĂšme par une altĂ©ritĂ© d’ordre supĂ©rieur (comme < a’, ~ cousin germain), l’autre l’est donc

aussi en vertu de sa co-appartenance Ă  la mĂȘme classe.

 

4. Lorsque deux altĂ©ritĂ©s positives sont de mĂȘme rang, leur produit est Γéquivalence de rang immĂ©diatement supĂ©rieur :

(54) (x 44 y) + (y x‰ z) = (x < a > z) (x <a’ > y) + (y <a’ > z) = (x ( b y z) ; etc.

Par exemple si x est cousin germain paternel de y, et que y l’est de z, alors x et z sont petits-fils du mĂȘme grand-pĂšre c’est.Ă -dire cousins germains, frĂšres ou identiques.

En effet la composition de ces altĂ©ritĂ©s de mĂȘme rang ne repose plus sur la tautification ou la rĂ©sorption des classes correspondantes, comme les symĂ©tries prĂ©cĂ©dentes, mais sur la vicariance de ces

Fis. 14.

A1 fait partie de A’2 et A2 fait partie de A’v

classes. Soit < a’ > + < a’ > = ( 6 >‱ La premiĂšre de ces altĂ©ritĂ©s {x est cousin germain paternel de y) constitue une relation entre la classe A1 ( = x et ses frĂšres) et la classe AJ (= ses cousins germains, dont y) ; la seconde de ces altĂ©ritĂ©s {y est cousin germain paternel de z) constitue par contre la relation entre A2 (= y et ses frĂšres) et A2 ( = ses cousins germains dont x). Or, comme

AJ A2 = B, le produit de ( a’, + < a’, ne saurait donc ĂȘtre que <ft,, car l’individu z appartenant Ă  la classe A2 peut ĂȘtre un A1ou un Λ2 non A1 (voir la figure 14).

5. La composition d’une Ă©quivalence positive (x  »,) entre x et y avec une Ă©quivalence ou une altĂ©ritĂ© nĂ©gatives de rang infĂ©rieur (f"4) entre les deux mĂȘmes termes x et y, donne une relation exprimant, sous la forme d’une Ă©quivalence ou d’une altĂ©ritĂ©, le produit de la soustraction des classes correspondantes : S — (A
 R’) :

(55) (x J→ y) + (x y) = {x √L> y)

et

(x > y) + (x < ?4 y) = (x y)

Par exemple si a : a le mĂȘme grand-pĂšre que y et qu’il n’est pas son frĂšre, il est son cousin germain et vice versa (B — A = A’ et B — A’ = A).

La composition cesse d’ĂȘtre intĂ©ressante lorsque l’équivalence positive et la relation nĂ©gative ne sont pas de rangs contigus : par exemple

c + ñ — a’, b, b’

 

(si x et y ont le mĂȘme arriĂšre-grand-pĂšre et qu’ils ne sont pas frĂšres, ils peuvent ĂȘtre cousins au premier et au second degrĂ© et avoir ou non le mĂȘme grand-pĂšre).

6. La composition d’une Ă©quivalence positive entre x et y avec une Ă©quivalence ou une altĂ©ritĂ© nĂ©gatives de mĂȘme rang ou de rang supĂ©rieur, entre y et z, donne cette mĂȘme Ă©quivalence ou altĂ©ritĂ© nĂ©gatives, entre x et z x

(56) (z^→^) + ⅛√L>z) = (z√L>z) ; (x iay y)+(y < * ) z)=(a∖ * >z) (χ^y)+(y<^z)=(x^z)∙, (χ^y)+(y ^z)=(χ^z)

Par exemple si x est le frùre de y et que y n’est pas le frùre (ou le cousin, etc.) de z alors x n’est pas non plus le frùre (ou le cousin, etc.) de z.

7 et 8. Enfin, la composition d’une Ă©quivalence positive entre x et y et une Ă©quivalence ou altĂ©ritĂ© nĂ©gatives de rang infĂ©rieur entre y et z, ou la composition de deux Ă©quivalences ou altĂ©ritĂ©s nĂ©gatives entre les termes x, y et z donne l’équivalence la plus gĂ©nĂ©rale du systĂšme considĂ©rĂ© (soit χ zy correspondant Ă  la classe Z) :

(57) (x y) + (y <_« ..> z) = (x z)

et

(57 bis) (x y y) + (y < s > z) = (x < z > z) et

(x <1→ y) + (y z) = (x Ă·j→ z)

En effet, si x et y appartiennent ensemble Ă  une classe quelconque X et que y et z n’appartiennent pas Ă  la mĂȘme classe Y, incluse en X (si x et y ont le mĂȘme grand-pĂšre et que y et z ne sont pas frĂšres), alors x et x peuvent appartenir Ă  cette mĂȘme classe Y ou Ă  toute autre classe de rang supĂ©rieur jusqu’à Z (x et z peuvent ĂȘtre frĂšres ou ce qu’on voudra, jusqu’à n’avoir comme ancĂȘtres communs que le pĂšre Adam lui-mĂȘme ou le premier des Protozoaires, selon la dĂ©finition de Z). De mĂȘme, si x et y ne sont pas de la mĂȘme classe X et que y et z ne sont pas de la mĂȘme classe Y (sans qu’aucune relation soit donnĂ©e entre les classes X et Y) on n’en peut tirer qu’une conclusion : c’est que x et z appartiennent Ă  la classe la plus gĂ©nĂ©rale du systĂšme, c’est-Ă -dire Ă  Z (d’oĂč ( z y).

§ 20. Le groupement VII : la multiplication co-univoque des relations

Multiplier une relation par une autre consiste Ă  soumettre les termes de la premiĂšre (tous ou quelques-uns) Ă  la seconde Ă©galement (de mĂȘme que multiplier deux classes consiste Ă  emboĂźter tous les termes ou quelques-uns des termes de la premiĂšre dans la seconde). Or, il existe deux sortes de multiplications entre relations et il ne peut en exister que deux : les multiplications bi-univoques et co-univoques.

On pourrait concevoir, il est vrai, trois sortes de multiplications, celle des relations symĂ©triques entre elles, des relations asymĂ©triques entre elles, et des deux Ă  la fois. Mais on ne saurait multiplier des relations symĂ©triques Ă  elles seules : si un individu peut ĂȘtre Ă  la fois frĂšre, cousin, etc., par rapport Ă  d’autres, c’est en tant qu’il est fils du mĂȘme pĂšre, etc., et qu’il appartient Ă  un mĂȘme systĂšme de classes emboĂźtĂ©es : or les relations de fils, petit-fils, etc., ou d’inclusions entre classes sont des relations asymĂ©triques, et il faut passer par leur intermĂ©diaire pour insĂ©rer les relations symĂ©triques dans des systĂšmes multiplicatifs. On peut par contre multiplier des relations asymĂ©triques entre elles et traduire ainsi en langage de relations les tables Ă  double (ou Ă  triple, etc.) entrĂ©e (voir groupement IV) dont les inclusions constituent dĂ©jĂ  Ă  elles seules des relations asymĂ©triques : mais les correspondances bi-univoques intervenant en de telles tables consistent, par contre, en relations symĂ©triques, ce qui confĂšre Ă  un tel systĂšme un caractĂšre mixte. Quant aux multiplications entre relations asymĂ©triques et relations symĂ©triques, elles peuvent ĂȘtre de deux sortes. Elles peuvent donc ĂȘtre bi-univoques, comme nous venons de l’entrevoir et le reverrons en dĂ©tail au § 21. Mais il peut aussi y avoir multiplication co-univoque et c’est de cette derniĂšre qu’il va s’agir maintenant.

Un thĂ©orĂšme connu de logique des relations, dĂ©veloppĂ© par Russell, dit qu’une relation asymĂ©trique multipliĂ©e par sa converse engendre une relation symĂ©trique et transitive. Par exemple, la relation « x est fils de z » multipliĂ©e par « z est pĂšre de y » donne « x est fils du mĂȘme pĂšre que y » (c’est-Ă -dire frĂšre de y ou identique Ă  y) : soit (x∣z) × (z^y) = (x <— > y). RĂ©ciproquement on peut considĂ©rer toute relation symĂ©trique transitive comme le produit de deux relations asymĂ©triques. En effet, une relation symĂ©trique et

transitive entre x et y exprime leur co-appartenance ou leur co-inclusion par rapport Ă  une mĂȘme classe : or, l’appartenance ou l’inclusion sont des relations asymĂ©triques, de telle sorte que, si A est la classe qui emboĂźte x et y, et si les relations ψ et f expriment la relation d’emboĂźter ou celle d’ĂȘtre emboĂźtĂ©, on a toujours :

(58) (xfA) × ^y)^(x^y)

DÉFINITION 29. — Nous appellerons « relation co-univoque » toute relation asymĂ©trique unissant un mĂȘme terme Ă  plusieurs.

Par exemple la relation unissant une classe Ă  ses sous-classes est co-univoque. Ou bien encore la relation ψα unissant un pĂšre Ă  ses fils ; la relation ψΎ unissant un grand-pĂšre Ă  ses petits-fils, etc.

DÉFINITION 30. — Sera dite « multiplication co-univoque des relations » l’opĂ©ration qui dĂ©termine entre deux termes x et z les relations co-univoques et les relations symĂ©triques du rang le plus faible, en partant des relations de mĂȘmes formes donnĂ©es entre x et y et entre y et z : soit

(≈∣g→^y) × (y∣g→-^z) =

Par exemple x est le pĂšre (ψg) du frĂšre (< 0’ >) de y ; y est le pĂšre (ψg) du cousin germain paternel ( < g’ > ) de z : donc x est le grand-pĂšre (-P < 0 >) de z.

De telles opĂ©rations constituent un groupement multiplicatif, isomorphe au groupement co-univoque des classes (III). Nous allons en dĂ©velopper les principales compositions en prenant comme exemples les relations de famille constitutives d’un arbre gĂ©nĂ©alogique. Mais nous n’envisagerons que la filiation paternelle et non pas les innombrables combinaisons issues des unions (par l’interfĂ©rence de plusieurs systĂšmes co-univoques, ce qui donne d’ailleurs Ă  nouveau des systĂšmes co-univoques).

Voici d’abord la sĂ©rie des relations asymĂ©triques en jeu :

Ɠ|g y = x est le pùre de y x∖a y = ∖b— ∖ay — x est le pùre de y

x∖by = a : est le grand-pùre de y ≈fg y = ∣c— ∖by = x est le pùre de y

éj0 y = a : est l’arriùre grand-pùre -∙etc∙

de y 
etc.

Nous écrirons uniformément, pour abréger |g pour la relation « pÚre », etc. (voir fig. 15).

ĂŠ|g y = x est le fils de y x∖a y = ∖b â€”Â âˆŁÎ± y — x est le fils de y

x∖by = x est le petit-fils de y x∖b y = ∣c— fb y = x est le petit-fils de y 
 etc.

Nous Ă©crirons uniformĂ©ment ↑α pour la relation « fils », etc.

Ces relations se composent entre elles par additions simples :

G4ay) + (nαz) = MΎ*)

= si x est le pĂšre de y et si y est le pĂšre de z, alors x est le grand-pĂšre de z.

Nous écrirons donc, de façon générale, si 4 est une relation quelconque de rang a, b, c, etc., et 4 une autre relation quelconque également de rang a, b, c, etc. :

(59) (Ï„âˆŁi, y) + (y∣y’z) = (z^+^’z)

et

(59 bis) y) Ă· GP’z) = (x∖ÎČ~o’z)

Lorsque g’ > g par exemple (g’ = fÎŽ et g = 4), il va de soi que le produit sera de sens f : 4 +↑6 = ↑α.

 

Fia. 15.

 

Quant aux relations symétriques, elles constitueront le produit :

(

∣α \  / AŸ \ z x

zhaA×(y∣iz) = U 4-4 y) oĂč m = g le /  \ lu /

On obtiendra ainsi les relations connues par le groupement VI :

(z|“ x) × (y∖a z) = (ĂŠ y) = x est fils du mĂȘme pĂšre que y

(z∣Ύ x) × (y∖b z) = ↑x ti, y) = x est le petit-fils du mĂȘme grand-pĂšre que y

(zÎłc x) × (aÎčfc z) =  — x est l’arriĂšre petit-fils, etc.


 etc.

x y = x est le frÚre de y

xλλ∖ y = x est le cousin germain de y

x TL^ y = x est le cousin issu de germain de y 
etc.

En appliquant les lois du groupement VI, on a alors (si m et m’ sont deux relations symĂ©triques primaires ou secondaires)1 :

,a,, Îč m ∖ l i ∖ ( (χ <m \ z) si m. > m’

(61) TT +1J L> L = ∖ *~y ; .

* *j* *z ( (x <my z) si m > m et

!

(x <A→ z) si m = m’et que tous deux sont primaires

(x imy z)sÎčm = m et que tous deux sont secondaires.

La relation m ! signifie, en ce dernier cas, la premiĂšre relation primaire supĂ©rieure Ă  m’ (<a’ y + -a’ y = b) : voir proposition (54).

En multipliant maintenant les relations asymétriques et les relations symétriques on a :

x ^8-√l0 y = x est le frùre du pùre de y, donc l’oncle de y.

x y = x est le cousin germain du pÚre de y.

x T, y — x est le cousin au deuxiĂšme degrĂ© du pĂšre de y.


 etc.

x y = x est le frùre du grand-pùre de y, donc le grand-oncle de y. 
 etc.

xlaTL^ y = x est le pÚre du cousin germain de y.

≈∣0→≀>- y = x est le grand-pĂšre du cousin germain de y.


 etc.

y = x est le fils du frĂšre de y, donc le neveu de y. χi[aT→- V —  x est le fils du cousin germain de y.


 etc.

x T’, V = χ est le cousin germain du fils de y. 
 etc.

Ces relations, ainsi engendrĂ©es grĂące aux lois de formation (59) Ă  (61), donnent alors lieu aux compositions suivantes. Il convient d’abord de noter que les multiplications en jeu dans ce groupement ne sont pas commutatives, c’est-Ă -dire que < m>∣g n’équivaut

1. La relation m peut donc ĂȘtre secondaire aussi bien que primaire et la relation m’ primaire aussi bien que secondaire.

pas Ă  : « x est le frĂšre du pĂšre de y » (l’oncle de y) n’est pas

identique Ă  « Ê est le pĂšre du frĂšre de y » (= x est le pĂšre de y). On a donc Ă  considĂ©rer d’abord les lois de conversions suivantes :

(62) (,Λ∣4) = (y*‰)

Exemple : x est le frùre du pùre de y (c’est-à-dire son oncle) = y est le fils du frùre de x (c’est-à-dire son neveu).

et (62 bis) (x y) = (y x)

Exemple : x est le pùre du cousin germain de y (c’est-à-dire son oncle) = y est le cousin germain du fils de x (c’est-à-dire son neveu).

Ensuite, la multiplication constitutive du groupement, étant co-univoque et non pas bi-univoque, la loi de transformation fondamentale sera la suivante :

(63) = (xγ^y’)

ou (en vertu de 62 bis) :

(63 bis) (x ) I« y) = (y <m°y x)

formules dans lesquelles le produit mg rĂ©sulte du tableau des correspondances suivantes dĂ©terminĂ©es par la proposition (60) avec dĂ©composition des relations symĂ©triques primaires en leurs composantes secondaires (voir p. 163. Ce tableau des correspondances co-univoques constitue donc l’expression mĂȘme des compositions du groupement1 (propositions 60 et 62 rĂ©unies).

Ce tableau se lit comme suit. La premiĂšre ligne horizontale (0) signifie ∣o × |o = < 0 > : l’individu x dont sont issues les gĂ©nĂ©rations suivantes est identique Ă  lui-mĂȘme du double point de vue de la descendance et et de la parentĂ© collatĂ©rale (t 0 >). La seconde ligne horizontale se lit ∣a ×   = < 0 >,  = <-→ e⅛ reprĂ©sente les

seules relations collatĂ©rales possibles entre individus de la premiĂšre gĂ©nĂ©ration : l’identitĂ© (( 0,), la relation de frĂšre (< 0’ >) et celle de « fils du mĂȘme pĂšre » (t a y). La troisiĂšme ligne horizontale se lit ∣ή × ∣⅛ = < 0 > ; Ξ ! <a > = ÷-→ Ξt reprĂ©sente les relations

1. Charles Serrus, qui nous a empruntĂ© toutes les formules du prĂ©sent groupement, traduit ce tableau (TraitĂ© de Logique, p. 295) par des nombres, ce qui lui enlĂšve tout intĂ©rĂȘt quant Ă  ses connexions avec les autres structures « intensives ».

collatĂ©rales possibles entre individus de la seconde gĂ©nĂ©ration : < 0 > (identitĂ©), 4→ (frĂšre), < a > (cousin germain) et <b > (petit- fils du mĂȘme grand-pĂšre), etc.

Pour dĂ©terminer, dans la proposition (63), le produit mg, il suffit alors de considĂ©rer la relation 4→ comme prolongeant additive-^ ment la suite g, les valeurs de m et de g Ă©tant donnĂ©es par le tableau ci-aprĂšs. Cette addition g + m s’obtient elle-mĂȘme comme suit :

La relation s’exprimera par les valeurs (pĂšre) = diffĂ©rence d’une ligne horizontale Ă  la suivante ; ∣Ύ (grand-pĂšre) = diffĂ©rence de deux lignes ; (arriĂšre grand-pĂšre) = diffĂ©rence de trois lignes, etc. Le produit

o o, a’ b’ c’ d’ e’ m

∣0∣ o ?
  = 44 l|°

∣α o 0’  = →4

|6 0 0’ a’ 





 ;  = ∣α

|° 0 0’ a’ b’ = 44 ∣α

γd 0 0’ a’ b’ c’ = 44

ÎłÎČ 0 0’ a’ b’ c’ d’ .. = ∣α

0 0’ a’ b, c’ d’ e’ = 4->- |°

âˆŁÏƒ 
 etc. etc. I »

4→-jÎČsignifiera que, partant de la ligne <ÎŽr (= la troisiĂšme), on descend de |o (voir les |a Ă  droite du tableau) Ă  la ligne Ie produit <t> γΎ signifiera que l’on descend de 4>- ⅛ <dr > etc.

Quant aux relations <m>, elles peuvent ĂȘtre primaires ou secondaires. Si elles sont primaires, le produit tm, est alors simplement donnĂ© par la relation terminale (primaire) de la ligne horizontale atteinte parÎłÎČ, Ă  partir de Par exemple x 44 ∣α y (= Âź est petit-fils du mĂȘme grand-pĂšre que le pĂšre de y) Ă©quivaut Ă . x c ° x y (= x est le pĂšre de l’arriĂšre petit-fils du mĂȘme arriĂšre grand-pĂšre que y), parce que, partant de la ligne 4> et descendant d’une ligne (|°), on aboutira Ă  la ligne t . Si est d’ordre secondaire, ce qui est le cas le plus instructif, alors

mg est la derniĂšre relation secondaire de la suite additive g + m. Par exemple x TL,. lg y (= x est le cousin germain du grand-pĂšre de y) donne x ∣⅛ y (= a : est le grand-pĂšre du cousin au troisiĂšme degrĂ© de y), parce que, partant de la ligne (la troisiĂšme) et descendant de deux

alignes (j8), on arrive Ă  la ligne <d> dont la derniĂšre relation secondaire

est TT-

On peut construire ainsi la table de multiplications suivante, que nous tirons directement du tableau des correspondances co-univoques précédent :

m X g = mg m X g  = mg

0×0 =  0 0’ x 0  =  0’

a X 0 =  a 0’  ×  a  =  a’

.b x 0 =  b 0’ x b  =  b’


etc. 0’  ×  c  =  c’

0 x a = a 
etc.

0 × b =  b a’ x 0 =  a’


etc. a’ X a =  b’

a × a =  b a’ x b =  c’

a x b =  c a’  ×  c — d’

a x c = d 
etc.


etc. b’ X 0 =  b’

b x a =  c b’  ×  a — c’

c × a — d b’  ×  b =  d’

d × a =  e b’  ×  c =  e’


etc. ’ 
 etc.

b ×  b =  d c’ X 0 = c’

b x c =  e c’  ×  a = d’

b ×  d =   /  c’  ×  b = e’


etc. 
etc

c ×  b =  e d’ x a = e’

c x c =  f d’ x b = f

c X d =  g d’  ×  c = g’


etc. 
etc.

Inversement, on aura :

(64) =

ou (en vertu de la proposition 62) :

(64 œ) =

Pour déterminer le quotient m : g la valeur de g est alors à soustraire de celle de m, conformément à la table que voici :

m : g m : g

0 :0 = 0 0’ : 0 = 0’

0 : a = 0 0’ : a = 0


etc. 
etc.

a : 0 =  a a’ : 0  = a’

a-, a =  0 a’ : a  = 0’

a : b =  Q a’ : b  = 0


etc. 
etc.

b : 0 =  b b’ : 0  = b’

b : a =  a b’ : a  = a’

/ b :b = O b’ -.b = 0’


etc. b’ : c = 0

c : 0 = c 
etc.

c : a — b c’ : 0 =  c’

c : b — a c’ : a =  b’

c : c = 0 c’ : b =  a’


etc. c’ : c =  0’

d : 0 = d c’ : d =  0

d : a = c 
etc.

d-. b = b 
etc.

Exemple : Si x est le grand-pùre (iή) du cousin issu de germain ( tb∖ ) de y, alors il est le frùre ( t0’> ) du grand-pùre de y (∣ή), soit :

(x →→- y) = (x y6 y) = (y fή →→- y)’

parce que b’ — b = 0’.

En effet, l’opĂ©ration b’ — b consiste Ă  remonter de deux lignes (∣Ύ) Ă  partir de la rangĂ©e ^ÎŽ4> ce qui donne c0’, .

Enfin, si m ≀ g, on a naturellement :

(65) {x∖ÎČ^^y) = (x∖ÎČy}

Exemple : Si x est le grand-pùre (jή) du frùre ( 4’r ) de y, il est aussi le grand-pùre de y.

Ces transformations fondamentales (63) à (65) permettent alors la composition des relations entre trois individus quelconques. On a d’abord, en vertu de (65) :

(66) Si m ≀ g alors (z∣l7y) × (y44z) = (xpz) proposition qui dĂ©finit la « famille » d’ordre g de x, c’est-Ă -dire l’ensemble ne dĂ©passant pas, pour chaque gĂ©nĂ©ration a
 g, la parentĂ© m = g.

Par contre, si m > g, on a, en vertu de (64) :

(67) Gι*∕) × {y 44 z) = (xZLi’z)

Exemple : Si x est le pÚre de y et que y est le cousin germain (4 »-) de z,

alors x est le frĂšre ( <a‰ = a’ : a) du pĂšre QÎČ) de z.

En introduisant une relation | de plus, on aura :

(68) (χ X (y IÎČ’ z) = (a, 44 p+ q’ z}

et si m < g, alors (ép+’z)

Exemple : Si x est le pĂšre (|°) de y et que y est le cousin germain du grand-pĂšre de z {y +4y6z), alors x est le frĂšre ( < 0 * — a’ : a) de l’arriĂšre grand-pĂšre UŸ = a x b) de z, ou encore (proposition 63) x est l’arriĂšre grand-pĂšre du cousin au troisiĂšme degrĂ© (Îłc →→-) de z.

De mĂȘme, si m > g, on a :

(ΞΞ) (x∖ÎČ-*→-y) × (y∣9’z) = (4-⅛+9’zj

et si m ≀ g alors (z y6f+i’, z)

Exemple : Si x est le pĂšre du cousin germain (44) de y et que y est le pĂšre (j“) de z alors x est le frĂšre (4>- = « ’:« ) du grand-pĂšre (∣Ύ — a X a) de z.

D’oĂč, par composition de (68) et de (69) :

(70) (χ∖ÎČ^y) × GP’^z) = (zp+^z)

si m ≀ g et si m’ ≀ (g + g’).

Si ces deux conditions ne sont pas remplies simultanément, on a :

Si m’ < mg’ alors (x^+o’ z)

Si m’ > mg’ alors {x >’ÎČ+a’ ^→-z} et si m’ = mg’ alors (iv’+^z)

Voici un exemple pour (m < g) et (g + g’) ≄ m’ :

(x∣c→Λ^y) × (y∣ή-Λ*-z) = (x∣ez)

Et pour (m < g), mais (g + g’) < m’ :

G √4- y) × {y z) = (χ ∣d z)

De mĂȘme, on a :

(’si m’ < mg alors (x -+→- ∣t,+l7’ z)

(71) 04‰H ×  siw>mgaiors(τ^∣a+<’’z)

( si m’ = mgalors

oĂč < ffti> est la plus faible relation primaire englobant m, si m est d’ordre secondaire.

Exemples pour (m’ < mg) : si x est le cousin germain du grand-pĂšre de y, et que y est l’oncle de z, alors x est le cousin germain de l’arriĂšre grand-pĂšre de z : soit (x-4-^∣Ύy) X (y4>J“z) = (x-i »- jcz).

Pour (m’ > mg) : soit (x→-->-j"y) × (y→→-∣αz) = (z→→~∣Ύz).

Et pour (m’ = mg) : soit (x-t—  >~yαy) X (y*-∣αz) = (x→<-→-yÎŽz), c’est-Ă -dire que x peut ĂȘtre le grand-pĂšre de z, ou son grand-oncle ou le cousin germain de son grand-pĂšre : en effet (x -*-→- ∣Ύ z) indique sans plus que x a pour son compte le mĂȘme grand-pĂšre dans ces trois cas, mais sa parentĂ© vis-Ă -vis de z reste indĂ©terminĂ©e, puisqu’on sait seulement que x est le cousin germain du pĂšre de y et que y est le cousin au troisiĂšme degrĂ© du pĂšre de z : le pĂšre de z peut donc ĂȘtre le fils de x ou son neveu ou le fils de son cousin germain.

Telles sont (66 Ă  71) les compositions Ă©lĂ©mentaires du groupement des multiplications co-univoques des relations. Ces compositions, dont on constate l’isomorphisme avec le groupement de la multiplication co-univoque des classes, peuvent alors ĂȘtre diffĂ©renciĂ©es selon toutes les combinaisons possibles. Nous avons donnĂ© ailleurs1

1. Classes, relations et nombres.

quelques échantillons de leurs diversités, notamment selon les quatre figures :

(xy × yz) = (xz) ; (xy) × (xz) = (yz) ; (xy) × (zy) = (xz)
et (χy) × (zĂŠ) — (yz)

que Ch. Serrus a reprises dans son TraitĂ©1. Il n’est donc pas nĂ©cessaire de les rĂ©analyser ici, car elles dĂ©rivent toutes des transformations fondamentales (63) et (64), en appliquant aux relations asymĂ©triques et symĂ©triques en jeu leurs rĂšgles respectives d’addition.

Notons seulement que, quand les relations asymétriques sont inverses, le calcul est un peu plus compliqué. En voici un seul exemple :

(72) {χ^∖gy) ×{y∖g^z’) =

. si (g — g’) > (m1— m) alors (x ∖g~g’ — 2- z)
pour g > g’ < ) si (g — g’) < (m’ — m) alors (x p-g’ z)
- \ . si (g — g’) = (m’ — m) alors (τ ∖a~a’ -22→, z)
i si (g’ — g) > (m — m’) alors (x →->- z)
pour g < g’ ’ ) si (g’ — g) < (m — m’) alors (x ∖g’-gJF2gJ∑g2. z)
si (g’ — g) = (m — m’) alors (x ∖g’~~g -*→~z)
si m > m’ alors (z →→- z)
pour g = g’ < si zn < zn’ alors (x →->- z)
si m = m’ alors (x -2→- z)

 

L’associativitĂ© prĂ©sente, dans ce groupement, un intĂ©rĂȘt particulier, du fait qu’elle y manifeste plus visiblement que dans les autres sa fonction propre : atteindre le mĂȘme point d’arrivĂ©e par des chemins diffĂ©rents et notamment par des « dĂ©tours » plus ou moins grands. Soit par exemple :

( ≈) = G ? y) ; ( ÎČ) = G ∣c z1) ; et (Îł) = (z1 Λ- ∣rf z2)

On aura si l’on compose (Ɠ × ÎČ) Ă  part, puis (α × ÎČ) avec (Îł), ou bien (a) Ă  part et (ÎČ × γ) d’autre part, le mĂȘme produit final (z-<→-∣,z2), mais par des chemins diffĂ©rents : en effet (α × ÎČ) donnent (x-*-*-∣ez1) et (ÎČ × γ) donnent {y^-*~∖gz). Pourtant la

1. Ch. Serrus, op. cit., p. 292-313.

premiĂšre de ces deux expressions, multipliĂ©e par (y) donne le mĂȘme produit que la seconde multipliĂ©e par (a).

Les identiques spĂ©ciales sont naturellement conformes Ă  la rĂšgle habituelle. Quant Ă  l’identique gĂ©nĂ©rale, on se rappelle que, dans les groupements multiplicatifs de classes, elle rĂ©sulte de l’opĂ©ration d’abstraire une classe d’elle-mĂȘme, c’est-Ă -dire de la supprimer en tant qu’emboĂźtement tout en laissant ses Ă©lĂ©ments dans la classe la plus gĂ©nĂ©rale du systĂšme. De mĂȘme, abstraire une suite de relations d’elle-mĂȘme consistera Ă  supprimer les relations entre ces termes comme tels tout en conservant ces termes Ă  titre de termes de toute autre relation possible :

UW) : (χ∖ay) = ⅛∖0y)

Ce groupement de la multiplication co-univoque des relations est ainsi, de beaucoup, le plus riche des groupements « intensifs » examinĂ©s jusqu’ici. On pourrait se demander si cette fĂ©conditĂ© ne rĂ©vĂšle pas l’existence d’un fond numĂ©rique qui engendrerait les rapports en jeu, puisque les gĂ©nĂ©rations peuvent ĂȘtre considĂ©rĂ©es comme des unitĂ©s successives, que l’on retrouve dans les degrĂ©s de la parentĂ© collatĂ©rale. Certes il est facile de dĂ©nombrer les gĂ©nĂ©rations comme ces degrĂ©s, mais c’est un fait remarquable que rien ne nous y contraint, et que l’emboĂźtement des relations secondaires 44 ; < a’ -, ; 44 ! etc., dans les relations symĂ©triques primaires t∙ a -, ; 4→’> < c > en fonction des relations asymĂ©triques etc., suffit Ă  exprimer de la maniĂšre la plus prĂ©cise et la plus complĂšte l’ensemble des rapports intervenant dans un systĂšme de filiations. Or, comme un tel systĂšme est isomorphe au groupement des multiplications co-univoques de classes, et que ce dernier groupement traduit la structure de toute classification complĂšte, on voit que l’existence du prĂ©sent groupement constitue la meilleure des vĂ©rifications Ă©tablissant le caractĂšre Ă  la fois naturel et Ă©lĂ©mentaire du mĂ©canisme opĂ©ratoire des groupements.

§ 21. Le groupement VIII : la multiplication bi-univoque des relations et les relations d’équivalence multiplicative (correspondances bi-univoques)

Au groupement (IV) de la multiplication bi-univoque des classes correspond enfin un groupement multiplicatif de relations qui intéresse comme le groupement VII les relations asymétriques et symé-

triques Ă  la fois : il constitue des tables Ă  double (ou Ă  triple, etc.) entrĂ©e, l’une des entrĂ©es Ă©tant occupĂ©e par une sĂ©riation (groupement V), tandis que l’autre l’est, soit par une seconde sĂ©riation, soit par un systĂšme de relations symĂ©triques (correspondances), soit par les deux Ă  la fois.

Cherchons Ă  distribuer un ensemble d’objets selon leur poids et leur volume simultanĂ©ment, sans ĂȘtre en possession d’aucune donnĂ©e mĂ©trique. Pour les poids on ne disposera ainsi que d’estimations qualitatives (perceptives) en (+), en ( = ) et en (— ). Pour le volume on immergera successivement les objets en un rĂ©cipient d’eau en jugeant donc du rĂ©sultat en (+), en (=) et en (— ), toutes les comparaisons de poids ou de volume s’effectuant par couples. On aura ainsi la possibilitĂ© de sĂ©rier les objets selon une suite de relations asymĂ©triques transitives exprimant les diffĂ©rences de poids : 0 4. A4B-4C4 D 4∙∙∙) Ξtc∙, e⅛ de construire une’ suite semblable pour les volumes. On aura de mĂȘme le pouvoir d’établir des Ă©quivalences X 4> Y ou X ( b > Y, etc., selon les divers poids ou les divers volumes constatĂ©s Ă©gaux. Mais on n’aura, par hypothĂšse, aucun moyen d’égaliser les diffĂ©rences 4 = → = → = ‱ ‱‱, c’est-Ă -dire de construire une unitĂ© mĂ©trique a = a telle que b = 2 a, c = 3 a, etc. On ne pourra pas non plus graduer les diffĂ©rences selon un ordre croissant (4) <(→) <(→)∙∙∙, etc., ou dĂ©croissant. On ne disposera donc d’aucune quantification extensive et l’on se trouvera en prĂ©sence de seules relations intensives fondĂ©es sur l’emboĂźtement des diffĂ©rences positives (groupement V) ou nulles (groupement VI). Comment alors comparer tous les objets en prĂ©sence, du double point de vue du poids et du volume, c’est- Ă -dire comment construire un groupement multiplicatif avec ces deux suites de relations ?

La seule mĂ©thode consistera Ă  construire une table Ă  double entrĂ©e combinant les deux sortes de diffĂ©rences et d’équivalences. On commencera par construire des classes d’équivalences contenant les objets de mĂȘme poids ou de mĂȘme volume. Nous supposerons qu’il n’existe pas deux objets de mĂȘme poids et de mĂȘme volume Ă  - la fois, mais il peut y avoir Ă©quivalence selon l’une ou l’autre qualitĂ©. En ce cas, les objets de poids Ă©quivalent seront donc Ă  sĂ©rier selon le volume et vice versa. Appelons ainsi A1 une classe d’objets de mĂȘme poids ; Ai une classe d’objets de mĂȘme poids Ă©galement, mais plus lourds que les A1j Bj une classe d’objets encore plus lourds, mais de poids Ă©gal entre eux, etc. Appelons d’autre part A2;

A2; B2; etc., des classes d’objets de volume croissant d’une classe Ă  l’autre, mais de volume Ă©gal Ă  l’intĂ©rieur de chaque classe. Nous pouvons alors construire au moyen de ces classes une table Ă  double entrĂ©e de la forme de celles du groupement IV (voir fig. 9, p. 123),

 

Fig. 16.

 

mais à cette différence prÚs que chaque intersection A1A2j A(A2; A2A2; etc., sera constituée par une classe singuliÚre.

La figure 16 reprĂ©sente les classes singuliĂšres de cette table Ă  double entrĂ©e par un ensemble de rectangles : chaque rangĂ©e horizontale figure ainsi une suite d’objets de mĂȘme volume, mais de poids croissant, et chaque colonne verticale une suite d’objets de mĂȘme poids, mais de volume croissant. Il est alors facile de relier ces objets par un double systĂšme de relations asymĂ©triques exprimant

simultanĂ©ment les diffĂ©rences de poids et de volume. Pour une mĂȘme classe A2 contenant des objets de volume Ă©gal, on aura en effet, la sĂ©riation suivant des poids (en nĂ©gligeant le 0) :

(73) (A1A2)4(a ;a2)4 (b ;a2)4(c ;aj4(d ;a2)4
 etc.

Ces relations seront les mĂȘmes entre les termes de la classe A2 ou de la classe B2, etc., lesquelles ne diffĂšrent que par le volume. RĂ©ciproquement, pour une classe A1 contenant des objets de poids Ă©gal, on aura la sĂ©riation suivante des volumes (cette sĂ©rie Ă©tant verticale dans la figure 16) :

(74) (A1A2) 4 (A1A2) 4 (A1B2) 4 (A1C’) 4 
 etc.

Ces relations y“2; ; y6*; etc., se retrouveront entre les termes des

classes An BJ C(, etc., lesquelles ne diffĂšrent que par le poids.

Si nous extrayons maintenant de’ la figure 16 les relations (73) et (74) nous trouvons un systĂšme de relations, distribuĂ©es comme dans le tableau ci-contre. Ce sont ces relations qui constituent alors le groupement VIII : on constate qu’elles expriment une double sĂ©riation de diffĂ©rences, mais en se rĂ©pĂ©tant entre plusieurs suites distinctes d’objets, lesquels demeurent donc partiellement Ă©quivalentes. Notons Ă  ce propos que,

si certains Ă©lĂ©ments manquaient au tableau de la figure 16, c’est-Ă - dire s’il n’existait pas de sĂ©ries correspondantes de mĂȘmes poids et de mĂȘmes volumes, la comparaison entre les autres deviendrait impossible ; plus prĂ©cisĂ©ment, il est nĂ©cessaire, pour le faire, de supposer l’existence logique de moyens termes semblables entre eux du point de vue de l’une des deux qualitĂ©s en jeu, que ceux-ci existent empiriquement ou non. Seule une quantification extensive (un rapport mĂ©trique ou ■ une proportion entre les poids et les volumes) permettrait d’éviter une telle limitation, mais en se rĂ©fĂ©rant implicitement Ă  une commune mesure. A dĂ©faut de quoi il faut passer par l’égalitĂ© qualitative : par exemple Aristote, ignorant la mesure de la vitesse, se bornait Ă  dĂ©finir celle-ci en disant que, de deux mobiles, le plus rapide est soit celui qui arrive plus loin Ă  temps Ă©gaux, soit celui qui parcourt en moins de temps des espaces

 

Ă©gaux ; il y a lĂ  un bon exemple d’opĂ©ration intensive relevant du prĂ©sent groupement et reposant sur une organisation des donnĂ©es analogue Ă  celle des tables prĂ©cĂ©dentes. Dans le tableau de la figure 16 aussi, on peut dire que le plus dense de deux objets est celui qui, Ă  poids Ă©gal, a un volume plus petit ou celui qui, Ă  volume Ă©gal, a un poids plus grand ; mais on ne peut rien affirmer de plus, faute de quantification extensive ou mĂ©trique.

Cela dit, ce groupement VIII rĂ©unit en un seul tout trois sortes d’opĂ©rations : la multiplication de deux sĂ©riations l’une par l’autre (opĂ©ration qui peut se poursuivre avec de nouvelles sĂ©riations) ; l’addition de nouvelles relations asymĂ©triques selon chacune des sĂ©ries envisagĂ©es (double ou triple enchaĂźnement, etc.) et la mise en correspondance selon des relations symĂ©triques d’équivalence multiplicative (correspondance bi-univoque et rĂ©ciproque).

I. La multiplication des séries

Nous venons de constater que la multiplication de deux sĂ©riations constitue une table Ă  double entrĂ©e. On pourrait, de mĂȘme, multiplier ces deux sĂ©riations par une troisiĂšme (couleur, etc.) et construire ainsi une table Ă  triple entrĂ©e, etc. Bornons-nous aux deux relations envisagĂ©es.

1. L’opĂ©ration directe sera donc la multiplication des relations →-, que nous symboliserons sous la forme a‘-^, par les rela-

tiens y 2; ,2; p ; etc., que nous symboliserons sous la forme ‱ . On aura donc :

âˆ•âˆŁÎ»2∖ ∕ ∣α2∖

(75) (⅜--∙.‰)  ×  (H )  =  ( ai"M: )

∖τ⅞∕ ∖ Œ∕

Cette formule exprime donc simplement, en abrĂ©gĂ©, l’ensemble

des relations détaillées dans la figure 16.

2. L’opĂ©ration inverse sera l’abstraction :

« .-% : ) : ( : ) = « 1 - ou ( a  » - ⅞ ) : ( Ÿ - ⅞ ) = ( °, ) v⅞∕ V⅞∕

ce qui signifie : si, dans un tableau comme celui de la figure 16, oĂč sont groupĂ©es les relations de poids et de volume, je fais abstraction des relations de volume, je n’ai plus Ă  envisager que les relations de poids. Ou encore : si aprĂšs avoir sĂ©riĂ© les objets selon leurs poids je fais abstraction de ces diffĂ©rences du poids, je n’ai plus Ă  considĂ©rer que les objets eux-mĂȘmes indĂ©pendamment de leurs diffĂ©rences (~ζ,).

3-5. L’identique gĂ©nĂ©rale sera donc l’absence de relation et les identiques spĂ©ciales, ainsi que l’associativitĂ© semblables Ă  ce qu’elles sont dans les autres groupements.

II. Multiples enchaĂźnements

Si de ces compositions générales, nous passons maintenant au détail des multiplications entre relations élémentaires, nous procéderons comme il a été fait à propos du groupement VII, mais avec cette simplification considérable que représente le mode multiplicatif bi-univoque.

Soient ainsi deux termes x et y (choisis dans la figure 16, par exemple A1A2 et CJA2) diffĂ©rant entre eux par leur poids selon une diffĂ©rence (a : 4 y). La relation 4 rĂ©sulte, comme dans le groupement V, de l’addition des diffĂ©rences : (4 +   + Ύj = 4). Soient

d’autre part, deux termes y et z de mĂȘme poids, mais diffĂ©rant par leur volume d’une relation (par exemple C[A2 et CjA2). Nous pouvons alors composer ces deux relations selon le rapport multiplicatif :

(77) (χ-^y) × Mα4) = (z-L∣g*z)

« Si x est plus lĂ©ger que y (d’une valeur 4) tout en ayant le mĂȘme volume, et si y a le mĂȘme poids que z, mais est moins volumineux (de H alors z est Ă  la fois plus lourd et plus volumineux que x (selon les diffĂ©rentes concurrentes 4 et 1°’) »‹

La signification de cette opĂ©ration (77) est donc que l’on peut comparer n’importe quel Ă©lĂ©ment d’une table Ă  double entrĂ©e (fig. 16) Ă  n’importe quel autre du double point de vue des diffĂ©rences de poids et de volume. On peut alors composer deux produits entre eux :

(7Ÿ (≈-⅛n) × g,-M’∙2) = (1∆±ipĂ·s)

et

(78 bis) (x-^∖r,y) × (y→-f,z) = (x ∣r>~r≈ z)

Exemple : Si x (= A1As, fig. 16) est Ă  la fois moins lourd et moins volumineux que y (= Bj’A2) d’une diffĂ©rence -4∣α, et que y(—   B(A2) est Ă  la fois moins lourd et moins volumineux que z (= C(B2) d’une diffĂ©rence -4Îłg,, alors z est Ă  la fois plus lourd et plus volumineux que x, selon une diffĂ©- c, 16. rence — *-y .

L’addition des relations asymĂ©triques (enchaĂźnement simple ou sĂ©riation : groupement V) n’est pas commutative, comme nous

l’avons vu au § 18, pas plus que la multiplication co-univoque. Par contre, la multiplication bi-univoque prĂ©sente une commutativitĂ© de fait, due Ă  l’identitĂ© du point d’arrivĂ©e lorsque les relations suivent des itinĂ©raires diffĂ©rents, mais correspondants. Dans la figure 16, le terme A1A2 est reliĂ© aux termes CJC2 par les deux relations Ă©quivalentes 4- |c* (passant par CJA2) ou 4-(passant par A1C2). On a donc, de façon gĂ©nĂ©rale :

(79) (xp4-y) = (aÎč ^∖r’y) et (xA-y) = (x 4-f’y) ou :

(x∖r*œ-y) =

C’est cette loi de transformation (79) qui simplifie notablement les compositions du prĂ©sent groupement par opposition Ă  celles du groupement VII.

III. Correspondances bi-univoques et équivalences multiplicatives

La signification la plus gĂ©nĂ©rale du groupement est de fonder, en isomorphisme avec le groupement IV, cette opĂ©ration essentielle de l’esprit qu’est la correspondance bi-univoque et rĂ©ciproque.

En une table Ă  double entrĂ©e, chaque rangĂ©e horizontale correspond bi-univoquement Ă  la suivante et chaque colonne verticale Ă  la suivante. Chaque terme est en effet Ă©quivalent Ă  son correspondant du point de vue de l’une des relations considĂ©rĂ©es (A1A2Ă©quivalent Ă  A1A2 du point de vue A1, c’est-Ă -dire qu’il a le mĂȘme poids x°iy) : si ce n’était pas le cas, il ne pourrait pas y avoir table Ă  double entrĂ©e, car des termes tous diffĂ©rents du point de vue de la mĂȘme qualitĂ© formeraient une sĂ©rie unique et l’on ne pourrait plus multiplier l’une par l’autre deux sĂ©ries ainsi constituĂ©es. DĂšs lors, en mĂȘme temps qu’il constitue un ensemble de multiplications entre relations asymĂ©triques caractĂ©risant deux ou plusieurs sortes de diffĂ©rences distinctes (par exemple le poids et le volume), le prĂ©sent groupement exprime nĂ©cessairement aussi une suite de multiplications entre des relations asymĂ©triques de diffĂ©rences ordonnĂ©es et de relations symĂ©triques de correspondances bi-univoques et rĂ©ciproques, c’est-Ă -dire des Ă©quivalences ; mais ces diffĂ©rences et Ă©quivalences ne portent alors que sur une seule et mĂȘme qualitĂ©. Si 4> →> →> Ξtc., sont des diffĂ©rences progressives de poids entre les objets A2A15 A2Aj ; A2B1} etc., de la figure 16, ces diffĂ©rences se retrouvent entre les objets A2A15 A2AJ ; A2Bj ; etc., et il existe alors entre les objets correspondants (A2A1 et A2A1 ; etc.)

 »

des relations d’équivalence que traduit la correspondance bi-uni- voque et rĂ©ciproque ; ces Ă©quivalences expriment elles-mĂȘmes l’égalitĂ© entre les poids < 0 y (Ă©galitĂ© de dĂ©part), < a > (Ă©galitĂ© entre valeurs supĂ©rieures Ă  celles de dĂ©part), y (Ă©galitĂ© entre valeurs supĂ©rieures aux prĂ©cĂ©dentes, etc.) :

D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, on peut caractĂ©riser la correspondance bi-univoque et rĂ©ciproque comme une . _ a _ αζ t’χ _ e’ _ multiplication logique entre une suite

de diffĂ©rences et une suite d’équiva- “o “a T6 “c ’d lences. Les diffĂ©rences en jeu peuvent ” ” y ” ” ĂȘtre reprĂ©sentĂ©es par des altĂ©ritĂ©s

. . g > . . c > . (voir groupement VI) ou par des

diffĂ©rences ordonnĂ©es (mais dans le premier cas, les altĂ©ritĂ©s elles-mĂȘmes dĂ©pendent des inclusions de classes, c’est-Ă -dire de relations asymĂ©triques partiellement ordonnĂ©es). Dans les deux cas, la mise en correspondance constitue l’une des opĂ©rations les plus primitives de l’esprit. Par exemple quand un enfant copie un visage, il fait correspondre Ă  chaque partie du modĂšle une partie semblable de son dessin (il y a alors correspondance entre classes, fondĂ©e sur le groupement IV : un nez pour un nez, un front pour un front, etc.) ; lorsqu’il copie une suite ordonnĂ©e, telle qu’une tour de plots de grandeurs dĂ©croissantes, il Ă©tablit une correspondance fondĂ©e sur le prĂ©sent groupement.

Il est donc essentiel pour la thĂ©orie logique de la correspondance, de comprendre que les opĂ©rations des groupements IV et VIII (comme d’ailleurs III et VII) n’impliquent par elles-mĂȘmes ni le nombre ni l’égalitĂ© de puissance. La diffĂ©rence entre les deux sortes de structures tient Ă  la maniĂšre dont les Ă©lĂ©ments sont mis en correspondance. Dans le cas de la correspondance logique, l’équivalence entre les termes correspondants repose exclusivement sur la relation de partie Ă  tout. Dans le cas du groupement IV deux termes se correspondent parce que constituant une mĂȘme classe qualifiĂ©e (par exemple les ailes des oiseaux correspondent aux membres antĂ©rieurs des mammifĂšres parce qu’appartenant Ă  une mĂȘme classe, la ceinture scapulaire, mais elles ne correspondent pas aux membres postĂ©rieurs parce que ne prĂ©sentant pas les mĂȘmes caractĂšres qualitatifs). Dans le cas du groupement VIII la correspondance reposera sur une Ă©quivalence de qualitĂ©s. Dans les deux cas, l’équivalence exprime donc un certain emboĂźtement de la partie dans le tout (des classes partielles dans la classe totale ou des relations < 0 / < a >;

< ÎŽ > ; etc., par rapport Ă  4i →i e⅛c∙)∙ Au contraire, une correspondance bi-univoque entre deux ensembles assure leur Ă©quipotence (ou Ă©galitĂ© numĂ©rique) en faisant correspondre un Ă©lĂ©ment quelconque de l’un Ă  un Ă©lĂ©ment quelconque de l’autre, indĂ©pendamment de toute qualitĂ©, ce qui revient Ă  faire de ces Ă©lĂ©ments des « unitĂ©s » et Ă  mettre ainsi en relation les parties sans passer par le tout.

Du point de vue exclusivement logique (donc intensif), il convient de distinguer encore les deux sortes d’équivalences que nous avons rencontrĂ©es jusqu’ici : les Ă©quivalences simples ou additives et les correspondances ou Ă©quivalences multiplicatives.

Contrairement Ă  l’égalitĂ© numĂ©rique ou Ă©quipotence, l’équivalence logique n’est jamais, sauf le cas de l’identitĂ© elle-mĂȘme, qu’une Ă©galitĂ© limitĂ©e, subordonnĂ©e Ă  un certain point de vue. Ainsi l’équivalence simple ou additive n’exprime (voir § 8 et dĂ©finitions 16 et 25) que la substitution possible entre deux termes qualifiĂ©s (individus ou classes), mais du seul point de vue de la qualitĂ© envisagĂ©e. L’équivalence logique simple constitue donc, par sa nature mĂȘme, une co-appartenance ou une co-inclusion : z14>j2j z1→-4-z3 ; etc. ou A-4a’; B -*→> B’; etc.

Mais il serait contradictoire d’écrire B < B > B’, car les classes B et B’ ne sauraient ĂȘtre Ă©quivalentes du point de B seule, puisque B’ n’est pas incluse en B. De mĂȘme, il serait absurde d’écrire A < c , B ou B < d y C, car A est incluse en B et B en C : il ne saurait en effet y avoir Ă©quivalence entre classes dont l’une est emboĂźtĂ©e dans l’autre, puisque le rapport qui les unit est une relation asymĂ©trique d’inclusion. Par contre on a A x c > B’ ou A 4→ C’, etc.

Le critĂšre de l’équivalence additive est donc la vicariance (voir § 13). C’est pourquoi deux relations asymĂ©triques Ă©lĂ©mentaires telles que a et a∕ ne sauraient ĂȘtre considĂ©rĂ©es comme Ă©quivalentes, bien que l’on ait 4 + → = →∙ En ΞffΞtj Ξn ne saurait permuter ces deux relations selon l’opĂ©ration de la vicariance, faute prĂ©cisĂ©ment de symĂ©trie. Par contre, si l’équivalence additive ou co-inclusion n’a point de signification dans le domaine des relations asymĂ©triques1, l’identitĂ© ou auto-Ă©quivalence y est reprĂ©sentĂ©e :

(80) ( a, ) ta, ( ¼ ) ou et („4+ X) ( ήr 1

4. En logique de » propositions, l’inclusion se traduit par l’implication. Or, si (x∙A) 3 (χtB) la relation n’implique pas, par contre, Ă  elle seule la relation 4-, Voir § 39 sous B, Forme II.

♩

c’est-à-dire :

(4- + X) = (A)

parce que la différence nulle est à nouveau symétrique.

Rappelons encore que le contraire de l’équivalence additive (_4 »_) n’est pas la diffĂ©rence asymĂ©trique, mais l’altĂ©ritĂ© ,a’t (et Ă  la limite c’est-Ă -dire la non-Ă©quivalence ou diffĂ©rence rĂ©ciproque (dĂ©finitions 26 et 27) correspondant Ă  une relation symĂ©trique d’intervalles et non pas Ă  la diffĂ©rence ordonnĂ©e ou orientĂ©e ( % ).

Quant aux correspondances bi-univoques intensives ou équivalences logiques multiplicatives, deux différences les opposent aux équivalences simples ou additives. En premier lieu une classe A1correspond à une classe AJ si A1 est distribuée en :

A1A2 + A1A2 + A1B2


et que AJ est également distribuée en :

A(A2 + A1A2 + AJB2


(les types A2, A2 et B2 des organes des Batraciens A1 correspondent aux types A2, A2 et B2 des organes des Reptiles AJ. Cette correspondance repose bien alors sur une sorte de co-inclusion de A1 et A* en B1C2 (dans le produit total de A1 + AJ par A2 + A2 + B2), mais cette co-inclusion prĂ©sente une structure spĂ©ciale que l’on peut appeler une co-distribution. En effet, selon la loi de distributivitĂ© propre Ă  la multiplication, on a :

(81) (A1 + AJ × C2 = A1C2 + A{Ca

d’oĂč :

A1C2 <<Ÿ a ;c2

L’équivalence par correspondance constitue donc une Ă©quidistri- bution.

En second lieu, et surtout, nous avons vu que deux classes primaires de rang diffĂ©rent, par exemple A et B, ne sont pas Ă©quivalentes en B ni en C, etc., parce que A est incluse en B (relation asymĂ©trique d’inclusion). Or, le grand intĂ©rĂȘt de l’équivalence multiplicative, ou correspondance logique, est que la partie A1C2de la classe multiplicative totale B1Ca correspond au tout. Par exemple ceux des organes des Batraciens qui correspondent classe Ă  classe aux organes des Poissons, des Reptiles, etc., correspondent

par cela mĂȘme aux organes communs des VertĂ©brĂ©s en gĂ©nĂ©ral, bien que les organes des Batraciens (A1C2) ne constituent qu’une sous-classe des organes des VertĂ©brĂ©s (E1C2) :

(82) A1C2 <<Ÿ> E1Ca

La raison de cette diffĂ©rence entre les deux sortes d’équivalences est claire. Dans le cas de l’équivalence additive ou co-inclusion, il ne saurait y avoir Ă©quivalence qu’entre classes de mĂȘme rang, parce que la classe de rang infĂ©rieur se rĂ©sorbe dans celle de rang supĂ©rieur : l’addition rĂ©unit ainsi la partie au tout en nĂ©gligeant les diffĂ©rences propres aux parties, ce qui Ă©carte toute Ă©quivalence entre le tout rĂ©sorbant et la partie rĂ©sorbĂ©e, si l’on dĂ©finit l’équivalence par la vicariance ou la co-inclusion. Au contraire, dans les rapports multiplicatifs, la classe de rang infĂ©rieur absorbe la classe supĂ©rieure et lĂ  multiplication attribue alors aux parties les qualitĂ©s du tout : les parties correspondent en ce cas nĂ©cessairement au tout parce que la multiplication (absorbante) exprime leurs qualitĂ©s communes.

On peut d’ailleurs exprimer toute Ă©quivalence additive sous forme d’une Ă©quivalence multiplicative :

(83) (A -Λ- A’) = AB « — » A’B

Mais, en vertu de ce qui prĂ©cĂšde, la rĂ©ciproque n’est vraie que pour les classes correspondantes de mĂȘme rang.

Enfin, outre la correspondance entre individus ou classes, on peut distinguer une correspondance entre les relations comme telles, symĂ©triques ou asymĂ©triques. Cette correspondance, appelĂ©e en gĂ©nĂ©ral similitude (logique, par opposition Ă  gĂ©omĂ©trique, etc.) est une forme d’équidistribution, mais qui prĂ©sente, dans le cas des relations asymĂ©triques, cette particularitĂ© de pouvoir conserver l’ordre. On aura, par exemple (si l’on se reporte Ă  la figure 16, p. 171) :

(84) [(A1A2) (AJA2)] <<⅛ [(A1A2) -V (a ;a^)]

parce que :

(Apœ-LAÎŒ2)×(ApÂœâˆŁÎČχA^MA√φA1A^) × (a√œ-VA1A^)

De façon générale, on a :

(85) (x1-^y1) « — » (Ÿ si Gi-Vy1) = (χ1-V ∣9 2∕1)

ce qui constitue la formule logistique classique de la similitude

(voir fig. 17).

Fig. 17.

En bref, quoique moins riche en combinaisons que le groupement de la multiplication co-univoque des relations, ce groupement VIII est d’une importance thĂ©orique remarquable, en tant que fondement de corres

pondances bi-univoques ou équivalences multiplicatives.

§ 22. Conclusions : équivalences et différences ; le problÚme du groupement unique

Ces huit groupements possibles de classes et de relations forment au total un systĂšme simple et cohĂ©rent dont il s’agit pour conclure de dĂ©gager l’économie.

Nous avons dĂ©jĂ  vu (§ 11) que ce nombre 8 Ă©tait dĂ» Ă  une triple dichotomie : groupements de classes et de relations (2), groupements additifs et multiplicatifs (2), groupements primaires et secondaires (2), soit 2 × 2 × 2 = 8. Mais on ne pouvait comprendre avant d’en avoir, analysĂ© le dĂ©tail, le rĂŽle fondamental des classes et relations secondaires, que mettent en Ă©vidence les groupements II, III, VI et VII. La raison en est maintenant claire : il existe, en fait, deux structures fondamentales qui se partagent l’ensemble des groupements intrapropositionnels : l’une est fondĂ©e sur les emboĂźtements et sĂ©riations linĂ©aires, c’est-Ă -dire entiĂšrement ordonnĂ©s, (I et V) et sur leurs multiplications, qui sont alors bi-univoques (IV et VIII) ; l’autre l’est sur les systĂšmes hiĂ©rarchiques, donc co-univoques (II et III, VI et VII). Ce sont ces derniers qui mettent en jeu les compositions de classes ou de relations secondaires entre elles, sous forme de vicariances (II) ou de symĂ©tries (III) et surtout de correspondances « un Ă  plusieurs » (III et VII).

Un autre rĂ©sultat de l’étude des groupements est de permettre une analyse prĂ©cise des divers modes d’équivalence et de diffĂ©rence sur lesquels est fondĂ©e la logique intensive. Toute la logique des classes et des relations constitue, en effet, une thĂ©orie de la ressem-

 

blance et de la diffĂ©rence, qu’il s’agisse de classifications, c’est-Ă -dire de systĂšmes de ressemblances hiĂ©rarchisĂ©es, ou de mises en relations, c’est-Ă -dire d’équivalences symĂ©triques ou de diffĂ©rences asymĂ©triques. C’est donc par une dĂ©termination des rapports entre l’équivalence et la diffĂ©rence qu’il s’agit de clore cet exposĂ©.

L’équivalence qualitative, tout d’abord, dont nous venons de dĂ©crire les diverses variĂ©tĂ©s additives et multiplicatives, prĂ©sente ce caractĂšre fondamental de comporter des degrĂ©s. Nous ne faisons pas allusion en cela aux formes mathĂ©matisĂ©es d’équivalence, sur lesquelles nous reviendrons (chap. IV), mais Ă  ce fait fondamental qui conditionne toute la construction des groupements de classes et de relations symĂ©triques : l’identitĂ© ou relation de diffĂ©rence nulle (x 4 x)=(x ( 0> x)=(χ-χ) n’est que lalimite maximale d’une forme d’équivalence dont les divers degrĂ©s s’échelonnent jusqu’à l’équivalence minimale, reliant les uns aux autres les Ă©lĂ©ments de la classe la plus gĂ©nĂ©rale du systĂšme considĂ©rĂ© (Z).’ Prenons comme exemple une classe A (les Hommes) incluse en une suite de classes B (les MammifĂšres), C (les VertĂ©brĂ©s), D (les Animaux), E (les ĂȘtres vivants)
 jusqu’à Z. Il existe alors entre les Hommes une Ă©quivalence globale ar1 aÎŽcd-2 x2, dĂ©finie par l’ensemble de leurs caractĂšres communs1, et qui est plus grande que l’équivalence globale donnĂ©e entre les MammifĂšres (x1 χn) ; en effet, ceux-ci, tout en prĂ©sentant des qualitĂ©s communes qui les rendent tous Ă©quivalents entre eux en tant que MammifĂšres < Ύ >, s°nt plus diffĂ©rents les uns des autres que ne le sont les Hommes, puisqu’il leur manque les qualitĂ©s spĂ©cifiques de la classe A, c’est-Ă -dire < a >■ L’équivalence donnĂ©e entre les VertĂ©brĂ©s (τ1 fd-zr y) est plus faible encore, et ainsi de suite jusqu’à l’équivalence ia plus faible qui rĂ©unit les uns aux autres les ĂȘtres en gĂ©nĂ©ral ( ( z, ).

Cet affaiblissement de l’équivalence entre les Ă©lĂ©ments des classes emboĂźtĂ©es au fur et Ă  mesure de leur extension n’est pas autre chose que l’expression de la loi classique de la proportion inverse entre la comprĂ©hension des concepts et leur extension : en effet, dans le cas des classes « faiblement structurĂ©es », auxquelles s’applique la loi en question (comme nous l’avons vu au § 6), l’extension n’est autre que la classe elle-mĂȘme, tandis que la comprĂ©hension

1. Nous distinguons ici le symbole x1 x2 dĂ©signant l’ensemble des Ă©quivalences entre x, et x2 du symbole x, x2 reprĂ©sentant l’équivalence diffĂ©rentielle propre Ă  la classe A et dĂ©finie par la co-possession des caractĂšres spĂ©cifiques de cette classe.

est précisément constituée par les équivalences qualitatives qui caractérisent cette classe.

Or, dire que l’équivalence a des degrĂ©s et qu’elle s’affaiblit au fur et Ă  mesure de l’extension des classes emboĂźtantes, c’est soutenir, par cela mĂȘme, que la diffĂ©rence augmente corrĂ©lativement. Nulle dans le cas de l’identitĂ© (< ° >), la diffĂ©rence est plus grande entre individus de la classe A (soit A4), plus grande encore entre individus de la classe B (soit 4→) e⅛ a⅛si de suite jusqu’à (<*>). Les Ă©quivalences dĂ©croissantes A→i A4 ; -4→i constituent ainsi par ailleurs et simultanĂ©ment des relations de diffĂ©rences croissantes. Mais en quoi consistent les diffĂ©rences, du point de vue de la structure des groupements ?

Il n’existe que trois formes de diffĂ©rences de qualité : 1° les « altĂ©ritĂ©s » (dĂ©finition 26) : par exemple <a’y exprimant la diffĂ©rence entre les comprĂ©hensions correspondant aux classes A et A’ ∣si A’ = B — A ; ib’y exprimant la diffĂ©rence entre les comprĂ©hensions des classes B et B’, si B’ = C — B, etc., jusqu’à 4→ correspondant Ă  la diffĂ©rence entre la comprĂ©hension de Y et de Z (la classe totale du systĂšme) ; 2° les diffĂ©rences asymĂ©triques :

O 4 A 4 B 4 C 4 
 ; etc.

propres Ă  la sĂ©riation ; 3° les diffĂ©rences symĂ©triques d’intervalles :

O « — > | A ; A <→ | B ; B ÷→ | C ; etc.

signifiant qu’il existe, en une sĂ©rie, le mĂȘme intervalle entre O et A qu’entre A et O ; entre A et B qu’entre B et A, etc.

1° Les premiĂšres de ces diffĂ©rences expriment la prĂ©sence chez l’un des termes de la relation, et l’absence chez l’autre terme, des qualitĂ©s c g, ou A » etc., caractĂ©risant une classe A ou B, etc., mais avec prĂ©sence chez les deux termes des qualitĂ©s de la classe de rang supĂ©rieur (B pour A, C pour B, etc.). Ainsi :

4→ = (√→ + A>) i <→ = (A + √→) ; etc.

Par exemple, si A = les Hommes, B = les MammifĂšres, G = les VertĂ©brĂ©s, etc., alors < a’, = la diffĂ©rence entre les Hommes et les autres MammifĂšres ; 4 — la diffĂ©rence entre les MammifĂšres et les autres VertĂ©brĂ©s, etc. Il est facile de constater que toutes les variĂ©tĂ©s de diffĂ©rence rĂ©sultant de la prĂ©sence ou de l’absence d’une qualitĂ© quelconque 44 ou 44 se rĂ©duisent aux prĂ©cĂ©dentes.

Ainsi, la relation < % signifie que les deux individus comparĂ©s n’appartiennent pas Ă  la mĂȘme classe A : ils seront donc reliĂ©s par la relation (a\ s’ils appartiennent tous deux Ă  la classe B ; par la relation fb’ y s’ils appartiennent tous deux Ă  C, etc. S’ils n’ont rien de commun, sinon que l’un appartient Ă  A et l’autre Ă  la classe totale Z, la relation +A> signifiera simplement que le second terme appartient Ă  Z — A : elle restera donc indĂ©terminĂ©e, mais sera Ă  coup sĂ»r <g’>, ou ou < c’y
 ou fv’y. L’équivalence nĂ©gative < sy est donc un cas particulier de l’altĂ©ritĂ© en gĂ©nĂ©ral.

2° Quant aux différences asymétriques a, ; ; etc., elles

expriment le plus et le moins, ou les diffĂ©rences trivalentes (voir § 17). Ce sont les relations asymĂ©triques transitives qui traduisent de la maniĂšre la plus spĂ©cifique la diffĂ©rence en gĂ©nĂ©ral. En particulier, dans le cas des classes emboĂźtĂ©es A, B, C
 dont chacune est caractĂ©risĂ©e par l’une des Ă©quivalences diffĂ©rentielles,

l’inclusion elle-mĂȘme qui les relie, c’est-Ă -dire A < B ; B < C ; C < D ; etc., constitue une relation asymĂ©trique transitive (voir § 18). Mais comment alors concevoir le rapport entre les diffĂ©rences asymĂ©triques et ce qu’on peut appeler les diffĂ©rences symĂ©triques, c’est-Ă -dire d’une part, les altĂ©ritĂ©s et, d’autre part, cet Ă©lĂ©ment de diffĂ©rence qui intervient de façon croissante, comme nous l’avons vu plus haut, dans l’affaiblissement mĂȘme des Ă©quivalences globales f,ey ; J,c-y ; etc.?

3° C’est ici qu’interviennent les diffĂ©rences d’intervalles, que nous n’avons pas encore discutĂ©es (sinon au § 17 Ă  propos du caractĂšre symĂ©trique de la relation de diffĂ©rence indĂ©terminĂ©e). Les diffĂ©rences d’intervalles s’appuient toujours sur une sĂ©riation de relations asymĂ©triques. Par exemple si l’on a la sĂ©rie :

oΛa*b4c4


exprimant une suite de diffĂ©rences ordonnĂ©es (de plus en plus lourd), on en peut tirer immĂ©diatement qu’il existe « la mĂȘme diffĂ©rence » entre A et O qu’entre O et A ; entre B et A qu’entre A et B, etc. Or, « la mĂȘme diffĂ©rence » est une relation symĂ©trique (<— â–ș) parce que non orientĂ©e, en opposition avec la diffĂ©rence asymĂ©trique (→∙) ordonnĂ©e du moins au plus ou du plus au moins. Elle est donc relative, non pas Ă  la vection, mais Ă  l’intervalle, c’est-Ă -dire Ă  ce qui est donnĂ© « entre » les points de dĂ©part et d’arrivĂ©e ou l’inverse :elle exprime, autrement dit, que l’intervalle entre les extrĂȘmes est le mĂȘme dans les deux sens.

Or, l’existence de ces relations de diffĂ©rence « entre », ou d’intervalle, relĂšve de deux sortes de compositions qui permettent de les comparer Ă  la fois aux diffĂ©rences croissantes corrĂ©latives des Ă©quivalences dĂ©croissantes, pour ce qui est de leurs formes primaires, et aux altĂ©ritĂ©s pour ce qui est de leurs formes secondaires. En effet, leurs formes primaires peuvent ĂȘtre engendrĂ©es selon le mode de la multiplication co-univoque de la proposition 58, en intercalant « entre » les termes de la sĂ©rie O→A→B→C→
 un ensemble de nouveaux termes possibles. On dĂ©finira alors la relation Oa → A par le rapport d’ordre : « OA vient avant A ; et la relation A Ă·- OApar : « A vient aprĂšs OA » (OA signifiant les termes quelconques compris entre O et | A, c’est-Ă -dire entre O non exclus et | A exclus). De mĂȘme Ob →∙ B signifiera : « OD vient avant B », et B <- OB : « B vient aprĂšs OB » (OB reprĂ©sentant les termes compris entre O non exclus et | B, c’est-Ă -dire B exclus), etc. D’oĂč la multiplication « avant » × « aprĂšs » = « entre » :

(OaΛA) × (A40a) = (04|A);

(86) (OB 4 B) × (B 4 OB) = (O 4 | B) ;

(Oc 4 C) × (C 4 Oc) = (O 4 | C); etc.

Mais la suite des classes primaires emboĂźtĂ©es A < B < C < 
 qui sont dĂ©terminĂ©es par les Ă©quivalences 4i ÷→> < °> ; etc., constituent elles-mĂȘmes une sĂ©riation d’inclusions en fonction de leurs extensions respectives : O→ A ; A4 B ; B → C ; etc. (voir § 18). Il est donc clair que ces extensions propres aux classes O, A, B, C, etc. relĂšveront aussi de la proposition 86. En ce cas, l’intervalle (O <a > | A) comprendra tous les termes ou ensembles de termes distribuĂ©s entre O et la classe A elle-mĂȘme (non comprise) ; l’intervalle (O 4> I B) reprĂ©sentera tous les termes compris entre O et la classe B elle-mĂȘme non comprise (les classes A et A’,) etc. Or, ces intervalles Ă©tant de plus en plus grands, ils correspondront donc Ă  des diffĂ©rences croissantes entre deux termes quelconques compris en chacun d’eux. A chaque intervalle ta y | ; <b > | ; <c> | ; etc, on peut ainsi faire correspondre, en comprĂ©hension, les Ă©quivalences 44 ; ÷→! 44 ; etc., donnĂ©es entre les termes compris dans ces intervalles respectifs, Ă©quivalences dont on se rappelle qu’elles ont la signification de ressemblances dĂ©croissantes : 4→> 4→’> 4→∙

Malgré tout ce qui sépare un systÚme de classes primaires emboßtées et une suite de termes ordonnés, on peut donc assimiler les

LA LOGIQUE DES RELATIONS

185

relations primaires d’intervalles croissants Ă  l’extension progressive de ces classes, puisqu’on fait abstraction de l’ordre Ă  l’intĂ©rieur de chaque intervalle. Quant aux relations secondaires d’intervalles, il est alors possible de comparer leur structure Ă  celles des altĂ©ritĂ©s. En adoptant la mĂȘme nomenclature pour les intervalles que

pour le groupement VII, on peut appeler < a y tout intervalle Ă©lĂ©mentaire entre O et | A, entre A et | B, entre B et | C, etc. (voir la figure 18) ; on appellera alors 44 l’intervalle compris entre un terme situĂ© dans un intervalle 44 et un terme compris dans l’intervalle ‱ t 1 il

voisin (de rang <a, Ă©galement) ; on appellera 44 l’intervalle compris entre un terme situĂ© dans un intervalle 44 et un terme situĂ© dans un intervalle voisin du voisin de t a,, etc. Ce mode de prĂ©sentation permet donc de confronter les rela

tions d’intervalle propres aux structures linĂ©aires ou bi-univoques avec celles des structures hiĂ©rarchiques ou co-univoques. On s’aperçoit alors que certaines compositions sont communes aux deux structures ; on a par exemple :

a à„€ a’ __ a’ . a’ \ a’ b ,

(b? + 4→ = ÷→! <→ + /> = < % ; etc.

lorsque les intervalles en jeu se recouvrent en partie. Par exemple si x1 est situĂ© « entre O et A », si τ2 l’est Ă©galement et si x3 est « entre A et B », on aura :

(τ1 44 χ2) + (χ2 44- ⅝) = (« 1 4→ ⅝) ; Ξtc.

Par contre, si les intervalles composĂ©s entre eux ne se recouvrent pas, il n’y aura plus tautification ou addition vicariante, mais addition

Fig. 18.

 

simple : a’1 +   = b’ ; b,1 + α2 = c’ > e⅛c∙j ce 9ui sort des

compositions ordinaires du groupement VII et montre la diffĂ©rence des deux sortes de structures, bien qu’on fasse abstraction de l’ordre Ă  l’intĂ©rieur de chaque intervalle.

Au total, il subsiste malgrĂ© ces rapprochements deux formes essentielles de diffĂ©rences correspondant aux deux sortes de structures hiĂ©rarchiques et linĂ©aires (c’est-Ă -dire entiĂšrement ordonnĂ©es) : les altĂ©ritĂ©s (symĂ©triques) exprimant la prĂ©sence simultanĂ©e de qualitĂ©s diffĂ©rentielles (diffĂ©rences bivalentes) et de qualitĂ©s communes ; et les diffĂ©rences asymĂ©triques exprimant les degrĂ©s divers (trivalence ou multivalence) d’une qualitĂ© commune. Mais, tant les unes que les autres de ces deux sortes de diffĂ©rences correspondent Ă  des diffĂ©rences d’intervalles, qui traduisent simplement l’écart plus ou moins grand (et symĂ©trique) entre les termes comparĂ©s. On peut alors composer de façon analogue les relations d’intervalles propres aux structures entiĂšrement ordonnĂ©es (mais en faisant abstraction de l’ordre au sein de chaque intervalle) et aux structures hiĂ©rarchiques (ou partiellement ordonnĂ©es). De telles compositions attĂ©nuent l’opposition entre les altĂ©ritĂ©s et les diffĂ©rences asymĂ©triques en rĂ©duisant les premiĂšres Ă  des relations secondaires d’intervalle et en faisant correspondre aux secondes les relations primaires d’intervalle : les relations d’intervalle n’apparaissent plus ainsi comme une catĂ©gorie Ă  part de diffĂ©rence, mais comme l’élĂ©ment commun aux deux catĂ©gories principales. NĂ©anmoins celles-ci conservent leur dualitĂ©.

On voit ainsi l’unitĂ© dans la diversitĂ©, qui caractĂ©rise le systĂšme des huit groupements de classes et de relations. Serait-il cependant possible de les rĂ©duire Ă  un seul ? Sur le plan intrapropositionnel, il subsiste deux sortes d’oppositions qui s’opposent Ă  une telle rĂ©duction. D’une part, nous venons de constater le dualisme des structures entiĂšrement ordonnĂ©es ou bi-univoques (groupements I, V, IV et VIII) et des structures hiĂ©rarchiques (groupements II, VI, III et VII); d’autre part, l’opĂ©ration inverse des groupements additifs de classe est fondĂ©e sur la complĂ©mentaritĂ© tandis que l’opĂ©ration inverse propre aux groupements additifs de relations repose sur la rĂ©ciprocitĂ©. Mais on a vu (§ 15) que les groupements de classes I Ă  III peuvent ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme des diffĂ©renciations du groupement IV qui est plus gĂ©nĂ©ral qu’eux. De mĂȘme pourrait-on considĂ©rer les groupements de relations V Ă  VII comme issus du groupement VIII, par spĂ©cialisations successives. Quant aux groupe-

ments IV et VIII, leur isomorphisme permet de les considĂ©rer comme deux aspects, l’un en extension, l’autre en comprĂ©hension, de la mĂȘme structure totale. Seulement pour que cette rĂ©union en un systĂšme unique soit effective et ne consiste pas en simples correspondances, il est nĂ©cessaire de passer du plan intrapropositionnel, ou concret, au plan interpropositionnel qui comporte un degrĂ© de formalisation supĂ©rieur et est caractĂ©risĂ© par des opĂ©rations Ă  la seconde puissance, portant sur les opĂ©rations prĂ©cĂ©dentes. C’est ce que nous verrons au cours des chapitres V et VI.