Traité de logique : essai de logistique opératoire ()

Chapitre V.
Le calcul des propositions a

Le but du présent chapitre est d’exposer les éléments du calcul des propositions et d’énoncer les quelques lois essentielles de composition et de réversibilité qui déterminent ce calcul. Toute l’économie des opérations interpropositionnelles est, en effet, dominée par l’existence de trois rapports distincts de réversibilité : la négation (ou complémentarité simple) ; la réciprocité (dont nous verrons qu’elle constitue une complémentarité par rapport à l’équivalence) ; et ce que nous appellerons la corrélativité (c’est-à-dire la permutation des « ou » et des « et »). Il importe de mettre en évidence, plus qu’on ne le fait ordinairement, ces trois sortes de rapports et de chercher les liaisons qui existent entre eux, car la réversibilité domine toute la logique des propositions aussi clairement que celle des classes et des relations.

§ 27. Les opérations interpropositionnelles : position du problème.

Tandis que les opérations intrapropositionnelles (définition 3) consistent à combiner entre eux les éléments décomposés d’une proposition (classes et relations), les opérations interpropositionnelles laissent inanalysées les propositions p, q, etc., pour n’envisager que leur vérité ou leur fausseté et les composer entre elles à titre d’éléments d’un nouveau système. La logique des propositions constitue donc un calcul autonome, ne dépendant que de la forme (définition 4) des combinaisons interpropositionnelles et négligeant entièrement le contenu intrapropositionnel de chacun des éléments combinés. Comme tel, le calcul des propositions obéit à

ses règles propres, dont on a cherché à fournir la justification intuitive (Wittgenstein) tout en les ramenant à un certain nombre d’axiomes (Russell et Hilbert).

Cette autonomie de la logique des propositions constitue un résultat important de la logique moderne, tant du point de vue des applications à l’axiomatique mathématique que du point de vue purement théorique. De ce second point de vue, l’indépendance du calcul des propositions démontre, en effet, l’existence d’un palier de formalisation supérieur à celui de la logique des classes et des relations, et par conséquent d’une nouvelle libération de la forme eu égard à son contenu : or, comme la logique des classes et des relations dégage déjà une structure formelle indépendante de son propre contenu, la logique des propositions peut être considérée ’ comme portant sur une forme dont le contenu est constitué par des formes de niveau inférieur. Le calcul des propositions représente donc une forme de formes et consiste en opérations à la seconde puissance ou opérations s’exerçant sur des opérations à la première puissance. Toute proposition se réduit, en effet, du point de vue intrapropositionnel, en un énoncé d’opérations de classes ou de relations (que nous appellerons ici opérations à la première puissance), dont la vérité ou la fausseté dépend des règles de ces opérations mêmes : combiner des propositions prises en bloc revient bien alors à opérer sur des opérations, donc à construire un système d’opérations à la seconde puissance.

Mais il subsiste une équivoque quant aux rapports entre les deux sortes d’opérations, et l’autonomie du calcul des propositions (que nous acceptons pleinement) peut donner lieu à deux sortes d’interprétations. Pour certains auteurs, cette autonomie signifie absence de rapports ou rapports à sens unique : on a souvent soutenu, par exemple, que les lois du calcul des propositions ne sauraient être déduites de celles de la logique des classes et des relations, tandis que la déduction inverse est possible. La logique des propositions bivalentes ne constituerait donc pas l’un des étages supérieurs de l’édifice logique, mais sa base elle-même. D’une manière générale, les difficultés inhérentes à la logique des classes telle que la concevait jadis Russell et la fécondité du calcul interpropositionnel ont conduit à se désintéresser du rapport entre ces deux parties de la logique, l’indépendance de la seconde devenant ainsi pratiquement synonyme d’absence non seulement de dépendance, mais encore de relations.

!

Mais une seconde conception, jadis soutenue par Couturat, etc…, reste.toujours possible aujourd’hui. Il peut y avoir indépendance d’un domaine par rapport à un autre et cependant correspondance. Marcel Boll va plus loin encore et cherche à réduire toute la logique des propositions (qu’il appelle des agencements) à celle des classes (identifiées aux ensembles). En ce cas, il y a, nous semble-t-il, cercle vicieux, car la construction dès classes repose elle-même sur des propositions1, dont la logique intrapropositionnelle envisage le contenu et dont la logique interpropositionnelle abstrait seulement leurs valeurs de vérité et de fausseté pour dégager de nouvelles liaisons de ce seul point de vue. Mais, si l’on en demeure à la recherche d’une simple correspondance, on évite tout cercle de ce genre. Or le problème de cette correspondance et des rapports d’isomorphisme qu’elle entraîne se pose inévitablement dès que l’on conçoit les paliers correspondants comme superposés et non pas comme juxtaposés : si vraiment les propositions combinées’en bloc par la logique interpropositionnelle comportent chacune, à titre de contenu logique, une « forme » intrapropositionnelle opératoirement définie, c’est toute la signification du processus formalisateur qui est en jeu dans la discussion de ce problème.

Avant de dégager les deux questions principales que l’on rencontre à cet égard, notons que, malgré les déclarations de principe, chacun reconnaît en fait ou implicitement l’existence d’un certain rapport entre les deux paliers considérés. Russell et Wittgenstein, par exemple, en partant des propositions « élémentaires » et même « atomiques » pour s’élever pas à pas (par substitution de termes et prédicats indéterminés aux termes et prédicats déterminés) aux propositions les plus générales, établissent en fait une continuité étroite entre l’intrapropositionnel et la logique générale des propositions. Or, si cette continuité présente de l’intérêt du point de vue de l’atomisme logique, à combien plus forte raison en est-il ainsi de celui des structures d’ensemble.

En effet, les deux questions essentielles que soulève la recherche des rapports entre les deux paliers de formalisation sont celle des totalités opératoires et celle des relations entre le raisonnement mathématique et la logique.

Du premier de ces deux points de vue, la logique moderne pré-

1. Les ensembles, dit. ainsi Boll, sont formés de constituants « auxquels on attribue certaines analogies, certaines propriétés communes », Manuel, p. 6. Or, cette « attribution » ne saurait être due qu’à des propositions.

I

sente un spectacle un peu déconcertant. Chacun sait que la marche réelle d’une déduction, dans l’élaboration d’une théorie abstraite, passe par un certain nombre d’étapes : on commence par définir des notions bien classées et par élaborer un système de relations, puis l’on construit, en s’appuyant sur les unes et sur les autres, un édifice déductif dont l’architecture est solidaire de ces classes et de ces relations, puisque celles-ci ont été choisies en vue précisément de permettre la construction considérée ; après quoi seulement on revient au point de départ et l’on procède à une nouvelle formalisation en axiomatisant l’ensemble, mais cette axiomatisation retient, sous une forme épurée, l’essentiel des constructions préalables en les soumettant simplement à certaines règles de composition formelle. Or, la logique des propositions, qui a pour but de fournir une théorie générale de la déduction et qui s’intéresse donc exclusivement à ces règles de composition appliquées à des propositions quelconques, croit devoir par surcroît traiter ces dernières comme s’il s’agissait d’éléments isolés ne connaissant pas d’autre loi de formation que celle d’une combinatoire. Autrement dit, on feint d’admettre qu’un système déductif cohérent ne repose pas sur un ensemble préalable de classes bien classées et de relations bien sériées, comme si des propositions tirées une à une, ou deux à deux, etc., d’une urne ou d’un piano logique, puis combinées selon les règles du jeu, constituaient jamais une théorie : elles conduisent bien ainsi à des conséquences formelles déterminées, et le calcul des propositions énumère avec raison toutes les transformations possibles en les réduisant à quelques axiomes. Mais tout n’est pas dit ainsi : il reste ce que Poincaré appelait (en comparant la construction déductive à un jeu d’échec) la « conduite de la partie » par opposition aux coups particuliers. Or, ce serait une solution bien restrictive que de limiter la logique aux règles des coups particuliers, et de renvoyer la conduite générale de la partie à l’épistémologie ou à la psychologie : nous croyons au contraire que la logique se doit d’étudier les structures d’ensemble autant que les combinaisons partielles et, si nous avons réussi à le montrer pour la logique des classes et des relations, il faut tenter d’atteindre le même objectif pour celle des propositions.

En effet, si l’on part de cette hypothèse bien naturelle qu’un système de propositions, tout en pouvant être étudié en son mécanisme purement interpropositionnel, recouvre toujours un système de classes et de relations déjà organisées, il est légitime — tout en

se réservant le droit de faire abstraction entière de ce contenu sous- jacent lorsqu’il s’agira de formaliser les opérations interpropositionnelles pour elles-mêmes — de rechercher si aux structures d’ensemble des classes et des relations correspond quelque structure totale analogue sur le terrain interpropositionnel, c’est-à-dire dans des systèmes de propositions envisagées à titre d’éléments non décomposés. A cet égard, il n’est nullement évident que l’on ne puisse déduire les axiomes interpropositionnels de systèmes d’ensemble isomorphes aux systèmes intrapropositionnels : impossible sur le terrain de l’atomisme logique, cette mise en correspondance est au contraire vraisemblable sur celui des totalités opératoires. Nous verrons en particulier que la chose est réalisable en ce qui concerne le célèbre « axiome unique » de Nicod, qui implique une structure de « groupement ». Mais, répétons-le, une telle mise en relations ne compromet en rien l’autonomie de la logique des propositions : du point de vue formel, elle revient simplement à montrer que cette logique comporte une « réalisation » ou un « modèle concret » possibles dans le domaine de la logique des classes, de même qu’en axiomatique mathématique on montre qu’un système admet une réalisation arithmétique ; mais, du point de vue des filiations naturelles, la construction de ce modèle revient à éclairer le processus même de la formalisation et les rapports entre les « formes » propres aux divers paliers du processus formalisa- ’ teur. On ne saurait nier qu’il y ait là un problème intéressant la logique et non pas seulement l’épistémologie.

Mais il y a plus. On peut douter, depuis les beaux travaux de Gôdel sur l’impossibilité de démontrer la non-contradiction de l’arithmétique par des moyens tirés de cette discipline et de la logique seules, que la logique des propositions bivalentes suffise à rendre compte du raisonnement par récurrence (dans lequel Poincaré voyait le plus caractéristique des raisonnements mathématiques). Or, on aperçoit d’emblée la parenté entre cette question et les rapports éventuels du calcul des propositions avec des structures d’ensemble analogues à celles du calcul intrapropositionnel. Supposons, en effet, que la structure des « groupements », c’est- à-dire une structure essentiellement « intensive » et étrangère à la quantité extensive et numérique, suffise à rendre compte des compositions propres à la logique des propositions bivalentes. Une conclusion s’imposerait alors avec évidence : c’est que la logique des propositions bivalentes exprime simplement ce qu’il y a de commun

à toutes les formes de raisonnement, non mathématiques aussi bien que mathématiques, et ne traduit donc pas ce qu’il peut y avoir de spécifique dans les modes d’inférence proprement mathématiques. Que l’on se rappelle maintenant les conclusions du chapitre IV selon lesquelles le nombre entier et les opérations numériques ne sont pas réductibles sans plus aux opérations de la logique des classes intensives, mais suppose une combinaison sut generis des opérations de classes et des opérations sériales : le raisonnement par récurrence étant l’expression même des connexions inhérentes à la succession numérique, on comprendra alors pourquoi il demeurerait irréductible â la logique des propositions bivalentes, au cas où celle-ci serait par ailleurs réductible aux mêmes lois de « groupement » que la logique des classes et des relations intensives.

Il est donc d’un certain intérêt, du point de vue d’une logique des totalités opératoires, de chercher à déterminer avec quelque précision les rapports entre le calcul des propositions et les groupements de classes et de relations, puisqu’il s’agit non seulement de savoir si la structure de groupement se retrouvera aussi sur le terrain interpropositionnel, mais encore d’expliquer, à la lumière de ce fait, les limitations mêmes de la logique bivalente à l’égard des structures plus complexes.

§ 28. Les seize liaisons issues des combinaisons possibles de deux propositions

Soient deux propositions quelconques p et q. Elles peuvent être vraies (p) ou fausses (p). Combinées deux à deux elles présenteront donc les quatre possibilités suivantes :

(98) pq pq pq pq

Mais chacun de ces couples peut être lui-même vrai ou faux, c’est-à-dire que chaque réunion de deux propositions (p et q) ou (p et q), etc.-, donne lieu elle-même à deux nouvelles propositions : « Il est vrai que p et q sont vraies (à la fois) » ou « il est faux que p et q soient vraies (ensemble) ». Si l’on dresse le tableau des arrangements

possibles pour un, deux, trois ou quatre des couples de (98), on a alors1 :

(99)

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13  | 14 15 16

pq — pq — pq pq — pq _ pq _ pq — pq — 

pq — pq — pq — — pq pq — — pq pq — — pq

pq — pq — pq — pq — — pq — pq — pq pq — 

pq — — pq pq — pq — pq — ~pq — — pq — ~pq

Notons d’emblée, pour faciliter la lecture de ce tableau que chaque colonne paire contient la négation de l’arrangement contenu dans la colonne impaire précédente, soit en (représentant cette négation par une barre) :

(100) pq-, pq ;pq ; pq = 0 ; pq-, pq ; pq = pq ; etc.

On constate que, conformément à la formule connue des arrangements 22n on trouve 16 arrangements possibles pour n = 2 propositions : 1 comprenant les quatre couples vrais (colonne 1) ; 4 comprenant trois couples vrais (colonnes 3, 5, 7 et 9) ; 6 comprenant deux couples vrais (colonnes 11 à 16) ; 4 comprenant un seul couple vrai (colonnes 4, 6, 8 et 10) ; et 1 ne comprenant aucun couple vrai (colonne 2).

A dresser le même tableau avec 3, 4, 5, etc., propositions (pqr ; pqrs ; pqrst ; etc.), au lieu des liaisons binaires (pq) envisagées ici, on obtiendra donc 256, puis 65.536, puis 4.294.967.296 arrangements possibles, etc. Mais, à s’en tenir pour le moment aux liaisons binaires, ’ . il est remarquable que chacun des 16 arrangements du tableau (99) corresponde à une opération interpropositionnelle bien définie et d’usage courant. Par exemple la colonne 3 correspond à l’alternative (trilemme)∙, la colonne 4 à la négation conjointe, la colonne 7 à l’implication, etc.

Or, pour procéder à l’analyse de ces seize opérations (ou, comme on dit aussi, de ces seize « opérateurs ») et pour dégager leurs significations

1. Ce tableau ne donne que les couples vrais et laisse en blanc les faux.

respectives, il est deux méthodes possibles. L’une consiste à s’en tenir exclusivement à leur « forme » interpropositionnelle. On montrera ainsi que la colonne 5, caractérisée par les valeurs vraies pq, pq et pq (par opposition à la valeur pq qui est fausse) représente 1’« incompatibilité » des propositions p et q : en effet si p et q ne peuvent être vraies ensemble, mais que chacune est vraie quand l’autre est fausse ou qu’elles sont toutes deux fausses, c’est donc qu’elles sont incompatibles. L’autre méthode consistera au contraire à rendre compte de l’existence de ces seize arrangements binaires et de leurs significations respectives en faisant appel aux formes intrapropositionnelles que ces arrangements interpropositionnels recouvrent. Cette seconde méthode est étrangère au calcul des propositions comme telles, puisque ce calcul fait précisément abstraction du contenu de toute proposition. Mais elle n’en est pas moins légitime à titre d’analyse préalable et assure la liaison entre la logique interpropositionnelle et les opérations intrapropositionnelles dont elle est abstraite sous une forme rendue ensuite indépendante.

En effet, rien ne prouve a priori la nécessité que chacun des seize arrangements possibles de deux p. -opositions p et q selon leurs valeurs vraies et fausses comporte une signification logique différenciée. Lorsque par exemple Serrus nous dit que ce nombre de 16 « pourrait être fixé a priori par l’analyse combinatoire » et que le tableau est donc « exhaustif »1, on éprouve quelque malaise à subordonner les principes de la logique à un calcul mathématique particulier. Sans doute ce calcul suffit-il à prouver que le nombre des arrangements ne saurait dépasser 16 ; mais il ne nous indique nullement pourquoi chacune de ces seize possibilités revêt une signification logique distincte.

Or, l’intérêt d’une comparaison de ce tableau (99) avec la forme intrapropositionnelle servant de contenu à chacun de ces seize arrangements est de nous montrer qu’il existe une correspondance bi-univoque et réciproque entre chaque arrangement déterminé de propositions et une forme également déterminée d’emboîtement ou de non-emboîtement des classes répondant aux propositions p et q.

A une proposition p on peut, en effet, toujours faire correspondre une fonction propositionnelle φ(^) ou <?(x, y) telle que les arguments x, conférant à cette fonction une valeur de vérité, constituent

1. Traité, p. 18.

une classe P. Nous pouvons d’autre part, définir la classe complémentaire P comme celle qui comprend les arguments conférant une valeur fausse à φ(^), donc correspondant à p.   En outre, nous appellerons « extension totale » T du système considéré, la réunion P + P comprenant tous les arguments1 correspondant aux valeurs p et p.   On aura de même, pour les propositions q et q, les classes Q et Q, ainsi que l’extension totale T = Q + Q. Si les deux extensions totales T sont identiques, nous pouvons alors multipliér (selon les lois du groupement IV) les classes (P + P) par les classes (Q + Q), et nous obtenons le produit :

T = (P + P) × (Q + Q) = PQ + PQ + PQ + PQ

Cela posé, il est clair que les seize arrangements du tableau 99 correspondent précisément aux seize arrangements déterminés par les emboîtements multiplicatifs de ce produit. C’est ainsi que l’ensemble de ces emboîtements PQ + PQ + PQ + PQ correspond à la colonne 1 diT’tableau 99 : pq pq, pq, et pq ; les trois premiers d’entre eux2 PQ + PQ + PQ correspondent à la colonne 3 : pq, pq et pq, etc. Et cette correspondance reste vraie quelle que soit la structure interne de ces classes (ensembles mathématiques ou classes « faiblement structurées » au sens de la définition 11, etc.). Du point de vue de la théorie des ensembles, la classe ou extension

1. U est à noter que la classe P comprend par définition les arguments donnant une valeur fausse h la fonction φ(x) qui correspond à la proposition p : il ne s’agit donc pas des arguments vérifiant une fonction propositionnelle Ψ(x), etc., simplement différente de ç(x). Par exemple si la fonction considérée ç(x) s’énonce « x est une pomme », la classe P comprendra tout ce qui n’est pas une pomme, et non pas tout ce qui vérifie les fonctions distinctes de □(x), telles que ψ(x) = « j’aime les pommes », etc. Les deux significations ainsi caractérisées peuvent d’ailleurs converger, mais il importe de les distinguer en cas d’ambiguïté. D’une manière générale, l’essentiel pour déterminer les classes P et P correspondant à la vérité et à la fausseté d’une proposition p est de partir de la classe totale T servant de référentiel à la proposition p et aux propositions q, r, etc. auxquelles elle est liée (cette classe totale ne se confond pas nécessairement avec 1’« univers du discours » et il y a au contraire toujours avantage à la restreindre) : c’est alors en partageant cette classe T en classes complémentaires P et P que celles-ci sont bien définies. Par exemple en une suite de relations A<B ;B<=C ;C< D…, si la proposition p exprime la relation A < B, la classe T sera constituée par l’ensemble des termes sériés ABC…, la classe P comprendra le seul terme A (qui est seul < B parmi les T), tandis que la classe P, correspondant à p, sera formée de tous les termes B, C, D…, qui ne sont pas ≤ B parmi les T. La correspondance entre les propositions et les classes est donc aisée à établir dans le domaine des propositions portant sur des classes « faiblement » ou « semi-structurées » (définitions 11 et 12). Quant aux propositions mathématiques en général, l’exemple d’une logique aussi exigeante que la • logique sans négation » construite par Griss en vue de satisfaire l’intuitionisme de Brouwer (voir plus loin § 49) montre qu’il est possible d’exprimer toute négation propositionnelle p par un rapport de différence fondé sur la seule complémentarité (contrairement à Griss, nous admettons_d’ailleurs la possibilité des classes nulles, tant pour P que pour P).

2. La classe PQ étant alors vide.

totale T correspondra à l’ensemble référentiel considéré, tandis que les 16 arrangements possibles (y compris O et T lui-même) constitueront 1’« ensemble des parties » correspondantes [c’est-à- dire « Part. (T) » au sens de la définition 31]. Mais il est à noter que si l’on traduit ces classes P, Q, P et Q en langage d’ensembles on ne fait appel, en ces ensembles, qu’aux rapports d’inclusion et de complémentarité, c’est-à-dire aux relations entre la partie et le tout, par opposition à la multiplication des éléments (« produit » des ensembles : voir § 23) ou aux rapports de « puissance » (définition 31). Autrement dit, on ne dépasse pas la structure de la quantité intensive, donc du groupement.

Or, de ce dernier point de vue, deux remarques s’imposent d’emblée. La première est que, si les groupements de classes (et de relations) obéissent exclusivement au principe de la partition dichotomique (complémentarité), il en est de même de la dichotomie des classes P et P (où P = T — P) ou Q et Q (où Q = T — Q), ainsi que de la logique bivalente des propositions tout entière, qui ignore d’autres valeurs que le vrai p et le faux p (par opposition aux logiques polyvalentes dont nous parlerons au chapitre VIII). En second lieu le système multiplicatif des classes dont nous partons, soit (P + P) × (Q + Q) = PQ + PQ + PQ + PQ constitue un « groupement » de forme IV, c’est-à-dire de la forme que nous avons vu être la plus générale des groupements de classes. Ces deux remarques permettent d’entrevoir l’isomorphisme que nous trouverons (chapitre VI) entre les groupements intrapropositionnels et le groupement des opérations interpropositionnelles bivalentes.

Pour l’instant, nous allons simplement examiner une à une chacune des colonnes du tableau 99 en lui faisant correspondre, pour en faire comprendre la signification, un « modèle » tiré de la composition des quatre classes P, Q, P et Q. La traduction des propositions p et q dans ces modèles de classes reviendra donc à donner comme <Γréalisations » des propositions p et q des énoncés de la forme « xeP » et « rreQ » (c’est-à-dire « a ; appartient à la classe P », etc.) la proposition étant vraie (p) quand « æeP » est vrai, et fausse (p) quand « axP » est vrai. De plus nous choisirons chaque fois comme exemple un modèle tiré de classes « faiblement structurées » (définition 11), de manière à faire voir que les modèles, les plus élémentaires possibles, suffisent à constituer une réalisation complète du calcul des propositions.

Introduisons, d’autre part, deux signes, dont nous nous servirons constamment dans la suite et que nous définirons plus loin d’une manière plus approfondie : le signe (v) correspondant à l’addition des classes (+) et le’’signe (•) correspondant à leur intersection ou partie commune ( × voir définition 21). Ainsi (p ∨ q) correspondra à (P + Q) et (p • q) à (P X Q), c’est-à-dire à la partie commune PQ.

Exemple : Si P représente la classe des animaux marins et Q celle des Vertébrés, alors P+Q =les animaux marins et les Vertébrés et P ×Q = PQ = les Vertébrés marins. Si nous traduisons la chose en termes de propositions de la forme « zε(P + Q) » et « xε(PQ) », nous aurons alors p ∨ q = « a : est un animal marin ou un Vertébré (ou les deux) » et p • q = « a : est un Vertébré marin ». Le signe (v) se lit donc « ou », dans le sens de « p est vraie ou q est vraie, ou toutes deux sont vraies » et le signe (■) se lit « et« dans le sens « p et q sont vraies à la fois ».

I. L’affirmation complète : (p * q)

On désigne ordinairement sous le nom de « tautologie » l’arrangement n° 1 (pq ; pq ; pq ; pq) qui

Fig. 19. — L’affirmation complète.

(En cette figure, comme en toutes les suivantes, jusqu’à la figure 34, le cercle de gauche représente la classe P et le cercle de droite la classe Q.)

correspond à une affirmation simultanée des quatre couples possibles entre p et q. Nous préférons appeler cette opération 1’« affirmation complète », étant donné les nombreux sens distincts attribués au terme de tautologie. De plus cet arrangement n’est en général pas désigné par un symbole particulier (sauf en un sens plus large). Nous emploierons au

contraire un symbole distinct (* ) pour, représenter l’affirmation complète en tant qu’opération, car il nous sera indispensable dans la suite : l’expression (p * q) signifiera donc désormais que p et q sont affirmées selon les quatre combinaisons pq, pq, pq et pq réunies.

Du point de vue des rapports entre classes, l’affirmation complète (p*q) correspond à la multiplication bi-univoque :

(P + P) X (Q + Q) = PQ + PQ + PQ + PQ

(voir la figure 19). En termes de propositions, l’affirmation complète s’écrira donc f

(101) (p*q) = (p ■ q)v (p ■ q)v (p ■ q) ∨ (p ■ q)

 

Exemple : Si p = « x est un Vertébré (P) » et si q = « x est pourvu de poumons (Q) » alors les quatre combinaisons suivantes peuvent être vraies : p • q (= « x est un Vertébré pulmoné ») ; p ■ q (= « x est un Vertébré non pulmoné ») ; p • q (= « x n’est pas vertébré, mais est pulmoné ») ; et p • q (= « x n’est ni Vertébré ni pulmoné »).

L’affirmation complète est dite tautologique, indépendamment de son contenu, en ce sens qu’elle affirme simultanément tous les cas possibles. Cela signifie donc que p et q ne sont ni incompatibles l’un avec l’autre, ni impliqués l’un par l’autre.

Exemple : Si p signifiait « x est Mammifère » et q = « x est pulmoné », la combinaison p • q serait fausse, puisqu’il n’y a pas de Mammifères sans poumons : il n’y aurait donc pas « affirmation complète » (p * q), mais implication.

II. La négation complète : (o)

L’opération complémentaire de l’affirmation complète, c’est-à-dire celle qui la nie, sera la « négation complète », telle que chacune des quatre combinaisons p ■ q\ p ■ q∙, p ■ q et p • q soit fausse. La négation complète équivaudra donc à un arrangement total quadruplement vide, que nous désignerons par le symbole (o) :

(102) (o) = (o) ∨ (o) ∨ (o) ∨ (o)

On désigne souvent cet arrangement du terme de « contradiction », mais nous ne saurions suivre

Fig. 20. — La négation complète.

cet usage, et cela pour deux raisons. La première est qu’il s’agit d’une véritable opération, qui exprime non pas la contradiction en tant qu’état, mais le fait qu’une opération en nie ou en « contredit » une autre (cf. une opération directe et son inverse)1. La meilleure preuve qu’il s’agit d’une opération est que la négation complète constitue la

négation de l’affirmation complète (la barre sur l’ensemble d’une expression signifie sa négation).

(103) (p^q) = (p • ?) ∨ (p • y) ∨ (p • ç) ∨ (p • q) = (o) ∨ (o) ∨ (o) ∨ (o)

1. La négation complète joue alors le rôle d’« opération identique ». Voir § 39.

 

D’autre part, ce qu’on appelle couramment « contradiction » n’est en général pas constitué par la présente liaison. Par exemple les deux propositions « x est un Mollusque » et « x est un Vertébré » ne sont pas à proprement parler contradictoires, mais incompatibles (voir V). La plupart des affirmations dites contradictoires sont des exclusions réciproques et des incompatibilités. C’est le cas notamment de l’expression usuelle du principe de non-contradiction (p • p = o), qui est une exclusion réciproque (voir XII) de p et de p !

III. La disjonction non-exclusive ou trilemme1 : (pvq)

Supposons maintenant que soient vraies les associations p • q ; p • q et

Fig. 21. — La disjonction non-exclusive.

p • q, mais que p • q soit fausse. L’arrangement ainsi constitué entre p et q exprimera alors une alternative, mais à trois branches, donc un trilemme : ou p est vraie, ou q est vraie ou toutes les deux sont vraies, mais il est exclu que l’un de ces trois cas soit faux. L’alternative correspond, en langage de classes, à la réunion de deux classes partiellement disjointes : PQ + PQ + PQ, avec exclusion de PQ. D’où, en langage de propositions :

(104) (p ∨ q) = (p • q) y (p . q) ∨ (p • q)

Exemple (voir fig. 21) : Si P = les Vertébrés pulmonés et Q = les Vertébrés à branchies,il existe des Vertébrés à poumons sans branchies (PQ), des Vertébrés à branchies sans poumons (PQ) et des Vertébrés rentrant dans les deux classes à la fois (PQ), mais il n’existe pas de Vertébrés sans branchies ni poumons. Si p = axP, si q = æeQ (et si T = P + Q), on a bien alors p ∨ q, c’est-à-dire (p • q) ∨ (p • q) ∨ (p • q}.

1.

 

IV. La négation conjointe : (p-q)

L’opération complémentaire du trilemme (donc sa négation) est constituée par l’affirmation de p • q, puisque cette association est exclue dans l’opération III.

L’affirmation de p ■ q (avec exclusion des trois autres possibilités) se traduit par « ni p ni g ». En terme de classes, elle correspond donc à la partie complémentaire de (PQ + PQ + PQ), c’est-à- dire à (PQ) :

Fig. 22. — La négation conjointe

Exemple : Si P = les Invertébrés pluricellulaires et Q = les Verté

brés, le produit PQ sera constitué par les Protozoaires qui ne sont « ni P ni Q ». Si p = xzP et q = kQ, on a donc pour les Protozoaires, vérité de p ∙ ^q.

La négation conjointe exprime ainsi la négation de l’alternative :

(105) (p • q) = (p • ?) ∨ (p • g) ∨ (p • q)

c’est-à-dire qu’à elles deux elles donneraient une « affirmation complète » : en rajoutant [v (p ■ g)] à (p • q) ∨ (p • q) ∨ (p ■ q), on retrouve en effet la formule (101).

V. L’incompatibilité : (p|q)

Admettons maintenant que la première association (p ■ q) fasse défaut : cela signifie alors que p est

incompatible avec q puisque la présence de l’une de ces deux propositions n’est compatible qu’avec l’absence de l’autre :

(106) (p∣g)=(p ∙g) ∨ (p∙g) ∨ (p -q)

Exemple : Si p = « x est Vertébré (P) » et si q = « x est Insecte (Q) », la classe PQ reste vide, tandis que les P sont tous PQ, les Q tous PQ et qu’il existe

Fig. 23. — L’incompatibilité.

des PQ. Si les PQ n’existaient pas, c’est-à-dire si tous les animaux (T) étaient Vertébrés ou Insectes, il n’y aurait alors pas seulement incompatibilité, mais « exclusion réciproque » (voir XII).

 

VI. La conjonction : (p • q)

La négation de l’incompatibilité (opération complémentaire) sera l’affirmation de (p • q) puisque seulo

cette association est niée par (p\q) :

(107) (p∙q)=(p-q)^(p∙q)^(p∙q)

La conjonction (p • q) est par définition l’affirmation simultanée de deux propositions : « p et q à la fois ».

Exemple : Si p = « x est un animal aquatique (P) » et q = « x est un Mam

mifère (Q) », la conjonction (p • q) sera vraie des Cétacés et correspondra à la seule classe PQ.

Fig. 24. — La conjonction.

VII. L’implication : (pz>q)

Si les conjonctions (p ■ q) ; (p ■ q) et (p • q) sont vraies tandis que p • q est fausse, il y a alors implication dans le sens (asymétrique) « p implique q » :

(108) (p^ q) = (p • q) ∨ (p • q) ∨ (p ■ q)

En termes de classes l’implication correspond ainsi à l’inclusion P < Q, laquelle laisse vide la classe (PQ).

Exemple : Si p = « x est Mammifère (P) » et q = « x est Vertébré (Q) », on a alors trois seuls cas vrais PQ (les Mammifères qui sont tous Vertébrés),

Fig. 25. — L’implication.

PQ (les Vertébrés autres que les Mammifères) et PQ (les non Mammifères non Vertébrés). Mais la classe PQ est nulle parce qu’il n’existe pas de Mammifères non Vertébrés : la classe P est donc incluse en Q, d’oùp d q par exclusion de p • q.

 

VIII. La non-implication : (p-q) ou (p =>q)

La négation de l’implication est l’opération p • q complémentaire depz q, puisque

cette conjonction p • q est la seule exclue par l’implication :

(109) p -q = p^q

= (p ■ q)y (p • q)y (p-q)

Du point de vue des rapports entre classes, la non-implication correspond donc à la classe PQ.

Fig. 26. — La non-implication.

IX. L’implication inverse : (p c q) ou (q □ p)

L’implication est une relation asymétrique entre propositions (comme l’inclusion entre les classes) et l’implication (p ⊃ q) n’équivaut donc point à (qz>p). On appelle ordinairement « implication inverse » l’opération (q □ p), mais il s’agit ici d’une inversion dans le sens de la

Fig. 27. — L’implication invebse.

 

réciprocité et non pas de la complémentarité simple ou négation (en effet q □ p est compatible avec pz q bien que l’une des implications n’entraîne pas nécessairement l’autre, tandis que deux opérations inverses dans le sens de la complémentarité ou négation sont la « négation complète » l’une de l’autre) :

(110) (p c q) = (q □ p) = (p . q) ∨ (p . q) y (p . q)

Le symbole (p c q) se lit : « p est impliqué par g » et le symbole équivalent (q ⊃ p) se lit : « q implique p ». Pour illustrer la chose en termes de classes, il suffit de reprendre l’exemple de VII en intervertissant la signification des termes P et Q.

X. La non-implication inverse : (q^p) ou (p ■ q)

C’est l’opération complémentaire de IX (sa négation).

Soit :

(111) (q^p)

= (p • q)v (p ■ q)v (p ■ q) = (P ■ q)

On constate que cette opération constitue la réciproque de VIII, la conjonction p • q correspondant à la classe PQ (voir fig. 28).

Fia. 28. — La non-implication.

XI. L’équivalence : (p = q) ou (p q)

Supposons maintenant que seules soient vraies les conjonctions p • q et p • q, tandis que p ■ q et p • q restent fausses : cela signifie que quand p est vraie, q l’est aussi (conjonction) et que p est fausse q l’est aussi (négation conjointe) : p est donc équivalent à q. D’autre part, exclure p • q etp-q signifie exclure la non-implication entre p et q ainsi qu’entre q et p : c’est donc affirmer que p et q s’impliquent réciproquement, ce qui est une autre manière d’exprimer l’équivalence :

(112) (p = q) = (p ^q) = (p • q) y (P • q)

On peut donner comme modèle de classes le cas des classes présentant les mêmes éléments.

Fia. 29. — L’équivalence.

Exemple : P = les Protozoaires et Q — les Invertébrés non pluricellulaires. D’où, si p = wP, et si q = œQ, l’équivalence (p • q) ∨ (p • q) parce que les classes PQ et PQ sont vides.

Mais l’équivalence peut aussi correspondre à une vicariance entre classes, comme nous le verrons plus tard. L’équivalence est symbolisée par les signes =, ≡ (en cas d’identité) et surtout œ et est aussi

 

appelée « homologie ». Mais il est inutile de compliquer le vocabulaire et le symbolisme : l’équivalence entre proposition exprime, en effet, comme tout autre équivalence, la possibilité d’une substitution.

XII. La disjonction exclusive ou exclusion réciproque : (p^q)

La négation de l’équivalence (c’est-à-dire sa complémentaire) est l’opération qui affirmera la vérité de p • q et de p • q et niera celle de p • q et de p • q. Or, affirmer p • q et p ■ q seuls, c’est exprimer l’exclusion réciproque de p et de q : ou p est vraie, et q est fausse,

 

Fig. 30. — L’exclusion réciproque. ?

 

ou réciproquement. L’exclusion réciproque est donc un dilemme, par opposition au trilemme (voir III). Aussi est-ce utile, lorsqu’il s’agit de distinguer le « ou… ou »(le tiers étant exclu) du « ou… ou… ou les deux » (trilemme) de symboliser l’exclusion par un signe spécial (w par opposition à v). Mais en pratique on se sert ordinairement du même signe (v) pour les deux. Il ne s’agit cependant pas de la même opération, puisque l’exclusion réciproque est une équivalence négative et le trilemme une simple disjonction partielle (comprenant l’association p • q). L’exclusion (w) correspond ainsi à l’addition disjonctive des classes (fig. 30) et l’alternative (v) à l’addition non disjonctive.

Exemple : Si P = les Vertébrés et Q =.les Invertébrés, la classe totale T étant celles des Animaux, on a PQ et PQ, mais ni PQ ni PQ. Si p = xzP et q = aεQ, la formule de l’exclusion est donc bien :

(113) (p^q) = (p∙q)^ (p-q)

ce qui contredit ou « nie complètement » l’équivalence (p • ?) ∨ (p • q).

XIII. L’affirmation de p : symbole p[q]

Admettons maintenant que les conjonctions (p ■ q) et (p • q) soient seules vraies. Il y a dans ce cas simple affirmation de p conjointement avec soit q, soit q :

(114) p[ç] = (p • q) ∨ (p • q)

Exemple : Soit ainsi une classe P telle que P soit nulle : par exemple P = les animaux qui respirent (il n’y en a point d’autres) ; et soit Q = les ∣ animaux à poumons. On a alors PQ + PQ, mais ni PQ ni PQ (si la classe totale est T = les animaux). D’où si p = xεP et q = xεQ l’affirmation

= (P • ?) v (P ∙ β)∙

Fio.31. — L’affirmation de p.  
Fig. 32. — La négation de p.   Nous nous servons, contrairement à l’usage, d’un symbole spécial pour cette opération : p[y]. Nous en aurons, en effet, besoin dans la suite.

XIV. La négation de p : symbole p[q]

Inversement, si (p • q) et (p ■ q) sont seuls vrais, par opposition à (p • q) et (p • q), l’opération revient à nier p tout en affirmant q ou q :

(115) p[q} = (p • q) (p ■ q)

Exemple : P = les Immortels, Q = les Vertébrés et Q = les Invertébrés, la classe totale T étant celle des animaux. Seules alors les classes PQ et PQ sont non vides (fig. 32). D’où si p = ∞Pet q = xεQ, la proposition (115).

XV. L’affirmation de q : symbole q[p]

Si maintenant (p ■ q) et (p • q) sont seuls vrais, à l’exclusion de (p • q) et de (p ■ q), il y a affirmation de q conjointement avec soit p soit p.   C’est l’opération symétrique du n° XIII. D’où :

(116) g[p] = (p • q) y (p • q)

Le modèle correspondant de classes est PQ + PQ.

XVI. La négation de q : symbole q[p]

Enfin, si (p-q) et (p-q) sont vrais, à l’exclusion de (p • q) et de (p • q), il y a négation de q. D’où :

Fia. 33. — L’affirmation de q.
Fia. 34. — La négation de q. (117) = (p • q) ∨ (p • q) *

Au total, on constate que les seize arrangements possibles au moyen des propositions p et q selon leurs valeurs de vérité et de fausseté correspondent chacune à une opération interpropositionnelle distincte, à signification bien définie. On constate de plus que chacune de ces opérations admet la réalisation d’un modèle tiré de la logique des classes et exprimant les propositions p et q sous la forme d’un énoncé d’appartenance (même à des « classes faiblement structurées » comme en témoignent nos exemples). Cette correspondance est bi-univoque ; elle est en outre réciproque, puisque les arrangements possibles tirés de la multiplication des classes (P + P) × (Q + Q) = PQ + PQ + PQ + PQ sont également au nombre de seize et que les opérations (v) et (•) correspondent aux opérations (+) et ( X ). Ce sônt ces correspondances qui assurent aux seize opérations interpropositionnelles une signification concrète.

§ 29. Les quatre liaisons d’une proposition avec elle-même, les 256 liaisons ternaires et le problème des liaisons d’ordre supérieur

A suivre l’ordre de succession que prescrit l’atomisme logique, nous eussions dû commencer par parler des quatre liaisons dites « uninaires », qui sont les seules liaisons possibles d’une proposition avec elle-même : pp ; pp ; pp et pp. Mais une proposition n’existe jamais à l’état isolé, logiquement pas plus que psychologiquement. Aussi n’en vient-on à composer une proposition avec elle-même

que par extension des liaisons binaires. D’où les significations suivantes :

(118) p-p = p ; p-p = p ; -p = o∙ pvp = τ

p • p est le symbole de la contradiction et où p ∨ p = T exprime que « p ou p » est toujours vrai. Cette dernière formule représente donc le principe du tiers exclu, principe fondamental de la logique bivalente (par opposition aux logiques polyvalentes qui s’élèvent à un principe du nème exclu).

Ces propositions comportent certaines compositions élémentaires :

’ (119) p = p ; = p ; etc.

c’est-à-dire qu’une double négation est une affirmation, une triple négation équivaut à une négation simple, etc.

Mais surtout, il est possible d’appliquer à une seule proposition p les seize opérations binaires énumérées précédemment. On aura alors : r

f-’P

(120) (p * p) = (pvp) (p | p)  = p (p c p) =p p[p]  = p

(o) = p ■ p (p • p)  = p (p- p)  = o _ p[p]  = p

(pjp)=p (p^p)= (p = p)  = pv P p[p]  = P

(p- p) = p (p ■ p)  = o (pw p)  = o p[p]  = p

L’opération (p w p) donne o parce qu’elle équivaut à une exclusion, c’est-à-dire, en termes de classes, à une addition des parties non communes, qui sont alors nécessairement nulles.

Cela dit, que sont maintenant les liaisons possibles entre trois propositions quelconques : p, q et r ? Il en existe 256, correspondant à 1’« ensemble des parties » d’un ensemble formé de trois sous- ensembles P, Q et R et de leurs complémentaires ; ces 256 liaisons correspondent également à tous les arrangements ×que l’on peut tirer de la multiplication bi-univoque des classes :

(P + P) X (Q + Q) X (R + R)

Mais, s’il est encore intéressant de faire l’énumération de ces 256 liaisons ternaires1, elle est d’autant moins indispensable qu’elle est, à elle seule, incomplète, puisque les liaisons entre quatre, cinq, six, etc., propositions conduisent rapidement à des nombres astronomiques.

1. On la trouvera dans M. Boll, Manuel de logique scientifique.

Or, rien n’est plus propre à faire apercevoir l’insuffisance de l’atomisme logique que cette seule considération. Aucune déduction ne consiste en fait à énumérer au préalable les 4.294.967.296 arrangements possibles au moyen de cinq propositions pour en tirer ensuite les liaisons cherchées. Et pourtant l’axiome unique sur lequel Nicod a montré que l’on pouvait fonder la logique des propositions (voir § 35) utilise précisément cinq propositions. Il y a donc là un problème : « les logiciens, dit Serrus, ont sur ce point des scrupules tout à fait légitimes. La logique a besoin d’un dénombrement complet. C’est seulement à ce prix qu’elle peut constituer un système rigoureux, un système clos… Il ne saurait y avoir de logique formelle qu’à cette condition »1. Mais tôt après, Serrus avoue que les logiciens sont « arrêtés par la trop grande complication des combinaisons. Mais nous savons du moins que le dénombrement complet est possible, et cela suffit, en un sens »2. On ne saurait plus clairement concéder que ce « dénombrement complet » est donc inutile. Quelle est alors sa signification ?

Dans le cas des liaisons ternaires, celui des systèmes de trois propositions unies au moyen de deux relations, on voit d’emblée que le nombre des combinaisons des vérités et des faussetés caractérisant 1’« affirmation complète » n’est plus quatre, comme pour les liaisons binaires, mais huit, puisque chaque couple (p • q) ; (p • q) ; (p ■ q) et (p • q) est à associer soit à r, soit à r. D’où :

(121) (p *q *r) = (p ■ q • r) ∨ (p • q ■ r) ∨ (p • q • r) ∨ (p-q-r) ∨ (p ■ q • r) ∨ (p • q • r) ∨ (p • q • r) ∨ (p • q • r)

Or, dans ce cas, comme dans celui de la tautologie binaire, les associations en jeu correspondent à des combinaisons multiplicatives de classes. En effet, le produit de la multiplication :

(P + P) × (Q + Q) × (R + R)

est formé de huit classes :

(PQR) + (PQR) _+ (PQR) + (PQR)_

+ (PQR) + (PQR) + (PQR) + (PQR) dont chacune correspond à une association déterminée de la proposition 121 (voir fig. 35).

1. Op. cit., p. 46.

2. Ibid., p. 47.

4

On obtient alors les 256 liaisons ternaires en détaillant 1 arrangement à huit associations vraies (c’est l’affirmation complète de la proposition 121, correspondant aux huit classes de la figure 35), 8 arrangements à sept • associations vraies (correspondant à sept quelconques des classes de la figure 35), 28 arrangements à six associations vraies (correspondant à six quelconques des classes de la figure 35), 56 arrangements à cinq associations vraies, 70 à quatre, 56 à trois, 28 à deux, 8 à une seule association vraie (correspondant à chacune des classes de la figure 35) et 1 à aucune association vraie (« négation complète »).

Quant aux liaisons de quatre propositions (p, q, r et s) on les obtiendra en associant chacune des conjonctions de la proposi-

Fio. 35.

tion 121 à s ou à s, d’où seize associations de base, qui correspondent à nouveau à une multiplication de classes :

(P + P) X (Q + Q) X (R + R) X (S + S)

Les arrangements possibles sont alors de 65.536 en termes de classes comme de propositions. .

La connaissance de, certains de ces arrangements ternaires et quaternaires est naturellement indispensable1, pour ce qui est en particulier des suites transitives, ainsi que des règles d’associativité [p ∨ g] ∨ r = p v [g ∨ r] ou de distributivité, etc. Mais, en ce qui concerne le « dénombrement complet », deux remarques permettent de substituer à cet idéal atomistique un autre idéal qui cherchera la fermeture du système dans la structure de sa totalité et non plus dans l’énumération, impossible en fait, de ses éléments.

1. En ce qui concerne le mécanisme des transformations ternaires, voir § 39, sous E.

 

En premier lieu, même si l’on se place au point de vue d’une pure combinatoire, il convient de se rappeler que les combinaisons n’existent pas indépendamment des opérations qui les engendrent, . et que les opérations demeurent toujours les mêmes. Si l’on compare les « affirmations complètes » correspondant à une seule proposition (p ∨ p) à deux propositions (p ■ q) ∨ (p • q) ∨ (p • g) ∨ (p • q), à trois propositions (voir proposition 121), à quatre, etc., on constate déjà que les seules opérations en jeu sont l’affirmation et la négation combinées avec l’alternative (v) et la conjonction (■). Toutes les autres opérations consistant elles-mêmes en des transformations de ces « affirmations complètes », il est donc clair que le nombre des termes ne change rien aux opérations elles-mêmes. Le problème de la logique formelle n’est donc pas de dresser un catalogue exhaustif des milliards d’arrangements possibles, comme s’il s’agissait d’espèces zoologiques dont l’inventaire présente un intérêt en lui-même : il est de réduire les liaisons les unes aux autres et d’analyser leurs transformations comme telles. La question centrale est alors une question de totalité opératoire et non plus de dénombrement atomistique.

En second lieu, si l’on peut réduire les formes ternaires, etc., à des liaisons binaires et remonter de celles-ci à celles-là, le problème essentiel est de déterminer la structure du système d’ensemble ainsi constitué, que cette structure soit celle des réseaux, des groupes ou des groupements. Or la logique des classes et des relations nous a fourni un modèle acceptable : vaut-il encore dans le domaine des propositions ? Pour résoudre un tel problème, il s’agit d’abord d’examiner comment les seize opérations binaires peuvent être ramenées à quelques opérations fondamentales ; après quoi nous chercherons si celles-ci sont généralisables lors de l’introduction de propositions nouvelles et si elles engendrent de ce fait des structures cohérentes susceptibles d’un élargissement indéfini, sans qu’il soit besoin de recourir au dénombrement comme tel de tous les arrangements possibles.

§ 30. Les transformations des liaisons binaires

Une théorie de la déduction ne saurait se satisfaire de l’existence de seize opérations distinctes sans essayer d’établir si elles ne constituent pas le résultat de transformations successives relevant d’un système opératoire unique. Nous avons d’ailleurs déjà constaté, au

cours de leur exposé, que les opérations II, IV, VI… sont les complémentaires, c’est-à-dire les inverses.au sens de la négation, des opérations I, III, V…, ce qui indique d’emblée le rôle de la réversibilité dans la constitution de ce système. Il doit donc exister d’autres transformations possibles. La question est alors de réduire les opérations les unes aux autres, et c’est ce qu’ont montré tous les auteurs. On a réalisé cette réduction de façon explicite, en dégageant les lois de transformations d’une liaison à une autre. On l’a effectuée aussi de façon implicite lorsqu’on s’est efforcé, pour des raisons de simple économie, de réduire le formulaire à quelques signes essentiels permettant d’exprimer simultanément plusieurs liaisons. Mais, s’il y a ainsi réduction possible, il importe de saisir qu’elle a ses limites, c’est-à-dire que même en écrivant toutes les opérations au moyen d’un seul symbole, comme Sheffer y est parvenu avec l’incompatibilité (|), il demeure une pluralité de fonctions opératoires distinctes : directes, inverses, réciproques, corrélatives, identiques. Du point de vue d’une logique des totalités ce n’est donc ni la diversité ni la réduction à un symbole unique qui comptent en elles-mêmes : ce sont les transformations comme telles et le système qu’elles constituent à elles toutes.

I. L’affirmation complète (tautologie) : (p*q)

On se rappelle (proposition 101) l’expression de l’affirmation complète :

P* q = (P ’ q) ∨ (p • q) ∨ (p • q) ∨ (p • q)

Or, on constate que, tout en pouvant symboliser cette opération par un signe spécial (p*q), son expression entière consiste en conjonctions (•), disjonctions (v), affirmations et négations. La chose n’est pas spéciale à l’affirmation complète, puisque, au § 28, nous avons déjà traduit chacune des seize opérations binaires dans ce même langage.

Cette forme disjonctive (disjonction de conjonctions) que l’on peut ainsi donner à l’affirmation complète comme aux quinze autres opérations binaires est appelée « forme normale disjonctive » ou « première forme normale ». L’idée de ramener toutes les opérations à des « formes normales », c’est-à-dire homogènes et donc comparables, est due à E. Schrœder et a été largement utilisée depuis, en particulier par Hilbert. Leur emploi est spécialement fécond dans les axiomatiques ou lorsqu’il s’agit de vérifier une démonstration : en mettant toutes les opérations sous forme de

disjonctions et de conjonctions, il est, en effet, facile de constater si le développement en jeu contient des contradictions ou des tautologies. Hilbert a notamment montré que toute expression est tautologique quand, mise sous forme d’une suite de disjonctions p ∨ p ∨ q ∨ r…, deux termes de cette suite (ici p et p) sont de signes contraires1.

Mais il n’existe pas qu’une forme normale disjonctive : il en existe une « seconde », ou « forme normale conjonctive » qui consiste à relier des disjonctions par des conjonctions : (p ∨ q) • (p vy)∙(etc.). Nous verrons à propos de la disjonction (III) quels sont ses rapports généraux avec la forme disjonctive. Dans le cas de l’affirmation complète, cette forme normale conjonctive est nulle : en effet, puisque l’affirmation complète (p * q) exprime la totalité (ou somme) des combinaisons possibles, la partie commune (•) des alternatives qu’elle réunit ne saurait qu’être nulle2.

II. La négation complète (contradiction) : (o)

La forme normale disjonctive de cette opération est (o). Quant à sa forme normale conjonctive, elle est donc :

(122) o = (p ∨ q) • (p ∨ q) ■ (p ∨ q) • (p ∨ q)

Reprenons, pour comprendre la chose, l’exemple que nous avons donné (§ 28, n° 1) de l’affirmation complète : p = « x est Vertébré (P) » et q = « o : est pulmoné (Q) ». Il est alors facile de voir qu’un élément x qui serait à la fois (•) Vertébré ou (v) pulmoné, et Vertébré ou non-pulmoné et non-Vertébré ou pulmoné et non-Vertébré ou non-pulmoné, est inexistant. La proposition (122) exprime donc bien la négation complète dite contradiction ; de plus l’opération correspondante de classes donne également (o) : en effet (P + Q) x (P + Q) x (P + Q) x (P + Q) = o.

III. La disjonction non-exclusive ou trilemme : (p ∨ q)

Avec l’alternative (p ∨ q) nous sommes en présence d’une liaison qui est d’un rendement opératoire remarquable, étant donné son caractère commutatif et complet. C’est bien pour cette raison que la disjonction permet, en collaboration avec la conjonction, la mise en formes

1. On dira, en effet, en logique des propositions, qu’une expression est tautologique quand elle est exacte pour n’importe quelle valeur des combinaisons de base (p, q, etc.). Par exemple l’axiome unique de Nicod (§ 35) est en ce sens une tautologie.

2. Serrusdonne comme forme normale conjonctive de la tautologie l’expression (p vq)∙(p vq)∙(p vq)∙(ρ vq). Mais c’est là une fâcheuse erreur : il s’agit précisément en ce cas de la forme normale de la négation complète ou contradiction (voir II). D’une manière générale, tout le tableau des formes normales conjonctives que fournit Serrus (p. 65) est à inverser, sauf pour les opérations que nous numérotons XII-XVI.

normales de l’ensemble des liaisons binaires (et ternaires, etc.). Ses propres formes normales disjonctives et conjonctives sont1 :

(Cf. proposition 104) p ∨ q = (p • q) ∨ (p • q) ∨ (p • q)

(123) (p ∨ q)

Il convient donc de donner, à propos de l’alternative, un bref éclaircissement sur la portée générale des formes normales. Les deux pôles extrêmes entre lesquels s’étendent toutes les affirmations de la logique bivalente sont p ■ p équivalant à o (principe de non-contradiction) et pvp équivalant à tout (ou « toujours vrai », principe du tiers exclu) : ce sont ainsi une conjonction et une disjonction. On a par conséquent cherché à exprimer sous cette même forme toutes les opérations interpropositionnelles. Or, l’entreprise a pleinement réussi, et, indépendamment de ses avantages pratiques (simplicité et pouvoir de vérification), la construction des formes normales présente un triple intérêt théorique. En premier lieu, elle montre comment toutes les liaisons binaires consistent en décompositions de 1’« affirmation complète » (p*q) ; nous reviendrons sur ce fait fondamental, qui montre d’emblée l’unité opératoire du système. En second lieu, la réduction de toutes les opérations à des disjonctions et conjonctions combinées prouve, comme nous y avons déjà insisté, la capacité de transformation des opérations les unes dans les autres ; mais c’est à la condition de respecter la bipolarité des opérations directes et inverses, par combinaison des (v) et des (•) avec les affirmations et négations.

En effet, et c’est là le troisième intérêt essentiel de la théorie des formes normales, ce dualisme manifeste l’existence d’un principe de réversibilité opératoire : principe que nous croyons être celui de toute rationnalité et que nous retrouverons à titre de mécanisme essentiel du « groupement » unique des opérations interpropositionnelles. La réversibilité propre aux « formes normales » s’exprime selon une loi que la théorie des classes a mise en évidence dans son propre champ et que l’on a ensuite appliquée à la logique des propositions, la loi de dualité :

RÈGLE DE DUALITÉ. — La négation d’une forme normale s’obtient en substituant les négations aux affirmations et. réciproquement, ainsi que les conjonctions aux disjonctions et réciproquement.

1. Voir l’exemple du § 28 sous III.

La loi de dualité fournit ainsi le moyen de procéder à une inversion immédiate des opérations, et ce résultat capital rencontre exactement la distribution des mêmes opérations selon leur caractère complémentaire, telle qu’elle a été exposée au § 28. Partons, pour illustrer la chose, de la forme normale conjonctive de la disjonction elle-même, soit p ∨ q. Si nous appliquons la règle de dualité, nous obtenons p • g, c’est-à-dire la négation conjointe, qui est précisément (voir § 28 sous IV) l’opération complémentaire de (p m q), donc son inverse : en effet ~p ■ q est celle des quatre associations de base (p • q) ∨ (p ■ q) ∨ (p • q) ∨ (p • q) qui manque à la forme normale disjonctive de la disjonction, soit (p • q) ∨ (p • q) ∨ (p • q). On a donc :

(124) (pVq) = p∙q et (p • q) = (p y q)

Exemple : Si je nie l’alternative « ou terrestre ou aquatique ou les deux (amphibie) » j’obtiens « ni terrestre ni aquatique (ni par conséquent amphibie non plus) ». Et réciproquement, il est exclus qu’un être vivant ne soit ni terrestre ni aquatique, il est l’un ou l’autre ou les deux.

De même, si l’on applique la loi de dualité à la forme normale disjonctive du trilemme (p ∨ q), on obtient :

(125) (p ■ q) y (p-q) y (p ■ q) = (p y q) ■ (p y q) ■ (p y q) = (p- q)

En effet l’expression (p ∨ q) • (p ∨ q) • (p ∨ q) est la forme normale conjonctive de la négation conjointe (p • q).

Partons du même exemple (p ∨ q) = terrestre ou aquatique. On a alors : si je nie le trilemme « ou p • q (terrestre et non aquatique) ou p • q (aquatique et non terrestre) ou p ■ q (amphibie) « j’obtiens ^p∙q (ni terrestre ni aquatique) » par l’intermédiaire de « à la fois p yq (non terrestre ou non aquatique) et p ∨ q (non terrestre ou aquatique) et p ∨ q (terrestre ou non aquatique ». La partie commune de ces trois dilemmes est, en effet, p • q.

Un autre exemple d’application de la loi de dualité est celui qui relie les formules (101 et 122) de l’affirmation et de la négation complètes :

(126) (p-q)y (p-q)y (p-q)y (p-q) = (pyq)-(pyq)∙(pyq)-(py q)

Le second membre de cette équation est bien identique à l’expression (122), c’est-à-dire qu’il équivaut effectivement à (o), complémentaire de (p*q).

Quant aux propriétés do la disjonction elle-même, on a notamment :

(127) (pvg) = (gvp)

(128) (p ∨ q) ∨ r = p ∨ (q ∨ r) — (p ∨ q) ∨ (p ∨ r) = (p ∨ q y r)

(129) p • (q ∨ r) = (p ■ q) ∨ (p • r)

Exemples : Pour (127) « x est terrestre ou aquatique » = « x est aquatique ou terrestre ». Pour (128) si p = « x est un animal terrestre », q = « x est un animal marin » et r= « x est un animal d’eau douce », alors les diverses distributions du mot « ou » sont évidemment équivalentes. Pour (129) les mêmes significations de p,qetr donnent : « x est à la fois terrestre et habitant soit la mer, soit les eaux douces » est équivalent à « x est à la fois terrestre et marin ou à la fois terrestre et d’eau douce ».

Enfin les relations de la disjonction avec les autres opérations comprennent en particulier les importantes transformations suivantes :

(130) (p ∨ q) = (p | q)

En effet (p ∨ q) étant la négation de p • q, on a donc p ∨ q = p\q puisque l’incompatibilité (|) est la négation de la conjonction (•).

Exemple : Si une classe d’animaux possède nécessairement des poumons ou des branchies (p ∨ q), l’absence de poumons (p) est incompatible, pour cette classe, avec l’absence de branchies (q), d’où p\q.

(131) Pvq = p∖q

En effet, en vertu de (104), on à :

P ∨ q = (P • q) ∨ (p • 5) ∨ (p • q) c’est-à-dire (p • q) ∨ (p • q) ∨ (p • q), ce qui est la formule de l’incompatibilité (p\q).

Exemple : « Un être vivant ou bien n’est pas vertébré (p) ou bien n’est pas invertébré (g) ou bien n’est ni l’un ni l’autre » équivaut à « être vertébré est incompatible avec être invertébré ».

(132) (p vg) = (p⊃g) = (g⊃p)

Exemple : « a : est porteur de poumons, ou de branchies, ou des deux » signifie que pour x l’absence de poumons implique la présence de branchies et l’absence de branchies implique la présence de poumons.

(133) (pvq) = (p|?) =

Exemple : « Ou non-Mammifère (p) ou Vertébré (q) » équivaut à « Mammifère (p) est incompatible avec non-Vertébré (q) » et équivaut encore à « Mammifère implique Vertébré ».

(134) (p vq) = (p\q) = q^p

Même exemple en intervertissant les significations de p et de q.

IV. La négation conjointe : (p • q)

La forme normale disjonctive en est simplement p • q, tandis que la forme conjonctive est :

(135) P - q = (pvq) ■ (pvq) ■ (pv q)

On a déjà vu (à propos de 125) comment s’explique cette proposition 135.

La négation de ces deux formes normales ramène à la disjonction, puisque la négation conjointe est l’inverse de la disjonction et que l’inverse de l’inverse est l’opération directe :

(136) (p ∨ q) ■ (p ∨ q) ■ (p ∨ q) = (p ■ q) ∨ (p ■ q) ∨ (p ■ q) = (p ∨ q) et

T∙l = pyq

(Voir pour des exemples les propositions 124 et 125 en les inversant.)

V. L’incompatibilité : (p\q)

Les deux formes normales dis- jonctives et conjonctives de l’incompatibilité nous sont connues par les propositions 106 et 131 :

p I q = (p • q) ∨ (p • q) ∨ (p • q)
p\q = pvq

(Voir pour les exemples les propositions 106 et 131.)

Il est à noter que cette équivalence (p∖q = pvq), qui constitue la réciproque de l’équivalence pv q — p\q (proposition 130), confère à l’incompatibilité, vis-à-vis de la disjonction, un rôle bien déterminé, que nous appellerons par la suite la « réciprocité ». En effet (p | q), c’est-à-dire (p ∨ q), n’est pas l’inverse de (p ∨ q), puisque cette inverse est p • q : c’est la même opération que (p ∨ q), mais entre propositions niées (p et q). Il faut donc bien distinguer p ∨ q = p∙q et p yq = p\q (propositions 124 et 131).

Exemple : Si (p ∨ q) signifie « x a des poumons ou des branchies (ou les deux à la fois) », la négation (p ∨ q) signifie « sans poumons ni branchies »

(donc respirant par la peau), tandis que (p ∨ q) signifie « ou sans poumons ou sans branchies » (donc la présence des poumons est alors incompatible avec celle des branchies, tous deux pouvant d’ailleurs faire défaut).

L’incompatibilité (p | q) équivaut, d’autre part, aux implications suivantes :

(137) (p∖q) = (p=>q) = (q^p)

Exemple : « Végétal incompatible avec animal » signifie que « x est végétal » implique « x est non-animal » et que « x est animal » implique « x est non-végétal ».

En effet, l’implication (p d q) équivaut en vertu de la proposition 108 (§ 28 sous VII) à :

(138) (p^q) = (p ∙q)y (p ∙q)y (p-q)

Exemple : « Végétal implique non-animal » implique que « x peut être végétal et non-animal ou ni végétal ni animal ou non-végétal et non non- animal ».

Or, puisque p -q = p ■ q, cette expression (138) est identique à p\q — p • q ∨ p • g vp ■ q. En outre, on peut retraduire l’expression (p □ q) en langage d’incompatibilité. Dé ce point de vue la négation q est l’incompatibilité de cette proposition q avec elle-même, soit (q = q\q). Quant à l’implication (p^q), elle est l’incompatibilité de la proposition p avec la négation de q puisque la non-implication (p □ q) équivaut à (p ■ q). L’implication (p d q) s’écrira donc en langage d’incompatibilité p | (q | q). Il en résulte que (p □ q) pourra se lire :

(139) p^q = [p∖(q∖q)l = (p\q) = p\q

Dans l’exemple choisi, ces transformations signifient : (végétal implique non-animal) = (végétal incompatible avec la négation de la négation d’animal) = (végétal incompatible avec animal).

Ce qui nous ramène à l’expression 137.

Le grand intérêt de l’incompatibilité est, en effet, comme l’a découvert Sheffer en 19131 de constituer une forme opératoire à laquelle toutes les autres sont formellement réductibles. Ainsi la négation s’exprimera, comme nous venons de le faire, par l’incom-

1. Transact. of Amer. Math. Soc., vol. XIV, p. 481-488.

patibilité d’une proposition avec sa propre affirmation, d’où il découle que l’affirmation sera l’incompatibilité d’une négation avec elle-même :

(140) p = (p | p) et p = [(p∖p)∖(p∖p)]

L’implication (p □ q) sera l’incompatibilité de la proposition p avec la négation de q, ce qui s’écrira :

(141) (p^q) = [p∖(q∖q)] (= p\q)

Exemple : Insecte implique Invertébré = Insecte est incompatible avec non-Invertébré.

Dans le cas d’une liaison ternaire, telle que p ⊃(g • r), on écrira :

(142) P÷>(q∙ r) = p∖(q∖r}

puisque l’incompatibilité (q\r) est la négation de (q ■ r).

Exemple : Éléphant (p) implique Mammifère et Vertébré à la fois = « x est éléphant » est incompatible avec l’incompatibilité de Mammifère et de Vertébré.

L’équivalence étant une implication réciproque relève de la proposition 141 et l’identité sera l’implication d’une proposition par elle-même :

(143) (pop) = [p∣(p∣p)] (=p|g)

La conjonction (p ■ q) équivaut à la négation de l’incompatibilité (p\q) :

(144) (p • q) = [(plg)∣(p∣g)]

Notons à cet égard que la conjonction d’une proposition avec elle-même (p • p) donnera alors (p∖p) | (p\p), ce qui nous ramène à (140), puisque (p • p) — p. 

L’alternative (p ∨ q) est l’incompatibilité de p et de g (voir 130) :

(145) (P ∨ g) = [(p∣p)∣(g)g)]

L’exclusion réciproque (p w g) sera l’incompatibilité de l’implication (p □ g) et de l’implication (g ⊃ p) :

(146) (P wg) = [p∣(g∣g)]∣[g∣(p∣p]

X

Quant à l’affirmation complète elle-même, elle est l’incompatibilité de toutes les incompatibilités entre p, q, p et q :

(147) (p*q) = [p∣y]∣[(y∣7)l⅛∣p)]1

Bref, toutes lès liaisons uninaires et binaires sont exprimables en langage d’incompatibilité. Il en est de même des liaisons ternaires, etc., mais avec naturellement une complexité croissante. Seulement, il est clair qu’une telle réduction à un symbole unique n’implique en rien l’unicité de toutes les opérations. Il subsiste, en effet, d’un dualisme fondamental entre les opérations directes et inverses, bien que leur symbolisme soit alors renversé : p s’écrit en effet (p\p) et p oup s’écrit (p\p)|(p\p). De même, si l’incompatibilité elle-même, qui est une négation, s’écrit p\q, l’implication qui est une affirmation s’écrit p∖(q∖q), c’est-à-dire p\q. Mais ce renversement d’écriture à part, la traduction de toutes les opérations en langage d’incompatibilité conserve donc leur diversité fonctionnelle. Une telle traduction n’en présente pas moins le grand intérêt de mettre en évidence les substitutions possibles de l’une quelconque des seize opérations binaires à une autre.

Notons, pour terminer, que la propriété essentielle de l’incompatibilité est la commutativité :

(148) (p∖q) = (q\p)

D’où les doubles implications de la proposition 137. Par contre, il va de soi que p\q n’équivaut point à p\q. En effet :

(149) p∖q = p^q et p∖q = q^pp

Voir la proposition 141 pour un exemple de p | q. Quant à (p I q) si non-uni- cellulaire (p) est incompatible avec protozoaire (5), alors protozoaire implique unicellulaire.

VI. La conjonction : (p-q)

La conjonction est l’inverse de l’incompatibilité, ou, si l’on préfère, est l’opération affirmative dont l’incompatibilité est la négation. La forme normale disjonctive en est p ■ q ; et la forme normale conjonctive :

(150) (p ■ q) = (p ∨ q) • (p ∨ q) • (p ∨ q)

1∙. Le sens de cette proposition 147 est donc : (p*q) = [(p∣q) ∣(p • q)]. En effet si l’on compose (p|q) avec (p ■ q) selon l’opération ( ∣ ), on obtient :

[⅛ ■ « ) ∙ (P∣q) ∨ (p | q) • (p • q)] c’est-à-dire :

(p • q) ∨ (p • q) ∨ (p ■ q) ∨ (p • q)

Exemple : Si p = « a : est Mammifère » et q = « z est aquatique », alors p • q = « a : est à la fois Mammifère et aquatique ». En ce cas, si x est à la fois « Mammifère ou aquatique ou les deux [p ∨ q) », et « Mammifère ou non-aquatique ou les deux (p ∨ q) » et « non-Mammifère ou aquatique ou les deux (p ∨ q) », alors il ne peut être simultanément « Mammifère et aquatique (p ■ q) ».

Si maintenant l’on nie (p • q) ou le second membre de (150), par le moyen de la loi de dualité, on retrouve l’incompatibilité à titre d’inverse :

(151) (p • q) = (pvq) = (p\q) (voir proposition 131) et :

(152) (p ∨ ?) • (p ∨ ÿ) • (p ∨ q) = (p • q) y (p • q) ∨ (p • q) = (p\q)

(Voir proposition 106.)

Exemple : Si x n’est pas à la fois Mammifère et aquatique, alors il est l’un sans l’autre ou ni l’un ni l’autre.

Par contre si l’on nie les deux propositions d’une conjonction (p • q) sous la forme (p • q), on trouve une fausseté conjointe, et si l’on nie cette négation sous la forme (p • f), on retrouve la conjonction (p • q). Il faut donc distinguer (p • q) et (p • q) (proposition 151) : (p • q) est l’inverse de (p • q) dans le sens de sa négation et (p • q) est sa réciproque, dans le sens général que nous serons conduits à attribuer par la suite à la « réciprocité » (§ 31). Quant à la négation de (p ■ q), soit (p • q) on retrouve (p • q) = (p ∨ q) (voir proposition 124).

La conjonction (p • q) étant la négation de l’incompatibilité, il en résulte que la négation de l’incompatibilité ramène une conjonction :

(153) (pïq) =pvq = (p∙q)

Exemple : « x est Mammifère n’est pas incompatible » avec « x est aquatique » équivaut à « il est faux que x soit ou non-Mammifère ou non-aquatique » et équivaut donc à « x est à la fois Mammifère et aquatique ».

Les relations de la conjonction avec l’implication sont :

(154) (p • q)-= p^q = q^p

car (p d q) — (p • q) = (p • q) en vertu des propositions 108 et 109 et (q ^p) — (p • q) = (p • q) en vertu des propositions 110 et 111.

Exemple : « Si a : est à la fois Mammifère et aquatique » il est faux que Mammifère implique non-aquatique et qu’aquatique implique non-Mammifère.

Inversement, on a :

(155) (p • q) = (p ∨ q) = (p d q)

(Cf. proposition 133.)

Reprenons le même exemple que pour la proposition 133 : « S’il est faux que x ne soit pas à la fois Mammifère (p) et non-Vertébré (q) », alors il est « ou non-Mammifère (p) ou Vertébré (q) » : donc « x est Mammifère » implique « a : est Vertébré ».

La transformation de (p • q) en (p ∨ q) est donnée par la loi de dualité.

Notons enfin que la conjonction est commutative :

(156) (p • q) = (q • p) ; (p • q) = (q • p) ; etc.

Elle est distributive par rapport à la disjonction (proposition 129), et par rapport à elle-même :

(157) [p∙(q∙ r)] = [(P ∙q)∙(p∙ r)]

On a, en outre :

(158) [p • (q □ r)] c [(p • q) □ (p • r)]

Inutile de revenir sur son rôle dans la loi de dualité.

VII. L’implication : (p □ q)

Les formes normales de l’implication sont (cf. proposition 108) :

p g = (p • g) ∨ (p • g) ∨ (p • g)

(159) p d q = p ∨ q

Voir l’exemple de la proposition 108. Pour la proposition 159 il donne « ou bien x n’est pas Mammifère, ou bien il est Vertébré ».

De ces formules on tire, par contraposition :

(160) p d q = q^p = q ∨ p

En effet si Mammifère (p) implique Vertébré (g), alors « si x est non- Vertébré, il est non-Mammifère », car les non-Mammifères P comprennent tous les non-Vertébrés (PQ) plus les Vertébrés non-Mammifères (PQ). D’où qz> p.   De g□ p, on déduit (en vertu de 159) g ∨ p, c’est-à-dire g ∨ p (= p ∨ g).

De cette contraposition p ⊃ q = qz>^p on peut alors tirer :

(161) {p^>q) = {q^>p) = (p^q)

(Cf. proposition 132.)

En effetpzq donne q □ p en vertu de (160), d’où q □ p, ces deux implications p □ q et q ⊃ p équivalent à une disjonction en vertu de la proposition 159 (voir l’exemple donné à propos de la formule 132).

On déduit de même, de (160) et de (159), que :

(162) (p^q) = (q ?p) = (p ∨ q) = (p\q)

(Cf. proposition 137.)

(Voir l’exemple donné à propos de 137.)

La proposition (159) p ⊃ q = p ∨ q a parfois été présentée, notamment par Russell, comme exprimant l’implication à titre de fait indépendamment de toute idée de rapport nécessaire entre p et q. Tel est le cas de l’implication « matérielle » ou donnée, à laquelle on a opposé l’implication « formelle » ou construite, appelée par Lewis, « implication stricte ». Considérons ainsi l’expression suivante, qui traduit la transitivité de la relation d’implication :

(163) [(P =>?) ’ ⅛=>r)] □ [p ⊃r]

Exemple : Gastropode implique Mollusque ; Mollusque implique Invertébré, donc Gastropode implique Invertébré.

Les implications (p d q) et (q d r) y sont données et sont donc « matérielles ». Par contre l’implication (p ⊃ r) est construite au moyen des deux premières et l’implication reliant (p □ r) à [(p ⊃ q) • (p d r)] présente de la sorte un caractère plus formel. Mais il n’existe en réalité entre les implications matérielle et stricte qu’une différence de modalité dans le sens de la plus grande nécessité formelle. Lewis définit sans plus l’implication stricte par le fait que si p implique formellement q il est« formellement impossible » que l’on ait p ■ q. Il en résulte, malgré Serrus1 (qui donne par erreur, pour l’implication, la forme normale conjonctive de la non-implication), que l’implication formelle elle-même possède la propriété (159). Ce n’est que dans le cas où p est équivalent à q (donc p § q ou p — q) que

1. Op. cit., p. 38.

la proposition 159 est, non pas fausse, mais insuffisante, car on a alors p w q, c’est-à-dire p = q. Nous y reviendrons à propos de l’équivalence.

Quant aux relations entre l’implication et la conjonction, on a :

(164) p aq = p ■ q et P^q — p-ÿ

(voirpropositions 154et 155)parce qu’en raison delà loi de dualité (p∙q) = (pyq) et que (p • q) est la négation de l’implication (voir VIII).

Nous avons déjà énoncé les rapports de l’implication avec l’incompatibilité.

Notons encore les combinaisons ternaires exprimant la distribution de l’implication :

(165) [Pd(7=,Q] 3 [(P 3 ?) 3 (? ≡> Q]

(166) [p d (q ■ r)] c [(p □ q) • (p d r)]

(167) [p d (q ∨ r)]  =  [(p d q)  ∨ (p □ r)]

(168) [P≡>(7=Q]  =  ⅛+)  = (p-’∙)]

(169) [p ∨ ⅛d r)]  =  [(p  ∨ q) □ (p ∨ r)]

Exemples : (165) « Le fait que x soit Vertébré implique que la possession de son crâne implique celle d’un système nerveux différencié » ⊃ (« x est Vertébré » implique la possession d’un crâne) □ (« a : possède un crâne » implique qu’il présente un système nerveux différencié).

(166) « Le fait que x soit Oiseau implique qu’il ait un bec et des plumes » c « le fait que x soit Oiseau implique qu’il ait un bec et le même fait implique qu’il ait des plumes ».

(167) « Le fait que x soit Oiseau implique qu’il sache courir ou voler » = « le fait que x soit Oiseau implique qu’il sache courir ou le même fait implique qu’il sache voler ».

(168) « Le fait que x soit Vertébré implique que la possession d’une colonne vertébrale équivale à la possession d’une moelle épinière » = « le fait que x soit Vertébré implique la possession d’une colonne vertébrale » équivaut à « le même fait implique la possession d’une moelle épinière ».

(169) « x est aquatique, ou bien le fait qu’il soit terrestre implique qu’il ait des poumons » = « x est aquatique ou terrestre » implique qu’il soit aquatique ou qu’il ait des poumons.

L’implication, ainsi caractérisée, soulève un curieux problème, ou plutôt un problème que l’on a curieusement compliqué sur le terrain de l’atomisme logique, tandis qu’il trouve une solution simple sur le terrain des structures opératoires d’ensemble. L’implication p ⊃ q signifiant la vérité de (p • q) ∨ (p • q) ∨ (p • q), il s’agit, en

effet, d’expliquer pourquoi on peut avoir simultanément p ∙ qetp∙ q tandis que l’on n’a pas à la fois p • q et p • q. On explique en général la chose en disant que le « faux implique le vrai » et on justifie cette formule bizarre en constatant que l’implication (p d q) reste vraie même lorsque p est fausse (p). Notons que le paradoxe n’est pas spécial à l’implication matérielle1 : on a répondu à ceux des auteurs qui croient pouvoir circonscrire ainsi la difficulté que, sur le plan de l’implication stricte elle-même, l’impossible implique le formellement nécessaire ; en effet, toute implication po q, formelle ou matérielle, implique la vérité simultanée de p • q et de p • q. Mais faut-il vraiment interpréter la conjonction p ■ q comme si elle équivalait à p q (ce qui est incompatible avec p d q puisque po q = p ∨ q), ou comme si la logique avait à envisager, à côté d’implications vraies telles que « Vertébrés (p) implique Animal (q) », des implications fausses telles que « Caillou (p) implique Animal », de manière à enrichir la proposition q de toutes les absurdités (p) qui peuvent lui être associées en plus de la vérité p • ql Pourquoi donc, en ce cas, admettre la vérité simultanée de p • q et de p • q, ce qui signifie pourtant à l’évidence que tous les p ne sont pas associés à q ? Faut-il alors introduire un choix arbitraire entre les faussetés p, les unes impliquant q et les autres pas ; ou cette répartition p • q et p • q est-elle elle-même susceptible de formulation cohérente ?

En réalité, la vérité simultanée de p ■ q et de p ■ q résulte directement de la nature non réciproque de l’implication, qui constitue une liaison asymétrique par opposition à l’équivalence p^q ou p = q : si l’on a p d q sans que l’on ait g d p, donc sans que p = g, c’est donc, par définition même (p⊃g = p∙gvp∙gvp∙g par opposition hpgg = p∙gvp∙g), que la proposition p n’est pas seule à impliquer g, et que d’autres propositions, impliquant p, impliqueront aussi q ; mais toutes les propositions impliquant p n’impliqueront pas g, ce qui montre bien qu’il s’agit encore et toujours de vérités et non pas de cette pseudo-règle dénuée de signification, selon laquelle le faux impliquerait le vrai. C’est ce qui ressort à l’évidence de la traduction de l’implication en un modèle d’inclusions de classes : si P = les vertébrés et Q = les animaux, alors PQ = les animaux vertébrés et PQ = les animaux invertébrés : dès lors si p = xεP et q —   rrεQ, on a bien p • q et p • q vrais

1. Comme le soutient par exemple Serrus (voir p. 24, etc.).

sans qu’il faille admettre que p • q soit une implication du vrai par le faux 1

Il en résulte que si p □ q est vrai sans que la réciproque q^ p le soit (donc qz>p), il existe au moins une proposition p’ qui est p’ = p • q ou p’ d p ■ q et qui implique q : donc pzq implique p’ □ q. Dans l’exemple choisi où p = « x est Vertébré » etç=« æ est Animal », on aura p’ □ qp’ = « x est un Invertébré ». La proposition p’ correspond donc, dans ses rapports avec p à ce qu’est, pour l’inclusion A < B, l’inclusion complémentaire A’ < B, où A’ = B — A.

La raison dernière de cette difficulté est donc que, contrairement aux liaisons symétriques comme la conjonction, l’incompatibilité, l’exclusion réciproque, etc., la liaison asymétrique d’implication demeure incomplète en sa forme : elle n’exprime pas tout ce qu’elle implique elle-même, c’est-à-dire qu’elle laisse informulés certains rapports qu’elle sous-entend cependant nécessairement. En une incompatibilité (p|ç) ou en une disjonction (p ∨ q), la proposition p est seule à être donnée comme présentant la liaison considérée (|) ou (v) avec q : rien n’indique, dans l’expression même de la liaison, qu’il intervienne d’autres propositions à l’état implicite, et de (p|q) ou de (p ∨ q) l’on ne peut déduire sans plus l’existence d’une troisième proposition distincte de p (et de p) ou de q (et de q). Au contraire la liaison (p □ q) implique la distinction entre deux cas possibles pour p : celui où p implique q et celui-ci où p implique q. On répondra qu’il s’agit de simples conjonctions : p ■ q et p • q. Mais il y a plus : (p □ q) signifie, si l’on n’a pas aussi (q □ p), que p n’est pas seule à impliquer q : il existe donc au moins une proposition p’ telle que (p’ = p • q) et que (p’ □ q).

Rien ne montre plus clairement l’existence de cette proposition p’ que la traduction de (p ⊃ q) en la disjonction (p ∨ q) selon la proposition 159. En effet, écrire (p ∨ q) pour (p ⊃ q), c’est énoncer le fait qu’il y a trois possibilités à considérer : ou p ■ q ou p • q (c’est-à-dire p ■ q) ou p ■ q. Ce sont bien les mêmes possibilités que contient déjà (p ≡ q), mais le signe (v), qui exprime les trois branches d’un tri- lemme, introduit une symétrie beaucoup plus explicite entre les conjonctions p ■ q et p • q et les met ainsi sur un même plan, par opposition à (p d q) qui accentue l’association (p - q).

En conclusion, poser l’implication p ⊃ q, ainsi que son équivalence par rapport au trilemme p ∨ q, c’est bien affirmer l’existence de deux implications conjointes (p □ q) et (p’=>⅛ La liaison binaire d’im-

plication constitue donc, en fait, une expression abrégée dont la signification complète se réfère à une liaison ternaire :

(170) (p □ q) □ [(p □ g) • (p’ □ g)] où p’ = p • g

Cette liaison ternaire entre deux implications et une conjonction exprime en réalité une équivalence entre g et (p ∨ p’) :

(171) [⅛3g)∙⅛’2g)]3bc⅛vp’)]

c’est-à-dire que :

(172) (p^g) □ [g = (p ∨ p’)]

Exemple : Si « x est Vertébré » implique « x est un Animal », alors « x est un Animal » équivaut à « x est un Vertébré ou un Invertébré ».

On trouve donc ici l’exact parallèle de ce qui se produit dans les opérations intrapropositionnelles, lorsque A < B signifie en réalité B = A + A’. On entrevoit donc l’importance des propositions 170 à 172 pour le « groupement » des propositions.

VIII. La non-implication : (p⊃g) ou (p ■ g)

Comme on l’a vu au § 28, l’implication fait partie d’un système de quatre opérations, comprenant elle-même son inverse qui est la non-implication (p - g), sa réciproque (g d p) et l’inverse de celle-ci (p • g). L’inverse de p ⊃ g est, en effet, p • g, seule conjonction exclue de :

p = g = (p • g) ∨ (p • g) ∨ (p • g)

La forme normale disjonctive de p • g est p • g, tandis que sa forme normale conjonctive est :

(173) p3g = (p vg) • (p vg) • (pvg)

Exemple : Si p = « x est Insecte (P) » et q = « x est Reptile (Q) », la proposi- ’ tion 173 correspond à (P + Q) X (P + Q) X (P + Q) = PQ. En effet (P + Q) x (P + Q) = PP + PQ + PQ + OJQQ) et (PP + PQ + PQ) X (P + Q) = O (PPP) + O (PPQ) +_O(PPQ) + PQ + O(PQQ) + PQ = O + O + O + PQ + O + PQ = PQ.

La proposition 173 résulte de la proposition 108 niée par la règle de dualité :

(174) (p • g) ∨ (p • g) ∨ (p -q) = (pvq) • (pvq) • (p y q)

La conjonction p • g est donc bien l’inverse de p d q.

IX. L’implication inverse : (pc ?) ou (pp)

Cette liaison a pour formes normales disjonctive et conjonctive :

(Cf. proposition 110) q c p = (p ■ q) ∨ (p • q) ∨ (p • q)

(175) pcq (= q^p) = p vq

Exemple : Si p — « x est Vertébré » et q = « x est Oiseau », alors dire que p est impliquée par q signifie que « x est Vertébré et Oiseau ou Vertébré et non-Oiseau ou ni l’un ni l’autre ». Gela signifie aussi (175) que « ou x est Vertébré ou il n’est pas Oiseau ».

De pcq, c’est-à-dire donc de q ⊃ p on peut tirer (en <ertu de 160) :

(176) q^p^p^q

Exemple : Oiseau implique Vertébré = non-Vertébré implique non- Oiseau.

Il existe donc une relation remarquable entre les implications directe (p ⊃ q) et inverse (q d p) : l’une est l’inverse de l’autre, non pas au sens de sa négation ou complémentaire, mais au sens de sa réciproque. Nous pouvons donner ainsi un sens général au terme de réciprocité dont nous nous sommes servis déjà pour caractériser les relations du trilemme (p ∨ q) avec l’incompatibilité (p\q = p y q) ou celles de la conjonction (p • q) avec la négation conjointe Çp • q) : la réciproque d’une opération est la même opération, mais effectuée sur les propositions niées. Ainsi la réciproque de (p ∨ q) est (p ∨ q — p\q) et celle de (p ∨ q) est Çp ∨ q) = (p ∨ q). Dans le cas de l’implication (p □ q), la réciproque est donc (p □ q). Or (p □ q) équivaut précisément à q o p (proposition 176). Inversement la réciproque de (g a p) est (g d p) qui équivaut à (p □ g) comme on l’a vu sous proposition 160.

Mais pourquoi ce terme de « réciprocité » (étant entendu d’emblée que la réciproque d’une opération peut être fausse ou vraie quand cette opération est vraie)? Rappelons d’abord que toutes les liaisons binaires peuvent s’exprimer sous la forme d’implications (comme d’ailleurs sous toutes les autres formes) : par exemple (p y q) = pjq et (q d p) ; (p | q) = (p o g) et (q ⊃ p) ; (p • q) = (p ⊃ q), etc. Or, dans le cas de l’implication (poq), la réciproque (p^q) n’est pas autre chose que la même liaison (=>), mais avec permutation, soit des termes (q o p), soit du signe lui-même (p c q). La réciproque de « p implique ç » est donc « q implique p », ce qui rejoint le sens ordinaire du mot « réciprocité ».

Mais il y a plus : quand la réciproque d’une implication est vraie comme cette implication elle-même, toutes deux constituent alors une « implication réciproque » ou « équivalence », c’est-à-dire une double implication qui est donc symétrique par opposition à l’asymétrie de (p □ q) et de (q d p) :

(177) ■ (ΓP)] = [? =

Autrement dit, le produit de la composition d’une implication et de sa réciproque donne une équivalence, de même que dans le cas des groupements de relations (chap. III), par opposition aux groupements de classes, le produit des opérations additives directes et inverses (inverses au sens précisément de la réciprocité) donne l’équivalence. On comprend alors la valeur opératoire que peuvent prendre les propositions 170 à 172 dans un groupement des implications : l’équivalence entre (p ∨ p1) et q comporte la possibilité de la double composition (p ∨ p’) d q et q d (p ∨ p’) qui caractérise la réversibilité de tout groupement.

X. La non-implication inverse : (pcç) ou (p • q)

La négation (c’est-à-dire l’opération inverse au sens de la complémentaire) de l’implication inverse (q □ p) est l’expression (p • q) dont la forme normale disjonctive est (p • q) et la forme conjonctive :

(178)’ (pâq) = (p ∨ q) ■ (p ∨ q) • (p vq) (= p • q)

Exemple : Si p = « x est un Mollusque (P) » et q = « x est un Insecte (Q) », on a qz>p = p q parce que (P + Q) X (P + Q) X (P + Q) = PQ.

L’expression p • q et la proposition 178 constituent bien la négation de (p • q) ∨ (p ■ q) ∨ (p ■ q) au sens de la complémentaire, puisque l’on a (règle de dualité) :

(179) (p ■ q)v (p ∙q)v (p -q) = (pvq) • (p ∨ q) • (p y q)

De plus (p ■ q) est la réciproque de (p ■ q) (opération VIII), puisque p -q = p • q. Il en résulte ce fait fondamental que, si la composition de deux implications donne une équivalence (177), la composition de deux non-implications donne une équivalence négative, c’est-à-dire une exclusion réciproque :

(180) (p • q) ∨ (p • q) = (p w q)

Il est important de saisir dès maintenant la raison de ces compositions essentielles. Si nous joignons membre à membre au moyen

dé l’opération (•), qui est l’équivalent interpropositionnel de la multiplication (x), les formes normales disjonctives de l’implication (p □ q) et de sa réciproque (g⊃p), nous obtenons :

(p ⊃ g) = (p • g) ∨ (p • g) ∨ (p • g)

(181) (•) (g 3 p) = (p • g) ∨ (p • g)j (p • g)

(P=?) = (P-?) v(o)v(p∙g)

Les deux conjonctions (p • g) et (p ■ g) sont, en effet, contradictoires entre elles, puisque (p • p) = o et que (g • g) = o. Mais elles sont en outre contradictoires, la première avec (g d p), puisque p • q est une non-implication inverse, et la seconde avec (p ⊃ g), puisque p • g est une non-implication (directe).

Par contre, si l’on retient les conjonctions (p • g) et (p • g) pour les réunir l’une à l’autre au moyen de l’opération (v), la réunion de ces deux non-implications donne l’équivalence inverse (p = g) et (g = p), c’est-à-dire justement l’exclusion (p w g) comme on l’a vu (proposition 180) :

(182) [(p • g) v(p • g)] = [(p = g) ∨ (g = p)] (=pwg)

Ainsi les deux implications (p □ g) et (g □ p), d’une part, et les deux non-implications (p • g) et (p • g), d’autre part, forment un système naturel qui s’exprime par la complémentarité de l’équivalence ou implication réciproque (p = g), produit conjonctif (ou multiplicatif) des deux premières, et de l’exclusion réciproque ou équivalence négative (p w g), produit disjonctif (ou additif) des deux secondes.

XI. L’équivalence : (p = q) ou (p g g)

Cette opération, dont nous venons déjà de comprendre le caractère essentiel d’implica- cation réciproque, joue un rôle fondamental dans la déduction, puisqu’elle assure le jeu des substitutions, tandis que les implications directe et inverse marquent la direction ascendante ou descendante du processus opératoire.

Ses formes normales disjonctive et conjonctive sont :

(Cf. proposition 112) (p = g) = (p . g) ∨ (p • g)

(183) (p  = g) = (p ∨ g) • (p ∨ g)

En effet si p = « x est Vertébré (P) » et g : « x est possesseur de moelle épinière (Q) », on a (P + Q) X (P + Q) = (O) + PQ + O + PQ, c’est- à-dire : (p ■ g) ∨ (p-q).

Par le fait de sa symétrie, l’équivalence diffère de l’implication simple (p □ q) en ce que, mise sous la forme d’une disjonction, elle ne donne pas seulement (p ∨ q) (cf. proposition 159), mais :

(184) (p = q) = (p wq) = (qwp)

Exemple : Si Vertébré équivaut à possesseur de moelle épinière, alors il y a exclusion réciproque entre non-Vertébré et possesseur de moelle épinière.

En effet, si p = q alors p =q, d’où, si p w p, p w q.

L’équivalence est naturellement réflexive, commutative, transitive et associative.

XII. L’exclusion réciproque : (p w q)

La relation (p w q) est en général symbolisée au moyen de la disjonction (p ∨ q), dont elle représente le cas particulier dans lequel cette disjonction est exclusive. Elle présente cependant, non pas seulement une signification bien différente (celle d’un dilemme et non pas d’un trilemme), mais encore des caractères formels très distincts. Ses formes normales sont :

(Cf. proposition 113) (p w q) = (p • q) ∨ (p ■ q)

(185) (p w q) = (p ∨ q) • (p ∨ q)

Exemple : « Vivant exclut minéral » = « vivant et non minéral ou non vivant et minéral » = « à la fois (vivant ou minéral) et (non vivant ou non minéral) ». En effet (P + Q) × (P + Q) = (PQ + PQ).

Or, on remarque immédiatement que ces deux formes normales constituent la négation (par la règle de dualité) de celles de l’équivalence :

(186) (p • q) ∨ (p • q) = (p ∨ q) • (p ∨ q)

et :

(187) (p ∨ ÿ) • (p ∨ q) = (p-q)y(p-q)

La disjonction non exclusive a, au contraire, pour inverse (négation) la négation conjointe : p ∨ g = p • q. En outre, contrairement au trilemme, l’exclusion réciproque est entièrement symétrique. Toutes deux sont commutatives :

(188) (p w q) = (qw p) (cf. proposition 127)

mais la commutativité n’entraîne pas pour autant la symétrie complète du rapport (p ∨ q). En effet, la réciproque de (p ∨ q) est

(p ∨ q), c’est-à-dire l’incompatibilité (p\q), tandis que la réciproque de (p w q) est (p w q), c’est-à-dire à nouveau (p w q) :

(189) (p w q) = (p ■ q) ∨ (p • q) = (p • q) ∨ (p • q) = (p w q)

Or, la symétrie complète se définit précisément par l’équivalence des opérations réciproques entre elles.

Une autre différence essentielle entre l’exclusion et la disjonction non exclusive tient à leurs rapports avec l’implication. Deux points sont à noter à cet égard. En premier lieu, tandis que le trilemme se traduit par la double implication (p ∨ q) = (p d q) = (q d p), sans que la proposition p équivale en ce cas à q, ni q à p, l’exclusion réciproque donne :

(190) (p w q) = (p = q) = (q = p)

parce que les deux seules possibilités vraies sont (p ■ q) et (p • q). En second lieu, et en conséquence de (190), l’équivalence (p = q) se traduit par (p w q) et non pas par (p ∨ q) comme l’implication (p d q). C’est ce que nous avons déjà vu à propos de l’équivalence (proposition 184).

XIII. L’affirmation de p : symbole p[q]

Formes normales :

(Cf. proposition 114) p⅛] = (p • q) ∨ (p • q)

(lθl) F⅛] = (P’v ?) • (p ∨ q)

Exemple : « x est Mammifère et aquatique ou Mammifère et non aquatique » = (191) « x est à la fois Mammifère ou aquatique et Mammifère ou non aquatique ».

Cette opération est donc la simple affirmation de p avec ou sans q. Il lui manque l’association (p ■ q) pour constituer une implication inverse (q □ p).

Sa réciproque (p • q) ∨ (p • q) est identique à son inverse (opération XIV) étant donné qu’il s’agit ici d’une simple affirmation de p et qu’alors sa négation joue le double rôle d’inverse et de réciproque.

XIV. La négation de p : symbole p[q]

Formes normales :

(Cf. proposition 115) p⅛] = (p • q) ∨ (p • q) et :

’(192) p⅛] = (p ∨ q) • (p ∨ q)

Cette opération est l’inverse de la précédente, car :

(193) (p • q) ∨ (p • q) = (p ∨ q) • (p ∨ q)

et :

(194) (p \t q) • (p ∨ q) = (p ■ q) ∨ (p ■ q)

La réciproque de p[g] est également son inverse p[ÿ].

XV. L’affirmation de q : symbole q[p]

Formes normales :

(Cf. proposition 116) q [p] = (p • q) ∨ (p • q) et :

(195) ?[p] = (p yq) • (p yq) ’•

Il manque à l’opération ç[p] la conjonction (p • q) pour en faire une implication directe (p d q).

XVI. La négation de q : symbole q[p]

Formes normales :

(Cf. proposition 117) q[p~] = (p • q) ∨ (p • q) et :

(lθθ) ?[p] = (P v ?) • (P v ?)

La négation des formes normales de q[p^∖ donnent cette même opération q[p^∖ :

(197) (p ■ q)y (p ■ q) = (pyq) ■ (py ?) et :

(198) (p ∨ ç) ■ (p ∨ q) = (p • q) ∨ (p . q)

La réciproque de q[p] est ç[p] ; la réciproque est donc, ici à nouveau, identique à l’inverse.

§ 31. Les mécanismes opératoires fondamentaux de la logique interpropositionnelle bivalente

De l’énumération qui précède, il s’agit maintenant de dégager un tableau des mécanismes opératoires essentiels, déterminant les transformations interpropositionnelles, et de les comparer avec ceux de la logique intrapropositionnelle.

Il est, en effet, très arbitraire de ramener les opérations interpropositionnelles à un nombre quelconque sans justifier ce choix par une étude de leur structure d’ensemble : une avec Sheffer ( | ), deux

© ⅛ H

1

Opérations Formes normales disjonctives Formes normales conjonctives
a lté de Logique.

I. Affirmation complète (p*q) II. Négation complète (o) III. Disjonction (p ∨ q) IV. Négation conjointe (p -q) V. Incompatibilité (p\q)

VI. Conjonction (p • q) VII. Implication (p □ q) VIII. Non-implication (p^q) IX. Implication inverse (p c q) …….. X. Non-implication inverse (q □ p) XL Équivalence (p = q) XII. Exclusion [p w q) XIII. Affirmation p[g] XIV. Négation p⅛] XV. Affirmation ?[p] XVI. Négation g[p]

(p • q) ∨ (p • q) ∨ (p ■ q)v (p • q) (o)

(p • q) ∨ (p • q) ∨ (p • q)

(p • q)

(P • q) ∨ (p • q) ∨ (p • q)

(p • q)

(p∙q)v (p • ?) V (p . q)

(p • q)

(p • q) ∨ (p • q) ∨ (p • q)

(p ■ q)

(p-q)v (p • q) (p∙q)v(p∙ q) (p∙q)v {p∙ q) (p∙q)v (p- q) (p-q)^ (p- q) (p-q)v (p- ?)

(û)

(P ∨ q) ■ {p ∨ ) • (p ∨ ç) • (p ∨ ?) ( ’ v ?)

(p ∨ q) • ( > v q) • (p ∨ q) (pvq)

(pvq) ■ (pv q) ■ (pv q) (pvq)

(pvq) ■ (pvq) ■ (pv q) (pvq)

(pv q) • (p V q) • (p ∨ q) (pvq) • (p ∨ q) (pv q) • (p ∨ q) (P ∨ q) • (p ∨ q) (pvq] • (p V q] (pvq) ■ (pv q) (pvq) • (pv q)

Table récapitulative des formes normales

avec Frege (— et ⊃), Russell (— et v) ou Brentano (— et •), etc.1. Il ne s’agit pas seulement, en ce genre de réductions, d’une économie de notations (avec d’ailleurs un effort inversement proportionnel demandé au lecteur), mais d’une croyance courante en ce que Couturat appelait le caractère « manifestement anthropomorphique » de la notion d’opération : celle-ci réduisait, en effet, selon lui, à une simple relation. Il est vrai que, depuis lors, une tendance opéra- tionaliste s’est manifestée en certains courants de la pensée logistique : on parlera ainsi des seize « opérateurs » binaires pour souligner leur capacité de se déployer en opérations et on désignera même souvent celles-ci du terme de « manipulations » (en langue anglaise). Mais la plupart des auteurs continuent d’assimiler l’opération à une simple relation. Or, si l’on caractérise l’opération par sa propriété essentielle, qui est d’être une transformation réversible, une opération se distingue aisément d’une relation, puisque celle-ci constitue une réalité transformable et non pas la transformation elle-même (cf. § 4 et définition 9-10) ; le mécanisme opératoire n’a plus rien alors d’anthropomorphique : la réversibilité est, en effet, le critère le plus profond et le plus général de la rationalité, par opposition à l’identité de l’ancienne logique, car l’identique n’est que le produit des opérations directes et inverses.

Or, si l’identité continue de séduire la plupart des logiciens, par opposition à la réversibilité opératoire elle-même — seule source de non-contradiction et par conséquent de cohérence — c’est qu’il existe en fait deux conceptions antagonistes de la vérité formelle. Cet antagonisme ne se traduit naturellement ni par des divergences dans les énoncés symboliques eux-mêmes, ni par leurs interprétations de détail, mais par l’importance respective à attribuer aux différents types de liaison, et notamment à 1’« affirmation complète » (I) dite ordinairement « tautologie ».

A propos de la théorie de formes normales, Ch. Serrus dit, par exemple : « Les expressions valables peuvent donc toujours être traitées dans la tautologie. C’est là un fait dont il convient de dégager la signification. La tautologie n’est pas seulement la combinaison toujours vraie ; c’est la combinaison toujours vraie quelles que soient les valeurs qu’on attribue aux variables […]. On lui doit les schèmes fondamentaux de la déduction, sans conditions restrictives… »,

1. Serrus distingue (Traité, p. 27) « cinq opérations fondamentales » sans que l’on comprenne en rien les raisons de ce nombre impair supérieur à 1 (ce qui exclut d’avance une réversibilité stricte l).

tandis que « chaque relation, la tautologie mise à part, a apporté des restrictions par les combinaisons qu’elle éliminait […]. Mais les formes (II-XVI) en apparence disparates, s’ordonnent et se commentent réciproquement dans la tautologie. Grâce à elle, l’esprit du système pénètre dans la logique formelle […]. Tous les assemblages et toutes les exclusions (qui sont d’ailleurs à leur manière des assemblages) prennent un sens dans la tautologie, qui devient par là le symbole de la vérité totale1 ».

Si Ton nous permet une comparaison un peu osée, ce rôle primordial (et d’ailleurs assez vague, tant que l’on ne fournit pas les lois précises de l’inversion, de la réciprocité, etc.) accordé par Serrus à la tautologie rappelle la manière dont le « moi absolu », dans le système de Fichte, se trouve obligé, pour entrer en action, de se scinder en deux et de s’appuyer sur un « non-moi » préalablement découpé dans sa propre substance I En effet, si la tautologie exprime vraiment tout d’avance, on est cependant bien forcé, pour dire quelque chose sans se contenter de dire « tout » à la fois, de « tailler » en elle quelque rapport spécialisé. Or, c’est justement ici qu’intervient l’opération, si anthropomorphique soit-elle, c’est-à-dire relative au sujet agissant : elle introduit la vie et le mouvement au sein de la matière « tautologique » inerte, et substitue la dialectique à l’affirmation absolue. De là deux conceptions possibles de la logique : une conception statique, qui conçoit toute opération comme un appauvrissement de 1’« affirmation complète » (opération I); ou une conception opératoire, qui conçoit cette « tautologie » comme la matière formelle sur laquelle le sujet travaille et qui réserve le qualificatif de « vérité totale » pour désigner le système de toutes les opérations elles-mêmes, en tant que transformations mobiles et réversibles. De ce second point de vue, 1’« affirmation complète » devient une opération parmi les autres, d’où l’on peut partir, mais à laquelle on peut revenir ou parvenir à partir des autres, la transformation représentant dans les deux cas la construction elle- même. L’« affirmation complète » n’est ainsi que la vérité simultanée des quatre conjonctions que l’on peut construire avec deux propositions, mais il ne s’agit là que d’une opération particulière au sein des seize opérations que l’on peut engendrer avec ces deux propositions et leurs négations ; de même pour les huit conjonctions réalisables avec trois propositions, mais il ne s’agit alors que d’une des

1. Op. cit., p. 79-81.

opérations parmi 256 possibles ; de même pour les seize conjonctions de quatre propositions, mais il y a alors 65.536 opérations possibles, etc. L’« affirmation complète » (p*q) est alors l’opération qui permet de passer de quatre conjonctions (ou de deux pour une seule proposition) à huit, à seize, etc.1 et non pas celle qui situe ces liaisons parmi les 16, 256, 65.536, etc., combinaisons possibles. En outre, elle ne permet pas à elle seule de revenir de n…, 16, 8 à 4 et à 2 conjonctions, et il lui faut une inverse pour faire cette marche arrière2. Enfin, pour la conception tautologiste, ces arrangements innombrables sont eux-mêmes donnés d’avance à titre de simple résultat de combinaisons préexistant dans l’affirmation complète, comme si, pour construire une théorie déductive, le sujet pensant et agissant commençait par jeter dans une urne toutes ses idées et par les mélanger de manière à en tirer ensuite l’ensemble des vérités à choix. Pour l’interprétation opératoire, au contraire, ce ne sont pas les arrangements en nombre indéfini qui importent à l’esprit : c’est l’action même, qui permet de passer des uns aux autres et qui constitue ainsi le système des transformations réversibles, seul objet d’étude d’une logique formelle digne de sa fonction constructive.

Cherchons donc maintenant, après avoir décrit quelques-unes des transformations possibles parmi les combinaisons binaires, à analyser leurs mécanismes opératoires fondamentaux. Quelques distinctions s’imposent tout d’abord. Partons d’une opération quelconque, telle que (p ∨ q), envisagée sous sa forme normale disjonctive (p • q) ∨ (p • q) ∨ (p • q).

Rappelons un exemple. Si p = « x est terrestre » et y = « z est aquatique », alors (p ∨ q) signifie « terrestre et non aquatique (p ■ q) ou aquatique et non terrestre (p ■ q) ou terrestre et aquatique à la fois (p∙q= amphibie) ».

On peut alors transformer l’opération en jeu de trois manières distinctes, toutes trois générales, et obtenir ainsi trois nouvelles opérations :

1° Son inverse : (p ∨ q) = p • q

La négation conjointe p . q signifiera, dans l’exemple choisi, ni terrestre, ni aquatique, ni par conséquent amphibie non plus.

DÉFINITION 32. — L’inverse d’une opération (par exemple p ∨ q) est la complémentaire par rapport à l’affirmation complète (p*q).

1. Voir plus loin § 39 sous B (Forme IV).

2. Voir également § 39, B (IV).

En effet, l’inverse de (p ∨ q) étant p • q, on a :

(199) [(p ‘ q)v (p ∙q)v (p ■ q)]v ∙q] = [p*q^

On peut donc considérer l’inverse d’une opération donnée comme étant sa négation au sein de l’affirmation complète :

(200) (pVq) = (p*q)∙ (p^^q) = (P • q)

c’est-à-dire :

(200 bis) (pvq) = [(p ■ q) ∨ (p ■ q) ∨ (p • q) ∨ (p • ÿ)]

• [(F • 9) ∨ (p • q) ∨ (p • y)] = [p • ÿ]

Mais l’inverse s’obtient aussi, et cela revient identiquement au même, par l’application de la règle de dualité, c’est-à-dire par substitution des affirmations aux négations et réciproquement ainsi que des (v) aux (•) et réciproquement : pvq = p • q (voir § 30, sous III).

2° Sa réciproque :pvq( — p\q), c’est-à-dire (p ■ q) ∨ (p • q) ∨ (p • q)

L’opération (p ∨ q) exclut donc « amphibie » (p∙q), mais retient « terrestre et non-aquatique (p ■ q) » ou « aquatique et non-terrestre (p • q) » ainsi que « ni terrestre ni aquatique (p ■ q) >>.

DÉFINITION 33. — La réciproque d’une opération (telle que p ∨ q) est la même opération, mais portant sur des propositions de signes inversés : (pvq dans le cas de p ∨ q).

Nous désignons cette transformation du nom de « réciprocité » parce que, mises sous la forme d’implications, deux opérations réciproques l’une de l’autre constituent des implications entre propositions permutées. C’est ainsi que p ∨ q = p □ q et p ∨ q = q ⊃ p. 

3° Sa corrélative, qui est (p ■ q) pour (p ∨ q) et réciproquement.

Dans l’exemple choisi p • q signifiera donc Amphibie.

DÉFINITION 34. — Nous appellerons « corrélative » d’une opération l’opération qui s’obtient en substituant, dans la forme normale correspondante, les (v) aux (•) et réciproquement, mais sans changer les signes.

La corrélative de (p ■ q) ∨ (p • q) ∨ (p • q) sera donc :

(p ∨ q) ■ (p ∨ q) ■ (p ∨ q)

ce qui correspond bien à (p • q).

Toute opération a donc une inverse (complémentaire), une réciproque et une corrélative. Mais seules les inverses sont toujours distinctes l’une de l’autre, tandis que les réciproques peuvent être

identiques entre elles ou aux inverses, de même que les corrélatives :

(1) Opérations directes : (2) Inverses de (1) (3) Réciproques de (1) (4) Corrélatives de (1)
III P v ? p • q p\q p-q
V pl ? p ■ q pvq p • q
VI p-q p\q p-q p^q
IV p ■ ? p^q p ■ q p\q
VII p3 ? p ■ q q^ p p-q
IX q^p p ■ q p^q p ■ q
VIII p • ? p^q p-q q^p
X p-q q^p p • q p^q
XI p = q pwq p = q pwq
XII pw q p — q p W q p = q
I p*q (°) p*q (o)
II (o) p*q (o) p*q
XIII p[?l p⅛] p[?l p[?l
XIV P⅛] P⅛] P⅛]
XV ?[p] ?[p] ?[p] ?[p]
XVI ?[p] ?[p] ?[pl ?[p]

 

A comparer les divers rapports donnés entre les inverses, les réciproques et les corrélatives, on constate que trois cas sont possibles :

Il existe d’abord un ensemble de huit opérations formant deux quaternes, dont chacun présente sous forme distincte une opération directe, une inverse, une réciproque et une corrélative (ces termes étant naturellement relatifs, puisque chaque opération est l’inverse de son inverse, la réciproque de sa réciproque et la corrélative de sa corrélative) :

(1) Directes (2) Inverses (3) Réciproques (4) Corrélatives
A. pv q p -q p\q p • q
B. p^q p • q q^p p • q

 

Il existe ensuite un quaterne d’opérations dont les réciproques sont identiques entre elles et les corrélatives identiques aux inverses :

C ( (1) (2) (3) (4)
p = q pw q p = q p w q
p*q (o) p*q (o)

 

(1) (2) (3) (4)
d 5 p[?] p[ql
?l>] qïpl

 

Enfin, un dernier quaterne d’opérations présente des corrélatives identiques entre elles et des réciproques identiques aux inverses :

Ce sont ces quatre quaternes qui déterminent la structure réelle des opérations binaires. Le dernier de ces quaternes (D) consiste en opérations de simples affirmations et négations. Le troisième (C) est constitué par les équivalences additives, positive (p = q) ou négative (p w q c’est-à-dire p = q), et multiplicatives, positive (p*q) ou négative (o). Quant aux deux premiers quaternes (A et B), ce sont les seuls à présenter des inverses, réciproques et corrélatives distinctes les unes des autres. Ce sont donc ces huit opérations qui joueront le rôle décisif (c’est-à-dire constructif) dans la déduction. Pour le mieux comprendre, examinons de plus près ces trois cas constitués par les quaternes A-B, par le quaterne C et par D :

A et B : Opérations inverses, réciproques et corrélatives distinctes. —   , Les deux premiers quaternes sont constitués par des opérations dont les formes normales disjonctives sont asymétriques, parce que formées d’une seule ou de trois conjonctions. Dès lors, les opérations (1) dont la forme normale disjonctive présente trois conjonctions (par exemple p ∨ q ou p d q) auront pour inverse (2) une opération à une seule conjonction (par exemple p ■ q ou p ■ q), et réciproquement. Les réciproques (3) présenteront donc aussi des formes normales disjonctives à trois ou une conjonction, correspondant aux précédentes (pvq pour p ∨ q-, p ■ q pour p • q ; etc.). Les corrélatives (4) seront alors les réciproques des inverses, ou,.ce qui revient au même, les inverses des réciproques. Ce triple rapport entre les inverses, les réciproques et les corrélatives se traduira au total par un croisement entre les opérations (1), (2), (3) et (4), toutes quatre distinctes :

QUATERNE A

 

QUATERNE B

 

 

Tels sont les mécanismes opératoires transformant les huit opérations binaires asymétriques selon les diverses formes possibles de réversibilité.

C. Opérations inverses distinctes, mais opérations réciproques identiques entre elles et opérations corrélatives identiques aux réciproques. — Parmi les opérations dont les formes normales disjonctives présentent 0, 2 ou 4 paires de prépositions (conjonctions), il y a encore lieu de distinguer entre celles qui présentent une symétrie selon les conjonctions (p ■ q) et (p ■ q), toutes deux vraies ou toutes deux fausses, et celles qui ne comportent pas cette symétrie, c’est-à-dire qui transforment p indépendamment de q ou l’inverse. La symétrie (p ■ q) et (p ■ q) entraîne alors l’identité des réciproques entre elles, qui caractérise l’équivalence positive et négative (p = q) et (p w q) ainsi que l’affirmation et la négation complètes. En effet, la réciproque de (p = q) = (p • q) ∨ (p • q) est (p ■ q) ∨ (p ■ q), c’est-à-dire à nouveau (p = q) ; celle de (p w q) = (p∙q)v(p∙ q) est (p • q) ∨ (p • q), c’est-à-dire à nouveau (p w q), etc. Les corrélatives sont alors identiques aux inverses. Par exemple la corrélative de :

(p∙q)v(p∙q) ∨ (p • q) v(p-q) = (p*q) est :

(P ∨ q) • (p ∨ q) • (p ∨ q) • (p ∨ q) = o

QUATERNE G

 

et :

On constate qu’il n’y a plus croisement, puisque deux transformations seulement sont distinctes sur quatre. Par contre, la loi signalée au sujet de la réciproque des inverses, dans les quaternes A et B, se vérifie encore : l’opération (1) a pour inverse (complémentaire) une opération (2), qui est la réciproque de l’inverse (4) de la réciproque (3) de (1) ; autrement dit les opérations réciproques (1) et (3), qui sont identiques entre elles, ont pour inverses des opérations (2) et (4) qui sont elles-mêmes réciproques (et identiques entre elles).

D. Opérations réciproques distinctes l’une de l’autre, mais identiques aux inverses, et opérations corrélatives non distinctes entre elles. —   Il reste enfin les opérations ignorant la symétrie (p • q) et (p ■ q), c’est-à-dire transformant p indépendamment de q ou l’inverse :

QUATERNE D

Le rapport d’inversion se confond donc ici avec celui de réciprocité puisqu’il s’agit, en ces opérations, de simples affirmations ou négations. Il s’ensuit l’identité des corrélatives entre elles. En effet, la corrélative de p[ÿ] = (p • q) ∨ (p • q) est (p ∨ q) • (p ∨ q), ce qui donne à nouveau p(q] ; etc. (voir propositions 191, 192, 195 et 196). Néanmoins la loi énoncée à propos de la réciproque des inverses se vérifie encore : l’opération (1) a pour inverse (2) la réciproque de l’inverse (4) de sa propre réciproque (3) ; autrement dit, l’opération

 

directe (1) et sa réciproque (3) ont respectivement pour inverses deux opérations (2) et (4), qui sont elles-mêmes réciproques l’une de l’autre. Mais, dans ce cas D, l’inverse et la réciproque sont identiques entre elles, de même que les corrélatives ; seulement les réciproques sont distinctes l’une de l’autre puisqu’elles coïncident avec les inverses.

On se trouve donc en présence d’une première loi générale de la logique interpropositionnelle, que nous proposons d’appeler la « loi de la double réversibilité » et que l’on peut démontrer comme suit :

Hypothèses et définitions. — Soit T = quatre conjonctions de propositions, telles que l’on ait (p ■ q) ∨ (p • q) ∨ (p ■ q) ∨ (p • q), c’est-à-dire une « affirmation complète » (ou « tautologie »). Soit (1) une opération quelconque, formée de n conjonctions distinctes, choisies parmi les précédentes, donc n < 4 (par exemple zéro ou trois). Une opération (2) sera dite inverse (ou complémentaire)1 de (1) parce qu’elle comportera T— n conjonctions distinctes les unes des autres et distinctes de celles de (1). Une opération (3) sera dite la réciproque2 de (1) et résultera de la négation des propositions intervenant en (1) : elle présentera donc le même nombre de conjonctions que (1), distinctes les unes des autres et correspondant bi-univoquement aux n conjonctions de (1), mais sans en être nécessairement distinctes. Enfin, l’inversion des signes de (2) donnera une opération (4), formée du même nombre (T — n) de conjonctions que (2), distinctes les unes des autres, correspondant bi-univoquement aux T — n conjonctions de (2), mais sans être nécessairement distinctes de ces dernières3.

Théorème I (loi de la double réversibilité)

Les inverses de deux opérations réciproques sont elles-mêmes réciproques et les réciproques de deux opérations inverses l’une de l’autre sont elles- mêmes inverses.

corollaire. —   L’inverse de la réciproque d’une opération est identique à la réciproque de son inverse.

Il s’agit d’abord, de démontrer que l’opération (4), qui est par hypothèse la réciproque de (2), c’est-à-dire de l’inverse de (1), est nécessairement l’inverse de (3), c’est-à-dire de la réciproque de (1). Or, la transformation de (1) en (3) s’obtient par simple interversion des affirmations (p ou q) et des négations (p ou “). Il en est de même de la transformation de (2) en (4). D’autre part, la réunion des conjonctions inhérentes aux opérations (1) et (2) donne quatre conjonctions distinctes, dont la somme égale T, puisque (1) = n conjonc-

1. Cette définition de l’inverse coïncide avec la définition 32 adoptée plus haut.

2. Cette définition de la réciproque coïncide avec la définition 33.

3. Cette définition de l’opération corrélative (4) ne fait pas appel à la définition 34.

tions et (2) = T — n conjonctions. Ces quatre conjonctions seront distinctes, puisque les conjonctions intervenant en (1) et en (2) sont toutes distinctes les unes des autres : leur réunion équivaudra donc à 1’« affirmation complète » sous sa forme initiale T. Mais alors il en sera de même des conjonctions intervenant dans les opérations (3) et (4), puisque seuls les signes (p et p ; q et q) sont intervertis en passant de (1) à (3) et de (2) à (4) : la réunion des opérations (3) et (4) donnera donc également quatre conjonctions distinctes ; cette réunion équivaudra à nouveau à T puisque la réciproque d’une « affirmation complète » est encore une « affirmation complète ». L’opération (4) est donc l’inverse de (3) puisqu’elles sont complémentaires sous T.

De plus, deux opérations quelconques étaient ainsi l’inverse l’une de l’autre lorsque leurs réciproques le sont, il en résulte que deux opérations (b) et (d), inverses de deux opérations réciproques l’une de l’autre (a) et (c), sont nécessairement elles-mêmes réciproques. En effet, la réunion des conjonctions comprises en (a) et en (b) équivaut alors à T et il en est de même des conjonctions comprises en (cj et en (d), la réciproque de T demeurant T lui-même : l’opération (d) sera donc la réciproque de (b) comme (c) l’est de (a), puisque (d) comprend les conjonctions manquant à (c) et (b) celles qui manquent à (a).

Remarque. —   La démonstration qui précède est indépendante du caractère distinct des opérations réciproques et inverses, ainsi que de celui des opérations réciproques entre elles (les inverses sont par contre nécessairement distinctes). Elle ne fait appel qu’à l’identité de 1’« affirmation complète » et de sa réciproque : or, cette identité est évidente, puisque cette opération comprend par définition toutes les conjonctions possibles et qu’en intervertissant tous les signes on ne change alors rien à l’ensemble.

Dans ce qui précède nous n’avons pas introduit la définition de l’opération « corrélative » en tant que résultant de la substitution des (v) et des (•) dans la forme normale envisagée (définition 34). Il s’agit donc maintenant de prouver que la corrélative (caractérisée selon cette définition 34) est bien la réciproque de l’inverse ou (ce qui revient donc au même) l’inverse de la réciproque, et de rendre compte des différentes formes, distinctes ou non, de corrélatives.

DÉFINITION —   Introduisons maintenant cette définition 34 : une opération étant donnée sous sa forme normale disjonctive ou conjonctive, sa « corrélative » sera l’opération résultant de la substitution de (v) aux (•) et réciproquement, sans modification du signe des propositions.

Théorème II (corrélativité)

La « corrélative » d’une opération est la réciproque de son inverse. Lorsque la réciproque de l’opération se confond avec l’inverse, la corrélative est alors identique à l’opération directe elle- même. Lorsque la réciproque d’une opération lui est identique, la corrélative se confond par contre avec l’inverse. Lorsqu’enfin la réciproque est à la fois distincte de l’opération directe et de l’inverse, la corrélative constitue une quatrième opération distincte.

En effet, selon la loi de dualité, l’inverse (2) d’une opération (1) est déterminée par l’interversion des (v) et des (•) ainsi que des valeurs positives et négatives des propositions en jeu. La réciproque (3) de l’opération (1) résulte, d’autre part, de l’interversion de ces valeurs positives et négatives des propositions, sans modification de l’opération elle-même, c’est-à-dire des (v) et des (•). La « corrélative » (4) étant par définition l’opération résultant de l’interversion des (v) et des (•), sans modification des valeurs positives et négatives des propositions, sera donc la réciproque de (2), qui est l’inverse de (1). Trois cas sont alors possibles :

a) La réciproque (3) est identique à l’inverse (2). Alors la réciproque de l’inverse sera l’inverse de l’inverse, c’est-à-dire l’opération directe.

b) La réciproque (3) est identique à l’opératien directe (1) ; alors la réciproque de l’inverse sera l’inverse elle-même : en effet, si les interversions des valeurs positives et négatives des propositions en jeu ne modifient pas l’opération directe, elles ne modifieront pas non plus l’inverse, puisque celle-ci est sa complémentaire sous T et que T« affirmation complète » T est identique à sa réciproque.

c) Les opérations directe (1), inverse (2) et réciproque (3) sont distinctes : alors la réciproque de l’inverse sera distincte des trois premières opérations, puisque l’interversion des valeurs positives et négatives des propositions en jeu modifient l’opération (comme le prouve la distinction de 1 et de 3) et qu’elles la modifient sous une forme distincte de la complémentarité (comme le prouve la distinction de 2 et de 3).

corollaire i. — La réciproque d’une opération est l’inverse de la corrélative de cette même opération : quand la réciproque de l’opération est vraie, la corrélative est donc fausse, et quand la corrélative est vraie, la réciproque est fausse.

Exemple : Si une conjonction (p • q) est vraie, telle que quelques Vertébrés ont « à la fois des branchies et des poumons » et que sa corrélative (p ∨ q)

est vraie (« branchies ou poumons, ou tous les deux »), alors la réciproque (p ■ q) (quelques Vertébrés n’ont « ni branchies ni poumons ») est fausse. Par contre, lorsqu’une conjonction (p ■ q) est vraie (quelques animaux ont « des vertèbres et une moelle épinière ») et que sa réciproque (p • q) l’est aussi (quelques animaux n’ont « ni vertèbres ni moelle épinière »), alors la corrélative (p ∨ q) est fausse : « ou vertèbres (sans moelle épinière), ou moelle épinière (sans vertèbres) ou les deux ».

De même, si (p ⊃ q) est vrai et (q^ p) faux, alors la corrélative (p • q) est vraie : par exemple si Mammifère implique Vertébré sans que la réciproque soit vraie, alors « non-Mammifère et Vertébré » est juste. Par contre si (p □ q) et (q d p) sont vrais tous les deux (vertèbres implique _ moelle épinière et réciproquement), alors (p-q) est faux (moelle épinière sans vertèbres).

corollaire il. — La corrélation ne constitue une quatrième opération distincte que dans le cas des expressions opératoires formées de une ou trois conjonctions.

En effet seules les expressions formées de une ou de trois conjonctions peuvent avoir une réciproque et une corrélative distinctes des opérations directe et inverse, puisque les expressions constituées par la réunion de quatre, deux ou zéro conjonctions ne sauraient être transformées en quatre opérations distinctes par complémentarité, changement du signe des propositions et permutations des (•) et des (v).

Théorème III (corrélativité)

Lorsque, en une expression opératoire formée par la réunion de trois conjonctions, deux de ces conjonctions expriment les parties communes (p ■ q) et (p • q), la corrélative est alors constituée par la conjonction exprimant la partie non commune (p • q) ou (p • q) ; réciproquement lorsque deux des conjonctions en jeu expriment les parties non communes (p ■ q) et (p • q), la corrélative est constituée par la conjonction représentant une partie commune (p ■ q) ou (p • q).

En effet, lorsque deux conjonctions représentent les parties communes (p • q) et (p • q), la réciproque de l’expression considérée conservera ces deux conjonctions (l’inversion des signes donnant simplement p • q et p ■ q) et ne modifiera que la troisième des conjonctions en présence : la corrélative étant l’inverse de la réciproque, c’est donc cette troisième conjonction de l’expression initiale qui constituera sa corrélative. Par exemple la réciproque de :

(p □ q) = (p • q) ∨ (p ■ q) y (p • q) étant :

(q d p) = (p • q) ∨ (p ■ q) ∨ (p • q)

la corrélative de (p ? g) sera (p • q). Dans le cas où deux des conjonc-

lions en jeu représentent les parties non communes (p • q) et (p • q), la réciproque de l’expression considérée conservera également ces deux conjonctions (l’inversion des signes les transformant en elles- mêmes : p • q et p ■ q) et ne modifiera que la troisième des conjonctions en présence : ce sera à nouveau cette troisième qui constituera donc la corrélative. Par exemple la réciproque de :

(p ∨ q) = (p ■ q) ∨ (p • q) ∨ (p ■ q) étant :

P\<1 = (P ∙q’)’l (p -q)v (p ■ q) la corrélative de (p ∨ q) sera (p • q).

corollaire —   La corrélative d’une expression opératoire d’une seule conjonction est constituée par une expression formée de trois conjonctions. Deux nouvelles conjonctions sont alors à ajouter à la première : elles exprimeront les parties communes (p ∙ q) et (p • q) si la conjonction initiale représente des parties non communes (p ■ q ou p • q) et inversement.

Exemple : La corrélative de (p • q) est (p • q) ∨ (p • q) ∨ (p • q) = (q∑>p), tandis que celle de (p ■ q) est (p • q) V (p • q) ∨ (p • q) = (p\q).

REMARQUE. — La corrélativité consiste ainsi soit à adjoindre soit à supprimer, au sein des expressions considérées, des équivalences positives (p • q ∨ q • p) ou négatives (p • p ∨ q • q). On comprend alors pourquoi, dans le cas des opérations (p = q) ; (p w q) ; (p*q) ou (o), consistant déjà en équivalences positives et négatives (et additives ou multiplicatives), la corrélative est identique à l’inverse, puisqu’elle revient alors à supprimer ces équivalences ou non-équivalences. Dans le cas des opérations p [ÿ] ; p ⅛] ; q [p] et ç[p],par contre, qui sont toutes formées d’une partie commune (p • q ou p • q) et d’une partie non commune (p • q ou p • q), la corrélative est identique à l’opération directe parce que l’on ne saurait ajouter ni supprimer, en de telles expressions mixtes, une équivalence (positive ou négative) entière, dont les deux couples de propositions soient l’un et l’autre distincts de ceux de l’expression considérée.

Les théorèmes II et III ayant ainsi précisé la situation de la « corrélative », passons maintenant à l’analyse plus détaillée des « réciproques » :

Rappelons d’abord la définition 33 : La réciproque d’une opération est la même opération effectuée sur la négation des propositions considérées.

Par exemple (p ∨ q) a pour réciproque (p | q) parce que :

(p V q) = (p • q) V (p • q) ∨ (p • q) et que :

P ∨ q (= pi ?) = (p ■ q) V (p • q) ∨ (p • q)

Il y a donc inversion de tous les signes, mais non pas des opérations.

DÉFINITION 35. — La réciproque d’une opération binaire sera dite transformer la valeur de p indépendamment de q (ou l’inverse) lorsque les p changent de signe sans compensation des affirmations et des négations, tandis que les changements de signe affectant les q donnent lieu à une compensation (ou l’inverse).

Prenons comme exemple : p[?] = (p • q) ∨ (p • q). La réciproque de p[?] étant p[ç] = (p • q) ∨ (p • q), la valeur des p est transformée sans compensation par cette négation, tandis que le changement de ? en ? est compensé par la transformation de q en q.

DÉFINITION 36. — La réciproque d’une opération binaire sera dite transformer simultanément la Valeur des p et des q lorsque l’ensemble des p et l’ensemble des q changent de signe tous deux avec (ou tous deux sans) compensation des affirmations et des négations.

Par exemple la réciproque de (p ■ q) étant (p • q), p et q sont simultanément transformés, mais sans compensation. La réciproque de :

(p = i) = (p • y) ∨ (p ■ q)

étant (p • q) ∨ (p • q) = (p — q), les p et les q sont transformés simultanément les uns et les autres, mais avec compensation.

Théorème IV (réciprocité)

Lorsque la réciproque d’une opération binaire transforme la valeur de p indépendamment de q ou l’inverse, cette réciproque est identique à l’opération inverse.

En effet, si p (ou q) change seul de valeur, ce changement constitue une simple inversion (p pour p ou l’inverse) : la réciproque équivaut ainsi à l’inverse.

Par exemple la réciproque de :

(p • q) ∨ (p • q) = p[q] est :

(ÿ ■ q) ∨ (p • q) = p[q] opération qui est aussi son inverse.

théorème v. — Lorsque les valeurs de p et de q sont transformées simultanément par une réciprocité, celle-ci est soumise aux conditions suivantes : 1° La réciproque d’une expression binaire formée

d’une seule conjonction est sa complémentaire par rapport à une équivalence directe (p = q), si les propositions p et q sont de mêmes signes, et par rapport à une équivalence inverse (p w q, c’est-à-dire p = q et q = p), si p et q sont de signes différents. 2° La réciproque d’une expression binaire dont la forme normale disjonctive comporte de deux à quatre conjonctions est formée de conjonctions bi-univoquement correspondantes, dont chacune est la complémentaire de sa correspondante par rapport à une équivalence directe (p = q), si p et q sont de mêmes signes, sinon par rapport à une équivalence inverse (p w q).

En effet, la réciproque de (p • q) étant par définition (p • q) et la réunion (p • q) ∨ (p • q) constituant une équivalence directe (p = q), toute conjonction binaire de propositions de mêmes signes (p • q) ou (p • q) aura pour réciproque la conjonction complémentaire par rapport à l’équivalence directe : (p • q) pour (p • q) et (p • q) pour (p • q). Si la conjonction considérée est de signes différents, (p • q) ou (p ■ q), la réunion des deux conjonctions réciproques constituera une exclusion, ou équivalence inverse : (p • q) ∨ (p • q), c’est-à-dire (p = q) et (ç = p). Si tel est le cas pour les conjonctions isolées il en sera également ainsi pour chaque conjonction faisant partie d’une expression normale binaire formée de deux, trois ou quatre conjonctions. Par exemple la réciproque de [(p ■ q) ∨ (p • q) ∨ (p ∙ q)^∖ est :

[(p • q) ∨ (p ■ q) ∨ (p • ÿ)]

Les conjonctions correspondantes donnent alors :

(p • q) ∨ (p • q) = (p = q) ; (p • ç) ∨ (p • q) = (p w q) ;

(p • q) ∨ (p ■ q) = (p w q)

corollaire i. — Lorsquepetq changent simultanément de valeurs, la réciproque d’une expression binaire comprenant, sous sa jorme normale disjonctive, quatre, deux (ou zéro) conjonctions, équivaut à cette expression elle-même.

C’est ainsi que les réciproques de (p * q) ; (p = q) ; (pwq) et (o) sont (p * q) ; (p — q) ; (p^q) et (o) 1. En effet, de telles expressions constituent des équivalences directes (p = q) ou inverses (p w q) = (p = q) ∨ (q =p), ou des doubles équivalences : (p * q) comprend ainsi : (p • q) ∨ (p • q) ainsi que (p ■ q) ∨ (p • q) et (o) comprend (o w o) ou (ô w b). Or, la réciproque des expressions binaires dans lesquelles p et q sont trans-

1. La réciproque de la négation totale (p ∨ q) • (p ∨ q) • (p ∨ q) • (p ∨ q), est par définition (p ∨ g) • (p ∨ g)•(p ∨ g)•(p ∨ g), c’est-à-dire la même expression.

formées simultanément est formée de conjonctions complémentaires par rapport à l’équivalence directe ou inverse. Donc la réciproque de (p • q) ∨ (p • q) sera (p • q) ∨ (p • q) et celle de (p • q) ∨ (p • q) sera (p • q) ∨ (p • q), ce qui ramène ces deux transformations à l’expression initiale.

corollaire n.— Dans le cas des expressions binaires normales (disjonctives) formées de trois conjonctions, l’expression réciproque conserve les deux conjonctions qui constituent, soit (a) une équivalence directe (p ■ q)v (p • q), soit (b) une équivalence inverse (p • q) ∨ (p ■ q) ; quant à la troisième conjonction, elle est remplacée par la conjonction qui lui est complémentaire par rapport à Γéquivalence inverse dans le cas (a) et par rapport à Γéquivalence directe dans le cas (b).

En effet, si l’expression considérée contient trois conjonctions dont deux forment à elles seules une équivalence directe ou inverse, ces deux conjonctions se conserveront telles quelles dans l’expression réciproque, puisqu’elles constituent déjà une équivalence (en vertu du corollaire I) ; en ce cas la troisième conjonction ne saurait être transformée qu’en une conjonction complémentaire par rapport à l’équivalence inverse, si les deux premières conjonctions constituent ensemble une équivalence directe : en effet, si les conjonctions (p ■ q) et (p ■ q) sont comprises toutes deux dans ces deux premières, la troisième ne saurait être que (p • q) ou (p ■ q) ; inversement la troisième conjonction ne saurait être que (p • q) ou (p • q) si les deux premières sont (p ■ q) ∨ (p • q) : sa réciproque sera donc complémentaire par rapport à l’équivalence directe.

C’est ainsi que les formes normales disjonctives des opérations réciproques (p ∨ q) et (p | q) contiennent déjà toutes deux les deux conjonctions (p • ÿ) ∨ (p • ?), c’est-à-dire l’équivalence inverse : donc la réciprocité transforme (p • q) en (p • q) ou Γinλrerse. Quant aux implications p ⊃ ? et ? ⊃ p, leurs formes normales disjonctives contiennent toutes deux déjà les deux conjonctions (p ■ q) ∨ (p • q), c’est-à-dire l’équivalence directe : la réciprocité transforme alors p • q (contenu en qz> p) en p ■ q (contenu en p-qj ou l’inverse.

COROLLAIRE III.— Lorsqu’une expression binaire dont la réci- procité transforme simultanément p et q est mise sous la forme d’une implication (positive ou négative), sa réciproque est alors constituée par l’implication entre ses éléments permutés (implication converse, dite inverse). La conjonction de l’implication considérée et de sa converse donne alors une équivalence directe (p = q), en cas d’implications posi-

tives entre propositions également positives (p 3 q), ou d’implication négative entre propositions de signes contraires (p 3 q), et donne une équivalence inverse (p w q, c’est-à-dire p = q et q = p) lorsqu’aucune de ces deux conditions n’est remplie.

La permutation des termes de l’implication résulte, en effet, de la définition même de la réciprocité, puisque p 3 q a pour réciproque (p 3 q) = (q 3 p) et que q 3 p a pour réciproque (q 3 p) = (p 3 q). Il en découle alors que la conjonction des deux implications positives entre propositions positives p 3 q et qa p donne une équivalence directe, puisque (p d q) • (q d p) ≡ (p § q) ≡ (p = q). Il en sera de même des implications négatives entre propositions de signes contraires, car si l’on a à la fois p a q et p d q, cela signifie :

(p o q) • (p ⊃ q) = (p • q) ∨ (p • q) = (p = q)

puisque (p 3 q) = (p ∙ 7) = (p • q) et que (p ⊃ q) = (p • q). En dehors de ces deux cas (et de l’équivalence directe elle-même), toute implication négative ou toute implication positive entre propositions de signes contraires ne saurait évidemment donner, par conjonction avec sa réciproque, qu’une équivalence inverse (p w q) : en effet, puisque p^q = p - q et que ÿop = p • q, la conjonction de deux non-implications équivaut à (p • q) ∨ (p • q), c’est-à-dire à l’équivalence inverse ; d’autre part, les implications entre propositions de signes contraires, p 3 q\q □ p ; p^q ou q^p ne peuvent aboutir, par conjonction avec leurs réciproques, qu’à des combinaisons de signes mélangés p ■ q ou p • q, c’est-à-dire de nouveau à des équivalences inverses. D’où le tableau, p. 283.

De ce théorème V et de ses corollaires découle donc ce fait fondamental que la réciprocité fait intervenir une complémentarité spéciale, relative à l’équivalence (p = q) et non pas à l’affirmation complète (p * q) comme la complémentarité générale caractérisant les opérations inverses. C’est cette complémentarité relative à l’équivalence qui explique les trois propriétés essentielles de la réciprocité :

1° Que les expressions opératoires exprimant par elles-mêmes une équivalence directe (p = q), inverse (p w q) ou composée (p * q) et (o), sont symétriques et par conséquent identiques à leurs réciproques ;

2° Que la conjonction de deux implications converses [(p q). (q o p)] constitue une implication réciproque (p g q) et de ce fait même une équivalence directe (p = q) ;

I. Opérations CONSIDÉRÉES H. Réciproques de (I) III. Implications correspondant a (I) IV. Implications correspondant a (II)

V. Équivalences correspondant

A LA CONJONCTION DE III ET DE IV

©H ∩ p^â (p o q) • (p D q) = (p = q)
P v 7 pvg(= p|g)
f PP q^p {q ? p) ■ (q^>p) = (q = p)
P ■ ? p. 2 p⊃2 P^ 1 1

i⅛∣

U ⅛¾l∣ T tS

II II

P^ ? P^ï (= i^p} p⊃2 i^P (p ⊃ q) ■ {q D p) = (p = q)
p-î P ■ 9 p⊃2 qap

le,

II ∣S

II

II F ⅛ F B

p = q p = q P 2 1 Pcî (péî) ■ (Fc î) = (p = ?)
p VJ q p VJ q Pci JrP (p c â) ∙ ⅛ c p) = (p == î) • (? = p)
p*q P*î (P V p) g (g V g)1 ⅛ V q) g (p V p) (p V 2) = ⅛ ∨ p)
0 0 ©1 nu © 1© nu © (o = ô) = (o w o)
1. En effet (pvp)D (q vq) donne [(p vp) ∙ (q vq)] ∨ [(o • (q vq)] ∨ [o • o] = (p • q) ∨ (p • q) v (p • q) ∨ (p • q).

Tableau des réciprocités.

3° Que les expressions opératoires dont la réciprocité transforme simultanément p et q ont pour réciproques, une fois mises sous la forme d’implications, l’implication donnée entre leurs éléments permutés. C’est ce troisième caractère qui motive le terme de réciprocité attribué aux transformations que nous désignons sous ce nom.

On saisit, en outre, pourquoi les opérations p [ç] ; p [ç] ; q [p] et q [p] ont une réciproque identique à leur inverse : c’est qu’elles sont formées chacune d’une partie commune (p ■ q ou p ■ q) et d’une partie non commune (p • q ou p • q) ; étant formée de couples complémentaires par rapport à l’équivalence positive (p • q ∨ p • q) ou négative (p ■ q ∨ p • q), la réciproque revient en ce cas à inverser l’expression entière (théorème IV).

On comprend alors le rôle opératoire distinct des quatre quaternes que nous avons caractérisés au début de ce § 31 et qui correspondent à des fonctions déductives bien différenciées. Tandis que le quaterne D (réciproques identiques aux inverses) concerne seulement les affirmations et négations, le quaterne C (réciproques identiques entre elles) comprend les diverses équivalences et joue ainsi un rôle principalement régulateur dans la déduction ; avec les quaternes A (disjonctions et conjonctions positives et négatives) et B (implications et non-implications), ce sont au contraire les opérations proprement constructives qui entrent en jeu et dont les différentes combinaisons aboutissent aux équivalences directes et inverses. Quant à la rationalité du système, elle est assurée tout entière par les transformations réversibles que constituent les inversions, réciprocités et corrélativités, et dont nous retrouverons le mécanisme fondamental à l’œuvre au sein du « groupement » des opérations interpropositionnelles.

En effet, l’inversion repose sur une complémentarité par rapport à l’affirmation complète ; la réciprocité exprime de son côté une complémentarité par rapport à l’équivalence positive ou négative (théorème V) ; quant à la corrélativité, elle est l’inverse de la réciprocité (théorème I) et consiste, par conséquent, à adjoindre ou à supprimer, au sein des expressions considérées, des équivalences positives ou négatives (théorème III). Or, la réunion d’une équivalence positive ( = ) et une équivalence négative (w) constitue précisément une « affirmation complète » (p * q). Il en résulte que l’inversion, la réciprocité et corrélativité, jointes à la transformation nulle (ou identique), constituent un système unique, tel que deux quelconques des trois premières transformations donnent

la troisième et que trois quelconques des quatre transformations donnent la quatrième. On obtient ainsi un groupe commutatif de transformations portant sur l’ensemble de ces quatre transformations.

Pour démontrer ce fait essentiel, qui fournit la raison des cinq théorèmes précédents, nous adopterons la forme de présentation la plus générale :

Toute opération binaire (p ∨ q ou p d q ; etc.) peut s’écrire sous la forme d’une fonction a (p, q, p,q) = 1 ou plus simplement a (p, q, p, q). A toute opération a on en peut faire correspondre d’autres au moyen d’opérateurs de transformation. On peut ainsi passer :

(1) De a (p, q, p, q) à sa réciproque a (p, q, p, q), en changeant les signes des propositions p, q, etc., mais sans changer l’opération a.

(2) De a (p, q, p, q) à sa corrélative â (p, q, p, q), en permutant l’opération a avec a, mais sans changer les signes des propositions p, q, etc.

(3) De a (p, q, p, q) à son inverse œ Ip, q, p, q), en permutant simultanément les signes des propositions p, q, etc. et les opérations a et â.

Nous désignerons respectivement les opérateurs de la réciprocité, de la corrélativité, de l’inversion (négation) de a par des symboles R, C et N.

Constatons d’abord que ces opérateurs sont tous involutifs, c’est-à-dire que la répétition de chaque opération (la réciproque de la réciproque, la corrélative de la corrélative et l’inverse de l’inverse) ramène à l’opération identique :

RR = 1 ; CC = 1 ; NN = 1

où 1 représente maintenant la transformation identique (= nulle).

Les produits deux à deux des opérateurs R, C et N s’obtiennent immédiatement et sont les suivants :

(4) La réciproque de la corrélative (RC) est l’opération : α (p, q, p, q) -* ≈ (p, q, p, q)

donnant donc l’inverse (N) (de même pour la corrélative de la réciproque CR = N).

(5) La réciproque de l’inverse (RN) est l’opération :

« (p, q, p,q)→a∙ (p, q, p, q)

donnant donc la corrélative (C) (de même pour l’inverse de la réciproque NR = C).

(6) L’inverse de la corrélative (NC) est l’opération :

a (p, q, p,q) -> a (p, q, p, q)

donnant donc la réciproque (R) (de même pour la corrélative de l’inverse CN = R).

On voit que tous ces produits sont commutables et tiennent la symétrie logique de a. Par conséquent :

Théorème VI (groupe des quatre transformations)

L’ensemble des transformations (inverse, réciproque, corrélative et identique constitue un groupe commutatif.

En effet, l’inversion d’une expression opératoire a. (p, q, p, q) (écrite sous sa forme normale disjonctive ou conjonctive) consiste à permuter simultanément les signes des propositions (p, q, etc.) et des opérations a et à (soit ∨ et • ). La réciprocité consiste, par contre, « n une permutation des signes des propositions (p, q, etc.), mais non pas des opérations a et a (soit ∨ et •) ; et la corrélativité consiste •en une permutation des opérations a et a (v et-), mais non pas des .signes des propositions (p, q, etc.). Il s’ensuit que la réunion de la -corrélative et de la réciproque équivaut à l’inverse, et que, de manière générale, la réunion des deux quelconques de ces trois transformations équivaut à la troisième. En effet, on a :

N = RC (= CR) ; R = NC (= CN) ; C = NR (= RN)

et 1 = RCN (donc aussi 1 = NRC ou 1 = CRN ; etc.).

Il en résulte la table de multiplication suivante qui caractérise le groupe (cette table se lit à la manière d’une table de Pythagore) :

1 R N C

R 1 C N

N C 1 R

C N R 1

Remarque. — Dans le cas des opérations (p = q) ; (p w q) ; (p * q) et (o) on a R = 1, mais N = C et, dans le cas des opérations p[?]; p[?]; ?[p] ! on a R = N, mais C = 1. Les propriétés précédentes demeurent également vérifiées.

Un tel groupe1 ne permet pas, à lui seul, de passer de l’un des quaternes d’opérations (A à D) à un autre, ni par conséquent d’engendrer le détail des seize opérations binaires. Mais il exprime l’essentiel des transformations réversibles du système et en fonde ainsi la rationalité.

1. Le groupe en question est isomorphe au groupe dit « des quatre transformations » (« Vierergruppe », ou groupe de Klein).

§ 32. La correspondance des opérations interpropositionnelles avec celles d’un modèle d’opérations de classes.

Nous avons constaté au § 28 que les opérations interpropositionnelles admettent, quoiqu’entièrement autonomes, la réalisation d’un modèle constitué par de pures opérations de classes : les seize opérations binaires correspondent ainsi aux combinaisons que l’on peut tirer de la multiplication de deux classes et de leurs complémentaires (P + P) X (Q + Q). Cette même correspondance se retrouve-t-elle dans le détail des transformations ? C’est ce qu’il s’agit de montrer brièvement.

Partons des « formes normales » et traduisons chaque proposition p ou q par les classes P ou Q des arguments qui les vérifient et chaque proposition p ou q par les classes complémentaires P et Q. Traduisons d’autre part les opérations (v) et (•) par l’addition (+) et la multiplication (x) de ces classes. La forme disjonctive de 1’« affirmation complète » correspondra donc à :

(201) (P+ P) × (Q+ Q) = PQ+PQ + PQ + PQ (= T)

(Voir la figure 19, p. 229).

Nous appellerons T la classe multiplicative totale :

T = PQ + PQ + PQ + PQ

Or, la traduction des opérations interpropositionnelles en opérations de classes est alors immédiatement assurée par le fait que la loi de dualité, dont nous avons vu le rôle en logique des propositions, est une loi bien connue de la théorie des ensembles, ne faisant appel qu’aux relations de complémentarité, de réunion et d’intersection, et par conséquent relevant de la logique des classes1. On niera donc l’expression (201) en intervertissant simplement tous les (+) et les ( × ), ainsi que tous les signes (P et P ou Q et Q), et l’on obtiendra le correspondant de la « négation complète » (voir les figures 19 et 20) :

(202) PQ + PQ + PQ + PQ

= (P + Q) x (P + Q) x (P + Q) x (P + Q) = 0

Il sera donc facile d’obtenir de chacune des seize opérations binaires une seconde traduction en termes de classes, en plus de celle déjà

1. Formule de De Morgan.

exposée au § 28. D’une part, toute expression binaire correspond, comme no.us l’avons vu, à l’un des arrangements extraits de (201) ; par exemple à l’expression (p\q) correspond l’arrangement :

PQ + PQ + PQ

(voir la figure 23, p. 232 et l’exemple donné à son sujet en termes de classes). Un tel arrangement équivaut alors à T — PQ, puisque l’intersection PQ est exclue de la classe totale T (voir fig. 23). Mais, d’autre part, en vertu de (202), on a également PQ = P + Q, ce qui corrrespond en termes de classes à la proposition (151) p • q = p vq :

(203) T — PQ = PQ + PQ + PQ

et

(203 bis) PQ = P + Q = PQ + PQ + PQ (voir fig. 23).

Les trois expressions (T — PQ) ; (PQ) et (PQ + PQ + PQ) sont donc identiques, en vertu des propositions (201) et (202), ce qui conduit à exprimer sans plus la dualité en termes de soustraction :

(204) PQ = T — PQ

Ce mécanisme formel permet alors de traduire en un modèle d’opérations de classes chacune des propositions du § 30 ainsi que les notions introduites au § 31 et les théorèmes qui s’y rapportent.

Par exemple la proposition 162 (p\q) = (p □ q) = (q ? p) se traduira par :

(p | q) = T - PQ ; (pj q)^PQ ÷PQ + PQ ;
(q^p) = QP + QP÷QP

d’où :

(205) T — PQ = PQ + PQ + PQ = QP + QP + QP

ce qu’on obtiendrait aussi en posant (p ⊃ q) = p • q = PQ = P + Q (voir 203 bis) puisque l’implication p ⊃ q est la négation de la non- implication p p ■ q).

Exemple : Si P = la classe des Vertébrés et Q = celle des Invertébrés, l’ensemble des êtres vivants est bien PQ + PQ + PQ = T — PQ puisqu’il n’y a pas d’êtres à la fois Vertébrés et Invertébrés. Quant à l’implication pzq, elle correspond alors bien à l’inclusion P < Q, puisque la classe Q

(non-Invertébrés) comprend P et une partie de P. De même q □ p correspond à Q < P puisque les non-Vertébrés comprennent les Invertébrés (Q) et une partie de Q.

De même la proposition 130 (p ∨ q) = (p\q) correspond à :

p ∨ q = PQ 4- PQ + PQ et p\q = T — PQ d’où :

(206) PQ + PQ + PQ = T — PQ

La proposition 132 {p ∨ q) = (p ⊃ q) = (q ⊃ p) donne de même :

(206 bis) PQ + PQ ⅛ PQ = T — PQ = T — QP

parce que (p ⊃ q) exclut (p ■ q), c’est-à-dire PQ et que (p p) exclut q • p, c’est-à-dire aussi PQ.

Cette proposition 132 correspond en particulier à la « vicariance » des classes A, + A, = A, + A2 (voir proposition 23). Posons, en

Λ * A 4

effet, P = AJ et Q = A’ (fig. 36). On aura alors PQ = AJA^ = A2et PQ = AJAg = A1. D’où :

(207) [p vg=B]=A{A2+A{Aj + AJAâ = A{Aj + A2 + A1

Et il en résultera, puisque l’implication (d ) correspond à l’inclusion (<) :

(208) (p ^) = A1 < A2 car A1 = PQ et A^ = Q

et :

(208 bis) (q p) = A2< A1’ car A2 = QP et A( = P

Fia. 36.

Le groupement des vicariances

(II : § 13) trouvera donc son correspondant dans les compositions des disjonctions (p ∨ q).

Quant à la proposition 159 (p □ q) = (p ∨ q), on a :

(209) (p ?q) = T — PQ et (pvq) = PQ + PQ + PQ = T-PQ

On voit par cette traduction en langage de classes que les expressions (p^q) et (p ∨ q) sont rigoureusement équivalentes, mais à la condition

 

d’être mises en formes de classes multiplicatives correspondant aux « formes normales ». Si l’on se contente par contre de traduire l’implication (⊃) par l’inclusion (<) qui est de nature additive, alors l’expression (p d q), c’est-à-dire P<QouP+Q = Q, n’équivaut plus à (p ∨ q), c’est-à-dire (P + Q), mais donne simplement (P + Q) < (P + Q), puisque P + Q = Q. D’où les critiques de Lewis à cette définition de l’implication qui mise en formes normales est cependant irréprochable.

Par contre, l’inclusion (P + Q) < (P + Q) redevient une équivalence si l’on introduit la classe P’ = PQ (voir proposition 170). On a alors l’équivalence (fondée sur la vicariance) : (P + Q = Q) = (P’ + Q = Q) car p = p’Q et P’ = PQ.

La proposition 160 (p 2 q) = (q ⊃ p) correspond de même, en termes d’inclusion, à (P < Q) = (Q < P), c’est-à-dire à :

(P + Q = Q) = (Q + P = P)

ce qui est évident à l’inspection de la figure 25, p. 233. Mais le signe ( = ) ne représente à nouveau une équivalence que dans le sens de la vicariance, puisque seule l’intersection PQ est commune à P et à Q. En termes de « formes normales » par contre, on a plus simplement :

(210) _ (p□g) = T-PQ

et (q^p) = (PQ + PQ + PQ) = PQ + PQ + PQ = T — PQ

Les transformations 190 (p w q) = (p = q) = (q = p) sont de même évidentes en langage de classes :

(211) (p w9) = T — PQ — PQ ;

(p = q) = PQ + PQ = T — PQ — P Q ;

(q — p) = PQ + PQ

- Et l’on peut continuer ainsi pour chaque transformation. L’avantage pratique de ces traductions est de permettre un calcul rapide et intuitif. Du point de vue théorique, elles montrent l’isomorphisme des opérations interpropositionnelles et intrapropositionnelles, malgré l’autonomie des premières. Une telle convergence fait pressentir celle des structures d’ensemble propres à ces deux paliers de la formalisation logistique. C’est ce que l’examen de l’axiomatique de la logique bivalente des propositions va nous montrer maintenant.