Chapitre V.
Le calcul des propositions a

Le but du prĂ©sent chapitre est d’exposer les Ă©lĂ©ments du calcul des propositions et d’énoncer les quelques lois essentielles de composition et de rĂ©versibilitĂ© qui dĂ©terminent ce calcul. Toute l’économie des opĂ©rations interpropositionnelles est, en effet, dominĂ©e par l’existence de trois rapports distincts de rĂ©versibilité : la nĂ©gation (ou complĂ©mentaritĂ© simple) ; la rĂ©ciprocitĂ© (dont nous verrons qu’elle constitue une complĂ©mentaritĂ© par rapport Ă  l’équivalence) ; et ce que nous appellerons la corrĂ©lativitĂ© (c’est-Ă -dire la permutation des « ou » et des « et »). Il importe de mettre en Ă©vidence, plus qu’on ne le fait ordinairement, ces trois sortes de rapports et de chercher les liaisons qui existent entre eux, car la rĂ©versibilitĂ© domine toute la logique des propositions aussi clairement que celle des classes et des relations.

§ 27. Les opérations interpropositionnelles : position du problÚme.

Tandis que les opĂ©rations intrapropositionnelles (dĂ©finition 3) consistent Ă  combiner entre eux les Ă©lĂ©ments dĂ©composĂ©s d’une proposition (classes et relations), les opĂ©rations interpropositionnelles laissent inanalysĂ©es les propositions p, q, etc., pour n’envisager que leur vĂ©ritĂ© ou leur faussetĂ© et les composer entre elles Ă  titre d’élĂ©ments d’un nouveau systĂšme. La logique des propositions constitue donc un calcul autonome, ne dĂ©pendant que de la forme (dĂ©finition 4) des combinaisons interpropositionnelles et nĂ©gligeant entiĂšrement le contenu intrapropositionnel de chacun des Ă©lĂ©ments combinĂ©s. Comme tel, le calcul des propositions obĂ©it Ă 

ses rĂšgles propres, dont on a cherchĂ© Ă  fournir la justification intuitive (Wittgenstein) tout en les ramenant Ă  un certain nombre d’axiomes (Russell et Hilbert).

Cette autonomie de la logique des propositions constitue un rĂ©sultat important de la logique moderne, tant du point de vue des applications Ă  l’axiomatique mathĂ©matique que du point de vue purement thĂ©orique. De ce second point de vue, l’indĂ©pendance du calcul des propositions dĂ©montre, en effet, l’existence d’un palier de formalisation supĂ©rieur Ă  celui de la logique des classes et des relations, et par consĂ©quent d’une nouvelle libĂ©ration de la forme eu Ă©gard Ă  son contenu : or, comme la logique des classes et des relations dĂ©gage dĂ©jĂ  une structure formelle indĂ©pendante de son propre contenu, la logique des propositions peut ĂȘtre considĂ©rĂ©e ’ comme portant sur une forme dont le contenu est constituĂ© par des formes de niveau infĂ©rieur. Le calcul des propositions reprĂ©sente donc une forme de formes et consiste en opĂ©rations Ă  la seconde puissance ou opĂ©rations s’exerçant sur des opĂ©rations Ă  la premiĂšre puissance. Toute proposition se rĂ©duit, en effet, du point de vue intrapropositionnel, en un Ă©noncĂ© d’opĂ©rations de classes ou de relations (que nous appellerons ici opĂ©rations Ă  la premiĂšre puissance), dont la vĂ©ritĂ© ou la faussetĂ© dĂ©pend des rĂšgles de ces opĂ©rations mĂȘmes : combiner des propositions prises en bloc revient bien alors Ă  opĂ©rer sur des opĂ©rations, donc Ă  construire un systĂšme d’opĂ©rations Ă  la seconde puissance.

Mais il subsiste une Ă©quivoque quant aux rapports entre les deux sortes d’opĂ©rations, et l’autonomie du calcul des propositions (que nous acceptons pleinement) peut donner lieu Ă  deux sortes d’interprĂ©tations. Pour certains auteurs, cette autonomie signifie absence de rapports ou rapports Ă  sens unique : on a souvent soutenu, par exemple, que les lois du calcul des propositions ne sauraient ĂȘtre dĂ©duites de celles de la logique des classes et des relations, tandis que la dĂ©duction inverse est possible. La logique des propositions bivalentes ne constituerait donc pas l’un des Ă©tages supĂ©rieurs de l’édifice logique, mais sa base elle-mĂȘme. D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, les difficultĂ©s inhĂ©rentes Ă  la logique des classes telle que la concevait jadis Russell et la fĂ©conditĂ© du calcul interpropositionnel ont conduit Ă  se dĂ©sintĂ©resser du rapport entre ces deux parties de la logique, l’indĂ©pendance de la seconde devenant ainsi pratiquement synonyme d’absence non seulement de dĂ©pendance, mais encore de relations.

!

Mais une seconde conception, jadis soutenue par Couturat, etc
, reste.toujours possible aujourd’hui. Il peut y avoir indĂ©pendance d’un domaine par rapport Ă  un autre et cependant correspondance. Marcel Boll va plus loin encore et cherche Ă  rĂ©duire toute la logique des propositions (qu’il appelle des agencements) Ă  celle des classes (identifiĂ©es aux ensembles). En ce cas, il y a, nous semble-t-il, cercle vicieux, car la construction dĂšs classes repose elle-mĂȘme sur des propositions1, dont la logique intrapropositionnelle envisage le contenu et dont la logique interpropositionnelle abstrait seulement leurs valeurs de vĂ©ritĂ© et de faussetĂ© pour dĂ©gager de nouvelles liaisons de ce seul point de vue. Mais, si l’on en demeure Ă  la recherche d’une simple correspondance, on Ă©vite tout cercle de ce genre. Or le problĂšme de cette correspondance et des rapports d’isomorphisme qu’elle entraĂźne se pose inĂ©vitablement dĂšs que l’on conçoit les paliers correspondants comme superposĂ©s et non pas comme juxtaposĂ©s : si vraiment les propositions combinĂ©es’en bloc par la logique interpropositionnelle comportent chacune, Ă  titre de contenu logique, une « forme » intrapropositionnelle opĂ©ratoirement dĂ©finie, c’est toute la signification du processus formalisateur qui est en jeu dans la discussion de ce problĂšme.

Avant de dĂ©gager les deux questions principales que l’on rencontre Ă  cet Ă©gard, notons que, malgrĂ© les dĂ©clarations de principe, chacun reconnaĂźt en fait ou implicitement l’existence d’un certain rapport entre les deux paliers considĂ©rĂ©s. Russell et Wittgenstein, par exemple, en partant des propositions « élĂ©mentaires » et mĂȘme « atomiques » pour s’élever pas Ă  pas (par substitution de termes et prĂ©dicats indĂ©terminĂ©s aux termes et prĂ©dicats dĂ©terminĂ©s) aux propositions les plus gĂ©nĂ©rales, Ă©tablissent en fait une continuitĂ© Ă©troite entre l’intrapropositionnel et la logique gĂ©nĂ©rale des propositions. Or, si cette continuitĂ© prĂ©sente de l’intĂ©rĂȘt du point de vue de l’atomisme logique, Ă  combien plus forte raison en est-il ainsi de celui des structures d’ensemble.

En effet, les deux questions essentielles que soulÚve la recherche des rapports entre les deux paliers de formalisation sont celle des totalités opératoires et celle des relations entre le raisonnement mathématique et la logique.

Du premier de ces deux points de vue, la logique moderne pré-

1. Les ensembles, dit. ainsi Boll, sont formĂ©s de constituants « auxquels on attribue certaines analogies, certaines propriĂ©tĂ©s communes », Manuel, p. 6. Or, cette « attribution » ne saurait ĂȘtre due qu’à des propositions.

I

sente un spectacle un peu dĂ©concertant. Chacun sait que la marche rĂ©elle d’une dĂ©duction, dans l’élaboration d’une thĂ©orie abstraite, passe par un certain nombre d’étapes : on commence par dĂ©finir des notions bien classĂ©es et par Ă©laborer un systĂšme de relations, puis l’on construit, en s’appuyant sur les unes et sur les autres, un Ă©difice dĂ©ductif dont l’architecture est solidaire de ces classes et de ces relations, puisque celles-ci ont Ă©tĂ© choisies en vue prĂ©cisĂ©ment de permettre la construction considĂ©rĂ©e ; aprĂšs quoi seulement on revient au point de dĂ©part et l’on procĂšde Ă  une nouvelle formalisation en axiomatisant l’ensemble, mais cette axiomatisation retient, sous une forme Ă©purĂ©e, l’essentiel des constructions prĂ©alables en les soumettant simplement Ă  certaines rĂšgles de composition formelle. Or, la logique des propositions, qui a pour but de fournir une thĂ©orie gĂ©nĂ©rale de la dĂ©duction et qui s’intĂ©resse donc exclusivement Ă  ces rĂšgles de composition appliquĂ©es Ă  des propositions quelconques, croit devoir par surcroĂźt traiter ces derniĂšres comme s’il s’agissait d’élĂ©ments isolĂ©s ne connaissant pas d’autre loi de formation que celle d’une combinatoire. Autrement dit, on feint d’admettre qu’un systĂšme dĂ©ductif cohĂ©rent ne repose pas sur un ensemble prĂ©alable de classes bien classĂ©es et de relations bien sĂ©riĂ©es, comme si des propositions tirĂ©es une Ă  une, ou deux Ă  deux, etc., d’une urne ou d’un piano logique, puis combinĂ©es selon les rĂšgles du jeu, constituaient jamais une thĂ©orie : elles conduisent bien ainsi Ă  des consĂ©quences formelles dĂ©terminĂ©es, et le calcul des propositions Ă©numĂšre avec raison toutes les transformations possibles en les rĂ©duisant Ă  quelques axiomes. Mais tout n’est pas dit ainsi : il reste ce que PoincarĂ© appelait (en comparant la construction dĂ©ductive Ă  un jeu d’échec) la « conduite de la partie » par opposition aux coups particuliers. Or, ce serait une solution bien restrictive que de limiter la logique aux rĂšgles des coups particuliers, et de renvoyer la conduite gĂ©nĂ©rale de la partie Ă  l’épistĂ©mologie ou Ă  la psychologie : nous croyons au contraire que la logique se doit d’étudier les structures d’ensemble autant que les combinaisons partielles et, si nous avons rĂ©ussi Ă  le montrer pour la logique des classes et des relations, il faut tenter d’atteindre le mĂȘme objectif pour celle des propositions.

En effet, si l’on part de cette hypothĂšse bien naturelle qu’un systĂšme de propositions, tout en pouvant ĂȘtre Ă©tudiĂ© en son mĂ©canisme purement interpropositionnel, recouvre toujours un systĂšme de classes et de relations dĂ©jĂ  organisĂ©es, il est lĂ©gitime — tout en

se rĂ©servant le droit de faire abstraction entiĂšre de ce contenu sous- jacent lorsqu’il s’agira de formaliser les opĂ©rations interpropositionnelles pour elles-mĂȘmes — de rechercher si aux structures d’ensemble des classes et des relations correspond quelque structure totale analogue sur le terrain interpropositionnel, c’est-Ă -dire dans des systĂšmes de propositions envisagĂ©es Ă  titre d’élĂ©ments non dĂ©composĂ©s. A cet Ă©gard, il n’est nullement Ă©vident que l’on ne puisse dĂ©duire les axiomes interpropositionnels de systĂšmes d’ensemble isomorphes aux systĂšmes intrapropositionnels : impossible sur le terrain de l’atomisme logique, cette mise en correspondance est au contraire vraisemblable sur celui des totalitĂ©s opĂ©ratoires. Nous verrons en particulier que la chose est rĂ©alisable en ce qui concerne le cĂ©lĂšbre « axiome unique » de Nicod, qui implique une structure de « groupement ». Mais, rĂ©pĂ©tons-le, une telle mise en relations ne compromet en rien l’autonomie de la logique des propositions : du point de vue formel, elle revient simplement Ă  montrer que cette logique comporte une « rĂ©alisation » ou un « modĂšle concret » possibles dans le domaine de la logique des classes, de mĂȘme qu’en axiomatique mathĂ©matique on montre qu’un systĂšme admet une rĂ©alisation arithmĂ©tique ; mais, du point de vue des filiations naturelles, la construction de ce modĂšle revient Ă  Ă©clairer le processus mĂȘme de la formalisation et les rapports entre les « formes » propres aux divers paliers du processus formalisa- ’ teur. On ne saurait nier qu’il y ait lĂ  un problĂšme intĂ©ressant la logique et non pas seulement l’épistĂ©mologie.

Mais il y a plus. On peut douter, depuis les beaux travaux de GĂŽdel sur l’impossibilitĂ© de dĂ©montrer la non-contradiction de l’arithmĂ©tique par des moyens tirĂ©s de cette discipline et de la logique seules, que la logique des propositions bivalentes suffise Ă  rendre compte du raisonnement par rĂ©currence (dans lequel PoincarĂ© voyait le plus caractĂ©ristique des raisonnements mathĂ©matiques). Or, on aperçoit d’emblĂ©e la parentĂ© entre cette question et les rapports Ă©ventuels du calcul des propositions avec des structures d’ensemble analogues Ă  celles du calcul intrapropositionnel. Supposons, en effet, que la structure des « groupements », c’est- Ă -dire une structure essentiellement « intensive » et Ă©trangĂšre Ă  la quantitĂ© extensive et numĂ©rique, suffise Ă  rendre compte des compositions propres Ă  la logique des propositions bivalentes. Une conclusion s’imposerait alors avec Ă©vidence : c’est que la logique des propositions bivalentes exprime simplement ce qu’il y a de commun

Ă  toutes les formes de raisonnement, non mathĂ©matiques aussi bien que mathĂ©matiques, et ne traduit donc pas ce qu’il peut y avoir de spĂ©cifique dans les modes d’infĂ©rence proprement mathĂ©matiques. Que l’on se rappelle maintenant les conclusions du chapitre IV selon lesquelles le nombre entier et les opĂ©rations numĂ©riques ne sont pas rĂ©ductibles sans plus aux opĂ©rations de la logique des classes intensives, mais suppose une combinaison sut generis des opĂ©rations de classes et des opĂ©rations sĂ©riales : le raisonnement par rĂ©currence Ă©tant l’expression mĂȘme des connexions inhĂ©rentes Ă  la succession numĂ©rique, on comprendra alors pourquoi il demeurerait irrĂ©ductible Ăą la logique des propositions bivalentes, au cas oĂč celle-ci serait par ailleurs rĂ©ductible aux mĂȘmes lois de « groupement » que la logique des classes et des relations intensives.

Il est donc d’un certain intĂ©rĂȘt, du point de vue d’une logique des totalitĂ©s opĂ©ratoires, de chercher Ă  dĂ©terminer avec quelque prĂ©cision les rapports entre le calcul des propositions et les groupements de classes et de relations, puisqu’il s’agit non seulement de savoir si la structure de groupement se retrouvera aussi sur le terrain interpropositionnel, mais encore d’expliquer, Ă  la lumiĂšre de ce fait, les limitations mĂȘmes de la logique bivalente Ă  l’égard des structures plus complexes.

§ 28. Les seize liaisons issues des combinaisons possibles de deux propositions

Soient deux propositions quelconques p et q. Elles peuvent ĂȘtre vraies (p) ou fausses (p). CombinĂ©es deux Ă  deux elles prĂ©senteront donc les quatre possibilitĂ©s suivantes :

(98) pq pq pq pq

Mais chacun de ces couples peut ĂȘtre lui-mĂȘme vrai ou faux, c’est-Ă -dire que chaque rĂ©union de deux propositions (p et q) ou (p et q), etc.-, donne lieu elle-mĂȘme Ă  deux nouvelles propositions : « Il est vrai que p et q sont vraies (Ă  la fois) » ou « il est faux que p et q soient vraies (ensemble) ». Si l’on dresse le tableau des arrangements

possibles pour un, deux, trois ou quatre des couples de (98), on a alors1 :

(99)

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13  | 14 15 16

pq — pq — pq pq — pq _ pq _ pq — pq — 

pq — pq — pq — — pq pq — — pq pq — — pq

pq — pq — pq — pq — — pq — pq — pq pq — 

pq — — pq pq — pq — pq — ~pq — — pq — ~pq

Notons d’emblĂ©e, pour faciliter la lecture de ce tableau que chaque colonne paire contient la nĂ©gation de l’arrangement contenu dans la colonne impaire prĂ©cĂ©dente, soit en (reprĂ©sentant cette nĂ©gation par une barre) :

(100) pq-, pq ;pq ; pq = 0 ; pq-, pq ; pq = pq ; etc.

On constate que, conformément à la formule connue des arrangements 22n on trouve 16 arrangements possibles pour n = 2 propositions : 1 comprenant les quatre couples vrais (colonne 1) ; 4 comprenant trois couples vrais (colonnes 3, 5, 7 et 9) ; 6 comprenant deux couples vrais (colonnes 11 à 16) ; 4 comprenant un seul couple vrai (colonnes 4, 6, 8 et 10) ; et 1 ne comprenant aucun couple vrai (colonne 2).

A dresser le mĂȘme tableau avec 3, 4, 5, etc., propositions (pqr ; pqrs ; pqrst ; etc.), au lieu des liaisons binaires (pq) envisagĂ©es ici, on obtiendra donc 256, puis 65.536, puis 4.294.967.296 arrangements possibles, etc. Mais, Ă  s’en tenir pour le moment aux liaisons binaires, ’ . il est remarquable que chacun des 16 arrangements du tableau (99) corresponde Ă  une opĂ©ration interpropositionnelle bien dĂ©finie et d’usage courant. Par exemple la colonne 3 correspond Ă  l’alternative (trilemme)∙, la colonne 4 Ă  la nĂ©gation conjointe, la colonne 7 Ă  l’implication, etc.

Or, pour procĂ©der Ă  l’analyse de ces seize opĂ©rations (ou, comme on dit aussi, de ces seize « opĂ©rateurs ») et pour dĂ©gager leurs significations

1. Ce tableau ne donne que les couples vrais et laisse en blanc les faux.

respectives, il est deux mĂ©thodes possibles. L’une consiste Ă  s’en tenir exclusivement Ă  leur « forme » interpropositionnelle. On montrera ainsi que la colonne 5, caractĂ©risĂ©e par les valeurs vraies pq, pq et pq (par opposition Ă  la valeur pq qui est fausse) reprĂ©sente 1’« incompatibilité » des propositions p et q : en effet si p et q ne peuvent ĂȘtre vraies ensemble, mais que chacune est vraie quand l’autre est fausse ou qu’elles sont toutes deux fausses, c’est donc qu’elles sont incompatibles. L’autre mĂ©thode consistera au contraire Ă  rendre compte de l’existence de ces seize arrangements binaires et de leurs significations respectives en faisant appel aux formes intrapropositionnelles que ces arrangements interpropositionnels recouvrent. Cette seconde mĂ©thode est Ă©trangĂšre au calcul des propositions comme telles, puisque ce calcul fait prĂ©cisĂ©ment abstraction du contenu de toute proposition. Mais elle n’en est pas moins lĂ©gitime Ă  titre d’analyse prĂ©alable et assure la liaison entre la logique interpropositionnelle et les opĂ©rations intrapropositionnelles dont elle est abstraite sous une forme rendue ensuite indĂ©pendante.

En effet, rien ne prouve a priori la nĂ©cessitĂ© que chacun des seize arrangements possibles de deux p. -opositions p et q selon leurs valeurs vraies et fausses comporte une signification logique diffĂ©renciĂ©e. Lorsque par exemple Serrus nous dit que ce nombre de 16 « pourrait ĂȘtre fixĂ© a priori par l’analyse combinatoire » et que le tableau est donc « exhaustif »1, on Ă©prouve quelque malaise Ă  subordonner les principes de la logique Ă  un calcul mathĂ©matique particulier. Sans doute ce calcul suffit-il Ă  prouver que le nombre des arrangements ne saurait dĂ©passer 16 ; mais il ne nous indique nullement pourquoi chacune de ces seize possibilitĂ©s revĂȘt une signification logique distincte.

Or, l’intĂ©rĂȘt d’une comparaison de ce tableau (99) avec la forme intrapropositionnelle servant de contenu Ă  chacun de ces seize arrangements est de nous montrer qu’il existe une correspondance bi-univoque et rĂ©ciproque entre chaque arrangement dĂ©terminĂ© de propositions et une forme Ă©galement dĂ©terminĂ©e d’emboĂźtement ou de non-emboĂźtement des classes rĂ©pondant aux propositions p et q.

A une proposition p on peut, en effet, toujours faire correspondre une fonction propositionnelle φ(^) ou <?(x, y) telle que les arguments x, confĂ©rant Ă  cette fonction une valeur de vĂ©ritĂ©, constituent

1. Traité, p. 18.

une classe P. Nous pouvons d’autre part, dĂ©finir la classe complĂ©mentaire P comme celle qui comprend les arguments confĂ©rant une valeur fausse Ă  φ(^), donc correspondant Ă  p.   En outre, nous appellerons « extension totale » T du systĂšme considĂ©rĂ©, la rĂ©union P + P comprenant tous les arguments1 correspondant aux valeurs p et p.   On aura de mĂȘme, pour les propositions q et q, les classes Q et Q, ainsi que l’extension totale T = Q + Q. Si les deux extensions totales T sont identiques, nous pouvons alors multipliĂ©r (selon les lois du groupement IV) les classes (P + P) par les classes (Q + Q), et nous obtenons le produit :

T = (P + P) × (Q + Q) = PQ + PQ + PQ + PQ

Cela posĂ©, il est clair que les seize arrangements du tableau 99 correspondent prĂ©cisĂ©ment aux seize arrangements dĂ©terminĂ©s par les emboĂźtements multiplicatifs de ce produit. C’est ainsi que l’ensemble de ces emboĂźtements PQ + PQ + PQ + PQ correspond Ă  la colonne 1 diT’tableau 99 : pq pq, pq, et pq ; les trois premiers d’entre eux2 PQ + PQ + PQ correspondent Ă  la colonne 3 : pq, pq et pq, etc. Et cette correspondance reste vraie quelle que soit la structure interne de ces classes (ensembles mathĂ©matiques ou classes « faiblement structurĂ©es » au sens de la dĂ©finition 11, etc.). Du point de vue de la thĂ©orie des ensembles, la classe ou extension

1. U est Ă  noter que la classe P comprend par dĂ©finition les arguments donnant une valeur fausse h la fonction φ(x) qui correspond Ă  la proposition p : il ne s’agit donc pas des arguments vĂ©rifiant une fonction propositionnelle Κ(x), etc., simplement diffĂ©rente de ç(x). Par exemple si la fonction considĂ©rĂ©e ç(x) s’énonce « x est une pomme », la classe P comprendra tout ce qui n’est pas une pomme, et non pas tout ce qui vĂ©rifie les fonctions distinctes de □(x), telles que ψ(x) = « j’aime les pommes », etc. Les deux significations ainsi caractĂ©risĂ©es peuvent d’ailleurs converger, mais il importe de les distinguer en cas d’ambiguĂŻtĂ©. D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, l’essentiel pour dĂ©terminer les classes P et P correspondant Ă  la vĂ©ritĂ© et Ă  la faussetĂ© d’une proposition p est de partir de la classe totale T servant de rĂ©fĂ©rentiel Ă  la proposition p et aux propositions q, r, etc. auxquelles elle est liĂ©e (cette classe totale ne se confond pas nĂ©cessairement avec 1’« univers du discours » et il y a au contraire toujours avantage Ă  la restreindre) : c’est alors en partageant cette classe T en classes complĂ©mentaires P et P que celles-ci sont bien dĂ©finies. Par exemple en une suite de relations A<B ;B<=C ;C< D
, si la proposition p exprime la relation A < B, la classe T sera constituĂ©e par l’ensemble des termes sĂ©riĂ©s ABC
, la classe P comprendra le seul terme A (qui est seul < B parmi les T), tandis que la classe P, correspondant Ă  p, sera formĂ©e de tous les termes B, C, D
, qui ne sont pas ≀ B parmi les T. La correspondance entre les propositions et les classes est donc aisĂ©e Ă  Ă©tablir dans le domaine des propositions portant sur des classes « faiblement » ou « semi-structurĂ©es » (dĂ©finitions 11 et 12). Quant aux propositions mathĂ©matiques en gĂ©nĂ©ral, l’exemple d’une logique aussi exigeante que la ‱ logique sans nĂ©gation » construite par Griss en vue de satisfaire l’intuitionisme de Brouwer (voir plus loin § 49) montre qu’il est possible d’exprimer toute nĂ©gation propositionnelle p par un rapport de diffĂ©rence fondĂ© sur la seule complĂ©mentaritĂ© (contrairement Ă  Griss, nous admettons_d’ailleurs la possibilitĂ© des classes nulles, tant pour P que pour P).

2. La classe PQ étant alors vide.

totale T correspondra Ă  l’ensemble rĂ©fĂ©rentiel considĂ©rĂ©, tandis que les 16 arrangements possibles (y compris O et T lui-mĂȘme) constitueront 1’« ensemble des parties » correspondantes [c’est-Ă - dire « Part. (T) » au sens de la dĂ©finition 31]. Mais il est Ă  noter que si l’on traduit ces classes P, Q, P et Q en langage d’ensembles on ne fait appel, en ces ensembles, qu’aux rapports d’inclusion et de complĂ©mentaritĂ©, c’est-Ă -dire aux relations entre la partie et le tout, par opposition Ă  la multiplication des Ă©lĂ©ments (« produit » des ensembles : voir § 23) ou aux rapports de « puissance » (dĂ©finition 31). Autrement dit, on ne dĂ©passe pas la structure de la quantitĂ© intensive, donc du groupement.

Or, de ce dernier point de vue, deux remarques s’imposent d’emblĂ©e. La premiĂšre est que, si les groupements de classes (et de relations) obĂ©issent exclusivement au principe de la partition dichotomique (complĂ©mentaritĂ©), il en est de mĂȘme de la dichotomie des classes P et P (oĂč P = T — P) ou Q et Q (oĂč Q = T — Q), ainsi que de la logique bivalente des propositions tout entiĂšre, qui ignore d’autres valeurs que le vrai p et le faux p (par opposition aux logiques polyvalentes dont nous parlerons au chapitre VIII). En second lieu le systĂšme multiplicatif des classes dont nous partons, soit (P + P) × (Q + Q) = PQ + PQ + PQ + PQ constitue un « groupement » de forme IV, c’est-Ă -dire de la forme que nous avons vu ĂȘtre la plus gĂ©nĂ©rale des groupements de classes. Ces deux remarques permettent d’entrevoir l’isomorphisme que nous trouverons (chapitre VI) entre les groupements intrapropositionnels et le groupement des opĂ©rations interpropositionnelles bivalentes.

Pour l’instant, nous allons simplement examiner une Ă  une chacune des colonnes du tableau 99 en lui faisant correspondre, pour en faire comprendre la signification, un « modĂšle » tirĂ© de la composition des quatre classes P, Q, P et Q. La traduction des propositions p et q dans ces modĂšles de classes reviendra donc Ă  donner comme <ΓrĂ©alisations » des propositions p et q des Ă©noncĂ©s de la forme « xeP » et « rreQ » (c’est-Ă -dire « a ; appartient Ă  la classe P », etc.) la proposition Ă©tant vraie (p) quand « ÊeP » est vrai, et fausse (p) quand « axP » est vrai. De plus nous choisirons chaque fois comme exemple un modĂšle tirĂ© de classes « faiblement structurĂ©es » (dĂ©finition 11), de maniĂšre Ă  faire voir que les modĂšles, les plus Ă©lĂ©mentaires possibles, suffisent Ă  constituer une rĂ©alisation complĂšte du calcul des propositions.

Introduisons, d’autre part, deux signes, dont nous nous servirons constamment dans la suite et que nous dĂ©finirons plus loin d’une maniĂšre plus approfondie : le signe (v) correspondant Ă  l’addition des classes (+) et le’’signe (‱) correspondant Ă  leur intersection ou partie commune ( × voir dĂ©finition 21). Ainsi (p √ q) correspondra Ă  (P + Q) et (p ‱ q) Ă  (P X Q), c’est-Ă -dire Ă  la partie commune PQ.

Exemple : Si P reprĂ©sente la classe des animaux marins et Q celle des VertĂ©brĂ©s, alors P+Q =les animaux marins et les VertĂ©brĂ©s et P ×Q = PQ = les VertĂ©brĂ©s marins. Si nous traduisons la chose en termes de propositions de la forme « zΔ(P + Q) » et « xΔ(PQ) », nous aurons alors p √ q = « a : est un animal marin ou un VertĂ©brĂ© (ou les deux) » et p ‱ q = « a : est un VertĂ©brĂ© marin ». Le signe (v) se lit donc « ou », dans le sens de « p est vraie ou q est vraie, ou toutes deux sont vraies » et le signe (■) se lit « et« dans le sens « p et q sont vraies Ă  la fois ».

I. L’affirmation complùte : (p * q)

On dĂ©signe ordinairement sous le nom de « tautologie » l’arrangement n° 1 (pq ; pq ; pq ; pq) qui

Fig. 19. — L’affirmation complùte.

(En cette figure, comme en toutes les suivantes, jusqu’à la figure 34, le cercle de gauche reprĂ©sente la classe P et le cercle de droite la classe Q.)

correspond Ă  une affirmation simultanĂ©e des quatre couples possibles entre p et q. Nous prĂ©fĂ©rons appeler cette opĂ©ration 1’« affirmation complĂšte », Ă©tant donnĂ© les nombreux sens distincts attribuĂ©s au terme de tautologie. De plus cet arrangement n’est en gĂ©nĂ©ral pas dĂ©signĂ© par un symbole particulier (sauf en un sens plus large). Nous emploierons au

contraire un symbole distinct (* ) pour, reprĂ©senter l’affirmation complĂšte en tant qu’opĂ©ration, car il nous sera indispensable dans la suite : l’expression (p * q) signifiera donc dĂ©sormais que p et q sont affirmĂ©es selon les quatre combinaisons pq, pq, pq et pq rĂ©unies.

Du point de vue des rapports entre classes, l’affirmation complùte (p*q) correspond à la multiplication bi-univoque :

(P + P) X (Q + Q) = PQ + PQ + PQ + PQ

(voir la figure 19). En termes de propositions, l’affirmation complĂšte s’écrira donc f

(101) (p*q) = (p ■ q)v (p ■ q)v (p ■ q) ∹ (p ■ q)

 

Exemple : Si p = « x est un VertĂ©brĂ© (P) » et si q = « x est pourvu de poumons (Q) » alors les quatre combinaisons suivantes peuvent ĂȘtre vraies : p ‱ q (= « x est un VertĂ©brĂ© pulmoné ») ; p ■ q (= « x est un VertĂ©brĂ© non pulmoné ») ; p ‱ q (= « x n’est pas vertĂ©brĂ©, mais est pulmoné ») ; et p ‱ q (= « x n’est ni VertĂ©brĂ© ni pulmoné »).

L’affirmation complĂšte est dite tautologique, indĂ©pendamment de son contenu, en ce sens qu’elle affirme simultanĂ©ment tous les cas possibles. Cela signifie donc que p et q ne sont ni incompatibles l’un avec l’autre, ni impliquĂ©s l’un par l’autre.

Exemple : Si p signifiait « x est MammifĂšre » et q = « x est pulmoné », la combinaison p ‱ q serait fausse, puisqu’il n’y a pas de MammifĂšres sans poumons : il n’y aurait donc pas « affirmation complĂšte » (p * q), mais implication.

II. La négation complÚte : (o)

L’opĂ©ration complĂ©mentaire de l’affirmation complĂšte, c’est-Ă -dire celle qui la nie, sera la « nĂ©gation complĂšte », telle que chacune des quatre combinaisons p ■ q\ p ■ q∙, p ■ q et p ‱ q soit fausse. La nĂ©gation complĂšte Ă©quivaudra donc Ă  un arrangement total quadruplement vide, que nous dĂ©signerons par le symbole (o) :

(102) (o) = (o) √ (o) √ (o) √ (o)

On désigne souvent cet arrangement du terme de « contradiction », mais nous ne saurions suivre

Fig. 20. — La nĂ©gation complĂšte.

cet usage, et cela pour deux raisons. La premiĂšre est qu’il s’agit d’une vĂ©ritable opĂ©ration, qui exprime non pas la contradiction en tant qu’état, mais le fait qu’une opĂ©ration en nie ou en « contredit » une autre (cf. une opĂ©ration directe et son inverse)1. La meilleure preuve qu’il s’agit d’une opĂ©ration est que la nĂ©gation complĂšte constitue la

nĂ©gation de l’affirmation complĂšte (la barre sur l’ensemble d’une expression signifie sa nĂ©gation).

(103) (p^q) = (p ‱ ?) ∹ (p ‱ y) ∹ (p ‱ ç) ∹ (p ‱ q) = (o) ∹ (o) ∹ (o) ∹ (o)

1. La nĂ©gation complĂšte joue alors le rĂŽle d’« opĂ©ration identique ». Voir § 39.

 

D’autre part, ce qu’on appelle couramment « contradiction » n’est en gĂ©nĂ©ral pas constituĂ© par la prĂ©sente liaison. Par exemple les deux propositions « x est un Mollusque » et « x est un VertĂ©bré » ne sont pas Ă  proprement parler contradictoires, mais incompatibles (voir V). La plupart des affirmations dites contradictoires sont des exclusions rĂ©ciproques et des incompatibilitĂ©s. C’est le cas notamment de l’expression usuelle du principe de non-contradiction (p ‱ p = o), qui est une exclusion rĂ©ciproque (voir XII) de p et de p !

III. La disjonction non-exclusive ou trilemme1 : (pvq)

Supposons maintenant que soient vraies les associations p ‱ q ; p ‱ q et

Fig. 21. — La disjonction non-exclusive.

p ‱ q, mais que p ‱ q soit fausse. L’arrangement ainsi constituĂ© entre p et q exprimera alors une alternative, mais Ă  trois branches, donc un trilemme : ou p est vraie, ou q est vraie ou toutes les deux sont vraies, mais il est exclu que l’un de ces trois cas soit faux. L’alternative correspond, en langage de classes, Ă  la rĂ©union de deux classes partiellement disjointes : PQ + PQ + PQ, avec exclusion de PQ. D’oĂč, en langage de propositions :

(104) (p ∹ q) = (p ‱ q) y (p . q) ∹ (p ‱ q)

Exemple (voir fig. 21) : Si P = les VertĂ©brĂ©s pulmonĂ©s et Q = les VertĂ©brĂ©s Ă  branchies,il existe des VertĂ©brĂ©s Ă  poumons sans branchies (PQ), des VertĂ©brĂ©s Ă  branchies sans poumons (PQ) et des VertĂ©brĂ©s rentrant dans les deux classes Ă  la fois (PQ), mais il n’existe pas de VertĂ©brĂ©s sans branchies ni poumons. Si p = axP, si q = ÊeQ (et si T = P + Q), on a bien alors p √ q, c’est-Ă -dire (p ‱ q) √ (p ‱ q) √ (p ‱ q}.

1.

 

IV. La négation conjointe : (p-q)

L’opĂ©ration complĂ©mentaire du trilemme (donc sa nĂ©gation) est constituĂ©e par l’affirmation de p ‱ q, puisque cette association est exclue dans l’opĂ©ration III.

L’affirmation de p ■ q (avec exclusion des trois autres possibilitĂ©s) se traduit par « ni p ni g ». En terme de classes, elle correspond donc Ă  la partie complĂ©mentaire de (PQ + PQ + PQ), c’est-Ă - dire Ă  (PQ) :

Fig. 22. — La nĂ©gation conjointe

Exemple : Si P = les Invertébrés pluricellulaires et Q = les Verté

brĂ©s, le produit PQ sera constituĂ© par les Protozoaires qui ne sont « ni P ni Q ». Si p = xzP et q = kQ, on a donc pour les Protozoaires, vĂ©ritĂ© de p ∙ ^q.

La nĂ©gation conjointe exprime ainsi la nĂ©gation de l’alternative :

(105) (p ‱ q) = (p ‱ ?) ∹ (p ‱ g) ∹ (p ‱ q)

c’est-Ă -dire qu’à elles deux elles donneraient une « affirmation complĂšte » : en rajoutant [v (p ■ g)] Ă  (p ‱ q) √ (p ‱ q) √ (p ■ q), on retrouve en effet la formule (101).

V. L’incompatibilité : (p|q)

Admettons maintenant que la premiĂšre association (p ■ q) fasse dĂ©faut : cela signifie alors que p est

incompatible avec q puisque la prĂ©sence de l’une de ces deux propositions n’est compatible qu’avec l’absence de l’autre :

(106) (p∣g)=(p ∙g) ∹ (p∙g) ∹ (p -q)

Exemple : Si p = « x est VertĂ©brĂ© (P) » et si q = « x est Insecte (Q) », la classe PQ reste vide, tandis que les P sont tous PQ, les Q tous PQ et qu’il existe

Fig. 23. — L’incompatibilitĂ©.

des PQ. Si les PQ n’existaient pas, c’est-Ă -dire si tous les animaux (T) Ă©taient VertĂ©brĂ©s ou Insectes, il n’y aurait alors pas seulement incompatibilitĂ©, mais « exclusion rĂ©ciproque » (voir XII).

 

VI. La conjonction : (p ‱ q)

La nĂ©gation de l’incompatibilitĂ© (opĂ©ration complĂ©mentaire) sera l’affirmation de (p ‱ q) puisque seulo

cette association est niée par (p\q) :

(107) (p∙q)=(p-q)^(p∙q)^(p∙q)

La conjonction (p ‱ q) est par dĂ©finition l’affirmation simultanĂ©e de deux propositions : « p et q Ă  la fois ».

Exemple : Si p = « x est un animal aquatique (P) » et q = « x est un Mam

mifĂšre (Q) », la conjonction (p ‱ q) sera vraie des CĂ©tacĂ©s et correspondra Ă  la seule classe PQ.

Fig. 24. — La conjonction.

VII. L’implication : (pz>q)

Si les conjonctions (p ■ q) ; (p ■ q) et (p ‱ q) sont vraies tandis que p ‱ q est fausse, il y a alors implication dans le sens (asymĂ©trique) « p implique q » :

(108) (p^ q) = (p ‱ q) ∹ (p ‱ q) ∹ (p ■ q)

En termes de classes l’implication correspond ainsi à l’inclusion P < Q, laquelle laisse vide la classe (PQ).

Exemple : Si p = « x est MammifÚre (P) » et q = « x est Vertébré (Q) », on a alors trois seuls cas vrais PQ (les MammifÚres qui sont tous Vertébrés),

Fig. 25. — L’implication.

PQ (les VertĂ©brĂ©s autres que les MammifĂšres) et PQ (les non MammifĂšres non VertĂ©brĂ©s). Mais la classe PQ est nulle parce qu’il n’existe pas de MammifĂšres non VertĂ©brĂ©s : la classe P est donc incluse en Q, d’oĂčp d q par exclusion de p ‱ q.

 

VIII. La non-implication : (p-q) ou (p =>q)

La nĂ©gation de l’implication est l’opĂ©ration p ‱ q complĂ©mentaire depz q, puisque

cette conjonction p ‱ q est la seule exclue par l’implication :

(109) p -q = p^q

= (p ■ q)y (p ‱ q)y (p-q)

Du point de vue des rapports entre classes, la non-implication correspond donc Ă  la classe PQ.

Fig. 26. — La non-implication.

IX. L’implication inverse : (p c q) ou (q □ p)

L’implication est une relation asymĂ©trique entre propositions (comme l’inclusion entre les classes) et l’implication (p ⊃ q) n’équivaut donc point Ă  (qz>p). On appelle ordinairement « implication inverse » l’opĂ©ration (q □ p), mais il s’agit ici d’une inversion dans le sens de la

Fig. 27. — L’implication invebse.

 

rĂ©ciprocitĂ© et non pas de la complĂ©mentaritĂ© simple ou nĂ©gation (en effet q □ p est compatible avec pz q bien que l’une des implications n’entraĂźne pas nĂ©cessairement l’autre, tandis que deux opĂ©rations inverses dans le sens de la complĂ©mentaritĂ© ou nĂ©gation sont la « nĂ©gation complĂšte » l’une de l’autre) :

(110) (p c q) = (q □ p) = (p . q) ∹ (p . q) y (p . q)

Le symbole (p c q) se lit : « p est impliquĂ© par g » et le symbole Ă©quivalent (q ⊃ p) se lit : « q implique p ». Pour illustrer la chose en termes de classes, il suffit de reprendre l’exemple de VII en intervertissant la signification des termes P et Q.

X. La non-implication inverse : (q^p) ou (p ■ q)

C’est l’opĂ©ration complĂ©mentaire de IX (sa nĂ©gation).

Soit :

(111) (q^p)

= (p ‱ q)v (p ■ q)v (p ■ q) = (P ■ q)

On constate que cette opĂ©ration constitue la rĂ©ciproque de VIII, la conjonction p ‱ q correspondant Ă  la classe PQ (voir fig. 28).

Fia. 28. — La non-implication.

XI. L’équivalence : (p = q) ou (p q)

Supposons maintenant que seules soient vraies les conjonctions p ‱ q et p ‱ q, tandis que p ■ q et p ‱ q restent fausses : cela signifie que quand p est vraie, q l’est aussi (conjonction) et que p est fausse q l’est aussi (nĂ©gation conjointe) : p est donc Ă©quivalent Ă  q. D’autre part, exclure p ‱ q etp-q signifie exclure la non-implication entre p et q ainsi qu’entre q et p : c’est donc affirmer que p et q s’impliquent rĂ©ciproquement, ce qui est une autre maniĂšre d’exprimer l’équivalence :

(112) (p = q) = (p ^q) = (p ‱ q) y (P ‱ q)

On peut donner comme modĂšle de classes le cas des classes prĂ©sentant les mĂȘmes Ă©lĂ©ments.

Fia. 29. — L’équivalence.

Exemple : P = les Protozoaires et Q — les InvertĂ©brĂ©s non pluricellulaires. D’oĂč, si p = wP, et si q = ƓQ, l’équivalence (p ‱ q) √ (p ‱ q) parce que les classes PQ et PQ sont vides.

Mais l’équivalence peut aussi correspondre Ă  une vicariance entre classes, comme nous le verrons plus tard. L’équivalence est symbolisĂ©e par les signes =, ≡ (en cas d’identitĂ©) et surtout Ɠ et est aussi

 

appelĂ©e « homologie ». Mais il est inutile de compliquer le vocabulaire et le symbolisme : l’équivalence entre proposition exprime, en effet, comme tout autre Ă©quivalence, la possibilitĂ© d’une substitution.

XII. La disjonction exclusive ou exclusion réciproque : (p^q)

La nĂ©gation de l’équivalence (c’est-Ă -dire sa complĂ©mentaire) est l’opĂ©ration qui affirmera la vĂ©ritĂ© de p ‱ q et de p ‱ q et niera celle de p ‱ q et de p ‱ q. Or, affirmer p ‱ q et p ■ q seuls, c’est exprimer l’exclusion rĂ©ciproque de p et de q : ou p est vraie, et q est fausse,

 

Fig. 30. — L’exclusion rĂ©ciproque. ?

 

ou rĂ©ciproquement. L’exclusion rĂ©ciproque est donc un dilemme, par opposition au trilemme (voir III). Aussi est-ce utile, lorsqu’il s’agit de distinguer le « ou
 ou »(le tiers Ă©tant exclu) du « ou
 ou
 ou les deux » (trilemme) de symboliser l’exclusion par un signe spĂ©cial (w par opposition Ă  v). Mais en pratique on se sert ordinairement du mĂȘme signe (v) pour les deux. Il ne s’agit cependant pas de la mĂȘme opĂ©ration, puisque l’exclusion rĂ©ciproque est une Ă©quivalence nĂ©gative et le trilemme une simple disjonction partielle (comprenant l’association p ‱ q). L’exclusion (w) correspond ainsi Ă  l’addition disjonctive des classes (fig. 30) et l’alternative (v) Ă  l’addition non disjonctive.

Exemple : Si P = les VertĂ©brĂ©s et Q =.les InvertĂ©brĂ©s, la classe totale T Ă©tant celles des Animaux, on a PQ et PQ, mais ni PQ ni PQ. Si p = xzP et q = aΔQ, la formule de l’exclusion est donc bien :

(113) (p^q) = (p∙q)^ (p-q)

ce qui contredit ou « nie complĂštement » l’équivalence (p ‱ ?) √ (p ‱ q).

XIII. L’affirmation de p : symbole p[q]

Admettons maintenant que les conjonctions (p ■ q) et (p ‱ q) soient seules vraies. Il y a dans ce cas simple affirmation de p conjointement avec soit q, soit q :

(114) p[ç] = (p ‱ q) ∹ (p ‱ q)

Exemple : Soit ainsi une classe P telle que P soit nulle : par exemple P = les animaux qui respirent (il n’y en a point d’autres) ; et soit Q = les ∣ animaux Ă  poumons. On a alors PQ + PQ, mais ni PQ ni PQ (si la classe totale est T = les animaux). D’oĂč si p = xΔP et q = xΔQ l’affirmation

= (P ‱ ?) v (P ∙ ÎČ)∙

Fio.31. — L’affirmation de p.  
Fig. 32. — La nĂ©gation de p.   Nous nous servons, contrairement Ă  l’usage, d’un symbole spĂ©cial pour cette opĂ©ration : p[y]. Nous en aurons, en effet, besoin dans la suite.

XIV. La négation de p : symbole p[q]

Inversement, si (p ‱ q) et (p ■ q) sont seuls vrais, par opposition Ă  (p ‱ q) et (p ‱ q), l’opĂ©ration revient Ă  nier p tout en affirmant q ou q :

(115) p[q} = (p ‱ q) (p ■ q)

Exemple : P = les Immortels, Q = les VertĂ©brĂ©s et Q = les InvertĂ©brĂ©s, la classe totale T Ă©tant celle des animaux. Seules alors les classes PQ et PQ sont non vides (fig. 32). D’oĂč si p = ∞Pet q = xΔQ, la proposition (115).

XV. L’affirmation de q : symbole q[p]

Si maintenant (p ■ q) et (p ‱ q) sont seuls vrais, Ă  l’exclusion de (p ‱ q) et de (p ■ q), il y a affirmation de q conjointement avec soit p soit p.   C’est l’opĂ©ration symĂ©trique du n° XIII. D’oĂč :

(116) g[p] = (p ‱ q) y (p ‱ q)

Le modÚle correspondant de classes est PQ + PQ.

XVI. La négation de q : symbole q[p]

Enfin, si (p-q) et (p-q) sont vrais, Ă  l’exclusion de (p ‱ q) et de (p ‱ q), il y a nĂ©gation de q. D’oĂč :

Fia. 33. — L’affirmation de q.
Fia. 34. — La nĂ©gation de q. (117) = (p ‱ q) √ (p ‱ q) *

Au total, on constate que les seize arrangements possibles au moyen des propositions p et q selon leurs valeurs de vĂ©ritĂ© et de faussetĂ© correspondent chacune Ă  une opĂ©ration interpropositionnelle distincte, Ă  signification bien dĂ©finie. On constate de plus que chacune de ces opĂ©rations admet la rĂ©alisation d’un modĂšle tirĂ© de la logique des classes et exprimant les propositions p et q sous la forme d’un Ă©noncĂ© d’appartenance (mĂȘme Ă  des « classes faiblement structurĂ©es » comme en tĂ©moignent nos exemples). Cette correspondance est bi-univoque ; elle est en outre rĂ©ciproque, puisque les arrangements possibles tirĂ©s de la multiplication des classes (P + P) × (Q + Q) = PQ + PQ + PQ + PQ sont Ă©galement au nombre de seize et que les opĂ©rations (v) et (‱) correspondent aux opĂ©rations (+) et ( X ). Ce sĂŽnt ces correspondances qui assurent aux seize opĂ©rations interpropositionnelles une signification concrĂšte.

§ 29. Les quatre liaisons d’une proposition avec elle-mĂȘme, les 256 liaisons ternaires et le problĂšme des liaisons d’ordre supĂ©rieur

A suivre l’ordre de succession que prescrit l’atomisme logique, nous eussions dĂ» commencer par parler des quatre liaisons dites « uninaires », qui sont les seules liaisons possibles d’une proposition avec elle-mĂȘme : pp ; pp ; pp et pp. Mais une proposition n’existe jamais Ă  l’état isolĂ©, logiquement pas plus que psychologiquement. Aussi n’en vient-on Ă  composer une proposition avec elle-mĂȘme

que par extension des liaisons binaires. D’oĂč les significations suivantes :

(118) p-p = p ; p-p = p ; -p = o∙ pvp = τ

oĂč p ‱ p est le symbole de la contradiction et oĂč p √ p = T exprime que « p ou p » est toujours vrai. Cette derniĂšre formule reprĂ©sente donc le principe du tiers exclu, principe fondamental de la logique bivalente (par opposition aux logiques polyvalentes qui s’élĂšvent Ă  un principe du nĂšme exclu).

Ces propositions comportent certaines compositions élémentaires :

’ (119) p = p ; = p ; etc.

c’est-Ă -dire qu’une double nĂ©gation est une affirmation, une triple nĂ©gation Ă©quivaut Ă  une nĂ©gation simple, etc.

Mais surtout, il est possible d’appliquer Ă  une seule proposition p les seize opĂ©rations binaires Ă©numĂ©rĂ©es prĂ©cĂ©demment. On aura alors : r

f-’P

(120) (p * p) = (pvp) (p | p)  = p (p c p) =p p[p]  = p

(o) = p ■ p (p ‱ p)  = p (p- p)  = o _ p[p]  = p

(pjp)=p (p^p)= (p = p)  = pv P p[p]  = P

(p- p) = p (p ■ p)  = o (pw p)  = o p[p]  = p

L’opĂ©ration (p w p) donne o parce qu’elle Ă©quivaut Ă  une exclusion, c’est-Ă -dire, en termes de classes, Ă  une addition des parties non communes, qui sont alors nĂ©cessairement nulles.

Cela dit, que sont maintenant les liaisons possibles entre trois propositions quelconques : p, q et r ? Il en existe 256, correspondant Ă  1’« ensemble des parties » d’un ensemble formĂ© de trois sous- ensembles P, Q et R et de leurs complĂ©mentaires ; ces 256 liaisons correspondent Ă©galement Ă  tous les arrangements ×que l’on peut tirer de la multiplication bi-univoque des classes :

(P + P) X (Q + Q) X (R + R)

Mais, s’il est encore intĂ©ressant de faire l’énumĂ©ration de ces 256 liaisons ternaires1, elle est d’autant moins indispensable qu’elle est, Ă  elle seule, incomplĂšte, puisque les liaisons entre quatre, cinq, six, etc., propositions conduisent rapidement Ă  des nombres astronomiques.

1. On la trouvera dans M. Boll, Manuel de logique scientifique.

Or, rien n’est plus propre Ă  faire apercevoir l’insuffisance de l’atomisme logique que cette seule considĂ©ration. Aucune dĂ©duction ne consiste en fait Ă  Ă©numĂ©rer au prĂ©alable les 4.294.967.296 arrangements possibles au moyen de cinq propositions pour en tirer ensuite les liaisons cherchĂ©es. Et pourtant l’axiome unique sur lequel Nicod a montrĂ© que l’on pouvait fonder la logique des propositions (voir § 35) utilise prĂ©cisĂ©ment cinq propositions. Il y a donc lĂ  un problĂšme : « les logiciens, dit Serrus, ont sur ce point des scrupules tout Ă  fait lĂ©gitimes. La logique a besoin d’un dĂ©nombrement complet. C’est seulement Ă  ce prix qu’elle peut constituer un systĂšme rigoureux, un systĂšme clos
 Il ne saurait y avoir de logique formelle qu’à cette condition »1. Mais tĂŽt aprĂšs, Serrus avoue que les logiciens sont « arrĂȘtĂ©s par la trop grande complication des combinaisons. Mais nous savons du moins que le dĂ©nombrement complet est possible, et cela suffit, en un sens »2. On ne saurait plus clairement concĂ©der que ce « dĂ©nombrement complet » est donc inutile. Quelle est alors sa signification ?

Dans le cas des liaisons ternaires, celui des systĂšmes de trois propositions unies au moyen de deux relations, on voit d’emblĂ©e que le nombre des combinaisons des vĂ©ritĂ©s et des faussetĂ©s caractĂ©risant 1’« affirmation complĂšte » n’est plus quatre, comme pour les liaisons binaires, mais huit, puisque chaque couple (p ‱ q) ; (p ‱ q) ; (p ■ q) et (p ‱ q) est Ă  associer soit Ă  r, soit Ă  r. D’oĂč :

(121) (p *q *r) = (p ■ q ‱ r) ∹ (p ‱ q ■ r) ∹ (p ‱ q ‱ r) ∹ (p-q-r) ∹ (p ■ q ‱ r) ∹ (p ‱ q ‱ r) ∹ (p ‱ q ‱ r) ∹ (p ‱ q ‱ r)

Or, dans ce cas, comme dans celui de la tautologie binaire, les associations en jeu correspondent à des combinaisons multiplicatives de classes. En effet, le produit de la multiplication :

(P + P) × (Q + Q) × (R + R)

est formé de huit classes :

(PQR) + (PQR) _+ (PQR) + (PQR)_

+ (PQR) + (PQR) + (PQR) + (PQR) dont chacune correspond à une association déterminée de la proposition 121 (voir fig. 35).

1. Op. cit., p. 46.

2. Ibid., p. 47.

4

On obtient alors les 256 liaisons ternaires en dĂ©taillant 1 arrangement Ă  huit associations vraies (c’est l’affirmation complĂšte de la proposition 121, correspondant aux huit classes de la figure 35), 8 arrangements Ă  sept ‱ associations vraies (correspondant Ă  sept quelconques des classes de la figure 35), 28 arrangements Ă  six associations vraies (correspondant Ă  six quelconques des classes de la figure 35), 56 arrangements Ă  cinq associations vraies, 70 Ă  quatre, 56 Ă  trois, 28 Ă  deux, 8 Ă  une seule association vraie (correspondant Ă  chacune des classes de la figure 35) et 1 Ă  aucune association vraie (« nĂ©gation complĂšte »).

Quant aux liaisons de quatre propositions (p, q, r et s) on les obtiendra en associant chacune des conjonctions de la proposi-

Fio. 35.

tion 121 Ă  s ou Ă  s, d’oĂč seize associations de base, qui correspondent Ă  nouveau Ă  une multiplication de classes :

(P + P) X (Q + Q) X (R + R) X (S + S)

Les arrangements possibles sont alors de 65.536 en termes de classes comme de propositions. .

La connaissance de, certains de ces arrangements ternaires et quaternaires est naturellement indispensable1, pour ce qui est en particulier des suites transitives, ainsi que des rĂšgles d’associativitĂ© [p √ g] √ r = p v [g √ r] ou de distributivitĂ©, etc. Mais, en ce qui concerne le « dĂ©nombrement complet », deux remarques permettent de substituer Ă  cet idĂ©al atomistique un autre idĂ©al qui cherchera la fermeture du systĂšme dans la structure de sa totalitĂ© et non plus dans l’énumĂ©ration, impossible en fait, de ses Ă©lĂ©ments.

1. En ce qui concerne le mécanisme des transformations ternaires, voir § 39, sous E.

 

En premier lieu, mĂȘme si l’on se place au point de vue d’une pure combinatoire, il convient de se rappeler que les combinaisons n’existent pas indĂ©pendamment des opĂ©rations qui les engendrent, . et que les opĂ©rations demeurent toujours les mĂȘmes. Si l’on compare les « affirmations complĂštes » correspondant Ă  une seule proposition (p √ p) Ă  deux propositions (p ■ q) √ (p ‱ q) √ (p ‱ g) √ (p ‱ q), Ă  trois propositions (voir proposition 121), Ă  quatre, etc., on constate dĂ©jĂ  que les seules opĂ©rations en jeu sont l’affirmation et la nĂ©gation combinĂ©es avec l’alternative (v) et la conjonction (■). Toutes les autres opĂ©rations consistant elles-mĂȘmes en des transformations de ces « affirmations complĂštes », il est donc clair que le nombre des termes ne change rien aux opĂ©rations elles-mĂȘmes. Le problĂšme de la logique formelle n’est donc pas de dresser un catalogue exhaustif des milliards d’arrangements possibles, comme s’il s’agissait d’espĂšces zoologiques dont l’inventaire prĂ©sente un intĂ©rĂȘt en lui-mĂȘme : il est de rĂ©duire les liaisons les unes aux autres et d’analyser leurs transformations comme telles. La question centrale est alors une question de totalitĂ© opĂ©ratoire et non plus de dĂ©nombrement atomistique.

En second lieu, si l’on peut rĂ©duire les formes ternaires, etc., Ă  des liaisons binaires et remonter de celles-ci Ă  celles-lĂ , le problĂšme essentiel est de dĂ©terminer la structure du systĂšme d’ensemble ainsi constituĂ©, que cette structure soit celle des rĂ©seaux, des groupes ou des groupements. Or la logique des classes et des relations nous a fourni un modĂšle acceptable : vaut-il encore dans le domaine des propositions ? Pour rĂ©soudre un tel problĂšme, il s’agit d’abord d’examiner comment les seize opĂ©rations binaires peuvent ĂȘtre ramenĂ©es Ă  quelques opĂ©rations fondamentales ; aprĂšs quoi nous chercherons si celles-ci sont gĂ©nĂ©ralisables lors de l’introduction de propositions nouvelles et si elles engendrent de ce fait des structures cohĂ©rentes susceptibles d’un Ă©largissement indĂ©fini, sans qu’il soit besoin de recourir au dĂ©nombrement comme tel de tous les arrangements possibles.

§ 30. Les transformations des liaisons binaires

Une thĂ©orie de la dĂ©duction ne saurait se satisfaire de l’existence de seize opĂ©rations distinctes sans essayer d’établir si elles ne constituent pas le rĂ©sultat de transformations successives relevant d’un systĂšme opĂ©ratoire unique. Nous avons d’ailleurs dĂ©jĂ  constatĂ©, au

cours de leur exposĂ©, que les opĂ©rations II, IV, VI
 sont les complĂ©mentaires, c’est-Ă -dire les inverses.au sens de la nĂ©gation, des opĂ©rations I, III, V
, ce qui indique d’emblĂ©e le rĂŽle de la rĂ©versibilitĂ© dans la constitution de ce systĂšme. Il doit donc exister d’autres transformations possibles. La question est alors de rĂ©duire les opĂ©rations les unes aux autres, et c’est ce qu’ont montrĂ© tous les auteurs. On a rĂ©alisĂ© cette rĂ©duction de façon explicite, en dĂ©gageant les lois de transformations d’une liaison Ă  une autre. On l’a effectuĂ©e aussi de façon implicite lorsqu’on s’est efforcĂ©, pour des raisons de simple Ă©conomie, de rĂ©duire le formulaire Ă  quelques signes essentiels permettant d’exprimer simultanĂ©ment plusieurs liaisons. Mais, s’il y a ainsi rĂ©duction possible, il importe de saisir qu’elle a ses limites, c’est-Ă -dire que mĂȘme en Ă©crivant toutes les opĂ©rations au moyen d’un seul symbole, comme Sheffer y est parvenu avec l’incompatibilitĂ© (|), il demeure une pluralitĂ© de fonctions opĂ©ratoires distinctes : directes, inverses, rĂ©ciproques, corrĂ©latives, identiques. Du point de vue d’une logique des totalitĂ©s ce n’est donc ni la diversitĂ© ni la rĂ©duction Ă  un symbole unique qui comptent en elles-mĂȘmes : ce sont les transformations comme telles et le systĂšme qu’elles constituent Ă  elles toutes.

I. L’affirmation complùte (tautologie) : (p*q)

On se rappelle (proposition 101) l’expression de l’affirmation complùte :

P* q = (P ’ q) ∹ (p ‱ q) ∹ (p ‱ q) ∹ (p ‱ q)

Or, on constate que, tout en pouvant symboliser cette opĂ©ration par un signe spĂ©cial (p*q), son expression entiĂšre consiste en conjonctions (‱), disjonctions (v), affirmations et nĂ©gations. La chose n’est pas spĂ©ciale Ă  l’affirmation complĂšte, puisque, au § 28, nous avons dĂ©jĂ  traduit chacune des seize opĂ©rations binaires dans ce mĂȘme langage.

Cette forme disjonctive (disjonction de conjonctions) que l’on peut ainsi donner Ă  l’affirmation complĂšte comme aux quinze autres opĂ©rations binaires est appelĂ©e « forme normale disjonctive » ou « premiĂšre forme normale ». L’idĂ©e de ramener toutes les opĂ©rations Ă  des « formes normales », c’est-Ă -dire homogĂšnes et donc comparables, est due Ă  E. SchrƓder et a Ă©tĂ© largement utilisĂ©e depuis, en particulier par Hilbert. Leur emploi est spĂ©cialement fĂ©cond dans les axiomatiques ou lorsqu’il s’agit de vĂ©rifier une dĂ©monstration : en mettant toutes les opĂ©rations sous forme de

disjonctions et de conjonctions, il est, en effet, facile de constater si le dĂ©veloppement en jeu contient des contradictions ou des tautologies. Hilbert a notamment montrĂ© que toute expression est tautologique quand, mise sous forme d’une suite de disjonctions p √ p √ q √ r
, deux termes de cette suite (ici p et p) sont de signes contraires1.

Mais il n’existe pas qu’une forme normale disjonctive : il en existe une « seconde », ou « forme normale conjonctive » qui consiste Ă  relier des disjonctions par des conjonctions : (p √ q) ‱ (p vy)∙(etc.). Nous verrons Ă  propos de la disjonction (III) quels sont ses rapports gĂ©nĂ©raux avec la forme disjonctive. Dans le cas de l’affirmation complĂšte, cette forme normale conjonctive est nulle : en effet, puisque l’affirmation complĂšte (p * q) exprime la totalitĂ© (ou somme) des combinaisons possibles, la partie commune (‱) des alternatives qu’elle rĂ©unit ne saurait qu’ĂȘtre nulle2.

II. La négation complÚte (contradiction) : (o)

La forme normale disjonctive de cette opération est (o). Quant à sa forme normale conjonctive, elle est donc :

(122) o = (p ∹ q) ‱ (p ∹ q) ■ (p ∹ q) ‱ (p ∹ q)

Reprenons, pour comprendre la chose, l’exemple que nous avons donnĂ© (§ 28, n° 1) de l’affirmation complĂšte : p = « x est VertĂ©brĂ© (P) » et q = « o : est pulmonĂ© (Q) ». Il est alors facile de voir qu’un Ă©lĂ©ment x qui serait Ă  la fois (‱) VertĂ©brĂ© ou (v) pulmonĂ©, et VertĂ©brĂ© ou non-pulmonĂ© et non-VertĂ©brĂ© ou pulmonĂ© et non-VertĂ©brĂ© ou non-pulmonĂ©, est inexistant. La proposition (122) exprime donc bien la nĂ©gation complĂšte dite contradiction ; de plus l’opĂ©ration correspondante de classes donne Ă©galement (o) : en effet (P + Q) x (P + Q) x (P + Q) x (P + Q) = o.

III. La disjonction non-exclusive ou trilemme : (p √ q)

Avec l’alternative (p √ q) nous sommes en prĂ©sence d’une liaison qui est d’un rendement opĂ©ratoire remarquable, Ă©tant donnĂ© son caractĂšre commutatif et complet. C’est bien pour cette raison que la disjonction permet, en collaboration avec la conjonction, la mise en formes

1. On dira, en effet, en logique des propositions, qu’une expression est tautologique quand elle est exacte pour n’importe quelle valeur des combinaisons de base (p, q, etc.). Par exemple l’axiome unique de Nicod (§ 35) est en ce sens une tautologie.

2. Serrusdonne comme forme normale conjonctive de la tautologie l’expression (p vq)∙(p vq)∙(p vq)∙(ρ vq). Mais c’est lĂ  une fĂącheuse erreur : il s’agit prĂ©cisĂ©ment en ce cas de la forme normale de la nĂ©gation complĂšte ou contradiction (voir II). D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, tout le tableau des formes normales conjonctives que fournit Serrus (p. 65) est Ă  inverser, sauf pour les opĂ©rations que nous numĂ©rotons XII-XVI.

normales de l’ensemble des liaisons binaires (et ternaires, etc.). Ses propres formes normales disjonctives et conjonctives sont1 :

(Cf. proposition 104) p ∹ q = (p ‱ q) ∹ (p ‱ q) ∹ (p ‱ q)

(123) (p √ q)

Il convient donc de donner, Ă  propos de l’alternative, un bref Ă©claircissement sur la portĂ©e gĂ©nĂ©rale des formes normales. Les deux pĂŽles extrĂȘmes entre lesquels s’étendent toutes les affirmations de la logique bivalente sont p ■ p Ă©quivalant Ă  o (principe de non-contradiction) et pvp Ă©quivalant Ă  tout (ou « toujours vrai », principe du tiers exclu) : ce sont ainsi une conjonction et une disjonction. On a par consĂ©quent cherchĂ© Ă  exprimer sous cette mĂȘme forme toutes les opĂ©rations interpropositionnelles. Or, l’entreprise a pleinement rĂ©ussi, et, indĂ©pendamment de ses avantages pratiques (simplicitĂ© et pouvoir de vĂ©rification), la construction des formes normales prĂ©sente un triple intĂ©rĂȘt thĂ©orique. En premier lieu, elle montre comment toutes les liaisons binaires consistent en dĂ©compositions de 1’« affirmation complĂšte » (p*q) ; nous reviendrons sur ce fait fondamental, qui montre d’emblĂ©e l’unitĂ© opĂ©ratoire du systĂšme. En second lieu, la rĂ©duction de toutes les opĂ©rations Ă  des disjonctions et conjonctions combinĂ©es prouve, comme nous y avons dĂ©jĂ  insistĂ©, la capacitĂ© de transformation des opĂ©rations les unes dans les autres ; mais c’est Ă  la condition de respecter la bipolaritĂ© des opĂ©rations directes et inverses, par combinaison des (v) et des (‱) avec les affirmations et nĂ©gations.

En effet, et c’est lĂ  le troisiĂšme intĂ©rĂȘt essentiel de la thĂ©orie des formes normales, ce dualisme manifeste l’existence d’un principe de rĂ©versibilitĂ© opĂ©ratoire : principe que nous croyons ĂȘtre celui de toute rationnalitĂ© et que nous retrouverons Ă  titre de mĂ©canisme essentiel du « groupement » unique des opĂ©rations interpropositionnelles. La rĂ©versibilitĂ© propre aux « formes normales » s’exprime selon une loi que la thĂ©orie des classes a mise en Ă©vidence dans son propre champ et que l’on a ensuite appliquĂ©e Ă  la logique des propositions, la loi de dualité :

RÈGLE DE DUALITÉ. — La nĂ©gation d’une forme normale s’obtient en substituant les nĂ©gations aux affirmations et. rĂ©ciproquement, ainsi que les conjonctions aux disjonctions et rĂ©ciproquement.

1. Voir l’exemple du § 28 sous III.

La loi de dualitĂ© fournit ainsi le moyen de procĂ©der Ă  une inversion immĂ©diate des opĂ©rations, et ce rĂ©sultat capital rencontre exactement la distribution des mĂȘmes opĂ©rations selon leur caractĂšre complĂ©mentaire, telle qu’elle a Ă©tĂ© exposĂ©e au § 28. Partons, pour illustrer la chose, de la forme normale conjonctive de la disjonction elle-mĂȘme, soit p √ q. Si nous appliquons la rĂšgle de dualitĂ©, nous obtenons p ‱ g, c’est-Ă -dire la nĂ©gation conjointe, qui est prĂ©cisĂ©ment (voir § 28 sous IV) l’opĂ©ration complĂ©mentaire de (p m q), donc son inverse : en effet ~p ■ q est celle des quatre associations de base (p ‱ q) √ (p ■ q) √ (p ‱ q) √ (p ‱ q) qui manque Ă  la forme normale disjonctive de la disjonction, soit (p ‱ q) √ (p ‱ q) √ (p ‱ q). On a donc :

(124) (pVq) = p∙q et (p ‱ q) = (p y q)

Exemple : Si je nie l’alternative « ou terrestre ou aquatique ou les deux (amphibie) » j’obtiens « ni terrestre ni aquatique (ni par consĂ©quent amphibie non plus) ». Et rĂ©ciproquement, il est exclus qu’un ĂȘtre vivant ne soit ni terrestre ni aquatique, il est l’un ou l’autre ou les deux.

De mĂȘme, si l’on applique la loi de dualitĂ© Ă  la forme normale disjonctive du trilemme (p √ q), on obtient :

(125) (p ■ q) y (p-q) y (p ■ q) = (p y q) ■ (p y q) ■ (p y q) = (p- q)

En effet l’expression (p √ q) ‱ (p √ q) ‱ (p √ q) est la forme normale conjonctive de la nĂ©gation conjointe (p ‱ q).

Partons du mĂȘme exemple (p √ q) = terrestre ou aquatique. On a alors : si je nie le trilemme « ou p ‱ q (terrestre et non aquatique) ou p ‱ q (aquatique et non terrestre) ou p ■ q (amphibie) « j’obtiens ^p∙q (ni terrestre ni aquatique) » par l’intermĂ©diaire de « à la fois p yq (non terrestre ou non aquatique) et p √ q (non terrestre ou aquatique) et p √ q (terrestre ou non aquatique ». La partie commune de ces trois dilemmes est, en effet, p ‱ q.

Un autre exemple d’application de la loi de dualitĂ© est celui qui relie les formules (101 et 122) de l’affirmation et de la nĂ©gation complĂštes :

(126) (p-q)y (p-q)y (p-q)y (p-q) = (pyq)-(pyq)∙(pyq)-(py q)

Le second membre de cette Ă©quation est bien identique Ă  l’expression (122), c’est-Ă -dire qu’il Ă©quivaut effectivement Ă  (o), complĂ©mentaire de (p*q).

Quant aux propriĂ©tĂ©s do la disjonction elle-mĂȘme, on a notamment :

(127) (pvg) = (gvp)

(128) (p ∹ q) ∹ r = p ∹ (q ∹ r) — (p ∹ q) ∹ (p ∹ r) = (p ∹ q y r)

(129) p ‱ (q ∹ r) = (p ■ q) ∹ (p ‱ r)

Exemples : Pour (127) « x est terrestre ou aquatique » = « x est aquatique ou terrestre ». Pour (128) si p = « x est un animal terrestre », q = « x est un animal marin » et r= « x est un animal d’eau douce », alors les diverses distributions du mot « ou » sont Ă©videmment Ă©quivalentes. Pour (129) les mĂȘmes significations de p,qetr donnent : « x est Ă  la fois terrestre et habitant soit la mer, soit les eaux douces » est Ă©quivalent Ă  « x est Ă  la fois terrestre et marin ou Ă  la fois terrestre et d’eau douce ».

Enfin les relations de la disjonction avec les autres opérations comprennent en particulier les importantes transformations suivantes :

(130) (p √ q) = (p | q)

En effet (p √ q) Ă©tant la nĂ©gation de p ‱ q, on a donc p √ q = p\q puisque l’incompatibilitĂ© (|) est la nĂ©gation de la conjonction (‱).

Exemple : Si une classe d’animaux possĂšde nĂ©cessairement des poumons ou des branchies (p √ q), l’absence de poumons (p) est incompatible, pour cette classe, avec l’absence de branchies (q), d’oĂč p\q.

(131) Pvq = p∖q

En effet, en vertu de (104), on à :

P √ q = (P ‱ q) √ (p ‱ 5) √ (p ‱ q) c’est-Ă -dire (p ‱ q) √ (p ‱ q) √ (p ‱ q), ce qui est la formule de l’incompatibilitĂ© (p\q).

Exemple : « Un ĂȘtre vivant ou bien n’est pas vertĂ©brĂ© (p) ou bien n’est pas invertĂ©brĂ© (g) ou bien n’est ni l’un ni l’autre » Ă©quivaut Ă  « ĂȘtre vertĂ©brĂ© est incompatible avec ĂȘtre invertĂ©bré ».

(132) (p vg) = (p⊃g) = (g⊃p)

Exemple : « a : est porteur de poumons, ou de branchies, ou des deux » signifie que pour x l’absence de poumons implique la prĂ©sence de branchies et l’absence de branchies implique la prĂ©sence de poumons.

(133) (pvq) = (p|?) =

Exemple : « Ou non-MammifÚre (p) ou Vertébré (q) » équivaut à « MammifÚre (p) est incompatible avec non-Vertébré (q) » et équivaut encore à « MammifÚre implique Vertébré ».

(134) (p vq) = (p\q) = q^p

MĂȘme exemple en intervertissant les significations de p et de q.

IV. La nĂ©gation conjointe : (p ‱ q)

La forme normale disjonctive en est simplement p ‱ q, tandis que la forme conjonctive est :

(135) P - q = (pvq) ■ (pvq) ■ (pv q)

On a dĂ©jĂ  vu (Ă  propos de 125) comment s’explique cette proposition 135.

La nĂ©gation de ces deux formes normales ramĂšne Ă  la disjonction, puisque la nĂ©gation conjointe est l’inverse de la disjonction et que l’inverse de l’inverse est l’opĂ©ration directe :

(136) (p ∹ q) ■ (p ∹ q) ■ (p ∹ q) = (p ■ q) ∹ (p ■ q) ∹ (p ■ q) = (p ∹ q) et

T∙l = pyq

(Voir pour des exemples les propositions 124 et 125 en les inversant.)

V. L’incompatibilité : (p\q)

Les deux formes normales dis- jonctives et conjonctives de l’incompatibilitĂ© nous sont connues par les propositions 106 et 131 :

p I q = (p ‱ q) ∹ (p ‱ q) ∹ (p ‱ q)
p\q = pvq

(Voir pour les exemples les propositions 106 et 131.)

Il est Ă  noter que cette Ă©quivalence (p∖q = pvq), qui constitue la rĂ©ciproque de l’équivalence pv q — p\q (proposition 130), confĂšre Ă  l’incompatibilitĂ©, vis-Ă -vis de la disjonction, un rĂŽle bien dĂ©terminĂ©, que nous appellerons par la suite la « rĂ©ciprocité ». En effet (p | q), c’est-Ă -dire (p √ q), n’est pas l’inverse de (p √ q), puisque cette inverse est p ‱ q : c’est la mĂȘme opĂ©ration que (p √ q), mais entre propositions niĂ©es (p et q). Il faut donc bien distinguer p √ q = p∙q et p yq = p\q (propositions 124 et 131).

Exemple : Si (p √ q) signifie « x a des poumons ou des branchies (ou les deux à la fois) », la négation (p √ q) signifie « sans poumons ni branchies »

(donc respirant par la peau), tandis que (p √ q) signifie « ou sans poumons ou sans branchies » (donc la prĂ©sence des poumons est alors incompatible avec celle des branchies, tous deux pouvant d’ailleurs faire dĂ©faut).

L’incompatibilitĂ© (p | q) Ă©quivaut, d’autre part, aux implications suivantes :

(137) (p∖q) = (p=>q) = (q^p)

Exemple : « Végétal incompatible avec animal » signifie que « x est végétal » implique « x est non-animal » et que « x est animal » implique « x est non-végétal ».

En effet, l’implication (p d q) Ă©quivaut en vertu de la proposition 108 (§ 28 sous VII) à :

(138) (p^q) = (p ∙q)y (p ∙q)y (p-q)

Exemple : « VĂ©gĂ©tal implique non-animal » implique que « x peut ĂȘtre vĂ©gĂ©tal et non-animal ou ni vĂ©gĂ©tal ni animal ou non-vĂ©gĂ©tal et non non- animal ».

Or, puisque p -q = p ■ q, cette expression (138) est identique Ă  p\q — p ‱ q √ p ‱ g vp ■ q. En outre, on peut retraduire l’expression (p □ q) en langage d’incompatibilitĂ©. DĂ© ce point de vue la nĂ©gation q est l’incompatibilitĂ© de cette proposition q avec elle-mĂȘme, soit (q = q\q). Quant Ă  l’implication (p^q), elle est l’incompatibilitĂ© de la proposition p avec la nĂ©gation de q puisque la non-implication (p □ q) Ă©quivaut Ă  (p ■ q). L’implication (p d q) s’écrira donc en langage d’incompatibilitĂ© p | (q | q). Il en rĂ©sulte que (p □ q) pourra se lire :

(139) p^q = [p∖(q∖q)l = (p\q) = p\q

Dans l’exemple choisi, ces transformations signifient : (vĂ©gĂ©tal implique non-animal) = (vĂ©gĂ©tal incompatible avec la nĂ©gation de la nĂ©gation d’animal) = (vĂ©gĂ©tal incompatible avec animal).

Ce qui nous ramùne à l’expression 137.

Le grand intĂ©rĂȘt de l’incompatibilitĂ© est, en effet, comme l’a dĂ©couvert Sheffer en 19131 de constituer une forme opĂ©ratoire Ă  laquelle toutes les autres sont formellement rĂ©ductibles. Ainsi la nĂ©gation s’exprimera, comme nous venons de le faire, par l’incom-

1. Transact. of Amer. Math. Soc., vol. XIV, p. 481-488.

patibilitĂ© d’une proposition avec sa propre affirmation, d’oĂč il dĂ©coule que l’affirmation sera l’incompatibilitĂ© d’une nĂ©gation avec elle-mĂȘme :

(140) p = (p | p) et p = [(p∖p)∖(p∖p)]

L’implication (p □ q) sera l’incompatibilitĂ© de la proposition p avec la nĂ©gation de q, ce qui s’écrira :

(141) (p^q) = [p∖(q∖q)] (= p\q)

Exemple : Insecte implique Invertébré = Insecte est incompatible avec non-Invertébré.

Dans le cas d’une liaison ternaire, telle que p ⊃(g ‱ r), on Ă©crira :

(142) PĂ·>(q∙ r) = p∖(q∖r}

puisque l’incompatibilitĂ© (q\r) est la nĂ©gation de (q ■ r).

Exemple : ÉlĂ©phant (p) implique MammifĂšre et VertĂ©brĂ© Ă  la fois = « x est Ă©lĂ©phant » est incompatible avec l’incompatibilitĂ© de MammifĂšre et de VertĂ©brĂ©.

L’équivalence Ă©tant une implication rĂ©ciproque relĂšve de la proposition 141 et l’identitĂ© sera l’implication d’une proposition par elle-mĂȘme :

(143) (pop) = [p∣(p∣p)] (=p|g)

La conjonction (p ■ q) Ă©quivaut Ă  la nĂ©gation de l’incompatibilitĂ© (p\q) :

(144) (p ‱ q) = [(plg)∣(p∣g)]

Notons Ă  cet Ă©gard que la conjonction d’une proposition avec elle-mĂȘme (p ‱ p) donnera alors (p∖p) | (p\p), ce qui nous ramĂšne Ă  (140), puisque (p ‱ p) — p. 

L’alternative (p √ q) est l’incompatibilitĂ© de p et de g (voir 130) :

(145) (P √ g) = [(p∣p)∣(g)g)]

L’exclusion rĂ©ciproque (p w g) sera l’incompatibilitĂ© de l’implication (p □ g) et de l’implication (g ⊃ p) :

(146) (P wg) = [p∣(g∣g)]∣[g∣(p∣p]

X

Quant Ă  l’affirmation complĂšte elle-mĂȘme, elle est l’incompatibilitĂ© de toutes les incompatibilitĂ©s entre p, q, p et q :

(147) (p*q) = [p∣y]∣[(y∣7)l⅛∣p)]1

Bref, toutes lĂšs liaisons uninaires et binaires sont exprimables en langage d’incompatibilitĂ©. Il en est de mĂȘme des liaisons ternaires, etc., mais avec naturellement une complexitĂ© croissante. Seulement, il est clair qu’une telle rĂ©duction Ă  un symbole unique n’implique en rien l’unicitĂ© de toutes les opĂ©rations. Il subsiste, en effet, d’un dualisme fondamental entre les opĂ©rations directes et inverses, bien que leur symbolisme soit alors renversé : p s’écrit en effet (p\p) et p oup s’écrit (p\p)|(p\p). De mĂȘme, si l’incompatibilitĂ© elle-mĂȘme, qui est une nĂ©gation, s’écrit p\q, l’implication qui est une affirmation s’écrit p∖(q∖q), c’est-Ă -dire p\q. Mais ce renversement d’écriture Ă  part, la traduction de toutes les opĂ©rations en langage d’incompatibilitĂ© conserve donc leur diversitĂ© fonctionnelle. Une telle traduction n’en prĂ©sente pas moins le grand intĂ©rĂȘt de mettre en Ă©vidence les substitutions possibles de l’une quelconque des seize opĂ©rations binaires Ă  une autre.

Notons, pour terminer, que la propriĂ©tĂ© essentielle de l’incompatibilitĂ© est la commutativité :

(148) (p∖q) = (q\p)

D’oĂč les doubles implications de la proposition 137. Par contre, il va de soi que p\q n’équivaut point Ă  p\q. En effet :

(149) p∖q = p^q et p∖q = q^pp

Voir la proposition 141 pour un exemple de p | q. Quant à (p I q) si non-uni- cellulaire (p) est incompatible avec protozoaire (5), alors protozoaire implique unicellulaire.

VI. La conjonction : (p-q)

La conjonction est l’inverse de l’incompatibilitĂ©, ou, si l’on prĂ©fĂšre, est l’opĂ©ration affirmative dont l’incompatibilitĂ© est la nĂ©gation. La forme normale disjonctive en est p ■ q ; et la forme normale conjonctive :

(150) (p ■ q) = (p ∹ q) ‱ (p ∹ q) ‱ (p ∹ q)

1∙. Le sens de cette proposition 147 est donc : (p*q) = [(p∣q) ∣(p ‱ q)]. En effet si l’on compose (p|q) avec (p ■ q) selon l’opĂ©ration ( ∣ ), on obtient :

[⅛ ■ « ) ∙ (P∣q) √ (p | q) ‱ (p ‱ q)] c’est-Ă -dire :

(p ‱ q) ∹ (p ‱ q) ∹ (p ■ q) ∹ (p ‱ q)

Exemple : Si p = « a : est MammifĂšre » et q = « z est aquatique », alors p ‱ q = « a : est Ă  la fois MammifĂšre et aquatique ». En ce cas, si x est Ă  la fois « MammifĂšre ou aquatique ou les deux [p √ q) », et « MammifĂšre ou non-aquatique ou les deux (p √ q) » et « non-MammifĂšre ou aquatique ou les deux (p √ q) », alors il ne peut ĂȘtre simultanĂ©ment « MammifĂšre et aquatique (p ■ q) ».

Si maintenant l’on nie (p ‱ q) ou le second membre de (150), par le moyen de la loi de dualitĂ©, on retrouve l’incompatibilitĂ© Ă  titre d’inverse :

(151) (p ‱ q) = (pvq) = (p\q) (voir proposition 131) et :

(152) (p ∹ ?) ‱ (p ∹ ÿ) ‱ (p ∹ q) = (p ‱ q) y (p ‱ q) ∹ (p ‱ q) = (p\q)

(Voir proposition 106.)

Exemple : Si x n’est pas à la fois Mammifùre et aquatique, alors il est l’un sans l’autre ou ni l’un ni l’autre.

Par contre si l’on nie les deux propositions d’une conjonction (p ‱ q) sous la forme (p ‱ q), on trouve une faussetĂ© conjointe, et si l’on nie cette nĂ©gation sous la forme (p ‱ f), on retrouve la conjonction (p ‱ q). Il faut donc distinguer (p ‱ q) et (p ‱ q) (proposition 151) : (p ‱ q) est l’inverse de (p ‱ q) dans le sens de sa nĂ©gation et (p ‱ q) est sa rĂ©ciproque, dans le sens gĂ©nĂ©ral que nous serons conduits Ă  attribuer par la suite Ă  la « rĂ©ciprocité » (§ 31). Quant Ă  la nĂ©gation de (p ■ q), soit (p ‱ q) on retrouve (p ‱ q) = (p √ q) (voir proposition 124).

La conjonction (p ‱ q) Ă©tant la nĂ©gation de l’incompatibilitĂ©, il en rĂ©sulte que la nĂ©gation de l’incompatibilitĂ© ramĂšne une conjonction :

(153) (pïq) =pvq = (p∙q)

Exemple : « x est MammifĂšre n’est pas incompatible » avec « x est aquatique » Ă©quivaut Ă  « il est faux que x soit ou non-MammifĂšre ou non-aquatique » et Ă©quivaut donc Ă  « x est Ă  la fois MammifĂšre et aquatique ».

Les relations de la conjonction avec l’implication sont :

(154) (p ‱ q)-= p^q = q^p

car (p d q) — (p ‱ q) = (p ‱ q) en vertu des propositions 108 et 109 et (q ^p) — (p ‱ q) = (p ‱ q) en vertu des propositions 110 et 111.

Exemple : « Si a : est Ă  la fois MammifĂšre et aquatique » il est faux que MammifĂšre implique non-aquatique et qu’aquatique implique non-MammifĂšre.

Inversement, on a :

(155) (p ‱ q) = (p ∹ q) = (p d q)

(Cf. proposition 133.)

Reprenons le mĂȘme exemple que pour la proposition 133 : « S’il est faux que x ne soit pas Ă  la fois MammifĂšre (p) et non-VertĂ©brĂ© (q) », alors il est « ou non-MammifĂšre (p) ou VertĂ©brĂ© (q) » : donc « x est MammifĂšre » implique « a : est VertĂ©bré ».

La transformation de (p ‱ q) en (p √ q) est donnĂ©e par la loi de dualitĂ©.

Notons enfin que la conjonction est commutative :

(156) (p ‱ q) = (q ‱ p) ; (p ‱ q) = (q ‱ p) ; etc.

Elle est distributive par rapport Ă  la disjonction (proposition 129), et par rapport Ă  elle-mĂȘme :

(157) [p∙(q∙ r)] = [(P ∙q)∙(p∙ r)]

On a, en outre :

(158) [p ‱ (q □ r)] c [(p ‱ q) □ (p ‱ r)]

Inutile de revenir sur son rÎle dans la loi de dualité.

VII. L’implication : (p □ q)

Les formes normales de l’implication sont (cf. proposition 108) :

p g = (p ‱ g) ∹ (p ‱ g) ∹ (p ‱ g)

(159) p d q = p √ q

Voir l’exemple de la proposition 108. Pour la proposition 159 il donne « ou bien x n’est pas MammifĂšre, ou bien il est VertĂ©bré ».

De ces formules on tire, par contraposition :

(160) p d q = q^p = q √ p

En effet si MammifĂšre (p) implique VertĂ©brĂ© (g), alors « si x est non- VertĂ©brĂ©, il est non-MammifĂšre », car les non-MammifĂšres P comprennent tous les non-VertĂ©brĂ©s (PQ) plus les VertĂ©brĂ©s non-MammifĂšres (PQ). D’oĂč qz> p.   De g□ p, on dĂ©duit (en vertu de 159) g √ p, c’est-Ă -dire g √ p (= p √ g).

De cette contraposition p ⊃ q = qz>^p on peut alors tirer :

(161) {p^>q) = {q^>p) = (p^q)

(Cf. proposition 132.)

En effetpzq donne q □ p en vertu de (160), d’oĂč q □ p, ces deux implications p □ q et q ⊃ p Ă©quivalent Ă  une disjonction en vertu de la proposition 159 (voir l’exemple donnĂ© Ă  propos de la formule 132).

On dĂ©duit de mĂȘme, de (160) et de (159), que :

(162) (p^q) = (q ?p) = (p √ q) = (p\q)

(Cf. proposition 137.)

(Voir l’exemple donnĂ© Ă  propos de 137.)

La proposition (159) p ⊃ q = p √ q a parfois Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e, notamment par Russell, comme exprimant l’implication Ă  titre de fait indĂ©pendamment de toute idĂ©e de rapport nĂ©cessaire entre p et q. Tel est le cas de l’implication « matĂ©rielle » ou donnĂ©e, Ă  laquelle on a opposĂ© l’implication « formelle » ou construite, appelĂ©e par Lewis, « implication stricte ». ConsidĂ©rons ainsi l’expression suivante, qui traduit la transitivitĂ© de la relation d’implication :

(163) [(P =>?) ’ ⅛=>r)] □ [p ⊃r]

Exemple : Gastropode implique Mollusque ; Mollusque implique Invertébré, donc Gastropode implique Invertébré.

Les implications (p d q) et (q d r) y sont donnĂ©es et sont donc « matĂ©rielles ». Par contre l’implication (p ⊃ r) est construite au moyen des deux premiĂšres et l’implication reliant (p □ r) Ă  [(p ⊃ q) ‱ (p d r)] prĂ©sente de la sorte un caractĂšre plus formel. Mais il n’existe en rĂ©alitĂ© entre les implications matĂ©rielle et stricte qu’une diffĂ©rence de modalitĂ© dans le sens de la plus grande nĂ©cessitĂ© formelle. Lewis dĂ©finit sans plus l’implication stricte par le fait que si p implique formellement q il est« formellement impossible » que l’on ait p ■ q. Il en rĂ©sulte, malgrĂ© Serrus1 (qui donne par erreur, pour l’implication, la forme normale conjonctive de la non-implication), que l’implication formelle elle-mĂȘme possĂšde la propriĂ©tĂ© (159). Ce n’est que dans le cas oĂč p est Ă©quivalent Ă  q (donc p § q ou p — q) que

1. Op. cit., p. 38.

la proposition 159 est, non pas fausse, mais insuffisante, car on a alors p w q, c’est-Ă -dire p = q. Nous y reviendrons Ă  propos de l’équivalence.

Quant aux relations entre l’implication et la conjonction, on a :

(164) p aq = p ■ q et P^q — p-ÿ

(voirpropositions 154et 155)parce qu’en raison delĂ  loi de dualitĂ© (p∙q) = (pyq) et que (p ‱ q) est la nĂ©gation de l’implication (voir VIII).

Nous avons dĂ©jĂ  Ă©noncĂ© les rapports de l’implication avec l’incompatibilitĂ©.

Notons encore les combinaisons ternaires exprimant la distribution de l’implication :

(165) [Pd(7=,Q] 3 [(P 3 ?) 3 (? ≡> Q]

(166) [p d (q ■ r)] c [(p □ q) ‱ (p d r)]

(167) [p d (q ∹ r)]  =  [(p d q)  ∹ (p □ r)]

(168) [P≡>(7=Q]  =  ⅛+)  = (p-’∙)]

(169) [p ∹ ⅛d r)]  =  [(p  ∹ q) □ (p ∹ r)]

Exemples : (165) « Le fait que x soit VertĂ©brĂ© implique que la possession de son crĂąne implique celle d’un systĂšme nerveux diffĂ©rencié » ⊃ (« x est VertĂ©bré » implique la possession d’un crĂąne) □ (« a : possĂšde un crĂąne » implique qu’il prĂ©sente un systĂšme nerveux diffĂ©renciĂ©).

(166) « Le fait que x soit Oiseau implique qu’il ait un bec et des plumes » c « le fait que x soit Oiseau implique qu’il ait un bec et le mĂȘme fait implique qu’il ait des plumes ».

(167) « Le fait que x soit Oiseau implique qu’il sache courir ou voler » = « le fait que x soit Oiseau implique qu’il sache courir ou le mĂȘme fait implique qu’il sache voler ».

(168) « Le fait que x soit VertĂ©brĂ© implique que la possession d’une colonne vertĂ©brale Ă©quivale Ă  la possession d’une moelle Ă©piniĂšre » = « le fait que x soit VertĂ©brĂ© implique la possession d’une colonne vertĂ©brale » Ă©quivaut Ă  « le mĂȘme fait implique la possession d’une moelle Ă©piniĂšre ».

(169) « x est aquatique, ou bien le fait qu’il soit terrestre implique qu’il ait des poumons » = « x est aquatique ou terrestre » implique qu’il soit aquatique ou qu’il ait des poumons.

L’implication, ainsi caractĂ©risĂ©e, soulĂšve un curieux problĂšme, ou plutĂŽt un problĂšme que l’on a curieusement compliquĂ© sur le terrain de l’atomisme logique, tandis qu’il trouve une solution simple sur le terrain des structures opĂ©ratoires d’ensemble. L’implication p ⊃ q signifiant la vĂ©ritĂ© de (p ‱ q) √ (p ‱ q) √ (p ‱ q), il s’agit, en

effet, d’expliquer pourquoi on peut avoir simultanĂ©ment p ∙ qetp∙ q tandis que l’on n’a pas Ă  la fois p ‱ q et p ‱ q. On explique en gĂ©nĂ©ral la chose en disant que le « faux implique le vrai » et on justifie cette formule bizarre en constatant que l’implication (p d q) reste vraie mĂȘme lorsque p est fausse (p). Notons que le paradoxe n’est pas spĂ©cial Ă  l’implication matĂ©rielle1 : on a rĂ©pondu Ă  ceux des auteurs qui croient pouvoir circonscrire ainsi la difficultĂ© que, sur le plan de l’implication stricte elle-mĂȘme, l’impossible implique le formellement nĂ©cessaire ; en effet, toute implication po q, formelle ou matĂ©rielle, implique la vĂ©ritĂ© simultanĂ©e de p ‱ q et de p ‱ q. Mais faut-il vraiment interprĂ©ter la conjonction p ■ q comme si elle Ă©quivalait Ă  p q (ce qui est incompatible avec p d q puisque po q = p √ q), ou comme si la logique avait Ă  envisager, Ă  cĂŽtĂ© d’implications vraies telles que « VertĂ©brĂ©s (p) implique Animal (q) », des implications fausses telles que « Caillou (p) implique Animal », de maniĂšre Ă  enrichir la proposition q de toutes les absurditĂ©s (p) qui peuvent lui ĂȘtre associĂ©es en plus de la vĂ©ritĂ© p ‱ ql Pourquoi donc, en ce cas, admettre la vĂ©ritĂ© simultanĂ©e de p ‱ q et de p ‱ q, ce qui signifie pourtant Ă  l’évidence que tous les p ne sont pas associĂ©s Ă  q ? Faut-il alors introduire un choix arbitraire entre les faussetĂ©s p, les unes impliquant q et les autres pas ; ou cette rĂ©partition p ‱ q et p ‱ q est-elle elle-mĂȘme susceptible de formulation cohĂ©rente ?

En rĂ©alitĂ©, la vĂ©ritĂ© simultanĂ©e de p ■ q et de p ■ q rĂ©sulte directement de la nature non rĂ©ciproque de l’implication, qui constitue une liaison asymĂ©trique par opposition Ă  l’équivalence p^q ou p = q : si l’on a p d q sans que l’on ait g d p, donc sans que p = g, c’est donc, par dĂ©finition mĂȘme (p⊃g = p∙gvp∙gvp∙g par opposition hpgg = p∙gvp∙g), que la proposition p n’est pas seule Ă  impliquer g, et que d’autres propositions, impliquant p, impliqueront aussi q ; mais toutes les propositions impliquant p n’impliqueront pas g, ce qui montre bien qu’il s’agit encore et toujours de vĂ©ritĂ©s et non pas de cette pseudo-rĂšgle dĂ©nuĂ©e de signification, selon laquelle le faux impliquerait le vrai. C’est ce qui ressort Ă  l’évidence de la traduction de l’implication en un modĂšle d’inclusions de classes : si P = les vertĂ©brĂ©s et Q = les animaux, alors PQ = les animaux vertĂ©brĂ©s et PQ = les animaux invertĂ©brĂ©s : dĂšs lors si p = xΔP et q —   rrΔQ, on a bien p ‱ q et p ‱ q vrais

1. Comme le soutient par exemple Serrus (voir p. 24, etc.).

sans qu’il faille admettre que p ‱ q soit une implication du vrai par le faux 1

Il en rĂ©sulte que si p □ q est vrai sans que la rĂ©ciproque q^ p le soit (donc qz>p), il existe au moins une proposition p’ qui est p’ = p ‱ q ou p’ d p ■ q et qui implique q : donc pzq implique p’ □ q. Dans l’exemple choisi oĂč p = « x est VertĂ©bré » etç=« Ê est Animal », on aura p’ □ q oĂč p’ = « x est un InvertĂ©bré ». La proposition p’ correspond donc, dans ses rapports avec p Ă  ce qu’est, pour l’inclusion A < B, l’inclusion complĂ©mentaire A’ < B, oĂč A’ = B — A.

La raison derniĂšre de cette difficultĂ© est donc que, contrairement aux liaisons symĂ©triques comme la conjonction, l’incompatibilitĂ©, l’exclusion rĂ©ciproque, etc., la liaison asymĂ©trique d’implication demeure incomplĂšte en sa forme : elle n’exprime pas tout ce qu’elle implique elle-mĂȘme, c’est-Ă -dire qu’elle laisse informulĂ©s certains rapports qu’elle sous-entend cependant nĂ©cessairement. En une incompatibilitĂ© (p|ç) ou en une disjonction (p √ q), la proposition p est seule Ă  ĂȘtre donnĂ©e comme prĂ©sentant la liaison considĂ©rĂ©e (|) ou (v) avec q : rien n’indique, dans l’expression mĂȘme de la liaison, qu’il intervienne d’autres propositions Ă  l’état implicite, et de (p|q) ou de (p √ q) l’on ne peut dĂ©duire sans plus l’existence d’une troisiĂšme proposition distincte de p (et de p) ou de q (et de q). Au contraire la liaison (p □ q) implique la distinction entre deux cas possibles pour p : celui oĂč p implique q et celui-ci oĂč p implique q. On rĂ©pondra qu’il s’agit de simples conjonctions : p ■ q et p ‱ q. Mais il y a plus : (p □ q) signifie, si l’on n’a pas aussi (q □ p), que p n’est pas seule Ă  impliquer q : il existe donc au moins une proposition p’ telle que (p’ = p ‱ q) et que (p’ □ q).

Rien ne montre plus clairement l’existence de cette proposition p’ que la traduction de (p ⊃ q) en la disjonction (p √ q) selon la proposition 159. En effet, Ă©crire (p √ q) pour (p ⊃ q), c’est Ă©noncer le fait qu’il y a trois possibilitĂ©s Ă  considĂ©rer : ou p ■ q ou p ‱ q (c’est-Ă -dire p ■ q) ou p ■ q. Ce sont bien les mĂȘmes possibilitĂ©s que contient dĂ©jĂ  (p ≡ q), mais le signe (v), qui exprime les trois branches d’un tri- lemme, introduit une symĂ©trie beaucoup plus explicite entre les conjonctions p ■ q et p ‱ q et les met ainsi sur un mĂȘme plan, par opposition Ă  (p d q) qui accentue l’association (p - q).

En conclusion, poser l’implication p ⊃ q, ainsi que son Ă©quivalence par rapport au trilemme p √ q, c’est bien affirmer l’existence de deux implications conjointes (p □ q) et (p’=>⅛ La liaison binaire d’im-

plication constitue donc, en fait, une expression abrégée dont la signification complÚte se réfÚre à une liaison ternaire :

(170) (p □ q) □ [(p □ g) ‱ (p’ □ g)] oĂč p’ = p ‱ g

Cette liaison ternaire entre deux implications et une conjonction exprime en rĂ©alitĂ© une Ă©quivalence entre g et (p √ p’) :

(171) [⅛3g)∙⅛’2g)]3bc⅛vp’)]

c’est-à-dire que :

(172) (p^g) □ [g = (p ∹ p’)]

Exemple : Si « x est Vertébré » implique « x est un Animal », alors « x est un Animal » équivaut à « x est un Vertébré ou un Invertébré ».

On trouve donc ici l’exact parallĂšle de ce qui se produit dans les opĂ©rations intrapropositionnelles, lorsque A < B signifie en rĂ©alitĂ© B = A + A’. On entrevoit donc l’importance des propositions 170 Ă  172 pour le « groupement » des propositions.

VIII. La non-implication : (p⊃g) ou (p ■ g)

Comme on l’a vu au § 28, l’implication fait partie d’un systĂšme de quatre opĂ©rations, comprenant elle-mĂȘme son inverse qui est la non-implication (p - g), sa rĂ©ciproque (g d p) et l’inverse de celle-ci (p ‱ g). L’inverse de p ⊃ g est, en effet, p ‱ g, seule conjonction exclue de :

p = g = (p ‱ g) ∹ (p ‱ g) ∹ (p ‱ g)

La forme normale disjonctive de p ‱ g est p ‱ g, tandis que sa forme normale conjonctive est :

(173) p3g = (p vg) ‱ (p vg) ‱ (pvg)

Exemple : Si p = « x est Insecte (P) » et q = « x est Reptile (Q) », la proposi- ’ tion 173 correspond Ă  (P + Q) X (P + Q) X (P + Q) = PQ. En effet (P + Q) x (P + Q) = PP + PQ + PQ + OJQQ) et (PP + PQ + PQ) X (P + Q) = O (PPP) + O (PPQ) +_O(PPQ) + PQ + O(PQQ) + PQ = O + O + O + PQ + O + PQ = PQ.

La proposition 173 résulte de la proposition 108 niée par la rÚgle de dualité :

(174) (p ‱ g) ∹ (p ‱ g) ∹ (p -q) = (pvq) ‱ (pvq) ‱ (p y q)

La conjonction p ‱ g est donc bien l’inverse de p d q.

IX. L’implication inverse : (pc ?) ou (pp)

Cette liaison a pour formes normales disjonctive et conjonctive :

(Cf. proposition 110) q c p = (p ■ q) ∹ (p ‱ q) ∹ (p ‱ q)

(175) pcq (= q^p) = p vq

Exemple : Si p — « x est VertĂ©bré » et q = « x est Oiseau », alors dire que p est impliquĂ©e par q signifie que « x est VertĂ©brĂ© et Oiseau ou VertĂ©brĂ© et non-Oiseau ou ni l’un ni l’autre ». Gela signifie aussi (175) que « ou x est VertĂ©brĂ© ou il n’est pas Oiseau ».

De pcq, c’est-à-dire donc de q ⊃ p on peut tirer (en <ertu de 160) :

(176) q^p^p^q

Exemple : Oiseau implique Vertébré = non-Vertébré implique non- Oiseau.

Il existe donc une relation remarquable entre les implications directe (p ⊃ q) et inverse (q d p) : l’une est l’inverse de l’autre, non pas au sens de sa nĂ©gation ou complĂ©mentaire, mais au sens de sa rĂ©ciproque. Nous pouvons donner ainsi un sens gĂ©nĂ©ral au terme de rĂ©ciprocitĂ© dont nous nous sommes servis dĂ©jĂ  pour caractĂ©riser les relations du trilemme (p √ q) avec l’incompatibilitĂ© (p\q = p y q) ou celles de la conjonction (p ‱ q) avec la nĂ©gation conjointe Çp ‱ q) : la rĂ©ciproque d’une opĂ©ration est la mĂȘme opĂ©ration, mais effectuĂ©e sur les propositions niĂ©es. Ainsi la rĂ©ciproque de (p √ q) est (p √ q — p\q) et celle de (p √ q) est Çp √ q) = (p √ q). Dans le cas de l’implication (p □ q), la rĂ©ciproque est donc (p □ q). Or (p □ q) Ă©quivaut prĂ©cisĂ©ment Ă  q o p (proposition 176). Inversement la rĂ©ciproque de (g a p) est (g d p) qui Ă©quivaut Ă  (p □ g) comme on l’a vu sous proposition 160.

Mais pourquoi ce terme de « rĂ©ciprocité » (Ă©tant entendu d’emblĂ©e que la rĂ©ciproque d’une opĂ©ration peut ĂȘtre fausse ou vraie quand cette opĂ©ration est vraie)? Rappelons d’abord que toutes les liaisons binaires peuvent s’exprimer sous la forme d’implications (comme d’ailleurs sous toutes les autres formes) : par exemple (p y q) = pjq et (q d p) ; (p | q) = (p o g) et (q ⊃ p) ; (p ‱ q) = (p ⊃ q), etc. Or, dans le cas de l’implication (poq), la rĂ©ciproque (p^q) n’est pas autre chose que la mĂȘme liaison (=>), mais avec permutation, soit des termes (q o p), soit du signe lui-mĂȘme (p c q). La rĂ©ciproque de « p implique ç » est donc « q implique p », ce qui rejoint le sens ordinaire du mot « rĂ©ciprocité ».

Mais il y a plus : quand la rĂ©ciproque d’une implication est vraie comme cette implication elle-mĂȘme, toutes deux constituent alors une « implication rĂ©ciproque » ou « équivalence », c’est-Ă -dire une double implication qui est donc symĂ©trique par opposition Ă  l’asymĂ©trie de (p □ q) et de (q d p) :

(177) ■ (ΓP)] = [? =

Autrement dit, le produit de la composition d’une implication et de sa rĂ©ciproque donne une Ă©quivalence, de mĂȘme que dans le cas des groupements de relations (chap. III), par opposition aux groupements de classes, le produit des opĂ©rations additives directes et inverses (inverses au sens prĂ©cisĂ©ment de la rĂ©ciprocitĂ©) donne l’équivalence. On comprend alors la valeur opĂ©ratoire que peuvent prendre les propositions 170 Ă  172 dans un groupement des implications : l’équivalence entre (p √ p1) et q comporte la possibilitĂ© de la double composition (p √ p’) d q et q d (p √ p’) qui caractĂ©rise la rĂ©versibilitĂ© de tout groupement.

X. La non-implication inverse : (pcç) ou (p ‱ q)

La nĂ©gation (c’est-Ă -dire l’opĂ©ration inverse au sens de la complĂ©mentaire) de l’implication inverse (q □ p) est l’expression (p ‱ q) dont la forme normale disjonctive est (p ‱ q) et la forme conjonctive :

(178)’ (pñq) = (p ∹ q) ■ (p ∹ q) ‱ (p vq) (= p ‱ q)

Exemple : Si p = « x est un Mollusque (P) » et q = « x est un Insecte (Q) », on a qz>p = p q parce que (P + Q) X (P + Q) X (P + Q) = PQ.

L’expression p ‱ q et la proposition 178 constituent bien la nĂ©gation de (p ‱ q) √ (p ■ q) √ (p ■ q) au sens de la complĂ©mentaire, puisque l’on a (rĂšgle de dualitĂ©) :

(179) (p ■ q)v (p ∙q)v (p -q) = (pvq) ‱ (p ∹ q) ‱ (p y q)

De plus (p ■ q) est la rĂ©ciproque de (p ■ q) (opĂ©ration VIII), puisque p -q = p ‱ q. Il en rĂ©sulte ce fait fondamental que, si la composition de deux implications donne une Ă©quivalence (177), la composition de deux non-implications donne une Ă©quivalence nĂ©gative, c’est-Ă -dire une exclusion rĂ©ciproque :

(180) (p ‱ q) ∹ (p ‱ q) = (p w q)

Il est important de saisir dĂšs maintenant la raison de ces compositions essentielles. Si nous joignons membre Ă  membre au moyen

dĂ© l’opĂ©ration (‱), qui est l’équivalent interpropositionnel de la multiplication (x), les formes normales disjonctives de l’implication (p □ q) et de sa rĂ©ciproque (g⊃p), nous obtenons :

(p ⊃ g) = (p ‱ g) ∹ (p ‱ g) ∹ (p ‱ g)

(181) (‱) (g 3 p) = (p ‱ g) ∹ (p ‱ g)j (p ‱ g)

(P=?) = (P-?) v(o)v(p∙g)

Les deux conjonctions (p ‱ g) et (p ■ g) sont, en effet, contradictoires entre elles, puisque (p ‱ p) = o et que (g ‱ g) = o. Mais elles sont en outre contradictoires, la premiùre avec (g d p), puisque p ‱ q est une non-implication inverse, et la seconde avec (p ⊃ g), puisque p ‱ g est une non-implication (directe).

Par contre, si l’on retient les conjonctions (p ‱ g) et (p ‱ g) pour les rĂ©unir l’une Ă  l’autre au moyen de l’opĂ©ration (v), la rĂ©union de ces deux non-implications donne l’équivalence inverse (p = g) et (g = p), c’est-Ă -dire justement l’exclusion (p w g) comme on l’a vu (proposition 180) :

(182) [(p ‱ g) v(p ‱ g)] = [(p = g) ∹ (g = p)] (=pwg)

Ainsi les deux implications (p □ g) et (g □ p), d’une part, et les deux non-implications (p ‱ g) et (p ‱ g), d’autre part, forment un systĂšme naturel qui s’exprime par la complĂ©mentaritĂ© de l’équivalence ou implication rĂ©ciproque (p = g), produit conjonctif (ou multiplicatif) des deux premiĂšres, et de l’exclusion rĂ©ciproque ou Ă©quivalence nĂ©gative (p w g), produit disjonctif (ou additif) des deux secondes.

XI. L’équivalence : (p = q) ou (p g g)

Cette opĂ©ration, dont nous venons dĂ©jĂ  de comprendre le caractĂšre essentiel d’implica- cation rĂ©ciproque, joue un rĂŽle fondamental dans la dĂ©duction, puisqu’elle assure le jeu des substitutions, tandis que les implications directe et inverse marquent la direction ascendante ou descendante du processus opĂ©ratoire.

Ses formes normales disjonctive et conjonctive sont :

(Cf. proposition 112) (p = g) = (p . g) ∹ (p ‱ g)

(183) (p  = g) = (p ∹ g) ‱ (p ∹ g)

En effet si p = « x est VertĂ©brĂ© (P) » et g : « x est possesseur de moelle Ă©piniĂšre (Q) », on a (P + Q) X (P + Q) = (O) + PQ + O + PQ, c’est- Ă -dire : (p ■ g) √ (p-q).

Par le fait de sa symĂ©trie, l’équivalence diffĂšre de l’implication simple (p □ q) en ce que, mise sous la forme d’une disjonction, elle ne donne pas seulement (p √ q) (cf. proposition 159), mais :

(184) (p = q) = (p wq) = (qwp)

Exemple : Si Vertébré équivaut à possesseur de moelle épiniÚre, alors il y a exclusion réciproque entre non-Vertébré et possesseur de moelle épiniÚre.

En effet, si p = q alors p =q, d’oĂč, si p w p, p w q.

L’équivalence est naturellement rĂ©flexive, commutative, transitive et associative.

XII. L’exclusion rĂ©ciproque : (p w q)

La relation (p w q) est en gĂ©nĂ©ral symbolisĂ©e au moyen de la disjonction (p √ q), dont elle reprĂ©sente le cas particulier dans lequel cette disjonction est exclusive. Elle prĂ©sente cependant, non pas seulement une signification bien diffĂ©rente (celle d’un dilemme et non pas d’un trilemme), mais encore des caractĂšres formels trĂšs distincts. Ses formes normales sont :

(Cf. proposition 113) (p w q) = (p ‱ q) ∹ (p ■ q)

(185) (p w q) = (p ∹ q) ‱ (p ∹ q)

Exemple : « Vivant exclut minĂ©ral » = « vivant et non minĂ©ral ou non vivant et minĂ©ral » = « à la fois (vivant ou minĂ©ral) et (non vivant ou non minĂ©ral) ». En effet (P + Q) × (P + Q) = (PQ + PQ).

Or, on remarque immĂ©diatement que ces deux formes normales constituent la nĂ©gation (par la rĂšgle de dualitĂ©) de celles de l’équivalence :

(186) (p ‱ q) ∹ (p ‱ q) = (p ∹ q) ‱ (p ∹ q)

et :

(187) (p ∹ ÿ) ‱ (p ∹ q) = (p-q)y(p-q)

La disjonction non exclusive a, au contraire, pour inverse (nĂ©gation) la nĂ©gation conjointe : p √ g = p ‱ q. En outre, contrairement au trilemme, l’exclusion rĂ©ciproque est entiĂšrement symĂ©trique. Toutes deux sont commutatives :

(188) (p w q) = (qw p) (cf. proposition 127)

mais la commutativitĂ© n’entraĂźne pas pour autant la symĂ©trie complĂšte du rapport (p √ q). En effet, la rĂ©ciproque de (p √ q) est

(p √ q), c’est-Ă -dire l’incompatibilitĂ© (p\q), tandis que la rĂ©ciproque de (p w q) est (p w q), c’est-Ă -dire Ă  nouveau (p w q) :

(189) (p w q) = (p ■ q) ∹ (p ‱ q) = (p ‱ q) ∹ (p ‱ q) = (p w q)

Or, la symĂ©trie complĂšte se dĂ©finit prĂ©cisĂ©ment par l’équivalence des opĂ©rations rĂ©ciproques entre elles.

Une autre diffĂ©rence essentielle entre l’exclusion et la disjonction non exclusive tient Ă  leurs rapports avec l’implication. Deux points sont Ă  noter Ă  cet Ă©gard. En premier lieu, tandis que le trilemme se traduit par la double implication (p √ q) = (p d q) = (q d p), sans que la proposition p Ă©quivale en ce cas Ă  q, ni q Ă  p, l’exclusion rĂ©ciproque donne :

(190) (p w q) = (p = q) = (q = p)

parce que les deux seules possibilitĂ©s vraies sont (p ■ q) et (p ‱ q). En second lieu, et en consĂ©quence de (190), l’équivalence (p = q) se traduit par (p w q) et non pas par (p √ q) comme l’implication (p d q). C’est ce que nous avons dĂ©jĂ  vu Ă  propos de l’équivalence (proposition 184).

XIII. L’affirmation de p : symbole p[q]

Formes normales :

(Cf. proposition 114) p⅛] = (p ‱ q) ∹ (p ‱ q)

(lξl) F⅛] = (P’v ?) ‱ (p ∹ q)

Exemple : « x est MammifÚre et aquatique ou MammifÚre et non aquatique » = (191) « x est à la fois MammifÚre ou aquatique et MammifÚre ou non aquatique ».

Cette opĂ©ration est donc la simple affirmation de p avec ou sans q. Il lui manque l’association (p ■ q) pour constituer une implication inverse (q □ p).

Sa rĂ©ciproque (p ‱ q) √ (p ‱ q) est identique Ă  son inverse (opĂ©ration XIV) Ă©tant donnĂ© qu’il s’agit ici d’une simple affirmation de p et qu’alors sa nĂ©gation joue le double rĂŽle d’inverse et de rĂ©ciproque.

XIV. La négation de p : symbole p[q]

Formes normales :

(Cf. proposition 115) p⅛] = (p ‱ q) ∹ (p ‱ q) et :

’(192) p⅛] = (p ∹ q) ‱ (p ∹ q)

Cette opĂ©ration est l’inverse de la prĂ©cĂ©dente, car :

(193) (p ‱ q) ∹ (p ‱ q) = (p ∹ q) ‱ (p ∹ q)

et :

(194) (p \t q) ‱ (p ∹ q) = (p ■ q) ∹ (p ■ q)

La réciproque de p[g] est également son inverse p[ÿ].

XV. L’affirmation de q : symbole q[p]

Formes normales :

(Cf. proposition 116) q [p] = (p ‱ q) ∹ (p ‱ q) et :

(195) ?[p] = (p yq) ‱ (p yq) ’‱

Il manque Ă  l’opĂ©ration ç[p] la conjonction (p ‱ q) pour en faire une implication directe (p d q).

XVI. La négation de q : symbole q[p]

Formes normales :

(Cf. proposition 117) q[p~] = (p ‱ q) ∹ (p ‱ q) et :

(lξξ) ?[p] = (P v ?) ‱ (P v ?)

La nĂ©gation des formes normales de q[p^∖ donnent cette mĂȘme opĂ©ration q[p^∖ :

(197) (p ■ q)y (p ■ q) = (pyq) ■ (py ?) et :

(198) (p ∹ ç) ■ (p ∹ q) = (p ‱ q) ∹ (p . q)

La rĂ©ciproque de q[p] est ç[p] ; la rĂ©ciproque est donc, ici Ă  nouveau, identique Ă  l’inverse.

§ 31. Les mécanismes opératoires fondamentaux de la logique interpropositionnelle bivalente

De l’énumĂ©ration qui prĂ©cĂšde, il s’agit maintenant de dĂ©gager un tableau des mĂ©canismes opĂ©ratoires essentiels, dĂ©terminant les transformations interpropositionnelles, et de les comparer avec ceux de la logique intrapropositionnelle.

Il est, en effet, trĂšs arbitraire de ramener les opĂ©rations interpropositionnelles Ă  un nombre quelconque sans justifier ce choix par une Ă©tude de leur structure d’ensemble : une avec Sheffer ( | ), deux

© ⅛ H

1

Opérations Formes normales disjonctives Formes normales conjonctives
a lté de Logique.

I. Affirmation complÚte (p*q) II. Négation complÚte (o) III. Disjonction (p √ q) IV. Négation conjointe (p -q) V. Incompatibilité (p\q)

VI. Conjonction (p ‱ q) VII. Implication (p □ q) VIII. Non-implication (p^q) IX. Implication inverse (p c q) 

.. X. Non-implication inverse (q □ p) XL Équivalence (p = q) XII. Exclusion [p w q) XIII. Affirmation p[g] XIV. NĂ©gation p⅛] XV. Affirmation ?[p] XVI. NĂ©gation g[p]

(p ‱ q) ∹ (p ‱ q) ∹ (p ■ q)v (p ‱ q) (o)

(p ‱ q) ∹ (p ‱ q) ∹ (p ‱ q)

(p ‱ q)

(P ‱ q) ∹ (p ‱ q) ∹ (p ‱ q)

(p ‱ q)

(p∙q)v (p ‱ ?) V (p . q)

(p ‱ q)

(p ‱ q) ∹ (p ‱ q) ∹ (p ‱ q)

(p ■ q)

(p-q)v (p ‱ q) (p∙q)v(p∙ q) (p∙q)v {p∙ q) (p∙q)v (p- q) (p-q)^ (p- q) (p-q)v (p- ?)

(Ă»)

(P ∹ q) ■ {p ∹ ) ‱ (p ∹ ç) ‱ (p ∹ ?) ( ’ v ?)

(p ∹ q) ‱ ( > v q) ‱ (p ∹ q) (pvq)

(pvq) ■ (pv q) ■ (pv q) (pvq)

(pvq) ■ (pvq) ■ (pv q) (pvq)

(pv q) ‱ (p V q) ‱ (p ∹ q) (pvq) ‱ (p ∹ q) (pv q) ‱ (p ∹ q) (P ∹ q) ‱ (p ∹ q) (pvq] ‱ (p V q] (pvq) ■ (pv q) (pvq) ‱ (pv q)

Table récapitulative des formes normales

avec Frege (— et ⊃), Russell (— et v) ou Brentano (— et ‱), etc.1. Il ne s’agit pas seulement, en ce genre de rĂ©ductions, d’une Ă©conomie de notations (avec d’ailleurs un effort inversement proportionnel demandĂ© au lecteur), mais d’une croyance courante en ce que Couturat appelait le caractĂšre « manifestement anthropomorphique » de la notion d’opĂ©ration : celle-ci rĂ©duisait, en effet, selon lui, Ă  une simple relation. Il est vrai que, depuis lors, une tendance opĂ©ra- tionaliste s’est manifestĂ©e en certains courants de la pensĂ©e logistique : on parlera ainsi des seize « opĂ©rateurs » binaires pour souligner leur capacitĂ© de se dĂ©ployer en opĂ©rations et on dĂ©signera mĂȘme souvent celles-ci du terme de « manipulations » (en langue anglaise). Mais la plupart des auteurs continuent d’assimiler l’opĂ©ration Ă  une simple relation. Or, si l’on caractĂ©rise l’opĂ©ration par sa propriĂ©tĂ© essentielle, qui est d’ĂȘtre une transformation rĂ©versible, une opĂ©ration se distingue aisĂ©ment d’une relation, puisque celle-ci constitue une rĂ©alitĂ© transformable et non pas la transformation elle-mĂȘme (cf. § 4 et dĂ©finition 9-10) ; le mĂ©canisme opĂ©ratoire n’a plus rien alors d’anthropomorphique : la rĂ©versibilitĂ© est, en effet, le critĂšre le plus profond et le plus gĂ©nĂ©ral de la rationalitĂ©, par opposition Ă  l’identitĂ© de l’ancienne logique, car l’identique n’est que le produit des opĂ©rations directes et inverses.

Or, si l’identitĂ© continue de sĂ©duire la plupart des logiciens, par opposition Ă  la rĂ©versibilitĂ© opĂ©ratoire elle-mĂȘme — seule source de non-contradiction et par consĂ©quent de cohĂ©rence — c’est qu’il existe en fait deux conceptions antagonistes de la vĂ©ritĂ© formelle. Cet antagonisme ne se traduit naturellement ni par des divergences dans les Ă©noncĂ©s symboliques eux-mĂȘmes, ni par leurs interprĂ©tations de dĂ©tail, mais par l’importance respective Ă  attribuer aux diffĂ©rents types de liaison, et notamment Ă  1’« affirmation complĂšte » (I) dite ordinairement « tautologie ».

A propos de la thĂ©orie de formes normales, Ch. Serrus dit, par exemple : « Les expressions valables peuvent donc toujours ĂȘtre traitĂ©es dans la tautologie. C’est lĂ  un fait dont il convient de dĂ©gager la signification. La tautologie n’est pas seulement la combinaison toujours vraie ; c’est la combinaison toujours vraie quelles que soient les valeurs qu’on attribue aux variables [
]. On lui doit les schĂšmes fondamentaux de la dĂ©duction, sans conditions restrictives  »,

1. Serrus distingue (TraitĂ©, p. 27) « cinq opĂ©rations fondamentales » sans que l’on comprenne en rien les raisons de ce nombre impair supĂ©rieur Ă  1 (ce qui exclut d’avance une rĂ©versibilitĂ© stricte l).

tandis que « chaque relation, la tautologie mise Ă  part, a apportĂ© des restrictions par les combinaisons qu’elle Ă©liminait [
]. Mais les formes (II-XVI) en apparence disparates, s’ordonnent et se commentent rĂ©ciproquement dans la tautologie. GrĂące Ă  elle, l’esprit du systĂšme pĂ©nĂštre dans la logique formelle [
]. Tous les assemblages et toutes les exclusions (qui sont d’ailleurs Ă  leur maniĂšre des assemblages) prennent un sens dans la tautologie, qui devient par lĂ  le symbole de la vĂ©ritĂ© totale1 ».

Si Ton nous permet une comparaison un peu osĂ©e, ce rĂŽle primordial (et d’ailleurs assez vague, tant que l’on ne fournit pas les lois prĂ©cises de l’inversion, de la rĂ©ciprocitĂ©, etc.) accordĂ© par Serrus Ă  la tautologie rappelle la maniĂšre dont le « moi absolu », dans le systĂšme de Fichte, se trouve obligĂ©, pour entrer en action, de se scinder en deux et de s’appuyer sur un « non-moi » prĂ©alablement dĂ©coupĂ© dans sa propre substance I En effet, si la tautologie exprime vraiment tout d’avance, on est cependant bien forcĂ©, pour dire quelque chose sans se contenter de dire « tout » Ă  la fois, de « tailler » en elle quelque rapport spĂ©cialisĂ©. Or, c’est justement ici qu’intervient l’opĂ©ration, si anthropomorphique soit-elle, c’est-Ă -dire relative au sujet agissant : elle introduit la vie et le mouvement au sein de la matiĂšre « tautologique » inerte, et substitue la dialectique Ă  l’affirmation absolue. De lĂ  deux conceptions possibles de la logique : une conception statique, qui conçoit toute opĂ©ration comme un appauvrissement de 1’« affirmation complĂšte » (opĂ©ration I); ou une conception opĂ©ratoire, qui conçoit cette « tautologie » comme la matiĂšre formelle sur laquelle le sujet travaille et qui rĂ©serve le qualificatif de « vĂ©ritĂ© totale » pour dĂ©signer le systĂšme de toutes les opĂ©rations elles-mĂȘmes, en tant que transformations mobiles et rĂ©versibles. De ce second point de vue, 1’« affirmation complĂšte » devient une opĂ©ration parmi les autres, d’oĂč l’on peut partir, mais Ă  laquelle on peut revenir ou parvenir Ă  partir des autres, la transformation reprĂ©sentant dans les deux cas la construction elle- mĂȘme. L’« affirmation complĂšte » n’est ainsi que la vĂ©ritĂ© simultanĂ©e des quatre conjonctions que l’on peut construire avec deux propositions, mais il ne s’agit lĂ  que d’une opĂ©ration particuliĂšre au sein des seize opĂ©rations que l’on peut engendrer avec ces deux propositions et leurs nĂ©gations ; de mĂȘme pour les huit conjonctions rĂ©alisables avec trois propositions, mais il ne s’agit alors que d’une des

1. Op. cit., p. 79-81.

opĂ©rations parmi 256 possibles ; de mĂȘme pour les seize conjonctions de quatre propositions, mais il y a alors 65.536 opĂ©rations possibles, etc. L’« affirmation complĂšte » (p*q) est alors l’opĂ©ration qui permet de passer de quatre conjonctions (ou de deux pour une seule proposition) Ă  huit, Ă  seize, etc.1 et non pas celle qui situe ces liaisons parmi les 16, 256, 65.536, etc., combinaisons possibles. En outre, elle ne permet pas Ă  elle seule de revenir de n
, 16, 8 Ă  4 et Ă  2 conjonctions, et il lui faut une inverse pour faire cette marche arriĂšre2. Enfin, pour la conception tautologiste, ces arrangements innombrables sont eux-mĂȘmes donnĂ©s d’avance Ă  titre de simple rĂ©sultat de combinaisons prĂ©existant dans l’affirmation complĂšte, comme si, pour construire une thĂ©orie dĂ©ductive, le sujet pensant et agissant commençait par jeter dans une urne toutes ses idĂ©es et par les mĂ©langer de maniĂšre Ă  en tirer ensuite l’ensemble des vĂ©ritĂ©s Ă  choix. Pour l’interprĂ©tation opĂ©ratoire, au contraire, ce ne sont pas les arrangements en nombre indĂ©fini qui importent Ă  l’esprit : c’est l’action mĂȘme, qui permet de passer des uns aux autres et qui constitue ainsi le systĂšme des transformations rĂ©versibles, seul objet d’étude d’une logique formelle digne de sa fonction constructive.

Cherchons donc maintenant, aprĂšs avoir dĂ©crit quelques-unes des transformations possibles parmi les combinaisons binaires, Ă  analyser leurs mĂ©canismes opĂ©ratoires fondamentaux. Quelques distinctions s’imposent tout d’abord. Partons d’une opĂ©ration quelconque, telle que (p √ q), envisagĂ©e sous sa forme normale disjonctive (p ‱ q) √ (p ‱ q) √ (p ‱ q).

Rappelons un exemple. Si p = « x est terrestre » et y = « z est aquatique », alors (p √ q) signifie « terrestre et non aquatique (p ■ q) ou aquatique et non terrestre (p ■ q) ou terrestre et aquatique Ă  la fois (p∙q= amphibie) ».

On peut alors transformer l’opĂ©ration en jeu de trois maniĂšres distinctes, toutes trois gĂ©nĂ©rales, et obtenir ainsi trois nouvelles opĂ©rations :

1° Son inverse : (p ∹ q) = p ‱ q

La nĂ©gation conjointe p . q signifiera, dans l’exemple choisi, ni terrestre, ni aquatique, ni par consĂ©quent amphibie non plus.

DÉFINITION 32. — L’inverse d’une opĂ©ration (par exemple p √ q) est la complĂ©mentaire par rapport Ă  l’affirmation complĂšte (p*q).

1. Voir plus loin § 39 sous B (Forme IV).

2. Voir également § 39, B (IV).

En effet, l’inverse de (p √ q) Ă©tant p ‱ q, on a :

(199) [(p ‘ q)v (p ∙q)v (p ■ q)]v ∙q] = [p*q^∖

On peut donc considĂ©rer l’inverse d’une opĂ©ration donnĂ©e comme Ă©tant sa nĂ©gation au sein de l’affirmation complĂšte :

(200) (pVq) = (p*q)∙ (p^^q) = (P ‱ q)

c’est-à-dire :

(200 bis) (pvq) = [(p ■ q) ∹ (p ■ q) ∹ (p ‱ q) ∹ (p ‱ ÿ)]

‱ [(F ‱ 9) ∹ (p ‱ q) ∹ (p ‱ y)] = [p ‱ ÿ]

Mais l’inverse s’obtient aussi, et cela revient identiquement au mĂȘme, par l’application de la rĂšgle de dualitĂ©, c’est-Ă -dire par substitution des affirmations aux nĂ©gations et rĂ©ciproquement ainsi que des (v) aux (‱) et rĂ©ciproquement : pvq = p ‱ q (voir § 30, sous III).

2° Sa rĂ©ciproque :pvq( — p\q), c’est-Ă -dire (p ■ q) √ (p ‱ q) √ (p ‱ q)

L’opĂ©ration (p √ q) exclut donc « amphibie » (p∙q), mais retient « terrestre et non-aquatique (p ■ q) » ou « aquatique et non-terrestre (p ‱ q) » ainsi que « ni terrestre ni aquatique (p ■ q) >>.

DÉFINITION 33. — La rĂ©ciproque d’une opĂ©ration (telle que p √ q) est la mĂȘme opĂ©ration, mais portant sur des propositions de signes inversĂ©s : (pvq dans le cas de p √ q).

Nous dĂ©signons cette transformation du nom de « rĂ©ciprocité » parce que, mises sous la forme d’implications, deux opĂ©rations rĂ©ciproques l’une de l’autre constituent des implications entre propositions permutĂ©es. C’est ainsi que p √ q = p □ q et p √ q = q ⊃ p. 

3° Sa corrĂ©lative, qui est (p ■ q) pour (p √ q) et rĂ©ciproquement.

Dans l’exemple choisi p ‱ q signifiera donc Amphibie.

DÉFINITION 34. — Nous appellerons « corrĂ©lative » d’une opĂ©ration l’opĂ©ration qui s’obtient en substituant, dans la forme normale correspondante, les (v) aux (‱) et rĂ©ciproquement, mais sans changer les signes.

La corrĂ©lative de (p ■ q) √ (p ‱ q) √ (p ‱ q) sera donc :

(p ∹ q) ■ (p ∹ q) ■ (p ∹ q)

ce qui correspond bien à (p ‱ q).

Toute opĂ©ration a donc une inverse (complĂ©mentaire), une rĂ©ciproque et une corrĂ©lative. Mais seules les inverses sont toujours distinctes l’une de l’autre, tandis que les rĂ©ciproques peuvent ĂȘtre

identiques entre elles ou aux inverses, de mĂȘme que les corrĂ©latives :

(1) Opérations directes : (2) Inverses de (1) (3) Réciproques de (1) (4) Corrélatives de (1)
III P v ? p ‱ q p\q p-q
V pl ? p ■ q pvq p ‱ q
VI p-q p\q p-q p^q
IV p ■ ? p^q p ■ q p\q
VII p3 ? p ■ q q^ p p-q
IX q^p p ■ q p^q p ■ q
VIII p ‱ ? p^q p-q q^p
X p-q q^p p ‱ q p^q
XI p = q pwq p = q pwq
XII pw q p — q p W q p = q
I p*q (°) p*q (o)
II (o) p*q (o) p*q
XIII p[?l p⅛] p[?l p[?l
XIV P⅛] P⅛] P⅛]
XV ?[p] ?[p] ?[p] ?[p]
XVI ?[p] ?[p] ?[pl ?[p]

 

A comparer les divers rapports donnés entre les inverses, les réciproques et les corrélatives, on constate que trois cas sont possibles :

Il existe d’abord un ensemble de huit opĂ©rations formant deux quaternes, dont chacun prĂ©sente sous forme distincte une opĂ©ration directe, une inverse, une rĂ©ciproque et une corrĂ©lative (ces termes Ă©tant naturellement relatifs, puisque chaque opĂ©ration est l’inverse de son inverse, la rĂ©ciproque de sa rĂ©ciproque et la corrĂ©lative de sa corrĂ©lative) :

(1) Directes (2) Inverses (3) Réciproques (4) Corrélatives
A. pv q p -q p\q p ‱ q
B. p^q p ‱ q q^p p ‱ q

 

Il existe ensuite un quaterne d’opĂ©rations dont les rĂ©ciproques sont identiques entre elles et les corrĂ©latives identiques aux inverses :

C ( (1) (2) (3) (4)
p = q pw q p = q p w q
p*q (o) p*q (o)

 

(1) (2) (3) (4)
d 5 p[?] p[ql
?l>] qĂŻpl

 

Enfin, un dernier quaterne d’opĂ©rations prĂ©sente des corrĂ©latives identiques entre elles et des rĂ©ciproques identiques aux inverses :

Ce sont ces quatre quaternes qui dĂ©terminent la structure rĂ©elle des opĂ©rations binaires. Le dernier de ces quaternes (D) consiste en opĂ©rations de simples affirmations et nĂ©gations. Le troisiĂšme (C) est constituĂ© par les Ă©quivalences additives, positive (p = q) ou nĂ©gative (p w q c’est-Ă -dire p = q), et multiplicatives, positive (p*q) ou nĂ©gative (o). Quant aux deux premiers quaternes (A et B), ce sont les seuls Ă  prĂ©senter des inverses, rĂ©ciproques et corrĂ©latives distinctes les unes des autres. Ce sont donc ces huit opĂ©rations qui joueront le rĂŽle dĂ©cisif (c’est-Ă -dire constructif) dans la dĂ©duction. Pour le mieux comprendre, examinons de plus prĂšs ces trois cas constituĂ©s par les quaternes A-B, par le quaterne C et par D :

A et B : OpĂ©rations inverses, rĂ©ciproques et corrĂ©latives distinctes. —   , Les deux premiers quaternes sont constituĂ©s par des opĂ©rations dont les formes normales disjonctives sont asymĂ©triques, parce que formĂ©es d’une seule ou de trois conjonctions. DĂšs lors, les opĂ©rations (1) dont la forme normale disjonctive prĂ©sente trois conjonctions (par exemple p √ q ou p d q) auront pour inverse (2) une opĂ©ration Ă  une seule conjonction (par exemple p ■ q ou p ■ q), et rĂ©ciproquement. Les rĂ©ciproques (3) prĂ©senteront donc aussi des formes normales disjonctives Ă  trois ou une conjonction, correspondant aux prĂ©cĂ©dentes (pvq pour p √ q-, p ■ q pour p ‱ q ; etc.). Les corrĂ©latives (4) seront alors les rĂ©ciproques des inverses, ou,.ce qui revient au mĂȘme, les inverses des rĂ©ciproques. Ce triple rapport entre les inverses, les rĂ©ciproques et les corrĂ©latives se traduira au total par un croisement entre les opĂ©rations (1), (2), (3) et (4), toutes quatre distinctes :

QUATERNE A

 

QUATERNE B

 

 

Tels sont les mécanismes opératoires transformant les huit opérations binaires asymétriques selon les diverses formes possibles de réversibilité.

C. OpĂ©rations inverses distinctes, mais opĂ©rations rĂ©ciproques identiques entre elles et opĂ©rations corrĂ©latives identiques aux rĂ©ciproques. — Parmi les opĂ©rations dont les formes normales disjonctives prĂ©sentent 0, 2 ou 4 paires de prĂ©positions (conjonctions), il y a encore lieu de distinguer entre celles qui prĂ©sentent une symĂ©trie selon les conjonctions (p ■ q) et (p ■ q), toutes deux vraies ou toutes deux fausses, et celles qui ne comportent pas cette symĂ©trie, c’est-Ă -dire qui transforment p indĂ©pendamment de q ou l’inverse. La symĂ©trie (p ■ q) et (p ■ q) entraĂźne alors l’identitĂ© des rĂ©ciproques entre elles, qui caractĂ©rise l’équivalence positive et nĂ©gative (p = q) et (p w q) ainsi que l’affirmation et la nĂ©gation complĂštes. En effet, la rĂ©ciproque de (p = q) = (p ‱ q) √ (p ‱ q) est (p ■ q) √ (p ■ q), c’est-Ă -dire Ă  nouveau (p = q) ; celle de (p w q) = (p∙q)v(p∙ q) est (p ‱ q) √ (p ‱ q), c’est-Ă -dire Ă  nouveau (p w q), etc. Les corrĂ©latives sont alors identiques aux inverses. Par exemple la corrĂ©lative de :

(p∙q)v(p∙q) ∹ (p ‱ q) v(p-q) = (p*q) est :

(P ∹ q) ‱ (p ∹ q) ‱ (p ∹ q) ‱ (p ∹ q) = o

QUATERNE G

 

et :

On constate qu’il n’y a plus croisement, puisque deux transformations seulement sont distinctes sur quatre. Par contre, la loi signalĂ©e au sujet de la rĂ©ciproque des inverses, dans les quaternes A et B, se vĂ©rifie encore : l’opĂ©ration (1) a pour inverse (complĂ©mentaire) une opĂ©ration (2), qui est la rĂ©ciproque de l’inverse (4) de la rĂ©ciproque (3) de (1) ; autrement dit les opĂ©rations rĂ©ciproques (1) et (3), qui sont identiques entre elles, ont pour inverses des opĂ©rations (2) et (4) qui sont elles-mĂȘmes rĂ©ciproques (et identiques entre elles).

D. OpĂ©rations rĂ©ciproques distinctes l’une de l’autre, mais identiques aux inverses, et opĂ©rations corrĂ©latives non distinctes entre elles. —   Il reste enfin les opĂ©rations ignorant la symĂ©trie (p ‱ q) et (p ■ q), c’est-Ă -dire transformant p indĂ©pendamment de q ou l’inverse :

QUATERNE D

Le rapport d’inversion se confond donc ici avec celui de rĂ©ciprocitĂ© puisqu’il s’agit, en ces opĂ©rations, de simples affirmations ou nĂ©gations. Il s’ensuit l’identitĂ© des corrĂ©latives entre elles. En effet, la corrĂ©lative de p[Ăż] = (p ‱ q) √ (p ‱ q) est (p √ q) ‱ (p √ q), ce qui donne Ă  nouveau p(q] ; etc. (voir propositions 191, 192, 195 et 196). NĂ©anmoins la loi Ă©noncĂ©e Ă  propos de la rĂ©ciproque des inverses se vĂ©rifie encore : l’opĂ©ration (1) a pour inverse (2) la rĂ©ciproque de l’inverse (4) de sa propre rĂ©ciproque (3) ; autrement dit, l’opĂ©ration

 

directe (1) et sa rĂ©ciproque (3) ont respectivement pour inverses deux opĂ©rations (2) et (4), qui sont elles-mĂȘmes rĂ©ciproques l’une de l’autre. Mais, dans ce cas D, l’inverse et la rĂ©ciproque sont identiques entre elles, de mĂȘme que les corrĂ©latives ; seulement les rĂ©ciproques sont distinctes l’une de l’autre puisqu’elles coĂŻncident avec les inverses.

On se trouve donc en prĂ©sence d’une premiĂšre loi gĂ©nĂ©rale de la logique interpropositionnelle, que nous proposons d’appeler la « loi de la double rĂ©versibilité » et que l’on peut dĂ©montrer comme suit :

HypothĂšses et dĂ©finitions. — Soit T = quatre conjonctions de propositions, telles que l’on ait (p ■ q) √ (p ‱ q) √ (p ■ q) √ (p ‱ q), c’est-Ă -dire une « affirmation complĂšte » (ou « tautologie »). Soit (1) une opĂ©ration quelconque, formĂ©e de n conjonctions distinctes, choisies parmi les prĂ©cĂ©dentes, donc n < 4 (par exemple zĂ©ro ou trois). Une opĂ©ration (2) sera dite inverse (ou complĂ©mentaire)1 de (1) parce qu’elle comportera T— n conjonctions distinctes les unes des autres et distinctes de celles de (1). Une opĂ©ration (3) sera dite la rĂ©ciproque2 de (1) et rĂ©sultera de la nĂ©gation des propositions intervenant en (1) : elle prĂ©sentera donc le mĂȘme nombre de conjonctions que (1), distinctes les unes des autres et correspondant bi-univoquement aux n conjonctions de (1), mais sans en ĂȘtre nĂ©cessairement distinctes. Enfin, l’inversion des signes de (2) donnera une opĂ©ration (4), formĂ©e du mĂȘme nombre (T — n) de conjonctions que (2), distinctes les unes des autres, correspondant bi-univoquement aux T — n conjonctions de (2), mais sans ĂȘtre nĂ©cessairement distinctes de ces derniĂšres3.

ThéorÚme I (loi de la double réversibilité)

Les inverses de deux opĂ©rations rĂ©ciproques sont elles-mĂȘmes rĂ©ciproques et les rĂ©ciproques de deux opĂ©rations inverses l’une de l’autre sont elles- mĂȘmes inverses.

corollaire. —   L’inverse de la rĂ©ciproque d’une opĂ©ration est identique Ă  la rĂ©ciproque de son inverse.

Il s’agit d’abord, de dĂ©montrer que l’opĂ©ration (4), qui est par hypothĂšse la rĂ©ciproque de (2), c’est-Ă -dire de l’inverse de (1), est nĂ©cessairement l’inverse de (3), c’est-Ă -dire de la rĂ©ciproque de (1). Or, la transformation de (1) en (3) s’obtient par simple interversion des affirmations (p ou q) et des nĂ©gations (p ou “). Il en est de mĂȘme de la transformation de (2) en (4). D’autre part, la rĂ©union des conjonctions inhĂ©rentes aux opĂ©rations (1) et (2) donne quatre conjonctions distinctes, dont la somme Ă©gale T, puisque (1) = n conjonc-

1. Cette dĂ©finition de l’inverse coĂŻncide avec la dĂ©finition 32 adoptĂ©e plus haut.

2. Cette définition de la réciproque coïncide avec la définition 33.

3. Cette dĂ©finition de l’opĂ©ration corrĂ©lative (4) ne fait pas appel Ă  la dĂ©finition 34.

tions et (2) = T — n conjonctions. Ces quatre conjonctions seront distinctes, puisque les conjonctions intervenant en (1) et en (2) sont toutes distinctes les unes des autres : leur rĂ©union Ă©quivaudra donc Ă  1’« affirmation complĂšte » sous sa forme initiale T. Mais alors il en sera de mĂȘme des conjonctions intervenant dans les opĂ©rations (3) et (4), puisque seuls les signes (p et p ; q et q) sont intervertis en passant de (1) Ă  (3) et de (2) Ă  (4) : la rĂ©union des opĂ©rations (3) et (4) donnera donc Ă©galement quatre conjonctions distinctes ; cette rĂ©union Ă©quivaudra Ă  nouveau Ă  T puisque la rĂ©ciproque d’une « affirmation complĂšte » est encore une « affirmation complĂšte ». L’opĂ©ration (4) est donc l’inverse de (3) puisqu’elles sont complĂ©mentaires sous T.

De plus, deux opĂ©rations quelconques Ă©taient ainsi l’inverse l’une de l’autre lorsque leurs rĂ©ciproques le sont, il en rĂ©sulte que deux opĂ©rations (b) et (d), inverses de deux opĂ©rations rĂ©ciproques l’une de l’autre (a) et (c), sont nĂ©cessairement elles-mĂȘmes rĂ©ciproques. En effet, la rĂ©union des conjonctions comprises en (a) et en (b) Ă©quivaut alors Ă  T et il en est de mĂȘme des conjonctions comprises en (cj et en (d), la rĂ©ciproque de T demeurant T lui-mĂȘme : l’opĂ©ration (d) sera donc la rĂ©ciproque de (b) comme (c) l’est de (a), puisque (d) comprend les conjonctions manquant Ă  (c) et (b) celles qui manquent Ă  (a).

Remarque. —   La dĂ©monstration qui prĂ©cĂšde est indĂ©pendante du caractĂšre distinct des opĂ©rations rĂ©ciproques et inverses, ainsi que de celui des opĂ©rations rĂ©ciproques entre elles (les inverses sont par contre nĂ©cessairement distinctes). Elle ne fait appel qu’à l’identitĂ© de 1’« affirmation complĂšte » et de sa rĂ©ciproque : or, cette identitĂ© est Ă©vidente, puisque cette opĂ©ration comprend par dĂ©finition toutes les conjonctions possibles et qu’en intervertissant tous les signes on ne change alors rien Ă  l’ensemble.

Dans ce qui prĂ©cĂšde nous n’avons pas introduit la dĂ©finition de l’opĂ©ration « corrĂ©lative » en tant que rĂ©sultant de la substitution des (v) et des (‱) dans la forme normale envisagĂ©e (dĂ©finition 34). Il s’agit donc maintenant de prouver que la corrĂ©lative (caractĂ©risĂ©e selon cette dĂ©finition 34) est bien la rĂ©ciproque de l’inverse ou (ce qui revient donc au mĂȘme) l’inverse de la rĂ©ciproque, et de rendre compte des diffĂ©rentes formes, distinctes ou non, de corrĂ©latives.

DÉFINITION —   Introduisons maintenant cette dĂ©finition 34 : une opĂ©ration Ă©tant donnĂ©e sous sa forme normale disjonctive ou conjonctive, sa « corrĂ©lative » sera l’opĂ©ration rĂ©sultant de la substitution de (v) aux (‱) et rĂ©ciproquement, sans modification du signe des propositions.

ThéorÚme II (corrélativité)

La « corrĂ©lative » d’une opĂ©ration est la rĂ©ciproque de son inverse. Lorsque la rĂ©ciproque de l’opĂ©ration se confond avec l’inverse, la corrĂ©lative est alors identique Ă  l’opĂ©ration directe elle- mĂȘme. Lorsque la rĂ©ciproque d’une opĂ©ration lui est identique, la corrĂ©lative se confond par contre avec l’inverse. Lorsqu’enfin la rĂ©ciproque est Ă  la fois distincte de l’opĂ©ration directe et de l’inverse, la corrĂ©lative constitue une quatriĂšme opĂ©ration distincte.

En effet, selon la loi de dualitĂ©, l’inverse (2) d’une opĂ©ration (1) est dĂ©terminĂ©e par l’interversion des (v) et des (‱) ainsi que des valeurs positives et nĂ©gatives des propositions en jeu. La rĂ©ciproque (3) de l’opĂ©ration (1) rĂ©sulte, d’autre part, de l’interversion de ces valeurs positives et nĂ©gatives des propositions, sans modification de l’opĂ©ration elle-mĂȘme, c’est-Ă -dire des (v) et des (‱). La « corrĂ©lative » (4) Ă©tant par dĂ©finition l’opĂ©ration rĂ©sultant de l’interversion des (v) et des (‱), sans modification des valeurs positives et nĂ©gatives des propositions, sera donc la rĂ©ciproque de (2), qui est l’inverse de (1). Trois cas sont alors possibles :

a) La rĂ©ciproque (3) est identique Ă  l’inverse (2). Alors la rĂ©ciproque de l’inverse sera l’inverse de l’inverse, c’est-Ă -dire l’opĂ©ration directe.

b) La rĂ©ciproque (3) est identique Ă  l’opĂ©ratien directe (1) ; alors la rĂ©ciproque de l’inverse sera l’inverse elle-mĂȘme : en effet, si les interversions des valeurs positives et nĂ©gatives des propositions en jeu ne modifient pas l’opĂ©ration directe, elles ne modifieront pas non plus l’inverse, puisque celle-ci est sa complĂ©mentaire sous T et que T« affirmation complĂšte » T est identique Ă  sa rĂ©ciproque.

c) Les opĂ©rations directe (1), inverse (2) et rĂ©ciproque (3) sont distinctes : alors la rĂ©ciproque de l’inverse sera distincte des trois premiĂšres opĂ©rations, puisque l’interversion des valeurs positives et nĂ©gatives des propositions en jeu modifient l’opĂ©ration (comme le prouve la distinction de 1 et de 3) et qu’elles la modifient sous une forme distincte de la complĂ©mentaritĂ© (comme le prouve la distinction de 2 et de 3).

corollaire i. — La rĂ©ciproque d’une opĂ©ration est l’inverse de la corrĂ©lative de cette mĂȘme opĂ©ration : quand la rĂ©ciproque de l’opĂ©ration est vraie, la corrĂ©lative est donc fausse, et quand la corrĂ©lative est vraie, la rĂ©ciproque est fausse.

Exemple : Si une conjonction (p ‱ q) est vraie, telle que quelques VertĂ©brĂ©s ont « à la fois des branchies et des poumons » et que sa corrĂ©lative (p √ q)

est vraie (« branchies ou poumons, ou tous les deux »), alors la rĂ©ciproque (p ■ q) (quelques VertĂ©brĂ©s n’ont « ni branchies ni poumons ») est fausse. Par contre, lorsqu’une conjonction (p ■ q) est vraie (quelques animaux ont « des vertĂšbres et une moelle Ă©piniĂšre ») et que sa rĂ©ciproque (p ‱ q) l’est aussi (quelques animaux n’ont « ni vertĂšbres ni moelle Ă©piniĂšre »), alors la corrĂ©lative (p √ q) est fausse : « ou vertĂšbres (sans moelle Ă©piniĂšre), ou moelle Ă©piniĂšre (sans vertĂšbres) ou les deux ».

De mĂȘme, si (p ⊃ q) est vrai et (q^ p) faux, alors la corrĂ©lative (p ‱ q) est vraie : par exemple si MammifĂšre implique VertĂ©brĂ© sans que la rĂ©ciproque soit vraie, alors « non-MammifĂšre et VertĂ©bré » est juste. Par contre si (p □ q) et (q d p) sont vrais tous les deux (vertĂšbres implique _ moelle Ă©piniĂšre et rĂ©ciproquement), alors (p-q) est faux (moelle Ă©piniĂšre sans vertĂšbres).

corollaire il. — La corrĂ©lation ne constitue une quatriĂšme opĂ©ration distincte que dans le cas des expressions opĂ©ratoires formĂ©es de une ou trois conjonctions.

En effet seules les expressions formĂ©es de une ou de trois conjonctions peuvent avoir une rĂ©ciproque et une corrĂ©lative distinctes des opĂ©rations directe et inverse, puisque les expressions constituĂ©es par la rĂ©union de quatre, deux ou zĂ©ro conjonctions ne sauraient ĂȘtre transformĂ©es en quatre opĂ©rations distinctes par complĂ©mentaritĂ©, changement du signe des propositions et permutations des (‱) et des (v).

ThéorÚme III (corrélativité)

Lorsque, en une expression opĂ©ratoire formĂ©e par la rĂ©union de trois conjonctions, deux de ces conjonctions expriment les parties communes (p ■ q) et (p ‱ q), la corrĂ©lative est alors constituĂ©e par la conjonction exprimant la partie non commune (p ‱ q) ou (p ‱ q) ; rĂ©ciproquement lorsque deux des conjonctions en jeu expriment les parties non communes (p ■ q) et (p ‱ q), la corrĂ©lative est constituĂ©e par la conjonction reprĂ©sentant une partie commune (p ■ q) ou (p ‱ q).

En effet, lorsque deux conjonctions reprĂ©sentent les parties communes (p ‱ q) et (p ‱ q), la rĂ©ciproque de l’expression considĂ©rĂ©e conservera ces deux conjonctions (l’inversion des signes donnant simplement p ‱ q et p ■ q) et ne modifiera que la troisiĂšme des conjonctions en prĂ©sence : la corrĂ©lative Ă©tant l’inverse de la rĂ©ciproque, c’est donc cette troisiĂšme conjonction de l’expression initiale qui constituera sa corrĂ©lative. Par exemple la rĂ©ciproque de :

(p □ q) = (p ‱ q) √ (p ■ q) y (p ‱ q) Ă©tant :

(q d p) = (p ‱ q) ∹ (p ■ q) ∹ (p ‱ q)

la corrĂ©lative de (p ? g) sera (p ‱ q). Dans le cas oĂč deux des conjonc-

lions en jeu reprĂ©sentent les parties non communes (p ‱ q) et (p ‱ q), la rĂ©ciproque de l’expression considĂ©rĂ©e conservera Ă©galement ces deux conjonctions (l’inversion des signes les transformant en elles- mĂȘmes : p ‱ q et p ■ q) et ne modifiera que la troisiĂšme des conjonctions en prĂ©sence : ce sera Ă  nouveau cette troisiĂšme qui constituera donc la corrĂ©lative. Par exemple la rĂ©ciproque de :

(p √ q) = (p ■ q) √ (p ‱ q) √ (p ■ q) Ă©tant :

P\<1 = (P ∙q’)’l (p -q)v (p ■ q) la corrĂ©lative de (p √ q) sera (p ‱ q).

corollaire —   La corrĂ©lative d’une expression opĂ©ratoire d’une seule conjonction est constituĂ©e par une expression formĂ©e de trois conjonctions. Deux nouvelles conjonctions sont alors Ă  ajouter Ă  la premiĂšre : elles exprimeront les parties communes (p ∙ q) et (p ‱ q) si la conjonction initiale reprĂ©sente des parties non communes (p ■ q ou p ‱ q) et inversement.

Exemple : La corrĂ©lative de (p ‱ q) est (p ‱ q) √ (p ‱ q) √ (p ‱ q) = (q∑>p), tandis que celle de (p ■ q) est (p ‱ q) V (p ‱ q) √ (p ‱ q) = (p\q).

REMARQUE. — La corrĂ©lativitĂ© consiste ainsi soit Ă  adjoindre soit Ă  supprimer, au sein des expressions considĂ©rĂ©es, des Ă©quivalences positives (p ‱ q √ q ‱ p) ou nĂ©gatives (p ‱ p √ q ‱ q). On comprend alors pourquoi, dans le cas des opĂ©rations (p = q) ; (p w q) ; (p*q) ou (o), consistant dĂ©jĂ  en Ă©quivalences positives et nĂ©gatives (et additives ou multiplicatives), la corrĂ©lative est identique Ă  l’inverse, puisqu’elle revient alors Ă  supprimer ces Ă©quivalences ou non-Ă©quivalences. Dans le cas des opĂ©rations p [Ăż] ; p ⅛] ; q [p] et ç[p],par contre, qui sont toutes formĂ©es d’une partie commune (p ‱ q ou p ‱ q) et d’une partie non commune (p ‱ q ou p ‱ q), la corrĂ©lative est identique Ă  l’opĂ©ration directe parce que l’on ne saurait ajouter ni supprimer, en de telles expressions mixtes, une Ă©quivalence (positive ou nĂ©gative) entiĂšre, dont les deux couples de propositions soient l’un et l’autre distincts de ceux de l’expression considĂ©rĂ©e.

Les thĂ©orĂšmes II et III ayant ainsi prĂ©cisĂ© la situation de la « corrĂ©lative », passons maintenant Ă  l’analyse plus dĂ©taillĂ©e des « rĂ©ciproques » :

Rappelons d’abord la dĂ©finition 33 : La rĂ©ciproque d’une opĂ©ration est la mĂȘme opĂ©ration effectuĂ©e sur la nĂ©gation des propositions considĂ©rĂ©es.

Par exemple (p √ q) a pour réciproque (p | q) parce que :

(p V q) = (p ‱ q) V (p ‱ q) ∹ (p ‱ q) et que :

P ∹ q (= pi ?) = (p ■ q) V (p ‱ q) ∹ (p ‱ q)

Il y a donc inversion de tous les signes, mais non pas des opérations.

DÉFINITION 35. — La rĂ©ciproque d’une opĂ©ration binaire sera dite transformer la valeur de p indĂ©pendamment de q (ou l’inverse) lorsque les p changent de signe sans compensation des affirmations et des nĂ©gations, tandis que les changements de signe affectant les q donnent lieu Ă  une compensation (ou l’inverse).

Prenons comme exemple : p[?] = (p ‱ q) √ (p ‱ q). La rĂ©ciproque de p[?] Ă©tant p[ç] = (p ‱ q) √ (p ‱ q), la valeur des p est transformĂ©e sans compensation par cette nĂ©gation, tandis que le changement de ? en ? est compensĂ© par la transformation de q en q.

DÉFINITION 36. — La rĂ©ciproque d’une opĂ©ration binaire sera dite transformer simultanĂ©ment la Valeur des p et des q lorsque l’ensemble des p et l’ensemble des q changent de signe tous deux avec (ou tous deux sans) compensation des affirmations et des nĂ©gations.

Par exemple la rĂ©ciproque de (p ■ q) Ă©tant (p ‱ q), p et q sont simultanĂ©ment transformĂ©s, mais sans compensation. La rĂ©ciproque de :

(p = i) = (p ‱ y) ∹ (p ■ q)

Ă©tant (p ‱ q) √ (p ‱ q) = (p — q), les p et les q sont transformĂ©s simultanĂ©ment les uns et les autres, mais avec compensation.

ThéorÚme IV (réciprocité)

Lorsque la rĂ©ciproque d’une opĂ©ration binaire transforme la valeur de p indĂ©pendamment de q ou l’inverse, cette rĂ©ciproque est identique Ă  l’opĂ©ration inverse.

En effet, si p (ou q) change seul de valeur, ce changement constitue une simple inversion (p pour p ou l’inverse) : la rĂ©ciproque Ă©quivaut ainsi Ă  l’inverse.

Par exemple la réciproque de :

(p ‱ q) ∹ (p ‱ q) = p[q] est :

(Ăż ■ q) √ (p ‱ q) = p[q] opĂ©ration qui est aussi son inverse.

thĂ©orĂšme v. — Lorsque les valeurs de p et de q sont transformĂ©es simultanĂ©ment par une rĂ©ciprocitĂ©, celle-ci est soumise aux conditions suivantes : 1° La rĂ©ciproque d’une expression binaire formĂ©e

d’une seule conjonction est sa complĂ©mentaire par rapport Ă  une Ă©quivalence directe (p = q), si les propositions p et q sont de mĂȘmes signes, et par rapport Ă  une Ă©quivalence inverse (p w q, c’est-Ă -dire p = q et q = p), si p et q sont de signes diffĂ©rents. 2° La rĂ©ciproque d’une expression binaire dont la forme normale disjonctive comporte de deux Ă  quatre conjonctions est formĂ©e de conjonctions bi-univoquement correspondantes, dont chacune est la complĂ©mentaire de sa correspondante par rapport Ă  une Ă©quivalence directe (p = q), si p et q sont de mĂȘmes signes, sinon par rapport Ă  une Ă©quivalence inverse (p w q).

En effet, la rĂ©ciproque de (p ‱ q) Ă©tant par dĂ©finition (p ‱ q) et la rĂ©union (p ‱ q) √ (p ‱ q) constituant une Ă©quivalence directe (p = q), toute conjonction binaire de propositions de mĂȘmes signes (p ‱ q) ou (p ‱ q) aura pour rĂ©ciproque la conjonction complĂ©mentaire par rapport Ă  l’équivalence directe : (p ‱ q) pour (p ‱ q) et (p ‱ q) pour (p ‱ q). Si la conjonction considĂ©rĂ©e est de signes diffĂ©rents, (p ‱ q) ou (p ■ q), la rĂ©union des deux conjonctions rĂ©ciproques constituera une exclusion, ou Ă©quivalence inverse : (p ‱ q) √ (p ‱ q), c’est-Ă -dire (p = q) et (ç = p). Si tel est le cas pour les conjonctions isolĂ©es il en sera Ă©galement ainsi pour chaque conjonction faisant partie d’une expression normale binaire formĂ©e de deux, trois ou quatre conjonctions. Par exemple la rĂ©ciproque de [(p ■ q) √ (p ‱ q) √ (p ∙ q)^∖ est :

[(p ‱ q) ∹ (p ■ q) ∹ (p ‱ ÿ)]

Les conjonctions correspondantes donnent alors :

(p ‱ q) ∹ (p ‱ q) = (p = q) ; (p ‱ ç) ∹ (p ‱ q) = (p w q) ;

(p ‱ q) ∹ (p ■ q) = (p w q)

corollaire i. — Lorsquepetq changent simultanĂ©ment de valeurs, la rĂ©ciproque d’une expression binaire comprenant, sous sa jorme normale disjonctive, quatre, deux (ou zĂ©ro) conjonctions, Ă©quivaut Ă  cette expression elle-mĂȘme.

C’est ainsi que les rĂ©ciproques de (p * q) ; (p = q) ; (pwq) et (o) sont (p * q) ; (p — q) ; (p^q) et (o) 1. En effet, de telles expressions constituent des Ă©quivalences directes (p = q) ou inverses (p w q) = (p = q) √ (q =p), ou des doubles Ă©quivalences : (p * q) comprend ainsi : (p ‱ q) √ (p ‱ q) ainsi que (p ■ q) √ (p ‱ q) et (o) comprend (o w o) ou (ĂŽ w b). Or, la rĂ©ciproque des expressions binaires dans lesquelles p et q sont trans-

1. La rĂ©ciproque de la nĂ©gation totale (p √ q) ‱ (p √ q) ‱ (p √ q) ‱ (p √ q), est par dĂ©finition (p √ g) ‱ (p √ g)‱(p √ g)‱(p √ g), c’est-Ă -dire la mĂȘme expression.

formĂ©es simultanĂ©ment est formĂ©e de conjonctions complĂ©mentaires par rapport Ă  l’équivalence directe ou inverse. Donc la rĂ©ciproque de (p ‱ q) √ (p ‱ q) sera (p ‱ q) √ (p ‱ q) et celle de (p ‱ q) √ (p ‱ q) sera (p ‱ q) √ (p ‱ q), ce qui ramĂšne ces deux transformations Ă  l’expression initiale.

corollaire n.— Dans le cas des expressions binaires normales (disjonctives) formĂ©es de trois conjonctions, l’expression rĂ©ciproque conserve les deux conjonctions qui constituent, soit (a) une Ă©quivalence directe (p ■ q)v (p ‱ q), soit (b) une Ă©quivalence inverse (p ‱ q) √ (p ■ q) ; quant Ă  la troisiĂšme conjonction, elle est remplacĂ©e par la conjonction qui lui est complĂ©mentaire par rapport Ă  Γéquivalence inverse dans le cas (a) et par rapport Ă  Γéquivalence directe dans le cas (b).

En effet, si l’expression considĂ©rĂ©e contient trois conjonctions dont deux forment Ă  elles seules une Ă©quivalence directe ou inverse, ces deux conjonctions se conserveront telles quelles dans l’expression rĂ©ciproque, puisqu’elles constituent dĂ©jĂ  une Ă©quivalence (en vertu du corollaire I) ; en ce cas la troisiĂšme conjonction ne saurait ĂȘtre transformĂ©e qu’en une conjonction complĂ©mentaire par rapport Ă  l’équivalence inverse, si les deux premiĂšres conjonctions constituent ensemble une Ă©quivalence directe : en effet, si les conjonctions (p ■ q) et (p ■ q) sont comprises toutes deux dans ces deux premiĂšres, la troisiĂšme ne saurait ĂȘtre que (p ‱ q) ou (p ■ q) ; inversement la troisiĂšme conjonction ne saurait ĂȘtre que (p ‱ q) ou (p ‱ q) si les deux premiĂšres sont (p ■ q) √ (p ‱ q) : sa rĂ©ciproque sera donc complĂ©mentaire par rapport Ă  l’équivalence directe.

C’est ainsi que les formes normales disjonctives des opĂ©rations rĂ©ciproques (p √ q) et (p | q) contiennent dĂ©jĂ  toutes deux les deux conjonctions (p ‱ Ăż) √ (p ‱ ?), c’est-Ă -dire l’équivalence inverse : donc la rĂ©ciprocitĂ© transforme (p ‱ q) en (p ‱ q) ou Γinλrerse. Quant aux implications p ⊃ ? et ? ⊃ p, leurs formes normales disjonctives contiennent toutes deux dĂ©jĂ  les deux conjonctions (p ■ q) √ (p ‱ q), c’est-Ă -dire l’équivalence directe : la rĂ©ciprocitĂ© transforme alors p ‱ q (contenu en qz> p) en p ■ q (contenu en p-qj ou l’inverse.

COROLLAIRE III.— Lorsqu’une expression binaire dont la rĂ©ci- procitĂ© transforme simultanĂ©ment p et q est mise sous la forme d’une implication (positive ou nĂ©gative), sa rĂ©ciproque est alors constituĂ©e par l’implication entre ses Ă©lĂ©ments permutĂ©s (implication converse, dite inverse). La conjonction de l’implication considĂ©rĂ©e et de sa converse donne alors une Ă©quivalence directe (p = q), en cas d’implications posi-

tives entre propositions Ă©galement positives (p 3 q), ou d’implication nĂ©gative entre propositions de signes contraires (p 3 q), et donne une Ă©quivalence inverse (p w q, c’est-Ă -dire p = q et q = p) lorsqu’aucune de ces deux conditions n’est remplie.

La permutation des termes de l’implication rĂ©sulte, en effet, de la dĂ©finition mĂȘme de la rĂ©ciprocitĂ©, puisque p 3 q a pour rĂ©ciproque (p 3 q) = (q 3 p) et que q 3 p a pour rĂ©ciproque (q 3 p) = (p 3 q). Il en dĂ©coule alors que la conjonction des deux implications positives entre propositions positives p 3 q et qa p donne une Ă©quivalence directe, puisque (p d q) ‱ (q d p) ≡ (p § q) ≡ (p = q). Il en sera de mĂȘme des implications nĂ©gatives entre propositions de signes contraires, car si l’on a Ă  la fois p a q et p d q, cela signifie :

(p o q) ‱ (p ⊃ q) = (p ‱ q) ∹ (p ‱ q) = (p = q)

puisque (p 3 q) = (p ∙ 7) = (p ‱ q) et que (p ⊃ q) = (p ‱ q). En dehors de ces deux cas (et de l’équivalence directe elle-mĂȘme), toute implication nĂ©gative ou toute implication positive entre propositions de signes contraires ne saurait Ă©videmment donner, par conjonction avec sa rĂ©ciproque, qu’une Ă©quivalence inverse (p w q) : en effet, puisque p^q = p - q et que Ăżop = p ‱ q, la conjonction de deux non-implications Ă©quivaut Ă  (p ‱ q) √ (p ‱ q), c’est-Ă -dire Ă  l’équivalence inverse ; d’autre part, les implications entre propositions de signes contraires, p 3 q\q □ p ; p^q ou q^p ne peuvent aboutir, par conjonction avec leurs rĂ©ciproques, qu’à des combinaisons de signes mĂ©langĂ©s p ■ q ou p ‱ q, c’est-Ă -dire de nouveau Ă  des Ă©quivalences inverses. D’oĂč le tableau, p. 283.

De ce thĂ©orĂšme V et de ses corollaires dĂ©coule donc ce fait fondamental que la rĂ©ciprocitĂ© fait intervenir une complĂ©mentaritĂ© spĂ©ciale, relative Ă  l’équivalence (p = q) et non pas Ă  l’affirmation complĂšte (p * q) comme la complĂ©mentaritĂ© gĂ©nĂ©rale caractĂ©risant les opĂ©rations inverses. C’est cette complĂ©mentaritĂ© relative Ă  l’équivalence qui explique les trois propriĂ©tĂ©s essentielles de la rĂ©ciprocité :

1° Que les expressions opĂ©ratoires exprimant par elles-mĂȘmes une Ă©quivalence directe (p = q), inverse (p w q) ou composĂ©e (p * q) et (o), sont symĂ©triques et par consĂ©quent identiques Ă  leurs rĂ©ciproques ;

2° Que la conjonction de deux implications converses [(p q). (q o p)] constitue une implication rĂ©ciproque (p g q) et de ce fait mĂȘme une Ă©quivalence directe (p = q) ;

I. OpĂ©rations CONSIDÉRÉES H. RĂ©ciproques de (I) III. Implications correspondant a (I) IV. Implications correspondant a (II)

V. Équivalences correspondant

A LA CONJONCTION DE III ET DE IV

©H ∩ p^Ăą (p o q) ‱ (p D q) = (p = q)
P v 7 pvg(= p|g)
f PP q^p {q ? p) ■ (q^>p) = (q = p)
P ■ ? p. 2 p⊃2 P^ 1 1

i⅛∣

U ⅛Ÿl∣ T tS

II II

P^ ? P^ï (= i^p} p⊃2 i^P (p ⊃ q) ■ {q D p) = (p = q)
p-ü P ■ 9 p⊃2 qap

le,

II ∣S

II

II F ⅛ F B

p = q p = q P 2 1 PcĂź (péß) ■ (Fc Ăź) = (p = ?)
p VJ q p VJ q Pci JrP (p c ñ) ∙ ⅛ c p) = (p == ü) ‱ (? = p)
p*q P*ü (P V p) g (g V g)1 ⅛ V q) g (p V p) (p V 2) = ⅛ ∹ p)
0 0 ©1 nu © 1© nu © (o = Î) = (o w o)
1. En effet (pvp)D (q vq) donne [(p vp) ∙ (q vq)] ∹ [(o ‱ (q vq)] ∹ [o ‱ o] = (p ‱ q) ∹ (p ‱ q) v (p ‱ q) ∹ (p ‱ q).

Tableau des réciprocités.

3° Que les expressions opĂ©ratoires dont la rĂ©ciprocitĂ© transforme simultanĂ©ment p et q ont pour rĂ©ciproques, une fois mises sous la forme d’implications, l’implication donnĂ©e entre leurs Ă©lĂ©ments permutĂ©s. C’est ce troisiĂšme caractĂšre qui motive le terme de rĂ©ciprocitĂ© attribuĂ© aux transformations que nous dĂ©signons sous ce nom.

On saisit, en outre, pourquoi les opĂ©rations p [ç] ; p [ç] ; q [p] et q [p] ont une rĂ©ciproque identique Ă  leur inverse : c’est qu’elles sont formĂ©es chacune d’une partie commune (p ■ q ou p ■ q) et d’une partie non commune (p ‱ q ou p ‱ q) ; Ă©tant formĂ©e de couples complĂ©mentaires par rapport Ă  l’équivalence positive (p ‱ q √ p ‱ q) ou nĂ©gative (p ■ q √ p ‱ q), la rĂ©ciproque revient en ce cas Ă  inverser l’expression entiĂšre (thĂ©orĂšme IV).

On comprend alors le rĂŽle opĂ©ratoire distinct des quatre quaternes que nous avons caractĂ©risĂ©s au dĂ©but de ce § 31 et qui correspondent Ă  des fonctions dĂ©ductives bien diffĂ©renciĂ©es. Tandis que le quaterne D (rĂ©ciproques identiques aux inverses) concerne seulement les affirmations et nĂ©gations, le quaterne C (rĂ©ciproques identiques entre elles) comprend les diverses Ă©quivalences et joue ainsi un rĂŽle principalement rĂ©gulateur dans la dĂ©duction ; avec les quaternes A (disjonctions et conjonctions positives et nĂ©gatives) et B (implications et non-implications), ce sont au contraire les opĂ©rations proprement constructives qui entrent en jeu et dont les diffĂ©rentes combinaisons aboutissent aux Ă©quivalences directes et inverses. Quant Ă  la rationalitĂ© du systĂšme, elle est assurĂ©e tout entiĂšre par les transformations rĂ©versibles que constituent les inversions, rĂ©ciprocitĂ©s et corrĂ©lativitĂ©s, et dont nous retrouverons le mĂ©canisme fondamental Ă  l’Ɠuvre au sein du « groupement » des opĂ©rations interpropositionnelles.

En effet, l’inversion repose sur une complĂ©mentaritĂ© par rapport Ă  l’affirmation complĂšte ; la rĂ©ciprocitĂ© exprime de son cĂŽtĂ© une complĂ©mentaritĂ© par rapport Ă  l’équivalence positive ou nĂ©gative (thĂ©orĂšme V) ; quant Ă  la corrĂ©lativitĂ©, elle est l’inverse de la rĂ©ciprocitĂ© (thĂ©orĂšme I) et consiste, par consĂ©quent, Ă  adjoindre ou Ă  supprimer, au sein des expressions considĂ©rĂ©es, des Ă©quivalences positives ou nĂ©gatives (thĂ©orĂšme III). Or, la rĂ©union d’une Ă©quivalence positive ( = ) et une Ă©quivalence nĂ©gative (w) constitue prĂ©cisĂ©ment une « affirmation complĂšte » (p * q). Il en rĂ©sulte que l’inversion, la rĂ©ciprocitĂ© et corrĂ©lativitĂ©, jointes Ă  la transformation nulle (ou identique), constituent un systĂšme unique, tel que deux quelconques des trois premiĂšres transformations donnent

la troisiùme et que trois quelconques des quatre transformations donnent la quatriùme. On obtient ainsi un groupe commutatif de transformations portant sur l’ensemble de ces quatre transformations.

Pour démontrer ce fait essentiel, qui fournit la raison des cinq théorÚmes précédents, nous adopterons la forme de présentation la plus générale :

Toute opĂ©ration binaire (p √ q ou p d q ; etc.) peut s’écrire sous la forme d’une fonction a (p, q, p,q) = 1 ou plus simplement a (p, q, p, q). A toute opĂ©ration a on en peut faire correspondre d’autres au moyen d’opĂ©rateurs de transformation. On peut ainsi passer :

(1) De a (p, q, p, q) Ă  sa rĂ©ciproque a (p, q, p, q), en changeant les signes des propositions p, q, etc., mais sans changer l’opĂ©ration a.

(2) De a (p, q, p, q) Ă  sa corrĂ©lative Ăą (p, q, p, q), en permutant l’opĂ©ration a avec a, mais sans changer les signes des propositions p, q, etc.

(3) De a (p, q, p, q) Ă  son inverse Ɠ Ip, q, p, q), en permutant simultanĂ©ment les signes des propositions p, q, etc. et les opĂ©rations a et Ăą.

Nous dĂ©signerons respectivement les opĂ©rateurs de la rĂ©ciprocitĂ©, de la corrĂ©lativitĂ©, de l’inversion (nĂ©gation) de a par des symboles R, C et N.

Constatons d’abord que ces opĂ©rateurs sont tous involutifs, c’est-Ă -dire que la rĂ©pĂ©tition de chaque opĂ©ration (la rĂ©ciproque de la rĂ©ciproque, la corrĂ©lative de la corrĂ©lative et l’inverse de l’inverse) ramĂšne Ă  l’opĂ©ration identique :

RR = 1 ; CC = 1 ; NN = 1

oĂč 1 reprĂ©sente maintenant la transformation identique (= nulle).

Les produits deux Ă  deux des opĂ©rateurs R, C et N s’obtiennent immĂ©diatement et sont les suivants :

(4) La rĂ©ciproque de la corrĂ©lative (RC) est l’opĂ©ration : α (p, q, p, q) -* ≈ (p, q, p, q)

donnant donc l’inverse (N) (de mĂȘme pour la corrĂ©lative de la rĂ©ciproque CR = N).

(5) La rĂ©ciproque de l’inverse (RN) est l’opĂ©ration :

« (p, q, p,q)→a∙ (p, q, p, q)

donnant donc la corrĂ©lative (C) (de mĂȘme pour l’inverse de la rĂ©ciproque NR = C).

(6) L’inverse de la corrĂ©lative (NC) est l’opĂ©ration :

a (p, q, p,q) -> a (p, q, p, q)

donnant donc la rĂ©ciproque (R) (de mĂȘme pour la corrĂ©lative de l’inverse CN = R).

On voit que tous ces produits sont commutables et tiennent la symétrie logique de a. Par conséquent :

ThéorÚme VI (groupe des quatre transformations)

L’ensemble des transformations (inverse, rĂ©ciproque, corrĂ©lative et identique constitue un groupe commutatif.

En effet, l’inversion d’une expression opĂ©ratoire a. (p, q, p, q) (Ă©crite sous sa forme normale disjonctive ou conjonctive) consiste Ă  permuter simultanĂ©ment les signes des propositions (p, q, etc.) et des opĂ©rations a et Ă  (soit √ et ‱ ). La rĂ©ciprocitĂ© consiste, par contre, « n une permutation des signes des propositions (p, q, etc.), mais non pas des opĂ©rations a et a (soit √ et ‱) ; et la corrĂ©lativitĂ© consiste ‱en une permutation des opĂ©rations a et a (v et-), mais non pas des .signes des propositions (p, q, etc.). Il s’ensuit que la rĂ©union de la -corrĂ©lative et de la rĂ©ciproque Ă©quivaut Ă  l’inverse, et que, de maniĂšre gĂ©nĂ©rale, la rĂ©union des deux quelconques de ces trois transformations Ă©quivaut Ă  la troisiĂšme. En effet, on a :

N = RC (= CR) ; R = NC (= CN) ; C = NR (= RN)

et 1 = RCN (donc aussi 1 = NRC ou 1 = CRN ; etc.).

Il en rĂ©sulte la table de multiplication suivante qui caractĂ©rise le groupe (cette table se lit Ă  la maniĂšre d’une table de Pythagore) :

1 R N C

R 1 C N

N C 1 R

C N R 1

Remarque. — Dans le cas des opĂ©rations (p = q) ; (p w q) ; (p * q) et (o) on a R = 1, mais N = C et, dans le cas des opĂ©rations p[?]; p[?]; ?[p] ! on a R = N, mais C = 1. Les propriĂ©tĂ©s prĂ©cĂ©dentes demeurent Ă©galement vĂ©rifiĂ©es.

Un tel groupe1 ne permet pas, Ă  lui seul, de passer de l’un des quaternes d’opĂ©rations (A Ă  D) Ă  un autre, ni par consĂ©quent d’engendrer le dĂ©tail des seize opĂ©rations binaires. Mais il exprime l’essentiel des transformations rĂ©versibles du systĂšme et en fonde ainsi la rationalitĂ©.

1. Le groupe en question est isomorphe au groupe dit « des quatre transformations » (« Vierergruppe », ou groupe de Klein).

§ 32. La correspondance des opĂ©rations interpropositionnelles avec celles d’un modĂšle d’opĂ©rations de classes.

Nous avons constatĂ© au § 28 que les opĂ©rations interpropositionnelles admettent, quoiqu’entiĂšrement autonomes, la rĂ©alisation d’un modĂšle constituĂ© par de pures opĂ©rations de classes : les seize opĂ©rations binaires correspondent ainsi aux combinaisons que l’on peut tirer de la multiplication de deux classes et de leurs complĂ©mentaires (P + P) X (Q + Q). Cette mĂȘme correspondance se retrouve-t-elle dans le dĂ©tail des transformations ? C’est ce qu’il s’agit de montrer briĂšvement.

Partons des « formes normales » et traduisons chaque proposition p ou q par les classes P ou Q des arguments qui les vĂ©rifient et chaque proposition p ou q par les classes complĂ©mentaires P et Q. Traduisons d’autre part les opĂ©rations (v) et (‱) par l’addition (+) et la multiplication (x) de ces classes. La forme disjonctive de 1’« affirmation complĂšte » correspondra donc à :

(201) (P+ P) × (Q+ Q) = PQ+PQ + PQ + PQ (= T)

(Voir la figure 19, p. 229).

Nous appellerons T la classe multiplicative totale :

T = PQ + PQ + PQ + PQ

Or, la traduction des opĂ©rations interpropositionnelles en opĂ©rations de classes est alors immĂ©diatement assurĂ©e par le fait que la loi de dualitĂ©, dont nous avons vu le rĂŽle en logique des propositions, est une loi bien connue de la thĂ©orie des ensembles, ne faisant appel qu’aux relations de complĂ©mentaritĂ©, de rĂ©union et d’intersection, et par consĂ©quent relevant de la logique des classes1. On niera donc l’expression (201) en intervertissant simplement tous les (+) et les ( × ), ainsi que tous les signes (P et P ou Q et Q), et l’on obtiendra le correspondant de la « nĂ©gation complĂšte » (voir les figures 19 et 20) :

(202) PQ + PQ + PQ + PQ

= (P + Q) x (P + Q) x (P + Q) x (P + Q) = 0

Il sera donc facile d’obtenir de chacune des seize opĂ©rations binaires une seconde traduction en termes de classes, en plus de celle dĂ©jĂ 

1. Formule de De Morgan.

exposĂ©e au § 28. D’une part, toute expression binaire correspond, comme no.us l’avons vu, Ă  l’un des arrangements extraits de (201) ; par exemple Ă  l’expression (p\q) correspond l’arrangement :

PQ + PQ + PQ

(voir la figure 23, p. 232 et l’exemple donnĂ© Ă  son sujet en termes de classes). Un tel arrangement Ă©quivaut alors Ă  T — PQ, puisque l’intersection PQ est exclue de la classe totale T (voir fig. 23). Mais, d’autre part, en vertu de (202), on a Ă©galement PQ = P + Q, ce qui corrrespond en termes de classes Ă  la proposition (151) p ‱ q = p vq :

(203) T — PQ = PQ + PQ + PQ

et

(203 bis) PQ = P + Q = PQ + PQ + PQ (voir fig. 23).

Les trois expressions (T — PQ) ; (PQ) et (PQ + PQ + PQ) sont donc identiques, en vertu des propositions (201) et (202), ce qui conduit Ă  exprimer sans plus la dualitĂ© en termes de soustraction :

(204) PQ = T — PQ

Ce mĂ©canisme formel permet alors de traduire en un modĂšle d’opĂ©rations de classes chacune des propositions du § 30 ainsi que les notions introduites au § 31 et les thĂ©orĂšmes qui s’y rapportent.

Par exemple la proposition 162 (p\q) = (p □ q) = (q ? p) se traduira par :

(p | q) = T - PQ ; (pj q)^PQ ÷PQ + PQ ;
(q^p) = QP + QP÷QP

d’oĂč :

(205) T — PQ = PQ + PQ + PQ = QP + QP + QP

ce qu’on obtiendrait aussi en posant (p ⊃ q) = p ‱ q = PQ = P + Q (voir 203 bis) puisque l’implication p ⊃ q est la nĂ©gation de la non- implication p p ■ q).

Exemple : Si P = la classe des VertĂ©brĂ©s et Q = celle des InvertĂ©brĂ©s, l’ensemble des ĂȘtres vivants est bien PQ + PQ + PQ = T — PQ puisqu’il n’y a pas d’ĂȘtres Ă  la fois VertĂ©brĂ©s et InvertĂ©brĂ©s. Quant Ă  l’implication pzq, elle correspond alors bien Ă  l’inclusion P < Q, puisque la classe Q

(non-InvertĂ©brĂ©s) comprend P et une partie de P. De mĂȘme q □ p correspond Ă  Q < P puisque les non-VertĂ©brĂ©s comprennent les InvertĂ©brĂ©s (Q) et une partie de Q.

De mĂȘme la proposition 130 (p √ q) = (p\q) correspond à :

p √ q = PQ 4- PQ + PQ et p\q = T — PQ d’oĂč :

(206) PQ + PQ + PQ = T — PQ

La proposition 132 {p √ q) = (p ⊃ q) = (q ⊃ p) donne de mĂȘme :

(206 bis) PQ + PQ ⅛ PQ = T — PQ = T — QP

parce que (p ⊃ q) exclut (p ■ q), c’est-à-dire PQ et que (p p) exclut q ‱ p, c’est-à-dire aussi PQ.

Cette proposition 132 correspond en particulier à la « vicariance » des classes A, + A, = A, + A2 (voir proposition 23). Posons, en

Λ * A 4

effet, P = AJ et Q = A’ (fig. 36). On aura alors PQ = AJA^ = A2et PQ = AJAg = A1. D’oĂč :

(207) [p vg=B]=A{A2+A{Aj + AJAù = A{Aj + A2 + A1

Et il en rĂ©sultera, puisque l’implication (d ) correspond Ă  l’inclusion (<) :

(208) (p ^) = A1 < A2 car A1 = PQ et A^ = Q

et :

(208 bis) (q p) = A2< A1’ car A2 = QP et A( = P

Fia. 36.

Le groupement des vicariances

(II : § 13) trouvera donc son correspondant dans les compositions des disjonctions (p √ q).

Quant à la proposition 159 (p □ q) = (p ∹ q), on a :

(209) (p ?q) = T — PQ et (pvq) = PQ + PQ + PQ = T-PQ

On voit par cette traduction en langage de classes que les expressions (p^q) et (p √ q) sont rigoureusement équivalentes, mais à la condition

 

d’ĂȘtre mises en formes de classes multiplicatives correspondant aux « formes normales ». Si l’on se contente par contre de traduire l’implication (⊃) par l’inclusion (<) qui est de nature additive, alors l’expression (p d q), c’est-Ă -dire P<QouP+Q = Q, n’équivaut plus Ă  (p √ q), c’est-Ă -dire (P + Q), mais donne simplement (P + Q) < (P + Q), puisque P + Q = Q. D’oĂč les critiques de Lewis Ă  cette dĂ©finition de l’implication qui mise en formes normales est cependant irrĂ©prochable.

Par contre, l’inclusion (P + Q) < (P + Q) redevient une Ă©quivalence si l’on introduit la classe P’ = PQ (voir proposition 170). On a alors l’équivalence (fondĂ©e sur la vicariance) : (P + Q = Q) = (P’ + Q = Q) car p = p’Q et P’ = PQ.

La proposition 160 (p 2 q) = (q ⊃ p) correspond de mĂȘme, en termes d’inclusion, Ă  (P < Q) = (Q < P), c’est-Ă -dire à :

(P + Q = Q) = (Q + P = P)

ce qui est Ă©vident Ă  l’inspection de la figure 25, p. 233. Mais le signe ( = ) ne reprĂ©sente Ă  nouveau une Ă©quivalence que dans le sens de la vicariance, puisque seule l’intersection PQ est commune Ă  P et Ă  Q. En termes de « formes normales » par contre, on a plus simplement :

(210) _ (p□g) = T-PQ

et (q^p) = (PQ + PQ + PQ) = PQ + PQ + PQ = T — PQ

Les transformations 190 (p w q) = (p = q) = (q = p) sont de mĂȘme Ă©videntes en langage de classes :

(211) (p w9) = T — PQ — PQ ;

(p = q) = PQ + PQ = T — PQ — P Q ;

(q — p) = PQ + PQ

- Et l’on peut continuer ainsi pour chaque transformation. L’avantage pratique de ces traductions est de permettre un calcul rapide et intuitif. Du point de vue thĂ©orique, elles montrent l’isomorphisme des opĂ©rations interpropositionnelles et intrapropositionnelles, malgrĂ© l’autonomie des premiĂšres. Une telle convergence fait pressentir celle des structures d’ensemble propres Ă  ces deux paliers de la formalisation logistique. C’est ce que l’examen de l’axiomatique de la logique bivalente des propositions va nous montrer maintenant.