Chapitre V.
Le calcul des propositions
a
Le but du prĂ©sent chapitre est dâexposer les Ă©lĂ©ments du calcul des propositions et dâĂ©noncer les quelques lois essentielles de composition et de rĂ©versibilitĂ© qui dĂ©terminent ce calcul. Toute lâĂ©conomie des opĂ©rations interpropositionnelles est, en effet, dominĂ©e par lâexistence de trois rapports distincts de rĂ©versibilité : la nĂ©gation (ou complĂ©mentaritĂ© simple) ; la rĂ©ciprocitĂ© (dont nous verrons quâelle constitue une complĂ©mentaritĂ© par rapport Ă lâĂ©quivalence) ; et ce que nous appellerons la corrĂ©lativitĂ© (câest-Ă -dire la permutation des « ou » et des « et »). Il importe de mettre en Ă©vidence, plus quâon ne le fait ordinairement, ces trois sortes de rapports et de chercher les liaisons qui existent entre eux, car la rĂ©versibilitĂ© domine toute la logique des propositions aussi clairement que celle des classes et des relations.
§ 27. Les opérations interpropositionnelles : position du problÚme.
Tandis que les opĂ©rations intrapropositionnelles (dĂ©finition 3) consistent Ă combiner entre eux les Ă©lĂ©ments dĂ©composĂ©s dâune proposition (classes et relations), les opĂ©rations interpropositionnelles laissent inanalysĂ©es les propositions p, q, etc., pour nâenvisager que leur vĂ©ritĂ© ou leur faussetĂ© et les composer entre elles Ă titre dâĂ©lĂ©ments dâun nouveau systĂšme. La logique des propositions constitue donc un calcul autonome, ne dĂ©pendant que de la forme (dĂ©finition 4) des combinaisons interpropositionnelles et nĂ©gligeant entiĂšrement le contenu intrapropositionnel de chacun des Ă©lĂ©ments combinĂ©s. Comme tel, le calcul des propositions obĂ©it Ă
ses rĂšgles propres, dont on a cherchĂ© Ă fournir la justification intuitive (Wittgenstein) tout en les ramenant Ă un certain nombre dâaxiomes (Russell et Hilbert).
Cette autonomie de la logique des propositions constitue un rĂ©sultat important de la logique moderne, tant du point de vue des applications Ă lâaxiomatique mathĂ©matique que du point de vue purement thĂ©orique. De ce second point de vue, lâindĂ©pendance du calcul des propositions dĂ©montre, en effet, lâexistence dâun palier de formalisation supĂ©rieur Ă celui de la logique des classes et des relations, et par consĂ©quent dâune nouvelle libĂ©ration de la forme eu Ă©gard Ă son contenu : or, comme la logique des classes et des relations dĂ©gage dĂ©jĂ une structure formelle indĂ©pendante de son propre contenu, la logique des propositions peut ĂȘtre considĂ©rĂ©e â comme portant sur une forme dont le contenu est constituĂ© par des formes de niveau infĂ©rieur. Le calcul des propositions reprĂ©sente donc une forme de formes et consiste en opĂ©rations Ă la seconde puissance ou opĂ©rations sâexerçant sur des opĂ©rations Ă la premiĂšre puissance. Toute proposition se rĂ©duit, en effet, du point de vue intrapropositionnel, en un Ă©noncĂ© dâopĂ©rations de classes ou de relations (que nous appellerons ici opĂ©rations Ă la premiĂšre puissance), dont la vĂ©ritĂ© ou la faussetĂ© dĂ©pend des rĂšgles de ces opĂ©rations mĂȘmes : combiner des propositions prises en bloc revient bien alors Ă opĂ©rer sur des opĂ©rations, donc Ă construire un systĂšme dâopĂ©rations Ă la seconde puissance.
Mais il subsiste une Ă©quivoque quant aux rapports entre les deux sortes dâopĂ©rations, et lâautonomie du calcul des propositions (que nous acceptons pleinement) peut donner lieu Ă deux sortes dâinterprĂ©tations. Pour certains auteurs, cette autonomie signifie absence de rapports ou rapports Ă sens unique : on a souvent soutenu, par exemple, que les lois du calcul des propositions ne sauraient ĂȘtre dĂ©duites de celles de la logique des classes et des relations, tandis que la dĂ©duction inverse est possible. La logique des propositions bivalentes ne constituerait donc pas lâun des Ă©tages supĂ©rieurs de lâĂ©difice logique, mais sa base elle-mĂȘme. Dâune maniĂšre gĂ©nĂ©rale, les difficultĂ©s inhĂ©rentes Ă la logique des classes telle que la concevait jadis Russell et la fĂ©conditĂ© du calcul interpropositionnel ont conduit Ă se dĂ©sintĂ©resser du rapport entre ces deux parties de la logique, lâindĂ©pendance de la seconde devenant ainsi pratiquement synonyme dâabsence non seulement de dĂ©pendance, mais encore de relations.
!
Mais une seconde conception, jadis soutenue par Couturat, etcâŠ, reste.toujours possible aujourdâhui. Il peut y avoir indĂ©pendance dâun domaine par rapport Ă un autre et cependant correspondance. Marcel Boll va plus loin encore et cherche Ă rĂ©duire toute la logique des propositions (quâil appelle des agencements) Ă celle des classes (identifiĂ©es aux ensembles). En ce cas, il y a, nous semble-t-il, cercle vicieux, car la construction dĂšs classes repose elle-mĂȘme sur des propositions1, dont la logique intrapropositionnelle envisage le contenu et dont la logique interpropositionnelle abstrait seulement leurs valeurs de vĂ©ritĂ© et de faussetĂ© pour dĂ©gager de nouvelles liaisons de ce seul point de vue. Mais, si lâon en demeure Ă la recherche dâune simple correspondance, on Ă©vite tout cercle de ce genre. Or le problĂšme de cette correspondance et des rapports dâisomorphisme quâelle entraĂźne se pose inĂ©vitablement dĂšs que lâon conçoit les paliers correspondants comme superposĂ©s et non pas comme juxtaposĂ©s : si vraiment les propositions combinĂ©esâen bloc par la logique interpropositionnelle comportent chacune, Ă titre de contenu logique, une « forme » intrapropositionnelle opĂ©ratoirement dĂ©finie, câest toute la signification du processus formalisateur qui est en jeu dans la discussion de ce problĂšme.
Avant de dĂ©gager les deux questions principales que lâon rencontre Ă cet Ă©gard, notons que, malgrĂ© les dĂ©clarations de principe, chacun reconnaĂźt en fait ou implicitement lâexistence dâun certain rapport entre les deux paliers considĂ©rĂ©s. Russell et Wittgenstein, par exemple, en partant des propositions « élĂ©mentaires » et mĂȘme « atomiques » pour sâĂ©lever pas Ă pas (par substitution de termes et prĂ©dicats indĂ©terminĂ©s aux termes et prĂ©dicats dĂ©terminĂ©s) aux propositions les plus gĂ©nĂ©rales, Ă©tablissent en fait une continuitĂ© Ă©troite entre lâintrapropositionnel et la logique gĂ©nĂ©rale des propositions. Or, si cette continuitĂ© prĂ©sente de lâintĂ©rĂȘt du point de vue de lâatomisme logique, Ă combien plus forte raison en est-il ainsi de celui des structures dâensemble.
En effet, les deux questions essentielles que soulÚve la recherche des rapports entre les deux paliers de formalisation sont celle des totalités opératoires et celle des relations entre le raisonnement mathématique et la logique.
Du premier de ces deux points de vue, la logique moderne pré-
1. Les ensembles, dit. ainsi Boll, sont formĂ©s de constituants « auxquels on attribue certaines analogies, certaines propriĂ©tĂ©s communes », Manuel, p. 6. Or, cette « attribution » ne saurait ĂȘtre due quâĂ des propositions.
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sente un spectacle un peu dĂ©concertant. Chacun sait que la marche rĂ©elle dâune dĂ©duction, dans lâĂ©laboration dâune thĂ©orie abstraite, passe par un certain nombre dâĂ©tapes : on commence par dĂ©finir des notions bien classĂ©es et par Ă©laborer un systĂšme de relations, puis lâon construit, en sâappuyant sur les unes et sur les autres, un Ă©difice dĂ©ductif dont lâarchitecture est solidaire de ces classes et de ces relations, puisque celles-ci ont Ă©tĂ© choisies en vue prĂ©cisĂ©ment de permettre la construction considĂ©rĂ©e ; aprĂšs quoi seulement on revient au point de dĂ©part et lâon procĂšde Ă une nouvelle formalisation en axiomatisant lâensemble, mais cette axiomatisation retient, sous une forme Ă©purĂ©e, lâessentiel des constructions prĂ©alables en les soumettant simplement Ă certaines rĂšgles de composition formelle. Or, la logique des propositions, qui a pour but de fournir une thĂ©orie gĂ©nĂ©rale de la dĂ©duction et qui sâintĂ©resse donc exclusivement Ă ces rĂšgles de composition appliquĂ©es Ă des propositions quelconques, croit devoir par surcroĂźt traiter ces derniĂšres comme sâil sâagissait dâĂ©lĂ©ments isolĂ©s ne connaissant pas dâautre loi de formation que celle dâune combinatoire. Autrement dit, on feint dâadmettre quâun systĂšme dĂ©ductif cohĂ©rent ne repose pas sur un ensemble prĂ©alable de classes bien classĂ©es et de relations bien sĂ©riĂ©es, comme si des propositions tirĂ©es une Ă une, ou deux Ă deux, etc., dâune urne ou dâun piano logique, puis combinĂ©es selon les rĂšgles du jeu, constituaient jamais une thĂ©orie : elles conduisent bien ainsi Ă des consĂ©quences formelles dĂ©terminĂ©es, et le calcul des propositions Ă©numĂšre avec raison toutes les transformations possibles en les rĂ©duisant Ă quelques axiomes. Mais tout nâest pas dit ainsi : il reste ce que PoincarĂ© appelait (en comparant la construction dĂ©ductive Ă un jeu dâĂ©chec) la « conduite de la partie » par opposition aux coups particuliers. Or, ce serait une solution bien restrictive que de limiter la logique aux rĂšgles des coups particuliers, et de renvoyer la conduite gĂ©nĂ©rale de la partie Ă lâĂ©pistĂ©mologie ou Ă la psychologie : nous croyons au contraire que la logique se doit dâĂ©tudier les structures dâensemble autant que les combinaisons partielles et, si nous avons rĂ©ussi Ă le montrer pour la logique des classes et des relations, il faut tenter dâatteindre le mĂȘme objectif pour celle des propositions.
En effet, si lâon part de cette hypothĂšse bien naturelle quâun systĂšme de propositions, tout en pouvant ĂȘtre Ă©tudiĂ© en son mĂ©canisme purement interpropositionnel, recouvre toujours un systĂšme de classes et de relations dĂ©jĂ organisĂ©es, il est lĂ©gitime â tout en
se rĂ©servant le droit de faire abstraction entiĂšre de ce contenu sous- jacent lorsquâil sâagira de formaliser les opĂ©rations interpropositionnelles pour elles-mĂȘmes â de rechercher si aux structures dâensemble des classes et des relations correspond quelque structure totale analogue sur le terrain interpropositionnel, câest-Ă -dire dans des systĂšmes de propositions envisagĂ©es Ă titre dâĂ©lĂ©ments non dĂ©composĂ©s. A cet Ă©gard, il nâest nullement Ă©vident que lâon ne puisse dĂ©duire les axiomes interpropositionnels de systĂšmes dâensemble isomorphes aux systĂšmes intrapropositionnels : impossible sur le terrain de lâatomisme logique, cette mise en correspondance est au contraire vraisemblable sur celui des totalitĂ©s opĂ©ratoires. Nous verrons en particulier que la chose est rĂ©alisable en ce qui concerne le cĂ©lĂšbre « axiome unique » de Nicod, qui implique une structure de « groupement ». Mais, rĂ©pĂ©tons-le, une telle mise en relations ne compromet en rien lâautonomie de la logique des propositions : du point de vue formel, elle revient simplement Ă montrer que cette logique comporte une « rĂ©alisation » ou un « modĂšle concret » possibles dans le domaine de la logique des classes, de mĂȘme quâen axiomatique mathĂ©matique on montre quâun systĂšme admet une rĂ©alisation arithmĂ©tique ; mais, du point de vue des filiations naturelles, la construction de ce modĂšle revient Ă Ă©clairer le processus mĂȘme de la formalisation et les rapports entre les « formes » propres aux divers paliers du processus formalisa- â teur. On ne saurait nier quâil y ait lĂ un problĂšme intĂ©ressant la logique et non pas seulement lâĂ©pistĂ©mologie.
Mais il y a plus. On peut douter, depuis les beaux travaux de GĂŽdel sur lâimpossibilitĂ© de dĂ©montrer la non-contradiction de lâarithmĂ©tique par des moyens tirĂ©s de cette discipline et de la logique seules, que la logique des propositions bivalentes suffise Ă rendre compte du raisonnement par rĂ©currence (dans lequel PoincarĂ© voyait le plus caractĂ©ristique des raisonnements mathĂ©matiques). Or, on aperçoit dâemblĂ©e la parentĂ© entre cette question et les rapports Ă©ventuels du calcul des propositions avec des structures dâensemble analogues Ă celles du calcul intrapropositionnel. Supposons, en effet, que la structure des « groupements », câest- Ă -dire une structure essentiellement « intensive » et Ă©trangĂšre Ă la quantitĂ© extensive et numĂ©rique, suffise Ă rendre compte des compositions propres Ă la logique des propositions bivalentes. Une conclusion sâimposerait alors avec Ă©vidence : câest que la logique des propositions bivalentes exprime simplement ce quâil y a de commun
Ă toutes les formes de raisonnement, non mathĂ©matiques aussi bien que mathĂ©matiques, et ne traduit donc pas ce quâil peut y avoir de spĂ©cifique dans les modes dâinfĂ©rence proprement mathĂ©matiques. Que lâon se rappelle maintenant les conclusions du chapitre IV selon lesquelles le nombre entier et les opĂ©rations numĂ©riques ne sont pas rĂ©ductibles sans plus aux opĂ©rations de la logique des classes intensives, mais suppose une combinaison sut generis des opĂ©rations de classes et des opĂ©rations sĂ©riales : le raisonnement par rĂ©currence Ă©tant lâexpression mĂȘme des connexions inhĂ©rentes Ă la succession numĂ©rique, on comprendra alors pourquoi il demeurerait irrĂ©ductible Ăą la logique des propositions bivalentes, au cas oĂč celle-ci serait par ailleurs rĂ©ductible aux mĂȘmes lois de « groupement » que la logique des classes et des relations intensives.
Il est donc dâun certain intĂ©rĂȘt, du point de vue dâune logique des totalitĂ©s opĂ©ratoires, de chercher Ă dĂ©terminer avec quelque prĂ©cision les rapports entre le calcul des propositions et les groupements de classes et de relations, puisquâil sâagit non seulement de savoir si la structure de groupement se retrouvera aussi sur le terrain interpropositionnel, mais encore dâexpliquer, Ă la lumiĂšre de ce fait, les limitations mĂȘmes de la logique bivalente Ă lâĂ©gard des structures plus complexes.
§ 28. Les seize liaisons issues des combinaisons possibles de deux propositions
Soient deux propositions quelconques p et q. Elles peuvent ĂȘtre vraies (p) ou fausses (p). CombinĂ©es deux Ă deux elles prĂ©senteront donc les quatre possibilitĂ©s suivantes :
(98) pq pq pq pq
Mais chacun de ces couples peut ĂȘtre lui-mĂȘme vrai ou faux, câest-Ă -dire que chaque rĂ©union de deux propositions (p et q) ou (p et q), etc.-, donne lieu elle-mĂȘme Ă deux nouvelles propositions : « Il est vrai que p et q sont vraies (Ă la fois) » ou « il est faux que p et q soient vraies (ensemble) ». Si lâon dresse le tableau des arrangements
possibles pour un, deux, trois ou quatre des couples de (98), on a alors1Â :
(99)
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 Â |Â 14 15 16
pq â pq â pq pq â pq _ pq _ pq â pq âÂ
pq â pq â pq â â pq pq â â pq pq â â pq
pq â pq â pq â pq â â pq â pq â pq pq âÂ
pq â â pq pq â pq â pq â ~pq â â pq â ~pq
Notons dâemblĂ©e, pour faciliter la lecture de ce tableau que chaque colonne paire contient la nĂ©gation de lâarrangement contenu dans la colonne impaire prĂ©cĂ©dente, soit en (reprĂ©sentant cette nĂ©gation par une barre) :
(100) pq-, pq ;pq ; pq = 0 ; pq-, pq ; pq = pq ; etc.
On constate que, conformément à la formule connue des arrangements 22n on trouve 16 arrangements possibles pour n = 2 propositions : 1 comprenant les quatre couples vrais (colonne 1) ; 4 comprenant trois couples vrais (colonnes 3, 5, 7 et 9) ; 6 comprenant deux couples vrais (colonnes 11 à 16) ; 4 comprenant un seul couple vrai (colonnes 4, 6, 8 et 10) ; et 1 ne comprenant aucun couple vrai (colonne 2).
A dresser le mĂȘme tableau avec 3, 4, 5, etc., propositions (pqr ; pqrs ; pqrst ; etc.), au lieu des liaisons binaires (pq) envisagĂ©es ici, on obtiendra donc 256, puis 65.536, puis 4.294.967.296 arrangements possibles, etc. Mais, Ă sâen tenir pour le moment aux liaisons binaires, â . il est remarquable que chacun des 16 arrangements du tableau (99) corresponde Ă une opĂ©ration interpropositionnelle bien dĂ©finie et dâusage courant. Par exemple la colonne 3 correspond Ă lâalternative (trilemme)â, la colonne 4 Ă la nĂ©gation conjointe, la colonne 7 Ă lâimplication, etc.
Or, pour procĂ©der Ă lâanalyse de ces seize opĂ©rations (ou, comme on dit aussi, de ces seize « opĂ©rateurs ») et pour dĂ©gager leurs significations
1. Ce tableau ne donne que les couples vrais et laisse en blanc les faux.
respectives, il est deux mĂ©thodes possibles. Lâune consiste Ă sâen tenir exclusivement Ă leur « forme » interpropositionnelle. On montrera ainsi que la colonne 5, caractĂ©risĂ©e par les valeurs vraies pq, pq et pq (par opposition Ă la valeur pq qui est fausse) reprĂ©sente 1â« incompatibilité » des propositions p et q : en effet si p et q ne peuvent ĂȘtre vraies ensemble, mais que chacune est vraie quand lâautre est fausse ou quâelles sont toutes deux fausses, câest donc quâelles sont incompatibles. Lâautre mĂ©thode consistera au contraire Ă rendre compte de lâexistence de ces seize arrangements binaires et de leurs significations respectives en faisant appel aux formes intrapropositionnelles que ces arrangements interpropositionnels recouvrent. Cette seconde mĂ©thode est Ă©trangĂšre au calcul des propositions comme telles, puisque ce calcul fait prĂ©cisĂ©ment abstraction du contenu de toute proposition. Mais elle nâen est pas moins lĂ©gitime Ă titre dâanalyse prĂ©alable et assure la liaison entre la logique interpropositionnelle et les opĂ©rations intrapropositionnelles dont elle est abstraite sous une forme rendue ensuite indĂ©pendante.
En effet, rien ne prouve a priori la nĂ©cessitĂ© que chacun des seize arrangements possibles de deux p. -opositions p et q selon leurs valeurs vraies et fausses comporte une signification logique diffĂ©renciĂ©e. Lorsque par exemple Serrus nous dit que ce nombre de 16 « pourrait ĂȘtre fixĂ© a priori par lâanalyse combinatoire » et que le tableau est donc « exhaustif »1, on Ă©prouve quelque malaise Ă subordonner les principes de la logique Ă un calcul mathĂ©matique particulier. Sans doute ce calcul suffit-il Ă prouver que le nombre des arrangements ne saurait dĂ©passer 16 ; mais il ne nous indique nullement pourquoi chacune de ces seize possibilitĂ©s revĂȘt une signification logique distincte.
Or, lâintĂ©rĂȘt dâune comparaison de ce tableau (99) avec la forme intrapropositionnelle servant de contenu Ă chacun de ces seize arrangements est de nous montrer quâil existe une correspondance bi-univoque et rĂ©ciproque entre chaque arrangement dĂ©terminĂ© de propositions et une forme Ă©galement dĂ©terminĂ©e dâemboĂźtement ou de non-emboĂźtement des classes rĂ©pondant aux propositions p et q.
A une proposition p on peut, en effet, toujours faire correspondre une fonction propositionnelle Ï(^) ou <?(x, y) telle que les arguments x, confĂ©rant Ă cette fonction une valeur de vĂ©ritĂ©, constituent
1. Traité, p. 18.
une classe P. Nous pouvons dâautre part, dĂ©finir la classe complĂ©mentaire P comme celle qui comprend les arguments confĂ©rant une valeur fausse Ă Ï(^), donc correspondant Ă p.  En outre, nous appellerons « extension totale » T du systĂšme considĂ©rĂ©, la rĂ©union P + P comprenant tous les arguments1 correspondant aux valeurs p et p.  On aura de mĂȘme, pour les propositions q et q, les classes Q et Q, ainsi que lâextension totale T = Q + Q. Si les deux extensions totales T sont identiques, nous pouvons alors multipliĂ©r (selon les lois du groupement IV) les classes (P + P) par les classes (Q + Q), et nous obtenons le produit :
TÂ =Â (PÂ +Â P)Â ĂÂ (QÂ +Â Q)Â =Â PQÂ +Â PQÂ +Â PQÂ +Â PQ
Cela posĂ©, il est clair que les seize arrangements du tableau 99 correspondent prĂ©cisĂ©ment aux seize arrangements dĂ©terminĂ©s par les emboĂźtements multiplicatifs de ce produit. Câest ainsi que lâensemble de ces emboĂźtements PQ + PQ + PQ + PQ correspond Ă la colonne 1 diTâtableau 99 : pq pq, pq, et pq ; les trois premiers dâentre eux2 PQ + PQ + PQ correspondent Ă la colonne 3 : pq, pq et pq, etc. Et cette correspondance reste vraie quelle que soit la structure interne de ces classes (ensembles mathĂ©matiques ou classes « faiblement structurĂ©es » au sens de la dĂ©finition 11, etc.). Du point de vue de la thĂ©orie des ensembles, la classe ou extension
1. U est Ă noter que la classe P comprend par dĂ©finition les arguments donnant une valeur fausse h la fonction Ï(x) qui correspond Ă la proposition p : il ne sâagit donc pas des arguments vĂ©rifiant une fonction propositionnelle Κ(x), etc., simplement diffĂ©rente de ç(x). Par exemple si la fonction considĂ©rĂ©e ç(x) sâĂ©nonce « x est une pomme », la classe P comprendra tout ce qui nâest pas une pomme, et non pas tout ce qui vĂ©rifie les fonctions distinctes de âĄ(x), telles que Ï(x) = « jâaime les pommes », etc. Les deux significations ainsi caractĂ©risĂ©es peuvent dâailleurs converger, mais il importe de les distinguer en cas dâambiguĂŻtĂ©. Dâune maniĂšre gĂ©nĂ©rale, lâessentiel pour dĂ©terminer les classes P et P correspondant Ă la vĂ©ritĂ© et Ă la faussetĂ© dâune proposition p est de partir de la classe totale T servant de rĂ©fĂ©rentiel Ă la proposition p et aux propositions q, r, etc. auxquelles elle est liĂ©e (cette classe totale ne se confond pas nĂ©cessairement avec 1â« univers du discours » et il y a au contraire toujours avantage Ă la restreindre) : câest alors en partageant cette classe T en classes complĂ©mentaires P et P que celles-ci sont bien dĂ©finies. Par exemple en une suite de relations A<B ;B<=C ;C< DâŠ, si la proposition p exprime la relation A < B, la classe T sera constituĂ©e par lâensemble des termes sĂ©riĂ©s ABCâŠ, la classe P comprendra le seul terme A (qui est seul < B parmi les T), tandis que la classe P, correspondant Ă p, sera formĂ©e de tous les termes B, C, DâŠ, qui ne sont pas †B parmi les T. La correspondance entre les propositions et les classes est donc aisĂ©e Ă Ă©tablir dans le domaine des propositions portant sur des classes « faiblement » ou « semi-structurĂ©es » (dĂ©finitions 11 et 12). Quant aux propositions mathĂ©matiques en gĂ©nĂ©ral, lâexemple dâune logique aussi exigeante que la âą logique sans nĂ©gation » construite par Griss en vue de satisfaire lâintuitionisme de Brouwer (voir plus loin § 49) montre quâil est possible dâexprimer toute nĂ©gation propositionnelle p par un rapport de diffĂ©rence fondĂ© sur la seule complĂ©mentaritĂ© (contrairement Ă Griss, nous admettons_dâailleurs la possibilitĂ© des classes nulles, tant pour P que pour P).
2. La classe PQ étant alors vide.
totale T correspondra Ă lâensemble rĂ©fĂ©rentiel considĂ©rĂ©, tandis que les 16 arrangements possibles (y compris O et T lui-mĂȘme) constitueront 1â« ensemble des parties » correspondantes [câest-Ă - dire « Part. (T) » au sens de la dĂ©finition 31]. Mais il est Ă noter que si lâon traduit ces classes P, Q, P et Q en langage dâensembles on ne fait appel, en ces ensembles, quâaux rapports dâinclusion et de complĂ©mentaritĂ©, câest-Ă -dire aux relations entre la partie et le tout, par opposition Ă la multiplication des Ă©lĂ©ments (« produit » des ensembles : voir § 23) ou aux rapports de « puissance » (dĂ©finition 31). Autrement dit, on ne dĂ©passe pas la structure de la quantitĂ© intensive, donc du groupement.
Or, de ce dernier point de vue, deux remarques sâimposent dâemblĂ©e. La premiĂšre est que, si les groupements de classes (et de relations) obĂ©issent exclusivement au principe de la partition dichotomique (complĂ©mentaritĂ©), il en est de mĂȘme de la dichotomie des classes P et P (oĂč P = T â P) ou Q et Q (oĂč Q = T â Q), ainsi que de la logique bivalente des propositions tout entiĂšre, qui ignore dâautres valeurs que le vrai p et le faux p (par opposition aux logiques polyvalentes dont nous parlerons au chapitre VIII). En second lieu le systĂšme multiplicatif des classes dont nous partons, soit (P + P) Ă (Q + Q) = PQ + PQ + PQ + PQ constitue un « groupement » de forme IV, câest-Ă -dire de la forme que nous avons vu ĂȘtre la plus gĂ©nĂ©rale des groupements de classes. Ces deux remarques permettent dâentrevoir lâisomorphisme que nous trouverons (chapitre VI) entre les groupements intrapropositionnels et le groupement des opĂ©rations interpropositionnelles bivalentes.
Pour lâinstant, nous allons simplement examiner une Ă une chacune des colonnes du tableau 99 en lui faisant correspondre, pour en faire comprendre la signification, un « modĂšle » tirĂ© de la composition des quatre classes P, Q, P et Q. La traduction des propositions p et q dans ces modĂšles de classes reviendra donc Ă donner comme <ÎrĂ©alisations » des propositions p et q des Ă©noncĂ©s de la forme « xeP » et « rreQ » (câest-Ă -dire « a ; appartient Ă la classe P », etc.) la proposition Ă©tant vraie (p) quand « ÊeP » est vrai, et fausse (p) quand « axP » est vrai. De plus nous choisirons chaque fois comme exemple un modĂšle tirĂ© de classes « faiblement structurĂ©es » (dĂ©finition 11), de maniĂšre Ă faire voir que les modĂšles, les plus Ă©lĂ©mentaires possibles, suffisent Ă constituer une rĂ©alisation complĂšte du calcul des propositions.
Introduisons, dâautre part, deux signes, dont nous nous servirons constamment dans la suite et que nous dĂ©finirons plus loin dâune maniĂšre plus approfondie : le signe (v) correspondant Ă lâaddition des classes (+) et leââsigne (âą) correspondant Ă leur intersection ou partie commune ( Ă voir dĂ©finition 21). Ainsi (p âšÂ q) correspondra Ă (P + Q) et (p âą q) Ă (P X Q), câest-Ă -dire Ă la partie commune PQ.
Exemple : Si P reprĂ©sente la classe des animaux marins et Q celle des VertĂ©brĂ©s, alors P+Q =les animaux marins et les VertĂ©brĂ©s et P ĂQ = PQ = les VertĂ©brĂ©s marins. Si nous traduisons la chose en termes de propositions de la forme « zΔ(P + Q) » et « xΔ(PQ) », nous aurons alors p âšÂ q = « a : est un animal marin ou un VertĂ©brĂ© (ou les deux) » et p âą q = « a : est un VertĂ©brĂ© marin ». Le signe (v) se lit donc « ou », dans le sens de « p est vraie ou q est vraie, ou toutes deux sont vraies » et le signe (â ) se lit « et« dans le sens « p et q sont vraies Ă la fois ».
I. Lâaffirmation complĂšte : (p * q)
On dĂ©signe ordinairement sous le nom de « tautologie » lâarrangement n° 1 (pq ; pq ; pq ; pq) qui
Fig. 19. â Lâaffirmation complĂšte.
(En cette figure, comme en toutes les suivantes, jusquâĂ la figure 34, le cercle de gauche reprĂ©sente la classe P et le cercle de droite la classe Q.)
correspond Ă une affirmation simultanĂ©e des quatre couples possibles entre p et q. Nous prĂ©fĂ©rons appeler cette opĂ©ration 1â« affirmation complĂšte », Ă©tant donnĂ© les nombreux sens distincts attribuĂ©s au terme de tautologie. De plus cet arrangement nâest en gĂ©nĂ©ral pas dĂ©signĂ© par un symbole particulier (sauf en un sens plus large). Nous emploierons au
contraire un symbole distinct (* ) pour, reprĂ©senter lâaffirmation complĂšte en tant quâopĂ©ration, car il nous sera indispensable dans la suite : lâexpression (p * q) signifiera donc dĂ©sormais que p et q sont affirmĂ©es selon les quatre combinaisons pq, pq, pq et pq rĂ©unies.
Du point de vue des rapports entre classes, lâaffirmation complĂšte (p*q) correspond Ă la multiplication bi-univoque :
(PÂ +Â P) X (QÂ +Â Q)Â =Â PQÂ +Â PQÂ +Â PQÂ +Â PQ
(voir la figure 19). En termes de propositions, lâaffirmation complĂšte sâĂ©crira donc f
(101) (p*q) = (p â q)v (p â q)v (p â q) âšÂ (p â q)

Exemple : Si p = « x est un VertĂ©brĂ© (P) » et si q = « x est pourvu de poumons (Q) » alors les quatre combinaisons suivantes peuvent ĂȘtre vraies : p âą q (= « x est un VertĂ©brĂ© pulmoné ») ; p â q (= « x est un VertĂ©brĂ© non pulmoné ») ; p âą q (= « x nâest pas vertĂ©brĂ©, mais est pulmoné ») ; et p âą q (= « x nâest ni VertĂ©brĂ© ni pulmoné »).
Lâaffirmation complĂšte est dite tautologique, indĂ©pendamment de son contenu, en ce sens quâelle affirme simultanĂ©ment tous les cas possibles. Cela signifie donc que p et q ne sont ni incompatibles lâun avec lâautre, ni impliquĂ©s lâun par lâautre.
Exemple : Si p signifiait « x est MammifĂšre » et q = « x est pulmoné », la combinaison p âą q serait fausse, puisquâil nây a pas de MammifĂšres sans poumons : il nây aurait donc pas « affirmation complĂšte » (p * q), mais implication.
II. La négation complÚte : (o)
LâopĂ©ration complĂ©mentaire de lâaffirmation complĂšte, câest-Ă -dire celle qui la nie, sera la « nĂ©gation complĂšte », telle que chacune des quatre combinaisons p â q\ p â qâ, p â q et p âą q soit fausse. La nĂ©gation complĂšte Ă©quivaudra donc Ă un arrangement total quadruplement vide, que nous dĂ©signerons par le symbole (o) :
(102) (o) = (o) âšÂ (o) âšÂ (o) âšÂ (o)
On désigne souvent cet arrangement du terme de « contradiction », mais nous ne saurions suivre
Fig. 20. â La nĂ©gation complĂšte.
cet usage, et cela pour deux raisons. La premiĂšre est quâil sâagit dâune vĂ©ritable opĂ©ration, qui exprime non pas la contradiction en tant quâĂ©tat, mais le fait quâune opĂ©ration en nie ou en « contredit » une autre (cf. une opĂ©ration directe et son inverse)1. La meilleure preuve quâil sâagit dâune opĂ©ration est que la nĂ©gation complĂšte constitue la
nĂ©gation de lâaffirmation complĂšte (la barre sur lâensemble dâune expression signifie sa nĂ©gation).
(103) (p^q) = (p âąÂ ?) âšÂ (p âą y) âšÂ (p ⹠ç) âšÂ (p âą q) = (o) âšÂ (o) âšÂ (o) âšÂ (o)
1. La nĂ©gation complĂšte joue alors le rĂŽle dâ« opĂ©ration identique ». Voir § 39.

Dâautre part, ce quâon appelle couramment « contradiction » nâest en gĂ©nĂ©ral pas constituĂ© par la prĂ©sente liaison. Par exemple les deux propositions « x est un Mollusque » et « x est un VertĂ©bré » ne sont pas Ă proprement parler contradictoires, mais incompatibles (voir V). La plupart des affirmations dites contradictoires sont des exclusions rĂ©ciproques et des incompatibilitĂ©s. Câest le cas notamment de lâexpression usuelle du principe de non-contradiction (p âą p = o), qui est une exclusion rĂ©ciproque (voir XII) de p et de p !
III. La disjonction non-exclusive ou trilemme1Â : (pvq)
Supposons maintenant que soient vraies les associations p ⹠q ; p ⹠q et
Fig. 21. â La disjonction non-exclusive.
p âą q, mais que p âą q soit fausse. Lâarrangement ainsi constituĂ© entre p et q exprimera alors une alternative, mais Ă trois branches, donc un trilemme : ou p est vraie, ou q est vraie ou toutes les deux sont vraies, mais il est exclu que lâun de ces trois cas soit faux. Lâalternative correspond, en langage de classes, Ă la rĂ©union de deux classes partiellement disjointes : PQ + PQ + PQ, avec exclusion de PQ. DâoĂč, en langage de propositions :
(104) (p âšÂ q) = (p âą q) y (p . q) âšÂ (p âą q)
Exemple (voir fig. 21) : Si P = les VertĂ©brĂ©s pulmonĂ©s et Q = les VertĂ©brĂ©s Ă branchies,il existe des VertĂ©brĂ©s Ă poumons sans branchies (PQ), des VertĂ©brĂ©s Ă branchies sans poumons (PQ) et des VertĂ©brĂ©s rentrant dans les deux classes Ă la fois (PQ), mais il nâexiste pas de VertĂ©brĂ©s sans branchies ni poumons. Si p = axP, si q = ÊeQ (et si T = P + Q), on a bien alors p âšÂ q, câest-Ă -dire (p âą q) âšÂ (p âą q) âšÂ (p âą q}.
1.

IV. La négation conjointe : (p-q)
LâopĂ©ration complĂ©mentaire du trilemme (donc sa nĂ©gation) est constituĂ©e par lâaffirmation de p âą q, puisque cette association est exclue dans lâopĂ©ration III.
Lâaffirmation de p â q (avec exclusion des trois autres possibilitĂ©s) se traduit par « ni p ni g ». En terme de classes, elle correspond donc Ă la partie complĂ©mentaire de (PQ + PQ + PQ), câest-Ă - dire Ă (PQ) :
Fig. 22. â La nĂ©gation conjointe
Exemple : Si P = les Invertébrés pluricellulaires et Q = les Verté
brĂ©s, le produit PQ sera constituĂ© par les Protozoaires qui ne sont « ni P ni Q ». Si p = xzP et q = kQ, on a donc pour les Protozoaires, vĂ©ritĂ© de p â ^q.
La nĂ©gation conjointe exprime ainsi la nĂ©gation de lâalternative :
(105) (p âą q) = (p âąÂ ?) âšÂ (p âą g) âšÂ (p âą q)
câest-Ă -dire quâĂ elles deux elles donneraient une « affirmation complĂšte » : en rajoutant [v (p â g)] Ă (p âą q) âšÂ (p âą q) âšÂ (p â q), on retrouve en effet la formule (101).
V. Lâincompatibilité : (p|q)
Admettons maintenant que la premiĂšre association (p â q) fasse dĂ©faut : cela signifie alors que p est
incompatible avec q puisque la prĂ©sence de lâune de ces deux propositions nâest compatible quâavec lâabsence de lâautre :
(106) (pâŁg)=(p âg) âšÂ (pâg) âšÂ (p -q)
Exemple : Si p = « x est VertĂ©brĂ© (P) » et si q = « x est Insecte (Q) », la classe PQ reste vide, tandis que les P sont tous PQ, les Q tous PQ et quâil existe
Fig. 23. â LâincompatibilitĂ©.
des PQ. Si les PQ nâexistaient pas, câest-Ă -dire si tous les animaux (T) Ă©taient VertĂ©brĂ©s ou Insectes, il nây aurait alors pas seulement incompatibilitĂ©, mais « exclusion rĂ©ciproque » (voir XII).


VI. La conjonction : (p ⹠q)
La nĂ©gation de lâincompatibilitĂ© (opĂ©ration complĂ©mentaire) sera lâaffirmation de (p âą q) puisque seulo
cette association est niée par (p\q) :
(107) (pâq)=(p-q)^(pâq)^(pâq)
La conjonction (p âą q) est par dĂ©finition lâaffirmation simultanĂ©e de deux propositions : « p et q Ă la fois ».
Exemple : Si p = « x est un animal aquatique (P) » et q = « x est un Mam
mifÚre (Q) », la conjonction (p ⹠q) sera vraie des Cétacés et correspondra à la seule classe PQ.
Fig. 24. â La conjonction.
VII. Lâimplication : (pz>q)
Si les conjonctions (p â q) ; (p â q) et (p âą q) sont vraies tandis que p âą q est fausse, il y a alors implication dans le sens (asymĂ©trique) « p implique q » :
(108) (p^ q) = (p âą q) âšÂ (p âą q) âšÂ (p â q)
En termes de classes lâimplication correspond ainsi Ă lâinclusion PÂ <Â Q, laquelle laisse vide la classe (PQ).
Exemple : Si p = « x est MammifÚre (P) » et q = « x est Vertébré (Q) », on a alors trois seuls cas vrais PQ (les MammifÚres qui sont tous Vertébrés),
Fig. 25. â Lâimplication.
PQ (les VertĂ©brĂ©s autres que les MammifĂšres) et PQ (les non MammifĂšres non VertĂ©brĂ©s). Mais la classe PQ est nulle parce quâil nâexiste pas de MammifĂšres non VertĂ©brĂ©s : la classe P est donc incluse en Q, dâoĂčp d q par exclusion de p âą q.


VIII. La non-implication : (p-q) ou (p =>q)
La nĂ©gation de lâimplication est lâopĂ©ration p âą q complĂ©mentaire depz q, puisque
cette conjonction p âą q est la seule exclue par lâimplication :
(109) p -q = p^q
= (p â q)y (p âą q)y (p-q)
Du point de vue des rapports entre classes, la non-implication correspond donc Ă la classe PQ.
Fig. 26. â La non-implication.
IX. Lâimplication inverse : (p c q) ou (q ⥠p)
Lâimplication est une relation asymĂ©trique entre propositions (comme lâinclusion entre les classes) et lâimplication (p â q) nâĂ©quivaut donc point Ă (qz>p). On appelle ordinairement « implication inverse » lâopĂ©ration (q ⥠p), mais il sâagit ici dâune inversion dans le sens de la
Fig. 27. â Lâimplication invebse.


rĂ©ciprocitĂ© et non pas de la complĂ©mentaritĂ© simple ou nĂ©gation (en effet q ⥠p est compatible avec pz q bien que lâune des implications nâentraĂźne pas nĂ©cessairement lâautre, tandis que deux opĂ©rations inverses dans le sens de la complĂ©mentaritĂ© ou nĂ©gation sont la « nĂ©gation complĂšte » lâune de lâautre) :
(110) (p c q) = (q ⥠p) = (p . q) âšÂ (p . q) y (p . q)
Le symbole (p c q) se lit : « p est impliquĂ© par g » et le symbole Ă©quivalent (q â p) se lit : « q implique p ». Pour illustrer la chose en termes de classes, il suffit de reprendre lâexemple de VII en intervertissant la signification des termes P et Q.
X. La non-implication inverse : (q^p) ou (p â q)
Câest lâopĂ©ration complĂ©mentaire de IX (sa nĂ©gation).
Soit :
(111) (q^p)
= (p âą q)v (p â q)v (p â q)Â =Â (P â q)
On constate que cette opération constitue la réciproque de VIII, la conjonction p ⹠q correspondant à la classe PQ (voir fig. 28).
Fia. 28. â La non-implication.
XI. LâĂ©quivalence : (p = q) ou (p q)
Supposons maintenant que seules soient vraies les conjonctions p âą q et p âą q, tandis que p â q et p âą q restent fausses : cela signifie que quand p est vraie, q lâest aussi (conjonction) et que p est fausse q lâest aussi (nĂ©gation conjointe) : p est donc Ă©quivalent Ă q. Dâautre part, exclure p âą q etp-q signifie exclure la non-implication entre p et q ainsi quâentre q et p : câest donc affirmer que p et q sâimpliquent rĂ©ciproquement, ce qui est une autre maniĂšre dâexprimer lâĂ©quivalence :
(112) (p = q) = (p ^q) = (p ⹠q) y (P ⹠q)
On peut donner comme modĂšle de classes le cas des classes prĂ©sentant les mĂȘmes Ă©lĂ©ments.
Fia. 29. â LâĂ©quivalence.
Exemple : P = les Protozoaires et Q â les InvertĂ©brĂ©s non pluricellulaires. DâoĂč, si p = wP, et si q = ĆQ, lâĂ©quivalence (p âą q) âšÂ (p âą q) parce que les classes PQ et PQ sont vides.
Mais lâĂ©quivalence peut aussi correspondre Ă une vicariance entre classes, comme nous le verrons plus tard. LâĂ©quivalence est symbolisĂ©e par les signes =, ⥠(en cas dâidentitĂ©) et surtout Ć et est aussi


appelĂ©e « homologie ». Mais il est inutile de compliquer le vocabulaire et le symbolisme : lâĂ©quivalence entre proposition exprime, en effet, comme tout autre Ă©quivalence, la possibilitĂ© dâune substitution.
XII. La disjonction exclusive ou exclusion réciproque : (p^q)
La nĂ©gation de lâĂ©quivalence (câest-Ă -dire sa complĂ©mentaire) est lâopĂ©ration qui affirmera la vĂ©ritĂ© de p âą q et de p âą q et niera celle de p âą q et de p âą q. Or, affirmer p âą q et p â q seuls, câest exprimer lâexclusion rĂ©ciproque de p et de q : ou p est vraie, et q est fausse,

Fig. 30. â Lâexclusion rĂ©ciproque. ?
Â
ou rĂ©ciproquement. Lâexclusion rĂ©ciproque est donc un dilemme, par opposition au trilemme (voir III). Aussi est-ce utile, lorsquâil sâagit de distinguer le « ou⊠ou »(le tiers Ă©tant exclu) du « ou⊠ou⊠ou les deux » (trilemme) de symboliser lâexclusion par un signe spĂ©cial (w par opposition Ă v). Mais en pratique on se sert ordinairement du mĂȘme signe (v) pour les deux. Il ne sâagit cependant pas de la mĂȘme opĂ©ration, puisque lâexclusion rĂ©ciproque est une Ă©quivalence nĂ©gative et le trilemme une simple disjonction partielle (comprenant lâassociation p âą q). Lâexclusion (w) correspond ainsi Ă lâaddition disjonctive des classes (fig. 30) et lâalternative (v) Ă lâaddition non disjonctive.
Exemple : Si P = les VertĂ©brĂ©s et Q =.les InvertĂ©brĂ©s, la classe totale T Ă©tant celles des Animaux, on a PQ et PQ, mais ni PQ ni PQ. Si p = xzP et q = aΔQ, la formule de lâexclusion est donc bien :
(113) (p^q)Â =Â (pâq)^ (p-q)
ce qui contredit ou « nie complĂštement » lâĂ©quivalence (p âąÂ ?) âšÂ (p âą q).
XIII. Lâaffirmation de p : symbole p[q]
Admettons maintenant que les conjonctions (p â q) et (p âą q) soient seules vraies. Il y a dans ce cas simple affirmation de p conjointement avec soit q, soit q :
(114) p[ç] = (p âą q) âšÂ (p âą q)
Exemple : Soit ainsi une classe P telle que P soit nulle : par exemple P = les animaux qui respirent (il nây en a point dâautres) ; et soit Q = les ⣠animaux Ă poumons. On a alors PQ + PQ, mais ni PQ ni PQ (si la classe totale est T = les animaux). DâoĂč si p = xΔP et q = xΔQ lâaffirmation
= (P âąÂ ?) v (P â ÎČ)â


XIV. La négation de p : symbole p[q]
Inversement, si (p âą q) et (p â q) sont seuls vrais, par opposition Ă (p âą q) et (p âą q), lâopĂ©ration revient Ă nier p tout en affirmant q ou q :
(115) p[q}Â =Â (p âą q) (p â q)
Exemple : P = les Immortels, Q = les VertĂ©brĂ©s et Q = les InvertĂ©brĂ©s, la classe totale T Ă©tant celle des animaux. Seules alors les classes PQ et PQ sont non vides (fig. 32). DâoĂč si p = âPet q = xΔQ, la proposition (115).
XV. Lâaffirmation de q : symbole q[p]
Si maintenant (p â q) et (p âą q) sont seuls vrais, Ă lâexclusion de (p âą q) et de (p â q), il y a affirmation de q conjointement avec soit p soit p.  Câest lâopĂ©ration symĂ©trique du n° XIII. DâoĂč :
(116) g[p]Â =Â (p âą q) y (p âą q)
Le modĂšle correspondant de classes est PQÂ +Â PQ.
XVI. La négation de q : symbole q[p]
Enfin, si (p-q) et (p-q) sont vrais, Ă lâexclusion de (p âą q) et de (p âą q), il y a nĂ©gation de q. DâoĂč :


Au total, on constate que les seize arrangements possibles au moyen des propositions p et q selon leurs valeurs de vĂ©ritĂ© et de faussetĂ© correspondent chacune Ă une opĂ©ration interpropositionnelle distincte, Ă signification bien dĂ©finie. On constate de plus que chacune de ces opĂ©rations admet la rĂ©alisation dâun modĂšle tirĂ© de la logique des classes et exprimant les propositions p et q sous la forme dâun Ă©noncĂ© dâappartenance (mĂȘme Ă des « classes faiblement structurĂ©es » comme en tĂ©moignent nos exemples). Cette correspondance est bi-univoque ; elle est en outre rĂ©ciproque, puisque les arrangements possibles tirĂ©s de la multiplication des classes (P + P) Ă (Q + Q) = PQ + PQ + PQ + PQ sont Ă©galement au nombre de seize et que les opĂ©rations (v) et (âą) correspondent aux opĂ©rations (+) et ( X ). Ce sĂŽnt ces correspondances qui assurent aux seize opĂ©rations interpropositionnelles une signification concrĂšte.
§ 29. Les quatre liaisons dâune proposition avec elle-mĂȘme, les 256 liaisons ternaires et le problĂšme des liaisons dâordre supĂ©rieur
A suivre lâordre de succession que prescrit lâatomisme logique, nous eussions dĂ» commencer par parler des quatre liaisons dites « uninaires », qui sont les seules liaisons possibles dâune proposition avec elle-mĂȘme : pp ; pp ; pp et pp. Mais une proposition nâexiste jamais Ă lâĂ©tat isolĂ©, logiquement pas plus que psychologiquement. Aussi nâen vient-on Ă composer une proposition avec elle-mĂȘme
que par extension des liaisons binaires. DâoĂč les significations suivantes :
(118) p-p = p ; p-p = p ; -p = oâ pvp = Ï
oĂč p âą p est le symbole de la contradiction et oĂč p âšÂ p = T exprime que « p ou p » est toujours vrai. Cette derniĂšre formule reprĂ©sente donc le principe du tiers exclu, principe fondamental de la logique bivalente (par opposition aux logiques polyvalentes qui sâĂ©lĂšvent Ă un principe du nĂšme exclu).
Ces propositions comportent certaines compositions élémentaires :
â (119) p = p ; = p ; etc.
câest-Ă -dire quâune double nĂ©gation est une affirmation, une triple nĂ©gation Ă©quivaut Ă une nĂ©gation simple, etc.
Mais surtout, il est possible dâappliquer Ă une seule proposition p les seize opĂ©rations binaires Ă©numĂ©rĂ©es prĂ©cĂ©demment. On aura alors : r
f-âP
(120) (p * p) = (pvp) (p | p)  = p (p c p) =p p[p]  = p
(o)Â =Â p â p (p âą p) Â =Â p (p- p) Â =Â o _ p[p] Â =Â p
(pjp)=p (p^p)= (p = p)  = pv P p[p]  = P
(p- p)Â =Â p (p â p) Â =Â o (pw p) Â =Â o p[p] Â =Â p
LâopĂ©ration (p w p) donne o parce quâelle Ă©quivaut Ă une exclusion, câest-Ă -dire, en termes de classes, Ă une addition des parties non communes, qui sont alors nĂ©cessairement nulles.
Cela dit, que sont maintenant les liaisons possibles entre trois propositions quelconques : p, q et r ? Il en existe 256, correspondant Ă 1â« ensemble des parties » dâun ensemble formĂ© de trois sous- ensembles P, Q et R et de leurs complĂ©mentaires ; ces 256 liaisons correspondent Ă©galement Ă tous les arrangements Ăque lâon peut tirer de la multiplication bi-univoque des classes :
(PÂ +Â P) X (QÂ +Â Q) X (RÂ +Â R)
Mais, sâil est encore intĂ©ressant de faire lâĂ©numĂ©ration de ces 256 liaisons ternaires1, elle est dâautant moins indispensable quâelle est, Ă elle seule, incomplĂšte, puisque les liaisons entre quatre, cinq, six, etc., propositions conduisent rapidement Ă des nombres astronomiques.
1. On la trouvera dans M. Boll, Manuel de logique scientifique.
Or, rien nâest plus propre Ă faire apercevoir lâinsuffisance de lâatomisme logique que cette seule considĂ©ration. Aucune dĂ©duction ne consiste en fait Ă Ă©numĂ©rer au prĂ©alable les 4.294.967.296 arrangements possibles au moyen de cinq propositions pour en tirer ensuite les liaisons cherchĂ©es. Et pourtant lâaxiome unique sur lequel Nicod a montrĂ© que lâon pouvait fonder la logique des propositions (voir § 35) utilise prĂ©cisĂ©ment cinq propositions. Il y a donc lĂ un problĂšme : « les logiciens, dit Serrus, ont sur ce point des scrupules tout Ă fait lĂ©gitimes. La logique a besoin dâun dĂ©nombrement complet. Câest seulement Ă ce prix quâelle peut constituer un systĂšme rigoureux, un systĂšme clos⊠Il ne saurait y avoir de logique formelle quâĂ cette condition »1. Mais tĂŽt aprĂšs, Serrus avoue que les logiciens sont « arrĂȘtĂ©s par la trop grande complication des combinaisons. Mais nous savons du moins que le dĂ©nombrement complet est possible, et cela suffit, en un sens »2. On ne saurait plus clairement concĂ©der que ce « dĂ©nombrement complet » est donc inutile. Quelle est alors sa signification ?
Dans le cas des liaisons ternaires, celui des systĂšmes de trois propositions unies au moyen de deux relations, on voit dâemblĂ©e que le nombre des combinaisons des vĂ©ritĂ©s et des faussetĂ©s caractĂ©risant 1â« affirmation complĂšte » nâest plus quatre, comme pour les liaisons binaires, mais huit, puisque chaque couple (p âą q) ; (p âą q) ; (p â q) et (p âą q) est Ă associer soit Ă r, soit Ă r. DâoĂč :
(121) (p *q *r) = (p â q âą r) âšÂ (p âą q â r) âšÂ (p âą q âą r) âšÂ (p-q-r) âšÂ (p â q âą r) âšÂ (p âą q âą r) âšÂ (p âą q âą r) âšÂ (p âą q âą r)
Or, dans ce cas, comme dans celui de la tautologie binaire, les associations en jeu correspondent à des combinaisons multiplicatives de classes. En effet, le produit de la multiplication :
(PÂ +Â P)Â ĂÂ (QÂ +Â Q)Â ĂÂ (RÂ +Â R)
est formé de huit classes :
(PQR)Â +Â (PQR) _+ (PQR)Â +Â (PQR)_
+ (PQR) + (PQR) + (PQR) + (PQR) dont chacune correspond à une association déterminée de la proposition 121 (voir fig. 35).
1. Op. cit., p. 46.
2. Ibid., p. 47.
4
On obtient alors les 256 liaisons ternaires en dĂ©taillant 1 arrangement Ă huit associations vraies (câest lâaffirmation complĂšte de la proposition 121, correspondant aux huit classes de la figure 35), 8 arrangements Ă sept âą associations vraies (correspondant Ă sept quelconques des classes de la figure 35), 28 arrangements Ă six associations vraies (correspondant Ă six quelconques des classes de la figure 35), 56 arrangements Ă cinq associations vraies, 70 Ă quatre, 56 Ă trois, 28 Ă deux, 8 Ă une seule association vraie (correspondant Ă chacune des classes de la figure 35) et 1 Ă aucune association vraie (« nĂ©gation complĂšte »).
Quant aux liaisons de quatre propositions (p, q, r et s) on les obtiendra en associant chacune des conjonctions de la proposi-
Fio. 35.
tion 121 Ă s ou Ă s, dâoĂč seize associations de base, qui correspondent Ă nouveau Ă une multiplication de classes :
(PÂ +Â P) X (QÂ +Â Q) X (RÂ +Â R) X (SÂ +Â S)
Les arrangements possibles sont alors de 65.536 en termes de classes comme de propositions. .
La connaissance de, certains de ces arrangements ternaires et quaternaires est naturellement indispensable1, pour ce qui est en particulier des suites transitives, ainsi que des rĂšgles dâassociativitĂ© [p âšÂ g] âšÂ r = p v [g âšÂ r] ou de distributivitĂ©, etc. Mais, en ce qui concerne le « dĂ©nombrement complet », deux remarques permettent de substituer Ă cet idĂ©al atomistique un autre idĂ©al qui cherchera la fermeture du systĂšme dans la structure de sa totalitĂ© et non plus dans lâĂ©numĂ©ration, impossible en fait, de ses Ă©lĂ©ments.
1. En ce qui concerne le mécanisme des transformations ternaires, voir § 39, sous E.

En premier lieu, mĂȘme si lâon se place au point de vue dâune pure combinatoire, il convient de se rappeler que les combinaisons nâexistent pas indĂ©pendamment des opĂ©rations qui les engendrent, . et que les opĂ©rations demeurent toujours les mĂȘmes. Si lâon compare les « affirmations complĂštes » correspondant Ă une seule proposition (p âšÂ p) Ă deux propositions (p â q) âšÂ (p âą q) âšÂ (p âą g) âšÂ (p âą q), Ă trois propositions (voir proposition 121), Ă quatre, etc., on constate dĂ©jĂ que les seules opĂ©rations en jeu sont lâaffirmation et la nĂ©gation combinĂ©es avec lâalternative (v) et la conjonction (â ). Toutes les autres opĂ©rations consistant elles-mĂȘmes en des transformations de ces « affirmations complĂštes », il est donc clair que le nombre des termes ne change rien aux opĂ©rations elles-mĂȘmes. Le problĂšme de la logique formelle nâest donc pas de dresser un catalogue exhaustif des milliards dâarrangements possibles, comme sâil sâagissait dâespĂšces zoologiques dont lâinventaire prĂ©sente un intĂ©rĂȘt en lui-mĂȘme : il est de rĂ©duire les liaisons les unes aux autres et dâanalyser leurs transformations comme telles. La question centrale est alors une question de totalitĂ© opĂ©ratoire et non plus de dĂ©nombrement atomistique.
En second lieu, si lâon peut rĂ©duire les formes ternaires, etc., Ă des liaisons binaires et remonter de celles-ci Ă celles-lĂ , le problĂšme essentiel est de dĂ©terminer la structure du systĂšme dâensemble ainsi constituĂ©, que cette structure soit celle des rĂ©seaux, des groupes ou des groupements. Or la logique des classes et des relations nous a fourni un modĂšle acceptable : vaut-il encore dans le domaine des propositions ? Pour rĂ©soudre un tel problĂšme, il sâagit dâabord dâexaminer comment les seize opĂ©rations binaires peuvent ĂȘtre ramenĂ©es Ă quelques opĂ©rations fondamentales ; aprĂšs quoi nous chercherons si celles-ci sont gĂ©nĂ©ralisables lors de lâintroduction de propositions nouvelles et si elles engendrent de ce fait des structures cohĂ©rentes susceptibles dâun Ă©largissement indĂ©fini, sans quâil soit besoin de recourir au dĂ©nombrement comme tel de tous les arrangements possibles.
§ 30. Les transformations des liaisons binaires
Une thĂ©orie de la dĂ©duction ne saurait se satisfaire de lâexistence de seize opĂ©rations distinctes sans essayer dâĂ©tablir si elles ne constituent pas le rĂ©sultat de transformations successives relevant dâun systĂšme opĂ©ratoire unique. Nous avons dâailleurs dĂ©jĂ constatĂ©, au
cours de leur exposĂ©, que les opĂ©rations II, IV, VI⊠sont les complĂ©mentaires, câest-Ă -dire les inverses.au sens de la nĂ©gation, des opĂ©rations I, III, VâŠ, ce qui indique dâemblĂ©e le rĂŽle de la rĂ©versibilitĂ© dans la constitution de ce systĂšme. Il doit donc exister dâautres transformations possibles. La question est alors de rĂ©duire les opĂ©rations les unes aux autres, et câest ce quâont montrĂ© tous les auteurs. On a rĂ©alisĂ© cette rĂ©duction de façon explicite, en dĂ©gageant les lois de transformations dâune liaison Ă une autre. On lâa effectuĂ©e aussi de façon implicite lorsquâon sâest efforcĂ©, pour des raisons de simple Ă©conomie, de rĂ©duire le formulaire Ă quelques signes essentiels permettant dâexprimer simultanĂ©ment plusieurs liaisons. Mais, sâil y a ainsi rĂ©duction possible, il importe de saisir quâelle a ses limites, câest-Ă -dire que mĂȘme en Ă©crivant toutes les opĂ©rations au moyen dâun seul symbole, comme Sheffer y est parvenu avec lâincompatibilitĂ© (|), il demeure une pluralitĂ© de fonctions opĂ©ratoires distinctes : directes, inverses, rĂ©ciproques, corrĂ©latives, identiques. Du point de vue dâune logique des totalitĂ©s ce nâest donc ni la diversitĂ© ni la rĂ©duction Ă un symbole unique qui comptent en elles-mĂȘmes : ce sont les transformations comme telles et le systĂšme quâelles constituent Ă elles toutes.
I. Lâaffirmation complĂšte (tautologie)Â : (p*q)
On se rappelle (proposition 101) lâexpression de lâaffirmation complĂšte :
P* q = (P â q) âšÂ (p âą q) âšÂ (p âą q) âšÂ (p âą q)
Or, on constate que, tout en pouvant symboliser cette opĂ©ration par un signe spĂ©cial (p*q), son expression entiĂšre consiste en conjonctions (âą), disjonctions (v), affirmations et nĂ©gations. La chose nâest pas spĂ©ciale Ă lâaffirmation complĂšte, puisque, au § 28, nous avons dĂ©jĂ traduit chacune des seize opĂ©rations binaires dans ce mĂȘme langage.
Cette forme disjonctive (disjonction de conjonctions) que lâon peut ainsi donner Ă lâaffirmation complĂšte comme aux quinze autres opĂ©rations binaires est appelĂ©e « forme normale disjonctive » ou « premiĂšre forme normale ». LâidĂ©e de ramener toutes les opĂ©rations Ă des « formes normales », câest-Ă -dire homogĂšnes et donc comparables, est due Ă E. SchrĆder et a Ă©tĂ© largement utilisĂ©e depuis, en particulier par Hilbert. Leur emploi est spĂ©cialement fĂ©cond dans les axiomatiques ou lorsquâil sâagit de vĂ©rifier une dĂ©monstration : en mettant toutes les opĂ©rations sous forme de
disjonctions et de conjonctions, il est, en effet, facile de constater si le dĂ©veloppement en jeu contient des contradictions ou des tautologies. Hilbert a notamment montrĂ© que toute expression est tautologique quand, mise sous forme dâune suite de disjonctions p âšÂ p âšÂ q âšÂ râŠ, deux termes de cette suite (ici p et p) sont de signes contraires1.
Mais il nâexiste pas quâune forme normale disjonctive : il en existe une « seconde », ou « forme normale conjonctive » qui consiste Ă relier des disjonctions par des conjonctions : (p âšÂ q) âą (p vy)â(etc.). Nous verrons Ă propos de la disjonction (III) quels sont ses rapports gĂ©nĂ©raux avec la forme disjonctive. Dans le cas de lâaffirmation complĂšte, cette forme normale conjonctive est nulle : en effet, puisque lâaffirmation complĂšte (p * q) exprime la totalitĂ© (ou somme) des combinaisons possibles, la partie commune (âą) des alternatives quâelle rĂ©unit ne saurait quâĂȘtre nulle2.
II. La négation complÚte (contradiction) : (o)
La forme normale disjonctive de cette opération est (o). Quant à sa forme normale conjonctive, elle est donc :
(122) o = (p âšÂ q) âą (p âšÂ q) â (p âšÂ q) âą (p âšÂ q)
Reprenons, pour comprendre la chose, lâexemple que nous avons donnĂ© (§ 28, n° 1) de lâaffirmation complĂšte : p = « x est VertĂ©brĂ© (P) » et q = « o : est pulmonĂ© (Q) ». Il est alors facile de voir quâun Ă©lĂ©ment x qui serait Ă la fois (âą) VertĂ©brĂ© ou (v) pulmonĂ©, et VertĂ©brĂ© ou non-pulmonĂ© et non-VertĂ©brĂ© ou pulmonĂ© et non-VertĂ©brĂ© ou non-pulmonĂ©, est inexistant. La proposition (122) exprime donc bien la nĂ©gation complĂšte dite contradiction ; de plus lâopĂ©ration correspondante de classes donne Ă©galement (o) : en effet (P + Q) x (P + Q) x (P + Q) x (P + Q) = o.
III. La disjonction non-exclusive ou trilemme : (p âšÂ q)
Avec lâalternative (p âšÂ q) nous sommes en prĂ©sence dâune liaison qui est dâun rendement opĂ©ratoire remarquable, Ă©tant donnĂ© son caractĂšre commutatif et complet. Câest bien pour cette raison que la disjonction permet, en collaboration avec la conjonction, la mise en formes
1. On dira, en effet, en logique des propositions, quâune expression est tautologique quand elle est exacte pour nâimporte quelle valeur des combinaisons de base (p, q, etc.). Par exemple lâaxiome unique de Nicod (§ 35) est en ce sens une tautologie.
2. Serrusdonne comme forme normale conjonctive de la tautologie lâexpression (p vq)â(p vq)â(p vq)â(Ï vq). Mais câest lĂ une fĂącheuse erreur : il sâagit prĂ©cisĂ©ment en ce cas de la forme normale de la nĂ©gation complĂšte ou contradiction (voir II). Dâune maniĂšre gĂ©nĂ©rale, tout le tableau des formes normales conjonctives que fournit Serrus (p. 65) est Ă inverser, sauf pour les opĂ©rations que nous numĂ©rotons XII-XVI.
normales de lâensemble des liaisons binaires (et ternaires, etc.). Ses propres formes normales disjonctives et conjonctives sont1Â :
(Cf. proposition 104) p âšÂ q = (p âą q) âšÂ (p âą q) âšÂ (p âą q)
(123) (p âšÂ q)
Il convient donc de donner, Ă propos de lâalternative, un bref Ă©claircissement sur la portĂ©e gĂ©nĂ©rale des formes normales. Les deux pĂŽles extrĂȘmes entre lesquels sâĂ©tendent toutes les affirmations de la logique bivalente sont p â p Ă©quivalant Ă o (principe de non-contradiction) et pvp Ă©quivalant Ă tout (ou « toujours vrai », principe du tiers exclu) : ce sont ainsi une conjonction et une disjonction. On a par consĂ©quent cherchĂ© Ă exprimer sous cette mĂȘme forme toutes les opĂ©rations interpropositionnelles. Or, lâentreprise a pleinement rĂ©ussi, et, indĂ©pendamment de ses avantages pratiques (simplicitĂ© et pouvoir de vĂ©rification), la construction des formes normales prĂ©sente un triple intĂ©rĂȘt thĂ©orique. En premier lieu, elle montre comment toutes les liaisons binaires consistent en dĂ©compositions de 1â« affirmation complĂšte » (p*q) ; nous reviendrons sur ce fait fondamental, qui montre dâemblĂ©e lâunitĂ© opĂ©ratoire du systĂšme. En second lieu, la rĂ©duction de toutes les opĂ©rations Ă des disjonctions et conjonctions combinĂ©es prouve, comme nous y avons dĂ©jĂ insistĂ©, la capacitĂ© de transformation des opĂ©rations les unes dans les autres ; mais câest Ă la condition de respecter la bipolaritĂ© des opĂ©rations directes et inverses, par combinaison des (v) et des (âą) avec les affirmations et nĂ©gations.
En effet, et câest lĂ le troisiĂšme intĂ©rĂȘt essentiel de la thĂ©orie des formes normales, ce dualisme manifeste lâexistence dâun principe de rĂ©versibilitĂ© opĂ©ratoire : principe que nous croyons ĂȘtre celui de toute rationnalitĂ© et que nous retrouverons Ă titre de mĂ©canisme essentiel du « groupement » unique des opĂ©rations interpropositionnelles. La rĂ©versibilitĂ© propre aux « formes normales » sâexprime selon une loi que la thĂ©orie des classes a mise en Ă©vidence dans son propre champ et que lâon a ensuite appliquĂ©e Ă la logique des propositions, la loi de dualité :
RĂGLE DE DUALITĂ. â La nĂ©gation dâune forme normale sâobtient en substituant les nĂ©gations aux affirmations et. rĂ©ciproquement, ainsi que les conjonctions aux disjonctions et rĂ©ciproquement.
1. Voir lâexemple du § 28 sous III.
La loi de dualitĂ© fournit ainsi le moyen de procĂ©der Ă une inversion immĂ©diate des opĂ©rations, et ce rĂ©sultat capital rencontre exactement la distribution des mĂȘmes opĂ©rations selon leur caractĂšre complĂ©mentaire, telle quâelle a Ă©tĂ© exposĂ©e au § 28. Partons, pour illustrer la chose, de la forme normale conjonctive de la disjonction elle-mĂȘme, soit p âšÂ q. Si nous appliquons la rĂšgle de dualitĂ©, nous obtenons p âą g, câest-Ă -dire la nĂ©gation conjointe, qui est prĂ©cisĂ©ment (voir § 28 sous IV) lâopĂ©ration complĂ©mentaire de (p m q), donc son inverse : en effet ~p â q est celle des quatre associations de base (p âą q) âšÂ (p â q) âšÂ (p âą q) âšÂ (p âą q) qui manque Ă la forme normale disjonctive de la disjonction, soit (p âą q) âšÂ (p âą q) âšÂ (p âą q). On a donc :
(124) (pVq)Â =Â pâq et (p âą q)Â =Â (p y q)
Exemple : Si je nie lâalternative « ou terrestre ou aquatique ou les deux (amphibie) » jâobtiens « ni terrestre ni aquatique (ni par consĂ©quent amphibie non plus) ». Et rĂ©ciproquement, il est exclus quâun ĂȘtre vivant ne soit ni terrestre ni aquatique, il est lâun ou lâautre ou les deux.
De mĂȘme, si lâon applique la loi de dualitĂ© Ă la forme normale disjonctive du trilemme (p âšÂ q), on obtient :
(125) (p â q) y (p-q) y (p â q)Â =Â (p y q) â (p y q) â (p y q)Â =Â (p- q)
En effet lâexpression (p âšÂ q) âą (p âšÂ q) âą (p âšÂ q) est la forme normale conjonctive de la nĂ©gation conjointe (p âą q).
Partons du mĂȘme exemple (p âšÂ q) = terrestre ou aquatique. On a alors : si je nie le trilemme « ou p âą q (terrestre et non aquatique) ou p âą q (aquatique et non terrestre) ou p â q (amphibie) « jâobtiens ^pâq (ni terrestre ni aquatique) » par lâintermĂ©diaire de « à la fois p yq (non terrestre ou non aquatique) et p âšÂ q (non terrestre ou aquatique) et p âšÂ q (terrestre ou non aquatique ». La partie commune de ces trois dilemmes est, en effet, p âą q.
Un autre exemple dâapplication de la loi de dualitĂ© est celui qui relie les formules (101 et 122) de lâaffirmation et de la nĂ©gation complĂštes :
(126) (p-q)y (p-q)y (p-q)y (p-q)Â =Â (pyq)-(pyq)â(pyq)-(py q)
Le second membre de cette Ă©quation est bien identique Ă lâexpression (122), câest-Ă -dire quâil Ă©quivaut effectivement Ă (o), complĂ©mentaire de (p*q).
Quant aux propriĂ©tĂ©s do la disjonction elle-mĂȘme, on a notamment :
(127) (pvg)Â =Â (gvp)
(128) (p âšÂ q) âšÂ r = p âšÂ (q âšÂ r) â (p âšÂ q) âšÂ (p âšÂ r) = (p âšÂ q y r)
(129) p âą (q âšÂ r) = (p â q) âšÂ (p âą r)
Exemples : Pour (127) « x est terrestre ou aquatique » = « x est aquatique ou terrestre ». Pour (128) si p = « x est un animal terrestre », q = « x est un animal marin » et r= « x est un animal dâeau douce », alors les diverses distributions du mot « ou » sont Ă©videmment Ă©quivalentes. Pour (129) les mĂȘmes significations de p,qetr donnent : « x est Ă la fois terrestre et habitant soit la mer, soit les eaux douces » est Ă©quivalent à « x est Ă la fois terrestre et marin ou Ă la fois terrestre et dâeau douce ».
Enfin les relations de la disjonction avec les autres opérations comprennent en particulier les importantes transformations suivantes :
(130) (p âšÂ q) = (p | q)
En effet (p âšÂ q) Ă©tant la nĂ©gation de p âą q, on a donc p âšÂ q = p\q puisque lâincompatibilitĂ© (|) est la nĂ©gation de la conjonction (âą).
Exemple : Si une classe dâanimaux possĂšde nĂ©cessairement des poumons ou des branchies (p âšÂ q), lâabsence de poumons (p) est incompatible, pour cette classe, avec lâabsence de branchies (q), dâoĂč p\q.
(131) Pvq = pâq
En effet, en vertu de (104), on Ă Â :
P âšÂ q = (P âą q) âšÂ (p âą 5) âšÂ (p âą q) câest-Ă -dire (p âą q) âšÂ (p âą q) âšÂ (p âą q), ce qui est la formule de lâincompatibilitĂ© (p\q).
Exemple : « Un ĂȘtre vivant ou bien nâest pas vertĂ©brĂ© (p) ou bien nâest pas invertĂ©brĂ© (g) ou bien nâest ni lâun ni lâautre » Ă©quivaut à « ĂȘtre vertĂ©brĂ© est incompatible avec ĂȘtre invertĂ©bré ».
(132) (p vg)Â =Â (pâg)Â =Â (gâp)
Exemple : « a : est porteur de poumons, ou de branchies, ou des deux » signifie que pour x lâabsence de poumons implique la prĂ©sence de branchies et lâabsence de branchies implique la prĂ©sence de poumons.
(133) (pvq)Â =Â (p|?) =
Exemple : « Ou non-MammifÚre (p) ou Vertébré (q) » équivaut à « MammifÚre (p) est incompatible avec non-Vertébré (q) » et équivaut encore à « MammifÚre implique Vertébré ».
(134) (p vq)Â =Â (p\q)Â =Â q^p
MĂȘme exemple en intervertissant les significations de p et de q.
IV. La négation conjointe : (p ⹠q)
La forme normale disjonctive en est simplement p ⹠q, tandis que la forme conjonctive est :
(135) P - q = (pvq) â (pvq) â (pv q)
On a dĂ©jĂ vu (Ă propos de 125) comment sâexplique cette proposition 135.
La nĂ©gation de ces deux formes normales ramĂšne Ă la disjonction, puisque la nĂ©gation conjointe est lâinverse de la disjonction et que lâinverse de lâinverse est lâopĂ©ration directe :
(136) (p âšÂ q) â (p âšÂ q) â (p âšÂ q) = (p â q) âšÂ (p â q) âšÂ (p â q) = (p âšÂ q) et
Tâl = pyq
(Voir pour des exemples les propositions 124 et 125 en les inversant.)
V. Lâincompatibilité : (p\q)
Les deux formes normales dis- jonctives et conjonctives de lâincompatibilitĂ© nous sont connues par les propositions 106 et 131 :
p I q = (p âą q) âšÂ (p âą q) âšÂ (p âą q)
p\q = pvq
(Voir pour les exemples les propositions 106 et 131.)
Il est Ă noter que cette Ă©quivalence (pâq = pvq), qui constitue la rĂ©ciproque de lâĂ©quivalence pv q â p\q (proposition 130), confĂšre Ă lâincompatibilitĂ©, vis-Ă -vis de la disjonction, un rĂŽle bien dĂ©terminĂ©, que nous appellerons par la suite la « rĂ©ciprocité ». En effet (p | q), câest-Ă -dire (p âšÂ q), nâest pas lâinverse de (p âšÂ q), puisque cette inverse est p âą q : câest la mĂȘme opĂ©ration que (p âšÂ q), mais entre propositions niĂ©es (p et q). Il faut donc bien distinguer p âšÂ q = pâq et p yq = p\q (propositions 124 et 131).
Exemple : Si (p âšÂ q) signifie « x a des poumons ou des branchies (ou les deux Ă la fois) », la nĂ©gation (p âšÂ q) signifie « sans poumons ni branchies »
(donc respirant par la peau), tandis que (p âšÂ q) signifie « ou sans poumons ou sans branchies » (donc la prĂ©sence des poumons est alors incompatible avec celle des branchies, tous deux pouvant dâailleurs faire dĂ©faut).
LâincompatibilitĂ© (p | q) Ă©quivaut, dâautre part, aux implications suivantes :
(137) (pâq)Â =Â (p=>q)Â =Â (q^p)
Exemple : « Végétal incompatible avec animal » signifie que « x est végétal » implique « x est non-animal » et que « x est animal » implique « x est non-végétal ».
En effet, lâimplication (p d q) Ă©quivaut en vertu de la proposition 108 (§ 28 sous VII) Ă Â :
(138) (p^q)Â =Â (p âq)y (p âq)y (p-q)
Exemple : « VĂ©gĂ©tal implique non-animal » implique que « x peut ĂȘtre vĂ©gĂ©tal et non-animal ou ni vĂ©gĂ©tal ni animal ou non-vĂ©gĂ©tal et non non- animal ».
Or, puisque p -q = p â q, cette expression (138) est identique Ă p\q â p âą q âšÂ p âą g vp â q. En outre, on peut retraduire lâexpression (p ⥠q) en langage dâincompatibilitĂ©. DĂ© ce point de vue la nĂ©gation q est lâincompatibilitĂ© de cette proposition q avec elle-mĂȘme, soit (q = q\q). Quant Ă lâimplication (p^q), elle est lâincompatibilitĂ© de la proposition p avec la nĂ©gation de q puisque la non-implication (p ⥠q) Ă©quivaut Ă (p â q). Lâimplication (p d q) sâĂ©crira donc en langage dâincompatibilitĂ© p | (q | q). Il en rĂ©sulte que (p ⥠q) pourra se lire :
(139) p^q = [pâ(qâq)l = (p\q) = p\q
Dans lâexemple choisi, ces transformations signifient : (vĂ©gĂ©tal implique non-animal) = (vĂ©gĂ©tal incompatible avec la nĂ©gation de la nĂ©gation dâanimal) = (vĂ©gĂ©tal incompatible avec animal).
Ce qui nous ramĂšne Ă lâexpression 137.
Le grand intĂ©rĂȘt de lâincompatibilitĂ© est, en effet, comme lâa dĂ©couvert Sheffer en 19131 de constituer une forme opĂ©ratoire Ă laquelle toutes les autres sont formellement rĂ©ductibles. Ainsi la nĂ©gation sâexprimera, comme nous venons de le faire, par lâincom-
1. Transact. of Amer. Math. Soc., vol. XIV, p. 481-488.
patibilitĂ© dâune proposition avec sa propre affirmation, dâoĂč il dĂ©coule que lâaffirmation sera lâincompatibilitĂ© dâune nĂ©gation avec elle-mĂȘme :
(140) p = (p | p) et p = [(pâp)â(pâp)]
Lâimplication (p ⥠q) sera lâincompatibilitĂ© de la proposition p avec la nĂ©gation de q, ce qui sâĂ©crira :
(141) (p^q)Â =Â [pâ(qâq)] (= p\q)
Exemple : Insecte implique Invertébré = Insecte est incompatible avec non-Invertébré.
Dans le cas dâune liaison ternaire, telle que p â(g âą r), on Ă©crira :
(142) PĂ·>(qâ r)Â =Â pâ(qâr}
puisque lâincompatibilitĂ© (q\r) est la nĂ©gation de (q â r).
Exemple : ĂlĂ©phant (p) implique MammifĂšre et VertĂ©brĂ© Ă la fois = « x est Ă©lĂ©phant » est incompatible avec lâincompatibilitĂ© de MammifĂšre et de VertĂ©brĂ©.
LâĂ©quivalence Ă©tant une implication rĂ©ciproque relĂšve de la proposition 141 et lâidentitĂ© sera lâimplication dâune proposition par elle-mĂȘme :
(143) (pop) = [pâŁ(pâŁp)] (=p|g)
La conjonction (p â q) Ă©quivaut Ă la nĂ©gation de lâincompatibilitĂ© (p\q) :
(144) (p âą q) = [(plg)âŁ(pâŁg)]
Notons Ă cet Ă©gard que la conjonction dâune proposition avec elle-mĂȘme (p âą p) donnera alors (pâp) | (p\p), ce qui nous ramĂšne Ă (140), puisque (p âą p) â p.Â
Lâalternative (p âšÂ q) est lâincompatibilitĂ© de p et de g (voir 130) :
(145) (P âšÂ g) = [(pâŁp)âŁ(g)g)]
Lâexclusion rĂ©ciproque (p w g) sera lâincompatibilitĂ© de lâimplication (p ⥠g) et de lâimplication (g â p) :
(146) (P wg) = [pâŁ(gâŁg)]âŁ[gâŁ(pâŁp]
X
Quant Ă lâaffirmation complĂšte elle-mĂȘme, elle est lâincompatibilitĂ© de toutes les incompatibilitĂ©s entre p, q, p et q :
(147) (p*q) = [pâŁy]âŁ[(yâŁ7)lâ âŁp)]1
Bref, toutes lĂšs liaisons uninaires et binaires sont exprimables en langage dâincompatibilitĂ©. Il en est de mĂȘme des liaisons ternaires, etc., mais avec naturellement une complexitĂ© croissante. Seulement, il est clair quâune telle rĂ©duction Ă un symbole unique nâimplique en rien lâunicitĂ© de toutes les opĂ©rations. Il subsiste, en effet, dâun dualisme fondamental entre les opĂ©rations directes et inverses, bien que leur symbolisme soit alors renversé : p sâĂ©crit en effet (p\p) et p oup sâĂ©crit (p\p)|(p\p). De mĂȘme, si lâincompatibilitĂ© elle-mĂȘme, qui est une nĂ©gation, sâĂ©crit p\q, lâimplication qui est une affirmation sâĂ©crit pâ(qâq), câest-Ă -dire p\q. Mais ce renversement dâĂ©criture Ă part, la traduction de toutes les opĂ©rations en langage dâincompatibilitĂ© conserve donc leur diversitĂ© fonctionnelle. Une telle traduction nâen prĂ©sente pas moins le grand intĂ©rĂȘt de mettre en Ă©vidence les substitutions possibles de lâune quelconque des seize opĂ©rations binaires Ă une autre.
Notons, pour terminer, que la propriĂ©tĂ© essentielle de lâincompatibilitĂ© est la commutativité :
(148) (pâq)Â =Â (q\p)
DâoĂč les doubles implications de la proposition 137. Par contre, il va de soi que p\q nâĂ©quivaut point Ă p\q. En effet :
(149) pâq = p^q et pâq = q^pp
Voir la proposition 141 pour un exemple de p | q. Quant à (p I q) si non-uni- cellulaire (p) est incompatible avec protozoaire (5), alors protozoaire implique unicellulaire.
VI. La conjonction : (p-q)
La conjonction est lâinverse de lâincompatibilitĂ©, ou, si lâon prĂ©fĂšre, est lâopĂ©ration affirmative dont lâincompatibilitĂ© est la nĂ©gation. La forme normale disjonctive en est p â q ; et la forme normale conjonctive :
(150) (p â q) = (p âšÂ q) âą (p âšÂ q) âą (p âšÂ q)
1â. Le sens de cette proposition 147 est donc : (p*q) = [(pâŁq) âŁ(p âą q)]. En effet si lâon compose (p|q) avec (p â q) selon lâopĂ©ration ( ⣠), on obtient :
[â â « ) â (PâŁq) âšÂ (p | q) âą (p âą q)] câest-Ă -dire :
(p âą q) âšÂ (p âą q) âšÂ (p â q) âšÂ (p âą q)
Exemple : Si p = « a : est MammifĂšre » et q = « z est aquatique », alors p âą q = « a : est Ă la fois MammifĂšre et aquatique ». En ce cas, si x est Ă la fois « MammifĂšre ou aquatique ou les deux [p âšÂ q) », et « MammifĂšre ou non-aquatique ou les deux (p âšÂ q) » et « non-MammifĂšre ou aquatique ou les deux (p âšÂ q) », alors il ne peut ĂȘtre simultanĂ©ment « MammifĂšre et aquatique (p â q) ».
Si maintenant lâon nie (p âą q) ou le second membre de (150), par le moyen de la loi de dualitĂ©, on retrouve lâincompatibilitĂ© Ă titre dâinverse :
(151) (p ⹠q) = (pvq) = (p\q) (voir proposition 131) et :
(152) (p âšÂ ?) âą (p âšÂ Ăż) âą (p âšÂ q) = (p âą q) y (p âą q) âšÂ (p âą q) = (p\q)
(Voir proposition 106.)
Exemple : Si x nâest pas Ă la fois MammifĂšre et aquatique, alors il est lâun sans lâautre ou ni lâun ni lâautre.
Par contre si lâon nie les deux propositions dâune conjonction (p âą q) sous la forme (p âą q), on trouve une faussetĂ© conjointe, et si lâon nie cette nĂ©gation sous la forme (p âą f), on retrouve la conjonction (p âą q). Il faut donc distinguer (p âą q) et (p âą q) (proposition 151) : (p âą q) est lâinverse de (p âą q) dans le sens de sa nĂ©gation et (p âą q) est sa rĂ©ciproque, dans le sens gĂ©nĂ©ral que nous serons conduits Ă attribuer par la suite Ă la « rĂ©ciprocité » (§ 31). Quant Ă la nĂ©gation de (p â q), soit (p âą q) on retrouve (p âą q) = (p âšÂ q) (voir proposition 124).
La conjonction (p âą q) Ă©tant la nĂ©gation de lâincompatibilitĂ©, il en rĂ©sulte que la nĂ©gation de lâincompatibilitĂ© ramĂšne une conjonction :
(153) (pĂŻq) =pvq = (pâq)
Exemple : « x est MammifĂšre nâest pas incompatible » avec « x est aquatique » Ă©quivaut à « il est faux que x soit ou non-MammifĂšre ou non-aquatique » et Ă©quivaut donc à « x est Ă la fois MammifĂšre et aquatique ».
Les relations de la conjonction avec lâimplication sont :
(154) (p ⹠q)-= p^q = q^p
car (p d q) â (p âą q) = (p âą q) en vertu des propositions 108 et 109 et (q ^p) â (p âą q) = (p âą q) en vertu des propositions 110 et 111.
Exemple : « Si a : est Ă la fois MammifĂšre et aquatique » il est faux que MammifĂšre implique non-aquatique et quâaquatique implique non-MammifĂšre.
Inversement, on a :
(155) (p âą q) = (p âšÂ q) = (p d q)
(Cf. proposition 133.)
Reprenons le mĂȘme exemple que pour la proposition 133 : « Sâil est faux que x ne soit pas Ă la fois MammifĂšre (p) et non-VertĂ©brĂ© (q) », alors il est « ou non-MammifĂšre (p) ou VertĂ©brĂ© (q) » : donc « x est MammifĂšre » implique « a : est VertĂ©bré ».
La transformation de (p âą q) en (p âšÂ q) est donnĂ©e par la loi de dualitĂ©.
Notons enfin que la conjonction est commutative :
(156) (p âą q)Â =Â (q âą p)Â ; (p âą q)Â =Â (q âą p)Â ; etc.
Elle est distributive par rapport Ă la disjonction (proposition 129), et par rapport Ă elle-mĂȘme :
(157) [pâ(qâ r)]Â =Â [(P âq)â(pâ r)]
On a, en outre :
(158) [p ⹠(q ⥠r)] c [(p ⹠q) ⥠(p ⹠r)]
Inutile de revenir sur son rÎle dans la loi de dualité.
VII. Lâimplication : (p ⥠q)
Les formes normales de lâimplication sont (cf. proposition 108)Â :
p g = (p âą g) âšÂ (p âą g) âšÂ (p âą g)
(159) p d q = p âšÂ q
Voir lâexemple de la proposition 108. Pour la proposition 159 il donne « ou bien x nâest pas MammifĂšre, ou bien il est VertĂ©bré ».
De ces formules on tire, par contraposition :
(160) p d q = q^p = q âšÂ p
En effet si MammifĂšre (p) implique VertĂ©brĂ© (g), alors « si x est non- VertĂ©brĂ©, il est non-MammifĂšre », car les non-MammifĂšres P comprennent tous les non-VertĂ©brĂ©s (PQ) plus les VertĂ©brĂ©s non-MammifĂšres (PQ). DâoĂč qz> p.  De g⥠p, on dĂ©duit (en vertu de 159) g âšÂ p, câest-Ă -dire g âšÂ p (= p âšÂ g).
De cette contraposition p â q = qz>^p on peut alors tirer :
(161) {p^>q)Â =Â {q^>p)Â =Â (p^q)
(Cf. proposition 132.)
En effetpzq donne q ⥠p en vertu de (160), dâoĂč q ⥠p, ces deux implications p ⥠q et q â p Ă©quivalent Ă une disjonction en vertu de la proposition 159 (voir lâexemple donnĂ© Ă propos de la formule 132).
On dĂ©duit de mĂȘme, de (160) et de (159), que :
(162) (p^q) = (q ?p) = (p âšÂ q) = (p\q)
(Cf. proposition 137.)
(Voir lâexemple donnĂ© Ă propos de 137.)
La proposition (159) p â q = p âšÂ q a parfois Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e, notamment par Russell, comme exprimant lâimplication Ă titre de fait indĂ©pendamment de toute idĂ©e de rapport nĂ©cessaire entre p et q. Tel est le cas de lâimplication « matĂ©rielle » ou donnĂ©e, Ă laquelle on a opposĂ© lâimplication « formelle » ou construite, appelĂ©e par Lewis, « implication stricte ». ConsidĂ©rons ainsi lâexpression suivante, qui traduit la transitivitĂ© de la relation dâimplication :
(163) [(P =>?) â â =>r)] ⥠[p âr]
Exemple : Gastropode implique Mollusque ; Mollusque implique Invertébré, donc Gastropode implique Invertébré.
Les implications (p d q) et (q d r) y sont donnĂ©es et sont donc « matĂ©rielles ». Par contre lâimplication (p â r) est construite au moyen des deux premiĂšres et lâimplication reliant (p ⥠r) Ă [(p â q) âą (p d r)] prĂ©sente de la sorte un caractĂšre plus formel. Mais il nâexiste en rĂ©alitĂ© entre les implications matĂ©rielle et stricte quâune diffĂ©rence de modalitĂ© dans le sens de la plus grande nĂ©cessitĂ© formelle. Lewis dĂ©finit sans plus lâimplication stricte par le fait que si p implique formellement q il est« formellement impossible » que lâon ait p â q. Il en rĂ©sulte, malgrĂ© Serrus1 (qui donne par erreur, pour lâimplication, la forme normale conjonctive de la non-implication), que lâimplication formelle elle-mĂȘme possĂšde la propriĂ©tĂ© (159). Ce nâest que dans le cas oĂč p est Ă©quivalent Ă q (donc p § q ou p â q) que
1. Op. cit., p. 38.
la proposition 159 est, non pas fausse, mais insuffisante, car on a alors p w q, câest-Ă -dire p = q. Nous y reviendrons Ă propos de lâĂ©quivalence.
Quant aux relations entre lâimplication et la conjonction, on a :
(164) p aq = p â q et P^q â p-Ăż
(voirpropositions 154et 155)parce quâen raison delĂ loi de dualitĂ© (pâq) = (pyq) et que (p âą q) est la nĂ©gation de lâimplication (voir VIII).
Nous avons dĂ©jĂ Ă©noncĂ© les rapports de lâimplication avec lâincompatibilitĂ©.
Notons encore les combinaisons ternaires exprimant la distribution de lâimplication :
(165) [Pd(7=,Q] 3 [(P 3 ?) 3 (? âĄ> Q]
(166) [p d (q â r)] c [(p ⥠q) âą (p d r)]
(167) [p d (q âšÂ r)]  = [(p d q)  âšÂ (p ⥠r)]
(168) [PâĄ>(7=Q]  = â +)  = (p-ââ)]
(169) [p âšÂ â d r)]  = [(p  âšÂ q) ⥠(p âšÂ r)]
Exemples : (165) « Le fait que x soit VertĂ©brĂ© implique que la possession de son crĂąne implique celle dâun systĂšme nerveux diffĂ©rencié » â (« x est VertĂ©bré » implique la possession dâun crĂąne) ⥠(« a : possĂšde un crĂąne » implique quâil prĂ©sente un systĂšme nerveux diffĂ©renciĂ©).
(166) « Le fait que x soit Oiseau implique quâil ait un bec et des plumes » c « le fait que x soit Oiseau implique quâil ait un bec et le mĂȘme fait implique quâil ait des plumes ».
(167) « Le fait que x soit Oiseau implique quâil sache courir ou voler » = « le fait que x soit Oiseau implique quâil sache courir ou le mĂȘme fait implique quâil sache voler ».
(168) « Le fait que x soit VertĂ©brĂ© implique que la possession dâune colonne vertĂ©brale Ă©quivale Ă la possession dâune moelle Ă©piniĂšre » = « le fait que x soit VertĂ©brĂ© implique la possession dâune colonne vertĂ©brale » Ă©quivaut à « le mĂȘme fait implique la possession dâune moelle Ă©piniĂšre ».
(169) « x est aquatique, ou bien le fait quâil soit terrestre implique quâil ait des poumons » = « x est aquatique ou terrestre » implique quâil soit aquatique ou quâil ait des poumons.
Lâimplication, ainsi caractĂ©risĂ©e, soulĂšve un curieux problĂšme, ou plutĂŽt un problĂšme que lâon a curieusement compliquĂ© sur le terrain de lâatomisme logique, tandis quâil trouve une solution simple sur le terrain des structures opĂ©ratoires dâensemble. Lâimplication p â q signifiant la vĂ©ritĂ© de (p âą q) âšÂ (p âą q) âšÂ (p âą q), il sâagit, en
effet, dâexpliquer pourquoi on peut avoir simultanĂ©ment p â qetpâ q tandis que lâon nâa pas Ă la fois p âą q et p âą q. On explique en gĂ©nĂ©ral la chose en disant que le « faux implique le vrai » et on justifie cette formule bizarre en constatant que lâimplication (p d q) reste vraie mĂȘme lorsque p est fausse (p). Notons que le paradoxe nâest pas spĂ©cial Ă lâimplication matĂ©rielle1 : on a rĂ©pondu Ă ceux des auteurs qui croient pouvoir circonscrire ainsi la difficultĂ© que, sur le plan de lâimplication stricte elle-mĂȘme, lâimpossible implique le formellement nĂ©cessaire ; en effet, toute implication po q, formelle ou matĂ©rielle, implique la vĂ©ritĂ© simultanĂ©e de p âą q et de p âą q. Mais faut-il vraiment interprĂ©ter la conjonction p â q comme si elle Ă©quivalait Ă p q (ce qui est incompatible avec p d q puisque po q = p âšÂ q), ou comme si la logique avait Ă envisager, Ă cĂŽtĂ© dâimplications vraies telles que « VertĂ©brĂ©s (p) implique Animal (q) », des implications fausses telles que « Caillou (p) implique Animal », de maniĂšre Ă enrichir la proposition q de toutes les absurditĂ©s (p) qui peuvent lui ĂȘtre associĂ©es en plus de la vĂ©ritĂ© p âą ql Pourquoi donc, en ce cas, admettre la vĂ©ritĂ© simultanĂ©e de p âą q et de p âą q, ce qui signifie pourtant Ă lâĂ©vidence que tous les p ne sont pas associĂ©s Ă q ? Faut-il alors introduire un choix arbitraire entre les faussetĂ©s p, les unes impliquant q et les autres pas ; ou cette rĂ©partition p âą q et p âą q est-elle elle-mĂȘme susceptible de formulation cohĂ©rente ?
En rĂ©alitĂ©, la vĂ©ritĂ© simultanĂ©e de p â q et de p â q rĂ©sulte directement de la nature non rĂ©ciproque de lâimplication, qui constitue une liaison asymĂ©trique par opposition Ă lâĂ©quivalence p^q ou p = q : si lâon a p d q sans que lâon ait g d p, donc sans que p = g, câest donc, par dĂ©finition mĂȘme (pâg = pâgvpâgvpâg par opposition hpgg = pâgvpâg), que la proposition p nâest pas seule Ă impliquer g, et que dâautres propositions, impliquant p, impliqueront aussi q ; mais toutes les propositions impliquant p nâimpliqueront pas g, ce qui montre bien quâil sâagit encore et toujours de vĂ©ritĂ©s et non pas de cette pseudo-rĂšgle dĂ©nuĂ©e de signification, selon laquelle le faux impliquerait le vrai. Câest ce qui ressort Ă lâĂ©vidence de la traduction de lâimplication en un modĂšle dâinclusions de classes : si P = les vertĂ©brĂ©s et Q = les animaux, alors PQ = les animaux vertĂ©brĂ©s et PQ = les animaux invertĂ©brĂ©s : dĂšs lors si p = xΔP et q â  rrΔQ, on a bien p âą q et p âą q vrais
1. Comme le soutient par exemple Serrus (voir p. 24, etc.).
sans quâil faille admettre que p âą q soit une implication du vrai par le faux 1
Il en rĂ©sulte que si p ⥠q est vrai sans que la rĂ©ciproque q^ p le soit (donc qz>p), il existe au moins une proposition pâ qui est pâ = p âą q ou pâ d p â q et qui implique q : donc pzq implique pâ ⥠q. Dans lâexemple choisi oĂč p = « x est VertĂ©bré » etç=« Ê est Animal », on aura pâ ⥠q oĂč pâ = « x est un InvertĂ©bré ». La proposition pâ correspond donc, dans ses rapports avec p Ă ce quâest, pour lâinclusion A < B, lâinclusion complĂ©mentaire Aâ < B, oĂč Aâ = B â A.
La raison derniĂšre de cette difficultĂ© est donc que, contrairement aux liaisons symĂ©triques comme la conjonction, lâincompatibilitĂ©, lâexclusion rĂ©ciproque, etc., la liaison asymĂ©trique dâimplication demeure incomplĂšte en sa forme : elle nâexprime pas tout ce quâelle implique elle-mĂȘme, câest-Ă -dire quâelle laisse informulĂ©s certains rapports quâelle sous-entend cependant nĂ©cessairement. En une incompatibilitĂ© (p|ç) ou en une disjonction (p âšÂ q), la proposition p est seule Ă ĂȘtre donnĂ©e comme prĂ©sentant la liaison considĂ©rĂ©e (|) ou (v) avec q : rien nâindique, dans lâexpression mĂȘme de la liaison, quâil intervienne dâautres propositions Ă lâĂ©tat implicite, et de (p|q) ou de (p âšÂ q) lâon ne peut dĂ©duire sans plus lâexistence dâune troisiĂšme proposition distincte de p (et de p) ou de q (et de q). Au contraire la liaison (p ⥠q) implique la distinction entre deux cas possibles pour p : celui oĂč p implique q et celui-ci oĂč p implique q. On rĂ©pondra quâil sâagit de simples conjonctions : p â q et p âą q. Mais il y a plus : (p ⥠q) signifie, si lâon nâa pas aussi (q ⥠p), que p nâest pas seule Ă impliquer q : il existe donc au moins une proposition pâ telle que (pâ = p âą q) et que (pâ ⥠q).
Rien ne montre plus clairement lâexistence de cette proposition pâ que la traduction de (p â q) en la disjonction (p âšÂ q) selon la proposition 159. En effet, Ă©crire (p âšÂ q) pour (p â q), câest Ă©noncer le fait quâil y a trois possibilitĂ©s Ă considĂ©rer : ou p â q ou p âą q (câest-Ă -dire p â q) ou p â q. Ce sont bien les mĂȘmes possibilitĂ©s que contient dĂ©jĂ (p ⥠q), mais le signe (v), qui exprime les trois branches dâun tri- lemme, introduit une symĂ©trie beaucoup plus explicite entre les conjonctions p â q et p âą q et les met ainsi sur un mĂȘme plan, par opposition Ă (p d q) qui accentue lâassociation (p - q).
En conclusion, poser lâimplication p â q, ainsi que son Ă©quivalence par rapport au trilemme p âšÂ q, câest bien affirmer lâexistence de deux implications conjointes (p ⥠q) et (pâ=>â La liaison binaire dâim-
plication constitue donc, en fait, une expression abrégée dont la signification complÚte se réfÚre à une liaison ternaire :
(170) (p ⥠q) ⥠[(p ⥠g) âą (pâ ⥠g)] oĂč pâ = p âą g
Cette liaison ternaire entre deux implications et une conjonction exprime en rĂ©alitĂ© une Ă©quivalence entre g et (p âšÂ pâ) :
(171) [â 3g)ââ â2g)]3bcâ vpâ)]
câest-Ă -dire que :
(172) (p^g) ⥠[g = (p âšÂ pâ)]
Exemple : Si « x est Vertébré » implique « x est un Animal », alors « x est un Animal » équivaut à « x est un Vertébré ou un Invertébré ».
On trouve donc ici lâexact parallĂšle de ce qui se produit dans les opĂ©rations intrapropositionnelles, lorsque A < B signifie en rĂ©alitĂ© B = A + Aâ. On entrevoit donc lâimportance des propositions 170 Ă 172 pour le « groupement » des propositions.
VIII. La non-implication : (pâg) ou (p â g)
Comme on lâa vu au § 28, lâimplication fait partie dâun systĂšme de quatre opĂ©rations, comprenant elle-mĂȘme son inverse qui est la non-implication (p - g), sa rĂ©ciproque (g d p) et lâinverse de celle-ci (p âą g). Lâinverse de p â g est, en effet, p âą g, seule conjonction exclue de :
p = g = (p âą g) âšÂ (p âą g) âšÂ (p âą g)
La forme normale disjonctive de p ⹠g est p ⹠g, tandis que sa forme normale conjonctive est :
(173) p3g = (p vg) ⹠(p vg) ⹠(pvg)
Exemple : Si p = « x est Insecte (P) » et q = « x est Reptile (Q) », la proposi- â tion 173 correspond Ă (P + Q) X (P + Q) X (P + Q) = PQ. En effet (P + Q) x (P + Q) = PP + PQ + PQ + OJQQ) et (PP + PQ + PQ) X (P + Q) = O (PPP) + O (PPQ) +_O(PPQ) + PQ + O(PQQ) + PQ = O + O + O + PQ + O + PQ = PQ.
La proposition 173 résulte de la proposition 108 niée par la rÚgle de dualité :
(174) (p âą g) âšÂ (p âą g) âšÂ (p -q) = (pvq) âą (pvq) âą (p y q)
La conjonction p âą g est donc bien lâinverse de p d q.
IX. Lâimplication inverse : (pc ?) ou (pp)
Cette liaison a pour formes normales disjonctive et conjonctive :
(Cf. proposition 110) q c p = (p â q) âšÂ (p âą q) âšÂ (p âą q)
(175) pcq (= q^p)Â =Â p vq
Exemple : Si p â « x est VertĂ©bré » et q = « x est Oiseau », alors dire que p est impliquĂ©e par q signifie que « x est VertĂ©brĂ© et Oiseau ou VertĂ©brĂ© et non-Oiseau ou ni lâun ni lâautre ». Gela signifie aussi (175) que « ou x est VertĂ©brĂ© ou il nâest pas Oiseau ».
De pcq, câest-Ă -dire donc de q â p on peut tirer (en <ertu de 160)Â :
(176) q^p^p^q
Exemple : Oiseau implique Vertébré = non-Vertébré implique non- Oiseau.
Il existe donc une relation remarquable entre les implications directe (p â q) et inverse (q d p) : lâune est lâinverse de lâautre, non pas au sens de sa nĂ©gation ou complĂ©mentaire, mais au sens de sa rĂ©ciproque. Nous pouvons donner ainsi un sens gĂ©nĂ©ral au terme de rĂ©ciprocitĂ© dont nous nous sommes servis dĂ©jĂ pour caractĂ©riser les relations du trilemme (p âšÂ q) avec lâincompatibilitĂ© (p\q = p y q) ou celles de la conjonction (p âą q) avec la nĂ©gation conjointe Ăp âą q) : la rĂ©ciproque dâune opĂ©ration est la mĂȘme opĂ©ration, mais effectuĂ©e sur les propositions niĂ©es. Ainsi la rĂ©ciproque de (p âšÂ q) est (p âšÂ q â p\q) et celle de (p âšÂ q) est Ăp âšÂ q) = (p âšÂ q). Dans le cas de lâimplication (p ⥠q), la rĂ©ciproque est donc (p ⥠q). Or (p ⥠q) Ă©quivaut prĂ©cisĂ©ment Ă q o p (proposition 176). Inversement la rĂ©ciproque de (g a p) est (g d p) qui Ă©quivaut Ă (p ⥠g) comme on lâa vu sous proposition 160.
Mais pourquoi ce terme de « rĂ©ciprocité » (Ă©tant entendu dâemblĂ©e que la rĂ©ciproque dâune opĂ©ration peut ĂȘtre fausse ou vraie quand cette opĂ©ration est vraie)? Rappelons dâabord que toutes les liaisons binaires peuvent sâexprimer sous la forme dâimplications (comme dâailleurs sous toutes les autres formes) : par exemple (p y q) = pjq et (q d p) ; (p | q) = (p o g) et (q â p) ; (p âą q) = (p â q), etc. Or, dans le cas de lâimplication (poq), la rĂ©ciproque (p^q) nâest pas autre chose que la mĂȘme liaison (=>), mais avec permutation, soit des termes (q o p), soit du signe lui-mĂȘme (p c q). La rĂ©ciproque de « p implique ç » est donc « q implique p », ce qui rejoint le sens ordinaire du mot « rĂ©ciprocité ».
Mais il y a plus : quand la rĂ©ciproque dâune implication est vraie comme cette implication elle-mĂȘme, toutes deux constituent alors une « implication rĂ©ciproque » ou « équivalence », câest-Ă -dire une double implication qui est donc symĂ©trique par opposition Ă lâasymĂ©trie de (p ⥠q) et de (q d p) :
(177) â (ÎP)]Â =Â [? =
Autrement dit, le produit de la composition dâune implication et de sa rĂ©ciproque donne une Ă©quivalence, de mĂȘme que dans le cas des groupements de relations (chap. III), par opposition aux groupements de classes, le produit des opĂ©rations additives directes et inverses (inverses au sens prĂ©cisĂ©ment de la rĂ©ciprocitĂ©) donne lâĂ©quivalence. On comprend alors la valeur opĂ©ratoire que peuvent prendre les propositions 170 Ă 172 dans un groupement des implications : lâĂ©quivalence entre (p âšÂ p1) et q comporte la possibilitĂ© de la double composition (p âšÂ pâ) d q et q d (p âšÂ pâ) qui caractĂ©rise la rĂ©versibilitĂ© de tout groupement.
X. La non-implication inverse : (pcç) ou (p ⹠q)
La nĂ©gation (câest-Ă -dire lâopĂ©ration inverse au sens de la complĂ©mentaire) de lâimplication inverse (q ⥠p) est lâexpression (p âą q) dont la forme normale disjonctive est (p âą q) et la forme conjonctive :
(178)â (pĂąq) = (p âšÂ q) â (p âšÂ q) âą (p vq) (= p âą q)
Exemple : Si p = « x est un Mollusque (P) » et q = « x est un Insecte (Q) », on a qz>p = p q parce que (P + Q) X (P + Q) X (P + Q) = PQ.
Lâexpression p âą q et la proposition 178 constituent bien la nĂ©gation de (p âą q) âšÂ (p â q) âšÂ (p â q) au sens de la complĂ©mentaire, puisque lâon a (rĂšgle de dualitĂ©) :
(179) (p â q)v (p âq)v (p -q) = (pvq) âą (p âšÂ q) âą (p y q)
De plus (p â q) est la rĂ©ciproque de (p â q) (opĂ©ration VIII), puisque p -q = p âą q. Il en rĂ©sulte ce fait fondamental que, si la composition de deux implications donne une Ă©quivalence (177), la composition de deux non-implications donne une Ă©quivalence nĂ©gative, câest-Ă -dire une exclusion rĂ©ciproque :
(180) (p âą q) âšÂ (p âą q) = (p w q)
Il est important de saisir dĂšs maintenant la raison de ces compositions essentielles. Si nous joignons membre Ă membre au moyen
dĂ© lâopĂ©ration (âą), qui est lâĂ©quivalent interpropositionnel de la multiplication (x), les formes normales disjonctives de lâimplication (p ⥠q) et de sa rĂ©ciproque (gâp), nous obtenons :
(p â g) = (p âą g) âšÂ (p âą g) âšÂ (p âą g)
(181) (âą) (g 3 p) = (p âą g) âšÂ (p âą g)j (p âą g)
(P=?)Â =Â (P-?) v(o)v(pâg)
Les deux conjonctions (p âą g) et (p â g) sont, en effet, contradictoires entre elles, puisque (p âą p)Â =Â o et que (g âą g)Â =Â o. Mais elles sont en outre contradictoires, la premiĂšre avec (g d p), puisque p âą q est une non-implication inverse, et la seconde avec (p â g), puisque p âą g est une non-implication (directe).
Par contre, si lâon retient les conjonctions (p âą g) et (p âą g) pour les rĂ©unir lâune Ă lâautre au moyen de lâopĂ©ration (v), la rĂ©union de ces deux non-implications donne lâĂ©quivalence inverse (p = g) et (g = p), câest-Ă -dire justement lâexclusion (p w g) comme on lâa vu (proposition 180) :
(182) [(p âą g) v(p âą g)] = [(p = g) âšÂ (g = p)] (=pwg)
Ainsi les deux implications (p ⥠g) et (g ⥠p), dâune part, et les deux non-implications (p âą g) et (p âą g), dâautre part, forment un systĂšme naturel qui sâexprime par la complĂ©mentaritĂ© de lâĂ©quivalence ou implication rĂ©ciproque (p = g), produit conjonctif (ou multiplicatif) des deux premiĂšres, et de lâexclusion rĂ©ciproque ou Ă©quivalence nĂ©gative (p w g), produit disjonctif (ou additif) des deux secondes.
XI. LâĂ©quivalence : (p = q) ou (p g g)
Cette opĂ©ration, dont nous venons dĂ©jĂ de comprendre le caractĂšre essentiel dâimplica- cation rĂ©ciproque, joue un rĂŽle fondamental dans la dĂ©duction, puisquâelle assure le jeu des substitutions, tandis que les implications directe et inverse marquent la direction ascendante ou descendante du processus opĂ©ratoire.
Ses formes normales disjonctive et conjonctive sont :
(Cf. proposition 112) (p = g) = (p . g) âšÂ (p âą g)
(183) (p  = g) = (p âšÂ g) âą (p âšÂ g)
En effet si p = « x est VertĂ©brĂ© (P) » et g : « x est possesseur de moelle Ă©piniĂšre (Q) », on a (P + Q) X (P + Q) = (O) + PQ + O + PQ, câest- Ă -dire : (p â g) âšÂ (p-q).
Par le fait de sa symĂ©trie, lâĂ©quivalence diffĂšre de lâimplication simple (p ⥠q) en ce que, mise sous la forme dâune disjonction, elle ne donne pas seulement (p âšÂ q) (cf. proposition 159), mais :
(184) (p = q) = (p wq) = (qwp)
Exemple : Si Vertébré équivaut à possesseur de moelle épiniÚre, alors il y a exclusion réciproque entre non-Vertébré et possesseur de moelle épiniÚre.
En effet, si p = q alors p =q, dâoĂč, si p w p, p w q.
LâĂ©quivalence est naturellement rĂ©flexive, commutative, transitive et associative.
XII. Lâexclusion rĂ©ciproque : (p w q)
La relation (p w q) est en gĂ©nĂ©ral symbolisĂ©e au moyen de la disjonction (p âšÂ q), dont elle reprĂ©sente le cas particulier dans lequel cette disjonction est exclusive. Elle prĂ©sente cependant, non pas seulement une signification bien diffĂ©rente (celle dâun dilemme et non pas dâun trilemme), mais encore des caractĂšres formels trĂšs distincts. Ses formes normales sont :
(Cf. proposition 113) (p w q) = (p âą q) âšÂ (p â q)
(185) (p w q) = (p âšÂ q) âą (p âšÂ q)
Exemple : « Vivant exclut minĂ©ral » = « vivant et non minĂ©ral ou non vivant et minĂ©ral » = « à la fois (vivant ou minĂ©ral) et (non vivant ou non minĂ©ral) ». En effet (P + Q) Ă (P + Q) = (PQ + PQ).
Or, on remarque immĂ©diatement que ces deux formes normales constituent la nĂ©gation (par la rĂšgle de dualitĂ©) de celles de lâĂ©quivalence :
(186) (p âą q) âšÂ (p âą q) = (p âšÂ q) âą (p âšÂ q)
et :
(187) (p âšÂ Ăż) âą (p âšÂ q) = (p-q)y(p-q)
La disjonction non exclusive a, au contraire, pour inverse (nĂ©gation) la nĂ©gation conjointe : p âšÂ g = p âą q. En outre, contrairement au trilemme, lâexclusion rĂ©ciproque est entiĂšrement symĂ©trique. Toutes deux sont commutatives :
(188) (p w q)Â =Â (qw p) (cf. proposition 127)
mais la commutativitĂ© nâentraĂźne pas pour autant la symĂ©trie complĂšte du rapport (p âšÂ q). En effet, la rĂ©ciproque de (p âšÂ q) est
(p âšÂ q), câest-Ă -dire lâincompatibilitĂ© (p\q), tandis que la rĂ©ciproque de (p w q) est (p w q), câest-Ă -dire Ă nouveau (p w q) :
(189) (p w q) = (p â q) âšÂ (p âą q) = (p âą q) âšÂ (p âą q) = (p w q)
Or, la symĂ©trie complĂšte se dĂ©finit prĂ©cisĂ©ment par lâĂ©quivalence des opĂ©rations rĂ©ciproques entre elles.
Une autre diffĂ©rence essentielle entre lâexclusion et la disjonction non exclusive tient Ă leurs rapports avec lâimplication. Deux points sont Ă noter Ă cet Ă©gard. En premier lieu, tandis que le trilemme se traduit par la double implication (p âšÂ q) = (p d q) = (q d p), sans que la proposition p Ă©quivale en ce cas Ă q, ni q Ă p, lâexclusion rĂ©ciproque donne :
(190) (p w q) = (p = q) = (q = p)
parce que les deux seules possibilitĂ©s vraies sont (p â q) et (p âą q). En second lieu, et en consĂ©quence de (190), lâĂ©quivalence (p = q) se traduit par (p w q) et non pas par (p âšÂ q) comme lâimplication (p d q). Câest ce que nous avons dĂ©jĂ vu Ă propos de lâĂ©quivalence (proposition 184).
XIII. Lâaffirmation de p : symbole p[q]
Formes normales :
(Cf. proposition 114) pâ ] = (p âą q) âšÂ (p âą q)
(lΞl) Fâ ] = (Pâv ?) âą (p âšÂ q)
Exemple : « x est MammifÚre et aquatique ou MammifÚre et non aquatique » = (191) « x est à la fois MammifÚre ou aquatique et MammifÚre ou non aquatique ».
Cette opĂ©ration est donc la simple affirmation de p avec ou sans q. Il lui manque lâassociation (p â q) pour constituer une implication inverse (q ⥠p).
Sa rĂ©ciproque (p âą q) âšÂ (p âą q) est identique Ă son inverse (opĂ©ration XIV) Ă©tant donnĂ© quâil sâagit ici dâune simple affirmation de p et quâalors sa nĂ©gation joue le double rĂŽle dâinverse et de rĂ©ciproque.
XIV. La négation de p : symbole p[q]
Formes normales :
(Cf. proposition 115) pâ ] = (p âą q) âšÂ (p âą q) et :
â(192) pâ ] = (p âšÂ q) âą (p âšÂ q)
Cette opĂ©ration est lâinverse de la prĂ©cĂ©dente, car :
(193) (p âą q) âšÂ (p âą q) = (p âšÂ q) âą (p âšÂ q)
et :
(194) (p \t q) âą (p âšÂ q) = (p â q) âšÂ (p â q)
La réciproque de p[g] est également son inverse p[ÿ].
XV. Lâaffirmation de q : symbole q[p]
Formes normales :
(Cf. proposition 116) q [p] = (p âą q) âšÂ (p âą q) et :
(195)Â ?[p]Â =Â (p yq) âą (p yq) ââą
Il manque Ă lâopĂ©ration ç[p] la conjonction (p âą q) pour en faire une implication directe (p d q).
XVI. La négation de q : symbole q[p]
Formes normales :
(Cf. proposition 117) q[p~] = (p âą q) âšÂ (p âą q) et :
(lΞΞ) ?[p] = (P v ?) ⹠(P v ?)
La nĂ©gation des formes normales de q[p^â donnent cette mĂȘme opĂ©ration q[p^â :
(197) (p â q)y (p â q) = (pyq) â (py ?) et :
(198) (p âšÂ ç) â (p âšÂ q) = (p âą q) âšÂ (p . q)
La rĂ©ciproque de q[p] est ç[p] ; la rĂ©ciproque est donc, ici Ă nouveau, identique Ă lâinverse.
§ 31. Les mécanismes opératoires fondamentaux de la logique interpropositionnelle bivalente
De lâĂ©numĂ©ration qui prĂ©cĂšde, il sâagit maintenant de dĂ©gager un tableau des mĂ©canismes opĂ©ratoires essentiels, dĂ©terminant les transformations interpropositionnelles, et de les comparer avec ceux de la logique intrapropositionnelle.
Il est, en effet, trĂšs arbitraire de ramener les opĂ©rations interpropositionnelles Ă un nombre quelconque sans justifier ce choix par une Ă©tude de leur structure dâensemble : une avec Sheffer ( | ), deux
|
© â H 1 |
Opérations | Formes normales disjonctives | Formes normales conjonctives |
| a lté de Logique. |
I. Affirmation complĂšte (p*q) II. NĂ©gation complĂšte (o) III. Disjonction (p âšÂ q) IV. NĂ©gation conjointe (p -q) V. IncompatibilitĂ© (p\q) VI. Conjonction (p âą q) VII. Implication (p ⥠q) VIII. Non-implication (p^q) IX. Implication inverse (p c q) âŠâŠ.. X. Non-implication inverse (q ⥠p) XL Ăquivalence (p = q) XII. Exclusion [p w q) XIII. Affirmation p[g] XIV. NĂ©gation pâ ] XV. Affirmation ?[p] XVI. NĂ©gation g[p] |
(p âą q) âšÂ (p âą q) âšÂ (p â q)v (p âą q) (o) (p âą q) âšÂ (p âą q) âšÂ (p âą q) (p âą q) (P âą q) âšÂ (p âą q) âšÂ (p âą q) (p âą q) (pâq)v (p âąÂ ?) V (p . q) (p âą q) (p âą q) âšÂ (p âą q) âšÂ (p âą q) (p â q) (p-q)v (p âą q) (pâq)v(pâ q) (pâq)v {pâ q) (pâq)v (p- q) (p-q)^ (p- q) (p-q)v (p- ?) |
(Ă») (P âšÂ q) â {p âšÂ ) âą (p âšÂ ç) âą (p âšÂ ?) ( â v ?) (p âšÂ q) âą ( > v q) âą (p âšÂ q) (pvq) (pvq) â (pv q) â (pv q) (pvq) (pvq) â (pvq) â (pv q) (pvq) (pv q) âą (p V q) âą (p âšÂ q) (pvq) âą (p âšÂ q) (pv q) âą (p âšÂ q) (P âšÂ q) âą (p âšÂ q) (pvq] âą (p V q] (pvq) â (pv q) (pvq) âą (pv q) |
Table récapitulative des formes normales
avec Frege (â et â), Russell (â et v) ou Brentano (â et âą), etc.1. Il ne sâagit pas seulement, en ce genre de rĂ©ductions, dâune Ă©conomie de notations (avec dâailleurs un effort inversement proportionnel demandĂ© au lecteur), mais dâune croyance courante en ce que Couturat appelait le caractĂšre « manifestement anthropomorphique » de la notion dâopĂ©ration : celle-ci rĂ©duisait, en effet, selon lui, Ă une simple relation. Il est vrai que, depuis lors, une tendance opĂ©ra- tionaliste sâest manifestĂ©e en certains courants de la pensĂ©e logistique : on parlera ainsi des seize « opĂ©rateurs » binaires pour souligner leur capacitĂ© de se dĂ©ployer en opĂ©rations et on dĂ©signera mĂȘme souvent celles-ci du terme de « manipulations » (en langue anglaise). Mais la plupart des auteurs continuent dâassimiler lâopĂ©ration Ă une simple relation. Or, si lâon caractĂ©rise lâopĂ©ration par sa propriĂ©tĂ© essentielle, qui est dâĂȘtre une transformation rĂ©versible, une opĂ©ration se distingue aisĂ©ment dâune relation, puisque celle-ci constitue une rĂ©alitĂ© transformable et non pas la transformation elle-mĂȘme (cf. § 4 et dĂ©finition 9-10) ; le mĂ©canisme opĂ©ratoire nâa plus rien alors dâanthropomorphique : la rĂ©versibilitĂ© est, en effet, le critĂšre le plus profond et le plus gĂ©nĂ©ral de la rationalitĂ©, par opposition Ă lâidentitĂ© de lâancienne logique, car lâidentique nâest que le produit des opĂ©rations directes et inverses.
Or, si lâidentitĂ© continue de sĂ©duire la plupart des logiciens, par opposition Ă la rĂ©versibilitĂ© opĂ©ratoire elle-mĂȘme â seule source de non-contradiction et par consĂ©quent de cohĂ©rence â câest quâil existe en fait deux conceptions antagonistes de la vĂ©ritĂ© formelle. Cet antagonisme ne se traduit naturellement ni par des divergences dans les Ă©noncĂ©s symboliques eux-mĂȘmes, ni par leurs interprĂ©tations de dĂ©tail, mais par lâimportance respective Ă attribuer aux diffĂ©rents types de liaison, et notamment Ă 1â« affirmation complĂšte » (I) dite ordinairement « tautologie ».
A propos de la thĂ©orie de formes normales, Ch. Serrus dit, par exemple : « Les expressions valables peuvent donc toujours ĂȘtre traitĂ©es dans la tautologie. Câest lĂ un fait dont il convient de dĂ©gager la signification. La tautologie nâest pas seulement la combinaison toujours vraie ; câest la combinaison toujours vraie quelles que soient les valeurs quâon attribue aux variables [âŠ]. On lui doit les schĂšmes fondamentaux de la dĂ©duction, sans conditions restrictivesâŠÂ »,
1. Serrus distingue (TraitĂ©, p. 27) « cinq opĂ©rations fondamentales » sans que lâon comprenne en rien les raisons de ce nombre impair supĂ©rieur Ă 1 (ce qui exclut dâavance une rĂ©versibilitĂ© stricte l).
tandis que « chaque relation, la tautologie mise Ă part, a apportĂ© des restrictions par les combinaisons quâelle Ă©liminait [âŠ]. Mais les formes (II-XVI) en apparence disparates, sâordonnent et se commentent rĂ©ciproquement dans la tautologie. GrĂące Ă elle, lâesprit du systĂšme pĂ©nĂštre dans la logique formelle [âŠ]. Tous les assemblages et toutes les exclusions (qui sont dâailleurs Ă leur maniĂšre des assemblages) prennent un sens dans la tautologie, qui devient par lĂ le symbole de la vĂ©ritĂ© totale1 ».
Si Ton nous permet une comparaison un peu osĂ©e, ce rĂŽle primordial (et dâailleurs assez vague, tant que lâon ne fournit pas les lois prĂ©cises de lâinversion, de la rĂ©ciprocitĂ©, etc.) accordĂ© par Serrus Ă la tautologie rappelle la maniĂšre dont le « moi absolu », dans le systĂšme de Fichte, se trouve obligĂ©, pour entrer en action, de se scinder en deux et de sâappuyer sur un « non-moi » prĂ©alablement dĂ©coupĂ© dans sa propre substance I En effet, si la tautologie exprime vraiment tout dâavance, on est cependant bien forcĂ©, pour dire quelque chose sans se contenter de dire « tout » Ă la fois, de « tailler » en elle quelque rapport spĂ©cialisĂ©. Or, câest justement ici quâintervient lâopĂ©ration, si anthropomorphique soit-elle, câest-Ă -dire relative au sujet agissant : elle introduit la vie et le mouvement au sein de la matiĂšre « tautologique » inerte, et substitue la dialectique Ă lâaffirmation absolue. De lĂ deux conceptions possibles de la logique : une conception statique, qui conçoit toute opĂ©ration comme un appauvrissement de 1â« affirmation complĂšte » (opĂ©ration I); ou une conception opĂ©ratoire, qui conçoit cette « tautologie » comme la matiĂšre formelle sur laquelle le sujet travaille et qui rĂ©serve le qualificatif de « vĂ©ritĂ© totale » pour dĂ©signer le systĂšme de toutes les opĂ©rations elles-mĂȘmes, en tant que transformations mobiles et rĂ©versibles. De ce second point de vue, 1â« affirmation complĂšte » devient une opĂ©ration parmi les autres, dâoĂč lâon peut partir, mais Ă laquelle on peut revenir ou parvenir Ă partir des autres, la transformation reprĂ©sentant dans les deux cas la construction elle- mĂȘme. Lâ« affirmation complĂšte » nâest ainsi que la vĂ©ritĂ© simultanĂ©e des quatre conjonctions que lâon peut construire avec deux propositions, mais il ne sâagit lĂ que dâune opĂ©ration particuliĂšre au sein des seize opĂ©rations que lâon peut engendrer avec ces deux propositions et leurs nĂ©gations ; de mĂȘme pour les huit conjonctions rĂ©alisables avec trois propositions, mais il ne sâagit alors que dâune des
1. Op. cit., p. 79-81.
opĂ©rations parmi 256 possibles ; de mĂȘme pour les seize conjonctions de quatre propositions, mais il y a alors 65.536 opĂ©rations possibles, etc. Lâ« affirmation complĂšte » (p*q) est alors lâopĂ©ration qui permet de passer de quatre conjonctions (ou de deux pour une seule proposition) Ă huit, Ă seize, etc.1 et non pas celle qui situe ces liaisons parmi les 16, 256, 65.536, etc., combinaisons possibles. En outre, elle ne permet pas Ă elle seule de revenir de nâŠ, 16, 8 Ă 4 et Ă 2 conjonctions, et il lui faut une inverse pour faire cette marche arriĂšre2. Enfin, pour la conception tautologiste, ces arrangements innombrables sont eux-mĂȘmes donnĂ©s dâavance Ă titre de simple rĂ©sultat de combinaisons prĂ©existant dans lâaffirmation complĂšte, comme si, pour construire une thĂ©orie dĂ©ductive, le sujet pensant et agissant commençait par jeter dans une urne toutes ses idĂ©es et par les mĂ©langer de maniĂšre Ă en tirer ensuite lâensemble des vĂ©ritĂ©s Ă choix. Pour lâinterprĂ©tation opĂ©ratoire, au contraire, ce ne sont pas les arrangements en nombre indĂ©fini qui importent Ă lâesprit : câest lâaction mĂȘme, qui permet de passer des uns aux autres et qui constitue ainsi le systĂšme des transformations rĂ©versibles, seul objet dâĂ©tude dâune logique formelle digne de sa fonction constructive.
Cherchons donc maintenant, aprĂšs avoir dĂ©crit quelques-unes des transformations possibles parmi les combinaisons binaires, Ă analyser leurs mĂ©canismes opĂ©ratoires fondamentaux. Quelques distinctions sâimposent tout dâabord. Partons dâune opĂ©ration quelconque, telle que (p âšÂ q), envisagĂ©e sous sa forme normale disjonctive (p âą q) âšÂ (p âą q) âšÂ (p âą q).
Rappelons un exemple. Si p = « x est terrestre » et y = « z est aquatique », alors (p âšÂ q) signifie « terrestre et non aquatique (p â q) ou aquatique et non terrestre (p â q) ou terrestre et aquatique Ă la fois (pâq= amphibie) ».
On peut alors transformer lâopĂ©ration en jeu de trois maniĂšres distinctes, toutes trois gĂ©nĂ©rales, et obtenir ainsi trois nouvelles opĂ©rations :
1° Son inverse : (p âšÂ q) = p âą q
La nĂ©gation conjointe p . q signifiera, dans lâexemple choisi, ni terrestre, ni aquatique, ni par consĂ©quent amphibie non plus.
DĂFINITION 32. â Lâinverse dâune opĂ©ration (par exemple p âšÂ q) est la complĂ©mentaire par rapport Ă lâaffirmation complĂšte (p*q).
1. Voir plus loin § 39 sous B (Forme IV).
2. Voir également § 39, B (IV).
En effet, lâinverse de (p âšÂ q) Ă©tant p âą q, on a :
(199) [(p â q)v (p âq)v (p â q)]v âq]Â =Â [p*q^â
On peut donc considĂ©rer lâinverse dâune opĂ©ration donnĂ©e comme Ă©tant sa nĂ©gation au sein de lâaffirmation complĂšte :
(200) (pVq)Â =Â (p*q)â (p^^q)Â =Â (P âą q)
câest-Ă -dire :
(200 bis) (pvq) = [(p â q) âšÂ (p â q) âšÂ (p âą q) âšÂ (p âą Ăż)]
âą [(F âą 9) âšÂ (p âą q) âšÂ (p âą y)] = [p âą Ăż]
Mais lâinverse sâobtient aussi, et cela revient identiquement au mĂȘme, par lâapplication de la rĂšgle de dualitĂ©, câest-Ă -dire par substitution des affirmations aux nĂ©gations et rĂ©ciproquement ainsi que des (v) aux (âą) et rĂ©ciproquement : pvq = p âą q (voir § 30, sous III).
2° Sa rĂ©ciproque :pvq( â p\q), câest-Ă -dire (p â q) âšÂ (p âą q) âšÂ (p âą q)
LâopĂ©ration (p âšÂ q) exclut donc « amphibie » (pâq), mais retient « terrestre et non-aquatique (p â q) » ou « aquatique et non-terrestre (p âą q) » ainsi que « ni terrestre ni aquatique (p â q) >>.
DĂFINITION 33. â La rĂ©ciproque dâune opĂ©ration (telle que p âšÂ q) est la mĂȘme opĂ©ration, mais portant sur des propositions de signes inversĂ©s : (pvq dans le cas de p âšÂ q).
Nous dĂ©signons cette transformation du nom de « rĂ©ciprocité » parce que, mises sous la forme dâimplications, deux opĂ©rations rĂ©ciproques lâune de lâautre constituent des implications entre propositions permutĂ©es. Câest ainsi que p âšÂ q = p ⥠q et p âšÂ q = q â p.Â
3° Sa corrĂ©lative, qui est (p â q) pour (p âšÂ q) et rĂ©ciproquement.
Dans lâexemple choisi p âą q signifiera donc Amphibie.
DĂFINITION 34. â Nous appellerons « corrĂ©lative » dâune opĂ©ration lâopĂ©ration qui sâobtient en substituant, dans la forme normale correspondante, les (v) aux (âą) et rĂ©ciproquement, mais sans changer les signes.
La corrĂ©lative de (p â q) âšÂ (p âą q) âšÂ (p âą q) sera donc :
(p âšÂ q) â (p âšÂ q) â (p âšÂ q)
ce qui correspond bien Ă (p âą q).
Toute opĂ©ration a donc une inverse (complĂ©mentaire), une rĂ©ciproque et une corrĂ©lative. Mais seules les inverses sont toujours distinctes lâune de lâautre, tandis que les rĂ©ciproques peuvent ĂȘtre
identiques entre elles ou aux inverses, de mĂȘme que les corrĂ©latives :
| (1) Opérations directes : | (2) Inverses de (1) | (3) Réciproques de (1) | (4) Corrélatives de (1) | |
| III | P v ? | p ⹠q | p\q | p-q |
| V | pl ? | p â q | pvq | p âą q |
| VI | p-q | p\q | p-q | p^q |
| IV | p â Â ? | p^q | p â q | p\q |
| VII | p3Â ? | p â q | q^ p | p-q |
| IX | q^p | p â q | p^q | p â q |
| VIII | p âąÂ ? | p^q | p-q | q^p |
| X | p-q | q^p | p âą q | p^q |
| XI | p = q | pwq | p = q | pwq |
| XII | pw q | p â q | p W q | p = q |
| I | p*q | (°) | p*q | (o) |
| II | (o) | p*q | (o) | p*q |
| XIII | p[?l | pâ ] | p[?l | p[?l |
| XIV | Pâ ] | Pâ ] | Pâ ] | |
| XV | ?[p] | ?[p] | ?[p] | ?[p] |
| XVI | ?[p] | ?[p] | ?[pl | ?[p] |
Â
A comparer les divers rapports donnés entre les inverses, les réciproques et les corrélatives, on constate que trois cas sont possibles :
Il existe dâabord un ensemble de huit opĂ©rations formant deux quaternes, dont chacun prĂ©sente sous forme distincte une opĂ©ration directe, une inverse, une rĂ©ciproque et une corrĂ©lative (ces termes Ă©tant naturellement relatifs, puisque chaque opĂ©ration est lâinverse de son inverse, la rĂ©ciproque de sa rĂ©ciproque et la corrĂ©lative de sa corrĂ©lative) :
| (1) Directes | (2) Inverses | (3) Réciproques | (4) Corrélatives |
| A. pv q | p -q | p\q | p âą q |
| B. p^q | p âą q | q^p | p âą q |
Â
Il existe ensuite un quaterne dâopĂ©rations dont les rĂ©ciproques sont identiques entre elles et les corrĂ©latives identiques aux inverses :
| C ( | (1) | (2) | (3) | (4) |
| p = q | pw q | p = q | p w q | |
| p*q | (o) | p*q | (o) |
Â
| (1) | (2) | (3) | (4) | |
| d 5 | p[?] | p[ql | ||
| ?l>] | qĂŻpl |
Â
Enfin, un dernier quaterne dâopĂ©rations prĂ©sente des corrĂ©latives identiques entre elles et des rĂ©ciproques identiques aux inverses :
Ce sont ces quatre quaternes qui dĂ©terminent la structure rĂ©elle des opĂ©rations binaires. Le dernier de ces quaternes (D) consiste en opĂ©rations de simples affirmations et nĂ©gations. Le troisiĂšme (C) est constituĂ© par les Ă©quivalences additives, positive (p = q) ou nĂ©gative (p w q câest-Ă -dire p = q), et multiplicatives, positive (p*q) ou nĂ©gative (o). Quant aux deux premiers quaternes (A et B), ce sont les seuls Ă prĂ©senter des inverses, rĂ©ciproques et corrĂ©latives distinctes les unes des autres. Ce sont donc ces huit opĂ©rations qui joueront le rĂŽle dĂ©cisif (câest-Ă -dire constructif) dans la dĂ©duction. Pour le mieux comprendre, examinons de plus prĂšs ces trois cas constituĂ©s par les quaternes A-B, par le quaterne C et par D :
A et B : OpĂ©rations inverses, rĂ©ciproques et corrĂ©latives distinctes. â  , Les deux premiers quaternes sont constituĂ©s par des opĂ©rations dont les formes normales disjonctives sont asymĂ©triques, parce que formĂ©es dâune seule ou de trois conjonctions. DĂšs lors, les opĂ©rations (1) dont la forme normale disjonctive prĂ©sente trois conjonctions (par exemple p âšÂ q ou p d q) auront pour inverse (2) une opĂ©ration Ă une seule conjonction (par exemple p â q ou p â q), et rĂ©ciproquement. Les rĂ©ciproques (3) prĂ©senteront donc aussi des formes normales disjonctives Ă trois ou une conjonction, correspondant aux prĂ©cĂ©dentes (pvq pour p âšÂ q-, p â q pour p âą q ; etc.). Les corrĂ©latives (4) seront alors les rĂ©ciproques des inverses, ou,.ce qui revient au mĂȘme, les inverses des rĂ©ciproques. Ce triple rapport entre les inverses, les rĂ©ciproques et les corrĂ©latives se traduira au total par un croisement entre les opĂ©rations (1), (2), (3) et (4), toutes quatre distinctes :
QUATERNE A

QUATERNE B

Â
Tels sont les mécanismes opératoires transformant les huit opérations binaires asymétriques selon les diverses formes possibles de réversibilité.
C. OpĂ©rations inverses distinctes, mais opĂ©rations rĂ©ciproques identiques entre elles et opĂ©rations corrĂ©latives identiques aux rĂ©ciproques. â Parmi les opĂ©rations dont les formes normales disjonctives prĂ©sentent 0, 2 ou 4 paires de prĂ©positions (conjonctions), il y a encore lieu de distinguer entre celles qui prĂ©sentent une symĂ©trie selon les conjonctions (p â q) et (p â q), toutes deux vraies ou toutes deux fausses, et celles qui ne comportent pas cette symĂ©trie, câest-Ă -dire qui transforment p indĂ©pendamment de q ou lâinverse. La symĂ©trie (p â q) et (p â q) entraĂźne alors lâidentitĂ© des rĂ©ciproques entre elles, qui caractĂ©rise lâĂ©quivalence positive et nĂ©gative (p = q) et (p w q) ainsi que lâaffirmation et la nĂ©gation complĂštes. En effet, la rĂ©ciproque de (p = q) = (p âą q) âšÂ (p âą q) est (p â q) âšÂ (p â q), câest-Ă -dire Ă nouveau (p = q) ; celle de (p w q) = (pâq)v(pâ q) est (p âą q) âšÂ (p âą q), câest-Ă -dire Ă nouveau (p w q), etc. Les corrĂ©latives sont alors identiques aux inverses. Par exemple la corrĂ©lative de :
(pâq)v(pâq) âšÂ (p âą q) v(p-q) = (p*q) est :
(P âšÂ q) âą (p âšÂ q) âą (p âšÂ q) âą (p âšÂ q) = o
QUATERNE G

et :
On constate quâil nây a plus croisement, puisque deux transformations seulement sont distinctes sur quatre. Par contre, la loi signalĂ©e au sujet de la rĂ©ciproque des inverses, dans les quaternes A et B, se vĂ©rifie encore : lâopĂ©ration (1) a pour inverse (complĂ©mentaire) une opĂ©ration (2), qui est la rĂ©ciproque de lâinverse (4) de la rĂ©ciproque (3) de (1) ; autrement dit les opĂ©rations rĂ©ciproques (1) et (3), qui sont identiques entre elles, ont pour inverses des opĂ©rations (2) et (4) qui sont elles-mĂȘmes rĂ©ciproques (et identiques entre elles).
D. OpĂ©rations rĂ©ciproques distinctes lâune de lâautre, mais identiques aux inverses, et opĂ©rations corrĂ©latives non distinctes entre elles. â  Il reste enfin les opĂ©rations ignorant la symĂ©trie (p âą q) et (p â q), câest-Ă -dire transformant p indĂ©pendamment de q ou lâinverse :
QUATERNE D
Le rapport dâinversion se confond donc ici avec celui de rĂ©ciprocitĂ© puisquâil sâagit, en ces opĂ©rations, de simples affirmations ou nĂ©gations. Il sâensuit lâidentitĂ© des corrĂ©latives entre elles. En effet, la corrĂ©lative de p[Ăż] = (p âą q) âšÂ (p âą q) est (p âšÂ q) âą (p âšÂ q), ce qui donne Ă nouveau p(q] ; etc. (voir propositions 191, 192, 195 et 196). NĂ©anmoins la loi Ă©noncĂ©e Ă propos de la rĂ©ciproque des inverses se vĂ©rifie encore : lâopĂ©ration (1) a pour inverse (2) la rĂ©ciproque de lâinverse (4) de sa propre rĂ©ciproque (3) ; autrement dit, lâopĂ©ration


directe (1) et sa rĂ©ciproque (3) ont respectivement pour inverses deux opĂ©rations (2) et (4), qui sont elles-mĂȘmes rĂ©ciproques lâune de lâautre. Mais, dans ce cas D, lâinverse et la rĂ©ciproque sont identiques entre elles, de mĂȘme que les corrĂ©latives ; seulement les rĂ©ciproques sont distinctes lâune de lâautre puisquâelles coĂŻncident avec les inverses.
On se trouve donc en prĂ©sence dâune premiĂšre loi gĂ©nĂ©rale de la logique interpropositionnelle, que nous proposons dâappeler la « loi de la double rĂ©versibilité » et que lâon peut dĂ©montrer comme suit :
HypothĂšses et dĂ©finitions. â Soit T = quatre conjonctions de propositions, telles que lâon ait (p â q) âšÂ (p âą q) âšÂ (p â q) âšÂ (p âą q), câest-Ă -dire une « affirmation complĂšte » (ou « tautologie »). Soit (1) une opĂ©ration quelconque, formĂ©e de n conjonctions distinctes, choisies parmi les prĂ©cĂ©dentes, donc n < 4 (par exemple zĂ©ro ou trois). Une opĂ©ration (2) sera dite inverse (ou complĂ©mentaire)1 de (1) parce quâelle comportera Tâ n conjonctions distinctes les unes des autres et distinctes de celles de (1). Une opĂ©ration (3) sera dite la rĂ©ciproque2 de (1) et rĂ©sultera de la nĂ©gation des propositions intervenant en (1) : elle prĂ©sentera donc le mĂȘme nombre de conjonctions que (1), distinctes les unes des autres et correspondant bi-univoquement aux n conjonctions de (1), mais sans en ĂȘtre nĂ©cessairement distinctes. Enfin, lâinversion des signes de (2) donnera une opĂ©ration (4), formĂ©e du mĂȘme nombre (T â n) de conjonctions que (2), distinctes les unes des autres, correspondant bi-univoquement aux T â n conjonctions de (2), mais sans ĂȘtre nĂ©cessairement distinctes de ces derniĂšres3.
ThéorÚme I (loi de la double réversibilité)
Les inverses de deux opĂ©rations rĂ©ciproques sont elles-mĂȘmes rĂ©ciproques et les rĂ©ciproques de deux opĂ©rations inverses lâune de lâautre sont elles- mĂȘmes inverses.
corollaire. â  Lâinverse de la rĂ©ciproque dâune opĂ©ration est identique Ă la rĂ©ciproque de son inverse.
Il sâagit dâabord, de dĂ©montrer que lâopĂ©ration (4), qui est par hypothĂšse la rĂ©ciproque de (2), câest-Ă -dire de lâinverse de (1), est nĂ©cessairement lâinverse de (3), câest-Ă -dire de la rĂ©ciproque de (1). Or, la transformation de (1) en (3) sâobtient par simple interversion des affirmations (p ou q) et des nĂ©gations (p ou â). Il en est de mĂȘme de la transformation de (2) en (4). Dâautre part, la rĂ©union des conjonctions inhĂ©rentes aux opĂ©rations (1) et (2) donne quatre conjonctions distinctes, dont la somme Ă©gale T, puisque (1) = n conjonc-
1. Cette dĂ©finition de lâinverse coĂŻncide avec la dĂ©finition 32 adoptĂ©e plus haut.
2. Cette définition de la réciproque coïncide avec la définition 33.
3. Cette dĂ©finition de lâopĂ©ration corrĂ©lative (4) ne fait pas appel Ă la dĂ©finition 34.
tions et (2) = T â n conjonctions. Ces quatre conjonctions seront distinctes, puisque les conjonctions intervenant en (1) et en (2) sont toutes distinctes les unes des autres : leur rĂ©union Ă©quivaudra donc Ă 1â« affirmation complĂšte » sous sa forme initiale T. Mais alors il en sera de mĂȘme des conjonctions intervenant dans les opĂ©rations (3) et (4), puisque seuls les signes (p et p ; q et q) sont intervertis en passant de (1) Ă (3) et de (2) Ă (4) : la rĂ©union des opĂ©rations (3) et (4) donnera donc Ă©galement quatre conjonctions distinctes ; cette rĂ©union Ă©quivaudra Ă nouveau Ă T puisque la rĂ©ciproque dâune « affirmation complĂšte » est encore une « affirmation complĂšte ». LâopĂ©ration (4) est donc lâinverse de (3) puisquâelles sont complĂ©mentaires sous T.
De plus, deux opĂ©rations quelconques Ă©taient ainsi lâinverse lâune de lâautre lorsque leurs rĂ©ciproques le sont, il en rĂ©sulte que deux opĂ©rations (b) et (d), inverses de deux opĂ©rations rĂ©ciproques lâune de lâautre (a) et (c), sont nĂ©cessairement elles-mĂȘmes rĂ©ciproques. En effet, la rĂ©union des conjonctions comprises en (a) et en (b) Ă©quivaut alors Ă T et il en est de mĂȘme des conjonctions comprises en (cj et en (d), la rĂ©ciproque de T demeurant T lui-mĂȘme : lâopĂ©ration (d) sera donc la rĂ©ciproque de (b) comme (c) lâest de (a), puisque (d) comprend les conjonctions manquant Ă (c) et (b) celles qui manquent Ă (a).
Remarque. â  La dĂ©monstration qui prĂ©cĂšde est indĂ©pendante du caractĂšre distinct des opĂ©rations rĂ©ciproques et inverses, ainsi que de celui des opĂ©rations rĂ©ciproques entre elles (les inverses sont par contre nĂ©cessairement distinctes). Elle ne fait appel quâĂ lâidentitĂ© de 1â« affirmation complĂšte » et de sa rĂ©ciproque : or, cette identitĂ© est Ă©vidente, puisque cette opĂ©ration comprend par dĂ©finition toutes les conjonctions possibles et quâen intervertissant tous les signes on ne change alors rien Ă lâensemble.
Dans ce qui prĂ©cĂšde nous nâavons pas introduit la dĂ©finition de lâopĂ©ration « corrĂ©lative » en tant que rĂ©sultant de la substitution des (v) et des (âą) dans la forme normale envisagĂ©e (dĂ©finition 34). Il sâagit donc maintenant de prouver que la corrĂ©lative (caractĂ©risĂ©e selon cette dĂ©finition 34) est bien la rĂ©ciproque de lâinverse ou (ce qui revient donc au mĂȘme) lâinverse de la rĂ©ciproque, et de rendre compte des diffĂ©rentes formes, distinctes ou non, de corrĂ©latives.
DĂFINITION â  Introduisons maintenant cette dĂ©finition 34 : une opĂ©ration Ă©tant donnĂ©e sous sa forme normale disjonctive ou conjonctive, sa « corrĂ©lative » sera lâopĂ©ration rĂ©sultant de la substitution de (v) aux (âą) et rĂ©ciproquement, sans modification du signe des propositions.
ThéorÚme II (corrélativité)
La « corrĂ©lative » dâune opĂ©ration est la rĂ©ciproque de son inverse. Lorsque la rĂ©ciproque de lâopĂ©ration se confond avec lâinverse, la corrĂ©lative est alors identique Ă lâopĂ©ration directe elle- mĂȘme. Lorsque la rĂ©ciproque dâune opĂ©ration lui est identique, la corrĂ©lative se confond par contre avec lâinverse. Lorsquâenfin la rĂ©ciproque est Ă la fois distincte de lâopĂ©ration directe et de lâinverse, la corrĂ©lative constitue une quatriĂšme opĂ©ration distincte.
En effet, selon la loi de dualitĂ©, lâinverse (2) dâune opĂ©ration (1) est dĂ©terminĂ©e par lâinterversion des (v) et des (âą) ainsi que des valeurs positives et nĂ©gatives des propositions en jeu. La rĂ©ciproque (3) de lâopĂ©ration (1) rĂ©sulte, dâautre part, de lâinterversion de ces valeurs positives et nĂ©gatives des propositions, sans modification de lâopĂ©ration elle-mĂȘme, câest-Ă -dire des (v) et des (âą). La « corrĂ©lative » (4) Ă©tant par dĂ©finition lâopĂ©ration rĂ©sultant de lâinterversion des (v) et des (âą), sans modification des valeurs positives et nĂ©gatives des propositions, sera donc la rĂ©ciproque de (2), qui est lâinverse de (1). Trois cas sont alors possibles :
a) La rĂ©ciproque (3) est identique Ă lâinverse (2). Alors la rĂ©ciproque de lâinverse sera lâinverse de lâinverse, câest-Ă -dire lâopĂ©ration directe.
b) La rĂ©ciproque (3) est identique Ă lâopĂ©ratien directe (1) ; alors la rĂ©ciproque de lâinverse sera lâinverse elle-mĂȘme : en effet, si les interversions des valeurs positives et nĂ©gatives des propositions en jeu ne modifient pas lâopĂ©ration directe, elles ne modifieront pas non plus lâinverse, puisque celle-ci est sa complĂ©mentaire sous T et que T« affirmation complĂšte » T est identique Ă sa rĂ©ciproque.
c) Les opĂ©rations directe (1), inverse (2) et rĂ©ciproque (3) sont distinctes : alors la rĂ©ciproque de lâinverse sera distincte des trois premiĂšres opĂ©rations, puisque lâinterversion des valeurs positives et nĂ©gatives des propositions en jeu modifient lâopĂ©ration (comme le prouve la distinction de 1 et de 3) et quâelles la modifient sous une forme distincte de la complĂ©mentaritĂ© (comme le prouve la distinction de 2 et de 3).
corollaire i. â La rĂ©ciproque dâune opĂ©ration est lâinverse de la corrĂ©lative de cette mĂȘme opĂ©ration : quand la rĂ©ciproque de lâopĂ©ration est vraie, la corrĂ©lative est donc fausse, et quand la corrĂ©lative est vraie, la rĂ©ciproque est fausse.
Exemple : Si une conjonction (p âą q) est vraie, telle que quelques VertĂ©brĂ©s ont « à la fois des branchies et des poumons » et que sa corrĂ©lative (p âšÂ q)
est vraie (« branchies ou poumons, ou tous les deux »), alors la rĂ©ciproque (p â q) (quelques VertĂ©brĂ©s nâont « ni branchies ni poumons ») est fausse. Par contre, lorsquâune conjonction (p â q) est vraie (quelques animaux ont « des vertĂšbres et une moelle Ă©piniĂšre ») et que sa rĂ©ciproque (p âą q) lâest aussi (quelques animaux nâont « ni vertĂšbres ni moelle Ă©piniĂšre »), alors la corrĂ©lative (p âšÂ q) est fausse : « ou vertĂšbres (sans moelle Ă©piniĂšre), ou moelle Ă©piniĂšre (sans vertĂšbres) ou les deux ».
De mĂȘme, si (p â q) est vrai et (q^ p) faux, alors la corrĂ©lative (p âą q) est vraie : par exemple si MammifĂšre implique VertĂ©brĂ© sans que la rĂ©ciproque soit vraie, alors « non-MammifĂšre et VertĂ©bré » est juste. Par contre si (p ⥠q) et (q d p) sont vrais tous les deux (vertĂšbres implique _ moelle Ă©piniĂšre et rĂ©ciproquement), alors (p-q) est faux (moelle Ă©piniĂšre sans vertĂšbres).
corollaire il. â La corrĂ©lation ne constitue une quatriĂšme opĂ©ration distincte que dans le cas des expressions opĂ©ratoires formĂ©es de une ou trois conjonctions.
En effet seules les expressions formĂ©es de une ou de trois conjonctions peuvent avoir une rĂ©ciproque et une corrĂ©lative distinctes des opĂ©rations directe et inverse, puisque les expressions constituĂ©es par la rĂ©union de quatre, deux ou zĂ©ro conjonctions ne sauraient ĂȘtre transformĂ©es en quatre opĂ©rations distinctes par complĂ©mentaritĂ©, changement du signe des propositions et permutations des (âą) et des (v).
ThéorÚme III (corrélativité)
Lorsque, en une expression opĂ©ratoire formĂ©e par la rĂ©union de trois conjonctions, deux de ces conjonctions expriment les parties communes (p â q) et (p âą q), la corrĂ©lative est alors constituĂ©e par la conjonction exprimant la partie non commune (p âą q) ou (p âą q) ; rĂ©ciproquement lorsque deux des conjonctions en jeu expriment les parties non communes (p â q) et (p âą q), la corrĂ©lative est constituĂ©e par la conjonction reprĂ©sentant une partie commune (p â q) ou (p âą q).
En effet, lorsque deux conjonctions reprĂ©sentent les parties communes (p âą q) et (p âą q), la rĂ©ciproque de lâexpression considĂ©rĂ©e conservera ces deux conjonctions (lâinversion des signes donnant simplement p âą q et p â q) et ne modifiera que la troisiĂšme des conjonctions en prĂ©sence : la corrĂ©lative Ă©tant lâinverse de la rĂ©ciproque, câest donc cette troisiĂšme conjonction de lâexpression initiale qui constituera sa corrĂ©lative. Par exemple la rĂ©ciproque de :
(p ⥠q) = (p âą q) âšÂ (p â q) y (p âą q) Ă©tant :
(q d p) = (p âą q) âšÂ (p â q) âšÂ (p âą q)
la corrĂ©lative de (p ? g) sera (p âą q). Dans le cas oĂč deux des conjonc-
lions en jeu reprĂ©sentent les parties non communes (p âą q) et (p âą q), la rĂ©ciproque de lâexpression considĂ©rĂ©e conservera Ă©galement ces deux conjonctions (lâinversion des signes les transformant en elles- mĂȘmes : p âą q et p â q) et ne modifiera que la troisiĂšme des conjonctions en prĂ©sence : ce sera Ă nouveau cette troisiĂšme qui constituera donc la corrĂ©lative. Par exemple la rĂ©ciproque de :
(p âšÂ q) = (p â q) âšÂ (p âą q) âšÂ (p â q) Ă©tant :
P\<1 = (P âqâ)âl (p -q)v (p â q) la corrĂ©lative de (p âšÂ q) sera (p âą q).
corollaire â  La corrĂ©lative dâune expression opĂ©ratoire dâune seule conjonction est constituĂ©e par une expression formĂ©e de trois conjonctions. Deux nouvelles conjonctions sont alors Ă ajouter Ă la premiĂšre : elles exprimeront les parties communes (p â q) et (p âą q) si la conjonction initiale reprĂ©sente des parties non communes (p â q ou p âą q) et inversement.
Exemple : La corrĂ©lative de (p âą q) est (p âą q) âšÂ (p âą q) âšÂ (p âą q) = (qâ>p), tandis que celle de (p â q) est (p âą q) V (p âą q) âšÂ (p âą q) = (p\q).
REMARQUE. â La corrĂ©lativitĂ© consiste ainsi soit Ă adjoindre soit Ă supprimer, au sein des expressions considĂ©rĂ©es, des Ă©quivalences positives (p âą q âšÂ q âą p) ou nĂ©gatives (p âą p âšÂ q âą q). On comprend alors pourquoi, dans le cas des opĂ©rations (p = q) ; (p w q) ; (p*q) ou (o), consistant dĂ©jĂ en Ă©quivalences positives et nĂ©gatives (et additives ou multiplicatives), la corrĂ©lative est identique Ă lâinverse, puisquâelle revient alors Ă supprimer ces Ă©quivalences ou non-Ă©quivalences. Dans le cas des opĂ©rations p [Ăż] ; p â ] ; q [p] et ç[p],par contre, qui sont toutes formĂ©es dâune partie commune (p âą q ou p âą q) et dâune partie non commune (p âą q ou p âą q), la corrĂ©lative est identique Ă lâopĂ©ration directe parce que lâon ne saurait ajouter ni supprimer, en de telles expressions mixtes, une Ă©quivalence (positive ou nĂ©gative) entiĂšre, dont les deux couples de propositions soient lâun et lâautre distincts de ceux de lâexpression considĂ©rĂ©e.
Les thĂ©orĂšmes II et III ayant ainsi prĂ©cisĂ© la situation de la « corrĂ©lative », passons maintenant Ă lâanalyse plus dĂ©taillĂ©e des « rĂ©ciproques » :
Rappelons dâabord la dĂ©finition 33 : La rĂ©ciproque dâune opĂ©ration est la mĂȘme opĂ©ration effectuĂ©e sur la nĂ©gation des propositions considĂ©rĂ©es.
Par exemple (p âšÂ q) a pour rĂ©ciproque (p | q) parce que :
(p V q) = (p âą q) V (p âą q) âšÂ (p âą q) et que :
P âšÂ q (= pi ?) = (p â q) V (p âą q) âšÂ (p âą q)
Il y a donc inversion de tous les signes, mais non pas des opérations.
DĂFINITION 35. â La rĂ©ciproque dâune opĂ©ration binaire sera dite transformer la valeur de p indĂ©pendamment de q (ou lâinverse) lorsque les p changent de signe sans compensation des affirmations et des nĂ©gations, tandis que les changements de signe affectant les q donnent lieu Ă une compensation (ou lâinverse).
Prenons comme exemple : p[?] = (p âą q) âšÂ (p âą q). La rĂ©ciproque de p[?] Ă©tant p[ç] = (p âą q) âšÂ (p âą q), la valeur des p est transformĂ©e sans compensation par cette nĂ©gation, tandis que le changement de ? en ? est compensĂ© par la transformation de q en q.
DĂFINITION 36. â La rĂ©ciproque dâune opĂ©ration binaire sera dite transformer simultanĂ©ment la Valeur des p et des q lorsque lâensemble des p et lâensemble des q changent de signe tous deux avec (ou tous deux sans) compensation des affirmations et des nĂ©gations.
Par exemple la rĂ©ciproque de (p â q) Ă©tant (p âą q), p et q sont simultanĂ©ment transformĂ©s, mais sans compensation. La rĂ©ciproque de :
(p = i) = (p âą y) âšÂ (p â q)
Ă©tant (p âą q) âšÂ (p âą q) = (p â q), les p et les q sont transformĂ©s simultanĂ©ment les uns et les autres, mais avec compensation.
ThéorÚme IV (réciprocité)
Lorsque la rĂ©ciproque dâune opĂ©ration binaire transforme la valeur de p indĂ©pendamment de q ou lâinverse, cette rĂ©ciproque est identique Ă lâopĂ©ration inverse.
En effet, si p (ou q) change seul de valeur, ce changement constitue une simple inversion (p pour p ou lâinverse) : la rĂ©ciproque Ă©quivaut ainsi Ă lâinverse.
Par exemple la réciproque de :
(p âą q) âšÂ (p âą q) = p[q] est :
(Ăż â q) âšÂ (p âą q) = p[q] opĂ©ration qui est aussi son inverse.
thĂ©orĂšme v. â Lorsque les valeurs de p et de q sont transformĂ©es simultanĂ©ment par une rĂ©ciprocitĂ©, celle-ci est soumise aux conditions suivantes : 1° La rĂ©ciproque dâune expression binaire formĂ©e
dâune seule conjonction est sa complĂ©mentaire par rapport Ă une Ă©quivalence directe (p = q), si les propositions p et q sont de mĂȘmes signes, et par rapport Ă une Ă©quivalence inverse (p w q, câest-Ă -dire p = q et q = p), si p et q sont de signes diffĂ©rents. 2° La rĂ©ciproque dâune expression binaire dont la forme normale disjonctive comporte de deux Ă quatre conjonctions est formĂ©e de conjonctions bi-univoquement correspondantes, dont chacune est la complĂ©mentaire de sa correspondante par rapport Ă une Ă©quivalence directe (p = q), si p et q sont de mĂȘmes signes, sinon par rapport Ă une Ă©quivalence inverse (p w q).
En effet, la rĂ©ciproque de (p âą q) Ă©tant par dĂ©finition (p âą q) et la rĂ©union (p âą q) âšÂ (p âą q) constituant une Ă©quivalence directe (p = q), toute conjonction binaire de propositions de mĂȘmes signes (p âą q) ou (p âą q) aura pour rĂ©ciproque la conjonction complĂ©mentaire par rapport Ă lâĂ©quivalence directe : (p âą q) pour (p âą q) et (p âą q) pour (p âą q). Si la conjonction considĂ©rĂ©e est de signes diffĂ©rents, (p âą q) ou (p â q), la rĂ©union des deux conjonctions rĂ©ciproques constituera une exclusion, ou Ă©quivalence inverse : (p âą q) âšÂ (p âą q), câest-Ă -dire (p = q) et (ç = p). Si tel est le cas pour les conjonctions isolĂ©es il en sera Ă©galement ainsi pour chaque conjonction faisant partie dâune expression normale binaire formĂ©e de deux, trois ou quatre conjonctions. Par exemple la rĂ©ciproque de [(p â q) âšÂ (p âą q) âšÂ (p â q)^â est :
[(p âą q) âšÂ (p â q) âšÂ (p âą Ăż)]
Les conjonctions correspondantes donnent alors :
(p âą q) âšÂ (p âą q) = (p = q) ; (p ⹠ç) âšÂ (p âą q) = (p w q) ;
(p âą q) âšÂ (p â q) = (p w q)
corollaire i. â Lorsquepetq changent simultanĂ©ment de valeurs, la rĂ©ciproque dâune expression binaire comprenant, sous sa jorme normale disjonctive, quatre, deux (ou zĂ©ro) conjonctions, Ă©quivaut Ă cette expression elle-mĂȘme.
Câest ainsi que les rĂ©ciproques de (p * q) ; (p = q) ; (pwq) et (o) sont (p * q) ; (p â q) ; (p^q) et (o) 1. En effet, de telles expressions constituent des Ă©quivalences directes (p = q) ou inverses (p w q) = (p = q) âšÂ (q =p), ou des doubles Ă©quivalences : (p * q) comprend ainsi : (p âą q) âšÂ (p âą q) ainsi que (p â q) âšÂ (p âą q) et (o) comprend (o w o) ou (ĂŽ w b). Or, la rĂ©ciproque des expressions binaires dans lesquelles p et q sont trans-
1. La rĂ©ciproque de la nĂ©gation totale (p âšÂ q) âą (p âšÂ q) âą (p âšÂ q) âą (p âšÂ q), est par dĂ©finition (p âšÂ g) âą (p âšÂ g)âą(p âšÂ g)âą(p âšÂ g), câest-Ă -dire la mĂȘme expression.
formĂ©es simultanĂ©ment est formĂ©e de conjonctions complĂ©mentaires par rapport Ă lâĂ©quivalence directe ou inverse. Donc la rĂ©ciproque de (p âą q) âšÂ (p âą q) sera (p âą q) âšÂ (p âą q) et celle de (p âą q) âšÂ (p âą q) sera (p âą q) âšÂ (p âą q), ce qui ramĂšne ces deux transformations Ă lâexpression initiale.
corollaire n.â Dans le cas des expressions binaires normales (disjonctives) formĂ©es de trois conjonctions, lâexpression rĂ©ciproque conserve les deux conjonctions qui constituent, soit (a) une Ă©quivalence directe (p â q)v (p âą q), soit (b) une Ă©quivalence inverse (p âą q) âšÂ (p â q) ; quant Ă la troisiĂšme conjonction, elle est remplacĂ©e par la conjonction qui lui est complĂ©mentaire par rapport Ă ÎĂ©quivalence inverse dans le cas (a) et par rapport Ă ÎĂ©quivalence directe dans le cas (b).
En effet, si lâexpression considĂ©rĂ©e contient trois conjonctions dont deux forment Ă elles seules une Ă©quivalence directe ou inverse, ces deux conjonctions se conserveront telles quelles dans lâexpression rĂ©ciproque, puisquâelles constituent dĂ©jĂ une Ă©quivalence (en vertu du corollaire I) ; en ce cas la troisiĂšme conjonction ne saurait ĂȘtre transformĂ©e quâen une conjonction complĂ©mentaire par rapport Ă lâĂ©quivalence inverse, si les deux premiĂšres conjonctions constituent ensemble une Ă©quivalence directe : en effet, si les conjonctions (p â q) et (p â q) sont comprises toutes deux dans ces deux premiĂšres, la troisiĂšme ne saurait ĂȘtre que (p âą q) ou (p â q) ; inversement la troisiĂšme conjonction ne saurait ĂȘtre que (p âą q) ou (p âą q) si les deux premiĂšres sont (p â q) âšÂ (p âą q) : sa rĂ©ciproque sera donc complĂ©mentaire par rapport Ă lâĂ©quivalence directe.
Câest ainsi que les formes normales disjonctives des opĂ©rations rĂ©ciproques (p âšÂ q) et (p | q) contiennent dĂ©jĂ toutes deux les deux conjonctions (p âą Ăż) âšÂ (p âąÂ ?), câest-Ă -dire lâĂ©quivalence inverse : donc la rĂ©ciprocitĂ© transforme (p âą q) en (p âą q) ou Îinλrerse. Quant aux implications p â ? et ? â p, leurs formes normales disjonctives contiennent toutes deux dĂ©jĂ les deux conjonctions (p â q) âšÂ (p âą q), câest-Ă -dire lâĂ©quivalence directe : la rĂ©ciprocitĂ© transforme alors p âą q (contenu en qz> p) en p â q (contenu en p-qj ou lâinverse.
COROLLAIRE III.â Lorsquâune expression binaire dont la rĂ©ci- procitĂ© transforme simultanĂ©ment p et q est mise sous la forme dâune implication (positive ou nĂ©gative), sa rĂ©ciproque est alors constituĂ©e par lâimplication entre ses Ă©lĂ©ments permutĂ©s (implication converse, dite inverse). La conjonction de lâimplication considĂ©rĂ©e et de sa converse donne alors une Ă©quivalence directe (p = q), en cas dâimplications posi-
tives entre propositions Ă©galement positives (p 3 q), ou dâimplication nĂ©gative entre propositions de signes contraires (p 3 q), et donne une Ă©quivalence inverse (p w q, câest-Ă -dire p = q et q = p) lorsquâaucune de ces deux conditions nâest remplie.
La permutation des termes de lâimplication rĂ©sulte, en effet, de la dĂ©finition mĂȘme de la rĂ©ciprocitĂ©, puisque p 3 q a pour rĂ©ciproque (p 3 q) = (q 3 p) et que q 3 p a pour rĂ©ciproque (q 3 p) = (p 3 q). Il en dĂ©coule alors que la conjonction des deux implications positives entre propositions positives p 3 q et qa p donne une Ă©quivalence directe, puisque (p d q) âą (q d p) ⥠(p § q) ⥠(p = q). Il en sera de mĂȘme des implications nĂ©gatives entre propositions de signes contraires, car si lâon a Ă la fois p a q et p d q, cela signifie :
(p o q) âą (p â q) = (p âą q) âšÂ (p âą q) = (p = q)
puisque (p 3 q) = (p â 7) = (p âą q) et que (p â q) = (p âą q). En dehors de ces deux cas (et de lâĂ©quivalence directe elle-mĂȘme), toute implication nĂ©gative ou toute implication positive entre propositions de signes contraires ne saurait Ă©videmment donner, par conjonction avec sa rĂ©ciproque, quâune Ă©quivalence inverse (p w q) : en effet, puisque p^q = p - q et que Ăżop = p âą q, la conjonction de deux non-implications Ă©quivaut Ă (p âą q) âšÂ (p âą q), câest-Ă -dire Ă lâĂ©quivalence inverse ; dâautre part, les implications entre propositions de signes contraires, p 3 q\q ⥠p ; p^q ou q^p ne peuvent aboutir, par conjonction avec leurs rĂ©ciproques, quâĂ des combinaisons de signes mĂ©langĂ©s p â q ou p âą q, câest-Ă -dire de nouveau Ă des Ă©quivalences inverses. DâoĂč le tableau, p. 283.
De ce thĂ©orĂšme V et de ses corollaires dĂ©coule donc ce fait fondamental que la rĂ©ciprocitĂ© fait intervenir une complĂ©mentaritĂ© spĂ©ciale, relative Ă lâĂ©quivalence (p = q) et non pas Ă lâaffirmation complĂšte (p * q) comme la complĂ©mentaritĂ© gĂ©nĂ©rale caractĂ©risant les opĂ©rations inverses. Câest cette complĂ©mentaritĂ© relative Ă lâĂ©quivalence qui explique les trois propriĂ©tĂ©s essentielles de la rĂ©ciprocité :
1° Que les expressions opĂ©ratoires exprimant par elles-mĂȘmes une Ă©quivalence directe (p = q), inverse (p w q) ou composĂ©e (p * q) et (o), sont symĂ©triques et par consĂ©quent identiques Ă leurs rĂ©ciproques ;
2° Que la conjonction de deux implications converses [(p q). (q o p)] constitue une implication rĂ©ciproque (p g q) et de ce fait mĂȘme une Ă©quivalence directe (p = q) ;
| I. OpĂ©rations CONSIDĂRĂES | H. RĂ©ciproques de (I) | III. Implications correspondant a (I) | IV. Implications correspondant a (II) |
V. Ăquivalences correspondant A LA CONJONCTION DE III ET DE IV |
| ©H ⩠| p^ù | (p o q) ⹠(p D q) = (p = q) | ||
| P v 7 | pvg(= p|g) | |||
| f PP | q^p | {q ? p) â (q^>p) = (q = p) | ||
| P â  ? | p. 2 | pâ2 | P^ 1 1 |
iâ ⣠U â Ÿl⣠T tS II II |
| P^ ? | P^ĂŻ (= i^p} | pâ2 | i^P | (p â q) â {q D p) = (p = q) |
| p-Ăź | P â 9 | pâ2 | qap |
le, II âŁS II II F â F B |
| p = q | p = q | P 2 1 | PcĂź | (péß) â (Fc Ăź) = (p = ?) |
| p VJ q | p VJ q | Pci | JrP | (p c Ăą) â â c p) = (p == Ăź) âą (? = p) |
| p*q | P*Ăź | (P V p) g (g V g)1 | â V q) g (p V p) | (p V 2) = â  âšÂ p) |
| 0 | 0 | ©1 nu © | 1© nu © | (o = Î) = (o w o) |
| 1. En effet (pvp)D (q vq) donne [(p vp) â (q vq)] âšÂ [(o âą (q vq)] âšÂ [o | âą o] = (p âą q) âšÂ (p âą q) v | (p âą q) âšÂ (p âą q). |
Tableau des réciprocités.
3° Que les expressions opĂ©ratoires dont la rĂ©ciprocitĂ© transforme simultanĂ©ment p et q ont pour rĂ©ciproques, une fois mises sous la forme dâimplications, lâimplication donnĂ©e entre leurs Ă©lĂ©ments permutĂ©s. Câest ce troisiĂšme caractĂšre qui motive le terme de rĂ©ciprocitĂ© attribuĂ© aux transformations que nous dĂ©signons sous ce nom.
On saisit, en outre, pourquoi les opĂ©rations p [ç] ; p [ç] ; q [p] et q [p] ont une rĂ©ciproque identique Ă leur inverse : câest quâelles sont formĂ©es chacune dâune partie commune (p â q ou p â q) et dâune partie non commune (p âą q ou p âą q) ; Ă©tant formĂ©e de couples complĂ©mentaires par rapport Ă lâĂ©quivalence positive (p âą q âšÂ p âą q) ou nĂ©gative (p â q âšÂ p âą q), la rĂ©ciproque revient en ce cas Ă inverser lâexpression entiĂšre (thĂ©orĂšme IV).
On comprend alors le rĂŽle opĂ©ratoire distinct des quatre quaternes que nous avons caractĂ©risĂ©s au dĂ©but de ce § 31 et qui correspondent Ă des fonctions dĂ©ductives bien diffĂ©renciĂ©es. Tandis que le quaterne D (rĂ©ciproques identiques aux inverses) concerne seulement les affirmations et nĂ©gations, le quaterne C (rĂ©ciproques identiques entre elles) comprend les diverses Ă©quivalences et joue ainsi un rĂŽle principalement rĂ©gulateur dans la dĂ©duction ; avec les quaternes A (disjonctions et conjonctions positives et nĂ©gatives) et B (implications et non-implications), ce sont au contraire les opĂ©rations proprement constructives qui entrent en jeu et dont les diffĂ©rentes combinaisons aboutissent aux Ă©quivalences directes et inverses. Quant Ă la rationalitĂ© du systĂšme, elle est assurĂ©e tout entiĂšre par les transformations rĂ©versibles que constituent les inversions, rĂ©ciprocitĂ©s et corrĂ©lativitĂ©s, et dont nous retrouverons le mĂ©canisme fondamental Ă lâĆuvre au sein du « groupement » des opĂ©rations interpropositionnelles.
En effet, lâinversion repose sur une complĂ©mentaritĂ© par rapport Ă lâaffirmation complĂšte ; la rĂ©ciprocitĂ© exprime de son cĂŽtĂ© une complĂ©mentaritĂ© par rapport Ă lâĂ©quivalence positive ou nĂ©gative (thĂ©orĂšme V) ; quant Ă la corrĂ©lativitĂ©, elle est lâinverse de la rĂ©ciprocitĂ© (thĂ©orĂšme I) et consiste, par consĂ©quent, Ă adjoindre ou Ă supprimer, au sein des expressions considĂ©rĂ©es, des Ă©quivalences positives ou nĂ©gatives (thĂ©orĂšme III). Or, la rĂ©union dâune Ă©quivalence positive ( = ) et une Ă©quivalence nĂ©gative (w) constitue prĂ©cisĂ©ment une « affirmation complĂšte » (p * q). Il en rĂ©sulte que lâinversion, la rĂ©ciprocitĂ© et corrĂ©lativitĂ©, jointes Ă la transformation nulle (ou identique), constituent un systĂšme unique, tel que deux quelconques des trois premiĂšres transformations donnent
la troisiĂšme et que trois quelconques des quatre transformations donnent la quatriĂšme. On obtient ainsi un groupe commutatif de transformations portant sur lâensemble de ces quatre transformations.
Pour démontrer ce fait essentiel, qui fournit la raison des cinq théorÚmes précédents, nous adopterons la forme de présentation la plus générale :
Toute opĂ©ration binaire (p âšÂ q ou p d q ; etc.) peut sâĂ©crire sous la forme dâune fonction a (p, q, p,q) = 1 ou plus simplement a (p, q, p, q). A toute opĂ©ration a on en peut faire correspondre dâautres au moyen dâopĂ©rateurs de transformation. On peut ainsi passer :
(1) De a (p, q, p, q) Ă sa rĂ©ciproque a (p, q, p, q), en changeant les signes des propositions p, q, etc., mais sans changer lâopĂ©ration a.
(2) De a (p, q, p, q) Ă sa corrĂ©lative Ăą (p, q, p, q), en permutant lâopĂ©ration a avec a, mais sans changer les signes des propositions p, q, etc.
(3) De a (p, q, p, q) Ă son inverse Ć Ip, q, p, q), en permutant simultanĂ©ment les signes des propositions p, q, etc. et les opĂ©rations a et Ăą.
Nous dĂ©signerons respectivement les opĂ©rateurs de la rĂ©ciprocitĂ©, de la corrĂ©lativitĂ©, de lâinversion (nĂ©gation) de a par des symboles R, C et N.
Constatons dâabord que ces opĂ©rateurs sont tous involutifs, câest-Ă -dire que la rĂ©pĂ©tition de chaque opĂ©ration (la rĂ©ciproque de la rĂ©ciproque, la corrĂ©lative de la corrĂ©lative et lâinverse de lâinverse) ramĂšne Ă lâopĂ©ration identique :
RRÂ =Â 1Â ; CCÂ =Â 1Â ; NNÂ =Â 1
oĂč 1 reprĂ©sente maintenant la transformation identique (= nulle).
Les produits deux Ă deux des opĂ©rateurs R, C et N sâobtiennent immĂ©diatement et sont les suivants :
(4) La rĂ©ciproque de la corrĂ©lative (RC) est lâopĂ©ration : α (p, q, p, q) -* â (p, q, p, q)
donnant donc lâinverse (N) (de mĂȘme pour la corrĂ©lative de la rĂ©ciproque CR = N).
(5) La rĂ©ciproque de lâinverse (RN) est lâopĂ©ration :
« (p, q, p,q)âaâ (p, q, p, q)
donnant donc la corrĂ©lative (C) (de mĂȘme pour lâinverse de la rĂ©ciproque NR = C).
(6) Lâinverse de la corrĂ©lative (NC) est lâopĂ©ration :
a (p, q, p,q) -> a (p, q, p, q)
donnant donc la rĂ©ciproque (R) (de mĂȘme pour la corrĂ©lative de lâinverse CN = R).
On voit que tous ces produits sont commutables et tiennent la symétrie logique de a. Par conséquent :
ThéorÚme VI (groupe des quatre transformations)
Lâensemble des transformations (inverse, rĂ©ciproque, corrĂ©lative et identique constitue un groupe commutatif.
En effet, lâinversion dâune expression opĂ©ratoire a. (p, q, p, q) (Ă©crite sous sa forme normale disjonctive ou conjonctive) consiste Ă permuter simultanĂ©ment les signes des propositions (p, q, etc.) et des opĂ©rations a et Ă (soit âšÂ et âą ). La rĂ©ciprocitĂ© consiste, par contre, « n une permutation des signes des propositions (p, q, etc.), mais non pas des opĂ©rations a et a (soit âšÂ et âą) ; et la corrĂ©lativitĂ© consiste âąen une permutation des opĂ©rations a et a (v et-), mais non pas des .signes des propositions (p, q, etc.). Il sâensuit que la rĂ©union de la -corrĂ©lative et de la rĂ©ciproque Ă©quivaut Ă lâinverse, et que, de maniĂšre gĂ©nĂ©rale, la rĂ©union des deux quelconques de ces trois transformations Ă©quivaut Ă la troisiĂšme. En effet, on a :
NÂ =Â RC (= CR)Â ; RÂ =Â NC (= CN)Â ; CÂ =Â NR (= RN)
et 1Â =Â RCN (donc aussi 1Â =Â NRC ou 1Â =Â CRNÂ ; etc.).
Il en rĂ©sulte la table de multiplication suivante qui caractĂ©rise le groupe (cette table se lit Ă la maniĂšre dâune table de Pythagore) :
1 R N C
R 1 C N
N C 1 R
C N R 1
Remarque. â Dans le cas des opĂ©rations (p = q) ; (p w q) ; (p * q) et (o) on a R = 1, mais N = C et, dans le cas des opĂ©rations p[?]; p[?]; ?[p] ! on a R = N, mais C = 1. Les propriĂ©tĂ©s prĂ©cĂ©dentes demeurent Ă©galement vĂ©rifiĂ©es.
Un tel groupe1 ne permet pas, Ă lui seul, de passer de lâun des quaternes dâopĂ©rations (A Ă D) Ă un autre, ni par consĂ©quent dâengendrer le dĂ©tail des seize opĂ©rations binaires. Mais il exprime lâessentiel des transformations rĂ©versibles du systĂšme et en fonde ainsi la rationalitĂ©.
1. Le groupe en question est isomorphe au groupe dit « des quatre transformations » (« Vierergruppe », ou groupe de Klein).
§ 32. La correspondance des opĂ©rations interpropositionnelles avec celles dâun modĂšle dâopĂ©rations de classes.
Nous avons constatĂ© au § 28 que les opĂ©rations interpropositionnelles admettent, quoiquâentiĂšrement autonomes, la rĂ©alisation dâun modĂšle constituĂ© par de pures opĂ©rations de classes : les seize opĂ©rations binaires correspondent ainsi aux combinaisons que lâon peut tirer de la multiplication de deux classes et de leurs complĂ©mentaires (P + P) X (Q + Q). Cette mĂȘme correspondance se retrouve-t-elle dans le dĂ©tail des transformations ? Câest ce quâil sâagit de montrer briĂšvement.
Partons des « formes normales » et traduisons chaque proposition p ou q par les classes P ou Q des arguments qui les vĂ©rifient et chaque proposition p ou q par les classes complĂ©mentaires P et Q. Traduisons dâautre part les opĂ©rations (v) et (âą) par lâaddition (+) et la multiplication (x) de ces classes. La forme disjonctive de 1â« affirmation complĂšte » correspondra donc Ă Â :
(201) (P+ P)Â ĂÂ (Q+ Q)Â =Â PQ+PQÂ +Â PQÂ +Â PQ (= T)
(Voir la figure 19, p. 229).
Nous appellerons T la classe multiplicative totale :
TÂ =Â PQÂ +Â PQÂ +Â PQÂ +Â PQ
Or, la traduction des opĂ©rations interpropositionnelles en opĂ©rations de classes est alors immĂ©diatement assurĂ©e par le fait que la loi de dualitĂ©, dont nous avons vu le rĂŽle en logique des propositions, est une loi bien connue de la thĂ©orie des ensembles, ne faisant appel quâaux relations de complĂ©mentaritĂ©, de rĂ©union et dâintersection, et par consĂ©quent relevant de la logique des classes1. On niera donc lâexpression (201) en intervertissant simplement tous les (+) et les ( Ă ), ainsi que tous les signes (P et P ou Q et Q), et lâon obtiendra le correspondant de la « nĂ©gation complĂšte » (voir les figures 19 et 20) :
(202) PQÂ +Â PQÂ +Â PQÂ +Â PQ
= (PÂ +Â Q) x (PÂ +Â Q) x (PÂ +Â Q) x (PÂ +Â Q)Â =Â 0
Il sera donc facile dâobtenir de chacune des seize opĂ©rations binaires une seconde traduction en termes de classes, en plus de celle dĂ©jĂ
1. Formule de De Morgan.
exposĂ©e au § 28. Dâune part, toute expression binaire correspond, comme no.us lâavons vu, Ă lâun des arrangements extraits de (201) ; par exemple Ă lâexpression (p\q) correspond lâarrangement :
PQÂ +Â PQÂ +Â PQ
(voir la figure 23, p. 232 et lâexemple donnĂ© Ă son sujet en termes de classes). Un tel arrangement Ă©quivaut alors Ă T â PQ, puisque lâintersection PQ est exclue de la classe totale T (voir fig. 23). Mais, dâautre part, en vertu de (202), on a Ă©galement PQ = P + Q, ce qui corrrespond en termes de classes Ă la proposition (151) p âą q = p vq :
(203) T â PQ = PQ + PQ + PQ
et
(203 bis) PQÂ =Â PÂ +Â QÂ =Â PQÂ +Â PQÂ +Â PQ (voir fig. 23).
Les trois expressions (T â PQ) ; (PQ) et (PQ + PQ + PQ) sont donc identiques, en vertu des propositions (201) et (202), ce qui conduit Ă exprimer sans plus la dualitĂ© en termes de soustraction :
(204) PQ = T â PQ
Ce mĂ©canisme formel permet alors de traduire en un modĂšle dâopĂ©rations de classes chacune des propositions du § 30 ainsi que les notions introduites au § 31 et les thĂ©orĂšmes qui sây rapportent.
Par exemple la proposition 162 (p\q) = (p ⥠q) = (q ? p) se traduira par :
(p | q) = T - PQ ; (pj q)^PQ ÷PQ + PQ ;
(q^p)Â =Â QPÂ +Â QPĂ·QP
dâoĂč :
(205) T â PQ = PQ + PQ + PQ = QP + QP + QP
ce quâon obtiendrait aussi en posant (p â q) = p âą q = PQ = P + Q (voir 203 bis) puisque lâimplication p â q est la nĂ©gation de la non- implication p p â q).
Exemple : Si P = la classe des VertĂ©brĂ©s et Q = celle des InvertĂ©brĂ©s, lâensemble des ĂȘtres vivants est bien PQ + PQ + PQ = T â PQ puisquâil nây a pas dâĂȘtres Ă la fois VertĂ©brĂ©s et InvertĂ©brĂ©s. Quant Ă lâimplication pzq, elle correspond alors bien Ă lâinclusion P < Q, puisque la classe Q
(non-InvertĂ©brĂ©s) comprend P et une partie de P. De mĂȘme q ⥠p correspond Ă Q < P puisque les non-VertĂ©brĂ©s comprennent les InvertĂ©brĂ©s (Q) et une partie de Q.
De mĂȘme la proposition 130 (p âšÂ q) = (p\q) correspond Ă Â :
p âšÂ q = PQ 4- PQ + PQ et p\q = T â PQ dâoĂč :
(206) PQ + PQ + PQ = T â PQ
La proposition 132 {p âšÂ q) = (p â q) = (q â p) donne de mĂȘme :
(206 bis) PQ + PQ â PQ = T â PQ = T â QP
parce que (p â q) exclut (p â q), câest-Ă -dire PQ et que (p p) exclut q âą p, câest-Ă -dire aussi PQ.
Cette proposition 132 correspond en particulier à la « vicariance » des classes A, + A, = A, + A2 (voir proposition 23). Posons, en
Î * A 4
effet, P = AJ et Q = Aâ (fig. 36). On aura alors PQ = AJA^ = A2et PQ = AJAg = A1. DâoĂč :
(207) [p vg=B]=A{A2+A{Aj + AJAù = A{Aj + A2 + A1
Et il en rĂ©sultera, puisque lâimplication (d ) correspond Ă lâinclusion (<) :
(208) (p ^)Â =Â A1Â <Â A2 car A1Â =Â PQ et A^Â =Â Q
et :
(208 bis) (q p)Â =Â A2< A1â car A2Â =Â QP et A(Â =Â P
Fia. 36.
Le groupement des vicariances
(II : § 13) trouvera donc son correspondant dans les compositions des disjonctions (p âšÂ q).
Quant Ă la proposition 159 (p ⥠q) = (p âšÂ q), on a :
(209) (p ?q) = T â PQ et (pvq) = PQ + PQ + PQ = T-PQ
On voit par cette traduction en langage de classes que les expressions (p^q) et (p âšÂ q) sont rigoureusement Ă©quivalentes, mais Ă la condition

dâĂȘtre mises en formes de classes multiplicatives correspondant aux « formes normales ». Si lâon se contente par contre de traduire lâimplication (â) par lâinclusion (<) qui est de nature additive, alors lâexpression (p d q), câest-Ă -dire P<QouP+Q = Q, nâĂ©quivaut plus Ă (p âšÂ q), câest-Ă -dire (P + Q), mais donne simplement (P + Q) < (P + Q), puisque P + Q = Q. DâoĂč les critiques de Lewis Ă cette dĂ©finition de lâimplication qui mise en formes normales est cependant irrĂ©prochable.
Par contre, lâinclusion (P + Q) < (P + Q) redevient une Ă©quivalence si lâon introduit la classe Pâ = PQ (voir proposition 170). On a alors lâĂ©quivalence (fondĂ©e sur la vicariance) : (P + Q = Q) = (Pâ + Q = Q) car p = pâQ et Pâ = PQ.
La proposition 160 (p 2 q)Â =Â (q â p) correspond de mĂȘme, en termes dâinclusion, Ă (PÂ <Â Q)Â =Â (QÂ <Â P), câest-Ă -dire Ă Â :
(PÂ +Â QÂ =Â Q)Â =Â (QÂ +Â PÂ =Â P)
ce qui est Ă©vident Ă lâinspection de la figure 25, p. 233. Mais le signe ( = ) ne reprĂ©sente Ă nouveau une Ă©quivalence que dans le sens de la vicariance, puisque seule lâintersection PQ est commune Ă P et Ă Q. En termes de « formes normales » par contre, on a plus simplement :
(210) _ (pâĄg) = T-PQ
et (q^p) = (PQ + PQ + PQ) = PQ + PQ + PQ = T â PQ
Les transformations 190 (p w q) = (p = q) = (q = p) sont de mĂȘme Ă©videntes en langage de classes :
(211) (p w9) = T â PQ â PQ ;
(p = q) = PQ + PQ = T â PQ â P Q ;
(q â p) = PQ + PQ
- Et lâon peut continuer ainsi pour chaque transformation. Lâavantage pratique de ces traductions est de permettre un calcul rapide et intuitif. Du point de vue thĂ©orique, elles montrent lâisomorphisme des opĂ©rations interpropositionnelles et intrapropositionnelles, malgrĂ© lâautonomie des premiĂšres. Une telle convergence fait pressentir celle des structures dâensemble propres Ă ces deux paliers de la formalisation logistique. Câest ce que lâexamen de lâaxiomatique de la logique bivalente des propositions va nous montrer maintenant.