Chapitre VI.
Les fondements de la dĂ©duction : lâaxiomatique et les « groupements » de la logique bivalente
a
AprĂšs avoir analysĂ© les opĂ©rations interpropositionnelles fondamentales, il sâagit de chercher Ă dĂ©gager les fondements de la dĂ©duction. DĂ©duire, câest construire les conclusions Ă partir de prĂ©misses au moyen des opĂ©rations prĂ©cĂ©demment dĂ©crites. La dĂ©duction suppose donc la dĂ©monstration des transformations propres au calcul des propositions, câest-Ă -dire la formulation des principes assurant le passage du vrai au vrai. Il convient donc maintenant dâĂ©tudier ces principes, câest-Ă -dire de remonter du calcul opĂ©ratoire Ă la structure qui le fonde.
§ 33. Position du problÚme
II nâest quâune maniĂšre de dĂ©montrer, dans les sciences dĂ©ductives : câest lâaxiomatisation, qui prĂ©sente cet immense avantage de vouloir tout expliciter et de rassembler la matiĂšre formelle en un nombre minimum de propositions premiĂšres ; celles-ci sont alors admises sans dĂ©monstration (axiomes), mais permettent de suivre pas Ă pas la construction ultĂ©rieure dont elles supportent tout le poids. DĂ©gager les principes de la dĂ©duction, ce sera donc dâabord examiner les axiomes sur lesquels on peut faire reposer le calcul des propositions. Or lâaxiomatique de la logique bivalente est Ă©tablie depuis longtemps : Russell et Whitehead, Nicod, Hilbert, Ackermann et Bernays ont attachĂ© leurs noms Ă des analyses axiomatiques bien connues qui rendent inutile une nouvelle discussion technique du problĂšme.
Mais si lâaxiomatique peut ĂȘtre conçue, en mathĂ©matiques pures, comme le point de dĂ©part premier dâune thĂ©orie (sans que ce caractĂšre mathĂ©matiquement premier ait pour autant un sens Ă©pistĂ©mologiquement premier), il ne saurait en ĂȘtre de mĂȘme en logique. En effet,
tout emploi de la mĂ©thode axiomatique suppose la logique, et assurer axiomatiquement le fondement de la logique consiste Ă fonder la logique sur elle-mĂȘme en un cercle inexorablement vicieux. Cela nâenlĂšve naturellement rien Ă lâutilitĂ© de la recherche axiomatique, laquelle demeure indispensable pour la dissection des connexions en jeu. Mais cette recherche ne rĂ©sout pas le problĂšme des fondements, puisque les axiomes formulĂ©s par une axiomatique ne sauraient ĂȘtre constituĂ©s en principes de la logique quâune fois la logique entiĂšre dĂ©jĂ mise en Ćuvre dans la construction de lâaxiomatique elle-mĂȘme, câest-Ă -dire une fois la logique admise implicitement en son ensemble par lâemploi de la seule mĂ©thode qui la prĂ©suppose nĂ©cessairement (puisquâelle tend par sa nature propre Ă Ă©liminer toute intuition).
Câest pourquoi Wittgenstein, et dâautres auteurs avec lui, cherchent Ă atteindre une Ă©vidence logique de dĂ©part par lâintuition directe des liaisons les plus Ă©lĂ©mentaires, et Ă remonter de ces connexions initiales aux opĂ©rations supĂ©rieures par un symbolisme Ă©galement conçu comme bĂ©nĂ©ficiant de lâĂ©vidence intuitive. Or nous avons vu (§ 3) les difficultĂ©s dâune telle entreprise : elle prĂ©sente le double inconvĂ©nient de se rendre solidaire dâun rĂ©alisme naĂŻf, de nature extralogique (et insoutenable au point de vue physique comme au point de vue psychologique), ainsi que dâun atomisme logique contraire Ă lâexistence des totalitĂ©s opĂ©ratoires proprement formelles.
Mais il reste une troisiĂšme mĂ©thode, que nous suivrons ici. Toute axiomatique repose sur : 1° des propositions premiĂšres, indĂ©montrables en elles-mĂȘmes, mais dont on dĂ©duit toutes les autres ; 2° des opĂ©rations quâon se donne, de maniĂšre Ă assurer prĂ©cisĂ©ment cette dĂ©duction, et mĂȘme Ă formuler les axiomes comme tels. Or ces opĂ©rations (qui correspondent psychologiquement Ă des actions proprement dites, Ă des « manipulations » comme on dit parfois, et non pas seulement Ă des images ou Ă des signes) sont liĂ©es les unes aux autres selon un ensemble prĂ©cis de lois. Le rĂŽle des axiomes est essentiellement de rĂ©gler de telles opĂ©rations, câest-Ă -dire de formuler les rĂšgles du jeu ou les conditions de leur emploi. Seulement ce rĂ©glage, qui suffit Ă la dĂ©duction ultĂ©rieure, nâassure quâune explicitation insuffisante au systĂšme dâensemble que constituent les opĂ©rations elles-mĂȘmes et qui reste ordinairement implicite. Il sâagit donc dâexpliciter le systĂšme dâensemble dont Ă©mane les opĂ©rations quâutilise nĂ©cessairement lâaxiomatique. Supposons que
la logique des propositions constitue une totalitĂ© opĂ©ratoire telle que toutes les opĂ©rations enjeu soient solidaires les unes des autres et prĂ©sentent, en tant que structures dâensemble, une forme bien dĂ©terminĂ©e : cette structure aura donc ses lois propres, en tant que lois de totalité ; par consĂ©quent le dĂ©tail des transformations dĂ©pendra de ces lois elles-mĂȘmes, et non pas lâinverse. Ce seront alors ces lois de totalitĂ© qui constitueront les principes rĂ©els de la dĂ©duction, et non pas uniquement les axiomes, situĂ©s avec raison au point de dĂ©part de la construction, mais qui prĂ©sentent cet inconvĂ©nient de ne pas expliciter le mĂ©canisme entier des opĂ©rations dont ils assurent simplement le rĂ©glage.
Mais, si lâhypothĂšse est correcte, câest-Ă -dire, si cette troisiĂšme mĂ©thode se rĂ©vĂšle efficace, il faudra naturellement que les lois de totalitĂ©s se reflĂštent Ă lâintĂ©rieur des axiomes eux-mĂȘmes puisque ceux-ci expriment les aspects essentiels du mĂ©canisme opĂ©ratoire. Une telle mĂ©thode comporte donc une vĂ©rification possible, laquelle consistera Ă retrouver, dĂšs les axiomes admis par Russell, Hilbert ou Nicod, le principe des totalitĂ©s que lâon peut par ailleurs dĂ©velopper explicitement. Chacun sait, en effet, que les axiomes sur lesquels est fondĂ©e une thĂ©orie sont astreints Ă remplir simultanĂ©ment ces trois conditions dâĂȘtre non-contradictoires, complets et nĂ©anmoins indĂ©pendants : ils doivent donc constituer Ă eux seuls un systĂšme (non-contradiction des axiomes entre eux), mais dont les Ă©lĂ©ments ne se dĂ©duisent pas les uns des autres (indĂ©pendance des mĂȘmes axiomes). En quoi consistera alors un tel systĂšme, sinon en une totalitĂ© opĂ©ratoire dont la non-contradiction sera assurĂ©e par la rĂ©versibilitĂ© (le principe de non-contradiction (p âą p = 0) est dĂ©jĂ lâexpression dâune telle composition rĂ©versible) et lâindĂ©pendance des Ă©lĂ©ments par la diversitĂ© nĂ©cessaire des opĂ©rations, par ailleurs intercomposables ? A cet Ă©gard, il est clair que des axiomes tels que pi {pv q) ou (p âšÂ p) d p, choisis par Russell Ă titre de propositions premiĂšres, nâont rien de « premier » pour lâanalyse opĂ©ratoire : ils dĂ©crivent simplement des mĂ©canismes tels que lâemboĂźtement de la partie (p) dans le tout (p âšÂ q), ou de la partie (p âšÂ p) dans elle-mĂȘme (p), mais ces mĂ©canismes ne sauraient avoir dâexistence ou prĂ©senter de signification que dans leur solidaritĂ© comme telle. DĂ©gager les principes de la dĂ©duction, ce sera donc chercher ce qui est impliquĂ© dans les axiomes les plus simples dont la nĂ©cessitĂ© a Ă©tĂ© reconnue : si la mĂ©thode est efficace, on trouvera alors, au sein mĂȘme des axiomes auxquels Russell ou Hilbert ont
â
rĂ©duit le calcul interpropositionnel, les lois de cette structure dâensemble qui sont requises par lâexistence mĂȘme des opĂ©rations. On sait en particulier comment Nicod a ramenĂ© Ă un « axiome unique » les divers axiomes indĂ©pendants de Russell, sans pour autant supprimer cette indĂ©pendance elle-mĂȘme : la proposition complexe qui en est rĂ©sultĂ©e prĂ©sente une occasion particuliĂšrement favorable pour lâanalyse de la structure opĂ©ratoire dâensemble sous-jacente Ă toute axiomatique logistique.
Mais, aprĂšs avoir rempli cette premiĂšre partie du programme, il conviendra naturellement de chercher Ă construire directement cette structure totale que forment, par hypothĂšse entre elles, les opĂ©rations interpropositionnelles bivalentes. On se trouve ici en prĂ©sence de plusieurs possibilitĂ©s, correspondant Ă celles que nous avons dĂ©jĂ examinĂ©es en ce qui concerne les opĂ©rations de classes et de relations : il sâagira donc de dĂ©terminer si la forme dâensemble de la logique bivalente constitue un lattice, un groupe ou est rĂ©ductible Ă un simple groupement.
§ 34. Les axiomes de Russell et Whitehead et de Hilbert et Aekermann
Toute la logique bivalente peut ĂȘtre dĂ©duite, comme lâont montrĂ© les travaux de Russell et Whitehead, aux quatre axiomes, que Hilbert et Aekermann Ă©crivent comme suit1:
(212) Ax. I : (p âšÂ p) ⥠p
(213) Ax. II : p ⥠(p âšÂ q)
(214) Ax. III : (p âšÂ q) o (q âšÂ p)
(215) Ax. IV : (p ⥠q) o [(r âšÂ p) â (r âšÂ q)]
Plus prĂ©cisĂ©ment Russell ajoutait Ă cet ensemble un cinquiĂšme axiome [pvâ v r)] âĄâ v(p âšÂ r)], mais P. Bernays a dĂ©montrĂ© quâil Ă©tait rĂ©ductible aux quatre prĂ©cĂ©dents.
Ces quatre axiomes2 sâĂ©crivent de la maniĂšre suivante dans la notation de Russell :
(216) Ax. I : (p âšÂ p) âšÂ p
(217) Ax. II : p âšÂ (p âšÂ q)
(218) Ax. III : (p v ?) âšÂ (q âšÂ p)
(219) Ax. IV : (p âšÂ 7) âšÂ [(r v p) âšÂ (r âšÂ g)]
1. Hilbert et Aekermann, GrundzĂŒge der theoretischen Logik (Springer), Berlin, 1928.
2. Nous donnerons au cours de la discussion qui va suivre (1 Ă 9) des exemples concrets illustrant la signification de chacun de ces axiomes.
Cette notation exprime, en effet, lâimplication (p â q) par lâalternative (p âšÂ q) (voir proposition 159). Hilbert, tout en fondant le calcul des propositions sur les liaisons (v) et (â ), dĂ©clare considĂ©rer la notation (p 1 q) comme une « abrĂ©viation »1 de la notation (p âšÂ q) ; de mĂȘme que la notation (p âą q) est un abrĂ©gĂ© de (p âšÂ q).
La notation de Frege, qui traduit tout en implications, donne :
(220) Ax. I : (pi p)i p
(221) Ax. IIÂ : p1(p1q)
(222) Ax. IIIÂ : (p1q)1(q1p)
(223) Ax. IVÂ : (p 1 q) i[(r 1 p) 1 (r 1 q)]
Enfin celle de Brentano, qui réduit tout à la négation et à la conjonction, donne :
(224)2 Ax. IÂ : p â p - p
(225) Ax. IIÂ : p â p âą q
(226) Ax. IIIÂ : pâqâqâp
(227) Ax. IVÂ : p âą q r âp r âq
Ătant donc admis que ces quatre axiomes, exprimables Ă volontĂ© dans lâune des quatre notations prĂ©cĂ©dentes, supportent tout le poids de la logique bivalente, le problĂšme que nous nous posons est le suivant : quelles sont les structures opĂ©ratoires que lâon se donne explicitement ou implicitement, en choisissant de telles propositions premiĂšres ? Chacun de ces axiomes constitue, en effet, la description dâune certaine forme dâopĂ©ration. Câest ce que prĂ©cise Hilbert, en traduisant chacun dâeux par une « rĂšgle » de calculÂź. â â Mais ce qui nous intĂ©resse ici, ce nâest pas de savoir comment, partant des axiomes, on va descendre, en les considĂ©rant comme des rĂšgles de calcul, Ă la dĂ©monstration des thĂ©orĂšmes particuliers de la logique des propositions : câest lĂ lâĆuvre propre de lâaxiomati- cien. Ce qui nous importe, au contraire, câest de remonter des axiomes Ă leur fondement pour ainsi dire prĂ©axiomatique, autrement dit Ă la structure opĂ©ratoire quâils enveloppent et quâils appliquent, souvent implicitement, Ă la dĂ©duction, mais quâil sâagit
l. âą AbkĂŒrzung », Hilbert et Ackermann, ibid.,I>. 23.
2. Lâax. I (proposition 224) est donnĂ© dans les ElĂ©ments de M. Boll avec une nĂ©gation en trop peu, soit (pâpâp) (p. 88). Cette coquille typographique est reproduite par Serrus (p. 103) sans commentaire ni citation.
3. Hilbert et Ackermann, ibid. p. 24.
dâexpliciter si lâon veut atteindre la structure dâensemble quâils constituent par leur rĂ©union. Or cette structure opĂ©ratoire comporte les neuf aspects distincts que voici :
I. LâemboĂźtement de la partie dans le tout
Lâaxiome II, Ă©crit sous la forme 213 [p 3 (p v ç)], exprime le fait fondamental que toute proposition p fait partie dâun tout formĂ© dâelle-mĂȘme et dâautres propositions auxquelles elle est rĂ©unie de façon disjonctive. Soit p =« x est VertĂ©bré » et o = une autre proposition quelconque telle
Fia. 37.
que « x est aquatique » ou « x est unicellulaire », etc., on a toujours p 3 (p âšÂ g), câest-Ă -dire « si x est VertĂ©brĂ©, il est alors ou VertĂ©brĂ© ou aquatique (ou unicellulaire, etc.) ou les deux Ă la fois » : cette proposition p 3 (p âšÂ q) est donc toujours vraie, car, si (p âą q) est faux, on a au moins (p âą q), et si (p âą q) est faux on a au moins (p âą q): dâoĂč (p âą q) âšÂ (p âą q) âšÂ (p â q).
Traduit en langage de classes, lâaxiome p 3 (p âšÂ q) correspond, en effet, Ă lâinclusion P < (P 4- Q) (voir la figure 37), dans laquelle P + O se dĂ©compose en PO Ă· PO
+ PQ, lâune ou deux de ces sous-classes pouvant ĂȘtre nulles (Ă la condition que ce ne soit pas PQ et PQ Ă la fois ni PQ et PQ Ă la fois). I
On constate ensuite que cet axiome est absolument gĂ©nĂ©ral, et on peut mĂȘme lâĂ©crire p 3 (p âšÂ p), ce qui correspond Ă lâinclusion des classes P < (P + P) : la classe des arguments vĂ©rifiant p est incluse dans lâunivers du discours formĂ© par tous les arguments vĂ©rifiant p (classe P) et par tous ceux pour lesquels p a une valeur fausse (classe P), sans tertium possible (principe du tiers exclu propre Ă la logique bivalente).
Or, un tel axiome prĂ©sente une signification opĂ©ratoire fondamentale. Il revient Ă considĂ©rer chaque proposition comme une affirmation dĂ©limitĂ©e ou partielle, emboĂźtĂ©e dans une affirmation plus Ă©tendue : celle-ci joue alors le rĂŽle dâun tout par rapport Ă la premiĂšre, qui en constitue de ce fait une partie intĂ©grante. Cet

emboßtement de la partie dans le tout est assurément le premier principe de toute logique, et appartient en commun à la logique des propositions et à celle des classes ou des relations.
En langage de disjonctions seules, lâaxiome II devient p âšÂ (p âšÂ q) (proposition 217), puisque p â q Ă©quivaut Ă p âšÂ q (proposition 159). Dans lâexemple choisi, cela revient Ă dire : « Ou bien x nâest pas VertĂ©brĂ©, ou bien il est VertĂ©brĂ© ou aquatique (ou unicellulaire, etc.) ». Le modĂšle correspondant de classes est alors P + (P + Q) = (P + Q), ou P < (P + Q), car, si lâensemble rĂ©fĂ©rentiel est (P + Q) = (PQ + PQ + PQ) avec PQ positif ou nul, la classe P est bien comprise dans P + Q.
En langage dâimplication, lâaxiome II est p â (p â g) (proposition 221) puisque (p âšÂ q) = (p ⥠q) âą (q d p). En effet, lâexpression (p d q) signifie (p âą q) âšÂ (p âą q) âšÂ (p âą g) comme lâexpression (p âšÂ g) elle-mĂȘme. Lâexpression p â (p Dg) correspond donc aux relations de classes P < (PQ + PQ + PQ). Lâimplication q^> p donne elle aussi (p âą g) âšÂ (p âą g) âšÂ (p âą g) et correspond aux mĂȘmes inclusions.
Enfin le langage des conjonctions et négations donne :
(p âą p âą g) =â (p âšÂ p â g) = p D (p . g) = p D (p âšÂ g)
et correspond donc aux mĂȘmes emboĂźtements de classes.
Quelle que soit la formulation adoptĂ©e, on constate donc que lâaxiome II exprime le mĂȘme emboĂźtement fondamental de la partie dans le tout. Que lâon traduise cet emboĂźtement en termes dâextension (classes), de comprĂ©hension (relations) ou de simple assertion (propositions), il reste quâil constitue la condition initiale de toute structuration logique.
II. LâemboĂźtement de la partie en elle-mĂȘme (ou du tout en lui- mĂȘme)
Un second principe fondamental de la logique est celui quâexprime lâaxiome I (p âšÂ p) d p ; son rang montre mĂȘme que les axiomatiques de Russell et de Hilbert en font la premiĂšre proposition Ă admettre pour construire le calcul interpropositionnel. En effet, selon Russell, une proposition est « ce qui sâimplique soi- mĂȘme » : pâp. Mais il est douteux quâune proposition isolĂ©e (Ă supposer que cette notion ait un sens) puisse sâimpliquer elle-mĂȘme, car une proposition est toujours Ă la fois partie intĂ©grante dâun ensemble (Axiome II) et totalitĂ© en elle-mĂȘme : cela est vrai dĂ©jĂ des propositions dites « atomiques » ou « élĂ©mentaires » qui rĂ©sultent dĂšs le dĂ©part de lâinterfĂ©rence avec dâautres propositions. Toute proposition implique donc simultanĂ©ment dâautres propositions et elle-mĂȘme.
Mais cette auto-implication ou emboĂźtement de la partie en elle- mĂȘme est distincte de lâhĂ©tĂ©ro-implication, ou emboĂźtement de la partie dans le tout, bien que les deux soient solidaires. En effet, lâaxiome I sâĂ©crit (p âšÂ p) 3 p et non pas p â (p âšÂ p) ou p = (p âšÂ p), quoique ces deux expressions soient vraies elles aussi. Mais le rapport (p âšÂ p) 3 p est le plus remarquable des trois, car il exprime sĂ©parĂ©ment cette vĂ©ritĂ©, indĂ©pendante de p 3 (p âšÂ q), quâune proposition p rĂ©unie Ă elle-mĂȘme (p âšÂ p) implique sa propre vĂ©ritĂ©, mais nâimplique rien de plus que la vĂ©ritĂ© dĂ©jĂ contenue en p seule : lâauto-implication est donc Ă la fois nĂ©cessaire et tautologique. Elle correspond, en termes de classes, Ă la tautification A + A = A (proposition 20). Or, lâemboĂźtement de la partie dans le tout peut sâimposer sans quâil y ait pour autant tautification : dans le cas des nombres entiers finis, onaΞ<ljl<2etn<n + l (emboĂźtement de chaque nombre dans le suivant) ou mĂȘme n < (n + m) et cependant on a 1 + 1 = 2 et non pas 1 + 1 = 1 (itĂ©ration et non pas tautologie).
En langage de disjonction on a (p âšÂ p) âšÂ p puisque (p^>q) = (pvq). En termes dâimplication, on a (p 3 p) 3 p car (p 3 p) est Ă©quivalent Ă (p âą p) donc Ă (pvp). Les opĂ©rations correspondantes de classes sont alors :
(PÂ <Â P)Â <Â P ou (PÂ +Â P)Â +Â PÂ =Â P
Or, cette expression nâest vraie quâen un seul cas : celui dans lequel la classe P est vide. En effet, si P = O, alors la classe P inclut effectivement la classe nulle (P). Mais admettre que P soit une classe nulle revient prĂ©cisĂ©ment Ă dire que (p âą p) est vide (p âą p = O) et que seule subsiste lâalternative pvp : ainsi la proposition (p s p) 3 p est Ă la fois exacte et Ă©quivalente Ă (p âšÂ p) 3 p, câest-Ă -dire Ă lâexpression de lâauto-implication tautologique.
Enfin, en termes de nĂ©gations et de conjonctions, on a p â p âą p, dont la signification est que lâon ne saurait affirmer simultanĂ©ment p â p (= pvp) et p, dâoĂč p âą p (= p âšÂ p) 3 p.  Les opĂ©rations correspondantes de classes sont alors :
PĂPĂP=(PĂPj<P=(PÂ +Â P)<P
En chacune de ces expressions, on retrouve donc ce principe que la proposition p sâimplique elle-mĂȘme, et que cet auto-emboĂźtement de lâĂ©lĂ©ment logique exprime le caractĂšre tautologique de la rĂ©union (p âšÂ p) laquelle Ă©quivaut ainsi Ă lâaffirmation unique de p.Â
III. La commutativité de la réunion des parties
Lâaxiome III (p âšÂ q) 1 (q âšÂ p) exprime ce troisiĂšme principe fondamental selon lequel la rĂ©union des Ă©lĂ©ments p et q en un seul tout (p âšÂ q) est indĂ©pendante de lâordre et prĂ©sente par consĂ©quent la propriĂ©tĂ© de la commutativitĂ©. Ce principe constitue lâĂ©quivalent, dans le domaine des opĂ©rations interpropositionnelles, de ce que reprĂ©sente, dans la logique des classes, la commutativitĂ© de lâaddition (P + Q=Q+P), et, dans la logique des relations, la commutativitĂ© de lâaddition des relations symĂ©triques : ( car + taâ ) = ( taâ + ,â4).
La traduction de ce rapport en termes de disjonction :
(pVq) âšÂ (qyp)
nây ajoute rien de plus. Il en est de mĂȘme de la notation p âq âq âp qui Ă©quivaut exactement Ă pvq âšÂ (q âšÂ p) selon la rĂšgle de dualitĂ©.
Par contre, lâexpression (pi q) 1 (qi p) introduit, Ă lâĂ©tat explicite, une relation contenue seulement de façon implicite dans les expressions prĂ©cĂ©dentes : la rĂ©ciprocitĂ©. En effet, si lâon a :
(pâ9)â(â âp)
on a nĂ©cessairement aussi (q 1 p) 1 (p 1 q), donc (p 1 q) = (q 1 p), puisque (p âšÂ q) Ă©quivaut simultanĂ©ment Ă (p 1 q) et Ă (q 1 p) et (q âšÂ p) Ă©galement. La rĂ©ciprocitĂ©, qui constitue un principe essentiel comme fondement de la logique, intervient, sous une forme ou sous une autre, en chaque opĂ©ration, et il est clair que mĂȘme dans la notation en termes de pure disjonction on a dĂ©jĂ Â :
[(PVq) âšÂ (q v p)] = [(ĂżVp) âšÂ â  âšÂ ç)]
ce qui ajoute un Ă©lĂ©ment de rĂ©ciprocitĂ© Ă la simple commutativitĂ©. Mais dans le cas des opĂ©rations non-commutatives, comme lâimplication, le problĂšme de la rĂ©ciprocitĂ© prend une forme spĂ©ciale : câest pourquoi lâexpression (p 1 q) 1 (q 1 p), qui est un systĂšme dâimplications, diffĂšre de lâexpression (p âšÂ q) 1 (q âšÂ p) en ce que les deux termes (p âšÂ q) et (q âšÂ p) sont, chacun Ă part, Ă©quivalents Ă (p 1 q) et (q 1 p) rĂ©unis. Aussi renvoyons-nous la discussion de cette forme particuliĂšre de lâaxiome III, due aux exigences de la notation de Frege, au n° VIII oĂč nous traiterons de la rĂ©ciprocitĂ© en gĂ©nĂ©ral.
IV. Lâordre des emboĂźtements
Avec la notion dâordre, qui sâoppose Ă la commutativitĂ© propre Ă la rĂ©union des parties, nous en arrivons Ă certains principes quâil est nĂ©cessaire dâadmettre Ă titre de fondements de la logique et cela malgrĂ© le fait quâils ne figurent pas explicitement dans les axiomes. Mais sâils ne sont pas lâobjet dâune formulation axiomatique spĂ©ciale, du moins en logique (Hilbert a Ă©noncĂ© les axiomes dâordre avec soin parmi les axiomes de la gĂ©omĂ©trie), ils nâen jouent pas moins un rĂŽle implicite Ă©vident parmi les quatre axiomes discutĂ©s ici mĂȘme (rĂŽle augmentant encore dâimportance avec 1â« axiome unique » de Nicod, qui les rĂ©sume en un seul).
Contrairement Ă lâopĂ©ration de la rĂ©union des parties {p âšÂ q), qui est commutative, les emboĂźtements de partie Ă tout comportent en effet la prĂ©sence dâun ordre qui se traduit dans la non-commutativitĂ© de lâopĂ©ration dâimplication. Ainsi (p ⥠q) nâĂ©quivaut point Ă (q ⥠p) parce que la partie p est emboĂźtĂ©e dans le tout q et non pas lâinverse. Par exemple lâaxiome II sâĂ©crit p=>(pvq) et non pas (p âšÂ q) ⥠p, ce second Ă©noncĂ© nâĂ©quivalant pas au premier et exprimant une assertion fausse, puisque (p âšÂ q) implique seulement la vĂ©ritĂ© de p ou celle de q (avec possibilitĂ© mais non pas nĂ©cessitĂ© de la vĂ©ritĂ© simultanĂ©e de ces deux propositions). Lâaxiome II suppose donc lâordre p ⥠(p âšÂ q), par opposition Ă lâordre (p âšÂ q) ⥠p, ce qui revient Ă dire quâil enveloppe la nĂ©cessitĂ© dâune distinction gĂ©nĂ©rale entre lâordre (p ⥠q) et lâordre (q â p).
En effet, si la notion dâordre est Ă©trangĂšre Ă la plupart des opĂ©rations interpropositionnelles (v), (âą), (w), ( = ), (|), elle sâimpose dans le cas des deux implications (â) et (c). Dira-t-on que lâimplication (p ⥠q) Ă©quivaut Ă la disjonction (p âšÂ q), câest-Ă -dire Ă une opĂ©ration commutative ? Mais câest justement reconnaĂźtre que lâordre inverse (q s p) Ă©quivaut Ă une autre disjonction, laquelle est (q âšÂ p). LâintĂ©rĂȘt nâest donc pas que (p v q) puisse ĂȘtre permutĂ© en â v p), mais que les opĂ©rations Ă termes non permutables (p ⥠q) et (q ⥠p) correspondent aux deux assertions distinctes (p âšÂ q) et (p âšÂ q) qui ne sâĂ©quivalent nullement.
La raison en est claire : lâopĂ©ration (p âšÂ q) exprime la rĂ©union des parties p et g en un mĂȘme tout (p âšÂ q) et cette rĂ©union est indĂ©pendante de lâordre, puisquâil sâagit de parties situĂ©es Ă un mĂȘme niveau hiĂ©rarchique. Au contraire, lâimplication p â q, et la suite dâimplications p â q\ q ? r ; r^s] etc., expriment une succession dâemboĂźtements de la partie dans le tout et de ce tout conçu comme une
nouvelle partie dans un tout de rang supĂ©rieur : p â q â r â s â ⊠Ces emboĂźtements impliquent donc un ordre, lequel correspond aux inclusions Ă©galement ordonnĂ©es P<Q<R<S< etc.
V. Lâintersection des parties (ou des totalitĂ©s)
Aux principes de lâemboĂźtement (1), de lâauto-emboĂźtement (2) et de la commutativitĂ© des opĂ©rations de rĂ©union (3), il faut ajouter un autre principe qui nâen dĂ©coule pas (et en dĂ©coule mĂȘme si peu que la syllogistique classique lâa presque complĂštement nĂ©gligĂ©) : celui de lâintersection possible des associations, partielles ou totales, de propositions. Ici encore il sâagit dâun principe non-axiomatisĂ© explicitement, mais qui intervient Ă lâĂ©tat implicite dans les axiomes II et IV : lâopĂ©ration (p âšÂ q) signifie, en effet, lâĂ©ventualitĂ© des trois associations (p â q) ; (p â q) et (p â q). Or, nous lâavons vu (voir la figure 37 et lâexemple), ces trois possibilitĂ©s correspondent Ă lâintersection des classes P et Q, dont la partie commune est PQ et dont les parties non-communes sont PQ et PQ. LâopĂ©ration (p âšÂ q) implique ainsi la possibilitĂ© de la conjonction p âą q en tant quâintersection des propositions partiellement disjointes p(v)q.
VI. La transitivité des emboßtements
Nous touchons ici au fondement principal de la déduction, et le principe en est formulé
explicitement par lâaxiome IV. En posant :
(p 3 Ăź) â [(p âšÂ r) 3 â  âšÂ r)]
on affirme, en effet, que lâassociation (p âšÂ r) entraĂźne lâassociation (qvr) par lâintermĂ©diaire de (p 3 q).
Fig. 38.
Exempte : si p = « x est insecte »; q~ « z est InvertĂ©bré » et r â  « z est
aquatique », on a : « Si Insecte implique Invertébré, le fait que x soit Insecte ou aquatique (ou les deux) implique que x soit Invertébré ou aquatique (ou les deux) ».
Cet axiome (IV) exprime ainsi, sous sa forme la plus gĂ©nĂ©rale, la transitivitĂ© des emboĂźtements de partie Ă tout : lâimplication (p âšÂ r) 3 (q âšÂ r) est, en effet, plus gĂ©nĂ©rale que lâimplication

(r ⥠p) ⥠(r 1 q) et y conduit comme Ă un cas particulier. Câest ce
que montre intuitivement le schĂ©ma des inclusions de classes correspondantes. Lâaxiome IV peut dâabord correspondre Ă la figure 38, oĂč lâon a :
(228) (pÎčqy)i [(p vr) â â  âšÂ r)] = (p â q-r)v (p â q-r)v
(P- q âą r) âšÂ (P â q âą r) âšÂ (p âą q âą r)
Mais lâaxiome reste vrai si lâassociation (p âą q âą r) est nulle (fig. 39).
Il reste Ă©galement vrai si lâassociation (p âą q âą r) est remplacĂ©e par (p âą q âą r), câest-Ă -dire si r d q (fig. 40).
Il reste enfin vrai si (p âą q âą r) est annulĂ©, ce qui rĂ©duit lâalternative (p âšÂ r) Ă lâimplication (r ⥠p). En ce cas (fig. 41), les emboĂźtements sont simplement :
(229) [(p i q) âą (r Îč p)] ⥠(r ⥠q)
Câest ce que montre par ailleurs la formulation de Frege (proposition 223)Â :
(p â9)d[(7âp)d(Fâ9)]
dans laquelle il suffit de remplacer la nĂ©gation r par une proposition positive r pour substituer lâimplication (np) Ă lâalternative (rvp).
Fia. 39.
Fia. 40,
Fia. 41.
Lâaxiome IV, dans lâexpression choisie par Russell et Hilbert, reprĂ©sente donc bien la transitivitĂ© des emboĂźtements de partie Ă tout sous sa forme la plus gĂ©nĂ©rale.



VII. La complémentarité ou réversibilité simple
Si les axiomes I-IV dĂ©gagent explicitement les rapports de partie Ă tout, la commutativitĂ© des opĂ©rations de rĂ©union et la transitivitĂ© des emboĂźtements, ils nĂ©gligent par contre de dĂ©velopper une relation fondamentale, qui demeure implicite dans la formulation de Hilbert (propositions 212 Ă 215), mais intervient dans le symbolisme de chacune des autres formulations (propositions 216 Ă 227) : câest la relation de complĂ©mentaritĂ©, principe de la nĂ©gation et des opĂ©rations inverses, et par consĂ©quent lâun des fondements essentiels de toute dĂ©duction.
Hilbert lui-mĂȘme prĂ©cise du reste quâil prend lâexpression {p ⥠q) Ă titre dâabrĂ©viation de (p âšÂ q), câest-Ă -dire que la nĂ©gation p intervient dĂšs ses axiomes autant que lâaffirmation p.  Or, la nĂ©gation p revient Ă partager le champ considĂ©rĂ© des valeurs en deux sous-classes complĂ©mentaires P et p, telles que lâon ait (p w p), donc p = p (principe du tiers exclu propre Ă la logique bivalente).
De plus, la complĂ©mentaritĂ© ne porte pas seulement sur une proposition isolĂ©e (p etp), mais sur une liaison comme telle. Par exemple la liaison p âą q intervenant dans la proposition 226 (axiome III dans la notation de Brentano) Ă©quivaut Ă lâexpression (p âšÂ q) de la proposition 214, parce que nier (p âą q), soit « ni p ni g », câest affirmer (p âšÂ q), soit « p ou g ». De mĂȘme poser lâimplication (p ⥠q), câest exclure la non-implication (p âą q), etc. Or, ces nĂ©gations de liaisons reposent Ă©galement sur la complĂ©mentarité : si (p âą q) est la nĂ©gation de (p âšÂ q) et vice versa, câest que (p âšÂ q) Ă©quivaut Ă (p âą q) âšÂ (p âą q) âšÂ (p âą q), câest-Ă -dire aux trois conjonctions dont la rĂ©union constitue le complĂ©mentaire de (p âą q) par rapport Ă lâaffirmation complĂšte ou tautologie (p âą q) âšÂ (p âą q) âšÂ (p âą q) âšÂ (p âą q).
En dâautres termes, la complĂ©mentaritĂ© est le fondement, ou lâun des deux fondements, de la rĂ©versibilitĂ©. Or, si le systĂšme des emboĂźtements, avec leur transitivitĂ©, rend compte de la fĂ©conditĂ© des compositions opĂ©ratoires, câest la rĂ©versibilitĂ©, sous sa forme de complĂ©mentaritĂ©, qui, seule, lui assure sa cohĂ©rence et sa non- contradiction, en obligeant Ă poser (p âą p = o) et (p = p). A cet Ă©gard, le principe de non-contradiction (p âą p = o) nâest pas autre chose que lâexpression de la composition conjonctive entre une opĂ©ration directe (affirmation p) et son inverse (nĂ©gation p), composition dont le propre est dâavoir pour produit lâopĂ©ration identique (o). Il en est de mĂȘme lorsquâune opĂ©ration binaire, par exemple (p âšÂ q),
est composĂ©e conjonctivement avec son inverse (p â q), le produit Ă©tant la nĂ©gation complĂšte ou « contradiction » (o) :
(230) (p âšÂ q) âą (p âą q) = (o)
Il est donc indispensable de dĂ©gager le rĂŽle fondamental que joue implicitement la rĂ©versibilitĂ© simple (complĂ©mentaritĂ©) dans le mĂ©canisme opĂ©ratoire enveloppĂ© par les axiomes I-IV eux-mĂȘmes : non seulement chacun dâeux enveloppe la nĂ©gation (p âšÂ q), qui est une rĂ©versibilitĂ© uninaire, mais encore lâobligation oĂč ils se trouvent de nâĂȘtre pas contradictoires entre eux implique une rĂ©versibilitĂ© binaire de la forme (230), qui est lâexpression mĂȘme de la non- contradiction entre les opĂ©rations bi-propositionnelles comme telles.
VIII. La réciprocité
Il existe, dâautre part, une seconde forme de rĂ©versibilité : câest celle que lâon invoque en dĂ©signant lâimplication (q 3 p) du nom dâimplication inverse par rapport Ă (p^q). Il sâagit alors dâun nouveau principe essentiel dont on ne saurait se passer dans les fondements de la dĂ©duction : la rĂ©ciprocitĂ©. La rĂ©ciprocitĂ© est, elle aussi, une complĂ©mentaritĂ©, mais par rapport Ă lâĂ©quivalence (p = q) et non pas par rapport Ă lâaffirmation complĂšte (p * q) = (p âą q) âšÂ (p â q) âšÂ (p âą q) âšÂ (p âą q) ; cela revient Ă dire que la rĂ©union conjonctive de deux opĂ©rations rĂ©ciproques Ă©quivaut Ă une Ă©quivalence : (p 3 q) âą (q â p) = (p = q).
La rĂ©ciprocitĂ© est impliquĂ©e dans lâaxiome III, car si :
(p âšÂ q) 3 (q âšÂ p)
on a aussi (q âšÂ p) 3 (p âšÂ q), donc que (p âšÂ q) = (q âšÂ p). Or, si nous Ă©crivons lâaxiome III dans la formulation de Frege, nous avons :
(231) (p 3 q) d (q 3 p)Â ; mais aussi (q 3 p) 3 (p 3 q)Â ;
donc (p 3 q)Â =Â (q 3 p)
La rĂ©alisation dâun modĂšle correspondant en opĂ©rations de classes est particuliĂšrement instructive sur ce point. On aura, en effet :
(PÂ <Â Q)Â =Â (QÂ <Â P)
(Voir les propositions 206 bis, 207, 208 et 208 bis et la figure 36.)
Or, on constate que cette Ă©quivalence nâest pas une identitĂ©, mais quâelle fait partie dâune identitĂ© dont la forme entiĂšre est (fig. 42) :
PQÂ +Â (PQÂ +Â PQ)Â =Â (PQÂ +Â PQ)Â +Â PQ (oĂč PQ peut ĂȘtre nul).
Cette expression, qui est donc la forme complÚte de :
(PÂ <Â Q)Â =Â (QÂ <Â P)
constitue, on le voit, ce que nous avons appelé une vicariance dans
le domaine de la logique des classes (chap. Il, § 13). Or, la vicariance,
ou substitution complĂ©mentaire est, elle-mĂȘme, on sâen
souvient, le principe des relations symĂ©triques, câest-Ă -dire justement des Ă©quivalences.
Dâune maniĂšre gĂ©nĂ©rale, la rĂ©ciprocitĂ© est donc la rĂ©versibilitĂ© appliquĂ©e aux relations : ou bien elle traduit sans plus
Fig. 42.
lâĂ©quivalence (rĂ©ciprocitĂ© complĂšte : p = q), ou bien elle exprime une complĂ©mentaritĂ© par rapport Ă lâĂ©quivalence (relations dont les termes sont permutĂ©s : p â q et q 1 p, câest-Ă -dire P < Q et Q < P, ou liaisons entre propositions niĂ©es : p iq = p s q etqip = p 1 q)1.
IX. La substitution
Si la rĂ©ciprocitĂ© constitue le principe de lâĂ©quivalence, celle-ci correspond Ă son tour Ă lâopĂ©ration de la substitution. Sans que cette derniĂšre prenne explicitement place au sein des axiomes, elle nâen est pas moins indispensable Ă leur formulation, puisque le symbolisme et le calcul interpropositionnel utilisent sans cesse cette opĂ©ration, qui est la plus gĂ©nĂ©rale de toutes et constitue le moule commun de toutes les transformations dâune liaison dans une autre. Le seul fait dâannoncer, comme le fait Hilbert, que lâon pourra Ă©crire (p i q) pour (p âšÂ q) est en rĂ©alitĂ© un appel Ă la substitution. En effet, substituer (p 1 q) Ă (p âšÂ q) ne constitue pas une simple convention dâĂ©criture assimilant lâun Ă lâautre deux signes pour dĂ©signer une seule liaison identique Ă elle- mĂȘme : bien que les liaisons (p âšÂ q) et (p d q) signifient toutes deux (p âą q) âšÂ (p âą q) âšÂ (p âą q), lâimplication (p â q) exprime lâemboĂźtement de p dans q, tandis que la disjonction (p âšÂ q) met en Ă©vidence lâexistence de lâassociation (p âą q) ; ce sont donc lĂ deux liaisons substituables parce quâĂ©quivalentes, mais non pas identiques.
I. Voir le théorÚme V et ses corollaires, au § 31.

§ 35. Lâ« axiome unique » de J. Nicod et la structure dâensemble de la logique bivalente
EmboĂźtements additifs (v) ou multiplicatifs (âą) de la partie dans le tout et dans elle-mĂȘme, transitivitĂ© ordonnĂ©e de ces emboĂźtements, commutativitĂ© des rĂ©unions de partie, rĂ©versibilitĂ© par complĂ©mentaritĂ© ou rĂ©ciprocitĂ© et substitutions, tels sont donc les caractĂšres du mĂ©canisme opĂ©ratoire que supposent, mais nâexplicitent pas complĂštement les axiomes de Russell et de Hilbert. Le fondement de la dĂ©duction est ainsi Ă chercher dans la structure dâensemble que comporte un tel systĂšme dâopĂ©rations et il sâagit par consĂ©quent de dĂ©gager en quoi consiste leur solidaritĂ© nĂ©cessaire.
Or, pour procĂ©der de lâanalyse sĂ©parĂ©e des divers aspects opĂ©ratifs Ă©numĂ©rĂ©s prĂ©cĂ©demment Ă la reconstitution synthĂ©tique du systĂšme total quâils caractĂ©risent, il nâest pas besoin de quitter le terrain de lâaxiomatique elle-mĂȘme et nous pouvons continuer Ă employer la mĂȘme mĂ©thode de dissection opĂ©ratoire, en lâappliquant cette fois aux quatre axiomes (I-IV), mais rĂ©unis en une seule formule. Les axiomes dâune thĂ©orie dĂ©ductive devant ĂȘtre Ă la fois complets, compatibles et indĂ©pendants, leur condensation en une formule unique permet, en effet, de dĂ©gager directement la structure dâensemble que, ainsi rĂ©unis, ils constituent entre eux. Le travail est, Ă cet Ă©gard, grandement facilitĂ© du fait que lâon est parvenu Ă rĂ©aliser cette fusion de quatre expressions distinctes en une seule expression synthĂ©tique. Partant des axiomes de Russell et Whitehead, J. Nicod a eu, en 1917, une idĂ©e du plus haut intĂ©rĂȘt : celle de les rassembler en un « axiome unique » qui grouperait lâensemble des opĂ©rations requises pour construire la logique des propositions et constituerait ainsi le fondement nĂ©cessaire et suffisant de toute dĂ©duction.
On nâa pas toujours compris la portĂ©e de la dĂ©couverte de Nicod, et cela en partie parce que lâon a associĂ© sa rĂ©ussite Ă celle de Sheffer, qui avait obtenu auparavant une traduction de toutes les opĂ©rations interpropositionnelles en langage dâincompatibilitĂ© seule (voir § 30 sous V). Les uns, avec M. Boll, parlent de la « synthĂšse de Sheffer-Nicod »1 comme dâun triomphe de la rĂ©duction du divers
1. M. Boll, ĂlĂ©ments de logique scientifique, p. 221.
Ă lâunitĂ©. Dâautres y voient une simple « curiosité » (comme.avait dit Hilbert de la notation unique de Sheffer1), ou une complication de fait, rançon dâune simplification apparente2. Son intĂ©rĂȘt nous paraĂźt au contraire rĂ©sulter de ce que, obligĂ© de concentrer en une seule formule les opĂ©rations contenues dans les axiomes Ă©numĂ©rĂ©s prĂ©cĂ©demment, 1â« axiome unique » mettra en relations cinq propositions distinctes (p, q, r, s et Z), lĂ oĂč les axiomes I Ă III ne portent que sur deux propositions et lâaxiome IV sur trois seulement. Or, rĂ©unir en un seul tout opĂ©ratoire n⊠propositions distinctes, câest montrer comment des axiomes complets, mais indĂ©pendants, vont sâagencer entre eux pour constituer une structure. Câest donc Ă ce point de vue que nous allons nous placer pour lâĂ©tudier et câest la structure dâensemble de la logique bivalente que nous allons essayer de discerner en lui.
Voici dâabord cet axiome. Sa forme originale est :
(232) PâŁÏâŁQ
expression dans laquelle on a :
P = pl(?l^);  = Ξt Q = (s|?)l(pl$)
Ces formules signifient donc P 3 (Ï âą Q), câest-Ă -dire « P implique Ă la fois Ï et Q » puisque P est incompatible avec lâincompatibilitĂ© de Ï et de Q. Quant Ă Q, lâexpression (sâŁ^) | (pp) signifie que lâincompatibilitĂ© de s et de g exclut la nĂ©gation de celle de p et de s, autrement dit (en vertu de pâq = pz>q) lâincompatibilitĂ© de s et de q implique lâincompatibilitĂ© de p et de s, soit (sâŁ7) ⥠(p|s). On a de mĂȘme, pour Ï, lâĂ©quivalence tât = tat. Jusquâici, nous en arrivons donc Ă Â :
(233) [pâŁâ ,k)] = (ZâŁz) â (sâŁâ )âŁ(pâŁs)
= [ps(qâr)]^(tat)â [(7âŁs) 3 (pâŁs)](
Mais on se rappelle (proposition 137) que (p\q) = (p^q). H en résulte que :
(q\s)Â =Â (q^s) et que (p\s)Â =Â (p^s)
DâoĂč :
(234) [p=>(qâr)]a )(Z 3 Z) âą [(q 3 5) ⥠(p 3 $)]{
1. Hilbert et Ackermann, op. cit., p. 9.
2. Serrus, op. cit., p. 95-96.
Dâautre part, on a (p\s) = (p âą s) puisque la conjonction est lâinverse de lâincompatibilitĂ©. DâoĂč :
(?k) ⥠(pâŁs) = {pâs)Îč(qâs) car p i q = q d p
Donc :
(235) [p⥠(q â r)] ⥠]{t = t) â [(p âą s) ⥠(q âą s)](
Câest sous cette derniĂšre forme que Russell1, Boll2 et Serrus3 Ă©crivent lâaxiome de Nicod. Mais cette formulation est moins forte que celle des propositions (233) et (234), car les conjonctions (p â s) et (q âą s) ne suffisent pas Ă dĂ©terminer tous les rapports entre p, q et s que prĂ©cisent les incompatibilitĂ©s et implications : si on a (qis), les conjonctions (p âą s) et (q âą s) nâexcluent pas la conjonction (q â s).
Dâautre part, il est clair que si lâon a(ç|s)vrai dans la proposition (233), on ne peut avoir simultanĂ©ment (q âą s) vrai en (235) sâil sâagit de la mĂȘme proposition s (puisque ç|s = q âą s). Nous laisserons , donc sa forme classique Ă la proposition (235) et Ă©crirons comme suit les propositions (233) et (234) :
(236) [pâ âr)]3 }(t =>i)â[â âŁs) â (sâŁp)](
et
(237) [pi (q â r)] ⥠frit) â [â âs) â (p d s)]j
De la sorte, les propositions (235), (236) et (237) sont Ă©quivalentes pour la mĂȘme proposition s, qui est affirmĂ©e en (235) et en (237) et qui est niĂ©e en (236).
Voici un exemple concret pour (236) : « Si x est un FĂ©lin (p) implique quâil est Ă la fois Carnassier (?) et MammifĂšre (r), alors sa qualitĂ© dâanimal (t) implique quâil soit Animal (tit) et implique que, si le fait dâĂȘtre Carnassier (?) est incompatible avec celui dâĂȘtre InvertĂ©brĂ© (s), alors le fait dâĂȘtre un FĂ©lin (p) est aussi incompatible avec celui dâĂȘtre InvertĂ©brĂ© (s) ». Pour (237) : « Si a : est un FĂ©lin (p)⊠etc., et si le fait dâĂȘtre Carnassier (?) implique quâil soit VertĂ©brĂ© (s), alors le fait dâĂȘtre un FĂ©lin (p) implique aussi le fait dâĂȘtre VertĂ©brĂ© (s) ». Et pour (235) : « Si a : est un FĂ©lin (p)⊠etc., implique que sâil est Ă la fois FĂ©lin et VertĂ©brĂ© (p â s) alors il est Ă la fois Carnassier et VertĂ©brĂ© (q âą s) ».
1. Introd. à la philosophie mathématique, p. 183.
2. Op. cit., p. 86.
3. Op. cit., p. 95.
i
Cela dit, cherchons Ă analyser cette structure dâensemble. Nous examinerons successivement : 1° les relations entre p, q et s ; 2° la position de la proposition r ; 3° celle de la proposition t ; et 4° la correspondance entre la structure ainsi dĂ©gagĂ©e et celle des « groupements ».
Fig. 43.
1° Les relations entre les propositions p, q et s sont simples, puisque (p d q) est donnĂ© dans la proposition (235) et (q 3 s) dans la proposition (237). Si lâon fait correspondre les classes P, Q, et S aux arguments vĂ©rifiant p, q et s, on a donc sans plus lâemboĂźtement
P<Q< S ou lâĂ©quivalence P=Q=S, ou un mĂ©lange des deux P=Q < S ou P < Q = S.
Dans les trois cas, nous avons donc :
(p âą q) âšÂ (p âą q) = q
et (q âą s) âšÂ (q âą s) = S
mais (p â q) et (q âą s) peuvent ĂȘtre nuis en cas dâĂ©quivalence (voir la figure 43).
Fig. 44.
2° Quant Ă la position de r, les donnĂ©es sont : p ⥠â â r), donc p â r, câest-Ă -dire (p âą r) âšÂ (p âą r) âšÂ (p âą f). Il ne peut alors y avoir que deux sortes de rapports entre r et q : une implication (r 3 q) ; (pr) ou (r = q) ; ou une disjonction (r âšÂ q). Tout autre rapport exclurait, en effet, p 3 (q âą r).
En cas dâimplication (fig. 44), on aura alors une suite dâemboĂźtements s) ou (p â r) ; (r d q) ; (q 3 s) ou (p â q) ; (q â s) ; (s 3 r) ; etc. avec possibilitĂ© dâĂ©quivalence Ă la place de lâune


quelconque ou de toutes ces implications. Il y aura donc simplement un chaßnon de plus à ajouter à la suite (p d q ⥠s), mais on aura encore une suite correspondant à un simple groupement additif de classes.
Dans le cas (r âšÂ ç), au contraire, on aura (q âą r) âšÂ (q âą r) âšÂ (q âą r). Mais comme on a (q ⥠s) (proposition 237), on aura aussi (rvs)1 et les conjonctions [q âą r) et (q â 7) prendront la forme (q âą r âą s) et (q âą r âą s). On aura ainsi, par Ă©limination de (q âą s), qui est contradictoire avec {q ⥠s), les six combinaisons :
(q â r âą s) âšÂ (q â r âą s) âšÂ (q â r âą s) âšÂ (q âą r âą s) âšÂ (q â r âą s) âšÂ (q âą r âą s)
Cela revient Ă dire que les disjonctions (q âšÂ r) et (r âšÂ q) et lâimplication (q ⥠s) correspondront Ă un groupement multiplicatif de classes que lâon peut mettre sous la forme dâune table Ă double entrĂ©e :
| QS | QS | QS |
| R QSR | QSR | QSR |
| R QSR | QSR | QSR |
Â
Et, comme on a p o (q âą r), la classe P sera elle-mĂȘme incluse dans la classe QRS, dâoĂč deux sous-classes PQRS et PQRS (voir fig.45).
Bref, de deux choses lâune : ou bien r implique q et s (ou est impliquĂ© par q ou par s) et la structure donnĂ©e correspond Ă un groupement additif de classes (fig. 44), ou bien lâon a disjonction entre r et q, donc aussi entre r et s, et les classes correspondantes constituent un groupement multiplicatif (voir fig. 45).
3° Il reste Ă dĂ©terminer la position de la proposition (t âl). Si [p ⥠(q âą r)] ⥠(t ⥠t), câest donc que t dĂ©pend de p, q et r. Mais comment une implication telle que p â> (q âą r) peut-elle entraĂźner Îauto-implication (t ⥠t)? Il est remarquable, Ă cet Ă©gard, que (t ⥠t) ne figure pas Ă titre dâimplication donnĂ©e dans le premier membre de la proposition (235), par exemple sous la forme :
[(<d0 â (pâĄâ âr)]âĄâŠ
1. Lâimplication â âĄs)⥠[â vr) ⥠(rvs)] nâest autre, en effet, que lâaxiome IV qui se retrouve naturellement dans lâaxiome unique, puisque celui-ci le rĂ©unit aux axiomes I-HL
I
mais Ă titre dâimplication construite Ă partir de p â (q âą r). Or, cette expression p 3 (q âą r) ne contient quâune implication et une conjonction. De la conjonction (q âą r) on ne saurait tirer (tĂŽt), ni mĂȘme (q^q). Par contre, dâune implication, telle que (p 3 Z) ; (q^t) ou (r ⥠Z) on peut prĂ©cisĂ©ment conclure (Z 3 z) : il suffit de se rappeler (voir § 30, proposition 170-172) que toute implication (p 3 q) implique elle-mĂȘme lâexistence dâune proposition pâ = (p âą q), telle
Fig. 45.
que lâon ait (p 3 q) 3 (pâ 3 q) et que (p âšÂ pâ)^q. U en rĂ©sulte alors, puisque (p âšÂ pâ) = q, que qΟq. Lâon peut donc tirer (Z 3 z) de p 3 (q âą r), si (p 3 z) ou (q 3 z) ou (r 3 z), ou encore si s 3 z (puisque Ă3S).
4° La conclusion de ce qui prĂ©cĂšde est donc que 1â« axiome unique » comporte deux structures dâensemble possibles :
a) La premiĂšre consisterait en une suite dâimplications emboĂźtĂ©es : (p 3 q) ; (q 3 r) ; (r 3 s) et (s d t), ou tout autre ordre respectant (P^q)â, (P^r) et (q^s).
b) La seconde conserverait les emboĂźtements (p 3 q) ; (p 3 r) ; (q^s) et p (ou q, ou r ou s)3Z, mais introduirait la disjonction â vr) 3 (r âšÂ s).

Dans les deux cas, lâaxiome unique correspondrait alors Ă une structure de classes Ă©lĂ©mentaires : au groupement additif des classes (P < Q < R < S < T, ou selon un autre ordre), ou au groupement des multiplications bi-univoques :
(PQSTÂ +Â PQSTÂ +Â PQST)Â ĂÂ (RÂ +Â R)
Il nous reste Ă montrer que cette correspondance est bi-univoque, câest-Ă -dire que, dâune part, si lâon traduit ces groupements de classes en termes de propositions, on retombe sur lâaxiome de Nicod et que, dâautre part, si lâon exprime cet axiome en termes dâimplications primaires (p ⥠q) et secondaires [nous appellerons ainsi les implications (pâ â q) dĂ©finies par les propositions 170 Ă 172] on constitue un groupement inter-propositionnel, isomorphe aux groupements de classes correspondants.
Partons du premier des deux cas possibles : celui oĂč les implications (p 1 q) ; (q i r) ; (r 1 s) et (s â t) correspondent aux^emboĂźte- ments de classes P < Q < R < S⊠On se rappelle que la forme complĂšte dâun tel groupement est une suite de rĂ©partitions dichotomiques en classes primaires et secondaires, soit :
p + pâ = Q ; Q + Qâ = R ; R + Râ= S ; S + Sâ= T
Retraduisons alors ces rapports de classes en propositions en nous demandant ce que signifient les classes secondaires Pâ, Qâ, Râ et Sâ. Or nous venons de rappeler (sous III) que toute implication (p i q), câest-Ă -dire (p â q) âšÂ (p â q) âšÂ (p â q) recouvre une liaison ternaire impliquant lâintervention dâune « implication secondaire » (pâiq). En effet, si la conjonction (p â q) nâest pas nulle, câest-Ă -dire si (p i q) ne se confond pas avec (q ⥠p), donc avec (p = q), on a alors nĂ©cessairement :
(P =l ?)=>[(? 3 ?)âą (Pâ3?)] oĂč pâ= P â q
(Cf. proposition 170.)
Exemple : Si p = « x est VertĂ©bré » implique q = « x est un animal » sans que q implique p, lâimplication (p 1 q) implique elle-mĂȘme la vĂ©ritĂ© dâune proposition pâ = p âą q (= « x est un animal non-VertĂ©bré ») telle que pâ = « x est un InvertĂ©brĂ© « implique q = « x est un Animal ».
On aura donc, puisque pâ = (p âą q) :
Up^qy) âą (/=>?)] 3â S(P vpâ)]
(Cf. proposition 171)1 ou plus simplement : (p âšÂ pâ = q).
On aura de mĂȘme :
â 3 r) 3 [(? âšÂ qâ) = r)] ; etc.
On voit alors immĂ©diatement que les classes secondaires Pâ, Qâ, Râ et Sâ du groupement P<Q<R<S<T correspondent Ă ces propositions secondaires p,, qâ, râ et sâ de lâemboĂźtement des implications. On aura donc, dans le cas p q ; q ^r ; r^s et s^t, un groupement des propositions elles-mĂȘmes, dont la forme sera :
(238) (pvpâ)=q ; (qvqâ)=r ; (r âšÂ râ) = s ; (s âšÂ sâ) = t ; etc.
Or, comme les propositions p et pâ sont, par dĂ©finition, exclusives, puisque pâ = (p â q), on tirera de ces emboĂźtements (238) les incompatibilitĂ©s :
(239) (Plpâ)Ăź (?l/); (r|râ); etc.
Dâautre part, comme onaâ d q) et (p 3 r), on en dĂ©duit :
(240) (P\qâ); (pârâ)Â ; (pâsâ)
Les négations p, q, r et s correspondront alors au tableau suivant :
(241) p = pâ âšÂ qâ âšÂ râ âšÂ sâ âšÂ tââŠ
q = qâ âšÂ râ âšÂ sâ âšÂ tââŠ
r â râ âšÂ sâ âšÂ tââŠ
s = sâ âšÂ tââŠ, etc.
Enfin, de (sv sâ = t), on tire :
(242) (s âšÂ sâ = t) ⥠(t â t)
Il en résulte alors :
[p 3 (? âą r)] 3 j(z 3 t) â [â âŁs) 3 (pâŁs)]^ ou
[pâĄâ Ï)]⥠S(Z3Z)â[â 3s)3(p3s)]j
Donc lâaxiome unique est identique au groupement (238) au cas " oĂč il repose sur une suite dâimplications (cas 1).
Si maintenant (cas 2), au lieu du dilemme (p vpâ)Â =Â q, qui constitue une dichotomie particuliĂšrement simple, on fait intervenir le
1. Gette proposition est voisine de lâaxiome 9 de Heyting : t(r>3s)â(Q3s)]3â vg)3s mais cet axiome 9 nâintroduit pas dâexclusion entre p et q.
trilemme (q âšÂ r) donc (s âšÂ r), le groupement prendra la forme suivante :
(243) pq pq pqs pqs
r P f l r P1 r PQ rs PQâą
r pqr pqr pqrs pqrs
oĂč p = pâ âšÂ qâ âšÂ sââŠÂ ; q = qr âšÂ sââŠÂ ; r = sâ âšÂ âŠÂ ; et s = râ
Il y aura donc double suite dâemboĂźtements au lieu dâune seule suite, mais il est clair quâil y aura Ă nouveau groupement (nous reviendrons sur cette forme au § 39).
En conclusion, lorsque lâon fusionne en une seule expression les quatre axiomes dont Russell et Hilbert ont tirĂ© toute la logique des propositions bivalentes, 1â« axiome unique » ainsi construit Ă©quivaut Ă un ou deux groupements interpropositionnels isomorphes aux groupements de classes correspondants1. Cet axiome exprime donc une suite dâemboĂźtements ordonnĂ©s de partie Ă tout, transitifs Ă cause des implications, rĂ©versibles puisque
[(?!« ) = (pâŁs)] = [(p âą s) ⥠(q âą s)]
et assurant la rĂ©ciprocitĂ© (t â t). Lâaxiome unique met ainsi en Ă©vidence chacun des neuf caractĂšres que nous avons dĂ©gagĂ©s au § 34 Ă propos des quatre axiomes de Russell et Hilbert et il les rĂ©unit sous la forme dâun « groupement ». Un tel rĂ©sultat est, Ă lui seul, extrĂȘmement significatif, puisque, malgrĂ© la possibilitĂ© dâautres axiomatiques, lâaxiome unique suffit Ă supporter tout le poids de la logique bivalente.
NĂ©anmoins deux problĂšmes demeurent en suspens. Ne serait-il pas possible de pousser plus loin la rĂ©duction des opĂ©rations de cette logique Ă une structure rĂ©versible, en la ramenant aux « groupes » constituĂ©s par lâalgĂšbre de Boole ? Et, si cette rĂ©duction nâest pas rĂ©alisable, quelle est la relation entre le « groupement » impliquĂ© dans lâaxiome unique de Nicod et les rĂ©seaux ou « lattices » propres Ă la thĂ©orie mathĂ©matique des ensembles ?
I. Voir, pour plus de détails, notre article Du rapport entre la logique des propositions et les « groupements ⹠de classes et de relations (A propos du « Traité de logique », de Ch.Serras), Revue de métaphysique et de morale, t. 53, 1948,n02,p. 139-163.
§ 36. Les opĂ©rations de la logique bivalente constituent-elles un groupe ? LâalgĂšbre de Boole
Le but que nous poursuivons, et quâil convient de conserver clairement en vue, est donc de caractĂ©riser la structure dâensemble qui embrasse toutes les opĂ©rations de la logique bivalente et par consĂ©quent la fondent. Cette logique repose, disent les axiomaticiens, sur les axiomes eux-mĂȘmes que lâon se donne au dĂ©part. Certes, mais ces axiomes, parce quâĂ la fois indĂ©pendants, compatibles et complets, constituent une structure par leurs connexions mĂȘmes : câest par consĂ©quent cette structure qui reprĂ©sente le fondement rĂ©el de la logique, car les parties ne sauraient exister en dehors du tout dont elles sont abstraites. Le but que nous poursuivons est donc non pas de rechercher quelles structures on peut construire avec les opĂ©rations de la logique bivalente, mais quelle est la structure totale dont dĂ©pende chacune de ces opĂ©rations.
Une premiĂšre rĂ©ponse vient de nous ĂȘtre fournie par lâanalyse de lâaxiome unique de Nicod : cet axiome exprime une structure de « groupement ». Mais tout nâest pas dit ainsi, car le groupement, qui est un lattice rĂ©versible, est Ă la fois parent du lattice par ses emboĂźtements de parties Ă totalitĂ©s, et du groupe par sa rĂ©versibilitĂ©. Il sâagit donc de poursuivre lâessai de rĂ©duction dans lâune et lâautre de ces deux directions et de voir si les groupes ou les lattices en jeu dans les opĂ©rations de la logique bivalente ne seraient pas de nature Ă les rĂ©unir toutes.
Il existe dâabord deux groupes connus dans les opĂ©rations portant sur les ensembles et susceptibles dâĂȘtre appliquĂ©s aux opĂ©rations interpropositionnelles : celui des disjonctions exclusives (w) et celui des Ă©quivalences ( = ). Comme chacun sait, lâun des fondateurs de la logique mathĂ©matique, G. Boole, a Ă©laborĂ© en 1847 puis en 1854 une algĂšbre fondĂ©e sur lâaddition disjonctive des classes1, dont on nâa cessĂ© de reconnaĂźtre depuis lâintĂ©rĂȘt exceptionnel. En particulier B. A. Bernstein2, en 1924-1925 dĂ©jĂ , puis en 1936, a montrĂ© que lâalgĂšbre de Boole constituait un groupe du point de vue de lâopĂ©ration de la rĂ©union des parties non communes (w), ainsi que de sa duale, lâĂ©quivalence ou rĂ©union des parties communes ( = ). Le
1. G. Boole ; The mathematical analysis oj Logic, Cambridge, 1847 et Lavis of Thought, London, 1854.
2. B. A. Bernstein, Trans. Amer. Math. Soc., vol. XXVI, 1924, p. 171-175 et vol. XXVII, 1925, p. 600. â Ann. of Math., vol. XXXVII, 1936, p. 317-325.
groupe des Ă©quivalences est dâailleurs dâimportance Ă©vidente, et lâon connaĂźt le rĂŽle que lui attribue entre autres G. Bouligand. Ces groupes (w) et (=) forment donc Ă eux deux un « corps » ou systĂšme de deux groupes.
I. Le groupe des disjonctions exclusives
Les sous-ensembles dâun ensemble forment, comme nous lâavons vu au § 10, un groupe additif du point de vue de lâopĂ©ration consistant Ă rĂ©unir leurs parties non-communes. On retrouve donc un tel groupe dans le calcul interpropositionnel du point de vue de lâopĂ©ration (p w q) :
Définition : (p w q) = (p ⹠q) w (p ⹠q)
1. Opération directe : (p w q) ; (q w r) ; etc.
2. Opération inverse : (p w p) = o ; (q w q) = o ; etc. En effet :
(244) p w p = (p -p) w (p ⹠p) = (o) w (o) = o
3. Opération identique : o. En effet :
(245) (p w o)Â =Â p et (p w p)Â =Â o
4. Associativité :
(246) [pw ({w r)]Â =Â [(p w q) w r)]
Deux quelconques des opĂ©rations de lâensemble ont pour produit une opĂ©ration de lâensemble : il y a donc bien groupe, mais un groupe dont lâopĂ©ration directe constitue sa propre inverse lorsquâelle est appliquĂ©e Ă une partie commune (p w p). Notons parmi les expressions remarquables :
(247) (p w p) w p = p
En effet (p w p)Â =Â o et (p w o)Â =Â p
(248) (p w q)Â =Â {p w q)
En effet (p w q)Â =Â (p âą q) w (p âą q)Â =Â (p âą q) w (p âą q)
(249) (p w p)Â =Â T
(oĂč T est la totalitĂ© considĂ©rĂ©e) et surtout1 :
(250) Si (p w q) = x ; alors (p w x) = q et {q w x) = p
1. Cf. p. 323 (thĂ©orĂšme 21) de lâarticle citĂ© de Bernstein de 1936.
Rappelons en outre que si p et q sont entiÚrement disjointes, on a :
(p w q) = (p = q) = (p = q)
(Cf. proposition 190.)
En effet (p w q) = (p âą q) w (p â q). Or (p = q) = (p âą q) w (p âą q) et (p = q) = (p âą q) w (p âą q).
On constate ainsi que lâopĂ©ration (p w q), tout en constituant lâĂ©lĂ©ment dâun groupe, Ă©quivaut Ă une Ă©quivalence entre lâune des deux propositions exclusives et la nĂ©gation de lâautre (ce qui ne sâapplique naturellement pas Ă trois propositions, sauf si lâune est la nĂ©gation des deux autres, etc.). LâopĂ©ration (p = q) constituera ainsi (comme nous lâavons dĂ©jĂ vu au § 30) la nĂ©gation de (p w q).
II. Le groupe des équivalences
Soit donc lâopĂ©ration (p = q), qui signifie (p = q) = [(p â q) w (p âą q)]. Pour mieux marquer sa parentĂ© avec lâopĂ©ration (p w q) dont on vient de rappeler quâelle est la nĂ©gation, nous lâĂ©crirons aussi (p w q). Et, pour Ă©viter les confusions qui pourraient se produire au moment oĂč nous comparerons ces deux sortes dâopĂ©rations, nous parlerons des propositions (r w s) donc (r = s), puisque (p w q) est contradictoire avec (p w q). Nous dĂ©finirons ainsi :
(r = s) ⥠(r w s) = (r ⹠s) w (r ⹠s)
Les équivalences (r = s), donc (r w s) forment alors un groupe dont les opérations sont :
1. Opération directe : r w s (donc r = s) ; s wt (donc s = t); etc.
2. LâopĂ©ration inverse est identique Ă lâopĂ©ration directe, puisque chaque Ă©quivalence recouvre la totalitĂ© du systĂšme considĂ©ré :
(251) r w r (donc r = r) = (r ⹠r) w (r ⹠r)
r w s (donc r = s) = (r ⹠s) w (r ⹠s)
Etc.
3. LâopĂ©ration identique est donc le systĂšme total T. En effet le produit des opĂ©rations directe et inverse, qui sont identiques lâune Ă lâautre, est toujours T, car :
(252) r w r (donc r = r) = (r â r) w (r âą r) = r w r = T
(Cf. proposition 249.)
Dâautre part, T composĂ© avec un Ă©lĂ©ment quelconque le laisse invariant puisque la partie commune entre cet Ă©lĂ©ment et le tout T est cet Ă©lĂ©ment lui-mĂȘme :
(253) r ⹠T = r ; s ⹠T = s ; r ⹠T = r ; etc.
4. Associativité :
(254) [(r ws) wi]Â =Â [r w (s w t)]
câest-Ă -dire [(r = s) = Z] = [r = (s = Z)]
Mais il est à signaler que le terme o ne fait pas partie du groupe. En effet r ⹠o = o, ce qui annule r sans retour.
Notons encore une expression intéressante, qui est la réciproque de (190) :
(255) (r w s)Â =Â (r w s)Â =Â (r w s)
En effet lâĂ©quivalence (r = s) est lâexclusion de r et de s, puisque (r w s) *= (r âą s) w (r âą s) et que (r w s) = (r â 5) w (r âą s)
III. Signification des groupes précédents
Le premier de ces deux groupes ne saurait Ă lui seul rendre compte de lâensemble des transformations propositionnelles, puisque lâopĂ©ration fondamentale de ce groupe porte sur la rĂ©union des parties non communes, câest-Ă -dire sur les Ă©lĂ©ments dissociĂ©s de leurs emboĂźtements et non pas sur les emboĂźtements comme tels. En effet :
1. LâopĂ©ration directe (p w q) se dĂ©finissant par (p âą q) w (p âą q), elle consiste essentiellement Ă nier lâimplication de p par q ou de q par p, puisque p âą q = p^q et p â q = q^p.  La disjonction exclusive constitue ainsi la rĂ©union de deux non-implications, les trois liaisons binaires (p w q) ; (p âą q) et (p âą q) Ă©tant les seules Ă ne comporter ni (p âą q) ni (p âą q). Or, lâopĂ©ration la plus importante sans doute de toute dĂ©duction est lâimplication : on voit donc mal comment le groupe des exclusions suffirait Ă en rendre compte Ă lui seul, puisque lâimplication (p d q) est la rĂ©union dâune partie commune (p âą q) et dâune partie non commune (p âą q).
2. LâopĂ©ration dâĂ©quivalence ne fait pas partie du groupe. Aussi quand B. A. Bernstein Ă©crit (p w q) = x et (p w x) = q, il prĂ©cise que lâopĂ©ration ( = ) est extĂ©rieure au systĂšme1. On se trouve alors
1. « The relation of egality = is taken oulside the System >, 1936, p. 318
en prĂ©sence dâune situation paradoxale : lâĂ©quivalence (= ouw) est lâopĂ©ration inverse de la disjonction exclusive (w) (inverse au sens des opĂ©rations interpropositionnelles, et non pas au sens du groupe de Boole-Bernstein) ; or, le produit x de la disjonction (p w q) ne saurait ĂȘtre reliĂ© aux Ă©lĂ©ments disjoints (p w q) que par cette opĂ©ration inverse (=) de la disjonction elle-mĂȘme (soit p w q = x) et cela , bien que cette opĂ©ration ( = ) ne fasse pas partie du systĂšme ! Câest assez dire que la disjonction (w) ne suffit pas Ă tout. Sans doute peut-on Ă©crire (p w q) = x en termes de pure disjonction :
(256) [(p w q) = x] ⥠[(p w q) w x] (en vertu de 255)
Mais lâinversion de (wi) en (w x) Ă©quivalant Ă ( = x) constitue une opĂ©ration qui ne se confond pas avec lâinverse du groupe (p w p = o ou p w x = q) et qui nâappartient donc pas comme telle au groupe des disjonctions exclusives, bien quâindispensable Ă la logique bivalente.
3. Les auto-emboĂźtements (p âšÂ p) â p ou (p âą p) = p ne font pas non plus partie du groupe : or ils sont nĂ©cessaires au mĂ©canisme opĂ©ratoire de la logique interpropositionnelle (axiome I de Russell et Hilbert).
4^ » Bref, le groupe de disjonctions exclusives rie porte que sur les Ă©lĂ©ments dĂ©boĂźtĂ©s et non sur les emboĂźtements comme tels. Il se trouve ainsi plus proche (voir § § 10 et 26) des structures numĂ©riques que de la logique de lâimplication. Comme lâa montrĂ© Herbrand, il est en effet isomorphe au systĂšme des nombres entiers module 2, câest-Ă -dire aux nombres 0 et 1 considĂ©rĂ©s comme Ă©quivalents Ă tous les nombres pairs et impairs.
Quant au groupe des Ă©quivalences, il porte au contraire sur les parties communes, par opposition aux parties disjointes. Il fournit ainsi lâexact complĂ©ment de ce qui manque au groupe des exclusions ; seulement, de ce fait mĂȘme, il est Ă son tour privĂ© des Ă©lĂ©ments propres au premier groupe et qui lui seraient nĂ©cessaires pour exprimer les totalitĂ©s des transformations bivalentes1.
1. De mĂȘme que lâĂ©quivalence ( = ) ne fait pas partie du groupe I tout en Ă©tant nĂ©cessaire Ă lâexpression de ses transformations, de mĂȘme la disjonction exclusive (w) ne fait pas partie du groupe II tout en Ă©tant nĂ©cessaire Ă lâexpression (r = s) = (r âą s) w (r âą S). En
.1. Il est vrai que Tarski, en sa cĂ©lĂšbre thĂšse, a montrĂ© comment on peut rĂ©duire les seize liaisons binaires Ă des Ă©quivalences. Mais câest en faisant intervenir des quantificateurs qui attestent malgrĂ© tout la diversitĂ© des opĂ©rations en jeu.
effet, si r = s, alors (r ⹠s) et (r ⹠S) sont disjoints sans que cette disjonction exclusive constitue comme telle une opération du groupe.
2. Les auto-emboĂźtements (p â p) â p font cette fois partie du groupe, mais non pas le (o). En effet, lâopĂ©ration identique du groupe Ă©tant le tout T, elle ne saurait ĂȘtre inversĂ©e sous la forme (T = o). Le (o) Ă©chappe ainsi au groupe tout en Ă©tant nĂ©cessaire au systĂšme complet des opĂ©rations bivalentes, par exemple sous la forme P âą P = o.
3. Dâune maniĂšre gĂ©nĂ©rale le groupe des Ă©quivalences se borne Ă rĂ©unir les Ă©quivalences, mais sans nous apprendre pourquoi il y a Ă©quivalence. Or les transformations dont lâĂ©quivalence est le produit, par exemple (p w q) = x, importent autant que lâĂ©quivalence elle- mĂȘme.
Bref, le groupe des disjonctions exclusives (w) ne portant que sur les parties non communes du systĂšme dâensemble des propositions et le groupe des Ă©quivalences (= ou w) ne portant que sur les parties communes, chacun des deux groupes est Ă lui seul insuffisant pour fonder la totalitĂ© des opĂ©rations interpropositionnelles. Câest ainsi que lâimplication (p 3 q) donne (p w q) = (p â q) du point de vue de la rĂ©union des parties non communes et (p w q) = (p âą q) du point de vue de celle des parties communes : or lâessence de lâopĂ©ration dâimplication est prĂ©cisĂ©ment de rĂ©unir en un seul tout (p 3 q) les parties communes (p âą q) et (p âą q) et les parties non communes (p â q), soit (p 3 q) = (p â q) âšÂ (p âą q) âšÂ (p âą q). La question est alors de savoir si lâon ne pourrait pas fusionner ces deux groupes en un systĂšme unique qui rendrait compte de cette totalitĂ© opĂ©ratoire.
IV. Lâ« anneau » des disjonctions exclusives et des conjonctions et lâinsuffisante unitĂ© du systĂšme
Fonder la logique bivalente sur la notion de groupe consisterait Ă caractĂ©riser un groupe unique dont les compositions recouvriraient toutes les transformations interpropositionnelles et notamment toutes les manifestations de la rĂ©versibilitĂ© (dont nous avons vu, au chapitre VI, lâimportance essentielle). En effet, lâopĂ©ration inverse dâun groupe, composĂ©e avec lâopĂ©ration directe, donne lâopĂ©ration identique : dâoĂč trois mĂ©canismes opĂ©ratoires de progression, de retour et de rĂ©fĂ©rence Ă un point dâorigine invariant, dont la solidaritĂ© fonde la cohĂ©rence des systĂšmes1. Or, dans le cas de la disjonction exclusive, chaque
1. Voir G. Juvet, Lâaxiomatique et la thĂ©orie des groupes, Actes du CongrĂšs totem, de philos, scientif., vol. VI, Hermann, 1936, p. 28.
opĂ©ration Ă©lĂ©mentaire est sa propre inverse, avec pour identique o : soit (p w p) = o. Dans le cas de lâĂ©quivalence, chaque opĂ©ration Ă©lĂ©mentaire est aussi sa propre inverse, mais avec pour identique le tout : soit (r = r) = (r w r) = r w r = T. Il est alors clair que les deux inversions (p w p) = o et p w p = T ont quelque parentĂ©, puisque lâopĂ©ration (w), câest-Ă -dire ( = ), est lâinverse (au sens de la complĂ©mentaire) de lâopĂ©ration (w) et quâelle se traduit par (p w p), câest-Ă -dire par la simple nĂ©gation de p.  On peut donc Ă©crire :
(257) [(pwp) = o]âĄ[(p wp) = T]
Ne serait-il pas possible, en ce cas, de rĂ©duire lâensemble du systĂšme Ă un groupe unique ? Seulement un tel systĂšme devant alors porter simultanĂ©ment sur les parties non communes et sur les parties communes, il est indispensable de complĂ©ter lâopĂ©ration fondamentale (w) par une opĂ©ration auxiliaire (âą) telle que lâon ait :
_ (P WÎČ) = (P , ?) w (p âą q)
(r w s) = (r â s) w (r âą s) = (r âą s) w (r âą s) ; donc r = s
On aura alors les opĂ©rations suivantes, aisĂ©es Ă traduire dans le double langage des disjonctions exclusives et des conjonctions (mais les deux opĂ©rations sont lâune et lâautre nĂ©cessaires) :
1. Opérations directes : (p w q) = (p ⹠q) w (p ⹠q) et :
(r w s)Â =Â (r âą s) w (r âą s)
2. OpĂ©rations inverses : (p w p) = p âą p â o.
3. OpĂ©ration identique : (o) puisque (p w p) = o et (p w o) = p.Â
Il est en outre facile de traduire toutes les opérations interpropositionnelles en un tel langage. On aura :
(258) WÂ =Â (pw})w(pâj)1
(259) (p|?) == (pw?)w(p-Ăż)
(260) (p ⥠q) = (p w q) w (p ⹠q)
(261) â âp) = (pwç) w (p â Ăż)
Etc.
Mais on constate que lâunicitĂ© du systĂšme nâest alors quâapparente. Comme le dit B. A. Bernstein, cette reconstruction de lâalgĂšbre
1. Câest la dĂ©finition 3 de B. A. Bernstein, op. cit., 1936, p. 321 (oĂč âšÂ est Ă©crit +).
de Boole suppose trois opĂ©rations fondamentales : deux binaires (w) et (âą), et une uninaire (â ). Or, un groupe sâadjoignant une opĂ©ration auxiliaire ne constitue plus un seul groupe, mais un « anneau ». Dans le cas particulier on est en prĂ©sence dâun anneau commutatif du point de vue de la paire dâopĂ©rations (w) et (âą), lâopĂ©ration additive Ă©tant la disjonction exclusive (w) et lâopĂ©ration multiplicative la conjonction (â ). Une telle structure dualiste serait intĂ©ressante pour la logique si les deux opĂ©rations de lâanneau pouvaient ĂȘtre rĂ©duites Ă un seul opĂ©rateur, dont elles constitueraient deux expressions rĂ©versibles, mais elle ne rendrait compte de la forme totale des opĂ©rations interpropositionnelles quâĂ cette condition.
Or, il pourrait sembler, au premier abord, que câest le cas car, en un certain nombre dâexemples, les expressions (w p) et (âą p) sont substituables, de mĂȘme que (w p) et (âą p), ces deux couples constituant les deux opĂ©rations de lâanneau jointes Ă la nĂ©gation. En effet, lâexclusion de p soit (w p) Ă©quivaut Ă la rĂ©union avec p, soit (âą p), et rĂ©ciproquement. Par exemple :
(262) (p w p)Â =Â (p âą p)Â =Â o
(263) (p âą T)Â =Â (p w o)Â =Â p puisque TÂ =Â o
Ne serait-il pas alors possible de considĂ©rer lâexpression p w p = p âą p comme une Ă©quation dont les termes pourraient ĂȘtre transfĂ©rĂ©s dâun membre Ă lâautre Ă condition de permuter les (w) et les (â ), ainsi que les signes ? On aurait ainsi (par transfert du premier au second membre de lâĂ©quation de gauche) :
(p âą p = p w p) â [p = p w p w p)
(Tâp = p) â (T = p wp)
(p wp = T) â (p = T â p)
(p â p = o) â (p = o w p) ou â (p = o w p)
[(pâwp) . q = 5]â [(p wp) = â
wâ
)]â [p = â
wĂż) - p]
En effet (p wp = T) = â
wg|
[(pwp)Â =Â (q wj)]Ă· [(p â q)Â =Â (5âp)]â [(p-q)Â =Â â âp)]
Il semblerait donc que lâon puisse constituer le groupe unique dont nous venons de mettre en doute lâexistence. Mais un certain nombre dâobstacles sây opposent concurremment. En effet :
1° Lâexclusion rĂ©ciproque (w) et la conjonction (âą) ne sont pas associatives lâune par rapport Ă lâautre.
Exemple : soit (p âą p) w q = (o w q) = q, qui est vrai dans tous les cas. Mais p âą (p w q) donne p âą (o) = o si p et q sont entiĂšrement disjoints (pwç), car alors {p â q) et â w{=0). Dâautre part p âą (p w q) donne p â (p âą q) si lâon a (p âšÂ q). La mĂȘme expression donne [p âą (p w q = p)] = p,
si lâon a p ⥠q, etc. Les deux expressions [(p âą p) w 7] et [p âą (p w ç)] ne sont donc pas Ă©quivalentes, ce qui signifie quâil nây a pas associativitĂ©.
2° Le passage dâun membre Ă lâautre des Ă©quations avec inversion des signes et des opĂ©rations (w p) et (âą p) ou (âą p) et (w p) nâest pas toujours possible :
Exemple : (p w p) = p âą p donnerait (p = p âą p âą p), donc (p = o) ; p . p = p donnerait lâabsurditĂ© p = p w p, donc p = T. De mĂȘme (T w p) = p donnerait T = pâp ou p = pâo, par transfert de (w T) en (âą T), câest-Ă -dire (âą o).
La raison de ces rĂ©sistances est dâun grand intĂ©rĂȘt thĂ©orique- : ce sont les opĂ©rations tautologiques p âą p = p et p â p = p qui sâopposent Ă de tels transferts dâun membre Ă lâautre de lâĂ©quation tandis que le transfert est possible en cas dâopĂ©rations non tautologiques. On retrouve donc ici la mĂȘme difficultĂ© que nous avons commentĂ©e Ă propos des « groupements » de classes (§ 10 et rĂšgles I-IV).
3° Loin de constituer un groupe unique, les opĂ©rations (w p) et (â p) ou (w p) et (âą p) comportent deux opĂ©rations identiques. On a en effet :
a) (p w p)Â =Â o et (p w o)Â =Â p, câest-Ă -dire (o)Â =Â identique pour le groupe des parties non communes.
Ăš) (p âą p) w (p âą p)Â =Â T et p âą TÂ =Â p, câest-Ă -dire TÂ =Â identique pour le groupe des parties communes.
Or, il est clair quâune telle dualitĂ© dâidentiques empĂȘche la rĂ©duction du systĂšme Ă un seul groupe. On pourrait rĂ©pondre que ces deux identiques sont Ă©quivalentes, puisquâon a (263) :
(p w o)Â =Â (p âą T)Â =Â p
câest-Ă -dire quâen ce cas (w o)Â =Â (âą T).
Mais cette Ă©quivalence entre (w o) et (âą T) nâest quâapparente et partielle. En effet, dire que (w o)(= ou rien) et (âT) ( = et tout) constituent une mĂȘme opĂ©ration nâest vrai ni au point de vue de la signification, ni au point de vue du mĂ©canisme formel. Du premier de ces deux points de vue, « x est un VertĂ©brĂ© ou rien » ou « x est Ă la fois un VertĂ©brĂ© et une partie de tout » sont deux assertions bien distinctes. La raison en est (et ceci nous conduit au mĂ©canisme formel) que p soutient la mĂȘme relation p âą (q, r, s⊠T) = p avec une sĂ©rie dâautres totalitĂ©s emboĂźtĂ©es avant de la soutenir avec le systĂšme total considĂ©rĂ© T. On peut donc poser :
poç ; q^r-, r^s ; âŠÂ ; p, q, r, sâŠâĄT
On sâaperçoit alors que p âą T = p nâest que le cas le plus gĂ©nĂ©ral dâune suite dâ« identiques spĂ©ciales » (tautifications et absorptions) :
(264) (p âą p) = p ; (p â q) = p ; (p â r) = p ;
(PâS) = P5 âŠ. ; (p âą T) â p
Si lâidentique (âą T) est considĂ©rĂ©e comme Ă©quivalant Ă (w o), il doit donc en ĂȘtre de mĂȘme de chaque proposition p, q, r, etc., vis- Ă -vis dâelle-mĂȘme et il en est Ă©galement ainsi de chaque proposition impliquĂ©e (q, r, âŠ) vis-Ă -vis de ses impliquantes. Lâidentique (p âą T) = p nâest donc bien que la plus gĂ©nĂ©rale des « identiques spĂ©ciales » telles quâon les rencontre en un « groupement » et elle ne constitue pas une opĂ©ration identique unique. Il nây a donc pas correspondance bi-univoque entre (w o) et (âą T), mais (w o) correspond Ă une sĂ©rie dâidentiques spĂ©ciales laissant p invariante. Or, ce sont ces identiques spĂ©ciales qui restreignent la mobilitĂ© du systĂšme, comme nous lâavons vu sous (2°).
V. Conclusion
Au total, il est donc clair que les deux groupes dâopĂ©rations (w) et ( = ) ne sauraient ĂȘtre fondus en un seul et que le systĂšme dâensemble constituĂ© par la logique des propositions bivalentes ne peut donc ĂȘtre rĂ©duit Ă un groupe. La raison profonde en est que la considĂ©ration des emboĂźtements de partie Ă tout, dont sâoccupe la logique, impose lâexistence des identiques spĂ©ciales (tautification, rĂ©sorption et absorption), qui distinguent les groupements des groupes. Ce nâest quâen considĂ©rant Ă part les exclusions rĂ©ciproques (w) et les Ă©quivalences ( = ) que lâon peut constituer ces groupes, parce quâalors on dĂ©boĂźte les Ă©lĂ©ments de leurs inclusions ou on resserre les emboĂźtements jusquâĂ lâĂ©quivalence : bref on ne considĂšre plus que les parties non communes ou les parties communes, alors que tout emboĂźtement suppose les deux Ă la fois (comme nous lâavons vu de lâimplication unissant p âą q Ă p âą q). Câest ainsi que pour la logique, lâexpression (p w q) = x (empruntĂ©e Ă B. A. Bernstein) forme une expression totale et unique, dans laquelle le rapport (p w q) est indissociable du rapport (= x) : au- contraire, on ne la fait entrer dans les groupes de Boole-Bernstein quâen dissociant les liaisons (w) et ( = ) pour les traiter sĂ©parĂ©ment. Bien plus, du point de vue des opĂ©rations interpropositionnelles les deux expressions (p w q) et (p = q) traduisent des opĂ©rations qui sont lâinverse lâune de lâautre ; mais Ă vouloir les rĂ©unir en un seul tout opĂ©ratoire et fondre ainsi en un seul systĂšme les deux groupes
complĂ©mentaires, on rĂ©introduit les emboĂźtements et avec eux nĂ©cessairement les identiques spĂ©ciales qui sâopposent Ă la construction dâun groupe unique.
Par contre, il est clair que si le « corps » que forment Ă eux deux le groupe des exclusions rĂ©ciproques et celui des Ă©quivalences ne parvient pas Ă embrasser la totalitĂ© des opĂ©rations interpropositionnelles, il joue un rĂŽle essentiel dans cette structure dâensemble. De façon gĂ©nĂ©rale, le produit de deux bi-groupes (un bi-groupe est un groupe Ă©lĂ©mentaire formĂ© par lâopĂ©ration et par lâidentitĂ©) est un « groupe de quatre », tel que celui dont nous avons dĂ©jĂ entrevu le rĂŽle dans la logique des propositions (thĂ©orĂšme VI du § 31). Or, les Ă©quivalences positives ( = ) et nĂ©gatives (w) constituent des bi-groupes, et dĂ©terminent par ailleurs les rĂ©ciprocitĂ©s et les corrĂ©- lativitĂ©s (thĂ©orĂšme III et V du § 31) : ils interviennent ainsi, avec la nĂ©gation qui les oppose lâun Ă lâautre (w est le complĂ©mentaire de =), dans le groupe de quatre transformations qui exprime les divers aspects de la rĂ©versibilitĂ© interpropositionnnelle. Mais ce groupe de quatre (thĂ©orĂšme VI), quoique fondamental de ce point de vue de la rĂ©versibilitĂ©, ne suffit pas Ă rendre compte de lâensemble des emboĂźtements eux-mĂȘmes, puisquâil nâenglobe pas les « identiques spĂ©ciales », dues Ă lâexistence des auto-emboĂźtements, ni, par consĂ©quent, toutes les relations Ă©lĂ©mentaires dans lesquelles ces « identiques spĂ©ciales » interviennent.
§ 37. La réduction de la logique des propositions à un réseau (lattice)
Si nous en revenons donc aux emboĂźtements comme tels, par opposition aux rĂ©unions de parties soit non communes, soit communes, les opĂ©rations fondamentales de la logique bivalente ne seront plus reprĂ©sentĂ©es par le couple de lâexclusion (w) et de la conjonction (âą), mais bien par celui de la disjonction non exclusive (v) et de la conjonction (âą). Ces deux opĂ©rations mettront en particulier en Ă©vidence les « identiques spĂ©ciales » ou auto-emboĂźtements (p âšÂ p) et (p âą p) qui sâopposaient Ă la rĂ©duction des opĂ©rations prĂ©cĂ©dentes Ă un groupe unique.
NĂ©gligeons donc pour un instant le problĂšme de la rĂ©versibilitĂ©, laquelle constitue lâessence de la notion de groupe, et cherchons Ă dĂ©gager le systĂšme dâensemble que constituent les disjonctions et conjonctions rĂ©unies. Or, un tel systĂšme prĂ©sente une structure bien dĂ©finie, appelĂ©e en thĂ©orie des ensembles « ensemble â rĂ©ti-
culé », « rĂ©seau », « treilli » ou plus simplement « lattice » du nom que lui ont donnĂ© ses inventeurs amĂ©ricains. Un lattice est caractĂ©risĂ© par un certain nombre de propriĂ©tĂ©s que nous avons dĂ©crites au § 10 (sous II) en termes gĂ©nĂ©raux. Notons-les maintenant en langage de logique des propositions. Si nous nous rappelons la dĂ©finition des deux « manipulations » dĂ©signĂ©es sous le nom de « join » (ou borne supĂ©rieure = le plus petit des majorants) et de « meet » (ou borne infĂ©rieure = le plus grand des minorants), nous constatons que les opĂ©rations (v) et (âą) correspondent respectivement Ă ces deux dĂ©finitions et remplissent les sept conditions suivantes1 :
1- (P âšÂ q) = (q âšÂ p) 1 bis. (p âą q) = (q âą p)
2. (p âšÂ q) âšÂ r  = p âšÂ (q âšÂ r) 2 bis. p âą (q âą r)  = (p âą q) âą r
3. (pv p) â p 3 bis. (p âą p) = p
4 et 4 bis. Si (p  âšÂ q)  = q alors (p âą q) = p et, inversement, si
(P âą q) = P alors (p âšÂ q) = q
Ătant donnĂ© deux propositions quelconques, leur borne supĂ©rieure (join), soit (p âšÂ q), et leur borne infĂ©rieure (meet), soit (p âą q), seront donc univoquement dĂ©terminĂ©es. Le systĂšme des propositions dans son ensemble constitue ainsi un rĂ©seau.
Mais, si les deux groupes dont il sâagissait Ă lâinstant (§ 37) sont trop Ă©troits pour supporter le poids de toute la logique des propositions, le lattice apparaĂźt au contraire comme un systĂšme trop large, qui ne serre pas de prĂšs le dĂ©tail des transformations et se contente de dĂ©crire leur pourtour gĂ©nĂ©ral sans les atteindre en leur mĂ©canisme mĂȘme.
1° En effet, la lacune essentielle de la notion de lattice, du point de vue de ses applications Ă la logique, est de se contenter dâune rĂ©versibilitĂ© attĂ©nuĂ©e. Un rĂ©seau ne comporte point dâopĂ©ration inverse, car la borne infĂ©rieure ne soutient pas de rapport dâinversion stricte avec la borne supĂ©rieure. Dans le cas du lattice des opĂ©rations interpropositionnelles, les deux opĂ©rations jouant le rĂŽle de bornes supĂ©rieure et infĂ©rieure, la disjonction (v) et la conjonction (â), ne sont ni les complĂ©mentaires (inverses), ni les rĂ©ciproques lâune de lâautre, mais simplement les « corrĂ©latives » (dĂ©finition 34 et § 31). Certes la corrĂ©lative est lâinverse de la rĂ©ci- \
1. Ces sept conditions sont formulées par Arend Heyting, Formai Logic and Mathe- matics, Amsterdam, SynthÚse, vol. VI, 1948, p. 275 (voir p. 281).
proque. On peut donc passer (par nĂ©gation de p et de q) de lâopĂ©ration (p âšÂ q) Ă sa rĂ©ciproque (p âšÂ q), et, par nĂ©gation de celle-ci, Ă la corrĂ©lative :
(p âšÂ q) â (p âšÂ q) et pvq = p âą q
(pâq)â(pâq) Ξt p âą q = (p v ?)
Mais ni la nĂ©gation dâune proposition (p) ni celle dâune opĂ©ration (p âšÂ q = p âą q) ne sont des opĂ©rations constitutives du rĂ©seau : ce sont des propositions comme les autres, qui sont donc « bornĂ©es » comme les autres, mais ce ne sont pas des conditions nĂ©cessaires Ă lâexistence dâun lattice. Sur les trois sortes de transformations fondamentales de la logique interpropositionnelle (voir § 31), les inversions, les rĂ©ciprocitĂ©s et les corrĂ©lativitĂ©s, le lattice formĂ© par les disjonctions et les conjonctions ne connaĂźt donc que la troisiĂšme. Or, les deux premiĂšres sont essentielles Ă toute dĂ©duction.
2° On pourrait, il est vrai, concevoir lâopĂ©ration qui consisterait Ă dissocier le « meet » du « join ». On aurait en ce cas :
(pvq)â (pÏq)Â =Â (pâq)v(pâq)Â =Â (pwq)
Mais on retombe alors sur le systÚme, des parties non communes et des parties communes, discuté au § 36.
3° Le lattice ne comporte pas, dâautre part, dâopĂ©ration telle que, Ă©tant donnĂ© une borne supĂ©rieure (p âšÂ q) et lâune des deux propositions en jeu (p), lâautre soit univoquement dĂ©terminĂ©e. Supposons que cette opĂ©ration consiste Ă nier p, soit (âą p). Aura-t-on alors : (p âšÂ q) âą p = q ? Mais, si lâon prend lâopĂ©ration (p âšÂ q) dans le sens gĂ©nĂ©ral dâune rĂ©union de p et de q constituant simplement leur « join » ou « borne supĂ©rieure », rien ne nous renseigne sur les rapports dĂ©taillĂ©s de p et de q : on sait seulement que lâune au moins des trois conjonctions (p âą q) ou (p âą q) ou (p â q) est vraie, mais sans savoir laquelle ou lesquelles. On peut donc avoir, entre p et q : a) un rapport de disjonction complĂšte : (p âą q) w (p âą q) ; b) un rapport de disjonction incomplĂšte : (p âą q) âšÂ (p âą q) âšÂ (p âą q) avec vĂ©ritĂ© des trois possibilitĂ©s ; c) un rapport dâimplication (qi p) : (p â q) âšÂ (p âą q) ; d) un rapport dâimplication (p 1 q) : (p â q) âšÂ (p âą q) ; e) un rapport dâĂ©quivalence (p = q) : (p âą q). DĂšs lors (p âšÂ q) âą p donnera (p âą q) dans les cas a), b) et d) et (o) dans les cas c) et e).
4° Quant Ă retrouver lâune des propositions q Ă partie de la borne infĂ©rieure (p âą q), lâindĂ©termination est encore plus grande, puisque
(p âą q) nâest que la partie commune Ă p et Ă q : cette partie (p âą q) peut donc soit recouvrir les deux propositions, soit lâune dâentre elles seulement, soit encore ĂȘtre nulle (si p|ç).
5° Il nâest quâun cas oĂč lâinversion soit possible de façon univoque : câest celui oĂč lâon a (p âšÂ q) = q et par consĂ©quent (p âą q) = p.  La rĂ©union (p vq) est alors dichotomiquement rĂ©partie en (p âą q) âšÂ (p âą q) : dâoĂč [(p v^) â (pÏq)] = (p -q) et [(p âšÂ q) âą (p ⹠ç)] = (p âą q). Mais câest quâen ce cas p est inclus dans q, ce qui permet de diviser la proposition q en ses deux constituantes : p = (p âą q) et pâ = (p âą q). Seulement, en un tel cas, la structure du lattice est prĂ©cisĂ©ment limitĂ©e dans le sens du groupement.
En bref, le lattice est une structure trop gĂ©nĂ©rale pour exprimer les transformations spĂ©ciales de la logique des propositions. Le lattice sâapplique, en effet, aux structures les plus diverses, par * exemple aux nombres entiers (la borne supĂ©rieure est alors le plus petit commun multiple et la borne infĂ©rieure le plus grand commun diviseur), Ă lâespace projectif, etc. Par sa gĂ©nĂ©ralitĂ© mĂȘme, il exprime bien un mĂ©canisme logique essentiel dâinclusion de la partie dans le tout et dâintersection corrĂ©lative. Mais il nĂ©glige la rĂ©versibilitĂ© qui constitue la caractĂ©ristique la plus spĂ©cifique de toute transformation logique.
§ 38. Le passage du lattice au groupement
La conclusion Ă tirer de cette double analyse des groupes de Boole-Bernstein et du lattice interpropositionnel des disjonctions et conjonctions est que ni lâune ni lâautre de ces deux structures dâensemble ne rend compte adĂ©quatement de la totalitĂ© des opĂ©rations de la logique bivalente : ces groupes parce quâils ne portent pas sur les emboĂźtements comme tels et le lattice parce quâil sacrifie la rĂ©versibilitĂ©. Le problĂšme de la structure dâensemble des opĂ©rations interpropositionnelles consiste donc Ă unir en un seul systĂšme les emboĂźtements propres au lattice et la rĂ©versibilitĂ© du groupe. Or, Ă ajouter des « identiques spĂ©ciales » Ă un groupe, on en Ă©largit la structure, tandis quâĂ ajouter la rĂ©versibilitĂ© Ă un lattice on le spĂ©cialise simplement. Il sâagit donc de construire des lattices rĂ©versibles. DĂšs lors, au lieu des opĂ©rations (w) et ( = ) des deux groupes de Boole-Bernstein ou des opĂ©rations (w) et (âą) de 1â« anneau » rĂ©sultant de leur rĂ©union, et au lieu des opĂ©rations (v) et (âą) qui carac-
tĂ©rise le lattice, il sâagira de fonder la structure embrassant la â totalitĂ© des opĂ©rations bivalentes sur les deux opĂ©rations (v p) et (âą p), câest-Ă -dire sur la disjonction Ă titre dâopĂ©ration directe et sur la nĂ©gation conjointe qui est son inverse au sens de la complĂ©mentaritĂ© simple. Un tel choix correspond, on le voit, Ă la loi de dualitĂ© (p^vq) = (pĂ·f) et (p âą g) = (p âšÂ q).
Si p est la complémentaire de p et si T est la réunion de p et de p (ou de q et de g, etc.), on a alors :
1. OpĂ©ration directe : (p âšÂ p) = T
2. Opération inverse : (p ⹠p) = o
3. Identique gĂ©nĂ©rale : (v) o parce que pâp = oetpvo = p
i. Identiques spĂ©ciales : (p âšÂ p) = p et (p âšÂ T) = T
Le jeu des opĂ©rations directe et inverse et de lâidentique gĂ©nĂ©rale unique prĂ©sente alors la mĂȘme rĂ©versibilitĂ© que celle du groupe, tandis que les identiques spĂ©ciales correspondent aux auto-emboĂźtements du lattice. En effet, la rĂ©versibilitĂ© de (v p) et de (âą p) permet de dĂ©duire de (p âšÂ p = T), par transfert dâun membre Ă lâautre, les Ă©galitĂ©s :
p = T âą p et p = T â p = T âą p
DâoĂč la transformation fondamentale du lattice :
[(p âšÂ T) = T] = [(p âą T) = p]
Dâautre part, il est clair que le rapport entre p et T constitue une implication, puisque T = (p âą T) âšÂ (p âą T) et que p âą T = o (puisque T = o). Il suffit alors dâintroduire une sĂ©rie dâintermĂ©diaires entre p et T, sous la forme p^qâ, qâ>râ, r^s ; s 3⊠3 T, pour que lâon ait (proposition 238) une suite telle que :
p âšÂ pâ = q\ q âšÂ qâ = r ; r âšÂ râ = s ; âŠ
et que (proposition 241) lâon puisse Ă©galer p Ă (p = pâ âšÂ qâ âšÂ rââŠ). On transforme ainsi le lattice en une structure rĂ©versible, conservant les propriĂ©tĂ©s gĂ©nĂ©rales du rĂ©seau, mais y ajoutant, avec la rĂ©versibilitĂ©, les transformations fondamentales de la logique interpropositionnelle. Or, câest prĂ©cisĂ©ment ce systĂšme que recouvre, comme nous lâavons vu au § 35, lâaxiome unique de Nicod et qui constitue ce que nous avons appelĂ© un « groupement ».
La structure dâensemble spĂ©cifique de la logique bivalente nâest donc ni le groupe, trop Ă©troit pour embrasser les opĂ©rations dâautoemboĂźtements, ni le lattice trop large pour rendre compte de la
rĂ©versibilitĂ©, mais le groupement qui concilie la rĂ©versibilitĂ© avec les emboĂźtements de partie Ă tout. Câest ce que nous allons voir plus en dĂ©tail.
§ 39. Le « groupement » des opérations interpropositionnelles
Contrairement aux groupements intrapropositionnels, qui se rĂ©partissent selon huit formes distinctes (opĂ©rations additives ou multiplicatives, de classes ou de relations et primaires ou secondaires), on peut rĂ©duire la totalitĂ© des opĂ©rations interpropositionnelles Ă un groupement unique, dont les formes diverses se composent directement les unes Ă partir des autres. Nous procĂ©derons ainsi selon cinq Ă©tapes, en dĂ©butant comme on vient de le voir, par les relations dâune seule proposition avec le systĂšme auquel elle appartient (A), puis en dĂ©veloppant les groupements dâimplications (B), celui des opĂ©rations binaires en gĂ©nĂ©ral (C) et celui des compositions ternaires, etc. (E), en passant par le groupe des quatre transformations dâinversion (D).
A. Les rapports dâune proposition avec le systĂšme dont elle fait partie
Partons dâune seule proposition p, non pas Ă titre dâĂ©lĂ©ment atomique, mais au contraire pour marquer les rapports que soutiennent ses transformations avec lâensemble du systĂšme dont elle fait partie. Soit donc une proposition quelconque (p) ; sans introduire encore la nĂ©gation Ă titre dâopĂ©ration, nous appellerons p la proposition qui est vraie quand p est fausse et qui est fausse quand p est vraie. On peut alors dĂ©finir les opĂ©rations suivantes, qui constituent dĂ©jĂ Ă elles seules un « groupement »:
1. LâopĂ©ration directe sera lâaffirmation de p rĂ©unie disjonctive- ment (v p) Ă tout autre proposition du systĂšme (nous ne connaissons pour le moment que p) :
(265) â p âšÂ p = T
(oĂč T est la proposition toujours vraie).
On constate que, pour une seule proposition p et sa complĂ©mentaire p sous T, lâopĂ©ration directe de dĂ©part Ă©quivaut au principe du tiers exclus.
2. LâopĂ©ration inverse sera la nĂ©gation de p rĂ©unie conjonctive- ment (âą p) Ă tout autre proposition du systĂšme (câest-Ă -dire pour le moment Ă p) :
(266) p ⹠p = o .
Pour une seule proposition et sa nĂ©gation lâopĂ©ration inverse Ă©quivaut ainsi au principe de non-contradiction.
3. Il existe une opération identique générale unique, qui 1° sera le produit des opérations directe et inverse et qui 2° ne modifiera aucune opération avec laquelle elle est composée. Nous la noterons (v) o. Soit1 :
(267) p â p = o ; p âšÂ o = p ; p âšÂ o = p ;T âšÂ o = T ; o y o â o
L Il existe des opérations identiques spéciales ne modifiant pas les opérations avec lesquelles elles sont composées. Ce sont :
(268) pvp = p ;pvp=p et p â p = p (tautifications)
(269) p âšÂ T = T (rĂ©sorption), câest-Ă -dire p âšÂ {p âšÂ p) = (p âšÂ p)
5. Ces compositions sont associatives, sous les mĂȘmes rĂ©serves quâĂ propos des groupements intrapropositionnels :
(270) p âšÂ (p âšÂ o) = (p âšÂ )p âšÂ o = T
Par contre :
(271) pv(pâp)â (pvp)âp
car pv(pâp) = pvo = p et (pvp)âp = pâp = o
Câest donc la dualitĂ© des fonctions de p âšÂ p (tautification) et de p âšÂ o (opĂ©rations directe et identique gĂ©nĂ©rale) qui seule restreint lâassociativitĂ©.
6. Ces dĂ©finitions admises, on peut inverser lâopĂ©ration inverse comme on inverse lâopĂ©ration directe. Lâinversion dâune opĂ©ration se notera par une barre situĂ©e au-dessus de lâexpression donnĂ©e, soit (vp) = (âą p). Lâinversion de lâopĂ©ration inverse ramĂšnera alors Ă lâopĂ©ration directe :
(272) (vp)Â =Â (âp) et (^Â =Â (vp)
transformation que nous écrirons aussi : (p = p).
Il importe de noter soigneusement la diffĂ©rence qui existe entre lâinversion dâune nĂ©gation, câest-Ă -dire la nĂ©gation de lâopĂ©ration de nĂ©gation (âą p), et la simple rĂ©pĂ©tition dâune nĂ©gation, câest-Ă -dire lâidentique spĂ©ciale p âą p = p.Â
7. Les opérations fondamentales (v p) et (⹠p) étant ainsi posées avec leur réversibilité, on peut introduire deux nouvelles opérations
1. Il faut donc dictinguer (v)o de (â)o, qui sera introduit dans la suite.
rĂ©sultant des prĂ©cĂ©dentes elles-mĂȘmes. Si p fait partie de T sans lui ĂȘtre Ă©quivalent, on a donc (p âšÂ p) = T (proposition 265). On peut alors se proposer dâinverser (v p) de maniĂšre Ă Ă©tablir la relation existant entre (p) et (T), soit p = T â (v p) = T âą p = T âą p.  On est ainsi conduit Ă dĂ©finir le nouveau couple opĂ©ratoire :
(273) 6T)Â =Â (âp) et (Ï)Â =Â (vp)
Sa signification est la suivante. Si lâon pose (p âšÂ T) = T (270) la disjonction (p âšÂ T) enveloppe lâexistence de parties communes entre (p) et (T), soit (p âą T) et de parties non communes (T âą p). La conjonction (T âą p) apparaĂźt alors comme une inversion partielle au sein de la disjonction, par nĂ©gation des parties non communes (v p). Inversement, lâinversion de la conjonction (âą p) consiste en une rĂ©introduction de la partie non commune (v p). La corrĂ©lativitĂ© conduisant de (p âšÂ T) Ă (p âą T) nâest donc pas autre chose quâune inversion partielle au sein de lâopĂ©ration fondamentale (v).â
7 bis. Notons que les transformations (v p), (âą p), (v p) et (âą p) caractĂ©risent Ă elles seules les opĂ©rateurs direct, inverse, rĂ©ciproque et corrĂ©latif dâun « groupe de quatre » (voir thĂ©or. VI, p. 286), indĂ©pendamment des identiques spĂ©ciales.
8. Les opérations (⹠p) et (v p) ainsi introduites comportent aussi leurs propres identiques spéciales. Nous avons déjà vu p vp =p (sous 268). Quant à (⹠p), on a :
(274) p â p = p (tautification)
(275) p - TÂ =Â p ou p âą TÂ =Â p (absorption)
Autrement dit toute proposition (p, p ou T) jointe Ă elle-mĂȘme ou Ă une proposition quâelle englobe laisse celle-ci invariante. La proposition (p âą T = p) prĂ©sente Ă cet Ă©gard deux significations Ă©quivalentes : a) si jâaffirme la partie commune Ă T (=pvp) et Ă p, je nâajoute rien Ă (p) ; b) si je nie p au sein de T (= pv p), je nâaffirme plus que p.Â
9. La plus gĂ©nĂ©rale des identiques spĂ©ciales (275), câest-Ă -dire (âą T) Ă©quivaut alors Ă (âidentique gĂ©nĂ©rale (v o), non pas en tant que produit des opĂ©rations directe et inverse (premiĂšre fonction de lâidentique gĂ©nĂ©rale, voir 3°), mais en tant que laissant invariante toute autre opĂ©ration (deuxiĂšme fonction de lâidentique gĂ©nĂ©rale) : (p âšÂ o) = (p âą T) ; (p âšÂ o) = (p âą T) ; etc. De ce second point de vue, mais de ce second point de vue seulement on peut inverser T en T = O et O en O = T.
10. Le rapport dâĂ©quivalence ( = ) fait partie du systĂšme et exprime la substitution possible des expressions formant les deux membres de lâĂ©quivalence considĂ©rĂ©e, donc la vĂ©ritĂ© de leur rĂ©ciprocitĂ©. Cette nouvelle opĂ©ration se dĂ©duit en effet des prĂ©cĂ©dentes :
(276) (p = p) = (p âą p) âšÂ (p â p)
11. On peut alors transfĂ©rer dâun membre Ă lâautre dâune Ă©quivalence tout terme (v p) sous la forme (âą p) et tout terme (âą p) sous la forme (v p), ou rĂ©ciproquement. Ces transferts sont cependant limitĂ©s par les mĂȘmes rĂšgles que dans les groupements de classes (§ 10, sous III : rĂšgles I-IV) : il importe donc de suivre un certain ordre entre les tautifications et les simplifications avant les transferts. Par exemple (p âšÂ p) = (p âą p) ne peut donner lieu Ă aucun transfert avant les rĂ©sorptions (p = p). Par contre (p = p) donnera (p âą p â o) ou (p â p), etc.
12. De tels transferts se traduisent par lâemploi de la rĂšgle de dualitĂ©. Les transformations pvp = pâp^, pâp = pvpâ, p â p = pvpâ, p âšÂ p = p â p \ p âšÂ p = p âą p ; p âą p â pvp- etc., ne constituent pas autre chose, en effet, que lâexpression des diverses formes prĂ©cĂ©dentes dâinversion.
On a alors les compositions suivantes qui, jointes aux prĂ©cĂ©dentes, constituent un groupement (dĂ©signons par â les transformations) :
(p âšÂ p = T) â (p = T âą p) =âș (p = T âą p)
ou : (pvp = T)â(pâp = o)
(p . p = o) â (p = p) â (p = p)
ou : (p âą P = b) â [(p vp) = T]
(p â o = o) â (T = p vT)
Etc.
De la composition (p âšÂ p = T) = (p = T âą p) = (p = T âą p), on peut dĂ©duire que T est toujours affirmĂ© quand (p) est vrai, mais sans rĂ©ciprocitĂ© puisque (T) est aussi affirmĂ© dans le cas (p). On dira alors que (p) implique (T), soit (p â T) :
(277) (pâT)Â =Â (pâT)v(pâT)v(pâT)
(oĂč T = o, donc p âą o = o) dâoĂč lâĂ©quivalence :
(277 bis) T = (p âą T) âšÂ (p âą T)
Cette derniĂšre expression reprĂ©sente 1â« affirmation » de T.
B. Les groupements dâimplications
Subdivisons maintenant le systÚme T en totalités emboßtées :
p q ; q^r-, r s ; s ? âŠÂ ; q^T
Cela revient Ă dire que la proposition (q) jouera par rapport Ă (p) le mĂȘme rĂŽle que jouait (T) dans les compositions prĂ©cĂ©dentes (265 Ă 277) ; que (r) jouera vis-Ă -vis de (q) le mĂȘme rĂŽle que (q) vis-Ă -vis de (p) ; etc. Il est donc facile de gĂ©nĂ©raliser les transformations du groupement prĂ©cĂ©dent Ă des ensembles multipropositionnels aussi riches en Ă©lĂ©ments que lâon voudra. Mais il y a avantage, pour la clartĂ© de lâexposĂ©, Ă dissocier les opĂ©rations (v p) et (âą p) des opĂ©rations (âą p) et (v p). DĂ©crivons donc dâabord les formes distinctes que peut prendre le groupement multipropositionnel, puis nous les rĂ©unirons en un seul tout.
Forme I. â Ne considĂ©rons donc, sous le nom de forme I, que les opĂ©rations fondamentales (v p) ; (âą p) et ( = ), et gĂ©nĂ©ralisons sans plus, Ă la suite dâimplications enchaĂźnĂ©es p ⥠q ; q â r ; etc., les rapports Ă©tablis entre p, p, T et o dans le cas p T (proposition 277).
DÚs lors, si (p ⥠q), cela signifiera, en vertu de (277), que :
(P d q) = (p â q) âšÂ (p âą q) âšÂ (p â q)
et que (277 bis) q = (p â q) âšÂ (p â q). Appelons (pâ) la complĂ©mentaire de (p) sous (q) tel que (pâ = p âą q). Nous avons donc :
(p ql [{p q} â (pâq)} Ξt (p ^q) = [(p vpâ) = ?1
On reconnaßt les propositions 170-172 du § 30.
On aura de mĂȘme (fig. 46)Â :
r = (q âšÂ qâ) oĂč â â = g âą r); (s = r âšÂ râ) oĂč (râ = r âą s) ; etc.
DâoĂč :
(278) Si p â q ; q d r ; r â s ; etc.
alors [(p âšÂ pâ) = g] ; [(^ âšÂ qâ) = r] ; [(r âšÂ râ) = s] ; etc.
Cette forme I du groupement des implications correspond au groupement additif de classes (§ 12). Par exemple p = « x est un FĂ©lin ». et q = « x est un Carnassier », dâoĂč pâ = « x est un Carnassier non FĂ©lin » ; r = « x est un MammifĂšre », dâoĂč qâ â « x est un MammifĂšre non Carnassier »; s = « x est un VertĂ©bré » et râ = « x est un VertĂ©brĂ© non MammifĂšre », etcâŠ
DâoĂč les compositions suivantes qui constituent un « groupement » :
1. LâopĂ©ration directe (v p) consiste Ă rĂ©unir une proposition p Ă une autre proposition du systĂšme (278) disjointe de p, de maniĂšre Ă obtenir une Ă©quivalence : par exemple p âšÂ pâ = q.
1 bis. Lâaffirmation dâune seule proposition Ă©quivaut Ă une opĂ©ration directe portant sur cette proposition : ainsi (p) Ă©quivaut Ă (v p), ou plus prĂ©cisĂ©ment Ă p âšÂ p (voir 4).
2. LâopĂ©ration inverse (âą p) consiste Ă joindre la nĂ©gation dâune proposition p Ă une autre proposition du systĂšme :
p â p, = q ou (r âą p = p, âšÂ qâ) ; etc.
2 bis. La nĂ©gation dâune seule proposition Ă©quivaut Ă une opĂ©ration inverse : p Ă©quivaut Ă (âą p) et Ă p âą p. DâoĂč la double nĂ©gation p = p qui Ă©quivaut Ă (âą p) â p ou Ă (p âą p) = (p âšÂ p).
2 ter. Le passage dâune proposition dâun membre Ă lâautre dâune Ă©quivalence Ă©quivaut Ă une opĂ©ration inverse :
S1 (P v P ) = q> al°rs p = q â~pâ et pâ â q-p ; de mĂȘme (p âšÂ pâ) âą q = o
3. LâopĂ©ration identique^ gĂ©nĂ©rale (y o) constitue le produit des
Fig. 46.
opérations directe et inverse : p-p = o.
Lâidentique gĂ©nĂ©rale ne modifie pas les opĂ©rations avec lesquelles elle est composĂ©e : pvo = p ;pvo = p ; parce que pv(pâp) =petpv(pâp)=p.Â
4. Les identiques spéciales sont la tautification et la résorption :
Tautification : (p âšÂ p = p) ; (p âšÂ p) = p ; p âą p = p.Â
Résorption : Si p i q, alors (pvq = q).
i bis. Lâexistence des iden
tiques spĂ©ciales nĂ©cessitent lâapplication des mĂȘmes rĂšgles de composition que dans le cas des groupements de classes (§ 10). Par exemple (p vp) = p ne saurait donner p = (p âą p) par transfert de (v p) en (âą p). Mais p = p donne o = p â p.Â
5. LâassociativitĂ© est limitĂ©e aux Ă©lĂ©ments disjoints, aprĂšs toutes tautifications et rĂ©sorptions.

Les compositions du groupement sont alors les suivantes (voir la figure 46)Â :
(279) (pvpâ)Â =Â q
[(p âšÂ pâ  = ç)  âšÂ ?â]  = [(p âšÂ pâ âšÂ qâ) = r]
Kç âšÂ qâ  = r) v râ]  = [(p v pâ âšÂ qâ âšÂ râ) = s]
[(r âšÂ râ  = s)  âšÂ sâ]  = [(p âšÂ pâ âšÂ qâ âšÂ râ âšÂ sâ) = Z]
Etc.
DâoĂč :
(280) (p âšÂ qâ) = (r âą pâ) ou (pâ âšÂ qâ) = (r â p)
(p âšÂ râ) = (s- pâ â qâ) ou (pâ âšÂ râ) = (s âą p âą qâ)
Etc.
(281) Sip = q âą pâ et pâ = q âą p alors (p âą pâ â o)
Il en rĂ©sulte, puisquâalors p âą q = pâ âą q et pâ âą q = p â q, lâincompatibilitĂ© pâpâ :
(282) [(p vpâ) ( = pâŁpâ)] = [(p â â) âšÂ (p â pâ) âšÂ (p â pâ)]=(p w pâ w q) et :
(283) q = (p w pâ)
(284) si (p^q) et r = (q w qâ) alors pâ â, etc.
On constate donc que : 1° Chacune des propositions soit primaires (p, q, r, etc.) soit secondaires (pâ, qâ, râ, etc.) implique les propositions primaires de rang supĂ©rieur : pâ d t ou r 3 u, etc. 2° RĂ©ciproquement chaque proposition primaire implique les propositions qui la composent, mais en tant quâensemble : s 3 (p âšÂ pâ âšÂ râ). 3° Toute proposition peut ĂȘtre dĂ©duite de celles de rang supĂ©rieur par nĂ©gation des complĂ©mentaires : (qâ = t âą sâ âą râ âą q). Enfin 4° chaque proposition (primaire ou secondaire) est incompatible avec sa complĂ©mentaire ainsi quâavec les propositions secondaires de rang supĂ©rieur : râŁrâ ; r|sâ; r|Zâ; etc ; de mĂȘme râ|r ; râ|sâ; râ|Zâ; etc. (cf. 281 Ă 284).
Ces quatre sortes dâinfĂ©rences, jointes Ă la conjonction (p â q) (rĂ©sultant de q = p â qv pâ âą q), suffisent, Ă fonder toute la syllogistique classique, comme nous le verrons au chapitre VII : (p^q) correspond, en effet, Ă lâuniverselle affirmative ; (pâqâ) Ă lâuniverselle nĂ©gative ; (p âą q) Ă la particuliĂšre affirmative et (p âą q) Ă la particuliĂšre nĂ©gative.
Notons enfin que, en vertu de dĂ©finition de pâ = p âą q, la disjonction (p âšÂ pâ) Ă©quivaut toujours Ă une disjonction exclusive (par opposition Ă p1 âšÂ p2 que nous utiliserons dans la forme III, et qui sera un trilemme). Mais on ne saurait choisir lâopĂ©ration (w) comme opĂ©ration fondamentale du groupement, car on aurait alors {p w p = o) au lieu de (p âšÂ p = p) et, si (p q), (p w q = pâ) et non pas (p âšÂ q = q). Par opposition au groupe de Boole-Bernstein le groupement exige, en effet, une opĂ©ration fondamentale susceptible de rendre compte des emboĂźtements (p âšÂ q = q) et auto-emboĂźtements (p âšÂ p) comme des rĂ©unions disjonctives (p âšÂ pâ = q).
Forme II. â La deuxiĂšme forme du groupement des implications a pour opĂ©ration directe la conjonction (âą p) et pour inverse lâexpression (v p). Notons dâabord quâil est facile de donner cette forme II Ă la forme I en Ă©crivant :
(p âšÂ pâ = q ) = [(p d q) âą (pâ q) = q}
Mais si la forme I correspond au groupement de lâaddition des classes (A + Aâ = B ; B + Bâ = C ; etc.), la forme II est seule apte Ă traduire en opĂ©rations interpropositionnelles le groupement de lâaddition des relations asymĂ©triques transitives :
4. + â = Î ; â + â- = â ; etcâ
par exemple :
(AÂ <Â B)Â +Â (BÂ <Â C)Â =Â AÂ <Â CÂ ; (AÂ <Â C)Â +Â (GÂ <Â D)Â =Â (AÂ <Â D)Â ; etc.
En effet, si nous appelons p la proposition affirmant (A < B), pâ la proposition affirmant (B < C) et q la proposition affirmant (A < C), on constate que lâon ne saurait Ă©crire (p ^q) ni (pâ ^q) comme dans le cas oĂč p = « ÊeA » et q = « zeB », mais que, pour exprimer le rapport entre (A < B), (B < C) et (A < C), câest-Ă -dire entre p, pâ et q, il faut poser (p â pâ) d q ; car p nâimplique q que jointe Ă pâ et pâ nâimplique q que jointe Ă p.  Mais rĂ©ciproquement on a aussi (pp âą pâ). DâoĂč (voir la figure 47, page suivante) :
(285) (p âą pâ) = q ; (q âą qâ) = r ; {r â râ) = s ; etc.
Quant Ă lâopĂ©ration inverse, elle ne saurait ĂȘtre p = q âpâ ou pâ â q - p, puisque lâon ne saurait affirmer simultanĂ©ment la vĂ©ritĂ© de q et la faussetĂ© de lâune de ses composantes nĂ©cessaires (par
exemple affirmer que « C est plus grand, que B et que A », et en mĂȘme temps exclure que « C est plus grand, que B »). Par contre, et conformĂ©ment Ă ce que nous avons vu plus haut (proposition 273), lâinverse de (âą p) sera (v p) :
(286) p = (q V pâ) ; pâ = (q âšÂ p) ; q = (p âšÂ pâ) ; etc.
En effet (p âšÂ pâ) = (pâpâ), ce qui est bien Ă©quivalent Ă q (= la faussetĂ© de q Ă©quivaut Ă lâincompatibilitĂ© des Ă©lĂ©ments dont la conjonction dĂ©finit la vĂ©ritĂ© de q). Dâautre part, lâinversion de
lâinverse, soit pvpâ=q, signifie bien (p âą pâ = q).
Or, les expressions (q âšÂ p) ou (q âšÂ pâ) ont un sens prĂ©cis, qui Ă©quivaut Ă (p i q) et Ă (pââ^) (voirpropositionl59). Cela revient donc Ă dire quâen isolant pâ de lâexpression (p âšÂ pâ = q) on affirme simultanĂ©ment que pâ implique (p i q) et que (p ⥠q) implique pâ (lâĂ©quivalence =
Fig. 47â.
signifie en effet, g) ; de mĂȘme en isolant p on affirme que p implique (pâ â q) et que (pâ â q) implique p.  Il est remarquable de trouver ainsi de telles Ă©quivalences (286) Ă titre dâopĂ©rations inverses du groupement exprimant en termes dâimplications lâenchaĂźnement des relations asymĂ©triques transitives : on se rappelle, en effet, que lâinverse de la relation A < B est sa converse B > A, le produit de lâinĂ©galitĂ© (A < B) et de son inverse (B > A) Ă©tant lâĂ©quivalence (A = A). Ainsi la rĂ©versibilitĂ© des groupements de relations, qui est une rĂ©ciprocitĂ© et non pas une nĂ©gation par complĂ©mentaritĂ©, correspond sur le plan interpropositionnel Ă une inversion proprement dite (7p) â  (v p), mais exprimant Ă©galement une rĂ©ciprocitĂ© dans les implications et non pas la nĂ©gation des propositions en jeu. Rien ne saurait mieux illustrer un tel fait que la correspondance de cette forme II avec une sĂ©riation, dans
f.La figure 47 se lit comme suit. Chaque casier contenant (Ï âą pâ) ou (q âą qâ) ; (r âą râ), etc., reprĂ©sente lâintersection entre le casier situĂ© en dessous de lui et le casier, situĂ© Ă sa droite Par exemple le casier (p âą pâ) est lâintersection de (p) et de (p,) ; le casier (q â qâ) est lâintersection de q(= p âą pâ) et de (qâ) ; le casier (r âą râ) est lâintersection de r (= q . qâ) et de râ, etc.

laquelle tous les éléments se tiennent en fonction des différences ordonnées, par opposition aux simples emboßtements de classes non ordonnées.
Forme III. â La forme I du groupement des implications relie q Ă deux propositions constituant un dilemme (p âšÂ pâ) = ql dâoĂč deux
implications complĂ©mentaires (p â> q) et (pâ p). La forme II relie plus Ă©troitement p et pâ par la conjonction (p âą pâ) = q, dâoĂč P 5 (pâ â q) et pâ (p 3 q). Envisageons maintenant le cas oĂč q est formĂ© de deux propositions p1 et p2 qui ne seraient plus entiĂšrement disjointes ni entiĂšrement conjointes, mais reliĂ©es par une disjonction non exclusive (p1 âšÂ p2). Ces propositions Ă©lĂ©mentaires sâimpliqueront par consĂ©quent1 sous la forme (p13 p2) et (p2 3 p1). Si nous appelons p[
Fig. 48.
la proposition (p1 âą q) et p2 la proposition (p2 âą q), nous aurons donc la double implication2Â :
(287) (p1 âšÂ p2) = (pâ1 3 p2) â (pâ 3 pl) (voir la figure 48)
et la réciprocité :
(288) (p1 vp2) = (pjâŁpa)
puisque pf = (p1 âą q) et pâ2 = (p2 âą q).
On se trouve alors en prĂ©sence dâun groupement de la forme suivante (lâun des deux cas possibles que recouvre lâaxiome de Nicod) :
(289) (p1 âšÂ p2) = ql
â Îč v ?2) = (Pi âšÂ Pu âšÂ q^ = rÎč
(r1 âšÂ r2) = (p1 âšÂ p2 âšÂ q2 âšÂ r2) = s1
(s1 âšÂ s2) = (p1 vp2vq2vr2v s2) = t1
Etc.
1. On se rappelle que le trilemme (p v q) est une double implication p d q et q 3 p (proposition 132).
2. On reconnaĂźt la vicariance des classes. Si p( = A1 ; pj = As ; p, = A ; et pl = A,, on a (A, + AJ = A, + AJ) ainsi que A, < As et A2 < A1. On a en outre A1âA,.

On a alors :
(290) q1 = (p1 â p2) âšÂ (p1 â pâ) âšÂ (p] â p2)
GÂ =Â (7i âą 7a) v (71 â 70 v (71 âą 7a) Etc.
Il sâensuit que les inverses seront :
(291) q = p1 â p2 ; p1 = q1 â (p2 âą p0 ; p2 = q1 â (p1 â p2)
Lâidentique gĂ©nĂ©rale est :
(292) q âą q = o, câest-Ă -dire (p1 âšÂ p2) â (p1 â p2) = o et les identiques spĂ©ciales : p1 v p1 = p1 ; p1 âšÂ q1 = q1 ; etc.
Voici un exemple concret. Soit p1 = ex appartient Ă une classe de parentĂ© par filiation (que nous appellerons PJ » ; et p2 = « x appartient Ă une classe de parents par alliance (P2) ». On a alors pi âšÂ p2 = q1 (un individu pouvant vĂ©rifier Ă la fois p1 et p2 ou lâun sans lâautre). Si P1 + P2 = Q, on a en outre ql = « x appartient Ă la classe Q, » ; un des membres de Q1sâĂ©tant mariĂ©, on a une nouvelle classe de parentĂ©s par alliance Q2, dâoĂč q2 = « kQ2i et (q1 âšÂ qt) = r1, etcâŠ
Les compositions intĂ©ressantes sont dâabord les incompatibilitĂ©s :
(293) (p(âŁâ ) â (g(âŁ70 âĄ>(plâŁgl)
On a de mĂȘme (pi | r() ; (pi 150 ; etc.
Et surtout, si nous appelons q3 la rĂ©union q3 = (p2 âšÂ q2), on aura :
(294) (p2^q3)^ [(PÎčVp2)â(p1V73)]
(Voir la figure 49.)
Fig. 49.
Cette implication (294) constitue lâaxiome IV de Russell et Hilbert : (p d q) ⥠[(r âšÂ p) d (r âšÂ g)].
Les formes I et III du groupement des implications condensent ainsi les axiomes I Ă IV de la logique bivalente. Lâaxiome I, (p âšÂ p) d p, exprime lâopĂ©ration identique spĂ©ciale du groupement (p âšÂ p) = p ; lâaxiome II, p â (p âšÂ q), exprime lâemboĂźtement de la partie dans le tout (p âšÂ pâ) = q, ainsi que la rĂ©sorption (p âšÂ q) = q ; lâaxiome 111, (p âšÂ g) d (g vp), exprime la commutativitĂ© de la rĂ©union (v) sur laquelle reposent les formes I et III du groupement ; et lâaxiome IV traduit la transitivitĂ© des compositions (proposition 294). Câest

pourquoi il y a identitĂ© entre les formes I et III du groupement et lâaxiome unique de Nicod, comme nous lâavons dĂ©jĂ vu au § 35.
r-
Forme IV. â Introduisons maintenant une complication de plus. Admettons que les propositions Ă©lĂ©mentaires p1 et p2, qui constituent q avec leurs complĂ©mentaires pâ1 et pâ2, ne se composent plus seulement (comme dans la forme III) selon lâopĂ©ration :
l(P1P2) âšÂ (p1p2) âšÂ (p,1p2) = q]
mais que q comprenne en outre (p[p2). On aura alors une nouvelle disposition, correspondant Ă lâopĂ©ration que nous avons appelĂ©e « affirmation complĂšte » (et symbolisĂ©e par le signe *) :
(295) q = (p1* p2) = (p1p2) âšÂ (p1pâ2) âšÂ (pâ1p2) âšÂ (pâ â)
et lâon pourra ainsi grouper une suite dâaffirmations complĂštes :
(Pi * Pi) = 7i ; (71 * ?2) = O ; (G * r2) = s1 ; etc.
ce qui nous ramÚne aux opérations classiques de la logique bivalente, fondées sur les « tautologies » binaires, ternaires, etc.1.
1. Opérations directes :
(296) {p*q) = (p âą q) âšÂ (p â q) âšÂ (p âą q) âšÂ (p â q)
(P*q)*r = (p â q - r) âšÂ (p â q - r) âšÂ (p â q â r) âšÂ (p â q â r) vâpâqÏ)v(pâqÏ)v{pâqâr)v(pâqâr) ,
(p*q*r)*s = (p â q âą r âą s) âšÂ (p âą q âą r âą s) âšÂ (p âą q â r â s)
âąÂ âšÂ (p âą q âą r âą s) âšÂ ⊠etc. (16 combinaisons)
(p*q*r*s) *t = (p âą q â r â s â t) âšÂ (p âą q âą r â s â t) v⊠etc.
(32 combinaisons) etc.
2. LâopĂ©ration inverse prĂ©sente ici un intĂ©rĂȘt particulier, du fait que cette forme IV du groupement (comme dâailleurs en partie la forme III) combine en un seul tout les opĂ©rations (v p) et (âą p) ainsi que leurs inverses (âą p) et (v p). LâopĂ©ration directe signifie ainsi une adjonction simultanĂ©e de nouveaux (âą) et de nouveaux (v), comme dans le passage de (p * q) Ă (p * q *r). On comprend alors en quoi consistera lâopĂ©ration inverse, que nous Ă©crirons :
(297) (p*q)*r = (p*q) ou (p*q)*q = (p âšÂ p)
1. Pour ne pas compliquer le symbolisme, nous allons donc reprendre simplement les lettres dont nous nous sommes servis au § 31 (Ă©tant entendu que p ; sâĂ©crira ainsi p ; que p 2 sâĂ©crira q et que pi se notera q, etc.).
DĂ©composons pour cela lâexpression directe (p*q) :
[p - I
P* Q â !Pp\qq > = [(P âą (ß âšÂ 7)] âšÂ [p âą (ç âšÂ ç)] I P âąÂ ? â
Pour inverser (q âšÂ qâ) dans j[p âą (q v ç)] âšÂ [p â (q âšÂ il suffit alors dâinverser [âą (q âšÂ ^)] en [v (q â q)], câest-Ă -dire en [v (q ⹠ç)] = v(o). DâoĂč :
(298) [â *g)ij]Â =Â [(pvp) v(o)]Â =Â (p vp)
Une telle opĂ©ration correspond donc Ă ce quâest, dans le domaine des opĂ©rations de classes, la division logique ou abstraction (PQ : Q = P), qui signifie : « abstraction faite de Q, le produit PQ se rĂ©duit Ă P ». En termes dâopĂ©rations interpropositionnelles, lâopĂ©ration inverse revient donc Ă inverser simultanĂ©ment (âą) et (v) par opposition Ă (â-) seul ou Ă (v~ ) seul.
3. LâopĂ©ration identique gĂ©nĂ©rale est donc :
(299) (*P)*(P)Â =Â (v) o
Les identiques spéciales sont :
(300) (p * p) = p ; (p * q) * p â (p* q) ; etc.
5. Associativité : rÚgles habituelles.
En conclusion, les quatre formes de groupements dâimplications dĂ©rivent toutes quatre des mĂȘmes opĂ©rations Ă©lĂ©mentaires que le groupement de dĂ©part Ă©tudiĂ©â sous (A). Il nây a rien de plus, en effet, dans ces quatre formes que lâextension progressive des mĂȘmes opĂ©rations (v p) et (âp) dâoĂč lâon dĂ©rive (âą p) et (v p) : la forme II est corrĂ©lative de la forme 1 qui prolonge elle-mĂȘme directement le groupement (A), la forme III introduit deux implications rĂ©ciproques lĂ oĂč la forme I nâen connaĂźt quâune, et la forme IV rĂ©unit en un seul tout les opĂ©rations dĂ©veloppĂ©es dans les formes prĂ©cĂ©dentes. Il nâexiste donc bien quâun seul groupement sous quatre formes distinctes, puisque les inverses, rĂ©ciproques et corrĂ©latives (vPf > (â P) j (âP) Ξt (vP) s°nt composables les unes Ă partir des autres.
C. Le groupement des seize liaisons binaires
Il suffira maintenant dâappliquer les opĂ©rations de la forme I aux conjonctions de propositions engendrĂ©es par la forme IV (voir proposition 295), que
nous Ă©crirons (p*q = pâqvpâqvpâqvpâq), pour obtenir une nouvelle forme du mĂȘme groupement gĂ©nĂ©ral : celle qui relie les unes aux autres les seize liaisons binaires analysĂ©es au cours du chapitre V.
En effet, Ă©tant donnĂ©s les huit couples possibles dâopĂ©rations binaires complĂ©mentaires, si on en relie les termes soit par lâopĂ©ration [v (p<â)] soit par lâopĂ©ration [â (pq)], il va de soi que ces couples donneront dans le premier cas lâaffirmation totale (p * q) et dans le second la nĂ©gation totale (o) :
(301)
(pvq) v(p-q)  = (p*q) (p âšÂ q) . (p . q)  = o puisque (p â q)  = (pvq)
(Pl ?) v(p-^  = (p*q) (plĂź) â(pâq)  = o puisque (pl ?) = (pĂ·q)
(p ? q) âšÂ (p - q)  = (p * q) (p^q) âą (p âą q)  = o etc.
(p cq) âšÂ (p â q)  = (p*q) (p c. q) â (p â q)  = o
(p*q) vâo) =(p*q) (P*q)â(0) Â =Â 0
(p = q) âšÂ (pw q)â (p* q) (p. = q) . (pwq)  = o
p[q] v p[?]Â =Â (p * q) pâ ] . pâ ] Â =Â o
?[?]vâ ] =(p*q) â 1 âąÂ ?[f] â o
Lâexistence de telles Ă©quivalences permet donc de traiter ces liaisons binaires (p\q) ou (p d q), etc., reliĂ©es par les opĂ©rations â[v (pq)] et [â(p<z)] comme constituant elles-mĂȘmes les Ă©lĂ©ments dâun groupement. En ce cas, le groupement, qui constituera ainsi la plus gĂ©nĂ©rale des formes envisagĂ©es jusquâici, ne portera plus sur les propositions comme telles p ou q, mais sur les paires de propositions conjointes, telles que (p ââq) ou (p âą q), etc.
Appelons (T) le systĂšme total, T = (p * q), et partons de lâĂ©quivalence :
(P âą qâ) âšÂ (p âą q) âšÂ (p â q) âšÂ (p âą q) = T
Il suffira ainsi de transfĂ©rer dâun membre Ă lâautre toute conjonction, (p â q) ou (p âą q), etc., en changeant le signe de la conjonction comme telle (mais non pas des propositions elles-mĂȘmes) et en permutant les opĂ©rations [v (pq)] et [â (pq)] pour engendrer toutes les opĂ©rations binaires possibles. Lâensemble de ces transformations constitue alors un groupement.
En effet, si lâon transfĂšre du premier dans le second membre de lâexpression totale la derniĂšre conjonction (p âą q), on aura :
(302) (p âą q) âšÂ (p âą q) âšÂ (p âą q) = T âą (p âą q) = p âą q câest-Ă -dire (p âšÂ q) = p â q (cf. 124).
En transfĂ©rant lâavant-derniĂšre conjonction, on obtiendra :
(303) (p âą q) âšÂ (p âą q) âšÂ (p âą q) = T âą (p âą q)
câest-Ă -dire p^ q = p âą q (cf. proposition 155) et ainsi de suite.
Les conjonctions comme telles, dont les diverses associations dĂ©finissent les seize opĂ©rations binaires, constituent donc un groupement bien dĂ©fini, identique au groupement dâimplications de forme I Ă cette seule diffĂ©rence que lâĂ©lĂ©ment nâest plus une proposition simple (v p), mais une proposition conjonctive [v (p â q)]. Voici les opĂ©rations de ce groupement :
1. LâopĂ©ration directe est la rĂ©union disjonctive (v) dâune conjonction Ă une autre : (o) âšÂ (p âą q) ; (p â q) âšÂ (p âą q) ; etc.
2. LâopĂ©ration inverse est la nĂ©gation dâune conjonction, rĂ©unie conjonctivement Ă une autre : [âą (p â g)] ; [âą (p â q)] ; etc.
3. LâopĂ©ration identique gĂ©nĂ©rale [v (o)] est le produit de toute opĂ©ration directe et de son inverse : (p âą q) âą (p â q) = o.
ComposĂ©e avec une opĂ©ration quelconque, lâidentique gĂ©nĂ©rale ne la modifie pas : (p â q) âšÂ (o) = (p â q).
4. Les identiques spéciales sont :
a) La tautification : (p âą q) âšÂ (p âą q) = (p âą q).
b) La rĂ©sorption : (p âą g) âšÂ [(p âą g) âšÂ (p âą g)] = [(p âą g) âšÂ (p â g)].
c) Lâabsorption : (p âą g) âą (p * g) = (p âą g).
5. Associativité : RÚgles habituelles des groupements.
Les compositions du groupement embrassent alors toute la logique des liaisons binaires, tout en pouvant ĂȘtre mises sous la forme commode dâĂ©quivalences, câest-Ă -dire dâĂ©quations Ă transformations algĂ©briques usuelles (cf. § 10 sous III) :
1° On a dâabord les compositions correspondant Ă celles que nous avons mises (au § 32) sous la forme dâun modĂšle de classes :
(304) (p|g) = (p » g) â (pTg)
(305) (p â q)Â =Â (p * q) âą (p âą g) â (p âą q) âą (p âą g)
En effet une incompatibilitĂ© (p\q) est une affirmation complĂšte moins la conjonction [p âą q). Dâautre part, une conjonction (p âą q) est une affirmation complĂšte moins lâexclusion rĂ©ciproque [p âą q) âšÂ (p â q) et moins la nĂ©gation conjointe (p âą g).
(306) pâĄg = p*gâ(pâg)
Une implication est une affirmation complĂšte moins la non-implication (P â Â ?)âą
«Â
2° On a ensuite les transformations des liaisons les unes dans les autres par rĂ©union de deux dâentre elles :
(307) (p w q) âšÂ (p âą q) = (p\q)
et :
(308) (p\q) âą (p -q)Â =Â (p w q)
En effet, une exclusion rĂ©ciproque plus une nĂ©gation conjointe donnent une incompatibilitĂ©. Inversement, la partie commune Ă une incompatibilitĂ© et Ă une disjonction (p â q) = (p âšÂ q) est [(p âą q) âšÂ (p â q)], câest-Ă -dire une exclusion rĂ©ciproque (pw ?).
(309) (pĂŻq) âšÂ (pUq) = (p w q)
En effet une exclusion rĂ©ciproque (p w q) = (p âą q) âšÂ (p âą q) est la rĂ©union de deux non-implications (p 1 q) = (p âą q) et (p c q) = (p âą q).
(310) p[?] v (p â q)Â =Â (p iq)
La nĂ©gation de p rĂ©unie Ă la conjonction donne lâimplication.
(3ll) (p = q) = {p* q) âą (p âą q) â (p â q)
Une Ă©quivalence est une affirmation complĂšte moins les deux non-implications, ou encore est ce quâil y a de commun Ă la tautologie et aux deux implications (p âą q) = (p d q) et (p âą q) = (q 1 p), câest-Ă -dire (p â q) âšÂ (p âą q).
(312) p[q] v(p âą q)Â =Â {pâq)
La nĂ©gation de p jointe Ă la non-implication p 1 q = (p âą q) donne lâincompatibilitĂ©.
(313) (p âšÂ q) âšÂ (p â q) = (p * q)
dâoĂč :
(p V q)Â =Â T âą (p âą q)Â =Â p âą q
Etc.
3° On a enfin le passage général des opérations à leurs inverses, réciproques et corrélatives conformément aux théorÚmes I-V et à leurs corollaires (§ 31) :
a) Lâinverse est donnĂ©e par lâopĂ©ration inverse du groupement ou par le transfert dâun membre Ă lâautre des Ă©quivalences.
b) Le passage dâune opĂ©ration Ă sa corrĂ©lative est encore une opĂ©ration du groupement, puisque la corrĂ©lative dâune opĂ©ration se confond avec cette opĂ©ration elle-mĂȘme dans le cas des affirmations
ou nĂ©gations de p et de g (thĂ©orĂšme II et IV), ou avec lâopĂ©ration inverse dans le cas des autres expressions Ă quatre, deux ou zĂ©ro conjonctions (thĂ©orĂšmes II et V, corollaire I) ; quant aux expressions Ă trois ou une conjonctions, la corrĂ©lative sâobtient (thĂ©orĂšme III et corollaire I) par adjonction [v (pg] ou nĂ©gation [âą (pg)] des parties communes (p âą g) âšÂ (p âą g) ou des parties non communes (p âą q) âšÂ (p âą g) Ă partir de lâexpression considĂ©rĂ©e :
(314) (P âšÂ g) âą (p âą g) âą (p âą g) = (p âą g)
et :
(315) (pâ7)v[(p-g) v(pâg)]Â =Â (pvg)
(316) (pâŁg) â (p âą g) â (p-q) = (p âą q)
et :
(317) (p âą g) âšÂ [(p âą g) âšÂ (p âą g)] = (p|g)
(318) (p^q)â (p~rq) âą (p -q)Â =Â (p â g)
et :
(319) (p â q) y [(p âą q) âšÂ (p âą g)] = (p âg)
(320) (q3 p) â Cp7q) â(pâq) = (p -q) et :
(320 bis) (p â q) v [(p âą g) âšÂ (p âą g)] = (q d p)
Le calcul des corrĂ©latives rentrant ainsi dans les opĂ©rations du groupement, il est alors permis de lâabrĂ©ger par la simple permutation des (v) et des (âą), par exemple (p âšÂ q) â (p âą q) (proposition 314). On peut donc incorporer les opĂ©rations (âą p) et (v p) dans le systĂšme (voir proposition 273 et commentaire), ce qui autorise la transformation des formes normales disjonctives, sur lesquelles portent les opĂ©rations fondamentales du groupement, en formes normales conjonctives exprimant la corrĂ©lative des expressions considĂ©rĂ©es. Par exemple :
[(p âą q) âšÂ (p âą g)] â J[(p âšÂ q) â (p âšÂ g)] = (p w q)\
c) Enfin, la rĂ©ciproque Ă©tant lâinverse de la corrĂ©lative, il suffit donc dâappliquer lâopĂ©ration inverse du groupement Ă la corrĂ©lative dâune expression donnĂ©e pour obtenir la rĂ©ciproque de cette derniĂšre. Il est alors permis de calculer cette rĂ©ciproque par simple interversion des signes (p) et (p) dans lâexpression initiale.
Bref, lâensemble des transformations binaires relĂšve de cette forme (C) du groupement gĂ©nĂ©ral. Quant Ă cette forme (C) ses compositions apparaissent toutes comme des rĂ©unions (v), dissociations (â-), substitutions et « vicariances » Ă partir de lâexpression (p * q) donnĂ©e dans la forme IV du groupement des implications (voir B sous IV).
D. Le groupe des inversions, réciprocités et corrélativités
Comme nous lâavons vu (thĂ©orĂšme VI du § 31), les inversions, rĂ©ciprocitĂ©s et corrĂ©lativitĂ©s, jointes Ă la transformation identique, forment entre elles un « groupe » proprement dit et non pas un « groupement ». Si nous dĂ©signons par N lâinversion, par R la rĂ©ciprocitĂ© et par C la corrĂ©lativitĂ© (le symbole 1 reprĂ©sentant la transformation nulle, ou « identique »), on a, en effet :
(321) NNÂ =Â 1Â ; RRÂ =Â 1 et CGÂ =Â 1
(321 bis) NÂ =Â CR (= RC)Â ; RÂ =Â NC (Â =Â CN)Â ; CÂ =Â NR (=RN) (321 ter) 1Â =Â CRN (= RCNÂ =Â NCRÂ =Â etc.)
Comment donc un groupe de transformations peut-il rĂ©sulter du groupement des opĂ©rations Ă©lĂ©mentaires, puisque celui-ci repose uniquement sur des emboĂźtements de partie Ă tout et sur des complĂ©mentaritĂ©s ? La raison en est que les transformations de ce groupes consistent exclusivement en inversions de diverses formes, qui sont alors, Ă celles seules, composables les unes avec les autres de façon Ă la fois rĂ©versible, associative et commutative. Lâinversion N est, en effet, une nĂ©gation, câest-Ă -dire une complĂ©mentaritĂ© par rapport Ă lâaffirmation complĂšte (*). La rĂ©ciprocitĂ© R est une inversion des propositions comme telles, câest-Ă -dire une complĂ©mentaritĂ© par rapport Ă 1â« équivalence » (thĂ©orĂšme V). Enfin la corrĂ©lativitĂ© C est une inversion simple (nĂ©gation) de la rĂ©ciproque R, câest-Ă -dire Ă nouveau une complĂ©mentaritĂ© par rapport Ă lâaffirmation complĂšte (*). Il nâintervient donc, en un tel sous-systĂšme (N, R, G, et 1) aucune « identique spĂ©ciale », puisque les identiques spĂ©ciales dâun « groupement » ne sont possibles quâentre Ă©lĂ©ments de mĂȘmes signes :
[(p vp) = p] ; [(p âą p) = pj ; [(/> âą q) âšÂ (p âą q) = (p âą q)] ; etc.
Il en rĂ©sulte quâil nâexiste, dans le cas particulier des seules transformations N, R et C, quâune opĂ©ration identique unique (1) : par le fait mĂȘme quâelles sont sĂ©parĂ©es des autres compositions possibles
du « groupement » et composĂ©es entre elles seules, les trois sortes dâinversions fondamentales du groupement sont alors composables en un « groupe » de transformations proprement dit.
On voit Ă ce propos dâune façon particuliĂšrement claire en quoi le « groupement » est une structure intermĂ©diaire entre le « groupe » et le « rĂ©seau », puisque le groupement est un cas particulier du rĂ©seau et quâil englobe lui-mĂȘme un groupe de transformations si lâon se borne Ă composer entre eux les opĂ©rateurs dâinversion du groupement et lâidentitĂ©. Rappelons, en effet, que lâinversion N correspond Ă lâopĂ©ration inverse des groupements additifs de classes (et du groupement gĂ©nĂ©ral des opĂ©rations interpropositionnelles) et que la rĂ©ciprocitĂ© R correspond Ă lâopĂ©ration inverse des groupements additifs de relations (et Ă la permutation des termes de lâĂ©quivalence ou de lâimplication entre propositions). La corrĂ©lativitĂ© C, enfin, produit de lâinversion et de la rĂ©ciprocitĂ© (NR ou RN) caractĂ©rise le rapport entre les bornes infĂ©rieures et supĂ©rieures du rĂ©seau correspondant.
E. Le groupement des liaisons ternaires, etc.
Tout ce qui vient dâĂȘtre dit des liaisons binaires devient ensuite applicable aux liaisons ternaires, etc., engendrĂ©es par les opĂ©rations (p * q * r) ou (p *q * r * s), etc., de la mĂȘme forme IV du groupement des implications (B). On aura ainsi, pour (p » q * r), les opĂ©rations directes : (p âą q âą r) âšÂ (p âą q âą r), etc., et les opĂ©rations inverses :
(p âą q â r) âą (p âą q â r) = o ; etc.
Il sera alors possible dâengendrer les liaisons ternaires, soit par composition directe Ă partir de deux ou trois liaisons binaires (pq ; qr et pr), soit par nĂ©gation Ă partir de lâaffirmation complĂšte (p * q * r) (proposition 296).
Prenons comme exemple la composition (pâq) â (qâr)â On peut dâabord composer les deux liaisons binaires entre elles :
(322) (P\q) = (P â q) âšÂ (p â q) âšÂ (p â q)
â âŁr) = (qâf)v(qâr) âšÂ (q â r)
(PI ?) â (q\r) = (P â q â r) âšÂ (p â q â r) âšÂ (p â q â r) âšÂ (p â q â r) âšÂ (p â q â r)
En effet (p âą q âą r), (p âą q âą r) et (p âą q â r) sont exclus, car lâon nâa, dans les six composantes, ni lâassociation (p â q) ni lâassociation (q â r).
Mais on peut Ă©galement composer (pâq) âą (q\r) selon une seconde mĂ©thode, en niant, au sein des huit associations de (p * q * r) (voir proposition 296), les trois associations contradictoires avec (p\q) ou avec (q |r), câest-Ă -dire celles qui contiennent (p â q) ou (g âą r) :
(323) (p|g) â (qâr)Â =Â (p*q*r) â (p â q â r) âą (p â q â r) âą (p â q â r)
Exemple : Si p â ex est InvertĂ©bré », g = « x est VertĂ©bré » et r = « x vit fixĂ© sur les rochers (huĂźtres, algues, etc.) », on a des associations vraies : (p âą q âą r) = ni InvertĂ©brĂ©, ni VertĂ©brĂ©, ni fixĂ© aux rochers ; (p â q âą r) ; etc. (voir proposition 322), mais il est exclus que lâon ait (p âą q âą r) = à la fois InvertĂ©brĂ©, VertĂ©brĂ© et fixĂ© aux rochers ; (p â q âą r) = non-InvertĂ©brĂ©, VertĂ©brĂ© et fixĂ© aux rochers ; ni (p âą q âą r) = à la fois InvertĂ©brĂ© et VertĂ©brĂ©, mais non fixĂ© aux rochers.
Fig. 50.
De mĂȘme, pour composer lâexpression (p âą q) d r, nous nâaurons quâĂ nier lâassociation (p â q âą r), seule exclue :
(324) [ (p âą q) ⥠r] = (p * q * r) â (p âą q âą r) (voir fig. 50)
Cette expression équivaudra donc à  :
(324 bis) [(p âą g) d r] = [(p âą g) âą r] âšÂ [(p7g) âą r] âšÂ [(pTg) âą r]

Or (p âą q) = (p\q) = (p âą q) âšÂ (p âą q) âšÂ (p â q), dâoĂč six combinaisons :
_ _ ( r _ ( r _ ( r
Pâqârâ, Pâqâr et Pâlâr
qui donnent, avec (p ⹠q ⹠f), le total :
(324 ter) [(p âą q) d r]=(p âą q âą r) âšÂ (p âą q âą r) âšÂ (p âą q âą r)v (p âą q âą r) âšÂ (p âą q âą r) âšÂ (p - q âą r) v (p âą g âą r)
= [(P * q * r) â (p âą q â r)]
Exemple : p = « £ est un animal aquatique » ; q = « x est unâ animal terrestre » et r = « .x est un animal volant », dâoĂč (p âą q) = « x est amphibie » et (p âą q) 3 r = amphibie implique non-volant. Les sept combinaisons de la proposition 324 ter sont alors vĂ©rifiĂ©es.
Voici encore un exemple, équivalant au précédent :
(325) (p âą q) I (q âą r)Â =Â (p * q * r) âą (p â q â r)
Dâautre part, on a :
(P â q)ââ âą r) = [(Î77) â (7^)1 v [(P â g) â (gÏr)] âšÂ [(pĂ·g) âą (q âą Q]
Or :
(p^^) â (g^r) = (pjg) â(qâr) = (p âą q -r) âšÂ (p â q â r)
v (p âą q âą r) âšÂ (p -q âą r) âšÂ (p âą q âą r)
(Voir propositions 322 et 323.)
Dâautre part (p âą q) âą (q^r)Â =Â (p âą q âą r) et (p^g) âą (q -r)Â =Â (p âą q âą r) DâoĂč au total les sept mĂȘmes associations quâen (324 ter).
MĂȘme exemple : Amphibie (p âą q) incompatible avec terrestre et volant â âr).
Ainsi le passage est aisĂ© des opĂ©rations binaires du type (C) aux opĂ©rations ternaires, etc. (E), qui demeurent les mĂȘmes en procĂ©dant de (p * q) Ă (p * q * r), etc. Mais au fur et Ă mesure de leur complication, ces derniĂšres cessent dâĂȘtre intĂ©ressantes, Ă cause du nombre des combinaisons possibles : Ă part prĂ©cisĂ©ment les compositions I Ă III du type B (qui sont multipropositionnelles et constituent ainsi un cas particulier de E), elles ne sont pas transitives et comportent par consĂ©quent une multivocitĂ© croissante. Câest ce qui nous reste Ă souligner pour conclure.
§ 40. Conclusion s le groupement des opérations (vp) et (-p), fondement de la déduction
Les dĂ©veloppements qui prĂ©cĂšdent montrent quâil est possible de dĂ©duire lâensemble des opĂ©rations de la logique bivalente de la seule opĂ©ration (v p) et de son inverse (â p), appliquĂ©es initialement au seul systĂšme {p âšÂ p = T) et (p â p = o). Passant de ce systĂšme de dĂ©part (qui dĂ©finit ainsi dâemblĂ©e ses propres conditions de non- contradiction et de tiers exclus) au groupement des implications (p o g), câest-Ă -dire (p âšÂ pâ = q) ; (g âšÂ qâ = r) ; etc., et de lĂ Ă celui des affirmations complĂštes, le couple des opĂ©rations (v p) et (âą p) rejoint alors les formes normales disjonctives des opĂ©rations binaires puis les opĂ©rations Ă trois ou n Ă©lĂ©ments. Ainsi toutes les opĂ©rations de la logique bivalente sont rĂ©ductibles Ă un seul et mĂȘme « groupement » caractĂ©risĂ© par ses lois bien dĂ©finies de rĂ©versibilitĂ©, de compositions contiguĂ«s (complĂ©mentaritĂ©s), dâemboĂźtements dichotomiques et dâauto-emboĂźtements (identiques spĂ©ciales).
La logique des propositions ne repose donc pas sur une simple combinatoire atomistique, mais sur une structure dâensemble dont les axiomes de Russell-Hilbert et surtout de Nicod rĂ©vĂšlent dĂ©jĂ lâexistence et que la construction prĂ©cĂ©dente manifeste sous la forme la plus simple. Cette structure ne se rĂ©duit pas Ă un groupe parce quâelle est astreinte Ă ne porter que sur les relations de partie Ă tout, dâoĂč la prĂ©sence nĂ©cessaire des identiques spĂ©ciales : câest pourquoi lâopĂ©ration (v) est fondamentale, par opposition Ă lâopĂ©ration (w) du groupe de Boole-Bernstein, qui dissocie les parties non communes : lâimplication (p d q) exprime, en effet, la rĂ©union en un seul tout des parties communes (p âą g) et non communes (p â q), soit (p â q vp âą q), donc (p âšÂ pâ) = q. Cette structure ne constitue pas non plus un simple lattice, puisquâelle exige lâintervention de compositions rĂ©versibles. Elle se ramĂšne donc aux lois du groupement, et cela en complet parallĂ©lisme avec les structures dâensemble de classes et de relations.
Or, cette conclusion prĂ©sente quelque intĂ©rĂȘt Ă un triple point de vue : en ce qui concerne, dâabord, le rĂŽle essentiel de lâimplication et de lâĂ©quivalence (ou double implication), en tant quâassurant les seules compositions multipropositionnelles indĂ©finiment transitives, câest-Ă -dire la possibilitĂ© de la dĂ©duction elle-mĂȘme ; en ce qui concerne, ensuite, la nature de la non-contradiction logique ;
et, enfin, les rapports entre la logique des propositions bivalentes et le raisonnement mathématique.
1° LâopĂ©ration fondamentale du groupement unique dĂ©crit prĂ©cĂ©demment, câest-Ă -dire (p âšÂ p = T) ou de façon gĂ©nĂ©rale (x âšÂ y = z), constitue, en effet, dĂšs le dĂ©part un jeu dâimplications, et met ainsi lâimplication Ă la source mĂȘme des compositions du groupement. En effet, (xvy = z) signifie (x â z) ; (y i z) ; (xvy)iz et zi(xvy). Câest assez dire que la rĂ©union disjonctive (x âšÂ y) engendre, par son mĂ©canisme propre, un emboĂźtement de x et de y en un tout z, les relations des parties et de ce tout nâĂ©tant autres que lâimplication elle-mĂȘme. Câest donc lâimplication comme telle qui, par ses diffĂ©renciations successives, fonde lâaffirmation complĂšte (p * q) et ce nâest pas celle-ci, comme on le dit gĂ©nĂ©ralement, qui engendre toutes les autres opĂ©rations.
La chose ressort Ă lâĂ©vidence de la construction mĂȘme du groupement. Les compositions de lâespĂšce (C), câest-Ă -dire les seize liaisons binaires et leurs transformations les unes dans les autres (ainsi que a fortiori les compositions E, câest-Ă -dire ternaires, etc.) ne constituent, en effet, quâune extension, avec intervention de substitutions simples ou complĂ©mentaires (vicariances) toujours plus nombreuses, des compositions B (I Ă IV), câest-Ă -dire du groupement des implications. Par exemple, une composition telle que :
[(p wç) âšÂ (p â ç)] = [(p * q) â (pĂ·q)] = (p\q)
nâest quâune substitution complĂ©mentaire (vicariance), Ă lâintĂ©rieur de lâensemble (p * q) et celui-ci nâest que le rĂ©sultat de deux implications (p âšÂ p) g (q âšÂ q) entrecroisĂ©es (toute intersection constituant une double implication).
Or, ce primat de lâimplication (ou de lâĂ©quivalence qui est une implication rĂ©ciproque) est dĂ» Ă son caractĂšre fondamental (source du groupement) qui est la transitivitĂ© des emboĂźtements quâelle constitue. En effet, parmi les seize liaisons binaires, seules prĂ©cisĂ©ment lâimplication (p i q ou p c q) et lâĂ©quivalence (p J q) prĂ©sentent ce quâon pourrait appeler une transitivitĂ© majorante. La seule autre liaison binaire transitive est, en effet, la conjonction : (p âą q) â (q âą r) = (p âą r), mais, comme (p â q) nâexclut ni la vĂ©ritĂ© possible de (p â q) ni celle de (p âą q), et que (q â r) nâexclut ni (q âą r) ni (q âą r) (par exemple la disjonction pvq implique la vĂ©ritĂ© possible des trois combinaisons p â q âšÂ p -qv p âą q), la transitivitĂ© propre Ă la conjonction peut ĂȘtre dite minorante en ce quâelle porte
sur des intersections toujours plus restreintes. Par exemple si « x est Ă la fois VertĂ©brĂ© et Aquatique » (p âą g), et « à la fois Aquatique et Pulmoné » (g âą r), donc « à la fois VertĂ©brĂ© et Pulmoné » (p âą r) (voir fig. 51), la conjonction totale (p âą q âą r) est la borne infĂ©rieure (le plus grand des minorants) de p, q et r. Au contraire, dans une relation telle que p => q, q^r, donc p ^r, la transitivitĂ© est majorante en ce sens quâelle incorpore p dans une borne supĂ©rieure p âšÂ q âšÂ r (voir fig. 44) qui constitue le plus petit des majorants de p, q et de r. Quant Ă lâĂ©quivalence, la transitivitĂ© p = q, q = r donc (p = r) insĂšre p, g et r dans une totalitĂ© (p = q = r) qui
est la borne à la fois supérieure et inférieure de ces propositions.
Fig. 51.
Câest pourquoi tout groupement Ă©tant une suite dâĂ©quivalences, câest-Ă -dire de compositions transitives, lâimplication joue un rĂŽle fondamental dans le groupement des opĂ©rations in terpro positionnelles. Dâautre part, tout groupement Ă©tant une suite dâemboĂźtements dichotomiques Ă compositions « contiguĂ«s » (voir § 10),
lâimplication remplit prĂ©cisĂ©ment ses conditions, puisque (p â g) ; (g d r) ; etc., Ă©quivalent Ă p âšÂ pâ = q (oĂč pâ = p âą q) ; g v-gâ = r (oĂč qâ = q â r), etc. Or, par le fait mĂȘme quâelle fusionne en un seul tout les opĂ©rations (v p), (âą p) et (p d g) lâexpression (p âšÂ pâ = g) confĂšre prĂ©cisĂ©ment une transitivitĂ© majorante indirecte aux opĂ©rations (v), (w), puis (âą) et (*) qui nâen possĂšdent pas par elles-mĂȘmesâ: en effet, si p d g on a alors (p â r) d (g âą r) ; on a de mĂȘme :
(p âšÂ r) ⥠(g âšÂ r) et (qâr) ⥠(r\p) ; etc.1
Il en rĂ©sulte que, si une composition intransitive, par exemple (p | g) âą (g|r), nâa aucun intĂ©rĂȘt en elle-mĂȘme pour la dĂ©duction puisquâelle comporte seulement une conclusion multivoque (voir les
1. Voir lâaxiome IV de Russell-Hilbert et lâaxiome unique de Nicod.

cinq possibilitĂ©s de la proposition 322), le groupement des mĂȘmes opĂ©rations leur confĂšre un pouvoir opĂ©ratif spĂ©cifique en les subordonnant aux implications.
Ainsi la dĂ©duction concluante ne peut sâappuyer que sur des implications et des Ă©quivalences, quitte Ă subordonner les opĂ©rations non transitives aux emboĂźtements constituĂ©s par les sĂ©ries transitives. Tel est le rĂŽle des formes A et B (avec ses variĂ©tĂ©s I Ă IV) du groupement des opĂ©rations interpropositionnelles, par opposition aux formes C et E qui les gĂ©nĂ©ralisent simplement. Mais ces formes B (I Ă IV) sont-elles complĂštes (Ă la condition naturellement de pouvoir les mĂ©langer entre elles)? Il est facile de sâen assurer, car, si elles subordonnent Ă lâimplication les opĂ©rations (v), (âą), (w = cas particulier de v) et (*), elles comprennent naturellement les inverses (par exemple x\y = z donnera x âšÂ y = z, etc.). Il en sera de mĂȘme des implications inverses. Quant aux affirmations et nĂ©gations de p ou de g, ce ne sont que des semi-implications directes ou inverses.
Il nâexiste donc quâun seul et mĂȘme vaste groupement des opĂ©rations de la logique bivalente, et ses diffĂ©rentes formes nâen sont que des sous-groupements. ComparĂ© aux groupements de classes et de relations, quâil recouvre entiĂšrement et traduit en propositions, â ce groupement unique rĂ©unit en un seul tout les opĂ©rations additives (v p) et multiplicatives (â p) puisque lâinverse de « p ou g » (pvq = P + Q) est « ni p ni g », câest-Ă -dire p âą g = P Ă Q. LâopĂ©ration identique gĂ©nĂ©rale est donc (v o) qui est lâidentique des opĂ©rations additives,tandis que Z qui est lâidentique des opĂ©rations multiplicatives de classes correspond Ă lâidentique spĂ©ciale (p âą T = p), la plus gĂ©nĂ©rale des identiques spĂ©ciales du systĂšme, et non pas Ă (P âą P = o).
2° Le second intĂ©rĂȘt de ce groupement est de fournir quelque lumiĂšre sur la non-contradiction logique et par consĂ©quent de faire entrevoirie pourquoi des difficultĂ©s de son application Ă la non-contradiction arithmĂ©tique ou mathĂ©matique en gĂ©nĂ©ral.
En effet, si la fĂ©conditĂ© du systĂšme est due, comme on vient de le voir, Ă la transitivitĂ© des implications et Ă©quivalences, sa cohĂ©rence repose entiĂšrement sur la rĂ©versibilitĂ© (sous ses trois formes de complĂ©mentaritĂ©, de rĂ©ciprocitĂ© et de corrĂ©lativitĂ©, les deux secondes se dĂ©duisant de la premiĂšre). Or, lâopĂ©ration inverse fondamentale du groupement (sous sa forme de dĂ©part A) est p âą p = o, câest-Ă -dire lâĂ©noncĂ© mĂȘme du principe de non-contra- * diction. Dâautre part, lâopĂ©ration que nous avons appelĂ©e la « nĂ©ga-
tion complĂšte » et quâon dĂ©signe ordinairement sous le nom de contradiction (o) constitue la mĂȘme expression (p â p = o), mais appliquĂ©e Ă des couples de propositions, par exemple :
[(p âą q) â (p^q)]Â =Â o ou [(p â q) â (p|Ăż)]Â =Â o
On voit donc que, du point de vue du groupement, la non-contradiction se confond identiquement avec la rĂ©versibilité : est contradictoire tout produit non nul dâopĂ©rations dont lâune est lâinverse de lâautre, et est exempte de contradiction toute composition strictement rĂ©versible.
Mais, sâil en est ainsi, il devient Ă©vident quâil existera des formes diverses ou mĂȘme des degrĂ©s de non-contradiction, correspondant aux diffĂ©rentes structures rĂ©versibles connues. Dire quâun animal est Ă la fois InvertĂ©brĂ© et MammifĂšre est peut-ĂȘtre contradictoire selon un mode diffĂ©rent que de poser (n â  n> o). En effet, la rĂ©versibilitĂ© du groupement interpropositionnel repose tout entiĂšre sur la complĂ©mentarité : on a (p âą p = o) parce que p âšÂ p â  T et que p = T âą p ou p = T âą p, de mĂȘme quâen logique des classes on a : (A + Aâ = B) ; (A = B â Aâ) et (Aâ = B â A), dâoĂč A Ă Aâ = o. La contradiction « x est Ă la fois MammifĂšre et InvertĂ©bré » repose donc simplement sur le fait que lâon a rĂ©parti les animaux (B) en VertĂ©brĂ©s .(A) et InvertĂ©brĂ©s (Aâ = BA) et que, les MammifĂšres Ă©tant compris en A et non pas en Aâ, la proposition en question donnerait (A Ă A) > o ou p âą p â o. Mais la non-contradiction fondĂ©e sur cette rĂ©versibilitĂ© par complĂ©mentaritĂ© suffit-elle Ă rendre compte de la non-contradiction propre aux mathĂ©matiques, câest- Ă -dire dâune cohĂ©rence fondĂ©e sur des formes de rĂ©versibilitĂ© beaucoup plus structurĂ©es ? Câest ce que nous chercherons au chapitre VIII.
3° Ceci nous conduit au troisiĂšme aspect intĂ©ressant que prĂ©sente le groupement des opĂ©rations interpropositionnelles bivalentes. Lâexistence dâun tel groupement total dĂ©montre, en effet, de la maniĂšre la plus dĂ©cisive (Ă cause mĂȘme de son caractĂšre complet), que la logique bivalente des propositions repose exclusivement sur les relations de partie Ă tout (implications simples ou intersection) et de complĂ©mentaritĂ©, câest-Ă -dire des parties entre elles, mais par lâintermĂ©diaire du tout. Tant la rĂ©versibilitĂ© propre au groupement (complĂ©mentaritĂ© par rapport Ă lâaffirmation complĂšte), que la rĂ©ciprocitĂ© (complĂ©mentaritĂ© par rapport Ă lâĂ©quivalence : voir thĂ©orĂšme V du § 31) et que par consĂ©quent la corrĂ©lativitĂ© elle-
mĂȘme (inversion des rĂ©ciproques : voir thĂ©orĂšme I du § 31) relĂšvent de ce seul principe. Telle est la grande diffĂ©rence entre la logique bivalente et la logique mathĂ©matique, qui admet (grĂące aux correspondances bi-univoques quelconques, au principe gĂ©nĂ©ral de rĂ©currence, etc.) une mise en relations directes des parties entre elles et parvient ainsi Ă dĂ©passer les limites du groupement dans la direction de groupes de plus en plus complexes.
Mais nây a-t-il pas contradiction Ă opposer aux « groupes » mathĂ©matiques le « groupement » propre aux relations logiques de partie Ă tout, alors que les opĂ©rations (p w q) et (p = q) constituent dĂ©jĂ Ă elles seules des groupes et que le systĂšme des inversions, rĂ©ciprocitĂ©s et corrĂ©lativitĂ©s forme, dâautre part, un vĂ©ritable « groupe de transformations » ? Non, parce que lâopĂ©ration (w) ne conduit Ă la construction dâun groupe quâĂ la condition de dĂ©boĂźter de leurs inclusions ou implications les parties non communes pour les relier directement entre elles : cela signifie donc que le groupe des disjonctions exclusives (w) ne peut ĂȘtre tirĂ© du groupement des disjonctions simples (v) quâĂ la condition prĂ©cisĂ©ment dâĂ©carter les identiques spĂ©ciales (p âšÂ p) nĂ©cessaires aux emboĂźtements logiques et distinguant le groupement des groupes. Quant aux Ă©quivalences, chaque Ă©quivalence p â q Ă©tant Ă la fois lâopĂ©ration directe, inverse et identique du groupe p = q = r â  âŠ, il va de soi que si lâon a deux Ă©quivalences distinctes, par exemple p = q et s = t, mais (p â s), le passage de lâune de ces Ă©quivalences Ă lâautre ne sera plus une Ă©quivalence : le groupe des Ă©quivalences ne porte donc que sur la relation la plus gĂ©nĂ©rale qui soit, et sur une relation commune Ă la logique et aux mathĂ©matiques, mais non pas sur les opĂ©rations permettant de construire les Ă©quivalences et de distinguer leurs diverses variĂ©tĂ©s. Donc, si le groupe des Ă©quivalences exprime lâaspect le plus gĂ©nĂ©ral du groupement, câest Ă la condition dâen Ă©liminer les parties non communes (w), de mĂȘme que le groupe des exclusions Ă©limine les parties communes. Ainsi lâopposition subsiste entre le groupement dâensemble des opĂ©rations logiques, qui rĂ©unit en un seul tout les parties communes et les parties non communes du systĂšme, parce que portant sur les emboĂźtements comme tels, et les groupes (w) et ( = ) qui abstraient du groupement deux sortes de relations pour les considĂ©rer Ă part : seule leur connexion indissociable (pwq = x) leur confĂšre, en effet, une signification logique en subordonnant les parties disjointes (p w q) au tout (= x) qui les rĂ©unit (sous la forme p âą x et q âą x ou p â q et q d x).
Quant au groupe des quatre opĂ©rateurs dâinversion, de rĂ©ciprocitĂ©, de corrĂ©lativitĂ© et dâidentitĂ©, il rĂ©sulte, comme nous lâavons vu, du fait que ces opĂ©rateurs sont alors considĂ©rĂ©s en eux-mĂȘmes et indĂ©pendamment des autres opĂ©rations du groupement. Il sâensuit que les opĂ©rations interpropositionnelles Ă©lĂ©mentaires (v ; â ; * ; etc.) sur lesquelles procĂšdent les transformations ne sont envisagĂ©es que dans leurs divers rapports dâinversion (N, R et C) et non pas de rĂ©union.
DonnĂ© dĂšs le dĂ©part (voir § 39, A, sous 7 bis), avec le quaterne des opĂ©rations (vp); (-p);(vp) et(âp), un tel groupe consiste, en effet, non pas Ă utiliser ces derniĂšres telles quelles, comme le font les opĂ©rations de rĂ©union du groupement, mais Ă les transformer les unes dans les autres. Il constitue donc non pas la source, mais le rĂ©gulateur du groupement, dont il exprime le facteur de mobilitĂ© par opposition aux emboĂźtements comme tels : en dissociant les complĂ©mentaritĂ©s elles-mĂȘmes (inversions et rĂ©ciprocitĂ©s) des emboĂźtements qui les fondent, il marque la frontiĂšre des rapports de partie Ă tout et des relations entre les parties. Au sein mĂȘme du groupement, on discerne ainsi deux aspects distincts, quoique indissociables, en cette structure Ă©lĂ©mentaire : lâaspect de rĂ©versibilitĂ©, origine du groupe, et lâaspect dâemboĂźtement, origine des « identiques spĂ©ciales ». Mais, sâil existe donc des groupes sur le plan de la logique pure, ils ne suffisent pas Ă embrasser celle-ci en sa totalitĂ©, puisquâils demeurent subordonnĂ©s aux rapports de partie Ă tout et de complĂ©mentaritĂ©. Câest ce qui explique Ă la fois lâautonomie et les limites de la logique bivalente. Son autonomie, parce que le groupement se suffit Ă lui-mĂȘme en tant que thĂ©orie des relations entre la partie et le tout. Mais ses limites parce que les raisonnements mathĂ©matiques reposant sur des structures de groupe plus complexes, et notamment le fameux raisonnement par rĂ©currence, ne peuvent ĂȘtre rĂ©duits Ă ces seules relations et supposent une thĂ©orie des rapports entre les parties elles-mĂȘmes.