Chapitre VI.
Les fondements de la dĂ©duction : l’axiomatique et les « groupements » de la logique bivalente a

AprĂšs avoir analysĂ© les opĂ©rations interpropositionnelles fondamentales, il s’agit de chercher Ă  dĂ©gager les fondements de la dĂ©duction. DĂ©duire, c’est construire les conclusions Ă  partir de prĂ©misses au moyen des opĂ©rations prĂ©cĂ©demment dĂ©crites. La dĂ©duction suppose donc la dĂ©monstration des transformations propres au calcul des propositions, c’est-Ă -dire la formulation des principes assurant le passage du vrai au vrai. Il convient donc maintenant d’étudier ces principes, c’est-Ă -dire de remonter du calcul opĂ©ratoire Ă  la structure qui le fonde.

§ 33. Position du problÚme

II n’est qu’une maniĂšre de dĂ©montrer, dans les sciences dĂ©ductives : c’est l’axiomatisation, qui prĂ©sente cet immense avantage de vouloir tout expliciter et de rassembler la matiĂšre formelle en un nombre minimum de propositions premiĂšres ; celles-ci sont alors admises sans dĂ©monstration (axiomes), mais permettent de suivre pas Ă  pas la construction ultĂ©rieure dont elles supportent tout le poids. DĂ©gager les principes de la dĂ©duction, ce sera donc d’abord examiner les axiomes sur lesquels on peut faire reposer le calcul des propositions. Or l’axiomatique de la logique bivalente est Ă©tablie depuis longtemps : Russell et Whitehead, Nicod, Hilbert, Ackermann et Bernays ont attachĂ© leurs noms Ă  des analyses axiomatiques bien connues qui rendent inutile une nouvelle discussion technique du problĂšme.

Mais si l’axiomatique peut ĂȘtre conçue, en mathĂ©matiques pures, comme le point de dĂ©part premier d’une thĂ©orie (sans que ce caractĂšre mathĂ©matiquement premier ait pour autant un sens Ă©pistĂ©mologiquement premier), il ne saurait en ĂȘtre de mĂȘme en logique. En effet,

tout emploi de la mĂ©thode axiomatique suppose la logique, et assurer axiomatiquement le fondement de la logique consiste Ă  fonder la logique sur elle-mĂȘme en un cercle inexorablement vicieux. Cela n’enlĂšve naturellement rien Ă  l’utilitĂ© de la recherche axiomatique, laquelle demeure indispensable pour la dissection des connexions en jeu. Mais cette recherche ne rĂ©sout pas le problĂšme des fondements, puisque les axiomes formulĂ©s par une axiomatique ne sauraient ĂȘtre constituĂ©s en principes de la logique qu’une fois la logique entiĂšre dĂ©jĂ  mise en Ɠuvre dans la construction de l’axiomatique elle-mĂȘme, c’est-Ă -dire une fois la logique admise implicitement en son ensemble par l’emploi de la seule mĂ©thode qui la prĂ©suppose nĂ©cessairement (puisqu’elle tend par sa nature propre Ă  Ă©liminer toute intuition).

C’est pourquoi Wittgenstein, et d’autres auteurs avec lui, cherchent Ă  atteindre une Ă©vidence logique de dĂ©part par l’intuition directe des liaisons les plus Ă©lĂ©mentaires, et Ă  remonter de ces connexions initiales aux opĂ©rations supĂ©rieures par un symbolisme Ă©galement conçu comme bĂ©nĂ©ficiant de l’évidence intuitive. Or nous avons vu (§ 3) les difficultĂ©s d’une telle entreprise : elle prĂ©sente le double inconvĂ©nient de se rendre solidaire d’un rĂ©alisme naĂŻf, de nature extralogique (et insoutenable au point de vue physique comme au point de vue psychologique), ainsi que d’un atomisme logique contraire Ă  l’existence des totalitĂ©s opĂ©ratoires proprement formelles.

Mais il reste une troisiĂšme mĂ©thode, que nous suivrons ici. Toute axiomatique repose sur : 1° des propositions premiĂšres, indĂ©montrables en elles-mĂȘmes, mais dont on dĂ©duit toutes les autres ; 2° des opĂ©rations qu’on se donne, de maniĂšre Ă  assurer prĂ©cisĂ©ment cette dĂ©duction, et mĂȘme Ă  formuler les axiomes comme tels. Or ces opĂ©rations (qui correspondent psychologiquement Ă  des actions proprement dites, Ă  des « manipulations » comme on dit parfois, et non pas seulement Ă  des images ou Ă  des signes) sont liĂ©es les unes aux autres selon un ensemble prĂ©cis de lois. Le rĂŽle des axiomes est essentiellement de rĂ©gler de telles opĂ©rations, c’est-Ă -dire de formuler les rĂšgles du jeu ou les conditions de leur emploi. Seulement ce rĂ©glage, qui suffit Ă  la dĂ©duction ultĂ©rieure, n’assure qu’une explicitation insuffisante au systĂšme d’ensemble que constituent les opĂ©rations elles-mĂȘmes et qui reste ordinairement implicite. Il s’agit donc d’expliciter le systĂšme d’ensemble dont Ă©mane les opĂ©rations qu’utilise nĂ©cessairement l’axiomatique. Supposons que

la logique des propositions constitue une totalitĂ© opĂ©ratoire telle que toutes les opĂ©rations enjeu soient solidaires les unes des autres et prĂ©sentent, en tant que structures d’ensemble, une forme bien dĂ©terminĂ©e : cette structure aura donc ses lois propres, en tant que lois de totalité ; par consĂ©quent le dĂ©tail des transformations dĂ©pendra de ces lois elles-mĂȘmes, et non pas l’inverse. Ce seront alors ces lois de totalitĂ© qui constitueront les principes rĂ©els de la dĂ©duction, et non pas uniquement les axiomes, situĂ©s avec raison au point de dĂ©part de la construction, mais qui prĂ©sentent cet inconvĂ©nient de ne pas expliciter le mĂ©canisme entier des opĂ©rations dont ils assurent simplement le rĂ©glage.

Mais, si l’hypothĂšse est correcte, c’est-Ă -dire, si cette troisiĂšme mĂ©thode se rĂ©vĂšle efficace, il faudra naturellement que les lois de totalitĂ©s se reflĂštent Ă  l’intĂ©rieur des axiomes eux-mĂȘmes puisque ceux-ci expriment les aspects essentiels du mĂ©canisme opĂ©ratoire. Une telle mĂ©thode comporte donc une vĂ©rification possible, laquelle consistera Ă  retrouver, dĂšs les axiomes admis par Russell, Hilbert ou Nicod, le principe des totalitĂ©s que l’on peut par ailleurs dĂ©velopper explicitement. Chacun sait, en effet, que les axiomes sur lesquels est fondĂ©e une thĂ©orie sont astreints Ă  remplir simultanĂ©ment ces trois conditions d’ĂȘtre non-contradictoires, complets et nĂ©anmoins indĂ©pendants : ils doivent donc constituer Ă  eux seuls un systĂšme (non-contradiction des axiomes entre eux), mais dont les Ă©lĂ©ments ne se dĂ©duisent pas les uns des autres (indĂ©pendance des mĂȘmes axiomes). En quoi consistera alors un tel systĂšme, sinon en une totalitĂ© opĂ©ratoire dont la non-contradiction sera assurĂ©e par la rĂ©versibilitĂ© (le principe de non-contradiction (p ‱ p = 0) est dĂ©jĂ  l’expression d’une telle composition rĂ©versible) et l’indĂ©pendance des Ă©lĂ©ments par la diversitĂ© nĂ©cessaire des opĂ©rations, par ailleurs intercomposables ? A cet Ă©gard, il est clair que des axiomes tels que pi {pv q) ou (p √ p) d p, choisis par Russell Ă  titre de propositions premiĂšres, n’ont rien de « premier » pour l’analyse opĂ©ratoire : ils dĂ©crivent simplement des mĂ©canismes tels que l’emboĂźtement de la partie (p) dans le tout (p √ q), ou de la partie (p √ p) dans elle-mĂȘme (p), mais ces mĂ©canismes ne sauraient avoir d’existence ou prĂ©senter de signification que dans leur solidaritĂ© comme telle. DĂ©gager les principes de la dĂ©duction, ce sera donc chercher ce qui est impliquĂ© dans les axiomes les plus simples dont la nĂ©cessitĂ© a Ă©tĂ© reconnue : si la mĂ©thode est efficace, on trouvera alors, au sein mĂȘme des axiomes auxquels Russell ou Hilbert ont

∖

rĂ©duit le calcul interpropositionnel, les lois de cette structure d’ensemble qui sont requises par l’existence mĂȘme des opĂ©rations. On sait en particulier comment Nicod a ramenĂ© Ă  un « axiome unique » les divers axiomes indĂ©pendants de Russell, sans pour autant supprimer cette indĂ©pendance elle-mĂȘme : la proposition complexe qui en est rĂ©sultĂ©e prĂ©sente une occasion particuliĂšrement favorable pour l’analyse de la structure opĂ©ratoire d’ensemble sous-jacente Ă  toute axiomatique logistique.

Mais, aprĂšs avoir rempli cette premiĂšre partie du programme, il conviendra naturellement de chercher Ă  construire directement cette structure totale que forment, par hypothĂšse entre elles, les opĂ©rations interpropositionnelles bivalentes. On se trouve ici en prĂ©sence de plusieurs possibilitĂ©s, correspondant Ă  celles que nous avons dĂ©jĂ  examinĂ©es en ce qui concerne les opĂ©rations de classes et de relations : il s’agira donc de dĂ©terminer si la forme d’ensemble de la logique bivalente constitue un lattice, un groupe ou est rĂ©ductible Ă  un simple groupement.

§ 34. Les axiomes de Russell et Whitehead et de Hilbert et Aekermann

Toute la logique bivalente peut ĂȘtre dĂ©duite, comme l’ont montrĂ© les travaux de Russell et Whitehead, aux quatre axiomes, que Hilbert et Aekermann Ă©crivent comme suit1:

(212) Ax. I : (p ∹ p) □ p

(213) Ax. II : p □ (p ∹ q)

(214) Ax. III : (p √ q) o (q √ p)

(215) Ax. IV : (p □ q) o [(r ∹ p) ⊃ (r ∹ q)]

Plus prĂ©cisĂ©ment Russell ajoutait Ă  cet ensemble un cinquiĂšme axiome [pv⅛v r)] ≡⅛v(p √ r)], mais P. Bernays a dĂ©montrĂ© qu’il Ă©tait rĂ©ductible aux quatre prĂ©cĂ©dents.

Ces quatre axiomes2 s’écrivent de la maniĂšre suivante dans la notation de Russell :

(216) Ax. I : (p √ p) √ p

(217) Ax. II : p √ (p √ q)

(218) Ax. III : (p v ?) √ (q √ p)

(219) Ax. IV : (p √ 7) √ [(r v p) √ (r √ g)]

1. Hilbert et Aekermann, GrundzĂŒge der theoretischen Logik (Springer), Berlin, 1928.

2. Nous donnerons au cours de la discussion qui va suivre (1 Ă  9) des exemples concrets illustrant la signification de chacun de ces axiomes.

Cette notation exprime, en effet, l’implication (p ⊃ q) par l’alternative (p √ q) (voir proposition 159). Hilbert, tout en fondant le calcul des propositions sur les liaisons (v) et (— ), dĂ©clare considĂ©rer la notation (p 1 q) comme une « abrĂ©viation »1 de la notation (p √ q) ; de mĂȘme que la notation (p ‱ q) est un abrĂ©gĂ© de (p √ q).

La notation de Frege, qui traduit tout en implications, donne :

(220) Ax. I : (pi p)i p

(221) Ax. II : p1(p1q)

(222) Ax. III : (p1q)1(q1p)

(223) Ax. IV : (p 1 q) i[(r 1 p) 1 (r 1 q)]

Enfin celle de Brentano, qui réduit tout à la négation et à la conjonction, donne :

(224)2 Ax. I : p ■ p - p

(225) Ax. II : p ■ p ‱ q

(226) Ax. III : p∙q∙q∙p

(227) Ax. IV : p ‱ q r ∙p r ∙q

Étant donc admis que ces quatre axiomes, exprimables Ă  volontĂ© dans l’une des quatre notations prĂ©cĂ©dentes, supportent tout le poids de la logique bivalente, le problĂšme que nous nous posons est le suivant : quelles sont les structures opĂ©ratoires que l’on se donne explicitement ou implicitement, en choisissant de telles propositions premiĂšres ? Chacun de ces axiomes constitue, en effet, la description d’une certaine forme d’opĂ©ration. C’est ce que prĂ©cise Hilbert, en traduisant chacun d’eux par une « rĂšgle » de calculÂź. ’ ■ Mais ce qui nous intĂ©resse ici, ce n’est pas de savoir comment, partant des axiomes, on va descendre, en les considĂ©rant comme des rĂšgles de calcul, Ă  la dĂ©monstration des thĂ©orĂšmes particuliers de la logique des propositions : c’est lĂ  l’Ɠuvre propre de l’axiomati- cien. Ce qui nous importe, au contraire, c’est de remonter des axiomes Ă  leur fondement pour ainsi dire prĂ©axiomatique, autrement dit Ă  la structure opĂ©ratoire qu’ils enveloppent et qu’ils appliquent, souvent implicitement, Ă  la dĂ©duction, mais qu’il s’agit

l. ‱ AbkĂŒrzung », Hilbert et Ackermann, ibid.,I>. 23.

2. L’ax. I (proposition 224) est donnĂ© dans les ElĂ©ments de M. Boll avec une nĂ©gation en trop peu, soit (p∙p∙p) (p. 88). Cette coquille typographique est reproduite par Serrus (p. 103) sans commentaire ni citation.

3. Hilbert et Ackermann, ibid. p. 24.

d’expliciter si l’on veut atteindre la structure d’ensemble qu’ils constituent par leur rĂ©union. Or cette structure opĂ©ratoire comporte les neuf aspects distincts que voici :

I. L’emboütement de la partie dans le tout

L’axiome II, Ă©crit sous la forme 213 [p 3 (p v ç)], exprime le fait fondamental que toute proposition p fait partie d’un tout formĂ© d’elle-mĂȘme et d’autres propositions auxquelles elle est rĂ©unie de façon disjonctive. Soit p =« x est VertĂ©bré » et o = une autre proposition quelconque telle

Fia. 37.

que « x est aquatique » ou « x est unicellulaire », etc., on a toujours p 3 (p √ g), c’est-Ă -dire « si x est VertĂ©brĂ©, il est alors ou VertĂ©brĂ© ou aquatique (ou unicellulaire, etc.) ou les deux Ă  la fois » : cette proposition p 3 (p √ q) est donc toujours vraie, car, si (p ‱ q) est faux, on a au moins (p ‱ q), et si (p ‱ q) est faux on a au moins (p ‱ q): d’oĂč (p ‱ q) √ (p ‱ q) √ (p ■ q).

Traduit en langage de classes, l’axiome p 3 (p √ q) correspond, en effet, Ă  l’inclusion P < (P 4- Q) (voir la figure 37), dans laquelle P + O se dĂ©compose en PO Ă· PO

+ PQ, l’une ou deux de ces sous-classes pouvant ĂȘtre nulles (Ă  la condition que ce ne soit pas PQ et PQ Ă  la fois ni PQ et PQ Ă  la fois). I

On constate ensuite que cet axiome est absolument gĂ©nĂ©ral, et on peut mĂȘme l’écrire p 3 (p √ p), ce qui correspond Ă  l’inclusion des classes P < (P + P) : la classe des arguments vĂ©rifiant p est incluse dans l’univers du discours formĂ© par tous les arguments vĂ©rifiant p (classe P) et par tous ceux pour lesquels p a une valeur fausse (classe P), sans tertium possible (principe du tiers exclu propre Ă  la logique bivalente).

Or, un tel axiome prĂ©sente une signification opĂ©ratoire fondamentale. Il revient Ă  considĂ©rer chaque proposition comme une affirmation dĂ©limitĂ©e ou partielle, emboĂźtĂ©e dans une affirmation plus Ă©tendue : celle-ci joue alors le rĂŽle d’un tout par rapport Ă  la premiĂšre, qui en constitue de ce fait une partie intĂ©grante. Cet

 

emboßtement de la partie dans le tout est assurément le premier principe de toute logique, et appartient en commun à la logique des propositions et à celle des classes ou des relations.

En langage de disjonctions seules, l’axiome II devient p √ (p √ q) (proposition 217), puisque p ⊃ q Ă©quivaut Ă  p √ q (proposition 159). Dans l’exemple choisi, cela revient Ă  dire : « Ou bien x n’est pas VertĂ©brĂ©, ou bien il est VertĂ©brĂ© ou aquatique (ou unicellulaire, etc.) ». Le modĂšle correspondant de classes est alors P + (P + Q) = (P + Q), ou P < (P + Q), car, si l’ensemble rĂ©fĂ©rentiel est (P + Q) = (PQ + PQ + PQ) avec PQ positif ou nul, la classe P est bien comprise dans P + Q.

En langage d’implication, l’axiome II est p ⊃ (p ⊃ g) (proposition 221) puisque (p √ q) = (p □ q) ‱ (q d p). En effet, l’expression (p d q) signifie (p ‱ q) √ (p ‱ q) √ (p ‱ g) comme l’expression (p √ g) elle-mĂȘme. L’expression p ⊃ (p Dg) correspond donc aux relations de classes P < (PQ + PQ + PQ). L’implication q^> p donne elle aussi (p ‱ g) √ (p ‱ g) √ (p ‱ g) et correspond aux mĂȘmes inclusions.

Enfin le langage des conjonctions et négations donne :

(p ‱ p ‱ g) =’ (p ∹ p ■ g) = p D (p . g) = p D (p ∹ g)

et correspond donc aux mĂȘmes emboĂźtements de classes.

Quelle que soit la formulation adoptĂ©e, on constate donc que l’axiome II exprime le mĂȘme emboĂźtement fondamental de la partie dans le tout. Que l’on traduise cet emboĂźtement en termes d’extension (classes), de comprĂ©hension (relations) ou de simple assertion (propositions), il reste qu’il constitue la condition initiale de toute structuration logique.

II. L’emboĂźtement de la partie en elle-mĂȘme (ou du tout en lui- mĂȘme)

Un second principe fondamental de la logique est celui qu’exprime l’axiome I (p √ p) d p ; son rang montre mĂȘme que les axiomatiques de Russell et de Hilbert en font la premiĂšre proposition Ă  admettre pour construire le calcul interpropositionnel. En effet, selon Russell, une proposition est « ce qui s’implique soi- mĂȘme » : p⊃p. Mais il est douteux qu’une proposition isolĂ©e (Ă  supposer que cette notion ait un sens) puisse s’impliquer elle-mĂȘme, car une proposition est toujours Ă  la fois partie intĂ©grante d’un ensemble (Axiome II) et totalitĂ© en elle-mĂȘme : cela est vrai dĂ©jĂ  des propositions dites « atomiques » ou « élĂ©mentaires » qui rĂ©sultent dĂšs le dĂ©part de l’interfĂ©rence avec d’autres propositions. Toute proposition implique donc simultanĂ©ment d’autres propositions et elle-mĂȘme.

Mais cette auto-implication ou emboĂźtement de la partie en elle- mĂȘme est distincte de l’hĂ©tĂ©ro-implication, ou emboĂźtement de la partie dans le tout, bien que les deux soient solidaires. En effet, l’axiome I s’écrit (p √ p) 3 p et non pas p ⊃ (p √ p) ou p = (p √ p), quoique ces deux expressions soient vraies elles aussi. Mais le rapport (p √ p) 3 p est le plus remarquable des trois, car il exprime sĂ©parĂ©ment cette vĂ©ritĂ©, indĂ©pendante de p 3 (p √ q), qu’une proposition p rĂ©unie Ă  elle-mĂȘme (p √ p) implique sa propre vĂ©ritĂ©, mais n’implique rien de plus que la vĂ©ritĂ© dĂ©jĂ  contenue en p seule : l’auto-implication est donc Ă  la fois nĂ©cessaire et tautologique. Elle correspond, en termes de classes, Ă  la tautification A + A = A (proposition 20). Or, l’emboĂźtement de la partie dans le tout peut s’imposer sans qu’il y ait pour autant tautification : dans le cas des nombres entiers finis, onaΞ<ljl<2etn<n + l (emboĂźtement de chaque nombre dans le suivant) ou mĂȘme n < (n + m) et cependant on a 1 + 1 = 2 et non pas 1 + 1 = 1 (itĂ©ration et non pas tautologie).

En langage de disjonction on a (p √ p) √ p puisque (p^>q) = (pvq). En termes d’implication, on a (p 3 p) 3 p car (p 3 p) est Ă©quivalent Ă  (p ‱ p) donc Ă  (pvp). Les opĂ©rations correspondantes de classes sont alors :

(P < P) < P ou (P + P) + P = P

Or, cette expression n’est vraie qu’en un seul cas : celui dans lequel la classe P est vide. En effet, si P = O, alors la classe P inclut effectivement la classe nulle (P). Mais admettre que P soit une classe nulle revient prĂ©cisĂ©ment Ă  dire que (p ‱ p) est vide (p ‱ p = O) et que seule subsiste l’alternative pvp : ainsi la proposition (p s p) 3 p est Ă  la fois exacte et Ă©quivalente Ă  (p √ p) 3 p, c’est-Ă -dire Ă  l’expression de l’auto-implication tautologique.

Enfin, en termes de nĂ©gations et de conjonctions, on a p ■ p ‱ p, dont la signification est que l’on ne saurait affirmer simultanĂ©ment p ■ p (= pvp) et p, d’oĂč p ‱ p (= p √ p) 3 p.   Les opĂ©rations correspondantes de classes sont alors :

P×P×P=(P×Pj<P=(P + P)<P

En chacune de ces expressions, on retrouve donc ce principe que la proposition p s’implique elle-mĂȘme, et que cet auto-emboĂźtement de l’élĂ©ment logique exprime le caractĂšre tautologique de la rĂ©union (p √ p) laquelle Ă©quivaut ainsi Ă  l’affirmation unique de p. 

III. La commutativité de la réunion des parties

L’axiome III (p √ q) 1 (q √ p) exprime ce troisiĂšme principe fondamental selon lequel la rĂ©union des Ă©lĂ©ments p et q en un seul tout (p √ q) est indĂ©pendante de l’ordre et prĂ©sente par consĂ©quent la propriĂ©tĂ© de la commutativitĂ©. Ce principe constitue l’équivalent, dans le domaine des opĂ©rations interpropositionnelles, de ce que reprĂ©sente, dans la logique des classes, la commutativitĂ© de l’addition (P + Q=Q+P), et, dans la logique des relations, la commutativitĂ© de l’addition des relations symĂ©triques : ( car + ta∖ ) = ( ta∖ + ,√4).

La traduction de ce rapport en termes de disjonction :

(pVq) √ (qyp)

n’y ajoute rien de plus. Il en est de mĂȘme de la notation p ∙q ∙q ∙p qui Ă©quivaut exactement Ă  pvq √ (q √ p) selon la rĂšgle de dualitĂ©.

Par contre, l’expression (pi q) 1 (qi p) introduit, Ă  l’état explicite, une relation contenue seulement de façon implicite dans les expressions prĂ©cĂ©dentes : la rĂ©ciprocitĂ©. En effet, si l’on a :

(p⊃9)⊃(⅛⊃p)

on a nĂ©cessairement aussi (q 1 p) 1 (p 1 q), donc (p 1 q) = (q 1 p), puisque (p √ q) Ă©quivaut simultanĂ©ment Ă  (p 1 q) et Ă  (q 1 p) et (q √ p) Ă©galement. La rĂ©ciprocitĂ©, qui constitue un principe essentiel comme fondement de la logique, intervient, sous une forme ou sous une autre, en chaque opĂ©ration, et il est clair que mĂȘme dans la notation en termes de pure disjonction on a dĂ©jà :

[(PVq) ∹ (q v p)] = [(ÿVp) ∹ ⅛ ∹ ç)]

ce qui ajoute un Ă©lĂ©ment de rĂ©ciprocitĂ© Ă  la simple commutativitĂ©. Mais dans le cas des opĂ©rations non-commutatives, comme l’implication, le problĂšme de la rĂ©ciprocitĂ© prend une forme spĂ©ciale : c’est pourquoi l’expression (p 1 q) 1 (q 1 p), qui est un systĂšme d’implications, diffĂšre de l’expression (p √ q) 1 (q √ p) en ce que les deux termes (p √ q) et (q √ p) sont, chacun Ă  part, Ă©quivalents Ă  (p 1 q) et (q 1 p) rĂ©unis. Aussi renvoyons-nous la discussion de cette forme particuliĂšre de l’axiome III, due aux exigences de la notation de Frege, au n° VIII oĂč nous traiterons de la rĂ©ciprocitĂ© en gĂ©nĂ©ral.

IV. L’ordre des emboütements

Avec la notion d’ordre, qui s’oppose Ă  la commutativitĂ© propre Ă  la rĂ©union des parties, nous en arrivons Ă  certains principes qu’il est nĂ©cessaire d’admettre Ă  titre de fondements de la logique et cela malgrĂ© le fait qu’ils ne figurent pas explicitement dans les axiomes. Mais s’ils ne sont pas l’objet d’une formulation axiomatique spĂ©ciale, du moins en logique (Hilbert a Ă©noncĂ© les axiomes d’ordre avec soin parmi les axiomes de la gĂ©omĂ©trie), ils n’en jouent pas moins un rĂŽle implicite Ă©vident parmi les quatre axiomes discutĂ©s ici mĂȘme (rĂŽle augmentant encore d’importance avec 1’« axiome unique » de Nicod, qui les rĂ©sume en un seul).

Contrairement Ă  l’opĂ©ration de la rĂ©union des parties {p √ q), qui est commutative, les emboĂźtements de partie Ă  tout comportent en effet la prĂ©sence d’un ordre qui se traduit dans la non-commutativitĂ© de l’opĂ©ration d’implication. Ainsi (p □ q) n’équivaut point Ă  (q □ p) parce que la partie p est emboĂźtĂ©e dans le tout q et non pas l’inverse. Par exemple l’axiome II s’écrit p=>(pvq) et non pas (p √ q) □ p, ce second Ă©noncĂ© n’équivalant pas au premier et exprimant une assertion fausse, puisque (p √ q) implique seulement la vĂ©ritĂ© de p ou celle de q (avec possibilitĂ© mais non pas nĂ©cessitĂ© de la vĂ©ritĂ© simultanĂ©e de ces deux propositions). L’axiome II suppose donc l’ordre p □ (p √ q), par opposition Ă  l’ordre (p √ q) □ p, ce qui revient Ă  dire qu’il enveloppe la nĂ©cessitĂ© d’une distinction gĂ©nĂ©rale entre l’ordre (p □ q) et l’ordre (q ⊃ p).

En effet, si la notion d’ordre est Ă©trangĂšre Ă  la plupart des opĂ©rations interpropositionnelles (v), (‱), (w), ( = ), (|), elle s’impose dans le cas des deux implications (⊃) et (c). Dira-t-on que l’implication (p □ q) Ă©quivaut Ă  la disjonction (p √ q), c’est-Ă -dire Ă  une opĂ©ration commutative ? Mais c’est justement reconnaĂźtre que l’ordre inverse (q s p) Ă©quivaut Ă  une autre disjonction, laquelle est (q √ p). L’intĂ©rĂȘt n’est donc pas que (p v q) puisse ĂȘtre permutĂ© en ⅛v p), mais que les opĂ©rations Ă  termes non permutables (p □ q) et (q □ p) correspondent aux deux assertions distinctes (p √ q) et (p √ q) qui ne s’équivalent nullement.

La raison en est claire : l’opĂ©ration (p √ q) exprime la rĂ©union des parties p et g en un mĂȘme tout (p √ q) et cette rĂ©union est indĂ©pendante de l’ordre, puisqu’il s’agit de parties situĂ©es Ă  un mĂȘme niveau hiĂ©rarchique. Au contraire, l’implication p ⊃ q, et la suite d’implications p ⊃ q\ q ? r ; r^s] etc., expriment une succession d’emboĂźtements de la partie dans le tout et de ce tout conçu comme une

nouvelle partie dans un tout de rang supĂ©rieur : p → q → r → s → 
 Ces emboĂźtements impliquent donc un ordre, lequel correspond aux inclusions Ă©galement ordonnĂ©es P<Q<R<S< etc.

V. L’intersection des parties (ou des totalitĂ©s)

Aux principes de l’emboĂźtement (1), de l’auto-emboĂźtement (2) et de la commutativitĂ© des opĂ©rations de rĂ©union (3), il faut ajouter un autre principe qui n’en dĂ©coule pas (et en dĂ©coule mĂȘme si peu que la syllogistique classique l’a presque complĂštement nĂ©gligĂ©) : celui de l’intersection possible des associations, partielles ou totales, de propositions. Ici encore il s’agit d’un principe non-axiomatisĂ© explicitement, mais qui intervient Ă  l’état implicite dans les axiomes II et IV : l’opĂ©ration (p √ q) signifie, en effet, l’éventualitĂ© des trois associations (p ■ q) ; (p ■ q) et (p ■ q). Or, nous l’avons vu (voir la figure 37 et l’exemple), ces trois possibilitĂ©s correspondent Ă  l’intersection des classes P et Q, dont la partie commune est PQ et dont les parties non-communes sont PQ et PQ. L’opĂ©ration (p √ q) implique ainsi la possibilitĂ© de la conjonction p ‱ q en tant qu’intersection des propositions partiellement disjointes p(v)q.

VI. La transitivité des emboßtements

Nous touchons ici au fondement principal de la déduction, et le principe en est formulé

explicitement par l’axiome IV. En posant :

(p 3 ü) ⊃ [(p ∹ r) 3 ⅛ ∹ r)]

on affirme, en effet, que l’association (p √ r) entraĂźne l’association (qvr) par l’intermĂ©diaire de (p 3 q).

Fig. 38.

Exempte : si p = « x est insecte »; q~ « z est InvertĂ©bré » et r —   « z est

aquatique », on a : « Si Insecte implique Invertébré, le fait que x soit Insecte ou aquatique (ou les deux) implique que x soit Invertébré ou aquatique (ou les deux) ».

Cet axiome (IV) exprime ainsi, sous sa forme la plus gĂ©nĂ©rale, la transitivitĂ© des emboĂźtements de partie Ă  tout : l’implication (p √ r) 3 (q √ r) est, en effet, plus gĂ©nĂ©rale que l’implication

 

(r □ p) □ (r 1 q) et y conduit comme à un cas particulier. C’est ce

que montre intuitivement le schĂ©ma des inclusions de classes correspondantes. L’axiome IV peut d’abord correspondre Ă  la figure 38, oĂč l’on a :

(228) (pÎčqy)i [(p vr) ⊃ ⅛ ∹ r)] = (p ■ q-r)v (p ■ q-r)v

(P- q ‱ r) ∹ (P ■ q ‱ r) ∹ (p ‱ q ‱ r)

Mais l’axiome reste vrai si l’association (p ‱ q ‱ r) est nulle (fig. 39).

Il reste Ă©galement vrai si l’association (p ‱ q ‱ r) est remplacĂ©e par (p ‱ q ‱ r), c’est-Ă -dire si r d q (fig. 40).

Il reste enfin vrai si (p ‱ q ‱ r) est annulĂ©, ce qui rĂ©duit l’alternative (p √ r) Ă  l’implication (r □ p). En ce cas (fig. 41), les emboĂźtements sont simplement :

(229) [(p i q) ‱ (r Îč p)] □ (r □ q)

C’est ce que montre par ailleurs la formulation de Frege (proposition 223) :

(p ⊃9)d[(7⊃p)d(F⊃9)]

dans laquelle il suffit de remplacer la nĂ©gation r par une proposition positive r pour substituer l’implication (np) Ă  l’alternative (rvp).

Fia. 39.

Fia. 40,

Fia. 41.

L’axiome IV, dans l’expression choisie par Russell et Hilbert, reprĂ©sente donc bien la transitivitĂ© des emboĂźtements de partie Ă  tout sous sa forme la plus gĂ©nĂ©rale.

 

VII. La complémentarité ou réversibilité simple

Si les axiomes I-IV dĂ©gagent explicitement les rapports de partie Ă  tout, la commutativitĂ© des opĂ©rations de rĂ©union et la transitivitĂ© des emboĂźtements, ils nĂ©gligent par contre de dĂ©velopper une relation fondamentale, qui demeure implicite dans la formulation de Hilbert (propositions 212 Ă  215), mais intervient dans le symbolisme de chacune des autres formulations (propositions 216 Ă  227) : c’est la relation de complĂ©mentaritĂ©, principe de la nĂ©gation et des opĂ©rations inverses, et par consĂ©quent l’un des fondements essentiels de toute dĂ©duction.

Hilbert lui-mĂȘme prĂ©cise du reste qu’il prend l’expression {p □ q) Ă  titre d’abrĂ©viation de (p √ q), c’est-Ă -dire que la nĂ©gation p intervient dĂšs ses axiomes autant que l’affirmation p.   Or, la nĂ©gation p revient Ă  partager le champ considĂ©rĂ© des valeurs en deux sous-classes complĂ©mentaires P et p, telles que l’on ait (p w p), donc p = p (principe du tiers exclu propre Ă  la logique bivalente).

De plus, la complĂ©mentaritĂ© ne porte pas seulement sur une proposition isolĂ©e (p etp), mais sur une liaison comme telle. Par exemple la liaison p ‱ q intervenant dans la proposition 226 (axiome III dans la notation de Brentano) Ă©quivaut Ă  l’expression (p √ q) de la proposition 214, parce que nier (p ‱ q), soit « ni p ni g », c’est affirmer (p √ q), soit « p ou g ». De mĂȘme poser l’implication (p □ q), c’est exclure la non-implication (p ‱ q), etc. Or, ces nĂ©gations de liaisons reposent Ă©galement sur la complĂ©mentarité : si (p ‱ q) est la nĂ©gation de (p √ q) et vice versa, c’est que (p √ q) Ă©quivaut Ă  (p ‱ q) √ (p ‱ q) √ (p ‱ q), c’est-Ă -dire aux trois conjonctions dont la rĂ©union constitue le complĂ©mentaire de (p ‱ q) par rapport Ă  l’affirmation complĂšte ou tautologie (p ‱ q) √ (p ‱ q) √ (p ‱ q) √ (p ‱ q).

En d’autres termes, la complĂ©mentaritĂ© est le fondement, ou l’un des deux fondements, de la rĂ©versibilitĂ©. Or, si le systĂšme des emboĂźtements, avec leur transitivitĂ©, rend compte de la fĂ©conditĂ© des compositions opĂ©ratoires, c’est la rĂ©versibilitĂ©, sous sa forme de complĂ©mentaritĂ©, qui, seule, lui assure sa cohĂ©rence et sa non- contradiction, en obligeant Ă  poser (p ‱ p = o) et (p = p). A cet Ă©gard, le principe de non-contradiction (p ‱ p = o) n’est pas autre chose que l’expression de la composition conjonctive entre une opĂ©ration directe (affirmation p) et son inverse (nĂ©gation p), composition dont le propre est d’avoir pour produit l’opĂ©ration identique (o). Il en est de mĂȘme lorsqu’une opĂ©ration binaire, par exemple (p √ q),

est composĂ©e conjonctivement avec son inverse (p ■ q), le produit Ă©tant la nĂ©gation complĂšte ou « contradiction » (o) :

(230) (p ∹ q) ‱ (p ‱ q) = (o)

Il est donc indispensable de dĂ©gager le rĂŽle fondamental que joue implicitement la rĂ©versibilitĂ© simple (complĂ©mentaritĂ©) dans le mĂ©canisme opĂ©ratoire enveloppĂ© par les axiomes I-IV eux-mĂȘmes : non seulement chacun d’eux enveloppe la nĂ©gation (p √ q), qui est une rĂ©versibilitĂ© uninaire, mais encore l’obligation oĂč ils se trouvent de n’ĂȘtre pas contradictoires entre eux implique une rĂ©versibilitĂ© binaire de la forme (230), qui est l’expression mĂȘme de la non- contradiction entre les opĂ©rations bi-propositionnelles comme telles.

VIII. La réciprocité

Il existe, d’autre part, une seconde forme de rĂ©versibilité : c’est celle que l’on invoque en dĂ©signant l’implication (q 3 p) du nom d’implication inverse par rapport Ă  (p^q). Il s’agit alors d’un nouveau principe essentiel dont on ne saurait se passer dans les fondements de la dĂ©duction : la rĂ©ciprocitĂ©. La rĂ©ciprocitĂ© est, elle aussi, une complĂ©mentaritĂ©, mais par rapport Ă  l’équivalence (p = q) et non pas par rapport Ă  l’affirmation complĂšte (p * q) = (p ‱ q) √ (p ■ q) √ (p ‱ q) √ (p ‱ q) ; cela revient Ă  dire que la rĂ©union conjonctive de deux opĂ©rations rĂ©ciproques Ă©quivaut Ă  une Ă©quivalence : (p 3 q) ‱ (q ⊃ p) = (p = q).

La rĂ©ciprocitĂ© est impliquĂ©e dans l’axiome III, car si :

(p √ q) 3 (q √ p)

on a aussi (q √ p) 3 (p √ q), donc que (p √ q) = (q √ p). Or, si nous Ă©crivons l’axiome III dans la formulation de Frege, nous avons :

(231) (p 3 q) d (q 3 p) ; mais aussi (q 3 p) 3 (p 3 q) ;

donc (p 3 q) = (q 3 p)

La rĂ©alisation d’un modĂšle correspondant en opĂ©rations de classes est particuliĂšrement instructive sur ce point. On aura, en effet :

(P < Q) = (Q < P)

(Voir les propositions 206 bis, 207, 208 et 208 bis et la figure 36.)

Or, on constate que cette Ă©quivalence n’est pas une identitĂ©, mais qu’elle fait partie d’une identitĂ© dont la forme entiĂšre est (fig. 42) :

PQ + (PQ + PQ) = (PQ + PQ) + PQ (oĂč PQ peut ĂȘtre nul).

Cette expression, qui est donc la forme complÚte de :

(P < Q) = (Q < P)

constitue, on le voit, ce que nous avons appelé une vicariance dans
le domaine de la logique des classes (chap. Il, § 13). Or, la vicariance,
ou substitution complĂ©mentaire est, elle-mĂȘme, on s’en

souvient, le principe des relations symĂ©triques, c’est-Ă -dire justement des Ă©quivalences.

D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, la rĂ©ciprocitĂ© est donc la rĂ©versibilitĂ© appliquĂ©e aux relations : ou bien elle traduit sans plus

Fig. 42.

l’équivalence (rĂ©ciprocitĂ© complĂšte : p = q), ou bien elle exprime une complĂ©mentaritĂ© par rapport Ă  l’équivalence (relations dont les termes sont permutĂ©s : p ⊃ q et q 1 p, c’est-Ă -dire P < Q et Q < P, ou liaisons entre propositions niĂ©es : p iq = p s q etqip = p 1 q)1.

IX. La substitution

Si la rĂ©ciprocitĂ© constitue le principe de l’équivalence, celle-ci correspond Ă  son tour Ă  l’opĂ©ration de la substitution. Sans que cette derniĂšre prenne explicitement place au sein des axiomes, elle n’en est pas moins indispensable Ă  leur formulation, puisque le symbolisme et le calcul interpropositionnel utilisent sans cesse cette opĂ©ration, qui est la plus gĂ©nĂ©rale de toutes et constitue le moule commun de toutes les transformations d’une liaison dans une autre. Le seul fait d’annoncer, comme le fait Hilbert, que l’on pourra Ă©crire (p i q) pour (p √ q) est en rĂ©alitĂ© un appel Ă  la substitution. En effet, substituer (p 1 q) Ă  (p √ q) ne constitue pas une simple convention d’écriture assimilant l’un Ă  l’autre deux signes pour dĂ©signer une seule liaison identique Ă  elle- mĂȘme : bien que les liaisons (p √ q) et (p d q) signifient toutes deux (p ‱ q) √ (p ‱ q) √ (p ‱ q), l’implication (p ⊃ q) exprime l’emboĂźtement de p dans q, tandis que la disjonction (p √ q) met en Ă©vidence l’existence de l’association (p ‱ q) ; ce sont donc lĂ  deux liaisons substituables parce qu’équivalentes, mais non pas identiques.

I. Voir le théorÚme V et ses corollaires, au § 31.

 

§ 35. L’« axiome unique » de J. Nicod et la structure d’ensemble de la logique bivalente

EmboĂźtements additifs (v) ou multiplicatifs (‱) de la partie dans le tout et dans elle-mĂȘme, transitivitĂ© ordonnĂ©e de ces emboĂźtements, commutativitĂ© des rĂ©unions de partie, rĂ©versibilitĂ© par complĂ©mentaritĂ© ou rĂ©ciprocitĂ© et substitutions, tels sont donc les caractĂšres du mĂ©canisme opĂ©ratoire que supposent, mais n’explicitent pas complĂštement les axiomes de Russell et de Hilbert. Le fondement de la dĂ©duction est ainsi Ă  chercher dans la structure d’ensemble que comporte un tel systĂšme d’opĂ©rations et il s’agit par consĂ©quent de dĂ©gager en quoi consiste leur solidaritĂ© nĂ©cessaire.

Or, pour procĂ©der de l’analyse sĂ©parĂ©e des divers aspects opĂ©ratifs Ă©numĂ©rĂ©s prĂ©cĂ©demment Ă  la reconstitution synthĂ©tique du systĂšme total qu’ils caractĂ©risent, il n’est pas besoin de quitter le terrain de l’axiomatique elle-mĂȘme et nous pouvons continuer Ă  employer la mĂȘme mĂ©thode de dissection opĂ©ratoire, en l’appliquant cette fois aux quatre axiomes (I-IV), mais rĂ©unis en une seule formule. Les axiomes d’une thĂ©orie dĂ©ductive devant ĂȘtre Ă  la fois complets, compatibles et indĂ©pendants, leur condensation en une formule unique permet, en effet, de dĂ©gager directement la structure d’ensemble que, ainsi rĂ©unis, ils constituent entre eux. Le travail est, Ă  cet Ă©gard, grandement facilitĂ© du fait que l’on est parvenu Ă  rĂ©aliser cette fusion de quatre expressions distinctes en une seule expression synthĂ©tique. Partant des axiomes de Russell et Whitehead, J. Nicod a eu, en 1917, une idĂ©e du plus haut intĂ©rĂȘt : celle de les rassembler en un « axiome unique » qui grouperait l’ensemble des opĂ©rations requises pour construire la logique des propositions et constituerait ainsi le fondement nĂ©cessaire et suffisant de toute dĂ©duction.

On n’a pas toujours compris la portĂ©e de la dĂ©couverte de Nicod, et cela en partie parce que l’on a associĂ© sa rĂ©ussite Ă  celle de Sheffer, qui avait obtenu auparavant une traduction de toutes les opĂ©rations interpropositionnelles en langage d’incompatibilitĂ© seule (voir § 30 sous V). Les uns, avec M. Boll, parlent de la « synthĂšse de Sheffer-Nicod »1 comme d’un triomphe de la rĂ©duction du divers

1. M. Boll, ÉlĂ©ments de logique scientifique, p. 221.

Ă  l’unitĂ©. D’autres y voient une simple « curiosité » (comme.avait dit Hilbert de la notation unique de Sheffer1), ou une complication de fait, rançon d’une simplification apparente2. Son intĂ©rĂȘt nous paraĂźt au contraire rĂ©sulter de ce que, obligĂ© de concentrer en une seule formule les opĂ©rations contenues dans les axiomes Ă©numĂ©rĂ©s prĂ©cĂ©demment, 1’« axiome unique » mettra en relations cinq propositions distinctes (p, q, r, s et Z), lĂ  oĂč les axiomes I Ă  III ne portent que sur deux propositions et l’axiome IV sur trois seulement. Or, rĂ©unir en un seul tout opĂ©ratoire n
 propositions distinctes, c’est montrer comment des axiomes complets, mais indĂ©pendants, vont s’agencer entre eux pour constituer une structure. C’est donc Ă  ce point de vue que nous allons nous placer pour l’étudier et c’est la structure d’ensemble de la logique bivalente que nous allons essayer de discerner en lui.

Voici d’abord cet axiome. Sa forme originale est :

(232) PâˆŁÏ€âˆŁQ

expression dans laquelle on a :

P = pl(?l^);  = Ξt Q = (s|?)l(pl$)

Ces formules signifient donc P 3 (π ‱ Q), c’est-Ă -dire « P implique Ă  la fois π et Q » puisque P est incompatible avec l’incompatibilitĂ© de π et de Q. Quant Ă  Q, l’expression (s∣^) | (pp) signifie que l’incompatibilitĂ© de s et de g exclut la nĂ©gation de celle de p et de s, autrement dit (en vertu de p∖q = pz>q) l’incompatibilitĂ© de s et de q implique l’incompatibilitĂ© de p et de s, soit (s∣7) □ (p|s). On a de mĂȘme, pour π, l’équivalence t∖t = tat. Jusqu’ici, nous en arrivons donc à :

(233) [p∣⅛,k)] = (Z∣z) ∙ (s∣⅛)∣(p∣s)

= [ps(q∙r)]^(tat)’ [(7∣s) 3 (p∣s)](

Mais on se rappelle (proposition 137) que (p\q) = (p^q). H en résulte que :

(q\s) = (q^s) et que (p\s) = (p^s)

D’oĂč :

(234) [p=>(q∙r)]a )(Z 3 Z) ‱ [(q 3 5) □ (p 3 $)]{

1. Hilbert et Ackermann, op. cit., p. 9.

2. Serrus, op. cit., p. 95-96.

D’autre part, on a (p\s) = (p ‱ s) puisque la conjonction est l’inverse de l’incompatibilitĂ©. D’oĂč :

(?k) □ (p∣s) = {p∙s)Îč(q∙s) car p i q = q d p

Donc :

(235) [p□ (q ■ r)] □ ]{t = t) ∙ [(p ‱ s) □ (q ‱ s)](

C’est sous cette derniĂšre forme que Russell1, Boll2 et Serrus3 Ă©crivent l’axiome de Nicod. Mais cette formulation est moins forte que celle des propositions (233) et (234), car les conjonctions (p ■ s) et (q ‱ s) ne suffisent pas Ă  dĂ©terminer tous les rapports entre p, q et s que prĂ©cisent les incompatibilitĂ©s et implications : si on a (qis), les conjonctions (p ‱ s) et (q ‱ s) n’excluent pas la conjonction (q ■ s).

D’autre part, il est clair que si l’on a(ç|s)vrai dans la proposition (233), on ne peut avoir simultanĂ©ment (q ‱ s) vrai en (235) s’il s’agit de la mĂȘme proposition s (puisque ç|s = q ‱ s). Nous laisserons , donc sa forme classique Ă  la proposition (235) et Ă©crirons comme suit les propositions (233) et (234) :

(236) [p⅛∙r)]3 }(t =>i)∙[⅛∣s) ⊃ (s∣p)](

et

(237) [pi (q ∙ r)] □ frit) ■ [⅛ ⊃s) ⊃ (p d s)]j

De la sorte, les propositions (235), (236) et (237) sont Ă©quivalentes pour la mĂȘme proposition s, qui est affirmĂ©e en (235) et en (237) et qui est niĂ©e en (236).

Voici un exemple concret pour (236) : « Si x est un FĂ©lin (p) implique qu’il est Ă  la fois Carnassier (?) et MammifĂšre (r), alors sa qualitĂ© d’animal (t) implique qu’il soit Animal (tit) et implique que, si le fait d’ĂȘtre Carnassier (?) est incompatible avec celui d’ĂȘtre InvertĂ©brĂ© (s), alors le fait d’ĂȘtre un FĂ©lin (p) est aussi incompatible avec celui d’ĂȘtre InvertĂ©brĂ© (s) ». Pour (237) : « Si a : est un FĂ©lin (p)
 etc., et si le fait d’ĂȘtre Carnassier (?) implique qu’il soit VertĂ©brĂ© (s), alors le fait d’ĂȘtre un FĂ©lin (p) implique aussi le fait d’ĂȘtre VertĂ©brĂ© (s) ». Et pour (235) : « Si a : est un FĂ©lin (p)
 etc., implique que s’il est Ă  la fois FĂ©lin et VertĂ©brĂ© (p ■ s) alors il est Ă  la fois Carnassier et VertĂ©brĂ© (q ‱ s) ».

1. Introd. à la philosophie mathématique, p. 183.

2. Op. cit., p. 86.

3. Op. cit., p. 95.

i

Cela dit, cherchons Ă  analyser cette structure d’ensemble. Nous examinerons successivement : 1° les relations entre p, q et s ; 2° la position de la proposition r ; 3° celle de la proposition t ; et 4° la correspondance entre la structure ainsi dĂ©gagĂ©e et celle des « groupements ».

Fig. 43.

1° Les relations entre les propositions p, q et s sont simples, puisque (p d q) est donnĂ© dans la proposition (235) et (q 3 s) dans la proposition (237). Si l’on fait correspondre les classes P, Q, et S aux arguments vĂ©rifiant p, q et s, on a donc sans plus l’emboĂźtement

P<Q< S ou l’équivalence P=Q=S, ou un mĂ©lange des deux P=Q < S ou P < Q = S.

Dans les trois cas, nous avons donc :

(p ‱ q) ∹ (p ‱ q) = q
et (q ‱ s) ∹ (q ‱ s) = S

mais (p ■ q) et (q ‱ s) peuvent ĂȘtre nuis en cas d’équivalence (voir la figure 43).

Fig. 44.

2° Quant Ă  la position de r, les donnĂ©es sont : p □ ⅛∙ r), donc p ⊃ r, c’est-Ă -dire (p ‱ r) √ (p ‱ r) √ (p ‱ f). Il ne peut alors y avoir que deux sortes de rapports entre r et q : une implication (r 3 q) ; (pr) ou (r = q) ; ou une disjonction (r √ q). Tout autre rapport exclurait, en effet, p 3 (q ‱ r).

En cas d’implication (fig. 44), on aura alors une suite d’emboĂźtements s) ou (p ⊃ r) ; (r d q) ; (q 3 s) ou (p ⊃ q) ; (q ⊃ s) ; (s 3 r) ; etc. avec possibilitĂ© d’équivalence Ă  la place de l’une

 

quelconque ou de toutes ces implications. Il y aura donc simplement un chaünon de plus à ajouter à la suite (p d q □ s), mais on aura encore une suite correspondant à un simple groupement additif de classes.

Dans le cas (r √ ç), au contraire, on aura (q ‱ r) √ (q ‱ r) √ (q ‱ r). Mais comme on a (q □ s) (proposition 237), on aura aussi (rvs)1 et les conjonctions [q ‱ r) et (q ■ 7) prendront la forme (q ‱ r ‱ s) et (q ‱ r ‱ s). On aura ainsi, par Ă©limination de (q ‱ s), qui est contradictoire avec {q □ s), les six combinaisons :

(q ■ r ‱ s) ∹ (q ■ r ‱ s) ∹ (q ■ r ‱ s) ∹ (q ‱ r ‱ s) ∹ (q ■ r ‱ s) ∹ (q ‱ r ‱ s)

Cela revient Ă  dire que les disjonctions (q √ r) et (r √ q) et l’implication (q □ s) correspondront Ă  un groupement multiplicatif de classes que l’on peut mettre sous la forme d’une table Ă  double entrĂ©e :

QS QS QS
R QSR QSR QSR
R QSR QSR QSR

 

Et, comme on a p o (q ‱ r), la classe P sera elle-mĂȘme incluse dans la classe QRS, d’oĂč deux sous-classes PQRS et PQRS (voir fig.45).

Bref, de deux choses l’une : ou bien r implique q et s (ou est impliquĂ© par q ou par s) et la structure donnĂ©e correspond Ă  un groupement additif de classes (fig. 44), ou bien l’on a disjonction entre r et q, donc aussi entre r et s, et les classes correspondantes constituent un groupement multiplicatif (voir fig. 45).

3° Il reste Ă  dĂ©terminer la position de la proposition (t ⊃l). Si [p □ (q ‱ r)] □ (t □ t), c’est donc que t dĂ©pend de p, q et r. Mais comment une implication telle que p ∑> (q ‱ r) peut-elle entraĂźner Γauto-implication (t □ t)? Il est remarquable, Ă  cet Ă©gard, que (t □ t) ne figure pas Ă  titre d’implication donnĂ©e dans le premier membre de la proposition (235), par exemple sous la forme :

[(<d0 ∙ (p□⅛∙r)]□


1. L’implication ⅛□s)□ [⅛vr) □ (rvs)] n’est autre, en effet, que l’axiome IV qui se retrouve naturellement dans l’axiome unique, puisque celui-ci le rĂ©unit aux axiomes I-HL

I

mais Ă  titre d’implication construite Ă  partir de p ⊃ (q ‱ r). Or, cette expression p 3 (q ‱ r) ne contient qu’une implication et une conjonction. De la conjonction (q ‱ r) on ne saurait tirer (tĂŽt), ni mĂȘme (q^q). Par contre, d’une implication, telle que (p 3 Z) ; (q^t) ou (r □ Z) on peut prĂ©cisĂ©ment conclure (Z 3 z) : il suffit de se rappeler (voir § 30, proposition 170-172) que toute implication (p 3 q) implique elle-mĂȘme l’existence d’une proposition p’ = (p ‱ q), telle

Fig. 45.

que l’on ait (p 3 q) 3 (p’ 3 q) et que (p √ p’)^q. U en rĂ©sulte alors, puisque (p √ p’) = q, que qΟq. L’on peut donc tirer (Z 3 z) de p 3 (q ‱ r), si (p 3 z) ou (q 3 z) ou (r 3 z), ou encore si s 3 z (puisque Ç3S).

4° La conclusion de ce qui prĂ©cĂšde est donc que 1’« axiome unique » comporte deux structures d’ensemble possibles :

a) La premiĂšre consisterait en une suite d’implications emboĂźtĂ©es : (p 3 q) ; (q 3 r) ; (r 3 s) et (s d t), ou tout autre ordre respectant (P^q)’, (P^r) et (q^s).

b) La seconde conserverait les emboütements (p 3 q) ; (p 3 r) ; (q^s) et p (ou q, ou r ou s)3Z, mais introduirait la disjonction ⅛ vr) 3 (r ∹ s).

 

Dans les deux cas, l’axiome unique correspondrait alors Ă  une structure de classes Ă©lĂ©mentaires : au groupement additif des classes (P < Q < R < S < T, ou selon un autre ordre), ou au groupement des multiplications bi-univoques :

(PQST + PQST + PQST) × (R + R)

Il nous reste Ă  montrer que cette correspondance est bi-univoque, c’est-Ă -dire que, d’une part, si l’on traduit ces groupements de classes en termes de propositions, on retombe sur l’axiome de Nicod et que, d’autre part, si l’on exprime cet axiome en termes d’implications primaires (p □ q) et secondaires [nous appellerons ainsi les implications (p’ ⊃ q) dĂ©finies par les propositions 170 Ă  172] on constitue un groupement inter-propositionnel, isomorphe aux groupements de classes correspondants.

Partons du premier des deux cas possibles : celui oĂč les implications (p 1 q) ; (q i r) ; (r 1 s) et (s ⊃ t) correspondent aux^emboĂźte- ments de classes P < Q < R < S
 On se rappelle que la forme complĂšte d’un tel groupement est une suite de rĂ©partitions dichotomiques en classes primaires et secondaires, soit :

p + p’ = Q ; Q + Q’ = R ; R + R’= S ; S + S’= T

Retraduisons alors ces rapports de classes en propositions en nous demandant ce que signifient les classes secondaires P’, Q’, R’ et S’. Or nous venons de rappeler (sous III) que toute implication (p i q), c’est-Ă -dire (p ■ q) √ (p ■ q) √ (p ■ q) recouvre une liaison ternaire impliquant l’intervention d’une « implication secondaire » (p’iq). En effet, si la conjonction (p ■ q) n’est pas nulle, c’est-Ă -dire si (p i q) ne se confond pas avec (q □ p), donc avec (p = q), on a alors nĂ©cessairement :

(P =l ?)=>[(? 3 ?)‱ (P’3?)] oĂč p’= P ’ q

(Cf. proposition 170.)

Exemple : Si p = « x est VertĂ©bré » implique q = « x est un animal » sans que q implique p, l’implication (p 1 q) implique elle-mĂȘme la vĂ©ritĂ© d’une proposition p’ = p ‱ q (= « x est un animal non-VertĂ©bré ») telle que p’ = « x est un InvertĂ©brĂ© « implique q = « x est un Animal ».

On aura donc, puisque p’ = (p ‱ q) :

Up^qy) ‱ (/=>?)] 3⅛S(P vp’)]

(Cf. proposition 171)1 ou plus simplement : (p ∹ p’ = q).

On aura de mĂȘme :

⅛ 3 r) 3 [(? ∹ q’) = r)] ; etc.

On voit alors immĂ©diatement que les classes secondaires P’, Q’, R’ et S’ du groupement P<Q<R<S<T correspondent Ă  ces propositions secondaires p,, q’, r’ et s’ de l’emboĂźtement des implications. On aura donc, dans le cas p q ; q ^r ; r^s et s^t, un groupement des propositions elles-mĂȘmes, dont la forme sera :

(238) (pvp’)=q ; (qvq’)=r ; (r ∹ r’) = s ; (s ∹ s’) = t ; etc.

Or, comme les propositions p et p’ sont, par dĂ©finition, exclusives, puisque p’ = (p ■ q), on tirera de ces emboĂźtements (238) les incompatibilitĂ©s :

(239) (Plp’)ü (?l/); (r|r’); etc.

D’autre part, comme ona⅛ d q) et (p 3 r), on en dĂ©duit :

(240) (P\q’); (p∖r’) ; (p∖s’)

Les négations p, q, r et s correspondront alors au tableau suivant :

(241) p = p’ ∹ q’ ∹ r’ ∹ s’ ∹ t’


q = q’ ∹ r’ ∹ s’ ∹ t’


r — r’ ∹ s’ ∹ t’


s = s’ ∹ t’
, etc.

Enfin, de (sv s’ = t), on tire :

(242) (s ∹ s’ = t) □ (t ⊃ t)

Il en résulte alors :

[p 3 (? ‱ r)] 3 j(z 3 t) ∙ [⅛∣s) 3 (p∣s)]^ ou

[pâ–Ąâ…›Ï„)]□ S(Z3Z)∙[⅛3s)3(p3s)]j

Donc l’axiome unique est identique au groupement (238) au cas " oĂč il repose sur une suite d’implications (cas 1).

Si maintenant (cas 2), au lieu du dilemme (p vp’) = q, qui constitue une dichotomie particuliùrement simple, on fait intervenir le

1. Gette proposition est voisine de l’axiome 9 de Heyting : t(r>3s)∙(Q3s)]3⅛vg)3s mais cet axiome 9 n’introduit pas d’exclusion entre p et q.

trilemme (q √ r) donc (s √ r), le groupement prendra la forme suivante :

(243) pq pq pqs pqs

r P f l r P1 r PQ rs PQℱ

r pqr pqr pqrs pqrs

oĂč p = p’ ∹ q’ ∹ s’
 ; q = qr √ s’
 ; r = s’ ∹ 
 ; et s = r’

Il y aura donc double suite d’emboütements au lieu d’une seule suite, mais il est clair qu’il y aura à nouveau groupement (nous reviendrons sur cette forme au § 39).

En conclusion, lorsque l’on fusionne en une seule expression les quatre axiomes dont Russell et Hilbert ont tirĂ© toute la logique des propositions bivalentes, 1’« axiome unique » ainsi construit Ă©quivaut Ă  un ou deux groupements interpropositionnels isomorphes aux groupements de classes correspondants1. Cet axiome exprime donc une suite d’emboĂźtements ordonnĂ©s de partie Ă  tout, transitifs Ă  cause des implications, rĂ©versibles puisque

[(?!« ) = (p∣s)] = [(p ‱ s) ≡ (q ‱ s)]

et assurant la rĂ©ciprocitĂ© (t ⊃ t). L’axiome unique met ainsi en Ă©vidence chacun des neuf caractĂšres que nous avons dĂ©gagĂ©s au § 34 Ă  propos des quatre axiomes de Russell et Hilbert et il les rĂ©unit sous la forme d’un « groupement ». Un tel rĂ©sultat est, Ă  lui seul, extrĂȘmement significatif, puisque, malgrĂ© la possibilitĂ© d’autres axiomatiques, l’axiome unique suffit Ă  supporter tout le poids de la logique bivalente.

NĂ©anmoins deux problĂšmes demeurent en suspens. Ne serait-il pas possible de pousser plus loin la rĂ©duction des opĂ©rations de cette logique Ă  une structure rĂ©versible, en la ramenant aux « groupes » constituĂ©s par l’algĂšbre de Boole ? Et, si cette rĂ©duction n’est pas rĂ©alisable, quelle est la relation entre le « groupement » impliquĂ© dans l’axiome unique de Nicod et les rĂ©seaux ou « lattices » propres Ă  la thĂ©orie mathĂ©matique des ensembles ?

I. Voir, pour plus de dĂ©tails, notre article Du rapport entre la logique des propositions et les « groupements ‱ de classes et de relations (A propos du « TraitĂ© de logique », de Ch.Serras), Revue de mĂ©taphysique et de morale, t. 53, 1948,n02,p. 139-163.

§ 36. Les opĂ©rations de la logique bivalente constituent-elles un groupe ? L’algĂšbre de Boole

Le but que nous poursuivons, et qu’il convient de conserver clairement en vue, est donc de caractĂ©riser la structure d’ensemble qui embrasse toutes les opĂ©rations de la logique bivalente et par consĂ©quent la fondent. Cette logique repose, disent les axiomaticiens, sur les axiomes eux-mĂȘmes que l’on se donne au dĂ©part. Certes, mais ces axiomes, parce qu’à la fois indĂ©pendants, compatibles et complets, constituent une structure par leurs connexions mĂȘmes : c’est par consĂ©quent cette structure qui reprĂ©sente le fondement rĂ©el de la logique, car les parties ne sauraient exister en dehors du tout dont elles sont abstraites. Le but que nous poursuivons est donc non pas de rechercher quelles structures on peut construire avec les opĂ©rations de la logique bivalente, mais quelle est la structure totale dont dĂ©pende chacune de ces opĂ©rations.

Une premiĂšre rĂ©ponse vient de nous ĂȘtre fournie par l’analyse de l’axiome unique de Nicod : cet axiome exprime une structure de « groupement ». Mais tout n’est pas dit ainsi, car le groupement, qui est un lattice rĂ©versible, est Ă  la fois parent du lattice par ses emboĂźtements de parties Ă  totalitĂ©s, et du groupe par sa rĂ©versibilitĂ©. Il s’agit donc de poursuivre l’essai de rĂ©duction dans l’une et l’autre de ces deux directions et de voir si les groupes ou les lattices en jeu dans les opĂ©rations de la logique bivalente ne seraient pas de nature Ă  les rĂ©unir toutes.

Il existe d’abord deux groupes connus dans les opĂ©rations portant sur les ensembles et susceptibles d’ĂȘtre appliquĂ©s aux opĂ©rations interpropositionnelles : celui des disjonctions exclusives (w) et celui des Ă©quivalences ( = ). Comme chacun sait, l’un des fondateurs de la logique mathĂ©matique, G. Boole, a Ă©laborĂ© en 1847 puis en 1854 une algĂšbre fondĂ©e sur l’addition disjonctive des classes1, dont on n’a cessĂ© de reconnaĂźtre depuis l’intĂ©rĂȘt exceptionnel. En particulier B. A. Bernstein2, en 1924-1925 dĂ©jĂ , puis en 1936, a montrĂ© que l’algĂšbre de Boole constituait un groupe du point de vue de l’opĂ©ration de la rĂ©union des parties non communes (w), ainsi que de sa duale, l’équivalence ou rĂ©union des parties communes ( = ). Le

1. G. Boole ; The mathematical analysis oj Logic, Cambridge, 1847 et Lavis of Thought, London, 1854.

2. B. A. Bernstein, Trans. Amer. Math. Soc., vol. XXVI, 1924, p. 171-175 et vol. XXVII, 1925, p. 600. — Ann. of Math., vol. XXXVII, 1936, p. 317-325.

groupe des Ă©quivalences est d’ailleurs d’importance Ă©vidente, et l’on connaĂźt le rĂŽle que lui attribue entre autres G. Bouligand. Ces groupes (w) et (=) forment donc Ă  eux deux un « corps » ou systĂšme de deux groupes.

I. Le groupe des disjonctions exclusives

Les sous-ensembles d’un ensemble forment, comme nous l’avons vu au § 10, un groupe additif du point de vue de l’opĂ©ration consistant Ă  rĂ©unir leurs parties non-communes. On retrouve donc un tel groupe dans le calcul interpropositionnel du point de vue de l’opĂ©ration (p w q) :

DĂ©finition : (p w q) = (p ‱ q) w (p ‱ q)

1. Opération directe : (p w q) ; (q w r) ; etc.

2. Opération inverse : (p w p) = o ; (q w q) = o ; etc. En effet :

(244) p w p = (p -p) w (p ‱ p) = (o) w (o) = o

3. Opération identique : o. En effet :

(245) (p w o) = p et (p w p) = o

4. Associativité :

(246) [pw ({w r)] = [(p w q) w r)]

Deux quelconques des opĂ©rations de l’ensemble ont pour produit une opĂ©ration de l’ensemble : il y a donc bien groupe, mais un groupe dont l’opĂ©ration directe constitue sa propre inverse lorsqu’elle est appliquĂ©e Ă  une partie commune (p w p). Notons parmi les expressions remarquables :

(247) (p w p) w p = p

En effet (p w p) = o et (p w o) = p

(248) (p w q) = {p w q)

En effet (p w q) = (p ‱ q) w (p ‱ q) = (p ‱ q) w (p ‱ q)

(249) (p w p) = T

(oĂč T est la totalitĂ© considĂ©rĂ©e) et surtout1 :

(250) Si (p w q) = x ; alors (p w x) = q et {q w x) = p

1. Cf. p. 323 (thĂ©orĂšme 21) de l’article citĂ© de Bernstein de 1936.

Rappelons en outre que si p et q sont entiÚrement disjointes, on a :

(p w q) = (p = q) = (p = q)

(Cf. proposition 190.)

En effet (p w q) = (p ‱ q) w (p ■ q). Or (p = q) = (p ‱ q) w (p ‱ q) et (p = q) = (p ‱ q) w (p ‱ q).

On constate ainsi que l’opĂ©ration (p w q), tout en constituant l’élĂ©ment d’un groupe, Ă©quivaut Ă  une Ă©quivalence entre l’une des deux propositions exclusives et la nĂ©gation de l’autre (ce qui ne s’applique naturellement pas Ă  trois propositions, sauf si l’une est la nĂ©gation des deux autres, etc.). L’opĂ©ration (p = q) constituera ainsi (comme nous l’avons dĂ©jĂ  vu au § 30) la nĂ©gation de (p w q).

II. Le groupe des équivalences

Soit donc l’opĂ©ration (p = q), qui signifie (p = q) = [(p ■ q) w (p ‱ q)]. Pour mieux marquer sa parentĂ© avec l’opĂ©ration (p w q) dont on vient de rappeler qu’elle est la nĂ©gation, nous l’écrirons aussi (p w q). Et, pour Ă©viter les confusions qui pourraient se produire au moment oĂč nous comparerons ces deux sortes d’opĂ©rations, nous parlerons des propositions (r w s) donc (r = s), puisque (p w q) est contradictoire avec (p w q). Nous dĂ©finirons ainsi :

(r = s) ≡ (r w s) = (r ‱ s) w (r ‱ s)

Les équivalences (r = s), donc (r w s) forment alors un groupe dont les opérations sont :

1. Opération directe : r w s (donc r = s) ; s wt (donc s = t); etc.

2. L’opĂ©ration inverse est identique Ă  l’opĂ©ration directe, puisque chaque Ă©quivalence recouvre la totalitĂ© du systĂšme considĂ©ré :

(251) r w r (donc r = r) = (r ‱ r) w (r ‱ r)

r w s (donc r = s) = (r ‱ s) w (r ‱ s)

Etc.

3. L’opĂ©ration identique est donc le systĂšme total T. En effet le produit des opĂ©rations directe et inverse, qui sont identiques l’une Ă  l’autre, est toujours T, car :

(252) r w r (donc r = r) = (r ■ r) w (r ‱ r) = r w r = T

(Cf. proposition 249.)

D’autre part, T composĂ© avec un Ă©lĂ©ment quelconque le laisse invariant puisque la partie commune entre cet Ă©lĂ©ment et le tout T est cet Ă©lĂ©ment lui-mĂȘme :

(253) r ‱ T = r ; s ‱ T = s ; r ‱ T = r ; etc.

4. Associativité :

(254) [(r ws) wi] = [r w (s w t)]

c’est-à-dire [(r = s) = Z] = [r = (s = Z)]

Mais il est à signaler que le terme o ne fait pas partie du groupe. En effet r ‱ o = o, ce qui annule r sans retour.

Notons encore une expression intéressante, qui est la réciproque de (190) :

(255) (r w s) = (r w s) = (r w s)

En effet l’équivalence (r = s) est l’exclusion de r et de s, puisque (r w s) *= (r ‱ s) w (r ‱ s) et que (r w s) = (r ■ 5) w (r ‱ s)

III. Signification des groupes précédents

Le premier de ces deux groupes ne saurait Ă  lui seul rendre compte de l’ensemble des transformations propositionnelles, puisque l’opĂ©ration fondamentale de ce groupe porte sur la rĂ©union des parties non communes, c’est-Ă -dire sur les Ă©lĂ©ments dissociĂ©s de leurs emboĂźtements et non pas sur les emboĂźtements comme tels. En effet :

1. L’opĂ©ration directe (p w q) se dĂ©finissant par (p ‱ q) w (p ‱ q), elle consiste essentiellement Ă  nier l’implication de p par q ou de q par p, puisque p ‱ q = p^q et p ■ q = q^p.   La disjonction exclusive constitue ainsi la rĂ©union de deux non-implications, les trois liaisons binaires (p w q) ; (p ‱ q) et (p ‱ q) Ă©tant les seules Ă  ne comporter ni (p ‱ q) ni (p ‱ q). Or, l’opĂ©ration la plus importante sans doute de toute dĂ©duction est l’implication : on voit donc mal comment le groupe des exclusions suffirait Ă  en rendre compte Ă  lui seul, puisque l’implication (p d q) est la rĂ©union d’une partie commune (p ‱ q) et d’une partie non commune (p ‱ q).

2. L’opĂ©ration d’équivalence ne fait pas partie du groupe. Aussi quand B. A. Bernstein Ă©crit (p w q) = x et (p w x) = q, il prĂ©cise que l’opĂ©ration ( = ) est extĂ©rieure au systĂšme1. On se trouve alors

1. « The relation of egality = is taken oulside the System >, 1936, p. 318

en prĂ©sence d’une situation paradoxale : l’équivalence (= ouw) est l’opĂ©ration inverse de la disjonction exclusive (w) (inverse au sens des opĂ©rations interpropositionnelles, et non pas au sens du groupe de Boole-Bernstein) ; or, le produit x de la disjonction (p w q) ne saurait ĂȘtre reliĂ© aux Ă©lĂ©ments disjoints (p w q) que par cette opĂ©ration inverse (=) de la disjonction elle-mĂȘme (soit p w q = x) et cela , bien que cette opĂ©ration ( = ) ne fasse pas partie du systĂšme ! C’est assez dire que la disjonction (w) ne suffit pas Ă  tout. Sans doute peut-on Ă©crire (p w q) = x en termes de pure disjonction :

(256) [(p w q) = x] ≡ [(p w q) w x] (en vertu de 255)

Mais l’inversion de (wi) en (w x) Ă©quivalant Ă  ( = x) constitue une opĂ©ration qui ne se confond pas avec l’inverse du groupe (p w p = o ou p w x = q) et qui n’appartient donc pas comme telle au groupe des disjonctions exclusives, bien qu’indispensable Ă  la logique bivalente.

3. Les auto-emboĂźtements (p √ p) — p ou (p ‱ p) = p ne font pas non plus partie du groupe : or ils sont nĂ©cessaires au mĂ©canisme opĂ©ratoire de la logique interpropositionnelle (axiome I de Russell et Hilbert).

4^ » Bref, le groupe de disjonctions exclusives rie porte que sur les Ă©lĂ©ments dĂ©boĂźtĂ©s et non sur les emboĂźtements comme tels. Il se trouve ainsi plus proche (voir § § 10 et 26) des structures numĂ©riques que de la logique de l’implication. Comme l’a montrĂ© Herbrand, il est en effet isomorphe au systĂšme des nombres entiers module 2, c’est-Ă -dire aux nombres 0 et 1 considĂ©rĂ©s comme Ă©quivalents Ă  tous les nombres pairs et impairs.

Quant au groupe des Ă©quivalences, il porte au contraire sur les parties communes, par opposition aux parties disjointes. Il fournit ainsi l’exact complĂ©ment de ce qui manque au groupe des exclusions ; seulement, de ce fait mĂȘme, il est Ă  son tour privĂ© des Ă©lĂ©ments propres au premier groupe et qui lui seraient nĂ©cessaires pour exprimer les totalitĂ©s des transformations bivalentes1.

1. De mĂȘme que l’équivalence ( = ) ne fait pas partie du groupe I tout en Ă©tant nĂ©cessaire Ă  l’expression de ses transformations, de mĂȘme la disjonction exclusive (w) ne fait pas partie du groupe II tout en Ă©tant nĂ©cessaire Ă  l’expression (r = s) = (r ‱ s) w (r ‱ S). En

.1. Il est vrai que Tarski, en sa cĂ©lĂšbre thĂšse, a montrĂ© comment on peut rĂ©duire les seize liaisons binaires Ă  des Ă©quivalences. Mais c’est en faisant intervenir des quantificateurs qui attestent malgrĂ© tout la diversitĂ© des opĂ©rations en jeu.

effet, si r = s, alors (r ‱ s) et (r ‱ S) sont disjoints sans que cette disjonction exclusive constitue comme telle une opĂ©ration du groupe.

2. Les auto-emboĂźtements (p ■ p) — p font cette fois partie du groupe, mais non pas le (o). En effet, l’opĂ©ration identique du groupe Ă©tant le tout T, elle ne saurait ĂȘtre inversĂ©e sous la forme (T = o). Le (o) Ă©chappe ainsi au groupe tout en Ă©tant nĂ©cessaire au systĂšme complet des opĂ©rations bivalentes, par exemple sous la forme P ‱ P = o.

3. D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale le groupe des Ă©quivalences se borne Ă  rĂ©unir les Ă©quivalences, mais sans nous apprendre pourquoi il y a Ă©quivalence. Or les transformations dont l’équivalence est le produit, par exemple (p w q) = x, importent autant que l’équivalence elle- mĂȘme.

Bref, le groupe des disjonctions exclusives (w) ne portant que sur les parties non communes du systĂšme d’ensemble des propositions et le groupe des Ă©quivalences (= ou w) ne portant que sur les parties communes, chacun des deux groupes est Ă  lui seul insuffisant pour fonder la totalitĂ© des opĂ©rations interpropositionnelles. C’est ainsi que l’implication (p 3 q) donne (p w q) = (p ■ q) du point de vue de la rĂ©union des parties non communes et (p w q) = (p ‱ q) du point de vue de celle des parties communes : or l’essence de l’opĂ©ration d’implication est prĂ©cisĂ©ment de rĂ©unir en un seul tout (p 3 q) les parties communes (p ‱ q) et (p ‱ q) et les parties non communes (p ■ q), soit (p 3 q) = (p ■ q) √ (p ‱ q) √ (p ‱ q). La question est alors de savoir si l’on ne pourrait pas fusionner ces deux groupes en un systĂšme unique qui rendrait compte de cette totalitĂ© opĂ©ratoire.

IV. L’« anneau » des disjonctions exclusives et des conjonctions et l’insuffisante unitĂ© du systĂšme

Fonder la logique bivalente sur la notion de groupe consisterait Ă  caractĂ©riser un groupe unique dont les compositions recouvriraient toutes les transformations interpropositionnelles et notamment toutes les manifestations de la rĂ©versibilitĂ© (dont nous avons vu, au chapitre VI, l’importance essentielle). En effet, l’opĂ©ration inverse d’un groupe, composĂ©e avec l’opĂ©ration directe, donne l’opĂ©ration identique : d’oĂč trois mĂ©canismes opĂ©ratoires de progression, de retour et de rĂ©fĂ©rence Ă  un point d’origine invariant, dont la solidaritĂ© fonde la cohĂ©rence des systĂšmes1. Or, dans le cas de la disjonction exclusive, chaque

1. Voir G. Juvet, L’axiomatique et la thĂ©orie des groupes, Actes du CongrĂšs totem, de philos, scientif., vol. VI, Hermann, 1936, p. 28.

opĂ©ration Ă©lĂ©mentaire est sa propre inverse, avec pour identique o : soit (p w p) = o. Dans le cas de l’équivalence, chaque opĂ©ration Ă©lĂ©mentaire est aussi sa propre inverse, mais avec pour identique le tout : soit (r = r) = (r w r) = r w r = T. Il est alors clair que les deux inversions (p w p) = o et p w p = T ont quelque parentĂ©, puisque l’opĂ©ration (w), c’est-Ă -dire ( = ), est l’inverse (au sens de la complĂ©mentaire) de l’opĂ©ration (w) et qu’elle se traduit par (p w p), c’est-Ă -dire par la simple nĂ©gation de p.   On peut donc Ă©crire :

(257) [(pwp) = o]□[(p wp) = T]

Ne serait-il pas possible, en ce cas, de rĂ©duire l’ensemble du systĂšme Ă  un groupe unique ? Seulement un tel systĂšme devant alors porter simultanĂ©ment sur les parties non communes et sur les parties communes, il est indispensable de complĂ©ter l’opĂ©ration fondamentale (w) par une opĂ©ration auxiliaire (‱) telle que l’on ait :

_ (P WÎČ) = (P , ?) w (p ‱ q)

(r w s) = (r ■ s) w (r ‱ s) = (r ‱ s) w (r ‱ s) ; donc r = s

On aura alors les opĂ©rations suivantes, aisĂ©es Ă  traduire dans le double langage des disjonctions exclusives et des conjonctions (mais les deux opĂ©rations sont l’une et l’autre nĂ©cessaires) :

1. OpĂ©rations directes : (p w q) = (p ‱ q) w (p ‱ q) et :

(r w s) = (r ‱ s) w (r ‱ s)

2. OpĂ©rations inverses : (p w p) = p ‱ p — o.

3. Opération identique : (o) puisque (p w p) = o et (p w o) = p. 

Il est en outre facile de traduire toutes les opérations interpropositionnelles en un tel langage. On aura :

(258) W = (pw})w(p∙j)1

(259) (p|?) == (pw?)w(p-Ăż)

(260) (p □ q) = (p w q) w (p ‱ q)

(261) ⅛⊃p) = (pwç) w (p ■ ÿ)

Etc.

Mais on constate que l’unicitĂ© du systĂšme n’est alors qu’apparente. Comme le dit B. A. Bernstein, cette reconstruction de l’algĂšbre

1. C’est la dĂ©finition 3 de B. A. Bernstein, op. cit., 1936, p. 321 (oĂč √ est Ă©crit +).

de Boole suppose trois opĂ©rations fondamentales : deux binaires (w) et (‱), et une uninaire (— ). Or, un groupe s’adjoignant une opĂ©ration auxiliaire ne constitue plus un seul groupe, mais un « anneau ». Dans le cas particulier on est en prĂ©sence d’un anneau commutatif du point de vue de la paire d’opĂ©rations (w) et (‱), l’opĂ©ration additive Ă©tant la disjonction exclusive (w) et l’opĂ©ration multiplicative la conjonction (■). Une telle structure dualiste serait intĂ©ressante pour la logique si les deux opĂ©rations de l’anneau pouvaient ĂȘtre rĂ©duites Ă  un seul opĂ©rateur, dont elles constitueraient deux expressions rĂ©versibles, mais elle ne rendrait compte de la forme totale des opĂ©rations interpropositionnelles qu’à cette condition.

Or, il pourrait sembler, au premier abord, que c’est le cas car, en un certain nombre d’exemples, les expressions (w p) et (‱ p) sont substituables, de mĂȘme que (w p) et (‱ p), ces deux couples constituant les deux opĂ©rations de l’anneau jointes Ă  la nĂ©gation. En effet, l’exclusion de p soit (w p) Ă©quivaut Ă  la rĂ©union avec p, soit (‱ p), et rĂ©ciproquement. Par exemple :

(262) (p w p) = (p ‱ p) = o

(263) (p ‱ T) = (p w o) = p puisque T = o

Ne serait-il pas alors possible de considĂ©rer l’expression p w p = p ‱ p comme une Ă©quation dont les termes pourraient ĂȘtre transfĂ©rĂ©s d’un membre Ă  l’autre Ă  condition de permuter les (w) et les (■), ainsi que les signes ? On aurait ainsi (par transfert du premier au second membre de l’équation de gauche) :

(p ‱ p = p w p) → [p = p w p w p)
(T∙p = p) → (T = p wp)
(p wp = T) → (p = T ■ p)

(p ■ p = o) → (p = o w p) ou → (p = o w p)
[(p∙wp) . q = 5]→ [(p wp) = ⅛ w⅞)]→ [p = ⅛ wÿ) - p]
En effet (p wp = T) = ⅛ wg|

[(pwp) = (q wj)]Ă· [(p ■ q) = (5∙p)]→ [(p-q) = ⅛∙p)]

Il semblerait donc que l’on puisse constituer le groupe unique dont nous venons de mettre en doute l’existence. Mais un certain nombre d’obstacles s’y opposent concurremment. En effet :

1° L’exclusion rĂ©ciproque (w) et la conjonction (‱) ne sont pas associatives l’une par rapport Ă  l’autre.

Exemple : soit (p ‱ p) w q = (o w q) = q, qui est vrai dans tous les cas. Mais p ‱ (p w q) donne p ‱ (o) = o si p et q sont entiĂšrement disjoints (pwç), car alors {p — q) et ⅛w{=0). D’autre part p ‱ (p w q) donne p ■ (p ‱ q) si l’on a (p √ q). La mĂȘme expression donne [p ‱ (p w q = p)] = p,

si l’on a p □ q, etc. Les deux expressions [(p ‱ p) w 7] et [p ‱ (p w ç)] ne sont donc pas Ă©quivalentes, ce qui signifie qu’il n’y a pas associativitĂ©.

2° Le passage d’un membre Ă  l’autre des Ă©quations avec inversion des signes et des opĂ©rations (w p) et (‱ p) ou (‱ p) et (w p) n’est pas toujours possible :

Exemple : (p w p) = p ‱ p donnerait (p = p ‱ p ‱ p), donc (p = o) ; p . p = p donnerait l’absurditĂ© p = p w p, donc p = T. De mĂȘme (T w p) = p donnerait T = p∙p ou p = p∙o, par transfert de (w T) en (‱ T), c’est-Ă -dire (‱ o).

La raison de ces rĂ©sistances est d’un grand intĂ©rĂȘt thĂ©orique- : ce sont les opĂ©rations tautologiques p ‱ p = p et p ■ p = p qui s’opposent Ă  de tels transferts d’un membre Ă  l’autre de l’équation tandis que le transfert est possible en cas d’opĂ©rations non tautologiques. On retrouve donc ici la mĂȘme difficultĂ© que nous avons commentĂ©e Ă  propos des « groupements » de classes (§ 10 et rĂšgles I-IV).

3° Loin de constituer un groupe unique, les opĂ©rations (w p) et (■ p) ou (w p) et (‱ p) comportent deux opĂ©rations identiques. On a en effet :

a) (p w p) = o et (p w o) = p, c’est-à-dire (o) = identique pour le groupe des parties non communes.

ù) (p ‱ p) w (p ‱ p) = T et p ‱ T = p, c’est-à-dire T = identique pour le groupe des parties communes.

Or, il est clair qu’une telle dualitĂ© d’identiques empĂȘche la rĂ©duction du systĂšme Ă  un seul groupe. On pourrait rĂ©pondre que ces deux identiques sont Ă©quivalentes, puisqu’on a (263) :

(p w o) = (p ‱ T) = p

c’est-à-dire qu’en ce cas (w o) = (‱ T).

Mais cette Ă©quivalence entre (w o) et (‱ T) n’est qu’apparente et partielle. En effet, dire que (w o)(= ou rien) et (∙T) ( = et tout) constituent une mĂȘme opĂ©ration n’est vrai ni au point de vue de la signification, ni au point de vue du mĂ©canisme formel. Du premier de ces deux points de vue, « x est un VertĂ©brĂ© ou rien » ou « x est Ă  la fois un VertĂ©brĂ© et une partie de tout » sont deux assertions bien distinctes. La raison en est (et ceci nous conduit au mĂ©canisme formel) que p soutient la mĂȘme relation p ‱ (q, r, s
 T) = p avec une sĂ©rie d’autres totalitĂ©s emboĂźtĂ©es avant de la soutenir avec le systĂšme total considĂ©rĂ© T. On peut donc poser :

poç ; q^r-, r^s ; 
 ; p, q, r, s
□T

On s’aperçoit alors que p ‱ T = p n’est que le cas le plus gĂ©nĂ©ral d’une suite d’« identiques spĂ©ciales » (tautifications et absorptions) :

(264) (p ‱ p) = p ; (p ■ q) = p ; (p ■ r) = p ;

(P’S) = P5 
. ; (p ‱ T) — p

Si l’identique (‱ T) est considĂ©rĂ©e comme Ă©quivalant Ă  (w o), il doit donc en ĂȘtre de mĂȘme de chaque proposition p, q, r, etc., vis- Ă -vis d’elle-mĂȘme et il en est Ă©galement ainsi de chaque proposition impliquĂ©e (q, r, 
) vis-Ă -vis de ses impliquantes. L’identique (p ‱ T) = p n’est donc bien que la plus gĂ©nĂ©rale des « identiques spĂ©ciales » telles qu’on les rencontre en un « groupement » et elle ne constitue pas une opĂ©ration identique unique. Il n’y a donc pas correspondance bi-univoque entre (w o) et (‱ T), mais (w o) correspond Ă  une sĂ©rie d’identiques spĂ©ciales laissant p invariante. Or, ce sont ces identiques spĂ©ciales qui restreignent la mobilitĂ© du systĂšme, comme nous l’avons vu sous (2°).

V. Conclusion

Au total, il est donc clair que les deux groupes d’opĂ©rations (w) et ( = ) ne sauraient ĂȘtre fondus en un seul et que le systĂšme d’ensemble constituĂ© par la logique des propositions bivalentes ne peut donc ĂȘtre rĂ©duit Ă  un groupe. La raison profonde en est que la considĂ©ration des emboĂźtements de partie Ă  tout, dont s’occupe la logique, impose l’existence des identiques spĂ©ciales (tautification, rĂ©sorption et absorption), qui distinguent les groupements des groupes. Ce n’est qu’en considĂ©rant Ă  part les exclusions rĂ©ciproques (w) et les Ă©quivalences ( = ) que l’on peut constituer ces groupes, parce qu’alors on dĂ©boĂźte les Ă©lĂ©ments de leurs inclusions ou on resserre les emboĂźtements jusqu’à l’équivalence : bref on ne considĂšre plus que les parties non communes ou les parties communes, alors que tout emboĂźtement suppose les deux Ă  la fois (comme nous l’avons vu de l’implication unissant p ‱ q Ă  p ‱ q). C’est ainsi que pour la logique, l’expression (p w q) = x (empruntĂ©e Ă  B. A. Bernstein) forme une expression totale et unique, dans laquelle le rapport (p w q) est indissociable du rapport (= x) : au- contraire, on ne la fait entrer dans les groupes de Boole-Bernstein qu’en dissociant les liaisons (w) et ( = ) pour les traiter sĂ©parĂ©ment. Bien plus, du point de vue des opĂ©rations interpropositionnelles les deux expressions (p w q) et (p = q) traduisent des opĂ©rations qui sont l’inverse l’une de l’autre ; mais Ă  vouloir les rĂ©unir en un seul tout opĂ©ratoire et fondre ainsi en un seul systĂšme les deux groupes

complĂ©mentaires, on rĂ©introduit les emboĂźtements et avec eux nĂ©cessairement les identiques spĂ©ciales qui s’opposent Ă  la construction d’un groupe unique.

Par contre, il est clair que si le « corps » que forment Ă  eux deux le groupe des exclusions rĂ©ciproques et celui des Ă©quivalences ne parvient pas Ă  embrasser la totalitĂ© des opĂ©rations interpropositionnelles, il joue un rĂŽle essentiel dans cette structure d’ensemble. De façon gĂ©nĂ©rale, le produit de deux bi-groupes (un bi-groupe est un groupe Ă©lĂ©mentaire formĂ© par l’opĂ©ration et par l’identitĂ©) est un « groupe de quatre », tel que celui dont nous avons dĂ©jĂ  entrevu le rĂŽle dans la logique des propositions (thĂ©orĂšme VI du § 31). Or, les Ă©quivalences positives ( = ) et nĂ©gatives (w) constituent des bi-groupes, et dĂ©terminent par ailleurs les rĂ©ciprocitĂ©s et les corrĂ©- lativitĂ©s (thĂ©orĂšme III et V du § 31) : ils interviennent ainsi, avec la nĂ©gation qui les oppose l’un Ă  l’autre (w est le complĂ©mentaire de =), dans le groupe de quatre transformations qui exprime les divers aspects de la rĂ©versibilitĂ© interpropositionnnelle. Mais ce groupe de quatre (thĂ©orĂšme VI), quoique fondamental de ce point de vue de la rĂ©versibilitĂ©, ne suffit pas Ă  rendre compte de l’ensemble des emboĂźtements eux-mĂȘmes, puisqu’il n’englobe pas les « identiques spĂ©ciales », dues Ă  l’existence des auto-emboĂźtements, ni, par consĂ©quent, toutes les relations Ă©lĂ©mentaires dans lesquelles ces « identiques spĂ©ciales » interviennent.

§ 37. La réduction de la logique des propositions à un réseau (lattice)

Si nous en revenons donc aux emboĂźtements comme tels, par opposition aux rĂ©unions de parties soit non communes, soit communes, les opĂ©rations fondamentales de la logique bivalente ne seront plus reprĂ©sentĂ©es par le couple de l’exclusion (w) et de la conjonction (‱), mais bien par celui de la disjonction non exclusive (v) et de la conjonction (‱). Ces deux opĂ©rations mettront en particulier en Ă©vidence les « identiques spĂ©ciales » ou auto-emboĂźtements (p √ p) et (p ‱ p) qui s’opposaient Ă  la rĂ©duction des opĂ©rations prĂ©cĂ©dentes Ă  un groupe unique.

NĂ©gligeons donc pour un instant le problĂšme de la rĂ©versibilitĂ©, laquelle constitue l’essence de la notion de groupe, et cherchons Ă  dĂ©gager le systĂšme d’ensemble que constituent les disjonctions et conjonctions rĂ©unies. Or, un tel systĂšme prĂ©sente une structure bien dĂ©finie, appelĂ©e en thĂ©orie des ensembles « ensemble — rĂ©ti-

culé », « rĂ©seau », « treilli » ou plus simplement « lattice » du nom que lui ont donnĂ© ses inventeurs amĂ©ricains. Un lattice est caractĂ©risĂ© par un certain nombre de propriĂ©tĂ©s que nous avons dĂ©crites au § 10 (sous II) en termes gĂ©nĂ©raux. Notons-les maintenant en langage de logique des propositions. Si nous nous rappelons la dĂ©finition des deux « manipulations » dĂ©signĂ©es sous le nom de « join » (ou borne supĂ©rieure = le plus petit des majorants) et de « meet » (ou borne infĂ©rieure = le plus grand des minorants), nous constatons que les opĂ©rations (v) et (‱) correspondent respectivement Ă  ces deux dĂ©finitions et remplissent les sept conditions suivantes1 :

1- (P ∹ q) =  (q ∹ p) 1 bis. (p ‱ q) =  (q ‱ p)

2. (p ∹ q) ∹ r  =  p ∹  (q ∹  r) 2 bis. p ‱ (q ‱ r)  =  (p ‱ q) ‱ r

3. (pv p) — p 3 bis. (p ‱ p) =  p

4 et 4 bis. Si (p  ∹  q)  = q alors (p ‱ q) = p et, inversement, si

(P ‱ q) = P alors (p ∹ q) = q

Étant donnĂ© deux propositions quelconques, leur borne supĂ©rieure (join), soit (p √ q), et leur borne infĂ©rieure (meet), soit (p ‱ q), seront donc univoquement dĂ©terminĂ©es. Le systĂšme des propositions dans son ensemble constitue ainsi un rĂ©seau.

Mais, si les deux groupes dont il s’agissait Ă  l’instant (§ 37) sont trop Ă©troits pour supporter le poids de toute la logique des propositions, le lattice apparaĂźt au contraire comme un systĂšme trop large, qui ne serre pas de prĂšs le dĂ©tail des transformations et se contente de dĂ©crire leur pourtour gĂ©nĂ©ral sans les atteindre en leur mĂ©canisme mĂȘme.

1° En effet, la lacune essentielle de la notion de lattice, du point de vue de ses applications Ă  la logique, est de se contenter d’une rĂ©versibilitĂ© attĂ©nuĂ©e. Un rĂ©seau ne comporte point d’opĂ©ration inverse, car la borne infĂ©rieure ne soutient pas de rapport d’inversion stricte avec la borne supĂ©rieure. Dans le cas du lattice des opĂ©rations interpropositionnelles, les deux opĂ©rations jouant le rĂŽle de bornes supĂ©rieure et infĂ©rieure, la disjonction (v) et la conjonction (∙), ne sont ni les complĂ©mentaires (inverses), ni les rĂ©ciproques l’une de l’autre, mais simplement les « corrĂ©latives » (dĂ©finition 34 et § 31). Certes la corrĂ©lative est l’inverse de la rĂ©ci- \

1. Ces sept conditions sont formulées par Arend Heyting, Formai Logic and Mathe- matics, Amsterdam, SynthÚse, vol. VI, 1948, p. 275 (voir p. 281).

proque. On peut donc passer (par nĂ©gation de p et de q) de l’opĂ©ration (p √ q) Ă  sa rĂ©ciproque (p √ q), et, par nĂ©gation de celle-ci, Ă  la corrĂ©lative :

(p ∹ q) → (p ∹ q) et pvq = p ‱ q

(p∙q)→(p∙q) ξt p ‱ q = (p v ?)

Mais ni la nĂ©gation d’une proposition (p) ni celle d’une opĂ©ration (p √ q = p ‱ q) ne sont des opĂ©rations constitutives du rĂ©seau : ce sont des propositions comme les autres, qui sont donc « bornĂ©es » comme les autres, mais ce ne sont pas des conditions nĂ©cessaires Ă  l’existence d’un lattice. Sur les trois sortes de transformations fondamentales de la logique interpropositionnelle (voir § 31), les inversions, les rĂ©ciprocitĂ©s et les corrĂ©lativitĂ©s, le lattice formĂ© par les disjonctions et les conjonctions ne connaĂźt donc que la troisiĂšme. Or, les deux premiĂšres sont essentielles Ă  toute dĂ©duction.

2° On pourrait, il est vrai, concevoir l’opĂ©ration qui consisterait Ă  dissocier le « meet » du « join ». On aurait en ce cas :

(pvq)∙ (pτq) = (p∙q)v(p∙q) = (pwq)

Mais on retombe alors sur le systÚme, des parties non communes et des parties communes, discuté au § 36.

3° Le lattice ne comporte pas, d’autre part, d’opĂ©ration telle que, Ă©tant donnĂ© une borne supĂ©rieure (p √ q) et l’une des deux propositions en jeu (p), l’autre soit univoquement dĂ©terminĂ©e. Supposons que cette opĂ©ration consiste Ă  nier p, soit (‱ p). Aura-t-on alors : (p √ q) ‱ p = q ? Mais, si l’on prend l’opĂ©ration (p √ q) dans le sens gĂ©nĂ©ral d’une rĂ©union de p et de q constituant simplement leur « join » ou « borne supĂ©rieure », rien ne nous renseigne sur les rapports dĂ©taillĂ©s de p et de q : on sait seulement que l’une au moins des trois conjonctions (p ‱ q) ou (p ‱ q) ou (p ■ q) est vraie, mais sans savoir laquelle ou lesquelles. On peut donc avoir, entre p et q : a) un rapport de disjonction complĂšte : (p ‱ q) w (p ‱ q) ; b) un rapport de disjonction incomplĂšte : (p ‱ q) √ (p ‱ q) √ (p ‱ q) avec vĂ©ritĂ© des trois possibilitĂ©s ; c) un rapport d’implication (qi p) : (p ■ q) √ (p ‱ q) ; d) un rapport d’implication (p 1 q) : (p ■ q) √ (p ‱ q) ; e) un rapport d’équivalence (p = q) : (p ‱ q). DĂšs lors (p √ q) ‱ p donnera (p ‱ q) dans les cas a), b) et d) et (o) dans les cas c) et e).

4° Quant Ă  retrouver l’une des propositions q Ă  partie de la borne infĂ©rieure (p ‱ q), l’indĂ©termination est encore plus grande, puisque

(p ‱ q) n’est que la partie commune Ă  p et Ă  q : cette partie (p ‱ q) peut donc soit recouvrir les deux propositions, soit l’une d’entre elles seulement, soit encore ĂȘtre nulle (si p|ç).

5° Il n’est qu’un cas oĂč l’inversion soit possible de façon univoque : c’est celui oĂč l’on a (p √ q) = q et par consĂ©quent (p ‱ q) = p.   La rĂ©union (p vq) est alors dichotomiquement rĂ©partie en (p ‱ q) √ (p ‱ q) : d’oĂč [(p v^) ∙ (pτq)] = (p -q) et [(p √ q) ‱ (p ‱ ç)] = (p ‱ q). Mais c’est qu’en ce cas p est inclus dans q, ce qui permet de diviser la proposition q en ses deux constituantes : p = (p ‱ q) et p’ = (p ‱ q). Seulement, en un tel cas, la structure du lattice est prĂ©cisĂ©ment limitĂ©e dans le sens du groupement.

En bref, le lattice est une structure trop gĂ©nĂ©rale pour exprimer les transformations spĂ©ciales de la logique des propositions. Le lattice s’applique, en effet, aux structures les plus diverses, par * exemple aux nombres entiers (la borne supĂ©rieure est alors le plus petit commun multiple et la borne infĂ©rieure le plus grand commun diviseur), Ă  l’espace projectif, etc. Par sa gĂ©nĂ©ralitĂ© mĂȘme, il exprime bien un mĂ©canisme logique essentiel d’inclusion de la partie dans le tout et d’intersection corrĂ©lative. Mais il nĂ©glige la rĂ©versibilitĂ© qui constitue la caractĂ©ristique la plus spĂ©cifique de toute transformation logique.

§ 38. Le passage du lattice au groupement

La conclusion Ă  tirer de cette double analyse des groupes de Boole-Bernstein et du lattice interpropositionnel des disjonctions et conjonctions est que ni l’une ni l’autre de ces deux structures d’ensemble ne rend compte adĂ©quatement de la totalitĂ© des opĂ©rations de la logique bivalente : ces groupes parce qu’ils ne portent pas sur les emboĂźtements comme tels et le lattice parce qu’il sacrifie la rĂ©versibilitĂ©. Le problĂšme de la structure d’ensemble des opĂ©rations interpropositionnelles consiste donc Ă  unir en un seul systĂšme les emboĂźtements propres au lattice et la rĂ©versibilitĂ© du groupe. Or, Ă  ajouter des « identiques spĂ©ciales » Ă  un groupe, on en Ă©largit la structure, tandis qu’à ajouter la rĂ©versibilitĂ© Ă  un lattice on le spĂ©cialise simplement. Il s’agit donc de construire des lattices rĂ©versibles. DĂšs lors, au lieu des opĂ©rations (w) et ( = ) des deux groupes de Boole-Bernstein ou des opĂ©rations (w) et (‱) de 1’« anneau » rĂ©sultant de leur rĂ©union, et au lieu des opĂ©rations (v) et (‱) qui carac-

tĂ©rise le lattice, il s’agira de fonder la structure embrassant la ’ totalitĂ© des opĂ©rations bivalentes sur les deux opĂ©rations (v p) et (‱ p), c’est-Ă -dire sur la disjonction Ă  titre d’opĂ©ration directe et sur la nĂ©gation conjointe qui est son inverse au sens de la complĂ©mentaritĂ© simple. Un tel choix correspond, on le voit, Ă  la loi de dualitĂ© (p^vq) = (pĂ·f) et (p ‱ g) = (p √ q).

Si p est la complémentaire de p et si T est la réunion de p et de p (ou de q et de g, etc.), on a alors :

1. Opération directe : (p √ p) = T

2. OpĂ©ration inverse : (p ‱ p) = o

3. Identique gĂ©nĂ©rale : (v) o parce que p∙p = oetpvo = p

i. Identiques spéciales : (p √ p) = p et (p √ T) = T

Le jeu des opĂ©rations directe et inverse et de l’identique gĂ©nĂ©rale unique prĂ©sente alors la mĂȘme rĂ©versibilitĂ© que celle du groupe, tandis que les identiques spĂ©ciales correspondent aux auto-emboĂźtements du lattice. En effet, la rĂ©versibilitĂ© de (v p) et de (‱ p) permet de dĂ©duire de (p √ p = T), par transfert d’un membre Ă  l’autre, les Ă©galitĂ©s :

p = T ‱ p et p = T ■ p = T ‱ p

D’oĂč la transformation fondamentale du lattice :

[(p ∹ T) = T] = [(p ‱ T) = p]

D’autre part, il est clair que le rapport entre p et T constitue une implication, puisque T = (p ‱ T) √ (p ‱ T) et que p ‱ T = o (puisque T = o). Il suffit alors d’introduire une sĂ©rie d’intermĂ©diaires entre p et T, sous la forme p^q∙, q∑>r∙, r^s ; s 3
 3 T, pour que l’on ait (proposition 238) une suite telle que :

p ∹ p’ = q\ q ∹ q’ = r ; r ∹ r’ = s ; 


et que (proposition 241) l’on puisse Ă©galer p Ă  (p = p’ ∹ q’ ∹ r’
). On transforme ainsi le lattice en une structure rĂ©versible, conservant les propriĂ©tĂ©s gĂ©nĂ©rales du rĂ©seau, mais y ajoutant, avec la rĂ©versibilitĂ©, les transformations fondamentales de la logique interpropositionnelle. Or, c’est prĂ©cisĂ©ment ce systĂšme que recouvre, comme nous l’avons vu au § 35, l’axiome unique de Nicod et qui constitue ce que nous avons appelĂ© un « groupement ».

La structure d’ensemble spĂ©cifique de la logique bivalente n’est donc ni le groupe, trop Ă©troit pour embrasser les opĂ©rations d’autoemboĂźtements, ni le lattice trop large pour rendre compte de la

rĂ©versibilitĂ©, mais le groupement qui concilie la rĂ©versibilitĂ© avec les emboĂźtements de partie Ă  tout. C’est ce que nous allons voir plus en dĂ©tail.

§ 39. Le « groupement » des opérations interpropositionnelles

Contrairement aux groupements intrapropositionnels, qui se rĂ©partissent selon huit formes distinctes (opĂ©rations additives ou multiplicatives, de classes ou de relations et primaires ou secondaires), on peut rĂ©duire la totalitĂ© des opĂ©rations interpropositionnelles Ă  un groupement unique, dont les formes diverses se composent directement les unes Ă  partir des autres. Nous procĂ©derons ainsi selon cinq Ă©tapes, en dĂ©butant comme on vient de le voir, par les relations d’une seule proposition avec le systĂšme auquel elle appartient (A), puis en dĂ©veloppant les groupements d’implications (B), celui des opĂ©rations binaires en gĂ©nĂ©ral (C) et celui des compositions ternaires, etc. (E), en passant par le groupe des quatre transformations d’inversion (D).

A. Les rapports d’une proposition avec le systùme dont elle fait partie

Partons d’une seule proposition p, non pas Ă  titre d’élĂ©ment atomique, mais au contraire pour marquer les rapports que soutiennent ses transformations avec l’ensemble du systĂšme dont elle fait partie. Soit donc une proposition quelconque (p) ; sans introduire encore la nĂ©gation Ă  titre d’opĂ©ration, nous appellerons p la proposition qui est vraie quand p est fausse et qui est fausse quand p est vraie. On peut alors dĂ©finir les opĂ©rations suivantes, qui constituent dĂ©jĂ  Ă  elles seules un « groupement »:

1. L’opĂ©ration directe sera l’affirmation de p rĂ©unie disjonctive- ment (v p) Ă  tout autre proposition du systĂšme (nous ne connaissons pour le moment que p) :

(265) ’ p ∹ p = T

(oĂč T est la proposition toujours vraie).

On constate que, pour une seule proposition p et sa complĂ©mentaire p sous T, l’opĂ©ration directe de dĂ©part Ă©quivaut au principe du tiers exclus.

2. L’opĂ©ration inverse sera la nĂ©gation de p rĂ©unie conjonctive- ment (‱ p) Ă  tout autre proposition du systĂšme (c’est-Ă -dire pour le moment Ă  p) :

(266) p ‱ p = o .

Pour une seule proposition et sa nĂ©gation l’opĂ©ration inverse Ă©quivaut ainsi au principe de non-contradiction.

3. Il existe une opération identique générale unique, qui 1° sera le produit des opérations directe et inverse et qui 2° ne modifiera aucune opération avec laquelle elle est composée. Nous la noterons (v) o. Soit1 :

(267) p ■ p = o ; p ∹ o = p ; p ∹ o = p ;T ∹ o = T ; o y o — o

L Il existe des opérations identiques spéciales ne modifiant pas les opérations avec lesquelles elles sont composées. Ce sont :

(268) pvp = p ;pvp=p et p ■ p = p (tautifications)

(269) p √ T = T (rĂ©sorption), c’est-Ă -dire p √ {p √ p) = (p √ p)

5. Ces compositions sont associatives, sous les mĂȘmes rĂ©serves qu’à propos des groupements intrapropositionnels :

(270) p √ (p √ o) = (p √ )p √ o = T

Par contre :

(271) pv(p∙p)≠(pvp)∙p

car pv(p∙p) = pvo = p et (pvp)∙p = p∙p = o

C’est donc la dualitĂ© des fonctions de p √ p (tautification) et de p √ o (opĂ©rations directe et identique gĂ©nĂ©rale) qui seule restreint l’associativitĂ©.

6. Ces dĂ©finitions admises, on peut inverser l’opĂ©ration inverse comme on inverse l’opĂ©ration directe. L’inversion d’une opĂ©ration se notera par une barre situĂ©e au-dessus de l’expression donnĂ©e, soit (vp) = (‱ p). L’inversion de l’opĂ©ration inverse ramĂšnera alors Ă  l’opĂ©ration directe :

(272) (vp) = (∙p) et (^ = (vp)

transformation que nous écrirons aussi : (p = p).

Il importe de noter soigneusement la diffĂ©rence qui existe entre l’inversion d’une nĂ©gation, c’est-Ă -dire la nĂ©gation de l’opĂ©ration de nĂ©gation (‱ p), et la simple rĂ©pĂ©tition d’une nĂ©gation, c’est-Ă -dire l’identique spĂ©ciale p ‱ p = p. 

7. Les opĂ©rations fondamentales (v p) et (‱ p) Ă©tant ainsi posĂ©es avec leur rĂ©versibilitĂ©, on peut introduire deux nouvelles opĂ©rations

1. Il faut donc dictinguer (v)o de (∙)o, qui sera introduit dans la suite.

rĂ©sultant des prĂ©cĂ©dentes elles-mĂȘmes. Si p fait partie de T sans lui ĂȘtre Ă©quivalent, on a donc (p √ p) = T (proposition 265). On peut alors se proposer d’inverser (v p) de maniĂšre Ă  Ă©tablir la relation existant entre (p) et (T), soit p = T ■ (v p) = T ‱ p = T ‱ p.   On est ainsi conduit Ă  dĂ©finir le nouveau couple opĂ©ratoire :

(273) 6T) = (∙p) et (ψ) = (vp)

Sa signification est la suivante. Si l’on pose (p √ T) = T (270) la disjonction (p √ T) enveloppe l’existence de parties communes entre (p) et (T), soit (p ‱ T) et de parties non communes (T ‱ p). La conjonction (T ‱ p) apparaĂźt alors comme une inversion partielle au sein de la disjonction, par nĂ©gation des parties non communes (v p). Inversement, l’inversion de la conjonction (‱ p) consiste en une rĂ©introduction de la partie non commune (v p). La corrĂ©lativitĂ© conduisant de (p √ T) Ă  (p ‱ T) n’est donc pas autre chose qu’une inversion partielle au sein de l’opĂ©ration fondamentale (v).’

7 bis. Notons que les transformations (v p), (‱ p), (v p) et (‱ p) caractĂ©risent Ă  elles seules les opĂ©rateurs direct, inverse, rĂ©ciproque et corrĂ©latif d’un « groupe de quatre » (voir thĂ©or. VI, p. 286), indĂ©pendamment des identiques spĂ©ciales.

8. Les opĂ©rations (‱ p) et (v p) ainsi introduites comportent aussi leurs propres identiques spĂ©ciales. Nous avons dĂ©jĂ  vu p vp =p (sous 268). Quant Ă  (‱ p), on a :

(274) p ■ p = p (tautification)

(275) p - T = p ou p ‱ T = p (absorption)

Autrement dit toute proposition (p, p ou T) jointe Ă  elle-mĂȘme ou Ă  une proposition qu’elle englobe laisse celle-ci invariante. La proposition (p ‱ T = p) prĂ©sente Ă  cet Ă©gard deux significations Ă©quivalentes : a) si j’affirme la partie commune Ă  T (=pvp) et Ă  p, je n’ajoute rien Ă  (p) ; b) si je nie p au sein de T (= pv p), je n’affirme plus que p. 

9. La plus gĂ©nĂ©rale des identiques spĂ©ciales (275), c’est-Ă -dire (‱ T) Ă©quivaut alors Ă  (’identique gĂ©nĂ©rale (v o), non pas en tant que produit des opĂ©rations directe et inverse (premiĂšre fonction de l’identique gĂ©nĂ©rale, voir 3°), mais en tant que laissant invariante toute autre opĂ©ration (deuxiĂšme fonction de l’identique gĂ©nĂ©rale) : (p √ o) = (p ‱ T) ; (p √ o) = (p ‱ T) ; etc. De ce second point de vue, mais de ce second point de vue seulement on peut inverser T en T = O et O en O = T.

10. Le rapport d’équivalence ( = ) fait partie du systĂšme et exprime la substitution possible des expressions formant les deux membres de l’équivalence considĂ©rĂ©e, donc la vĂ©ritĂ© de leur rĂ©ciprocitĂ©. Cette nouvelle opĂ©ration se dĂ©duit en effet des prĂ©cĂ©dentes :

(276) (p = p) = (p ‱ p) ∹ (p ■ p)

11. On peut alors transfĂ©rer d’un membre Ă  l’autre d’une Ă©quivalence tout terme (v p) sous la forme (‱ p) et tout terme (‱ p) sous la forme (v p), ou rĂ©ciproquement. Ces transferts sont cependant limitĂ©s par les mĂȘmes rĂšgles que dans les groupements de classes (§ 10, sous III : rĂšgles I-IV) : il importe donc de suivre un certain ordre entre les tautifications et les simplifications avant les transferts. Par exemple (p √ p) = (p ‱ p) ne peut donner lieu Ă  aucun transfert avant les rĂ©sorptions (p = p). Par contre (p = p) donnera (p ‱ p — o) ou (p — p), etc.

12. De tels transferts se traduisent par l’emploi de la rĂšgle de dualitĂ©. Les transformations pvp = p∙p^, p∙p = pvp∙, p ■ p = pvp∙, p √ p = p ■ p \ p √ p = p ‱ p ; p ‱ p — pvp- etc., ne constituent pas autre chose, en effet, que l’expression des diverses formes prĂ©cĂ©dentes d’inversion.

On a alors les compositions suivantes qui, jointes aux prĂ©cĂ©dentes, constituent un groupement (dĂ©signons par → les transformations) :

(p √ p = T) → (p = T ‱ p) =â–ș (p = T ‱ p)

ou : (pvp = T)→(p∙p = o)

(p . p = o) → (p = p) → (p = p)

ou : (p ‱ P = b) → [(p vp) = T]

(p ■ o = o) → (T = p vT)

Etc.

De la composition (p √ p = T) = (p = T ‱ p) = (p = T ‱ p), on peut dĂ©duire que T est toujours affirmĂ© quand (p) est vrai, mais sans rĂ©ciprocitĂ© puisque (T) est aussi affirmĂ© dans le cas (p). On dira alors que (p) implique (T), soit (p ⊃ T) :

(277) (p⊃T) = (p∙T)v(p∙T)v(p∙T)

(oĂč T = o, donc p ‱ o = o) d’oĂč l’équivalence :

(277 bis) T = (p ‱ T) ∹ (p ‱ T)

Cette derniĂšre expression reprĂ©sente 1’« affirmation » de T.

B. Les groupements d’implications

Subdivisons maintenant le systÚme T en totalités emboßtées :

p q ; q^r-, r s ; s ? 
 ; q^T

Cela revient Ă  dire que la proposition (q) jouera par rapport Ă  (p) le mĂȘme rĂŽle que jouait (T) dans les compositions prĂ©cĂ©dentes (265 Ă  277) ; que (r) jouera vis-Ă -vis de (q) le mĂȘme rĂŽle que (q) vis-Ă -vis de (p) ; etc. Il est donc facile de gĂ©nĂ©raliser les transformations du groupement prĂ©cĂ©dent Ă  des ensembles multipropositionnels aussi riches en Ă©lĂ©ments que l’on voudra. Mais il y a avantage, pour la clartĂ© de l’exposĂ©, Ă  dissocier les opĂ©rations (v p) et (‱ p) des opĂ©rations (‱ p) et (v p). DĂ©crivons donc d’abord les formes distinctes que peut prendre le groupement multipropositionnel, puis nous les rĂ©unirons en un seul tout.

Forme I. — Ne considĂ©rons donc, sous le nom de forme I, que les opĂ©rations fondamentales (v p) ; (‱ p) et ( = ), et gĂ©nĂ©ralisons sans plus, Ă  la suite d’implications enchaĂźnĂ©es p □ q ; q ⊃ r ; etc., les rapports Ă©tablis entre p, p, T et o dans le cas p T (proposition 277).

Dùs lors, si (p □ q), cela signifiera, en vertu de (277), que :

(P d q) = (p ■ q) ∹ (p ‱ q) ∹ (p ■ q)

et que (277 bis) q = (p ■ q) √ (p ■ q). Appelons (p’) la complĂ©mentaire de (p) sous (q) tel que (p’ = p ‱ q). Nous avons donc :

(p ql [{p q} ■ (p’q)} ξt (p ^q) = [(p vp’) = ?1

On reconnaßt les propositions 170-172 du § 30.

On aura de mĂȘme (fig. 46) :

r = (q √ q’) oĂč ⅛’ = g ‱ r); (s = r √ r’) oĂč (r’ = r ‱ s) ; etc.

D’oĂč :

(278) Si p ⊃ q ; q d r ; r ⊃ s ; etc.

alors [(p ∹ p’) = g] ; [(^ ∹ q’) = r] ; [(r ∹ r’) = s] ; etc.

Cette forme I du groupement des implications correspond au groupement additif de classes (§ 12). Par exemple p = « x est un FĂ©lin ». et q = « x est un Carnassier », d’oĂč p’ = « x est un Carnassier non FĂ©lin » ; r = « x est un MammifĂšre », d’oĂč q’ — « x est un MammifĂšre non Carnassier »; s = « x est un VertĂ©bré » et r’ = « x est un VertĂ©brĂ© non MammifĂšre », etc


D’oĂč les compositions suivantes qui constituent un « groupement » :

1. L’opĂ©ration directe (v p) consiste Ă  rĂ©unir une proposition p Ă  une autre proposition du systĂšme (278) disjointe de p, de maniĂšre Ă  obtenir une Ă©quivalence : par exemple p √ p’ = q.

1 bis. L’affirmation d’une seule proposition Ă©quivaut Ă  une opĂ©ration directe portant sur cette proposition : ainsi (p) Ă©quivaut Ă  (v p), ou plus prĂ©cisĂ©ment Ă  p √ p (voir 4).

2. L’opĂ©ration inverse (‱ p) consiste Ă  joindre la nĂ©gation d’une proposition p Ă  une autre proposition du systĂšme :

p ■ p, = q ou (r ‱ p = p, ∹ q’) ; etc.

2 bis. La nĂ©gation d’une seule proposition Ă©quivaut Ă  une opĂ©ration inverse : p Ă©quivaut Ă  (‱ p) et Ă  p ‱ p. D’oĂč la double nĂ©gation p = p qui Ă©quivaut Ă  (‱ p) — p ou Ă  (p ‱ p) = (p √ p).

2 ter. Le passage d’une proposition d’un membre Ă  l’autre d’une Ă©quivalence Ă©quivaut Ă  une opĂ©ration inverse :

S1 (P v P ) = q> al°rs p = q ∙~p’ et p’ ≈ q-p ; de mĂȘme (p √ p’) ‱ q = o

3. L’opĂ©ration identique^ gĂ©nĂ©rale (y o) constitue le produit des

Fig. 46.

opérations directe et inverse : p-p = o.

L’identique gĂ©nĂ©rale ne modifie pas les opĂ©rations avec lesquelles elle est composĂ©e : pvo = p ;pvo = p ; parce que pv(p∙p) =petpv(p∙p)=p. 

4. Les identiques spéciales sont la tautification et la résorption :

Tautification : (p ∹ p = p) ; (p ∹ p) = p ; p ‱ p = p. 

Résorption : Si p i q, alors (pvq = q).

i bis. L’existence des iden

tiques spĂ©ciales nĂ©cessitent l’application des mĂȘmes rĂšgles de composition que dans le cas des groupements de classes (§ 10). Par exemple (p vp) = p ne saurait donner p = (p ‱ p) par transfert de (v p) en (‱ p). Mais p = p donne o = p ■ p. 

5. L’associativitĂ© est limitĂ©e aux Ă©lĂ©ments disjoints, aprĂšs toutes tautifications et rĂ©sorptions.

 

Les compositions du groupement sont alors les suivantes (voir la figure 46) :

(279) (pvp’) = q

[(p ∹ p’  = ç)  ∹ ?’]  = [(p ∹ p’ ∹ q’) = r]

Kç ∹ q’  = r) v r’]  = [(p v p’ ∹ q’ ∹ r’) = s]

[(r ∹ r’  = s)  ∹ s’]  = [(p ∹ p’ ∹ q’ ∹ r’ ∹ s’) =  Z]

Etc.

D’oĂč :

(280) (p ∹ q’) = (r ‱ p’) ou (p’ ∹ q’) = (r ■ p)

(p ∹ r’) = (s- p’ ■ q’) ou (p’ ∹ r’) = (s ‱ p ‱ q’)

Etc.

(281) Sip = q ‱ p’ et p’ = q ‱ p alors (p ‱ p’ — o)

Il en rĂ©sulte, puisqu’alors p ‱ q = p’ ‱ q et p’ ‱ q = p ■ q, l’incompatibilitĂ© p∖p’ :

(282) [(p vp’) ( = p∣p’)] = [(p ■ ’) ∹ (p ■ p’) ∹ (p ∙ p’)]=(p w p’ w q) et :

(283) q = (p w p’)

(284) si (p^q) et r = (q w q’) alors p⅛’, etc.

On constate donc que : 1° Chacune des propositions soit primaires (p, q, r, etc.) soit secondaires (p’, q’, r’, etc.) implique les propositions primaires de rang supĂ©rieur : p’ d t ou r 3 u, etc. 2° RĂ©ciproquement chaque proposition primaire implique les propositions qui la composent, mais en tant qu’ensemble : s 3 (p √ p’ ∹ r’). 3° Toute proposition peut ĂȘtre dĂ©duite de celles de rang supĂ©rieur par nĂ©gation des complĂ©mentaires : (q’ = t ‱ s’ ‱ r’ ‱ q). Enfin 4° chaque proposition (primaire ou secondaire) est incompatible avec sa complĂ©mentaire ainsi qu’avec les propositions secondaires de rang supĂ©rieur : r∣r’ ; r|s’; r|Z’; etc ; de mĂȘme r’|r ; r’|s’; r’|Z’; etc. (cf. 281 Ă  284).

Ces quatre sortes d’infĂ©rences, jointes Ă  la conjonction (p ■ q) (rĂ©sultant de q = p ■ qv p’ ‱ q), suffisent, Ă  fonder toute la syllogistique classique, comme nous le verrons au chapitre VII : (p^q) correspond, en effet, Ă  l’universelle affirmative ; (p∖q’) Ă  l’universelle nĂ©gative ; (p ‱ q) Ă  la particuliĂšre affirmative et (p ‱ q) Ă  la particuliĂšre nĂ©gative.

Notons enfin que, en vertu de dĂ©finition de p’ = p ‱ q, la disjonction (p √ p’) Ă©quivaut toujours Ă  une disjonction exclusive (par opposition Ă  p1 √ p2 que nous utiliserons dans la forme III, et qui sera un trilemme). Mais on ne saurait choisir l’opĂ©ration (w) comme opĂ©ration fondamentale du groupement, car on aurait alors {p w p = o) au lieu de (p √ p = p) et, si (p q), (p w q = p’) et non pas (p √ q = q). Par opposition au groupe de Boole-Bernstein le groupement exige, en effet, une opĂ©ration fondamentale susceptible de rendre compte des emboĂźtements (p √ q = q) et auto-emboĂźtements (p √ p) comme des rĂ©unions disjonctives (p √ p’ = q).

Forme II. — La deuxiĂšme forme du groupement des implications a pour opĂ©ration directe la conjonction (‱ p) et pour inverse l’expression (v p). Notons d’abord qu’il est facile de donner cette forme II Ă  la forme I en Ă©crivant :

(p ∹ p’ = q ) = [(p d q) ‱ (p’ q) = q}

Mais si la forme I correspond au groupement de l’addition des classes (A + A’ = B ; B + B’ = C ; etc.), la forme II est seule apte Ă  traduire en opĂ©rations interpropositionnelles le groupement de l’addition des relations asymĂ©triques transitives :

4. + → = Λ ; → + →- = → ; etc∙

par exemple :

(A < B) + (B < C) = A < C ; (A < C) + (G < D) = (A < D) ; etc.

En effet, si nous appelons p la proposition affirmant (A < B), p’ la proposition affirmant (B < C) et q la proposition affirmant (A < C), on constate que l’on ne saurait Ă©crire (p ^q) ni (p’ ^q) comme dans le cas oĂč p = « ÊeA » et q = « zeB », mais que, pour exprimer le rapport entre (A < B), (B < C) et (A < C), c’est-Ă -dire entre p, p’ et q, il faut poser (p ■ p’) d q ; car p n’implique q que jointe Ă  p’ et p’ n’implique q que jointe Ă  p.   Mais rĂ©ciproquement on a aussi (pp ‱ p’). D’oĂč (voir la figure 47, page suivante) :

(285) (p ‱ p’) = q ; (q ‱ q’) = r ; {r ■ r’) = s ; etc.

Quant Ă  l’opĂ©ration inverse, elle ne saurait ĂȘtre p = q ∙p’ ou p’ — q - p, puisque l’on ne saurait affirmer simultanĂ©ment la vĂ©ritĂ© de q et la faussetĂ© de l’une de ses composantes nĂ©cessaires (par

exemple affirmer que « C est plus grand, que B et que A », et en mĂȘme temps exclure que « C est plus grand, que B »). Par contre, et conformĂ©ment Ă  ce que nous avons vu plus haut (proposition 273), l’inverse de (‱ p) sera (v p) :

(286) p = (q V p’) ; p’ = (q ∹ p) ; q = (p ∹ p’) ; etc.

En effet (p √ p’) = (p∖p’), ce qui est bien Ă©quivalent Ă  q (= la faussetĂ© de q Ă©quivaut Ă  l’incompatibilitĂ© des Ă©lĂ©ments dont la conjonction dĂ©finit la vĂ©ritĂ© de q). D’autre part, l’inversion de

l’inverse, soit pvp’=q, signifie bien (p ‱ p’ = q).

Or, les expressions (q √ p) ou (q √ p’) ont un sens prĂ©cis, qui Ă©quivaut Ă  (p i q) et Ă  (p’⊃^) (voirpropositionl59). Cela revient donc Ă  dire qu’en isolant p’ de l’expression (p √ p’ = q) on affirme simultanĂ©ment que p’ implique (p i q) et que (p □ q) implique p’ (l’équivalence =

Fig. 47’.

signifie en effet, g) ; de mĂȘme en isolant p on affirme que p implique (p’ ⊃ q) et que (p’ ⊃ q) implique p.   Il est remarquable de trouver ainsi de telles Ă©quivalences (286) Ă  titre d’opĂ©rations inverses du groupement exprimant en termes d’implications l’enchaĂźnement des relations asymĂ©triques transitives : on se rappelle, en effet, que l’inverse de la relation A < B est sa converse B > A, le produit de l’inĂ©galitĂ© (A < B) et de son inverse (B > A) Ă©tant l’équivalence (A = A). Ainsi la rĂ©versibilitĂ© des groupements de relations, qui est une rĂ©ciprocitĂ© et non pas une nĂ©gation par complĂ©mentaritĂ©, correspond sur le plan interpropositionnel Ă  une inversion proprement dite (7p) —   (v p), mais exprimant Ă©galement une rĂ©ciprocitĂ© dans les implications et non pas la nĂ©gation des propositions en jeu. Rien ne saurait mieux illustrer un tel fait que la correspondance de cette forme II avec une sĂ©riation, dans

f.La figure 47 se lit comme suit. Chaque casier contenant (ρ ‱ p’) ou (q ‱ q’) ; (r ‱ r’), etc., reprĂ©sente l’intersection entre le casier situĂ© en dessous de lui et le casier, situĂ© Ă  sa droite Par exemple le casier (p ‱ p’) est l’intersection de (p) et de (p,) ; le casier (q ■ q’) est l’intersection de q(= p ‱ p’) et de (q’) ; le casier (r ‱ r’) est l’intersection de r (= q . q’) et de r’, etc.

 

laquelle tous les éléments se tiennent en fonction des différences ordonnées, par opposition aux simples emboßtements de classes non ordonnées.

Forme III. — La forme I du groupement des implications relie q Ă  deux propositions constituant un dilemme (p √ p’) = ql d’oĂč deux

implications complĂ©mentaires (p ∑> q) et (p’ p). La forme II relie plus Ă©troitement p et p’ par la conjonction (p ‱ p’) = q, d’oĂč P 5 (p’ ⊃ q) et p’ (p 3 q). Envisageons maintenant le cas oĂč q est formĂ© de deux propositions p1 et p2 qui ne seraient plus entiĂšrement disjointes ni entiĂšrement conjointes, mais reliĂ©es par une disjonction non exclusive (p1 √ p2). Ces propositions Ă©lĂ©mentaires s’impliqueront par consĂ©quent1 sous la forme (p13 p2) et (p2 3 p1). Si nous appelons p[

Fig. 48.

la proposition (p1 ‱ q) et p2 la proposition (p2 ‱ q), nous aurons donc la double implication2 :

(287) (p1 ∹ p2) = (p’1 3 p2) ∙ (p’ 3 pl) (voir la figure 48)

et la réciprocité :

(288) (p1 vp2) = (pj∣pa)

puisque pf = (p1 ‱ q) et p’2 = (p2 ‱ q).

On se trouve alors en prĂ©sence d’un groupement de la forme suivante (l’un des deux cas possibles que recouvre l’axiome de Nicod) :

(289) (p1 √ p2) = ql

⅛Îč v ?2) = (Pi √ Pu √ q^ = rÎč

(r1 √ r2) = (p1 √ p2 √ q2 √ r2) = s1

(s1 √ s2) = (p1 vp2vq2vr2v s2) = t1

Etc.

1. On se rappelle que le trilemme (p v q) est une double implication p d q et q 3 p (proposition 132).

2. On reconnaüt la vicariance des classes. Si p( = A1 ; pj = As ; p, = A ; et pl = A,, on a (A, + AJ = A, + AJ) ainsi que A, < As et A2 < A1. On a en outre A1∕A,.

 

On a alors :

(290) q1 = (p1 ■ p2) ∹ (p1 ∙ p’) ∹ (p] ■ p2)

G = (7i ‱ 7a) v (71 ■ 70 v (71 ‱ 7a) Etc.

Il s’ensuit que les inverses seront :

(291) q = p1 ■ p2 ; p1 = q1 ∙ (p2 ‱ p0 ; p2 = q1 ∙ (p1 ∙ p2)

L’identique gĂ©nĂ©rale est :

(292) q ‱ q = o, c’est-Ă -dire (p1 √ p2) ∙ (p1 ∙ p2) = o et les identiques spĂ©ciales : p1 v p1 = p1 ; p1 √ q1 = q1 ; etc.

Voici un exemple concret. Soit p1 = ex appartient Ă  une classe de parentĂ© par filiation (que nous appellerons PJ » ; et p2 = « x appartient Ă  une classe de parents par alliance (P2) ». On a alors pi √ p2 = q1 (un individu pouvant vĂ©rifier Ă  la fois p1 et p2 ou l’un sans l’autre). Si P1 + P2 = Q, on a en outre ql = « x appartient Ă  la classe Q, » ; un des membres de Q1s’étant mariĂ©, on a une nouvelle classe de parentĂ©s par alliance Q2, d’oĂč q2 = « kQ2i et (q1 √ qt) = r1, etc


Les compositions intĂ©ressantes sont d’abord les incompatibilitĂ©s :

(293) (p(∣⅝) ∙ (g(∣70 ≡>(pl∣gl)

On a de mĂȘme (pi | r() ; (pi 150 ; etc.

Et surtout, si nous appelons q3 la réunion q3 = (p2 √ q2), on aura :

(294) (p2^q3)^ [(PÎčVp2)⊃(p1V73)]

(Voir la figure 49.)

Fig. 49.

Cette implication (294) constitue l’axiome IV de Russell et Hilbert : (p d q) □ [(r ∹ p) d (r ∹ g)].

Les formes I et III du groupement des implications condensent ainsi les axiomes I Ă  IV de la logique bivalente. L’axiome I, (p √ p) d p, exprime l’opĂ©ration identique spĂ©ciale du groupement (p √ p) = p ; l’axiome II, p ⊃ (p √ q), exprime l’emboĂźtement de la partie dans le tout (p √ p’) = q, ainsi que la rĂ©sorption (p √ q) = q ; l’axiome 111, (p √ g) d (g vp), exprime la commutativitĂ© de la rĂ©union (v) sur laquelle reposent les formes I et III du groupement ; et l’axiome IV traduit la transitivitĂ© des compositions (proposition 294). C’est

 

pourquoi il y a identitĂ© entre les formes I et III du groupement et l’axiome unique de Nicod, comme nous l’avons dĂ©jĂ  vu au § 35.

r-

Forme IV. — Introduisons maintenant une complication de plus. Admettons que les propositions Ă©lĂ©mentaires p1 et p2, qui constituent q avec leurs complĂ©mentaires p’1 et p’2, ne se composent plus seulement (comme dans la forme III) selon l’opĂ©ration :

l(P1P2) √ (p1p2) √ (p,1p2) = q]

mais que q comprenne en outre (p[p2). On aura alors une nouvelle disposition, correspondant Ă  l’opĂ©ration que nous avons appelĂ©e « affirmation complĂšte » (et symbolisĂ©e par le signe *) :

(295) q = (p1* p2) = (p1p2) ∹ (p1p’2) ∹ (p’1p2) ∹ (p⅛’)

et l’on pourra ainsi grouper une suite d’affirmations complùtes :

(Pi * Pi) = 7i ; (71 * ?2) = O ; (G * r2) = s1 ; etc.

ce qui nous ramÚne aux opérations classiques de la logique bivalente, fondées sur les « tautologies » binaires, ternaires, etc.1.

1. Opérations directes :

(296) {p*q) = (p ‱ q) ∹ (p ■ q) ∹ (p ‱ q) ∹ (p ■ q)

(P*q)*r = (p ■ q - r) √ (p ■ q - r) √ (p ■ q ■ r) √ (p ■ q ■ r) v∖p∙qτ)v(p∙qτ)v{p∙q∙r)v(p∙q∙r) ,

(p*q*r)*s = (p ■ q ‱ r ‱ s) ∹ (p ‱ q ‱ r ‱ s) ∹ (p ‱ q ■ r ■ s)

‱ ∹ (p ‱ q ‱ r ‱ s) ∹ 
 etc. (16 combinaisons)

(p*q*r*s) *t = (p ‱ q ■ r ■ s ■ t) ∹ (p ‱ q ‱ r ■ s ■ t) v
 etc.

(32 combinaisons) etc.

2. L’opĂ©ration inverse prĂ©sente ici un intĂ©rĂȘt particulier, du fait que cette forme IV du groupement (comme d’ailleurs en partie la forme III) combine en un seul tout les opĂ©rations (v p) et (‱ p) ainsi que leurs inverses (‱ p) et (v p). L’opĂ©ration directe signifie ainsi une adjonction simultanĂ©e de nouveaux (‱) et de nouveaux (v), comme dans le passage de (p * q) Ă  (p * q *r). On comprend alors en quoi consistera l’opĂ©ration inverse, que nous Ă©crirons :

(297) (p*q)*r = (p*q) ou (p*q)*q = (p √ p)

1. Pour ne pas compliquer le symbolisme, nous allons donc reprendre simplement les lettres dont nous nous sommes servis au § 31 (Ă©tant entendu que p ; s’écrira ainsi p ; que p 2 s’écrira q et que pi se notera q, etc.).

DĂ©composons pour cela l’expression directe (p*q) :

[p - I

P* Q — !Pp\qq > = [(P ‱ (ü ∹ 7)] ∹ [p ‱ (ç ∹ ç)] I P ‱ ? ’

Pour inverser (q √ q’) dans j[p ‱ (q v ç)] √ [p ■ (q √ il suffit alors d’inverser [‱ (q √ ^)] en [v (q ■ q)], c’est-Ă -dire en [v (q ‱ ç)] = v(o). D’oĂč :

(298) [⅛*g)ij] = [(pvp) v(o)] = (p vp)

Une telle opĂ©ration correspond donc Ă  ce qu’est, dans le domaine des opĂ©rations de classes, la division logique ou abstraction (PQ : Q = P), qui signifie : « abstraction faite de Q, le produit PQ se rĂ©duit Ă  P ». En termes d’opĂ©rations interpropositionnelles, l’opĂ©ration inverse revient donc Ă  inverser simultanĂ©ment (‱) et (v) par opposition Ă  (∙-) seul ou Ă  (v~ ) seul.

3. L’opĂ©ration identique gĂ©nĂ©rale est donc :

(299) (*P)*(P) = (v) o

Les identiques spéciales sont :

(300) (p * p) = p ; (p * q) * p — (p* q) ; etc.

5. Associativité : rÚgles habituelles.

En conclusion, les quatre formes de groupements d’implications dĂ©rivent toutes quatre des mĂȘmes opĂ©rations Ă©lĂ©mentaires que le groupement de dĂ©part Ă©tudié’ sous (A). Il n’y a rien de plus, en effet, dans ces quatre formes que l’extension progressive des mĂȘmes opĂ©rations (v p) et (∙p) d’oĂč l’on dĂ©rive (‱ p) et (v p) : la forme II est corrĂ©lative de la forme 1 qui prolonge elle-mĂȘme directement le groupement (A), la forme III introduit deux implications rĂ©ciproques lĂ  oĂč la forme I n’en connaĂźt qu’une, et la forme IV rĂ©unit en un seul tout les opĂ©rations dĂ©veloppĂ©es dans les formes prĂ©cĂ©dentes. Il n’existe donc bien qu’un seul groupement sous quatre formes distinctes, puisque les inverses, rĂ©ciproques et corrĂ©latives (vPf > (’ P) j (’P) Ξt (vP) s°nt composables les unes Ă  partir des autres.

C. Le groupement des seize liaisons binaires

Il suffira maintenant d’appliquer les opĂ©rations de la forme I aux conjonctions de propositions engendrĂ©es par la forme IV (voir proposition 295), que

nous Ă©crirons (p*q = p∙qvp∙qvp∙qvp∙q), pour obtenir une nouvelle forme du mĂȘme groupement gĂ©nĂ©ral : celle qui relie les unes aux autres les seize liaisons binaires analysĂ©es au cours du chapitre V.

En effet, Ă©tant donnĂ©s les huit couples possibles d’opĂ©rations binaires complĂ©mentaires, si on en relie les termes soit par l’opĂ©ration [v (p<∕)] soit par l’opĂ©ration [∙ (pq)], il va de soi que ces couples donneront dans le premier cas l’affirmation totale (p * q) et dans le second la nĂ©gation totale (o) :

(301)

(pvq) v(p-q)  =  (p*q) (p ∹ q) . (p . q)  =  o puisque (p ■ q)  =  (pvq)

(Pl ?) v(p-^  =  (p*q) (plĂź) ∙(p∙q)  =  o puisque (pl ?) = (pĂ·q)

(p ? q) ∹ (p - q)  =  (p * q) (p^q) ‱ (p ‱ q)  =  o etc.

(p cq) ∹ (p ■ q)  =  (p*q) (p c. q) ■ (p ■ q)  =  o

(p*q) v√o) =(p*q) (P*q)∙(0)  = 0

(p = q) ∹  (pw q)≈ (p* q) (p. = q) . (pwq)  =  o

p[q] v p[?] = (p * q) p⅛] . p⅛]  =  o

?[?]v⅛] =(p*q) ⅛1 ‱ ?[f] — o

L’existence de telles Ă©quivalences permet donc de traiter ces liaisons binaires (p\q) ou (p d q), etc., reliĂ©es par les opĂ©rations ’[v (pq)] et [∙(p<z)] comme constituant elles-mĂȘmes les Ă©lĂ©ments d’un groupement. En ce cas, le groupement, qui constituera ainsi la plus gĂ©nĂ©rale des formes envisagĂ©es jusqu’ici, ne portera plus sur les propositions comme telles p ou q, mais sur les paires de propositions conjointes, telles que (p ∙’q) ou (p ‱ q), etc.

Appelons (T) le systĂšme total, T = (p * q), et partons de l’équivalence :

(P ‱ q’) ∹ (p ‱ q) ∹ (p ■ q) ∹ (p ‱ q) = T

Il suffira ainsi de transfĂ©rer d’un membre Ă  l’autre toute conjonction, (p ■ q) ou (p ‱ q), etc., en changeant le signe de la conjonction comme telle (mais non pas des propositions elles-mĂȘmes) et en permutant les opĂ©rations [v (pq)] et [■ (pq)] pour engendrer toutes les opĂ©rations binaires possibles. L’ensemble de ces transformations constitue alors un groupement.

En effet, si l’on transfùre du premier dans le second membre de l’expression totale la derniùre conjonction (p ‱ q), on aura :

(302) (p ‱ q) ∹ (p ‱ q) ∹ (p ‱ q) = T ‱ (p ‱ q) = p ‱ q c’est-à-dire (p ∹ q) = p ■ q (cf. 124).

En transfĂ©rant l’avant-derniĂšre conjonction, on obtiendra :

(303) (p ‱ q) ∹ (p ‱ q) ∹ (p ‱ q) = T ‱ (p ‱ q)

c’est-à-dire p^ q = p ‱ q (cf. proposition 155) et ainsi de suite.

Les conjonctions comme telles, dont les diverses associations dĂ©finissent les seize opĂ©rations binaires, constituent donc un groupement bien dĂ©fini, identique au groupement d’implications de forme I Ă  cette seule diffĂ©rence que l’élĂ©ment n’est plus une proposition simple (v p), mais une proposition conjonctive [v (p ■ q)]. Voici les opĂ©rations de ce groupement :

1. L’opĂ©ration directe est la rĂ©union disjonctive (v) d’une conjonction Ă  une autre : (o) √ (p ‱ q) ; (p ■ q) √ (p ‱ q) ; etc.

2. L’opĂ©ration inverse est la nĂ©gation d’une conjonction, rĂ©unie conjonctivement Ă  une autre : [‱ (p ■ g)] ; [‱ (p ■ q)] ; etc.

3. L’opĂ©ration identique gĂ©nĂ©rale [v (o)] est le produit de toute opĂ©ration directe et de son inverse : (p ‱ q) ‱ (p ■ q) = o.

ComposĂ©e avec une opĂ©ration quelconque, l’identique gĂ©nĂ©rale ne la modifie pas : (p ■ q) √ (o) = (p ■ q).

4. Les identiques spéciales sont :

a) La tautification : (p ‱ q) ∹ (p ‱ q) = (p ‱ q).

b) La rĂ©sorption : (p ‱ g) √ [(p ‱ g) √ (p ‱ g)] = [(p ‱ g) √ (p ■ g)].

c) L’absorption : (p ‱ g) ‱ (p * g) = (p ‱ g).

5. Associativité : RÚgles habituelles des groupements.

Les compositions du groupement embrassent alors toute la logique des liaisons binaires, tout en pouvant ĂȘtre mises sous la forme commode d’équivalences, c’est-Ă -dire d’équations Ă  transformations algĂ©briques usuelles (cf. § 10 sous III) :

1° On a d’abord les compositions correspondant à celles que nous avons mises (au § 32) sous la forme d’un modùle de classes :

(304) (p|g) = (p » g) ∙ (pTg)

(305) (p ■ q) = (p * q) ‱ (p ‱ g) ■ (p ‱ q) ‱ (p ‱ g)

En effet une incompatibilitĂ© (p\q) est une affirmation complĂšte moins la conjonction [p ‱ q). D’autre part, une conjonction (p ‱ q) est une affirmation complĂšte moins l’exclusion rĂ©ciproque [p ‱ q) √ (p ■ q) et moins la nĂ©gation conjointe (p ‱ g).

(306) p□g = p*g∙(p∙g)

Une implication est une affirmation complùte moins la non-implication (P ■ ?)‱

« 

2° On a ensuite les transformations des liaisons les unes dans les autres par rĂ©union de deux d’entre elles :

(307) (p w q) ∹ (p ‱ q) = (p\q)

et :

(308) (p\q) ‱ (p -q) = (p w q)

En effet, une exclusion rĂ©ciproque plus une nĂ©gation conjointe donnent une incompatibilitĂ©. Inversement, la partie commune Ă  une incompatibilitĂ© et Ă  une disjonction (p ■ q) = (p √ q) est [(p ‱ q) √ (p ■ q)], c’est-Ă -dire une exclusion rĂ©ciproque (pw ?).

(309) (pïq) √ (pUq) = (p w q)

En effet une exclusion rĂ©ciproque (p w q) = (p ‱ q) √ (p ‱ q) est la rĂ©union de deux non-implications (p 1 q) = (p ‱ q) et (p c q) = (p ‱ q).

(310) p[?] v (p ■ q) = (p iq)

La nĂ©gation de p rĂ©unie Ă  la conjonction donne l’implication.

(3ll) (p = q) = {p* q) ‱ (p ‱ q) ■ (p ■ q)

Une Ă©quivalence est une affirmation complĂšte moins les deux non-implications, ou encore est ce qu’il y a de commun Ă  la tautologie et aux deux implications (p ‱ q) = (p d q) et (p ‱ q) = (q 1 p), c’est-Ă -dire (p ■ q) √ (p ‱ q).

(312) p[q] v(p ‱ q) = {p∖q)

La nĂ©gation de p jointe Ă  la non-implication p 1 q = (p ‱ q) donne l’incompatibilitĂ©.

(313) (p ∹ q) ∹ (p ■ q) = (p * q)

d’oĂč :

(p V q) = T ‱ (p ‱ q) = p ‱ q

Etc.

3° On a enfin le passage général des opérations à leurs inverses, réciproques et corrélatives conformément aux théorÚmes I-V et à leurs corollaires (§ 31) :

a) L’inverse est donnĂ©e par l’opĂ©ration inverse du groupement ou par le transfert d’un membre Ă  l’autre des Ă©quivalences.

b) Le passage d’une opĂ©ration Ă  sa corrĂ©lative est encore une opĂ©ration du groupement, puisque la corrĂ©lative d’une opĂ©ration se confond avec cette opĂ©ration elle-mĂȘme dans le cas des affirmations

ou nĂ©gations de p et de g (thĂ©orĂšme II et IV), ou avec l’opĂ©ration inverse dans le cas des autres expressions Ă  quatre, deux ou zĂ©ro conjonctions (thĂ©orĂšmes II et V, corollaire I) ; quant aux expressions Ă  trois ou une conjonctions, la corrĂ©lative s’obtient (thĂ©orĂšme III et corollaire I) par adjonction [v (pg] ou nĂ©gation [‱ (pg)] des parties communes (p ‱ g) √ (p ‱ g) ou des parties non communes (p ‱ q) √ (p ‱ g) Ă  partir de l’expression considĂ©rĂ©e :

(314) (P ∹ g) ‱ (p ‱ g) ‱ (p ‱ g) = (p ‱ g)

et :

(315) (p∙7)v[(p-g) v(p∙g)] = (pvg)

(316) (p∣g) ∙ (p ‱ g) ∙ (p-q) = (p ‱ q)

et :

(317) (p ‱ g) ∹ [(p ‱ g) ∹ (p ‱ g)] = (p|g)

(318) (p^q)∙ (p~rq) ‱ (p -q) = (p ■ g)

et :

(319) (p ■ q) y [(p ‱ q) ∹ (p ‱ g)] = (p ⊃g)

(320) (q3 p) ■ Cp7q) ∙(p∙q) = (p -q) et :

(320 bis) (p ■ q) v [(p ‱ g) ∹ (p ‱ g)] = (q d p)

Le calcul des corrĂ©latives rentrant ainsi dans les opĂ©rations du groupement, il est alors permis de l’abrĂ©ger par la simple permutation des (v) et des (‱), par exemple (p √ q) → (p ‱ q) (proposition 314). On peut donc incorporer les opĂ©rations (‱ p) et (v p) dans le systĂšme (voir proposition 273 et commentaire), ce qui autorise la transformation des formes normales disjonctives, sur lesquelles portent les opĂ©rations fondamentales du groupement, en formes normales conjonctives exprimant la corrĂ©lative des expressions considĂ©rĂ©es. Par exemple :

[(p ‱ q) ∹ (p ‱ g)] → J[(p ∹ q) ■ (p ∹ g)] = (p w q)\

c) Enfin, la rĂ©ciproque Ă©tant l’inverse de la corrĂ©lative, il suffit donc d’appliquer l’opĂ©ration inverse du groupement Ă  la corrĂ©lative d’une expression donnĂ©e pour obtenir la rĂ©ciproque de cette derniĂšre. Il est alors permis de calculer cette rĂ©ciproque par simple interversion des signes (p) et (p) dans l’expression initiale.

Bref, l’ensemble des transformations binaires relĂšve de cette forme (C) du groupement gĂ©nĂ©ral. Quant Ă  cette forme (C) ses compositions apparaissent toutes comme des rĂ©unions (v), dissociations (∙-), substitutions et « vicariances » Ă  partir de l’expression (p * q) donnĂ©e dans la forme IV du groupement des implications (voir B sous IV).

D. Le groupe des inversions, réciprocités et corrélativités

Comme nous l’avons vu (thĂ©orĂšme VI du § 31), les inversions, rĂ©ciprocitĂ©s et corrĂ©lativitĂ©s, jointes Ă  la transformation identique, forment entre elles un « groupe » proprement dit et non pas un « groupement ». Si nous dĂ©signons par N l’inversion, par R la rĂ©ciprocitĂ© et par C la corrĂ©lativitĂ© (le symbole 1 reprĂ©sentant la transformation nulle, ou « identique »), on a, en effet :

(321) NN = 1 ; RR = 1 et CG = 1

(321 bis) N = CR (= RC) ; R = NC ( = CN) ; C = NR (=RN) (321 ter) 1 = CRN (= RCN = NCR = etc.)

Comment donc un groupe de transformations peut-il rĂ©sulter du groupement des opĂ©rations Ă©lĂ©mentaires, puisque celui-ci repose uniquement sur des emboĂźtements de partie Ă  tout et sur des complĂ©mentaritĂ©s ? La raison en est que les transformations de ce groupes consistent exclusivement en inversions de diverses formes, qui sont alors, Ă  celles seules, composables les unes avec les autres de façon Ă  la fois rĂ©versible, associative et commutative. L’inversion N est, en effet, une nĂ©gation, c’est-Ă -dire une complĂ©mentaritĂ© par rapport Ă  l’affirmation complĂšte (*). La rĂ©ciprocitĂ© R est une inversion des propositions comme telles, c’est-Ă -dire une complĂ©mentaritĂ© par rapport Ă  1’« équivalence » (thĂ©orĂšme V). Enfin la corrĂ©lativitĂ© C est une inversion simple (nĂ©gation) de la rĂ©ciproque R, c’est-Ă -dire Ă  nouveau une complĂ©mentaritĂ© par rapport Ă  l’affirmation complĂšte (*). Il n’intervient donc, en un tel sous-systĂšme (N, R, G, et 1) aucune « identique spĂ©ciale », puisque les identiques spĂ©ciales d’un « groupement » ne sont possibles qu’entre Ă©lĂ©ments de mĂȘmes signes :

[(p vp) = p] ; [(p ‱ p) = pj ; [(/> ‱ q) ∹ (p ‱ q) = (p ‱ q)] ; etc.

Il en rĂ©sulte qu’il n’existe, dans le cas particulier des seules transformations N, R et C, qu’une opĂ©ration identique unique (1) : par le fait mĂȘme qu’elles sont sĂ©parĂ©es des autres compositions possibles

du « groupement » et composĂ©es entre elles seules, les trois sortes d’inversions fondamentales du groupement sont alors composables en un « groupe » de transformations proprement dit.

On voit Ă  ce propos d’une façon particuliĂšrement claire en quoi le « groupement » est une structure intermĂ©diaire entre le « groupe » et le « rĂ©seau », puisque le groupement est un cas particulier du rĂ©seau et qu’il englobe lui-mĂȘme un groupe de transformations si l’on se borne Ă  composer entre eux les opĂ©rateurs d’inversion du groupement et l’identitĂ©. Rappelons, en effet, que l’inversion N correspond Ă  l’opĂ©ration inverse des groupements additifs de classes (et du groupement gĂ©nĂ©ral des opĂ©rations interpropositionnelles) et que la rĂ©ciprocitĂ© R correspond Ă  l’opĂ©ration inverse des groupements additifs de relations (et Ă  la permutation des termes de l’équivalence ou de l’implication entre propositions). La corrĂ©lativitĂ© C, enfin, produit de l’inversion et de la rĂ©ciprocitĂ© (NR ou RN) caractĂ©rise le rapport entre les bornes infĂ©rieures et supĂ©rieures du rĂ©seau correspondant.

E. Le groupement des liaisons ternaires, etc.

Tout ce qui vient d’ĂȘtre dit des liaisons binaires devient ensuite applicable aux liaisons ternaires, etc., engendrĂ©es par les opĂ©rations (p * q * r) ou (p *q * r * s), etc., de la mĂȘme forme IV du groupement des implications (B). On aura ainsi, pour (p » q * r), les opĂ©rations directes : (p ‱ q ‱ r) √ (p ‱ q ‱ r), etc., et les opĂ©rations inverses :

(p ‱ q ■ r) ‱ (p ‱ q ■ r) = o ; etc.

Il sera alors possible d’engendrer les liaisons ternaires, soit par composition directe Ă  partir de deux ou trois liaisons binaires (pq ; qr et pr), soit par nĂ©gation Ă  partir de l’affirmation complĂšte (p * q * r) (proposition 296).

Prenons comme exemple la composition (p∖q) ■ (q∖r)∙ On peut d’abord composer les deux liaisons binaires entre elles :

(322) (P\q) = (P ■ q) ∹ (p ■ q) ∹ (p ■ q)

⅛∣r) = (q∙f)v(q∙r) ∹ (q ■ r)

(PI ?) ■ (q\r) = (P ■ q ■ r) ∹ (p ■ q ■ r) ∹ (p ■ q ■ r) ∹ (p ■ q ■ r) ∹ (p ■ q ■ r)

En effet (p ‱ q ‱ r), (p ‱ q ‱ r) et (p ‱ q ■ r) sont exclus, car l’on n’a, dans les six composantes, ni l’association (p ■ q) ni l’association (q ■ r).

Mais on peut Ă©galement composer (p∖q) ‱ (q\r) selon une seconde mĂ©thode, en niant, au sein des huit associations de (p * q * r) (voir proposition 296), les trois associations contradictoires avec (p\q) ou avec (q |r), c’est-Ă -dire celles qui contiennent (p ■ q) ou (g ‱ r) :

(323) (p|g) ■ (q∖r) = (p*q*r) ■ (p ■ q ■ r) ‱ (p ■ q ■ r) ‱ (p ■ q ■ r)

Exemple : Si p — ex est InvertĂ©bré », g = « x est VertĂ©bré » et r = « x vit fixĂ© sur les rochers (huĂźtres, algues, etc.) », on a des associations vraies : (p ‱ q ‱ r) = ni InvertĂ©brĂ©, ni VertĂ©brĂ©, ni fixĂ© aux rochers ; (p ■ q ‱ r) ; etc. (voir proposition 322), mais il est exclus que l’on ait (p ‱ q ‱ r) = à la fois InvertĂ©brĂ©, VertĂ©brĂ© et fixĂ© aux rochers ; (p ■ q ‱ r) = non-InvertĂ©brĂ©, VertĂ©brĂ© et fixĂ© aux rochers ; ni (p ‱ q ‱ r) = à la fois InvertĂ©brĂ© et VertĂ©brĂ©, mais non fixĂ© aux rochers.

Fig. 50.

De mĂȘme, pour composer l’expression (p ‱ q) d r, nous n’aurons qu’à nier l’association (p ■ q ‱ r), seule exclue :

(324) [ (p ‱ q) □ r] = (p * q * r) ■ (p ‱ q ‱ r) (voir fig. 50)

Cette expression équivaudra donc à :

(324 bis) [(p ‱ g) d r] = [(p ‱ g) ‱ r] ∹ [(p7g) ‱ r] ∹ [(pTg) ‱ r]

 

Or (p ‱ q) = (p\q) = (p ‱ q) √ (p ‱ q) √ (p ■ q), d’oĂč six combinaisons :

_ _ ( r _ ( r _ ( r

P∙q∖r’, P∙q∖r et P’l∖r

qui donnent, avec (p ‱ q ‱ f), le total :

(324 ter) [(p ‱ q) d r]=(p ‱ q ‱ r) ∹ (p ‱ q ‱ r) ∹ (p ‱ q ‱ r)v (p ‱ q ‱ r) ∹ (p ‱ q ‱ r) ∹ (p - q ‱ r) v (p ‱ g ‱ r)

= [(P * q * r) ■ (p ‱ q ■ r)]

Exemple : p = « £ est un animal aquatique » ; q = « x est un∙ animal terrestre » et r = « .x est un animal volant », d’oĂč (p ‱ q) = « x est amphibie » et (p ‱ q) 3 r = amphibie implique non-volant. Les sept combinaisons de la proposition 324 ter sont alors vĂ©rifiĂ©es.

Voici encore un exemple, équivalant au précédent :

(325) (p ‱ q) I (q ‱ r) = (p * q * r) ‱ (p ■ q ■ r)

D’autre part, on a :

(P ■ q)∖⅛ ‱ r) = [(Γ77) ∙ (7^)1 v [(P ‘ g) ∙ (gτr)] √ [(pĂ·g) ‱ (q ‱ Q]

Or :

(p^^) ∙ (g^r) = (pjg) ∙(q∖r) = (p ‱ q -r) ∹ (p ■ q ■ r)
v (p ‱ q ‱ r) ∹ (p -q ‱ r) ∹ (p ‱ q ‱ r)

(Voir propositions 322 et 323.)

D’autre part (p ‱ q) ‱ (q^r) = (p ‱ q ‱ r) et (p^g) ‱ (q -r) = (p ‱ q ‱ r) D’oĂč au total les sept mĂȘmes associations qu’en (324 ter).

MĂȘme exemple : Amphibie (p ‱ q) incompatible avec terrestre et volant ⅛∙r).

Ainsi le passage est aisĂ© des opĂ©rations binaires du type (C) aux opĂ©rations ternaires, etc. (E), qui demeurent les mĂȘmes en procĂ©dant de (p * q) Ă  (p * q * r), etc. Mais au fur et Ă  mesure de leur complication, ces derniĂšres cessent d’ĂȘtre intĂ©ressantes, Ă  cause du nombre des combinaisons possibles : Ă  part prĂ©cisĂ©ment les compositions I Ă  III du type B (qui sont multipropositionnelles et constituent ainsi un cas particulier de E), elles ne sont pas transitives et comportent par consĂ©quent une multivocitĂ© croissante. C’est ce qui nous reste Ă  souligner pour conclure.

§ 40. Conclusion s le groupement des opérations (vp) et (-p), fondement de la déduction

Les dĂ©veloppements qui prĂ©cĂšdent montrent qu’il est possible de dĂ©duire l’ensemble des opĂ©rations de la logique bivalente de la seule opĂ©ration (v p) et de son inverse (■ p), appliquĂ©es initialement au seul systĂšme {p √ p = T) et (p ■ p = o). Passant de ce systĂšme de dĂ©part (qui dĂ©finit ainsi d’emblĂ©e ses propres conditions de non- contradiction et de tiers exclus) au groupement des implications (p o g), c’est-Ă -dire (p √ p’ = q) ; (g √ q’ = r) ; etc., et de lĂ  Ă  celui des affirmations complĂštes, le couple des opĂ©rations (v p) et (‱ p) rejoint alors les formes normales disjonctives des opĂ©rations binaires puis les opĂ©rations Ă  trois ou n Ă©lĂ©ments. Ainsi toutes les opĂ©rations de la logique bivalente sont rĂ©ductibles Ă  un seul et mĂȘme « groupement » caractĂ©risĂ© par ses lois bien dĂ©finies de rĂ©versibilitĂ©, de compositions contiguĂ«s (complĂ©mentaritĂ©s), d’emboĂźtements dichotomiques et d’auto-emboĂźtements (identiques spĂ©ciales).

La logique des propositions ne repose donc pas sur une simple combinatoire atomistique, mais sur une structure d’ensemble dont les axiomes de Russell-Hilbert et surtout de Nicod rĂ©vĂšlent dĂ©jĂ  l’existence et que la construction prĂ©cĂ©dente manifeste sous la forme la plus simple. Cette structure ne se rĂ©duit pas Ă  un groupe parce qu’elle est astreinte Ă  ne porter que sur les relations de partie Ă  tout, d’oĂč la prĂ©sence nĂ©cessaire des identiques spĂ©ciales : c’est pourquoi l’opĂ©ration (v) est fondamentale, par opposition Ă  l’opĂ©ration (w) du groupe de Boole-Bernstein, qui dissocie les parties non communes : l’implication (p d q) exprime, en effet, la rĂ©union en un seul tout des parties communes (p ‱ g) et non communes (p ■ q), soit (p ■ q vp ‱ q), donc (p √ p’) = q. Cette structure ne constitue pas non plus un simple lattice, puisqu’elle exige l’intervention de compositions rĂ©versibles. Elle se ramĂšne donc aux lois du groupement, et cela en complet parallĂ©lisme avec les structures d’ensemble de classes et de relations.

Or, cette conclusion prĂ©sente quelque intĂ©rĂȘt Ă  un triple point de vue : en ce qui concerne, d’abord, le rĂŽle essentiel de l’implication et de l’équivalence (ou double implication), en tant qu’assurant les seules compositions multipropositionnelles indĂ©finiment transitives, c’est-Ă -dire la possibilitĂ© de la dĂ©duction elle-mĂȘme ; en ce qui concerne, ensuite, la nature de la non-contradiction logique ;

et, enfin, les rapports entre la logique des propositions bivalentes et le raisonnement mathématique.

1° L’opĂ©ration fondamentale du groupement unique dĂ©crit prĂ©cĂ©demment, c’est-Ă -dire (p √ p = T) ou de façon gĂ©nĂ©rale (x √ y = z), constitue, en effet, dĂšs le dĂ©part un jeu d’implications, et met ainsi l’implication Ă  la source mĂȘme des compositions du groupement. En effet, (xvy = z) signifie (x ⊃ z) ; (y i z) ; (xvy)iz et zi(xvy). C’est assez dire que la rĂ©union disjonctive (x √ y) engendre, par son mĂ©canisme propre, un emboĂźtement de x et de y en un tout z, les relations des parties et de ce tout n’étant autres que l’implication elle-mĂȘme. C’est donc l’implication comme telle qui, par ses diffĂ©renciations successives, fonde l’affirmation complĂšte (p * q) et ce n’est pas celle-ci, comme on le dit gĂ©nĂ©ralement, qui engendre toutes les autres opĂ©rations.

La chose ressort Ă  l’évidence de la construction mĂȘme du groupement. Les compositions de l’espĂšce (C), c’est-Ă -dire les seize liaisons binaires et leurs transformations les unes dans les autres (ainsi que a fortiori les compositions E, c’est-Ă -dire ternaires, etc.) ne constituent, en effet, qu’une extension, avec intervention de substitutions simples ou complĂ©mentaires (vicariances) toujours plus nombreuses, des compositions B (I Ă  IV), c’est-Ă -dire du groupement des implications. Par exemple, une composition telle que :

[(p wç) √ (p ■ ç)] = [(p * q) ∙ (pĂ·q)] = (p\q)

n’est qu’une substitution complĂ©mentaire (vicariance), Ă  l’intĂ©rieur de l’ensemble (p * q) et celui-ci n’est que le rĂ©sultat de deux implications (p √ p) g (q √ q) entrecroisĂ©es (toute intersection constituant une double implication).

Or, ce primat de l’implication (ou de l’équivalence qui est une implication rĂ©ciproque) est dĂ» Ă  son caractĂšre fondamental (source du groupement) qui est la transitivitĂ© des emboĂźtements qu’elle constitue. En effet, parmi les seize liaisons binaires, seules prĂ©cisĂ©ment l’implication (p i q ou p c q) et l’équivalence (p J q) prĂ©sentent ce qu’on pourrait appeler une transitivitĂ© majorante. La seule autre liaison binaire transitive est, en effet, la conjonction : (p ‱ q) ■ (q ‱ r) = (p ‱ r), mais, comme (p ■ q) n’exclut ni la vĂ©ritĂ© possible de (p ■ q) ni celle de (p ‱ q), et que (q ■ r) n’exclut ni (q ‱ r) ni (q ‱ r) (par exemple la disjonction pvq implique la vĂ©ritĂ© possible des trois combinaisons p ■ q √ p -qv p ‱ q), la transitivitĂ© propre Ă  la conjonction peut ĂȘtre dite minorante en ce qu’elle porte

sur des intersections toujours plus restreintes. Par exemple si « x est Ă  la fois VertĂ©brĂ© et Aquatique » (p ‱ g), et « à la fois Aquatique et Pulmoné » (g ‱ r), donc « à la fois VertĂ©brĂ© et Pulmoné » (p ‱ r) (voir fig. 51), la conjonction totale (p ‱ q ‱ r) est la borne infĂ©rieure (le plus grand des minorants) de p, q et r. Au contraire, dans une relation telle que p => q, q^r, donc p ^r, la transitivitĂ© est majorante en ce sens qu’elle incorpore p dans une borne supĂ©rieure p √ q √ r (voir fig. 44) qui constitue le plus petit des majorants de p, q et de r. Quant Ă  l’équivalence, la transitivitĂ© p = q, q = r donc (p = r) insĂšre p, g et r dans une totalitĂ© (p = q = r) qui

est la borne à la fois supérieure et inférieure de ces propositions.

Fig. 51.

C’est pourquoi tout groupement Ă©tant une suite d’équivalences, c’est-Ă -dire de compositions transitives, l’implication joue un rĂŽle fondamental dans le groupement des opĂ©rations in terpro positionnelles. D’autre part, tout groupement Ă©tant une suite d’emboĂźtements dichotomiques Ă  compositions « contiguĂ«s » (voir § 10),

l’implication remplit prĂ©cisĂ©ment ses conditions, puisque (p ⊃ g) ; (g d r) ; etc., Ă©quivalent Ă  p √ p’ = q (oĂč p’ = p ‱ q) ; g v-g’ = r (oĂč q’ = q ■ r), etc. Or, par le fait mĂȘme qu’elle fusionne en un seul tout les opĂ©rations (v p), (‱ p) et (p d g) l’expression (p √ p’ = g) confĂšre prĂ©cisĂ©ment une transitivitĂ© majorante indirecte aux opĂ©rations (v), (w), puis (‱) et (*) qui n’en possĂšdent pas par elles-mĂȘmes’: en effet, si p d g on a alors (p ■ r) d (g ‱ r) ; on a de mĂȘme :

(p ∹ r) □ (g ∹ r) et (q∖r) □ (r\p) ; etc.1

Il en rĂ©sulte que, si une composition intransitive, par exemple (p | g) ‱ (g|r), n’a aucun intĂ©rĂȘt en elle-mĂȘme pour la dĂ©duction puisqu’elle comporte seulement une conclusion multivoque (voir les

1. Voir l’axiome IV de Russell-Hilbert et l’axiome unique de Nicod.

 

cinq possibilitĂ©s de la proposition 322), le groupement des mĂȘmes opĂ©rations leur confĂšre un pouvoir opĂ©ratif spĂ©cifique en les subordonnant aux implications.

Ainsi la dĂ©duction concluante ne peut s’appuyer que sur des implications et des Ă©quivalences, quitte Ă  subordonner les opĂ©rations non transitives aux emboĂźtements constituĂ©s par les sĂ©ries transitives. Tel est le rĂŽle des formes A et B (avec ses variĂ©tĂ©s I Ă  IV) du groupement des opĂ©rations interpropositionnelles, par opposition aux formes C et E qui les gĂ©nĂ©ralisent simplement. Mais ces formes B (I Ă  IV) sont-elles complĂštes (Ă  la condition naturellement de pouvoir les mĂ©langer entre elles)? Il est facile de s’en assurer, car, si elles subordonnent Ă  l’implication les opĂ©rations (v), (‱), (w = cas particulier de v) et (*), elles comprennent naturellement les inverses (par exemple x\y = z donnera x √ y = z, etc.). Il en sera de mĂȘme des implications inverses. Quant aux affirmations et nĂ©gations de p ou de g, ce ne sont que des semi-implications directes ou inverses.

Il n’existe donc qu’un seul et mĂȘme vaste groupement des opĂ©rations de la logique bivalente, et ses diffĂ©rentes formes n’en sont que des sous-groupements. ComparĂ© aux groupements de classes et de relations, qu’il recouvre entiĂšrement et traduit en propositions, ’ ce groupement unique rĂ©unit en un seul tout les opĂ©rations additives (v p) et multiplicatives (■ p) puisque l’inverse de « p ou g » (pvq = P + Q) est « ni p ni g », c’est-Ă -dire p ‱ g = P × Q. L’opĂ©ration identique gĂ©nĂ©rale est donc (v o) qui est l’identique des opĂ©rations additives,tandis que Z qui est l’identique des opĂ©rations multiplicatives de classes correspond Ă  l’identique spĂ©ciale (p ‱ T = p), la plus gĂ©nĂ©rale des identiques spĂ©ciales du systĂšme, et non pas Ă  (P ‱ P = o).

2° Le second intĂ©rĂȘt de ce groupement est de fournir quelque lumiĂšre sur la non-contradiction logique et par consĂ©quent de faire entrevoirie pourquoi des difficultĂ©s de son application Ă  la non-contradiction arithmĂ©tique ou mathĂ©matique en gĂ©nĂ©ral.

En effet, si la fĂ©conditĂ© du systĂšme est due, comme on vient de le voir, Ă  la transitivitĂ© des implications et Ă©quivalences, sa cohĂ©rence repose entiĂšrement sur la rĂ©versibilitĂ© (sous ses trois formes de complĂ©mentaritĂ©, de rĂ©ciprocitĂ© et de corrĂ©lativitĂ©, les deux secondes se dĂ©duisant de la premiĂšre). Or, l’opĂ©ration inverse fondamentale du groupement (sous sa forme de dĂ©part A) est p ‱ p = o, c’est-Ă -dire l’énoncĂ© mĂȘme du principe de non-contra- * diction. D’autre part, l’opĂ©ration que nous avons appelĂ©e la « nĂ©ga-

tion complĂšte » et qu’on dĂ©signe ordinairement sous le nom de contradiction (o) constitue la mĂȘme expression (p ■ p = o), mais appliquĂ©e Ă  des couples de propositions, par exemple :

[(p ‱ q) ■ (p^q)] = o ou [(p ■ q) ■ (p|ÿ)] = o

On voit donc que, du point de vue du groupement, la non-contradiction se confond identiquement avec la rĂ©versibilité : est contradictoire tout produit non nul d’opĂ©rations dont l’une est l’inverse de l’autre, et est exempte de contradiction toute composition strictement rĂ©versible.

Mais, s’il en est ainsi, il devient Ă©vident qu’il existera des formes diverses ou mĂȘme des degrĂ©s de non-contradiction, correspondant aux diffĂ©rentes structures rĂ©versibles connues. Dire qu’un animal est Ă  la fois InvertĂ©brĂ© et MammifĂšre est peut-ĂȘtre contradictoire selon un mode diffĂ©rent que de poser (n —   n> o). En effet, la rĂ©versibilitĂ© du groupement interpropositionnel repose tout entiĂšre sur la complĂ©mentarité : on a (p ‱ p = o) parce que p √ p —   T et que p = T ‱ p ou p = T ‱ p, de mĂȘme qu’en logique des classes on a : (A + A’ = B) ; (A = B — A’) et (A’ = B — A), d’oĂč A × A’ = o. La contradiction « x est Ă  la fois MammifĂšre et InvertĂ©bré » repose donc simplement sur le fait que l’on a rĂ©parti les animaux (B) en VertĂ©brĂ©s .(A) et InvertĂ©brĂ©s (A’ = BA) et que, les MammifĂšres Ă©tant compris en A et non pas en A’, la proposition en question donnerait (A × A) > o ou p ‱ p ≠ o. Mais la non-contradiction fondĂ©e sur cette rĂ©versibilitĂ© par complĂ©mentaritĂ© suffit-elle Ă  rendre compte de la non-contradiction propre aux mathĂ©matiques, c’est- Ă -dire d’une cohĂ©rence fondĂ©e sur des formes de rĂ©versibilitĂ© beaucoup plus structurĂ©es ? C’est ce que nous chercherons au chapitre VIII.

3° Ceci nous conduit au troisiĂšme aspect intĂ©ressant que prĂ©sente le groupement des opĂ©rations interpropositionnelles bivalentes. L’existence d’un tel groupement total dĂ©montre, en effet, de la maniĂšre la plus dĂ©cisive (Ă  cause mĂȘme de son caractĂšre complet), que la logique bivalente des propositions repose exclusivement sur les relations de partie Ă  tout (implications simples ou intersection) et de complĂ©mentaritĂ©, c’est-Ă -dire des parties entre elles, mais par l’intermĂ©diaire du tout. Tant la rĂ©versibilitĂ© propre au groupement (complĂ©mentaritĂ© par rapport Ă  l’affirmation complĂšte), que la rĂ©ciprocitĂ© (complĂ©mentaritĂ© par rapport Ă  l’équivalence : voir thĂ©orĂšme V du § 31) et que par consĂ©quent la corrĂ©lativitĂ© elle-

mĂȘme (inversion des rĂ©ciproques : voir thĂ©orĂšme I du § 31) relĂšvent de ce seul principe. Telle est la grande diffĂ©rence entre la logique bivalente et la logique mathĂ©matique, qui admet (grĂące aux correspondances bi-univoques quelconques, au principe gĂ©nĂ©ral de rĂ©currence, etc.) une mise en relations directes des parties entre elles et parvient ainsi Ă  dĂ©passer les limites du groupement dans la direction de groupes de plus en plus complexes.

Mais n’y a-t-il pas contradiction Ă  opposer aux « groupes » mathĂ©matiques le « groupement » propre aux relations logiques de partie Ă  tout, alors que les opĂ©rations (p w q) et (p = q) constituent dĂ©jĂ  Ă  elles seules des groupes et que le systĂšme des inversions, rĂ©ciprocitĂ©s et corrĂ©lativitĂ©s forme, d’autre part, un vĂ©ritable « groupe de transformations » ? Non, parce que l’opĂ©ration (w) ne conduit Ă  la construction d’un groupe qu’à la condition de dĂ©boĂźter de leurs inclusions ou implications les parties non communes pour les relier directement entre elles : cela signifie donc que le groupe des disjonctions exclusives (w) ne peut ĂȘtre tirĂ© du groupement des disjonctions simples (v) qu’à la condition prĂ©cisĂ©ment d’écarter les identiques spĂ©ciales (p √ p) nĂ©cessaires aux emboĂźtements logiques et distinguant le groupement des groupes. Quant aux Ă©quivalences, chaque Ă©quivalence p — q Ă©tant Ă  la fois l’opĂ©ration directe, inverse et identique du groupe p = q = r —   
, il va de soi que si l’on a deux Ă©quivalences distinctes, par exemple p = q et s = t, mais (p ≠ s), le passage de l’une de ces Ă©quivalences Ă  l’autre ne sera plus une Ă©quivalence : le groupe des Ă©quivalences ne porte donc que sur la relation la plus gĂ©nĂ©rale qui soit, et sur une relation commune Ă  la logique et aux mathĂ©matiques, mais non pas sur les opĂ©rations permettant de construire les Ă©quivalences et de distinguer leurs diverses variĂ©tĂ©s. Donc, si le groupe des Ă©quivalences exprime l’aspect le plus gĂ©nĂ©ral du groupement, c’est Ă  la condition d’en Ă©liminer les parties non communes (w), de mĂȘme que le groupe des exclusions Ă©limine les parties communes. Ainsi l’opposition subsiste entre le groupement d’ensemble des opĂ©rations logiques, qui rĂ©unit en un seul tout les parties communes et les parties non communes du systĂšme, parce que portant sur les emboĂźtements comme tels, et les groupes (w) et ( = ) qui abstraient du groupement deux sortes de relations pour les considĂ©rer Ă  part : seule leur connexion indissociable (pwq = x) leur confĂšre, en effet, une signification logique en subordonnant les parties disjointes (p w q) au tout (= x) qui les rĂ©unit (sous la forme p ‱ x et q ‱ x ou p ⊃ q et q d x).

Quant au groupe des quatre opĂ©rateurs d’inversion, de rĂ©ciprocitĂ©, de corrĂ©lativitĂ© et d’identitĂ©, il rĂ©sulte, comme nous l’avons vu, du fait que ces opĂ©rateurs sont alors considĂ©rĂ©s en eux-mĂȘmes et indĂ©pendamment des autres opĂ©rations du groupement. Il s’ensuit que les opĂ©rations interpropositionnelles Ă©lĂ©mentaires (v ; ⊃ ; * ; etc.) sur lesquelles procĂšdent les transformations ne sont envisagĂ©es que dans leurs divers rapports d’inversion (N, R et C) et non pas de rĂ©union.

DonnĂ© dĂšs le dĂ©part (voir § 39, A, sous 7 bis), avec le quaterne des opĂ©rations (vp); (-p);(vp) et(∙p), un tel groupe consiste, en effet, non pas Ă  utiliser ces derniĂšres telles quelles, comme le font les opĂ©rations de rĂ©union du groupement, mais Ă  les transformer les unes dans les autres. Il constitue donc non pas la source, mais le rĂ©gulateur du groupement, dont il exprime le facteur de mobilitĂ© par opposition aux emboĂźtements comme tels : en dissociant les complĂ©mentaritĂ©s elles-mĂȘmes (inversions et rĂ©ciprocitĂ©s) des emboĂźtements qui les fondent, il marque la frontiĂšre des rapports de partie Ă  tout et des relations entre les parties. Au sein mĂȘme du groupement, on discerne ainsi deux aspects distincts, quoique indissociables, en cette structure Ă©lĂ©mentaire : l’aspect de rĂ©versibilitĂ©, origine du groupe, et l’aspect d’emboĂźtement, origine des « identiques spĂ©ciales ». Mais, s’il existe donc des groupes sur le plan de la logique pure, ils ne suffisent pas Ă  embrasser celle-ci en sa totalitĂ©, puisqu’ils demeurent subordonnĂ©s aux rapports de partie Ă  tout et de complĂ©mentaritĂ©. C’est ce qui explique Ă  la fois l’autonomie et les limites de la logique bivalente. Son autonomie, parce que le groupement se suffit Ă  lui-mĂȘme en tant que thĂ©orie des relations entre la partie et le tout. Mais ses limites parce que les raisonnements mathĂ©matiques reposant sur des structures de groupe plus complexes, et notamment le fameux raisonnement par rĂ©currence, ne peuvent ĂȘtre rĂ©duits Ă  ces seules relations et supposent une thĂ©orie des rapports entre les parties elles-mĂȘmes.