La Transmission des mouvements ()
Chapitre VIII.
La transmission des vibrations entre deux diapasons
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avec Thalia Vergopoulo
Les diverses recherches précédentes sur la transmission nous ont montré d’abord le caractère précoce des transmissions immédiates de mouvement (conduites instrumentales, chocs de boules, etc.), mais plus tardif des transmissions médiates « semi-internes » (7-8 ans) ou « internes » (11-12 ans). D’autre part, une transmission authentiquement interne de la chaleur n’est également atteinte qu’à ce stade III débutant vers 11 ans. Il peut donc être intéressant d’examiner la manière dont les sujets de différents niveaux vont interpréter une transmission de vibrations entre deux diapasons : verront-ils là une action à distance allant de soi ou rechercheront-ils des intermédiaires, et, en ce cas, sous quelles formes et à partir de quels niveaux ?
§ 1. Technique et résultats généraux🔗
Deux couples de diapasons ont été utilisés, pouvant être présentés dans l’ordre I et II ou II, puis I.
Deux couples de diapasons ont été utilisés, pouvant être présentés dans l’ordre I et II ou II, puis I.[p. 214]’Les résultats obtenus sont intéressants à comparer à ceux de la transmission des mouvements (chap. II). Au cours du stade I, jusqu’à 7 ans on ne trouve (sans distinction entre des niveaux IA et IB) que des transmissions immédiates à distance, comme on en observait au début du sous-stade IA au chapitre II : un diapason agit directement sur l’autre parce qu’ils sont proches (sans se toucher) ou semblables, et sans que la boîte, la table ou l’air ne jouent aucun rôle.
Le stade II, par contre, donne lieu à une subdivision en IIA et IIB, ce qui n’était pas le cas au chapitre II. Au niveau IIA (7-8 ans) il y a début de transmission médiate, ce qui va de pair avec les débuts de la transitivité opératoire. Mais elle demeure purement « externe » (sans atteindre, comme pour les poussées, un statut « semi-interne ») : l’intermédiaire imaginé est soit un objet caché dans la boîte (un fil, etc.), soit un bruit ou un « tremblement », etc., mais qui circule « sur » la table et ne passe pas à travers le bois.
Au contraire, dès le niveau IIB (9-10 ans) le médiateur est une sorte de « courant » qui traverse le bois ou l’air et véhicule les vibrations d’un diapason à l’autre. Comme ni le mouvement initial (ébranlement du diapason A) ni le mouvement final (vibrations en B) ne sont des translations, il est difficile de décider si le passage par l’intermédiaire est de type « semi-interne » ou « interne ». Il n’existe donc pas de différence nota-
[p. 215]ble, de ce point de vue entre le niveau IIB et le stade III, mais on retrouve les différences observées en des recherches précédentes quant à la nature même de la vibration : tandis qu’au niveau IIB le « courant » demeure intermédiaire entre une translation et une suite de « tremblements », sa forme ondulatoire s’affirme au stade III ; en outre, le son passant par l’air est une vibration de l’air lui-même, par ailleurs immobile, et n’est plus véhiculé par de l’air en translation.
§ 2. Le stade i🔗
Voici d’abord quelques exemples :
Mar (5 ;0), partie I. On pince A seul : « Ça fait du bruit, comme les cloches. (A et B). Celui-là (B) va faire quelque chose si je touche celui-là (A) ? — Oui. — Aussi du bruit ? — Oui. — Pourquoi ? — Parce que ça se ressemble un petit peu. (A) ressemble à (B). — Et si je pince B, l’autre (A) va faire quelque chose ? — Non. — (A) ne fait rien ? — Non. — Pourquoi ? — Parce qu’il ne ressemble pas les deux la même chose (A ne ressemble pas à B comme B à A !). — (Constatation : on pince B). — Ça fait un petit peu. — Le même bruit ? — Pas tellement parce qu’ils se ressemblent pas tellement (il tient à son idée). » Partie II : B’ sonnera aussi « parce qu’ils sont un peu la même chose », sur la boîte B’« chante, parce qu’ils se ressemblent un petit peu » et on l’entendra au bout de la table parce que la musique « elle ira comme ça (en longeant la table) ». Mais quand la demoiselle passe de l’autre côté « non elle peut pas aller comme ça » puis le son « il traverse comme ça (en fait il longe la table puis il tourne) ».
Pat (6 ;1), partie I : « Non, ça va pas faire de musique ici (B). — Pourquoi ? — Parce qu’on va pas le toucher. — (Constatation). — Il y a de la musique même quand on arrête (A). Je crois que la musique passe dans celui-là (B). — Comment ça se fait ? — Ça moi je ne sais pas. Comme ça (passage direct à travers l’espace AB, en l’air). — Sens ça (il touche A). — Oui ça fait de la musique sur les doigts. — Et si tu mets les doigts ici(B) tu sentirais ? — Oui, parce que ça passe comme ça (par l’air), on va sentir de la musique. » A la partie II mêmes réactions, mais selon que le son ne s’entend pas ou s’entend en B’ c’est « parce qu’avant ils n’étaient pas amis, maintenant ils sont amis. — Si on essaie en l’air, ça fera quelque chose ? — Oui. — (Essai). — Non, parce que maintenant, il ne veut pas. — Et maintenant, comment le son va de là (A’) en (B’) ? — Ça va par la table, dessus la table, comme ça (en l’air). — (Boîte). Celle-là (B’) va faire quelque chose ? — Oui. — Pourquoi ? — Parce que la musique va passer par ici (de A’ à B’ par l’air). — Pourquoi en l’air ça n’allait pas et sur la table ça va ? — Parce que la musique elle voulait rester ici. — Et là (bout de la table) tu vas entendre ? — Oui,
[p. 216][p. 217]parce qu’elle passe dans mon oreille. — Et ce sera plus long sur la table ou sur la boîte ? — A l’oreille, parce qu’elle veut rester plus longtemps ».
Fav (6 ;2), partie I. On frappe A et Fav la touche : « Tu as senti quelque chose ? — Oui. — Si je tape celui-là (A) est-ce que l’autre le fait aussi ? — Oui, parce qu’il est la même chose. — (Constatation). — Non, rien. — (Nouvelle constatation). — Il ne bouge pas ? — Oui. — Comment ça se fait puisque je ne l’ai pas touché ? — … — Tu sais ? — Non. — Quand (A) fait du bruit, (B) bouge ? — Oui. — Pourquoi ? — Parce qu’ils sont les deux à côté. — Et si je le mets là (bout de la table) ? — Non. » Partie II : On fait vibrer A’ en l’air. « Qu’est-ce que ça fait ? — Un petit peu de bruit. — Où c’est plus long, en l’air, sur la boîte ou sur la table (essais) ? — Plus long sur la boîte (qu’en l’air, puis) sur la table. — Pourquoi ? — Parce qu’elle est plus grande. — Et alors ? — Parce qu’il est partout. — (Présentation de A’ et B’ ; on fait vibrer le premier). — Et celui-ci va bouger ? — Je crois. — Pourquoi ? — Parce qu’ils sont les deux la même chose. — (On fait sentir B’ sur la table). — Non. — Et sur la boîte ? — Oui. — Pourquoi ? — Parce qu’on a tapé (A’) et on l’a mis tout près (de B’). — Et tu entends quelque chose ? — Oui, un bruit. — Où ? — … — Il arrive chez toi ? — … — Aucune idée ? — Non. — Tu l’écoutés ? — Oui. — Pourquoi tu l’entends ? — Parce que vous le mettez tout près. »
Dom (6 ;6), partie I. On fait vibrer A : « Qu’est-ce que ça fait ? — Du bruit, ça se balance. — Pourquoi ? — Parce que ça cogne. — Et sur tes doigts ? — Ça bouge un peu, ça se balance un peu. — Quoi ? — Le fer. — Si tu touches ça (B) qu’est-ce qui se passe ? — Rien (il touche). Ça balance un petit peu. — Comment ça se fait puisque je ne le touche pas ? — Parce que ça tremble. — Quoi ? — L’autre fer (B). — Pourquoi ? — Parce que celui-là (A) a bougé l’autre tremble. — Il bouge aussi ? — Oui, un petit peu. — Mais pourquoi ça passe à (B) ? — Parce que ça tremble, parce qu’on a bougé l’autre. — Mais comment ça se fait ? — Sais pas. — Pas du tout ? — Non. — C’est le même « tremble » ici et là (A et B) ? — Non, ça tremble plus ici (A) parce qu’on l’a touché et moins là (B) parce qu’on ne l’a pas touché. — Lequel bouge d’abord ? — Celui-là (A) parce qu’on l’a fait bouger en premier et l’autre on ne l’a pas touché. — Mais comment tu expliques ? — Parce que ça (A) ça bouge. — Quoi ? — Le fer. — Tu crois qu’il y a seulement le fer qui bouge ? — Oui et puis après il y a les deux. » Partie II. A’ : « Un petit bruit, parce qu’on l’a tapé. — (A’ et B’ en l’air). Tu entends ? — Non, parce qu’on ne l’a pas tapé. — (Sur la table). — J’entends un tout petit peu. Il tremble un petit peu. — Pourquoi ? — Parce qu’on a tapé l’autre. — Mais comment ? — Je ne sais pas. — Pourquoi il ne bouge pas en l’air et ici il bouge ? — Parce qu’il est sur la terre (table). — Pourquoi ? — Sais pas. — Si (A’) est en l’air et (B’) sur la table, celui-ci bougera ? — Un petit peu. — (Essais). — Oui un tout petit peu parce qu’on a tapé l’autre. — (Nouvel essai). — Non il ne bouge pas. — Pourquoi ? — Sais pas. — Tu as dit qu’ils bougent quand ils sont par terre, c’est la terre (table) qui fait quelque chose ? — Non ! — Donc c’est la table ? — Non ! — Qu’est-ce qui fait quelque chose ? — Sais pas. — Et quand c’est en l’air pourquoi ça ne bouge pas ? — Parce qu’il y a de l’air. — Qu’est-ce qu’il fait ? — Ça pousse jusqu’à ce qu’il reste en
place ( ! !). — Et pourquoi sur la table ils bougent ? — Peut-être qu’ils sont plus rapprochés : ça fait un tremblement. » Idem avec le bruit : « Mais tu ne crois pas que la table fait quelque chose ? — Non, elle ne fait rien la table : elle reste en place ! »
Ber (6 ;5). Mêmes réactions en termes de « ça chatouille » (I) et ça fait « du bruit » (II). Après le contraste entre l’air et la table : « Tu crois que le bois fait quelque chose ? — Rien. »
Cap (7 ;2) pour I constate que A« ça bouge fort, ça branle ». Il ne s’attend à rien sur B, mais constate que « ça branle un tout petit peu. — Pourquoi ? — … ». Il refuse les intermédiaires (air, etc.). Pour II, « ça sonne mais seulement quand vous avez le vôtre (A’) sur la table et elle s’arrête dès que vous l’enlevez », mais il n’en conclut à aucun intermédiaire : « La table ça fait quelque chose ? — Non. — Et quand je le mets dessus (B’) fait quelque chose ? — Oui, de la musique. »
Jos (7 ;5), I, pour A seul :« Ça prononce le « aaa », ça bouge. — Qu’est-ce qui bouge ? — Le fer, ça fait comme de l’électricité. » En B : « C’est parce que celui-là bouge, l’autre bouge aussi. — Mais pourquoi puisque je ne l’ai pas touché ? — Il a entraîné l’autre. — Comment ? — … » Partie II. Pour A’ et B’ sur la table : « Parce qu’on l’a frappé et on l’a posé sur la table, ça résonne. — Quoi ? — Le son. — Comment ? — Sur la table. — Comment c’est venu vers toi ? — … — Si la table était plus longue ? — Non, c’est trop loin. »
Le propre des réactions de ce stade I est que ces sujets, tout en trouvant assez naturelle la transmission du « tremblement », etc., d’un diapason à l’autre (Mar et Fav l’anticipent même avant tout essai sur B), n’éprouvent le besoin d’aucun intermédiaire ou médiateur entre eux. Pour Fav, l’action du premier sur le second est simplement due au fait qu’ils sont « à côté » ou « tout près » ou encore qu’« ils sont les deux la même chose ». Pour Dom, « ça tremble parce qu’on a bougé l’autre » et l’explication lui suffit ; vers la fin de l’interrogation il ajoute (pour A’ et B’ qu’« ils sont plus rapprochés » sur la table qu’en l’air ; mais la table « ne fait rien » puisqu’« elle reste en place » et ne peut donc pas servir de médiateur mobile ; quant à l’air « il pousse » le diapason B’ « jusqu’à ce qu’il reste en place », c’est-à -dire qu’il anéantit la vibration par son mouvement au lieu de la renforcer. Pour Ber et Cap, la table ou le bois n’ont aucune action, et, pour Jos, A « a entraîné l’autre ». Quant à Mar, il prévoit que le diapason A agira sur B à distance « parce que ça se ressemble un peu », tout en refusant à cette
[p. 218]relation symétrique de ressemblance la nécessité d’avoir une converse : en effet B n’agira pas sur A « parce qu’ils ne se ressemblent pas les deux la même chose » ! On peut voir dans cette action par ressemblance, même (ou surtout) ainsi polarisée, ainsi que dans l’action du voisinage supposée par Fav (« à côté »), qui invoque d’ailleurs aussi la ressemblance, l’analogue des formes de causalité en jeu dans la magie imitative qui repose aussi sur les rapports de ressemblance ou de contiguïté. Or, pour autant que l’on voit dans la causalité un système d’opérations attribuées à l’objet, il est naturel qu’aux niveaux préopératoires le sujet se serve, pour les attribuer (et pas seulement les appliquer) à l’objet, des relations usuelles de ressemblance ou de voisinage qu’il utilise constamment dans ses actes d’intelligence.
Il est ainsi d’un certain intérêt de constater qu’à ce stade où il n’existe, dans les séquences de chocs et poussées (chap. II), aucune transmission médiate, sinon par enchaînements de transmissions immédiates (donc sans passage interne ni même semi-interne), la présente situation donne lieu à des interprétations par actions immédiates mais à distance avec refus de tout intermédiaire. Dans le cas des boules immobiles alignées du chapitre II on trouve aussi de telles actions à distance, mais au début du sous-stade IA, tandis qu’ici c’est l’ensemble du stade I jusqu’à des sujets de 7 à 7 ;6 qui est caractérisé par les réactions de ce type, du fait qu’il n’intervient aucun mouvement sinon d’ébranlement.
Rappelons encore que le son ou le bruit, lorsqu’ils sont invoqués, sont encore conçus à ce stade comme des sortes d’objets substantiels et mobiles, mais à trajectoires limitées et ne se répandent pas partout à la manière des ondes. Lorsque Jos dit que le son atteint son oreille en passant « sur » la table, il s’agit sans doute encore d’une réaction de ce genre, bien qu’il y ait là une ébauche de ce que l’on va trouver au niveau IIA où il commence à y avoir recherche d’intermédiaires possibles.
§ 3. Le niveau IIA🔗
Voici d’abord des exemples, à commencer par un cas de transition entre I et IIA :
[p. 219][p. 220]Gat (6 ;6), I, pour A seul : « Ça serre et ça fait « tann », comme de l’électricité. — Qu’est-ce que c’est ? — On sent dans les doigts. — Et (B’) il va faire quelque chose ? — Oui comme celui-là , parce que c’est les mêmes fers et dedans il y a la même électricité. — (Essai). — Mais je n’ai pas touché celui-là (B) ? — Parce qu’ils ont dedans la même électricité. — Où ? — Dans les fers. — Mais je ne l’ai pas touché, alors… ? — Je ne sais pas répondre. — Il y avait quelque chose dedans, avant ? — Oui, un fil d’électricité (montre de A à B). » Partie II : « C’est arrivé (en B’) ! C’est arrivé jusque-là . — Mais comment le son passe ? — C’est parce qu’il y a la table. — Ça va entre les deux ? — Comme ça. — Partout ? — Non au milieu (= en ligne droite entre deux). — Et si tu allais au coin de la table ? — Oui, même si ça va au milieu, ça va dans tous les coins. » Le son est jugé plus durable sur la table que sur la boîte, mais il ne sait pas pourquoi.
Ari (7 ;1), I : « Ça fait (en A) comme si on était touché par exemple par l’électricité. Ça fait exactement la même chose. — (En B). — C’est moins fort. — Pourquoi ? — Celui-là (A) bouge la boîte et la boîte fait bouger l’autre (B). — Pourquoi ? — Je n’ai aucune idée… Il y a quelque chose qui est dessous et qui fait trembler celui-là (B). — Quoi, par exemple ? — Un bout de bois. — La boîte ? — Je ne sais pas comment ça peut trembler. » Mais pour II : « C’est la même chose qu’avant. — Et en l’air (après essai) ? — Non. — Et maintenant (table) ? — Oui, parce qu’on l’a mis sur la table. — La table y est pour quelque chose ? — Sais pas. » Mais après nouveaux essais : « C’est la table ou la boîte qui fait passer ? — Oui. »
Sca (7 ;9) après avoir vu que A « tremble. — Tu crois que si je fais vibrer (A), l’autre (B) vibrera aussi ? — Non. — (Essai). — Ça trémousse un peu. — Comment ça se fait ? — Peut-être que c’est là (dans la boîte) qu’ils sont attachés les deux. — Regarde (on montre qu’il n’y a rien dans la boîte). — Quand on pince là (A) le son va aussi sur le haut de (B). — Comment ? — Comme ça (ligne droite par l’air). — Celui-là fait trembler celui-ci ». Partie II : « Parce que le son est sur la table. — Comment il va ? — Parce qu’il résonne jusqu’à moi. — Tu peux me montrer avec le doigt ? — (Elle montre une ligne droite). — Il est ailleurs aussi. — Partout sur la table ? — Oui. — (On reprend les diapasons I). — Parce que le son résonne par là (de A à B). »
Pap (7 ;6), I : est étonnée que B« ça bouge aussi. — Pourquoi ? — … — Comment ça se passe-t-il ? — Ça fait un bruit. — Mais pourquoi ? — Parce que vous faites comme ça (sur A). — Oui, mais pourquoi B bouge ? — … — (Diapasons II). — Parce qu’ils sont tous les deux là -dessus (boîte), ça fait un bruit, il va un tout petit peu sur la boîte et ensuite il va sur (B’). — Quoi ? — C’est la musique de celui-là (A’) qui passe par la boîte et ensuite elle va à (B’). — Comment tu expliques ? — Parce que ça fait fort sur la table et ça vient là (à B’). — Comment tu expliques ? — Parce que ça fait fort sur la table et ça vient là (à B’). — Mais comment ? — (Elle montre qu’on appuie A’). — Et en l’air (essai) ? — Non, parce qu’il n’est plus à côté du diapason (A’). — Et sur la table ? — C’est venu comme ça, c’est passé dessus. — Et si elle était plus longue ? — On entendrait tout le temps… pas si elle était très longue ».
[p. 221]Can (7 ;6), I, A et B : « Peut-être qu’ils sont dedans accrochés ensemble. — (On montre que non). — Alors ? — … — (Diapasons II). — Parce que c’est la table qui fait ça, qui va dans l’autre. — Quoi ? — Un tremblement, comme on dit. — Ça passe par où ? — Par le bois. — Et en l’air (essai). — En l’air ce n’est pas comme sur la boîte : (le bois) c’est pas comme l’air qu’on ne peut pas le toucher. — Et dans la boîte ? — Elle continue son chemin ; pas comme l’air, qui se casse comme en petits bouts. »
Nie (8 ;6), I, A : « Il tremble, il bouge. » B : « Il ne va pas aussi fort. — Mais il bouge ? — Oui. — Comment tu expliques ? — Il y a un fer dessous qui va de là à là (AB). — Qu’est-ce qu’il fait ce fer ? — Comme un téléphone, il y a des fils. — (On montre qu’il n’y a rien). — Alors ? — Parce qu’ils sont tout près. — Et s’ils étaient plus loin il se passerait la même chose ? — Un peu moins. » Diapasons II : « Vous le posez sur la table, il donne un son et ça passe. — Ça passe par où ? — Par la table et ça va jusqu’à la fin de la table. »
Mar (8 ;8), I, passage de A à B : « Peut-être qu’il y a quelque chose dans la boîte », mais, détrompée, Mar ne trouve pas d’autre hypothèse. Diapasons II : « Parce que vous tapez dessus, il y a un petit son qui reste, ça reste sur celui que je tiens. »
Cov (8 ;11), I, passage de A à B : « Parce que quand vous touchez ça va vers le bois. — Qu’est-ce que ça veut dire ? — Ça fait trembler. — Montre avec le doigt. — (Il montre un chemin passant sous la base de A et remontant à la surface du bois). » Diapasons II : « Avant (en A) il y avait un son et un tremblement, là (A’) il y a un son seulement. Les deux passent de la même façon par la boîte. — Et comme ça (en l’air) ? — Rien, j’entends rien. — Pourquoi ? — Parce que c’est pas l’air. Si on touche la terre, ça passe sinon non. »
Ryl (8 ;10), I : elle prévoit que B ne fera rien « parce qu’on bouge seulement celui-là (A). — (On fait vibrer A et Ryl touche B). — Ça tremble aussi. — Par où passe le tremblement ? — Il passe là -dessous (la boîte). Il descend par là (A) et il remonte ici (B). — Il passe dans ou sur la boîte ? — Il passe dans la boîte, non sur la boîte. — C’est quoi qui passe ? — Le son. — Qu’est-ce que c’est ? — C’est l’air qui part avec un peu de bruit. — C’est le tremblement ? — Non, c’est le son qui passe. — Le bruit et le tremblement c’est la même chose ? — Non, le bruit ça ne bouge pas et le tremblement bouge ». II :« Parce que ceux-là (AB) ils sont tout près tandis que les autres (A’ B’) sont espacés. »
Dia (9 ;8), malgré son âge, demeure orientée vers les réactions du niveau IIA (et même au début à celles du stade I). Le diapason A « bouge un petit peu et quand ça bouge ça fait du bruit ». Quant à B il ne fera rien, mais à l’expérience « on sent quand même un petit peu. — Pourquoi ? — Parce que… il y a une (petite ?) distance entre ça et ça (A) renvoie vers l’autre. — Quoi ? — Le son. — Qu’est-ce que tu as senti ? — Un frôlement. — Explique. — Ça (A) a fait un son et ça (B) bouge un peu parce qu’ils sont assez rapprochés. — Comment ça se renvoie ? — Par le fer ». Partie II : « Celui-là (A’)
va envoyer à celui-ci (B’) parce qu’ils sont à côté comme les autres (AB). — (Essais). — Ça fait une communication jusqu’à l’autre. — Ça fait passer quoi ? — Le son. — Par où ? — Par là (la boîte). — Comment le son passe ? — Par l’air, par la boîte plutôt (dessin), par-dessus de la boîte et il monte. » Puis enfin, avec l’oreille sur la table : « Si ça allait par l’air on ne l’aurait pas entendu avec l’oreille qui est contre la table. »
On voit ainsi qu’à ce niveau IIA qui, dans les recherches précédentes, est celui où débutent les transmissions médiates « semi-internes » et « semi-externes », les réactions à la présente situation font intervenir, soit un médiateur solide caché dans la boîte (fil, etc.), soit un bruit ou un tremblement, mais passant « sur » la table et non pas à travers le bois. Gat invoque un fil électrique invisible, Ari « quelque chose qui est dessous et qui fait trembler », Sea dit que les diapasons « sont attachés les deux » (par-dessous) et Can qu’« ils sont dedans accrochés ensemble », Nie imagine « un fer dessous » ou des « fils » et Mar « quelque chose dans la boîte ». Lorsque les sujets voient qu’il n’y a rien, ou dans les cas où ils ne passent pas par les hypothèses précédentes (Pap, Cov et Dia), ils recourent alors à un bruit, un son, un tremblement, etc., mais qui circule sur et non pas à travers le bois, comme ils le précisent en paroles (Pap et Ryl) ou par le dessin (Cov et Dia). Il est ainsi assez frappant de constater qu’au début du stade des transmissions semi-internes on ne rencontre pas ici un tel modèle, alors que les données de l’observation sembleraient l’imposer du fait qu’il s’agit seulement de vibrations : ce que cherche le sujet est un médiateur caché permettant une translation (car l’électricité n’est encore qu’un objet mobile qui fait « tann », « aaa », etc.), ou un passage extérieur au- « dessus » de la table ou de la boîte. Dans les deux cas le sujet en demeure à une sorte de transmission médiate « externe » au sens où l’intermédiaire comporte plutôt une translation que le passage d’un courant, comme on va le voir au niveau IIB. Le progrès est néanmoins très net par rapport au stade I où il n’y a pas de transmission médiate.
§ 4. Le niveau IIB🔗
Vers 9-10 ans, en effet, le sujet conçoit d’emblée la transmission comme s’effectuant à travers les corps et non plus par
[p. 222]des fils ou à la surface. Voici quelques exemples, à commencer par un cas intermédiaire entre les niveaux IIA et IIB :
[p. 223]Odi (8 ;10), I : « Si je pince A et que je l’arrête, B fera quelque chose ? — Non, parce qu’on ne l’a pas touché… Ça peut quand même bouger parce que si on arrête ça (A) ça fera vibrer (B). — Pourquoi ? — Ça (A) fait un mouvement brusque… quand on arrête brusquement. — Comment tu expliques ? — Parce que les deux sont attachés, en bas ils se touchent, ils sont fixés sur le même endroit, le bois fait vibrer (B) le bois il bouge un peu. » Quant au son « c’est la vibration qui fait le son ». II : A’ B’ en l’air : « (B’) fait quelque chose ? — Non, parce qu’ils ne sont pas fixés ensemble sur un même bois. — (Sur la table). — Si c’est (A’) gui bouge, c’est pas une assez grande vibration pour faire bouger (B’). — Pourquoi ? — Parce que le bois est plein. — (Constatation). — Le bois a quand même une épaisseur. — Et alors ? — Elle vibre. »
Dan (9 ;4), I : « Ça pousse le doigt (en A), parce que ça vibre tellement fort, alors notre doigt est poussé (Dan parcourt le diapason de haut en bas). En bas, ça fait seulement son, euh électricité. — C’est de l’électricité ? — Non, ça bouge, on sent encore la vibration. — Explique. — Là (haut du diapason) c’est fort et là (en bas) c’est moins fort et ça dure plus longtemps. — Pourquoi ? — En bas c’est plus vite rattaché au bois… Ça arrive vite au bois. En haut c’est plus flexible, ça a plus de vibrations. Quand on appuie en haut ça va là (en bas) et là (en haut) il n’y a plus de vibrations. — (Sur B). — Tu sens quelque chose ? — Oui, un tout petit peu de vibrations. — Comment tu l’expliques ? — Ça descend dans celui-là (A), ça fait le courant dans le bois et ça passe dans l’autre, les vibrations. — Qu’est-ce que c’est ? — C’est, c’est quelque chose qui tremble. — Et ça passe comme un courant ? — Oui, il (B) vibre parce que les vibrations (de A) passent dans le bois et dans l’autre. » Diapasons II : « Ça fait un résonnement (= résonance) dans le bois et ça fait un son plus haut. — Des vibrations ou un son ou les deux ? — Des vibrations et un petit son. Quand vous l’enlevez (B’) ça fait le même son que sur la table. — Comment le son passe de (A’) à (B’) ? — Le son passe là (dans l’air)… Le son passe par l’air mais les vibrations passent… quand elles sont rattachées à la terre, elles passent par la table ou par la boîte et quand ils sont dans l’air les vibrations passent dans l’air. »
San (9 ;5), I : il ne s’attend pas à ce que B vibre, puis à la constatation : « Parce qu’il y a une boîte et dessous il y a un petit son et puis après il rentre dans l’autre. — Comment ça passe ? — Ça (A) ça rentre (dans le bois), parce que la boîte elle bouge un peu. La boîte elle tremble un peu et puis après le son rentre dedans. »
Mis (9 ;11), I, pour A :« Ça fait un son, il y a une vibration. — Et qu’est-ce qui se passera en B ? — Rien. (Constatation). — Ça vibre un petit peu quand même. — Comment ça se produit ? — … » II : A’B’ sur la boîte : « Ça résonne un petit peu (en B’) parce que ça résonne dans la boîte, ça continue : ça fait comme l’écho. — Qu’est-ce que ça fait entre (A’) et (B’) ? — Ça passe comme ça (par-dessous A’ et par la boîte). — Est-ce qu’il se passe quelque chose
sur la boîte ? — Non. — La boîte ne fait rien ? — Ça rentre dans la boîte et ça fait l’écho dans la boîte… Ça résonne (la boîte). » Pour la table « ça longe le bois, ça résonne sur toute la table ».
Alp (10 ;4), I, prévision : B branlera parce que « Si on frappe ça (A), ça fait peut-être bouger ça (la boîte). — (Essai). — Ça branle. — Pourquoi ? — Ça fait branler ça (boîte) un tout petit peu et ça va là … quand vous frappez là (A), ça fait trembler ça (la boîte) parce que le diapason est enfoncé dans le rectangle. — Montre avec le doigt. — Ça passe par le bois. — Et si je mets un autre diapason là (3e place) ? — Il tremble aussi. » II. Pour A’ et B’« c’est la table qui transmet les sons ». Après avoir comparé les durées et intensités dans l’air, sur la boîte et sur la table il conclut : « Dans l’air ça dure plus longtemps, dans la boîte ça ne dure pas longtemps, le moins long c’est sur la table. — Et le plus fort ? — Sur la boîte. — Et après ? — Sur la table et puis dans l’air. — Tu peux faire une sorte de loi ? — Quand c’est plus fort c’est moins long, quand c’est plus long c’est moins fort. — Pourquoi ? — … Parce que l’air ça n’a pas d’épaisseur tandis que la boîte et la table en ont. — Pourquoi dans l’air c’est moins fort ? — Parce qu’il peut se répandre dans toute la pièce. » Quant à l’épaisseur « moins c’est long plus ça finit vite ».
Léo (10 ;5), I, B : « Il va un tout petit peu vibrer. — Comment il ira à (B) ? — Le bruit se transmet à droite et à gauche. — Par où ? — (Geste en l’air de A à B). — Mais par où ? — Par ici (bases de A à B), il passe dans le bois. — (Constatation). — Tu as senti ? — Comme un frisson sur les doigts. — Comment ça se fait ? — Il passe par le bois et par là (air) aussi. — Autant par l’air que par le bois ? — Non, ça passe plus vite (dans le bois) parce qu’il n’y a pas d’air dans le bois. » II, anticipation A’ B’ : « Tu entendras ? — Oui, parce que ça passe aussi dans le bois, parce que c’est posé sur quelque chose. — Et si je l’enlève ? — Oui, parce que le bruit est déjà passé quand on l’enlève et on entend encore. » Après essais : « Plus long sur la table, après dans l’air et plus court sur la boîte », puis « plus fort sur la boîte, puis sur la table puis en l’air. — Pourquoi ? — Parce que ça (boîte) c’est du bois complètement creux, la table est du bois mais pas creux et là c’est complètement dans l’air. — Qu’as-tu remarqué ? — Que le plus fort c’est le plus court. — Pourquoi ? — Je ne sais pas ».
Hel (10 ;7), I, B : « Il vibre aussi parce qu’ils sont les deux sur la même boîte. Quand tu touches ça (A), la vibration fait un tour sur la boîte. — Comment ? — La boîte vibre un peu légèrement et donc (B) vibre aussi. — Qu’est-ce que c’est le son ? — C’est la continuation de la vibration. » II, A’ B’ : « Ça court à travers là (boîte). » Quant aux durées, « sur la caisse c’est le son le moins fort (durable) parce qu’elle est petite. La table est plus grande et l’air est encore plus grand ». Le sujet a mis spontanément B’ entre ses dents : « Ça fait une vibration sur toutes les dents. »
La différence est nette entre ces sujets et ceux du niveau IIA : tandis que ces derniers avaient besoin d’imaginer un fil ou une attache entre les deux diapasons, ou bien en arrivaient
[p. 224]à un passage direct, mais s’effectuant « sur » et non pas à travers le bois, ceux-ci comprennent d’emblée qu’une sorte de « courant » (Dan) s’engage dans le support lui-même, boîte ou table. C’est ainsi que Dan, qui emploie ce mot de courant, précise qu’il s’agit de vibrations qui passent « dans » le bois et « par » la table ou encore par l’air. Mis suppose que « ça résonne dans la boîte et ça fait comme l’écho », idée fréquente à ce niveau et conçue ici comme un simple prolongement des vibrations ou du son. Alf décrit la séquence selon laquelle le premier diapason « fait branler » la boîte et celle-ci le second, et cela parce que le premier « est enfoncé dans le rectangle » de la boîte, ce qui fait passer la vibration « par le bois ». Pour Léo comme pour Alf le bruit « se transmet » et « passe dans le bois ». Hel admet la même transmission médiate. Le cas intermédiaire Odi commence par l’idée d’un passage direct dû à la secousse de l’arrêt brusque puis en vient au passage à travers le bois grâce à son « épaisseur » qui « vibre ». Il est à relever en outre que chez deux filles de 10 ans on assiste en cours d’interrogation à des régressions momentanées au niveau IIA.
Mais il est à noter que, du point de vue objectif, le résultat de la transmission ne constitue pas dans le présent cas une translation molaire, comme le départ de la dernière bille passive du chapitre II : le point d’aboutissement ne consistant qu’en vibrations, il est donc naturel que la transmission ne porte également que sur des « tremblements », sans déplacement de la boîte ou de la table (même chez San qui dit d’abord que « la boîte bouge un peu »). Faut-il alors parler de transmission purement « interne », ce qui signifierait que le présent niveau IIB correspondrait au stade III du chapitre II, ou seulement de transmission « semi-interne », ce qui conduirait à les juger en retard sur celles des débuts du stade II au chapitre II ? Formulée en ces termes, cette question est peut-être mal posée, mais il reste qu’une différence nette sépare, dans la présente situation, les niveaux IIA et IIB, alors que ce n’est pas le cas pour le stade II du chapitre II : il faut donc en conclure, d’une part que les réactions de ce niveau IIA correspondent encore en partie à celles du niveau IB des transmissions de mouvements (chap. II), ce décalage étant naturel à cause de la plus grande difficulté qu’il y a à comprendre une transmission de vibrations que de translations visibles ; mais que, d’autre part, et pour
[p. 225]cette même raison qu’il s’agit de vibrations, la distinction entre les transmissions semi-internes et proprement internes s’estompe forcément, la différence entre les niveaux IIB et III ne portant que sur la nature de ces vibrations. C’est ce que l’analyse du stade III semblera confirmer.
Notons enfin que dès ce niveau IIB des sujets comme Alf, Leo et Hel formulent avec quelque précision les rapports entre la durée et l’intensité, ce qui marque également un progrès par rapport au niveau IIA. Ces sujets appartiennent d’ailleurs à la région terminale du sous-stade IIB et font ainsi la transition avec le stade III.
§ 5. Le stade III (11-12 ans)🔗
Dans les recherches sur le mouvement ondulatoire, le stade III se distingue nettement des niveaux antérieurs (II en général ou IIB) par la distinction claire entre l’ondulation et la translation, qui restent indifférenciées jusque-là . Dans l’étude des représentations du son, le stade III est celui où l’air est le siège d’une vibration ondulatoire qui le parcourt, bien qu’il demeure immobile, tandis qu’auparavant la vibration est véhiculée par un courant (translation) d’air. Comme la présente recherche n’a pas porté sur ces problèmes, et que l’on s’est borné à insister sur la transmission comme telle entre les diapasons, il n’apparaît alors que de faibles nuances entre ce stade III et le niveau IIB :
[p. 226]Geo (11 ;0), I, pour B : « Ça passe par la boîte, parce qu’il se transmet : il fait vibrer le fer (A), ça va dans le soutien des deux lames (base de A), dans la boîte et dans le diapason (B). — (A’ et B’). — Il a aussi produit un son, mais après l’autre (A’). La vibration est aussi passée dans cette boîte et elle est remontée dans l’autre diapason. — C’est une vibration ou un son ? — Une vibration, mais qui produit un son dans l’air. » « Comment c’est transmis ? — Par l’air, c’est la vibration de l’air. »
Mie (11 ;2), I, A : « C’est comme un courant électrique ou une vibration qui descend et arrive dans la boîte et reproduit un son. La boîte donne la résonance comme un violon. — (B) ? — Je ne crois pas que le bois soit conducteur, non (= oui), les bois sont aussi flexibles. — (Essai). — Elle a fait une sorte de lien. — La vibration donne toujours un son ? — Non, pas toujours : un élastique tendu fort ne donne pas de son. » Il dessine alors deux sortes d’ondes, mais sous forme de triangles dont un élevé qui correspond à un
son et l’autre de hauteur moindre qui n’en donne pas. Puis pour représenter une vibration il dessine en vertical les oscillations d’une tige flexible, surmontées d’un triangle en
. Pour les durées et les intensités en A’ B’« quand c’est longtemps c’est moins fort, quand c’est pas longtemps, c’est plus fort ». Arc (H ;4), I : « Les vibrations se transmettent d’une barre à l’autre… les vibrations se transmettent dans le bois et dans ce diapason (B). Ça m’a rappelé les cordes qui vibrent. » Pour le dessin des vibrations il ferait « un petit trait ondulé ». Le son « c’est les vibrations qui en vibrant donnent le son. C’est peut-être une onde ».
Tom (11 ;6), I, B : « Parce que dans la boîte il y a une espèce de courant qui fait vibrer l’autre diapason. — Qu’est-ce que c’est ce courant ? — Le son qui passe dans la boîte. » (B’)« Et le son ? — Il y a des vibrations mais très petites et courtes, c’est pour ça que nous écoutons (en B’) un son très court et bas. » « Ici (A’ B’) c’est par les vibrations à travers l’air. C’est par l’air mais il faut que ça touche quelque chose pour qu’il y ait un son. »
Sta (11 ;9) pour AB : « Si l’air vibre, il y aura une petite vibration, mais on ne la percevra pas. — Dans quel sens cette vibration ? — De tous les côtés, en forme de globe. — (Constatation). — Le bois vibre aussi et comme (B) est sur le bois, ça se transmet sur (B). — (A’ B’ en l’air). — Je ne pense pas qu’on va entendre le son. — (Table). — C’est le même principe que pour (AB). — Et en l’air ? — C’est pas perceptible pour l’homme ; un animal peut-être. »
Car (12 ;2), I : « Le son, ou plutôt les vibrations se répandent sur la boîte et entrent sur B. Dès que (A) est arrêté les ondes des vibrations s’arrêtent et plus la boîte est objet de résonance plus ou moins lentement elles s’arrêtent pour arriver à (B). La distance compte aussi. » II : « Après un moment le son vient. L’épaisseur joue aussi un rôle : si ça serait plus mince le son arriverait plus vite. — Pourquoi ? — Parce que l’épaisseur mince vibrera plus rapidement. »
Tog (12 ;6), II, A’ B’ sur la table : « Ça fait mais très doucement parce que la surface de la table est grande. — Qu’est-ce que ça fait ? — Ça prend tout le tremblement, ça se transmet un peu partout. » Après la boîte : « Plus la surface est grande, plus on entend moins de bruit et plus elle est petite plus on entend de bruit. — Tu l’as appris ? — Non, je le pense. » Dans l’air : « Le bois ça fait transporter, mais l’air beaucoup moins. »
Pour ce qui est du rôle des intermédiaires, il n’y a donc pas de différence entre ces réactions et celles du niveau IIB. Par contre, en ce qui concerne la nature de la vibration, on retrouve les progrès qu’avaient mis en évidence des recherches précédentes : forme ondulatoire de la propagation (Mie, Arc, Car), vibration de l’air lui-même (Géo), etc. En outre, divers facteurs
[p. 227]sont relevés par les sujets, comme l’épaisseur (Car) et l’extension du champ (que Tog appelle surface), et complètent ainsi les analyses déjà fournies vers la fin du sous-stade IIB. Ce qui frappe au sujet de ces facteurs supposés est leur diversité, quant aux solides et à l’air, et le fait que les hypothèses sont constamment soumises à des justifications déductives ou vérifications expérimentales, leur maintien ou leur rejet n’étant jamais arbitraire. Par exemple Sta, persuadé que l’air vibre entre A’ et B’ reconnaît qu’il n’entend ni ne sent rien, mais conclut prudemment : « C’est pas perceptible pour l’homme ; un animal peut-être… »
