2009

Cancer du côlon - Une découverte de chercheurs de l’UNIGE pourrait, à terme, déboucher sur une nouvelle méthode de traitement de cancers métastatiques

Le groupe de chercheurs dirigé par le prof. Ariel Ruiz i Altaba, de la Faculté de médecine de l’Université de Genève (UNIGE), vient de franchir un nouveau pas dans la démonstration de l’efficacité d’une méthode pour endiguer le développement des cellules cancéreuses. Alors que leurs précédents travaux portaient sur le cancer du cerveau adulte, de la prostate et de la peau, ces derniers résultats ont trait au cancer du côlon. En inhibant la voie de signalisation moléculaire Hedgehog-GLI (SHH-GLI), in vitro et sur des tissus prélevés à des patients atteints de ce type de cancer, les scientifiques sont parvenus à enrayer la croissance des cellules cancéreuses, mais aussi des métastases et même des cellules souches, qui sont suspectées d’être à l’origine du développement des cancers. Ce nouveau succès, qui fait l’objet d’une publication dans la revue EMBO Molecular Medicine, confirme que l’action sur la voie de signalisation SHH-GLI pourrait, à terme, constituer un élément clé dans l’élaboration de traitements oncologiques.

Le cancer du côlon appartient à un type de tumeurs qui est «traitable», pour autant qu’il reste cantonné sur son site d’origine, à savoir la paroi intestinale. En revanche, celui-ci devient le plus souvent incurable à partir du moment où il se développe sous forme de métastases, c’est-à-dire que les cellules tumorales migrent vers d’autres organes, généralement vitaux.

Endiguer la prolifération
Dans ce contexte, le prof. Ariel Ruiz i Altaba et son équipe - parmi laquelle Frédéric Varnat et Pascal Gervaz - viennent de parvenir à démonter le rôle clé de la voie de signalisation cellulaire Hedgehog-GLI dans le développement et la survie de cette tumeur, même à son stade métastatique. Il faut, à ce titre, indiquer que la voie de signalisation SHH-GLI sert avant tout à la communication des cellules entre elles. En jouant sur son inhibition ou, au contraire, sur l’augmentation de sa force, les scientifiques se sont aperçus que la croissance du cancer était corrélée à l’activité de cette voie: s’ils l'enrayaient, la tumeur disparaissait; s’ils l’augmentaient, elle croissait de façon plus agressive.

«Des recherches avaient, par le passé, suggéré à plusieurs reprises l’implication de la voie SHH-GLI dans le développement du cancer du côlon, mais ces hypothèses avaient ensuite été invalidées par d’autres travaux», explique Ariel Ruiz i Altaba. «A présent, le résultat de nos investigations montrent sans conteste que cette voie joue un rôle essentiel dans le cas du cancer du côlon.»

Il y a deux ans, la même équipe de l’UNIGE avait réussi à inhiber la croissance de gliomes humains (cancers du cerveau adulte), en agissant sur cette voie de signalisation moléculaire. Ces nouveaux résultats se distinguent de cette précédente recherche par l’importance de la phase métastatique dans le type de cancer considéré. Alors que ce stade marque le passage à une phase pratiquement incurable pour les patients, les scientifiques sont parvenus à montrer que les tumeurs métastatiques s’appuient sur SHH-GLI pour leur croissance.

Combattre la récidive
A long terme, ces résultats laissent augurer de la possibilité de développer de nouvelles thérapies oncologiques, notamment via l'utilisation de l'interférence d'ARN ou l’administration des inhibiteurs pharmacologiques de cette voie, comme la cyclopamine, issue d’une plante et capable de bloquer l'activité de la voie SHH-GLI. «Ces produits et d'autres molécules semblables constituent autant de pistes pour la recherche de traitements futurs, notamment afin d’essayer de combattre les formes récidivantes de la maladie», ajoute le prof. Ruiz i Altaba.

La récidive constitue en effet un problème important dans le cadre du traitement des cancers en général, et du côlon en particulier. «Même si un patient semble s’être rétabli d’une tumeur primaire, la récidive dans une région voisine n’est pas rare. Lors de l’observation des souris en rémission, nous nous sommes aperçus que les tumeurs réapparaissaient chez chacune d’entre elles, à l’exception de celles qui avait été traitées avec de la cyclopamine pendant une courte période après la disparition de la tumeur. Ces souris ont ensuite été gardées en observation pendant une année, au terme de laquelle elles étaient saines et sans tumeur.»

Une fonction commune aux cancers
Il semble enfin que l’usage de ces méthodes génétiques ou pharmacologiques, visant à bloquer l'activité de SHH-GLI, prévienne également l’autorenouvellement des cellules souches cancéreuses. Cette découverte suggère la possibilité d’un point commun, au niveau des cellules souches, entre de nombreuses formes de cancers: l’existence en quelque sorte d’une fonction clé qui régirait la croissance du cancer du pancréas, du côlon, de la prostate, comme du mélanome et d’autres cancers. Une piste qui est dorénavant suivie par le groupe du prof. Ruiz i Altaba.

Contact: Ariel Ruiz i Altaba au tél. 022 379 54 48

17 septembre 2009
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