2007-2008

Retour vers le futur? Le climatologue Martin Beniston publie les résultats d’une importante étude sur l’avenir du climat en Suisse

«Nous venons de vivre le climat du futur» pourrait être, en substance, la conclusion qui se dégage de l’étude que le prof. Martin Beniston, climatologue à l’Université de Genève (UNIGE), publie ce jour. En effet, en comparant les données météorologiques depuis 1900 avec celles d’une simulation climatique de la période 2071-2100, le scientifique montre que les saisons exceptionnelles que nous venons de vivre en Suisse (canicule 2003; automne-hiver 2006-2007; printemps 2007) sont très proches de celles que nous expérimenterons de manière répétée dans le climat plus chaud des décennies à venir. Parus dans Geophysical Research Letters, ces résultats offrent une meilleure compréhension des impacts environnementaux et économiques d’un temps anormalement chaud et permettent ainsi de réfléchir à des stratégies visant à réduire les risques associés à ces périodes de «fièvre météorologique».

Coresponsable du master en sciences de l’environnement de l’UNIGE, le prof. Martin Beniston publie ces jours les conclusions d’une importante étude sur l’avenir du climat en Suisse. Pour l’essentiel, ces résultats montrent que les saisons inhabituellement douces qui ont marqué la Suisse ces dernières années, telles que la canicule 2003, l’automne 2006 ou encore l’hiver 2006-2007 et le printemps 2007, anticipent en quelque sorte celles que nous vivrons de façon récurrente à l’avenir. Autrement dit, nous aurions déjà temporairement vécu le «climat du futur».

Climat, demandez le programme

Pour parvenir à cette conclusion, le chercheur a d’abord analysé la situation climatique sur la base des données de MétéoSuisse depuis 1900, qui comprend une quarantaine de variables météorologiques quotidiennes telles que la température, les précipitations, la pression atmosphérique, la nébulosité ou l’enneigement. Il a ensuite comparé les situations extrêmes observées surtout ces vingt dernières années avec les conditions atmosphériques simulées pour la fin du 21e siècle (années 2071-2100) par des modèles de climat. Basés sur les lois de la physique, ces modèles informatiques sont capables de prédire le comportement atmosphérique futur en fonction de diverses hypothèses sur l’augmentation des gaz à effet de serre.

«Si l’on prend l’exemple des températures dans notre graphique (fig.1), explique le prof. Beniston, les obsverations montrent que l’écart entre les deux périodes d’étude est de 4 à 6°C, selon le mois. En observant les surfaces colorées qui, de part et d’autre de la moyenne 2071-2100 indiquent la probabilité de dépasser tel ou tel seuil de température, on voit qu’en juillet, on a plus de 90% de chances de dépasser 25°C, mais seulement 10% de probabilité de dépasser 38°C. En même temps, la courbe des températures mensuelles maximales de 2003 témoigne du fait que, pour les mois de juin et d’août, les températures ont été plus chaudes que la moyenne du climat futur… En d’autres termes, on a récemment vécu un été qui ressemblera à ceux qui vont se manifester de manière régulière à l’avenir.»

Chaleur à haute fréquence

Publié dans Geophysical Research Letters, l’article du prof. Beniston tente donc de chiffrer la fréquence avec laquelle on risque de retrouver, d’ici la fin du 21e siècle, le niveau de température des saisons exceptionnelles qui viennent de se succéder en Suisse.

Printempts 2007 2 printemps sur 3 seront aussi chauds d'ici l'an 2100
Été 2003 1 été sur 2 sera aussi chaud d'ici 2100
Automne 2006 3 automnes sur 5
Hiver 2006-07 3 hivers sur 5

 

«Au-delà du caractère «spectaculaire» de vivre, aujourd’hui déjà, les bribes d’un climat futur, les saisons records de ces dernières années nous permettent d’évaluer les conséquences environnementales, mais aussi économiques, d’un temps anormalement chaud et persistant, ajoute le climatologue. Je pense par exemple aux victimes en surnombre de la canicule 2003 ou encore aux pertes économiques dans le secteur du tourisme hivernal.»

Autant d’informations qui devraient permettre de mieux penser les stratégies de réduction des risques associées à ces périodes de «fièvre météorologique», particulièrement dans la mesure où celles-ci deviendront la norme d’ici quelques décennies.

 

Graphique de comparaison des températures

Graphique de comparaison des températures

 

Contacts

Pour obtenir de plus amples informations, n’hésitez pas à contacter:

le prof. Martin Beniston au 079 314 80 28

 

 

3 octobre 2007
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