Etudier l'Europe à Genève
Le 1er décembre 2009, la Communauté européenne, au coeur des études européennes depuis un demi-siècle, a disparu pour laisser place à une nouvelle Union européenne. Cette énième mutation de l’OPNI (Objet Politique Non Identifié, formule que l’on doit à l’ancien Président de la Commission européenne Jacques Delors) que constitue l’UE implique une nouvelle donne, politique et institutionnelle. Par ailleurs, les enjeux économiques contemporains, d’une nature et d’une magnitude inouïe, obligent les Européens à se resituer dans un monde en cours de basculement. Le vieux continent, son histoire et ses cultures, intégreront ces nouveaux paramètres dans l’intéressante dialectique entre le poids d’un riche passé et les potentialités d’une intégration en devenir qui façonne l’Europe d’aujourd’hui.
L’Europe est devenue un objet d’étude académique depuis qu’au sortir de la Deuxième guerre mondiale, des dirigeants européens, audacieux et visionnaires, ont lancé le projet d’intégration européenne. Plutôt que de consolider et renforcer les institutions et les sentiments nationaux, conduisant à des nationalismes antagonistes dont la première moitié du XXe siècle avait par deux fois révélé le potentiel de dévastation, il s’agissait de construire une Europe pacifiée et pacifique.
Ce projet ambitieux et original oblige à repenser les relations entre Etats et conduit à envisager des modes de socialisation, nouveaux et transnationaux pour les Européens. Au-delà des rapports politiques, économiques et juridiques entre Etats et entreprises, se bâtit une société européenne; mais celle-ci ne se construit ni en substitution, ni sur le modèle des sociétés nationales.
Cette étude de l’Europe en construction dans une perspective sociétale, l’Institut européen de l’Université de Genève en est le pionnier, à l’instigation de son fondateur, Denis de Rougemont. Dès 1963, celui-ci a initié à Genève un Institut européen dont le champ d’étude transcende la dimension classique et « technique » des Relations internationales, pour privilégier une approche humaniste et culturelle.
Etudier l’Europe, c’est donc se pencher sur l’un des projets politiques les plus novateurs de ces deux derniers siècles, et tenter d’en appréhender les conséquences sur tous les aspects de nos sociétés : de la littérature à l’économie, de la culture au droit, en passant par la science politique et la sociologie. La constante exigence d’interdisciplinarité qu’impose cet objet d’étude rend cette filière particulière.
Pourquoi étudier l’Europe à Genève ? Trois raisons rendent le Master en études européennes de l’IEUG particulièrement attractif.
Premièrement, les études européennes, qui étaient jusqu’à il y a peu fortement autocentrées, sont aujourd’hui obligées de porter une interrogation sur la place de l’Europe dans un monde en mutation. Genève, en tant que capitale des relations multilatérales en raison des nombreuses organisations internationales localisées sur son territoire, est un lieu privilégié pour cette action extérieure de l’Union européenne ; et donc, l’Institut européen à Genève est le lieu idéal pour étudier cette nouvelle dimension et ce nouveau défi pour l’Europe.
Deuxièmement, la Suisse est au coeur de l’Europe, sans être membre de l’Union européenne. Cette situation particulière permet ainsi un regard distancé mais non excentré sur l’aventure européenne.
Enfin, la construction européenne est largement, même si c’est parfois en suivant des chemins peu directs, inspirée des principes du fédéralisme. De par l’expérience suisse d’un fédéralisme multiculturel, ainsi que l’engagement historique de l’Institut européen genevois dans le mouvement fédéraliste européen, l’IEUG constitue le centre de compétences le plus reconnu sur la question du fédéralisme européen.
C’est dans cet Institut, situé au coeur de l’Europe, dans une capitale internationale sise sur le territoire d’un Etat non membre de l’UE, dont l’actuel Président de la Commission européenne a obtenu le diplôme dans les années 80, que nous vous invitons à venir scruter l’Europe.
Nicolas Levrat
Directeur
