LE SOCIALISME A PARTIR DES SOCIETES DANS LES PAYS D'EUROPE CENTRALE
Responsable : (Genève)
Présentation générale
Dans les dix dernières années, l’ouverture des archives et le développement des recherches sur le communisme a conduit à un renouvellement des approches. Dans le contexte de guerre froide, les chercheurs en sciences sociales des pays occidentaux avaient généralement centré leurs travaux sur l’étude des grandes structures politiques spécifiques aux régimes communistes, tout particulièrement dans leurs fonctions répressives, ou sur les moments de cette répression. Dans les années 1970, des historiens et sociologues ont tenté de dégager les caractéristiques propres de la société et de l’économie socialiste et d’en scruter les évolutions. Cette histoire sociale « vue d’en bas » visait à rétablir les groupes sociaux ou les individus comme acteurs de l’histoire indépendamment du poids des structures
A mesure que les archives s'ouvrent, les historiens ont toutefois pris conscience de la difficulté de travailler sur les acteurs individuels ou collectifs indépendamment des contraintes imposées par le système politique. Dans le même temps, de nombreux travaux récents ou en cours montrent que la compréhension des mécanismes de la dictature exige de questionner le monolithisme apparent des appareils et institutions politiques, de s'interroger sur le caractère maîtrisé et rationnel de l'exercice du pouvoir comme sur son efficacité. Ces interrogations s'accompagnent d'une plus grande attention portée aux pratiques sociales, économiques et politiques comme aux relations qui se nouent entre les acteurs tant au sommet de l'appareil d'Etat que dans les lieux les plus éloignés. Cette approche doit permettre de comprendre comment a réellement fonctionné le système politique y compris dans sa dimension répressive mais aussi les dysfoncionnements qui en limitent l'efficacité; elle conduit également à étudier les nouvelles formes de relations sociales (y compris entre les générations et les genres), voire même de subjectivités individuelles que ce système politique a encouragées ou secrétées.
Cette approche « par les sociétés » permet de contourner (sans les nier toutefois) les catégories d’analyse imposées par les grandes structures politiques ; elle permet de choisir ses terrains, ses objets et ses questions. Elle constitue ainsi un outil pour interroger les évidences, celle de « l’ordre des discours » politique en particulier et favorise donc les comparaisons. Car cette approche se veut également attentive aux circulations des personnes, des biens et des cultures, aux perceptions croisées ; autant d’aspects qui constituent le fondement d’une histoire transnationale en voie de développement. Appliquée à des thématiques variées, elle permettra, nous l’espérons, de réfléchir à la pertinence de l’expression de « bloc socialiste » comme aux diverses facettes de sa réalité.
Thèmes de travail possibles dans les années à venir
1-Les conditions de la production d’une histoire du communisme
2-Pouvoir et domination
3-Des sociétés de travail
4-Economie planifiée/Economie de la pénurie
5-Productions et pratiques culturelles
6-Privé/public dans les sociétés socialistes
7-L’émergence d’un « sujet » socialiste ?
