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Dossier | préhistoire

Néandertal, l’homme qui n’a pas vu l’ours

Les plus anciennes traces humaines trouvées en Suisse appartiennent aux Néandertaliens (dont un maxillaire supérieur a été déterré dans la caverne de Cotencher). Ce qui ne signifie pas qu’ils étaient les premiers hominidés à poser le pied sur le territoire helvétique

Des ancêtres très lointains des hommes modernes ont certainement arpenté le territoire actuel de la Suisse au cours des dernières dizaines voire des centaines de milliers d’années. Malheureusement, les périodes de glaciation successives ont tout effacé. Par leurs allers et retours dévastateurs, les glaciers ont en effet agi comme autant de coups de rabot irrémédiables sur les archives anthropologiques du plateau et des vallées suisses. Lors du dernier coup de froid, qui a cumulé vers 22 000 av. J.-C., leur force d’érosion a éliminé toute trace d’occupation antérieure. D’avant -15 000, date à laquelle le réchauffement climatique permet enfin une recolonisation du territoire, il ne reste que quelques rares sites préservés: des grottes dans le Jura et les Alpes, situés dans des lieux assez élevés pour avoir percé la surface de la mer de glace qui descendait alors jusqu’à Lyon et qui ont transmis quelques bribes de cette très ancienne histoire.

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Pour l’Homo erectus, cela n’a cependant pas suffi. De cette lignée humaine venue d’Afrique qui maîtrisait le feu et qui, la première, a peuplé l’Europe il y a un million d’années, il ne reste aucune trace en Suisse. Les périodes aux conditions plus favorables n’ont cependant pas manqué lors de son séjour de plusieurs centaines de milliers d’années sur le Vieux Continent. Il est donc très probable que ces ancêtres (ou plutôt cousins) ont séjourné à plusieurs reprises entre les Alpes et le Léman.

Réchauffement climatique

Apparu plus récemment, l’homme de Néandertal, lui, n’est pas passé totalement inaperçu. Profitant d’une nette amélioration climatique survenant entre -50 000 et -30 000, il s’aventure sur le plateau et dans les vallées alpines momentanément libérées des glaces. Dans quelques sites, surtout des grottes ou des abris sous roche, les archéologues ont retrouvé dans les remplissages des témoignages des activités de ces individus: ossements de gibier, outils et armes de chasse en pierre, etc. On a même découvert, dans la grotte de Cotencher, près de Neuchâtel, un maxillaire supérieur de Néandertalien.

Les cavernes ayant offert le gîte aux Néandertaliens sont en général remplies encore plus abondamment par des restes d’ours des cavernes qui ont donné naissance dans les années 1920 au mythe du «culte de l’ours». Selon celui-ci, il aurait existé une relation magique ou totémique entre l’humain et l’animal sauvage, le premier chassant le second et l’adorant à l’image d’un dieu. L’élaboration de cette théorie doit beaucoup aux travaux de l’archéologue suisse Emile Bächler, notamment dans les grottes du Drachenloch et de Wildkirchli (Saint-Gall).

Séduisante, cette vision a largement dépassé les frontières mais est aujourd’hui intégralement invalidée par les spécialistes. Après des observations minutieuses, il s’est avéré que les Néandertaliens et les ours des cavernes n’ont jamais séjourné dans ces grottes à la même époque. L’occupation des ours est beaucoup plus ancienne que celle de notre cousin préhistorique. Et quand ce dernier est arrivé, il utilisait la grotte durant l’été alors que l’animal n’y faisait qu’hiberner.

«Des Alpes au Léman, Images de la préhistoire», textes réunis par Alain Gallay, Infolios éditions, 2008 (2e édition)