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Mimosa fait rimer fonds et publications

Depuis 1999, la Faculté de médecine alloue une partie de ses ressources en fonction d’un système d’évaluation dans lequel les publications tiennent un rôle essentiel

C’est une forme de salaire au mérite. En Faculté de médecine, depuis la mise en place du système d’évaluation Mimosa, en 1999, publier dans des revues prestigieuses à fort taux d’impact n’est plus uniquement un gage de rayonnement scientifique, mais également le moyen d’obtenir davantage de fonds de la part de la Faculté.

Destiné à faciliter l’allocation des ressources de manière équitable et à fixer plus précisément les priorités de la Faculté en matière de recherche, Mimosa permet d’évaluer annuellement chaque département au niveau de ses groupes de recherches et de ses enseignants. Il prend en compte les charges de cours, les fonds de recherche venus de l’extérieur, les dotations internes, ainsi que les critères bibliométriques, qui tiennent une place prépondérante.

Qu’on ne s’y trompe pas cependant: se voulant un «baromètre de l’excellence académique», Mimosa n’a pas pour vocation première de sanctionner les éléments les moins productifs de la Faculté. «Notre but est de mesurer nos forces et nos faiblesses dans une volonté de transparence envers l’ensemble de nos collaborateurs, explique Stéphane Jouve-Couty, coordinatrice du programme. Il s’agit d’abord et surtout d’identifier les secteurs les plus performants, les pôles d’excellence, capables d’attirer des ressources supplémentaires, tout en apportant un soutien aux secteurs moins efficaces, en favorisant, par exemple, la coopération avec des groupes disposant d’une plus grande visibilité dans le domaine.»

Afin d’éviter toute distorsion concernant les publications, Mimosa ne se limite pas à additionner les différentes contributions de chacun. Un professeur impliqué dans la recherche clinique signant en général dans des titres ayant un facteur d’impact moindre que ses collègues de médecine fondamentale, l’indicateur est pondéré en conséquence. Quant à savoir si ce système favorise la quantité au détriment de la qualité, Stéphane Jouve-Couty se veut rassurante: «Le nombre de publications signées par un chercheur est naturellement pris en compte, mais ce n’est de loin pas le seul critère. Entre également en jeu la nature de ces articles, les contributions originales n’ayant pas le même poids que des synthèses ou des comptes-rendus de congrès.»

Par ailleurs, afin de minimiser les biais qu’impliquerait le recours au seul «facteur d’impact», le facteur «H» est également pris en compte dans l’évaluation pratiquée en Faculté de médecine. «La mise en place de Mimosa a provoqué quelques grincements de dents, reconnaît Stéphane Jouve-Couty. Mais les collaborateurs de la Faculté se sont rapidement ralliés à cette façon de faire qui a l’avantage de l’équité puisque nos chercheurs reçoivent des fonds en fonction de ce qu’ils font et non de ce qu’ils sont.»

Quelques sites

La plus cotée
«PLoS» (Public Library of Science) est la série de revues scientifiques en libre accès la plus en vue actuellement. Le premier numéro du mensuel PLoS Biology est paru en octobre 2003. En 2005, celui-ci était déjà crédité d’un facteur d’impact de 14,7 (lire en page 24). Ce score place la revue parmi les 50 meilleures au monde, toutes disciplines confondues. A titre de comparaison, les généralistes prestigieux Nature et Science atteignent bon an mal an un facteur d’impact d’environ 30, tandis que la revue la mieux notée en 2005, CA: A Cancer Journal for Clinicians, a obtenu un résultat de 49,8.

En octobre 2004, c’est au tour de PLoS Medicine de paraître, suivi de PLoS Computational Biology, PLoS Genetics et PLoS Pathogens en 2005. Le dernier venu est PLoS Neglected Tropical Diseases, le premier journal en libre accès dédié aux «maladies tropicales oubliées touchant les populations oubliées». Le premier numéro devrait paraître cette année encore.

Au sein des PLoS, le processus de relecture par les pairs est conservé. Les articles ne sont d’ailleurs pas disponibles en ligne avant que cette démarche ne soit dûment complétée. La relecture, mais aussi l’édition et l’entretien de serveurs informatiques performants coûtent de l’argent. L’accès aux articles étant totalement gratuit, le financement provient des auteurs eux-mêmes, généralement via les agences qui soutiennent leurs recherches.

PLoS a commencé par facturer la publication des articles 1500 dollars pièce. En juillet 2006, l’éditeur a effectué une première augmentation de ses tarifs. Publier dans PLoS Biology ou Medecine coûte désormais 2500 dollars. Le PLoS Neglected Tropical Diseases demeure le moins cher avec 1750 dollars l’article. PLoS étant une société sans but lucratif, la variation des prix est censée refléter les coûts véritables du processus de publication.

PLoS 

Libre accès total

La revue Biology Direct a adopté une position extrême dans la philosophie du libre accès. Non seulement tous les articles sont gratuitement disponibles en ligne, mais le lecteur peut également consulter les premières versions des papiers, l’identité et les rapports des membres du comité de relecture. En fait, c’est tout le processus de peer reviewing qui est remanié.

Le principal changement est le fait que ce n’est plus le journal qui choisit les relecteurs. C’est désormais l’auteur lui-même qui se charge, via le comité éditorial, d’en trouver trois prêts à rédiger un rapport sur son travail. En levant l’anonymat des experts, Biology Direct espère éliminer la principale source d’abus existant dans le système actuel. Il arrive en effet que des concurrents directs d’une équipe soient amenés à relire leur article et en profitent – avec plus ou moins de subtilité – pour y puiser des idées tout en retardant la publication.

En publiant sur Internet les rapports du comité de relecture, la revue désire augmenter la responsabilité des experts tout en offrant aux lecteurs (souvent de potentiels experts eux-mêmes) la possibilité de se faire une opinion précise sur la valeur scientifique des articles.

Biology Direct est édité par BioMed Central, qui compte plus de 170 revues en libre accès à son catalogue.

Biology direct
BioMed Central

La rapidité avant tout

Le temps qui sépare la soumission d’un article de sa parution proprement dite peut être considérable. Ce délai est principalement dû au processus de relecture et de validation. Pour accélérer la diffusion des idées, les chercheurs des sciences dures ont toujours eu l’habitude de faire circuler au sein de leur communauté leurs dernières avancées avant publication. Cette façon de faire a été grandement facilitée avec l’avènement d’Internet et des courriers électroniques.

Aujourd’hui, la plus grande base de données rassemblant les articles scientifiques en phase de validation est ArXiv, pilotée par l’Université Cornell aux Etats-Unis. Les disciplines concernées sont la physique, les mathématiques, l’informatique, les sciences non linéaires et la biologie quantitative. Plus de 400 000 articles sont actuellement disponibles.

Les chercheurs ont la possibilité d’y publier leurs recherches dans une première version, puis de la mettre à jour au fur et à mesure des corrections jusqu’à l’article final, accepté par une revue classique. Toutes les versions intermédiaires demeurent accessibles.

Les articles sont publiés dans leur ordre d’arrivée. Un «comité éditorial» vérifie que les contributions ne sortent pas des domaines prédéfinis. Tous les papiers jugés «inappropriés» sont rejetés. Depuis le 17 janvier 2004, ArXiv exige qu’un chercheur qui soumet un article pour la première fois soit parrainé par un collègue habitué à la base de données. Cela pour s’assurer que le nouveau venu fasse bien partie de la communauté scientifique.

ArXiv