Campus 87

Dossier/obésité

Prévenir sans culpabiliser

Depuis 2006, le canton de Genève s’est doté d’une loi sur la santé qui donne un socle solide aux stratégies de lutte contre le surpoids et la sédentarité

La prévention peut rapporter gros. En Finlande, le North Korelia Project, un programme de prévention global mené avec la collaboration de la population, des pouvoirs publics, des organismes de santé, de l’industrie alimentaire, des entreprises, de la famille et de l’école, a permis, en 25 ans, une baisse de 72% de la mortalité coronarienne chez les hommes âgés de 35 à 64 ans. En la matière, la Suisse n’a pas la même avance. Toutefois, encouragées par le succès des récentes campagnes contre le tabagisme, les autorités publiques prennent de plus en plus sérieusement en compte la problématique de l’obésité.

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Au niveau fédéral, c’est l’Office fédéral de la santé publique, en collaboration avec le programme Promotion Santé Suisse, qui définit les grands axes stratégiques de la politique de prévention. Aux cantons ensuite, d’en assurer la mise en œuvre.

A Genève, c’est au Département de l’économie et de la santé (DES) que revient cette charge. Conformément à la loi votée en avril 2006, le plan cantonal de prévention et de promotion de la santé comporte en effet un volet touchant à l’alimentation et à l’activité physique.

Agir maintenant

«Dans certains états américains, on estime aujourd’hui que près de 30% de la population est obèse, explique Magali Volery, conseillère scientifique au Département de l’économie et de la santé du canton de Genève. Or, les statistiques semblent indiquer que la Suisse suit le même chemin avec vingt ans de retard. Si l’on ne veut pas que nos enfants vivent moins longtemps que nous, il est capital d’agir dès maintenant. Mais pour être efficace, il faut rester réaliste: interdire la circulation des voitures au centre-ville serait une mesure très efficace en matière de lutte contre l’obésité et de développement durable, mais c’est une idée qui est trop utopique pour avoir la moindre chance de voir le jour.»

Pragmatique, la stratégie développée au sein du DES repose donc pour une large part sur l’information de la population. C’est l’objectif principal de la 2e édition de la fête du «Mieux-Vivre» qui se tiendra dans les communes de Lancy et de Laconnex les 22 et 23 septembre. Et c’est également le but visé par le programme «Marchez et mangez malin».

L’école sans sucre

«Comme il n’existe pas de traitement unique et efficace pour tous pour lutter contre l’obésité, les régimes constituent pratiquement la seule réponse qui est proposée à la population, complète Magali Volery. Le hic c’est que ce type de démarche ne fait qu’accentuer la problématique. Par ailleurs, sur le plan de la santé, plusieurs études ont démontré qu’un poids élevé mais stable était moins préjudiciable qu’un poids moyen, mais oscillant de 10-15 kilos tous les ans ou tous les deux ans. Nous collaborons donc avec les pharmacies pour leur suggérer de limiter la publicité pour les produits amaigrissants dans leurs vitrines et nous avons également noué des contacts avec la grande distribution.»

Du côté de l’école, d’importants progrès ont déjà été réalisés. Au niveau de l’enseignement obligatoire, tous les distributeurs sont ainsi exempts de produits sucrés (depuis 2006) et une motion est en discussion pour étendre cette mesure aux collèges. D’ici à la fin de l’année 2008, tous les restaurants scolaires du canton devront par ailleurs être labellisés «Fourchette verte» et donc proposer des plats du jour contenant 100 à 200 grammes de légumes selon l’âge, des féculents à volonté, des matières grasses de bonne qualité et en quantités limitées et une portion de protéines.

«C’est une mesure efficace pour manger sainement, mais aussi pour élargir ses goûts et donc varier son alimentation, commente Magali Volery. L’idée, c’est d’aider les parents à se positionner et à donner à leurs enfants une éducation alimentaire qui repose sur des règles appropriées et non plus sur l’obligation de finir son assiette, qui est une injonction d’un autre temps. Après tout, nos enfants ne sont pas des poubelles.»

Si chacun conserve incontestablement une part de responsabilité face à son poids, l’environnement de nos sociétés «de consommation» figure également en bonne place dans le collimateur des organismes de santé publique. Baisse de la qualité de vie due au stress et à la précarité grandissante des conditions de travail, malbouffe et sédentarité sont en effet autant de facteurs aggravants. «Culpabiliser les individus revient à les marginaliser davantage encore et peut s’avérer contre-productif, complète Magali Volery. L’obésité est une maladie, ce n’est pas une question de manque de volonté ou de négligence. Si l’on veut obtenir des résultats durables, il faut agir sur l’environnement.» Forte de ce constat, la stratégie cantonale vise donc également à promouvoir un cadre de vie favorable à une alimentation saine et à une activité physique régulière. Concrètement, il s’agirait par exemple de limiter les publicités pour des produits alimentaires pendant les programmes télévisés pour enfants afin d’éviter des incitations répétitives et envahissantes. Mais pour cela, l’engagement et le soutien des politiques sont indispensables.

Pour l’heure cependant, les moyens sont encore largement disproportionnés. Contrainte à des coupes budgétaires, la collectivité publique est en effet loin de pouvoir lutter à armes égales contre les poids lourds de l’industrie alimentaire. Ce secteur dépense en effet plus que tout autre pour la publicité directe (30 milliards de dollars par an aux Etats-Unis). Et le matraquage publicitaire qui en découle est loin d’être sans conséquences: de récentes recherches ont ainsi démontré qu’une exposition de trente secondes à un message publicitaire suffisait à augmenter de trois à cinq fois la probabilité qu’un enfant choisisse le produit promu plutôt qu’un autre.