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Dossier/Chine

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Droits de l’homme: les promesses non tenues du régime

Avocate spécialisée dans les droits de l’homme, Claire Mahon est membre de l’Unité de recherche sur le droit à l’alimentation de l’Institut de hautes études internationales et du développement. Elle est également l’auteure d’un rapport sur la protection du droit au logement lors d’événements comme les Jeux olympiques*

Campus: Les autorités chinoises ont affirmé à plusieurs reprises que l’organisation des Jeux olympiques à Pékin allait contribuer à l’amélioration de la situation des droits de l’homme en Chine. Cette promesse a-t-elle été tenue?

Claire Mahon: Pour l’instant, aucun témoignage faisant état d’un engagement significatif en faveur des droits de l’homme de la part du gouvernement n’a été rapporté. On pouvait effectivement penser qu’un événement d’une telle ampleur faciliterait l’ouverture du pays et que les bénéfices retirés contribueraient à améliorer les conditions de vie d’une large part de la population. Pourtant, en dépit des beaux discours qui ont été prononcés, il semble plutôt que la situation se soit à bien des égards aggravée.

C’est-à-dire?

Dans les faits, le gouvernement chinois, comme d’autres avant lui, se sert des Jeux olympiques pour instaurer une sorte d’«état d’exception» permettant de justifier des transgressions de droits de l’homme. Afin que l’événement soit une totale réussite, il exige un certain nombre de sacrifices supplémentaires de la part de la population. Je pense aux 1,5 million d’individus qui ont été expulsés de leur logement, aux activistes et aux personnes souffrant de maladies mentales qui sont envoyés dans des «camps de rééducation par le travail», aux mendiants qui sont raflés dans les rues, à la dégradation des conditions de travail des quelques millions de migrants internes que compte le pays… Tout cela pour que tout ait l’air absolument impeccable le jour «J».

Les JO n’auront donc aucune incidence positive sur la Chine?

Ce n’est pas certain. Le fait que le monde entier ait les yeux braqués sur Pékin est en soi quelque chose de positif. Cela peut inciter la Chine à soigner son image et, par conséquent, à se montrer plus respectueuse des droits de l’homme. Mais pour cela, il faut que le gouvernement arrête de dissimuler la réalité et qu’il accepte de montrer au monde la Chine telle qu’elle est: avec ses pauvres, ses mendiants et ses malades. Ces problèmes n’ont rien de honteux. Ils ne devraient pas être cachés, mais pris en compte et faire l’objet de programmes spécifiques.

L’Occident a-t-il les moyens d’influencer la situation?

Depuis l’Europe, il peut être tentant de montrer du doigt les excès d’un pays comme la Chine et de dénoncer sa supposée barbarie. Cependant, si nous souhaitons être réellement efficaces, il faut surtout que nous puissions nous informer de la réalité du terrain. Que nous puissions savoir ce qui fonctionne effectivement et ce qui pose problème. Or, il est aujourd’hui extrêmement difficile de mener des recherches sur place. Les gens vivent dans la crainte de s’exprimer et les défenseurs des droits de l’homme – qu’ils soient activistes ou avocats – subissent de très fortes pressions quand ils ne sont pas emprisonnés. Cela étant, il me semble que les critiques que nous pouvons adresser à ce pays n’auront une réelle légitimité que lorsque nous serons nous-mêmes totalement irréprochables en matière de droits de l’homme.

Le Comité olympique international (CIO) est très discret sur la question des droits de l’homme en Chine. Comment analysez-vous cette attitude?

Jusqu’à une période très récente, le CIO s’est contenté de répéter que son rôle était uniquement sportif et que, par conséquent, les questions d’ordre politique ou les problèmes liés aux droits de l’homme n’étaient pas de son ressort. Les Jeux olympiques ont acquis une telle importance, ils ont de telles conséquences sur la vie des populations concernées que ce langage n’est plus tenable aujourd’hui. C’est une attitude qui est à la fois immorale et contraire aux engagement juridiques internationaux du Comité.

Que préconisez-vous?

Le CIO est le garant de l’esprit olympique, qui est fondé sur le respect de l’autre, le dialogue et la tolérance. Il doit donc user de toute son influence – et il en a – afin de garantir que chaque aspect lié à l’organisation des Jeux soit effectivement compatible avec les droits fondamentaux. C’est peut-être trop tard pour ce qui est de la Chine, mais il faut s’assurer, au travers de garanties solides, que ce genre de situation ne se reproduira plus jamais.

«Directives aux parties prenantes de méga-événements pour la protection et la promotion du droit au logement» , rapport publié en 2007, sous la direction de Claire Mahon, pour le Centre pour le droit au logement et contre les expulsions (COHRE), avec le soutien du Réseau universitaire international de Genève (RUIG)