Campus 90

Dossier/imagerie médicale

ASME, le dossier patient du futur

En collaboration avec IBM, une équipe du Département de radiologie et informatique médicale met au point un système capable de faire interagir imagerie médicale et informations relatives au patient

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C’est un peu l’équivalent de Google Earth à l’échelle du corps humain. Le projet ASME (pour Anatomic Symbolic Mapper Engine), dont un prototype a été présenté en première mondiale à Zurich en septembre 2007, pourrait modifier radicalement la manière de présenter, d’organiser et de consulter les données médicales d’un patient. A partir d’un avatar en trois dimensions, le dispositif permettra en effet, à terme, de visiter n’importe quelle partie de l’anatomie humaine. Il sera possible d’y associer l’intégralité du dossier médical d’un patient (éléments de texte, radiographie, résultats de laboratoire…), ainsi qu’une base de données riche de plus de 300 000 concepts et utilisable en plusieurs langues (SNOMED CT). Un moteur de recherche très performant permettra de naviguer sur cet océan d’informations.

Un projet sans équivalent

Financée par IBM, l’opération, qui n’a pour l’instant pas d’équivalent, mobilise une dizaine de chercheurs, dont Patrick Ruch, collaborateur scientifique et coordinateur du projet au Service d’informatique médicale du Département de radiologie et informatique médicale. «Il existe aujourd’hui des modèles d’imagerie médicale en trois dimensions très performants, explique le chercheur. De la même manière, de très nombreuses équipes sont actives dans le domaine de la fouille de données ou de la recherche d’informations sur des formats textuels. En revanche, très peu de gens travaillent sur l’interface entre ces deux mondes, qui est précisément au cœur du projet ASME.»

Chargé notamment de gérer le million de dossiers des patients des Hôpitaux universitaires de Genève, le Service d’informatique médicale dispose d’une expertise largement reconnue pour ce qui est du traitement et de l’organisation de données textuelles. Depuis cinq ans, il est régulièrement classé en tête des évaluations sur les moteurs de recherche d’information, raison pour laquelle IBM a fait appel à ses services.

«L’imagerie médicale est une discipline complexe et il n’est pas forcément évident pour un non-spécialiste, même médecin, d’interpréter ce genre de résultats, poursuit Patrick Ruch. Par ailleurs, les dossiers médicaux tels que nous les connaissons actuellement peuvent être très volumineux, par exemple pour des prématurés, des patients transplantés ou souffrant de maladies chroniques. Souvent partiels, peu ou pas structurés, ils ne permettent pas d’obtenir facilement une vue d’ensemble de l’historique médical du patient. C’est ce double inconvénient qu’ASME vise à dépasser en offrant tant au praticien qu’au patient un outil aisé à manipuler.»

Le dossier médical de demain

L’objectif final est de rendre le système «intelligent». Confronté à un patient souffrant d’un problème de vertèbre, par exemple, ASME doit être en mesure de repérer dans le dossier du patient tous les éléments pertinents qui sont relatifs à la colonne vertébrale même si le terme «vertèbre» n’est pas explicitement mentionné. «SNOMED possède l’énorme avantage de pouvoir être utilisable en plusieurs langues, explique Patrick Ruch. Mais cela reste un outil relativement complexe à manier. Créer des liens qui soient réellement efficaces d’un point de vue clinique constitue la grande difficulté du projet. Mais d’ici à quelques mois, nous en serons venus à bout.»

Utile pour les diagnostics et le suivi médical, ASME permettra également d’offrir une information plus accessible au patient. Facilement transportable, consultable depuis n’importe quel ordinateur, ce projet préfigure, selon ses concepteurs, le dossier médical de demain. Même si les réticences à voir l’ordinateur pénétrer dans le cabinet médical restent fortes, un certain nombre de pays, parmi lesquels le Royaume-Uni, l’Australie, le Canada, la Finlande, l’Allemagne ou le Danemark, ont d’ailleurs introduit des programmes afin de généraliser le dossier du patient informatisé. Sous l’impulsion de George W. Bush, les Etats-Unis prétendent carrément parvenir à basculer vers une solution entièrement informatisée d’ici à 2014. Tous ces projets butent cependant pour l’instant sur un certain nombre de difficultés techniques que des projets comme ASME pourraient contribuer à résoudre.

«Il existe aujourd’hui une vraie demande pour ce type de produits, conclut Patrick Ruch. Qu’on le veuille ou non, c’est un mouvement qui semble appelé à se développer dans les années à venir. Mieux vaut donc disposer des outils nécessaires pour absorber le choc.»