2018

L'intelligence artificielle pour sauver des vies d’enfants

Depuis quatre ans, quatre millions de consultations médicales ont déjà été digitalisées au Burkina Faso grâce à une simple tablette. Ces données permettront bientôt de suivre les épidémies en temps réel et de mieux cibler les besoins de formation.

 

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1,7 million d’enfants ont déjà bénéficié de cette nouvelle technologie, appelée à franchir un nouveau palier grâce à l’intelligence artificielle. (Terre des hommes)

 

Améliorer le diagnostic des maladies infantiles et sauver des vies: tels sont les objectifs poursuivis conjointement par l’Université de Genève (UNIGE) et Terre des hommes dans le cadre d’un protocole d’accord signé entre les deux partenaires. Cette collaboration trouve une première application pratique, soutenue par la Fondation Cloudera, qui vise à intégrer l’intelligence artificielle dans un projet de santé mené au Burkina Faso par Terre des hommes, plus grande organisation suisse d’aide à l’enfance.

 

«Nous avons commencé par digitaliser, à l’aide d’une application, le protocole clinique de l’OMS pour les consultations et les diagnostics des enfants de moins 5 ans. Cette application est aujourd’hui utilisée dans plus de 700 cliniques rurales et 1,7 million d’enfants en ont déjà bénéficié. Grâce à ce nouveau partenariat avec l’UNIGE et la Fondation Cloudera, nous allons maintenant introduire des technologies d’intelligence artificielle en lien avec notre application. Nous pourrons ainsi améliorer le suivi individuel de plus de 4000 agents de santé et opérer une surveillance épidémiologique, grâce à des modèles intelligents et prédictifs basés sur des données massives», relève Thierry Agagliate, responsable de l’Innovation chez Terre des hommes.

 

Donner du sens aux données

«Terre des hommes collecte les données et Cloudera maitrise la technologie. Avec ses compétences académiques dans les domaines du big data, de l’épidémiologie et des sciences de l’implémentation, L’UNIGE relie les deux, donne du sens à ces données. Elle apporte une aide pour l’analyse, des pistes pour l’amélioration et le fonctionnement des outils sur le terrain», explique le professeur Antoine Geissbuhler, chef du groupe de recherche en informatique médicale de la Faculté de médecine de l’UNIGE et responsable du Service de cybersanté et télémédecine des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

4 millions de consultations ont déjà été réalisées avec l’application sur tablette Integrated e-Diagnostic Approach (IeDA). Outre le suivi des épidémies, l’intelligence artificielle permettra de mesurer la performance de chaque agent de santé. Des diagnostics de districts sanitaires entiers seront également évalués avec précision. L’analyse de données va donc permettre d’identifier des lacunes et de cibler des interventions selon les besoins. Egalement partenaire du projet, le Ministère de la Santé du Burkina Faso pourra ainsi réagir rapidement et prendre des mesures adéquates.

 

Un pont entre le monde académique et les ONG

Ce projet innovant, baptisé AI tool for IeDa, a été rendu possible par l’apport financier et technologique de la Fondation Cloudera et marie la recherche académique de l’UNIGE et la pratique du terrain de Terre des hommes. Etablir ce pont entre le monde académique et les organisations internationales et non gouvernementales, c’est précisément la vocation du Geneva Science-Policy Interface (GSPI), lancé cet automne par l’UNIGE avec le soutien du Département fédéral des affaires étrangères et en partenariat avec d’autres institutions académiques. Le GSPI a ainsi participé à traduire et formuler les besoins scientifiques exprimés par Terre des hommes «qui a intégré dans sa manière de travailler une forte dimension d’innovation et de collaboration avec le monde académique», se félicite Nicolas Seidler, Directeur du GSPI. «Nous nous réjouissons de continuer de travailler avec eux et de jouer notre rôle d’interface dans d’autres domaines de la santé mobile, des migrations ou encore des droits de l’enfant.»

Le projet AI tool for IeDa est soutenu par la Fondation Cloudera, branche philanthropique de Cloudera, entreprise de la Silicon Valley spécialisée dans l’analyse de données et l’apprentissage machine dans le Cloud. Elle assure un financement à hauteur de 640’000 dollars et apporte aussi un savoir-faire logiciel et technique. « Le secteur humanitaire ne fait que commencer à explorer l’utilisation des volumes de données pour relever les grands défis mondiaux. Nous voulons jouer un rôle important et contribuer à faire avancer les choses », conclut Claudia Juech, PDG de la Fondation Cloudera.

17 décembre 2018
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