Sortir les munitions des lacs suisses, une opération à haut risque
Photographie : Roland Unger / Wikipedia
C'est une réalité méconnue : de nombreux lacs suisses ont servi de dépotoirs pour l'armée entre 1918 et 1964. Ne sachant plus que faire de son surplus de munitions au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la grande muette a noyé un énorme stock d'armement – estimé à quelque 9'000 tonnes – principalement dans les lacs de Suisse centrale (Thoune, Brienz, Quatre-Cantons). Mais l'armée, longtemps restée discrète dans ce dossier, n'a jamais jugé nécessaire de récupérer ses déchets. Les vieux obus ne sont pas nocifs, a toujours clamé le Département fédéral de la défense, qui vérifie régulièrement les taux de pollution des lacs concernés.
Le lancement d'un concours inédit, début août 2024, est venu troubler le statu quo. ArmaSuisse (l'Office fédéral de l'armement) en appelle à l'inventivité des hautes écoles et de l'industrie (ou, qui sait, d'un particulier) pour aller repêcher ce vieil arsenal. Les trois meilleures contributions se partageront un prix de 50'000 francs. Docteure en sciences de la Terre et chercheuse à l'Institut des sciences de l'environnement de l'Université de Genève, Stéphanie Girardclos applaudit l'initiative. Pour cette scientifique il est nécessaire de "stimuler l'intelligence collective sur la question du repêchage".
C'est que la seule méthode actuellement disponible est "un ramassage à la main – une munition après l'autre – par des plongeurs hautement spécialisés qui forment une petite équipe à l'armée", nous apprend la spécialiste. Une opération de nettoyage au "coût financier gigantesque" qui monopoliserait des experts rares et surqualifiés pendant des années, au péril de leur vie. Hors de question de prendre cette voie pour l'armée. Et "plus le temps passe, moins les munitions sont maniables et plus elles risquent de relâcher leurs produits toxiques", prévient Stéphanie Girardclos.
Pour en savoir plus sur le sujet, vous pouvez lire l'article publié dans Le Matin Dimanche. L'article est disponible sur ce site web (accès payant).
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