Chapitre VIII.
La nature du systÚme des opérations bivalentes a

Groupe, lattice ou groupement

Le but de cet essai Ă©tant de dĂ©gager les mĂ©canismes opĂ©ratoires des 256 opĂ©rations ternaires, Ă  titre d’exemple reprĂ©sentatif des opĂ©rateurs bivalents, il s’agit maintenant de conclure et de chercher en quoi consiste le systĂšme d’ensemble que nous venons de dĂ©crire au cours du chapitre VIL

§ 42. Position du problÚme

Les opĂ©rations de la logique bivalente soutiennent Ă©videmment quelque rapport avec les opĂ©rations rĂ©elles de l’intelligence. Or ces derniĂšres constituent une structure opĂ©ratoire unique, s’étageant par paliers des propositions les plus simples, qui servent Ă  construire une classification ou une sĂ©rie de relations, jusqu’aux enchaĂźnements purement formels entre n propositions. Que cette structure puisse se diffĂ©rencier, au niveau de la pensĂ©e scientifique, par le rejet de certaines rĂšgles et l’adoption de nouveaux axiomes (logiques polyvalentes) n’exclut pas l’unicitĂ© du systĂšme Ă©lĂ©mentaire des opĂ©rations, dont le fonctionnement a conduit Ă  ces diffĂ©renciations et dont la genĂšse peut ĂȘtre suivie par l’analyse du dĂ©veloppement mental.

Nous aimerions chercher, une fois de plus, mais cette fois à la lumiÚre des données précédentes sur les 256 opérations ternaires, en quoi consiste un tel systÚme.

Il est clair que ce systùme s’apparente de prùs, en premier lieu, à la notion de groupe, puisque nous avons pu retrouver, à l’occasion de chaque nouvelle transformation, y compris les.

additions (v) et multiplications (.) de la table (233)1 le groupe fondamental des 4 transformations INRC. On sait assez, d’autre part, que l’algĂšbre de Boole, expression de la logique bivalente des propositions, constitue un « anneau », c’est-Ă -dire un groupe accompagnĂ© d’une opĂ©ration auxiliaire (addition des parties non communes et conjonction des parties communes). On pourrait donc supposer que la structure des opĂ©rations rĂ©elles de la pensĂ©e est la structure de groupe, et c’est une opinion qui a Ă©tĂ© soutenue notamment par G. Juvet2.

Mais si la structure de groupe est effectivement prĂ©sente dĂšs les formes d’organisation d’ensemble les plus Ă©lĂ©mentaires des opĂ©rations rationnelles, dont elle assure la rĂ©versibilitĂ©3, deux circonstances empĂȘchent de la considĂ©rer comme suffisant Ă  en rendre compte. Ces deux circonstances n’en font d’ailleurs en rĂ©alitĂ© qu’une seule. La premiĂšre est que certaines opĂ©rations sont indispensables Ă  la logique sans pouvoir rentrer dans les transformations mĂȘmes du groupe4 : tels les auto-emboĂźtements p 3 p = p.   La seconde est que certains mathĂ©maticiens contemporains renoncent Ă  voir dans le groupe seul le fondement des opĂ©rations les plus gĂ©nĂ©rales et sont en voie de transfĂ©rer une partie de ce rĂŽle Ă  une structure qu’ils jugent aussi importante, consistant prĂ©cisĂ©ment en un systĂšme d’emboĂźtements et d’autoemboĂźtements : celle des « lattices » ou « rĂ©seaux »s.

On dit qu’un systùme constitue un lattice lorsque les 3 conditions suivantes sont remplies¼ :

1) A tout couple d’élĂ©ments x, y du systĂšme correspond un et un seul Ă©lĂ©ment xy du systĂšme, tel que :

(307) (x.y) z = x (y.z) ; x.y = y.x et x.x = x

1. Voir § 34.

2. Voir G. Juvet, L’axiomatique et la thĂ©orie des groupes, Actes du CongrĂšs intern. de Phil. scient., vol. VI (Hermann), 1936.

3. La rĂ©versibilitĂ© est sans doute le critĂšre psychologique le plus gĂ©nĂ©ral de l’intelligence opĂ©ratoire. Voir notre Psychologie de l’intelligence (Col). A. Colin).

4. Voir plus loin § 43.

5. Les Bourbaki distinguent, comme on l’a vu, trois grands types de structures : ils rattachent le groupe aux « structures algĂ©briques » et le rĂ©seau aux a structures d’ordre »,

6. Voir V. Gltvenko, Théorie générale des structures, Hermann, 1938, p. 10.

GROUPE, LATTICE OU GROUPEMENT 193

2) A tout couple d’élĂ©ments x, y du systĂšme correspond un et un seul Ă©lĂ©ment x + y du systĂšme, tel que :

(308) (x + y) + z = x + (y + z) ; x + y = y + x ; x + x = x

3) L’équivalence x.y = x entraĂźne x + y = y et rĂ©ciproquement :

(309) [x.y = x] ) [x √ y = y] et [x √ y = y] 3 [x.y = x]

Si l’on a x.y — x on dit alors aussi que x « prĂ©cĂšde » y (ce que nous Ă©crirons x →> y).

Il est donc Ă©vident que la table (233) constitue un rĂ©seau, et nous en avons constatĂ© les relations essentielles quant aux bornes supĂ©rieures (x √ y) et infĂ©rieures (x.y). Faut-il donc conclure sans plus que la structure fondamentale des opĂ©rations de la pensĂ©e est celle du lattice ? Mais deux difficultĂ©s nous arrĂȘtent Ă  nouveau, et elles reviennent sans doute, elles aussi, au mĂȘme.

La premiĂšre est qu’il y a plus, dans le systĂšme des opĂ©rations logiques, que le lattice Ă  lui seul : il y a la rĂ©versibilitĂ© propre au groupe. Tout lattice comporte il est vrai une certaine rĂ©versibilitĂ©, sous la forme d’un principe particulier de dualité : si x prĂ©cĂšde y (ce que nous notons x →> y) on a x + y = y ; on en conclut alors par dualitĂ© que, Ă  la relation y →> x correspond x.y = y (substitution de →* Ă  et de . Ă  +).

Mais c’est lĂ  un rapport de rĂ©ciprocitĂ© et non pas d’inversion ou nĂ©gation (nous y reviendrons au § 45). Tout lattice ne constitue donc pas un groupe et tout groupe ne constitue pas un lattice (l’ensemble des sous-groupes d’un groupe en forment par contre un). Les relations entre les lattices et les groupes sont beaucoup plus complexes. On distingue-parmi l’ensemble trĂšs gĂ©nĂ©ral des rĂ©seaux, une classe particuliĂšre : celle des « structures de Dede- kind » (« Dualgruppe »), qui sont caractĂ©risĂ©es par la relation [x √ (y.z)] 3 [(x √ y).z]. Ces derniĂšres comprennent elles-mĂȘmes Ă  titre de cas spĂ©cial les rĂ©seaux distributifs dont le propre est de prĂ©senter la relation (x.z) + (y.z) = (x + y).z. Enfin, parmi ces derniers une espĂšce particuliĂšre est caractĂ©risĂ©e par le fait que tous les « complĂ©ments » (c’est-Ă -dire les produits de la nĂ©gation d’un Ă©lĂ©ment) se trouvent ĂȘtre dĂ©finis : telle est l’algĂšbre de Boole, dont nous avons rappelĂ© Ă  l’instant la propriĂ©tĂ© de

constituer un anneau. Il s’en faut donc de beaucoup que tout lattice constitue un systĂšme d’opĂ©rations logiques avec ses caractĂšres particuliers de rĂ©versibilitĂ©.

D’oĂč la seconde difficultĂ©, qui se retrouve d’ailleurs chaque fois que l’on cherche Ă  situer les opĂ©rations logiques parmi les structures mathĂ©matiques les plus gĂ©nĂ©rales : les structures — et c’est donc notamment le cas des rĂ©seaux — dĂ©bordent si largement le systĂšme restreint des opĂ©rations logiques, qu’on en vient Ă  soupçonner une sorte de cercle dont le schĂ©ma serait le suivant. On dĂ©finit une structure trĂšs gĂ©nĂ©rale X (ici les lattices, et cela reste, vrai des groupes). On montre ensuite que cette structure X comporte une sĂ©rie de sous-espĂšces de plus en plus restreintes Y, Y’, etc. AprĂšs un certain nombre de spĂ©cifications on caractĂ©rise un ensemble trĂšs particulier Z, et cet ensemble se trouve ĂȘtre la logique. L’homme de la rue, qu’est par exemple le psychologue, se demande alors avec quoi le mathĂ©maticien a construit son systĂšme gĂ©nĂ©ral X, si ce n’est avec les opĂ©rations du systĂšme Z ? Quant au logicien, il n’aura pas de peine Ă  trouver dans la dĂ©finition mĂȘme des notions de lattice (ou de groupe), sous leur forme la plus gĂ©nĂ©rale, une sĂ©rie de rapports logiques.

Par exemple, on peut dĂ©finir le lattice (sous une forme qui est Ă©quivalente aux prop. 277-9) en partant de la notion mĂȘme de « prĂ©cĂ©der » : x prĂ©cĂšde y. Ou bien, au contraire, on tire cette relation fondamentale x →> y de (x.y = x et x √ y = y). Dans les deux cas, le rapport « x prĂ©cĂšde y » ou « y succĂšde Ă  x » est une relation asymĂ©trique transitive, et, dans les deux cas, on met cette relation en liaison structurale avec les emboĂźtements mĂȘmes qui caractĂ©risent le lattice. Ne serait-ce donc pas que la logique des relations et des classes est dĂ©jĂ  impliquĂ©e par la thĂ©orie des lattices, sans parler de celle des propositions qui a permis Ă  G. Birkhoff, Ă  O. Ore, Ă  V. Glivenko, etc., de construire leurs systĂšmes de dĂ©ductions cohĂ©rentes ? Dira-t-on que le lattice est une chose, qui comprend la logique Ă  titre de cas particulier, et que les Ă©noncĂ©s ou propositions dĂ©crivant le lattice sont une autre chose, qui constitue la logique en tant que forme, sans relation avec le contenu de ces propositions, c’est-Ă -dire, en l’espĂšce, avec le lattice lui-mĂȘme ? Mais alors le lattice (ou le groupe si l’on dĂ©rive la logique de cette notion) est un contenu qui contient sa propre forme Ă  titre de cas particulier, et la logique

GROUPE, LATTICE OU GROUPEMENT 195

est une forme indifférente à son contenu dont elle dérive néanmoins par ailleurs ?

Il n’est qu’une solution pour Ă©viter de tels paradoxes, voisins de ceux Ă  l’occasion desquels B. Russell a Ă©difiĂ© sa thĂ©orie des types : c’est de distinguer des paliers successifs dans la formalisation, tels que la « forme » caractĂ©ristique de l’un de ces paliers puisse servir de « contenu » sur les paliers supĂ©rieurs, mais sans que l’on ait le droit de parler une fois pour toutes de forme et de contenu comme si la formalisation Ă©tait un Ă©tat et non pas un processus1.

Or, de ce point de vue (et le rappel de cette question va nous ramener Ă  celle du systĂšme unique des opĂ©rations logiques) il est Ă©vident que pour construire un systĂšme de propositions dĂ©ducti- vement cohĂ©rentes, il faut au prĂ©alable classer les objets sur lesquels elles portent et Ă©tablir entre eux un certain nombre de relations. De telles classifications ou systĂšmes de relations sont dĂ©jĂ , cela va de soi, matiĂšres Ă  propositions, mais celles-ci doivent d’abord ĂȘtre considĂ©rĂ©es comme vraies et comme fausses en raison de leur contenu avant de pouvoir ĂȘtre donnĂ© lieu Ă  une Ă©laboration interpropositionnelle. Or ce sont ces structures de classes et de relations qui interviennent dĂšs le dĂ©part, dans la construction des structures les plus gĂ©nĂ©rales (telles celles de lattices et de groupe). II n’y a donc pas contradiction, et, s’il y a cercle, il n’est pas vicieux, Ă  retrouver la logique Ă  titre de cas particulier de ces structures et Ă  la mettre Ă  leur source mĂȘme (ou Ă  s’en servir pour les dĂ©crire) : mais c’est Ă  la condition de ne pas situer la logique sur un seul plan. II s’agit au contraire de distinguer, en son sein mĂȘme, des structures de complexitĂ© variable : les unes seront alors considĂ©rĂ©es comme plus Ă©lĂ©mentaires que les structures dites gĂ©nĂ©rales et pourront ainsi les prĂ©cĂ©der et entrer dans leur constitution, tandis que d’autres seront plus complexes et se retrouveront Ă  titre de cas particulier des structures gĂ©nĂ©rales.

Pour atteindre le systĂšme unique des opĂ©rations logiques, il s’agit donc de partir des structures les plus Ă©lĂ©mentaires possibles — celles des classifications ou des enchaĂźnements de relations — et de montrer par quel processus continu ces structures Ă©lĂ©mentaires

1. Voir notre TraitĂ© de logique, chap. I, § 2. ⅛

rejoignent des systÚmes tels que les tables (222) et (233). Alors seulement il sera possible de déterminer les éléments communs aux structures caractéristiques des différents paliers de la hiérarchie formelle et de dégager leurs relations avec les structures de groupe ou de lattice.

Une telle analyse ne saurait donc ĂȘtre le fait d’une simple axiomatisation : elle doit atteindre, pour ĂȘtre efficace, les filiations des opĂ©rations elles-mĂȘmes, c’est-Ă -dire le mĂ©canisme opĂ©ratoire sous-jacent, dont les axiomes ne sont jamais que le reflet ou la formulation forcĂ©ment incomplĂšte.

§ 43. Les rapports entre les systÚmes propositionnels et les structures élémentaires de classification ou de sériation

I. Partons de celle des structures d’ensemble de classes qui est sans doute la plus simple : la classification. Soit une classe A emboĂźtĂ©e en une classe B, celle-ci faisant elle-mĂȘme partie de C, etc. et soient A’, B’, etc., les classes telles que A + A’ = B ; B + B1 = C, etc. et que A × A1 = O ; B × B’ == O ; etc. :

(310) A +A’=B ; B + B’ = C ; etc. et A × A’ = O ; B × B’ = O ; etc.

Un tel systĂšme est parent du lattice, puisque B est la borne supĂ©rieure BS de A et de A’ ; C est la BS de B et de B1 ; etc. En outre les « classes secondaires » A’, B’, etc., correspondent aux « élĂ©ments complĂ©mentaires de premiĂšre espĂšce » des rĂ©seaux qui en possĂšdent. Par contre toutes les bornes infĂ©rieures BJ sont nulles, sauf en cas d’inclusion A × B = AB ; A × C — AC ; B × C = BC ; etc. On n’est donc pas en prĂ©sence d’un lattice complet, mais d’un semi-lattice1.

Un tel systĂšme est Ă©galement parent du groupe, puisque les parties non-communes A, A’, B’, C, etc., peuvent ĂȘtre rĂ©unies ou dissociĂ©es de façon associative et rĂ©versible, selon un systĂšme

1. Voir Traité, p.   95.

GROUPE, LATTICE OU GROUPEMENT 197

comportant l’opĂ©ration identique (ensemble neutre) unique 0. Mais les opĂ©rations A -j- A = A ; A + B B ; A × A = A ; A × B = A qui caractĂ©risent l’aspect « lattice » du systĂšme ne font pas partie du groupe1.

La classification n’est donc ni un lattice ni un groupe, mais un demi-lattice et un systĂšme dont les parties non-communes seules forment un groupe (ou les parties communes, par dualitĂ©, mais sans les parties non-communes). Demandons-nous alors quelles sont les relations entre ce systĂšme Ă©lĂ©mentaire, que nous appellerons la classification simple, et les tables (222), (233), (306), etc.

Introduisons pour cela deux autres systĂšmes Ă©lĂ©mentaires dĂ©rivant de la dite classification. Appelons Aλ la classe A de la classification simple, et dĂ©composons sa classe A’ en classes disjointes AÎČ∙, A^-, etc. Chacune de ces classes Aa; Ap ; A^ comportera naturellement une complĂ©mentaire A’ sous B ; d’oĂč : Aα Ă· A’α = AÎČ -f- A,ÎČ = Aγ + A’γ- etc. = B. On aura en ce cas Aα × AÎČ = O ; Aα × Aγ = O ; AÎČ × Aγ = O ; mais AlaAlÎČ ou A ’a A’y, etc., seront non-nuls. Nous appellerons cette composition une vicariance :

(311) Aa + A’a = AÎČ + A’ÎČ = etc. = B

D’autre part, nous pouvons multiplier entre elles deux classifications simples A1 + A\ — B1 ; B1 + B’1 = C1 ; etc. etA2 + A’i = Ba; Bi + B’2 = C2 ; etc. :

(312) B1 × B2 = A1 A2 + A1 A’2 + A’1 A2 + A’, A’2 = B1 B2

1. Il est vrai qu’on admet l’existence d’anneaux et mĂȘme de groupes Ă  Ă©lĂ©ments « idempotents » tels que prĂ©cisĂ©ment A + A = A (par opposition Ă A+A=2AouĂ A × A = A2). Par exemple Newman (1942) a constituĂ© une algĂšbre par union directe de l’algĂšbre de Boole et de l’anneau de Boole avec possibilitĂ© de non-associativitĂ© (voir G. Birkhoff, Lattice theory, 2e Ă©d., pp. 155-8). Mais cette idempotence correspond, dans le cas des structures logiques, Ă  une opĂ©ration aussi essentielle que les autres. Or celle-ci ne saurait ĂȘtre composĂ©e de maniĂšre associative avec les opĂ©rations directes et inverses : par exemple A + (A — A) = A et (A + A) — A = O. C’est pourquoi un systĂšme tel que la classification n’est pas un groupe proprement dit : le groupe intervenant Ă  son sujet est limitĂ© Ă  l’ensemble des parties disjointes (A, A’, B’, etc.).

Nous obtenons alors une table à double entrée telle que Bl Bicontiendra 4 éléments ; C1 C2 9 ; etc. :

(312 bis) A2 A’2 B’a C’a


Aj 

.. A1 A2 Ai A 2 A^ B 2 Aj C 2


A’, A∖ A2 A’l A’a A’1 B’2 A’1 C’2


B’1 B’1 Aa B’1 A’a B,1 B’a B’1 C’2
 x

C’j C’1 Aa C’1 A’2 C’1 B’2 C’1 C’2


Cette table reprĂ©sente donc les associations deux Ă  deux entre chaque classe Ă©lĂ©mentaire (Ai ; A\ ; B’1 ; C’1) de la classification simple A1 + A’1 = B1 ; etc., et chaque classe Ă©lĂ©mentaire (As ; A’a ; B’a et C’2) de la classification simple Aa + A’a = B2 ; etc. Nous appellerons un tel systĂšme la multiplication bi-univoque des classes. Du point de vue des structures gĂ©nĂ©rales, elle n’est pas autre chose qu’une composition multiplicative de deux semi- lattices, puisque les classifications simples ne sont que des semi- latices. Mais cette composition multiplicative a pour effet de transformer la structure initiale en une structure se rapprochant davantage du lattice complet, puisque c’est la gĂ©nĂ©ralitĂ© des bornes infĂ©rieures qui manquait Ă  (310) pour en faire un lattice et que la multiplication les introduit d’elle-mĂȘme.

IL Nous pouvons alors tirer de la multiplication (312) la table (222) en faisant correspondre à Al la proposition p, à A\ la proposition p, à A2 la proposition q et à A’a la proposition q. Nous constatons d’abord que les 4 associations (312) correspondent aux 4 associations de base p * q = (p. q) ∹ (p. q) v >  (? ‱ ?) ∹ (p. q). Aprùs quoi nous construisons une nouvelle table

en disposant sur ses deux entrĂ©es non pas seulement les deux classes A1Aa et A1A’a et les deux classes A’1Aa et A’1A’a(voir 312), mais encore la classe O et’les deux associations Al B2et A’1 B, c’est-Ă -dire1 :

(313) A1 Ba = Ai Aa + A1 A’a et A’1 Ba = A’1 Aa + A’ A’a

1. SI nous adoptons le symbolisme p [7] = (p. q) √ (p. q) nous pouvons Ă©crire Aj Bi sous la forme A1 [A2] et A∖ B2 sous la forme A’1 [A2].

GROUPE, LATTICE OU GROUPEMENT 199

Nous obtenons ainsi deux entrĂ©es de 4 classes telles que nous pouvons simultanĂ©ment les additionner deux Ă  deux (directions →0 et en multiplier les complĂ©mentaires (sous B1 Bi) (directions +-Î). D’oĂč la table (314) dont on voit immĂ©diatement qu’elle correspond terme Ă  terme Ă  la table (222) :

(314)

O Aj A’2 Aj A2 A1B2 ( = A1 [Aa])

A’1 Ag A1 A’g + A’1 A2 A1 A2 + A’1 Ag A’j Ag + A1Ba

( — A1 W Ag) ( = Ag B1 ou Ag [A1]) ( = A1 V Aa)

A’1 A’g A1 A’g + A’1 A’g A1 A2 + A’1 A’2 A1 B2 + A’1 A’2

(= A’2[A1]) (A1 = Ag) (= Ag 3 A,)

A∖B2 A1 A’g + A’1 Bg A1 Ag 4- A’1B2 A1Ba + A’1Ba

(=A’1[A2] (=A1∣A2) ( = A1 3 Ag) (= A1 * A2)

Autrement dit, pour passer des 4 classes (312) Ă  la table (314), nous avons construit, Ă  partir de l’ensemble (312) son « ensemble des parties » en combinant n Ă  n ces 4 classes, y compris O et le tout (d’oĂč 16 combinaisons). Nous avons ainsi obtenu une table Ă  quadruple entrĂ©e, Ă  la fois additive et multiplicative, qui fournit la raison de la table (222).

II bis. Quant Ă  la table de 256 opĂ©rations ternaires (233) ou (239), il est facile de la tirer de mĂȘme de la multiplication de B1 x Bj x Ba :

(315) Bj × Bg × B3 = A1 A2 Ag 4- A1 A2 A’3 4- Aj A,2 A2 4- A1 A’g A’g 4- A’1 Ag Ag ⅛ A’1 Ag A’3 4- A’1 A’2 A3 4- A’l A’2 A’3

NumĂ©rotons, 1, 2, 3
 8 ces 8 trios de classes : on voit d’emblĂ©e qu’ils correspondent aux 8 trios (p. q.r); (p. q.r); etc. de la table (239). Disposons alors les 4 premiers, plus le O et leurs associations deux Ă  deux (12, etc.), ou 3 Ă  3 (123, etc.), le long de la rangĂ©e supĂ©rieure de la table. On aura :

(316) O ; 1 ; 2 ; 3 ; 4 ; 12 ; 13 ; 14 ; 23 ; 24 ; 34 ; 123 ; 124 ; 134 ;

234 et 1234

ce qui correspond au cĂŽtĂ© supĂ©rieur (G1) de la table (239) ; faisons de mĂȘme avec les trios 5-8 et nous aurons le cĂŽtĂ© gauche (G 2). de la table (239). Il suffit alors d’additionner deux Ă  deux ces 31 trios de classes pour obtenir une table correspondant terme Ă  terme aux tables (233) et (239).

III. Du point de vue de la filiation des structures, telles que nous l’étudierons au § 44, il importe encore de comprendre que le passage du groupement multiplicatif (312) ou (315) Ă  l’ensemble des parties « constituĂ© par le tableau (314) (ou par le tableau ternaire correspondant) peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme une gĂ©nĂ©ralisation de la classification elle-mĂȘme, et cela grĂące Ă  la constitution des vicariances (311). Partons des 4 classes multiplicatives de la prop. 312 et considĂ©rons chacune d’entre elles comme une classe Ă©lĂ©mentaire, que nous dĂ©finirons :

(317) Ai = A1 A2 ; A„ = A1 A’2 ; Aπl = A’1 A2 et Alv = A’l A’t

Si nous « classons » selon le modÚle (310) mais de toutes les maniÚres possibles (en vertu de la vicariance 311), ces 4 classes élémentaires, nous obtenons alors :

1 classe O

4 — A (A1 Ă  AÎčv)

6 — B (B1  = A1  +  Aπ ; Bπ =  A1 + AπÎč ; etc.)

4 — G (C1  = Ai -|- Aii -∣- Alπ ; Cπ = At -f- Aπ  + AiT, etc.)

1 — D (D  = C1  +  Cπ  = C1 +  C∏1 = etc.)

De mĂȘme, pour les 8 classes Ă©lĂ©mentaires A1 Ă  AτÎčπ correspondant Ă  (315) on aura 256 combinaisons ; etc.

Ainsi 1’« ensemble des parties » n’est qu’une gĂ©nĂ©ralisation de la classification, consistant Ă  dresser la table de toutes les classifications possibles avec les mĂȘmes Ă©lĂ©ments de dĂ©part, par l’intermĂ©diaire de la vicariance.

IV. Avant de discuter la signification de ces rapprochements, montrons en outre que l’on trouve dĂ©jĂ  l’équivalent du groupe INRC dans la table (312 bis) des multiplications bi- univoques de classes.

Remarquons d’abord que la complĂ©mentaire de A, dans la classification simple (310) est :

(318)  = A’ + B’ + C’ + etc.

GROUPE, LATTICE OU GROUPEMENT 20f

tandis que A ’ n’est que la complĂ©mentaire de A sous B ; que B’ n’est que la complĂ©mentaire de B sous C ; etc. C’est pourquoi en faisant correspondre p Ă  A’1 et q Ă  A’2 (voir II), nous avons dĂ» nous limiter Ă  une classe totale B.

Cela dit, numĂ©rotons 1, 2, 3 et 4 les classes A1 ; A\ ; et C’1qui constituent le premier ensemble de multiplicandes de la table 312 bis (en plaçant toujours ces numĂ©ros sur la gauche, dans leurs rĂ©unions avec les suivants) et numĂ©rotons Ă©galement 1,. 2, 3 et 4 (mais en les plaçant toujours sur la droite) les classes A 2 ; A’g ; B’, et C’2 qui constituent le second ensemble de multiplicandes. La table (312 bis) ainsi traduite en numĂ©ros, prendra la forme (319) par rĂ©union des nos 1 Ă  4 de gauche et des n0B 1 Ă  4 de droite. Nous pouvons alors effectuer les transformations suivantes, par analogie avec celles du groupe INRC (appliquĂ© aux tables 222, 233 ou 239) :

1° La nĂ©gation N ou inverse (complĂ©mentaire) d’une classe

(319) 1 2 3’4

1 Γ∏ 12 13 14

2 21 22 23 24

3 31 32 33 34

4 41 42 43 44

A1A2 est A1A2. Nous appellerons par contre semi-inverse SN d’un Ă©lĂ©ment donnĂ© n1n2 celui dont les numĂ©ros n’1 n’2 respectivement ajoutĂ©s Ă  n1n2 donnent ici 55. Soit par exemple la classe Ai A,(= 11) sa SN sera C1 C2 (= 44) parce que 11 + 44 = 55. La signification de cette addition des numĂ©ros d’ordre est purement logique : Ă©tant donnĂ©s les emboĂźtements (= inclusions) A < B ; B < C et C < D, la numĂ©rotation des classes Ă©lĂ©mentaires A = 1 ; A’ = 2 ; B1 = 3 et D’ = 4 traduit donc l’ordre d’inclusion des bornes supĂ©rieures correspondantes1 A, B, C, D. Dire que A1A2 est la SN de C’1 C’2 c’est donc simplement affirmer que la somme des rangs respectifs de ces deux classes A1 A2 et C’i C’2 correspond au rang D’lD’2 ou D1D2 si la classe totale considĂ©rĂ©e est D1D2. De mĂȘme, dire que B’1A’2 (= 32) est la SN de A’1 B’2 (= 23), parce que 32 -f- 23 = 55, c’est Ă 

1. C’est-Ă -dire des « classes primaires » A, B, C. D. Voir TraitĂ©, p. 104.

nouveau affirmer que la rĂ©union des rangs respectifs de ces deux classes Ă©quivaut au rang D∖ D’a ou D1D2, c’est-Ă -dire de la classe complĂ©mentaire de la classe totale considĂ©rĂ©e1 D1D2.

D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, lorsqu’une classe XY de rang n1n2fait partie de la classe multiplicative Z1Z2, la semi-inverse de XY sera une classe XY de rang n’1 n’2, si (n1 n2) -∣- (n’1 n’2) donne n"1n’2(oil n^,1 = n"a), c’est-Ă -dire le rang de la classe Z’1 Z’2 :

(320) S N (X Y)nÎčBj = (X Y)n-Îč n-, si (nÎč Ÿ) + (n’Îč n’2) = ∏’Îč ∏’a (Z’1Z’2)

Or, nous constatons que les éléments de la table (312 bis) ou (319) sont respectivement les SX les uns des autres par couples, et cela lorsque les deux éléments du couple sont symétriques par rapport au centre de la table : 22 et 33 ; 13 et 42 ; 12 et 43 ; 14 et 41 ; etc. ;

2° La rĂ©ciproque R d’une classe A1 A√s,obtient par inversion des signes de ses composantes : R (Al Aa) = (A1 Aa). Nous dirons, d’autre part, qu’il y a semi-rĂ©ciprocitĂ© SR entre deux Ă©lĂ©ments lorsque le rang de l’un s’obtient par permutation des numĂ©ros de gauche et de droite composant le rang de l’autre : par exemple 12 et 21, c’est-Ă -dire A1A’a permutĂ© en A’1Aaj ou encore la SR de C’1B’2 sera B’1 C’2 par permutation de 43 en 34 ; etc.

D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, si une classe XY est de rang n1 n’tsa RS sera une autre classe XY de rang n’1n2 (ou elle-mĂȘme si nl n’2 = n∖ n2) :

(321) SB(XY)^n,Îč = (XY)n,Îčnj

Or, on constate, sur les tables (302 bis) ou (309) que la semi- rĂ©ciproque SR d’un Ă©lĂ©ment est toujours son symĂ©trique par rapport Ă  la diagonale ’∖ : soit 12 et 21 ; 13 et 31 ; 14 et 41 ; etc.

On constate en outre, en nouvelle analogie avec les réciproques R des tables (222) et (233) que les éléments situés sur la diagonale sont sous leurs propres semi-réciproques : 11, 22,

1. Si la classe totale considĂ©rĂ©e est (D1 D2) sa complĂ©mentaire D’1 D’t sous la suivante Ă©quivaut, en effet, Ă  sa nĂ©gation (D1 D2), puisque la suivante est alors « tout ».

GROUPE, LATTICE OU GROUPEMENT 203

33 et 44 (puisque la permutation des rangs ramĂšne alors les mĂȘmes rangs) ;

3° La corrĂ©lative d’une classe A1A2 (c’est-Ă -dire A1 × A,) est par dĂ©finition A1 + A2 (par permutation des x et des +). Les corrĂ©latives des Ă©lĂ©ments de (319) sont donc :

C (11) = 11+12+13+14+21+31+41

C (21) = 21  +  22  + 23  +  24  +  11  + 31  +  41

C (12) = 12  +  22  + 32  +  42  +  11  + 13  +  14

C (44) = 41  +  42  + 43  +  44  +  34  + 24  +  14

Autrement dit, chaque Ă©lĂ©ment se trouvant situĂ© au point d’interfĂ©rence d’une colonne Verticale et d’une rangĂ©e (horizontale), sa corrĂ©lative est la rĂ©union de tous les Ă©lĂ©ments de cette colonne et de cette rangĂ©e.

On constate alors que la corrĂ©lative est, comme toujours, l’inverse de la rĂ©ciproque R, soit C = NR. En effet la rĂ©ciproque de A1A 2 (11) est A1A2 c’est-Ă -dire l’ensemble des Ă©lĂ©ments n’appartenant ni Ă  la rangĂ©e Al ni Ă  la colonne A2 : la corrĂ©lative est donc, au contraire, l’ensemble des Ă©lĂ©ments de la rangĂ©e A1et de la colonne A 2.

Cela dit, nous appellerons, par analogie, semi-corrĂ©lative SC d’un Ă©lĂ©ment donnĂ© dont le rang est n1 n’2, l’élĂ©ment dont le rang sera n"1n"’2 tel que (n1 + n"’2) et (n’2 + n"1) donnent n""1 n""2 (oĂč n""l = n""2), c’est-Ă -dire lerangdelaclasseZ’1Z’2, complĂ©mentaire de la classe totale choisie.

(322) SC (XY)M, = (XY),.,ℱ si (n1 + n"’2) (n’2 + n’l) = n""1∏""2 (Z’1 Z’2)

Par exemple si l’élĂ©ment considĂ©rĂ© est A1 B’ 2 (— 13), sa semi-corrĂ©lative SC sera A’1C’2 (— 24), parce que (nl = 1) + (n"’2 = 4) = 5 et que (n’2 = 3) + (n"1 = 2) = 5, d’oĂč (1 + 4) (3 + 2) = 55.

On voit alors que la semi-corrĂ©lative SC est la semi-inverse SN de la semi-rĂ©ciproque SR, puisque l’on permute les rangs de A’1 C’t (= 24) en (42) et que 13 + 42 = 55 : or la permutation des rangs est le propre de la semi-rĂ©ciprocitĂ© et la complĂ©men-

tarifĂ© sous 55 (rangs de D’1 D’s, nĂ©gation de la classe totale Dl Da) est le propre de la semi-inversion.

On constate, d’autre part, que la semi-corrĂ©lative SC d’un Ă©lĂ©ment donnĂ© est son symĂ©trique par rapport Ă  la diagonale : soit 31 et 42 (parce que 31 + 24 = 55) ; 21 et 43 (parce que 21 + 34 = 55) ; 11 et 44 ; 22 et 33 ; 12 et 34 (parce que 12 + 43 = 55), etc.

On remarque enfin que les Ă©lĂ©ments de la diagonale sont tous identiques Ă  leur propre semi-corrĂ©lative SC parce que l’addition de leurs rangs Ă  leurs propres rangs permutĂ©s donne 55 : par exemple 41 -f- 14 = 55. Par contre la semi-inverse SN de ces mĂȘmes Ă©lĂ©ments est identique Ă  leur semi-rĂ©ciproque SR : par exemple 41 a pour semi-inverse 14 qui est aussi sa semi- rĂ©ciproque.

La conclusion à tirer de ces constatations est d’abord que ces 3 transformations SN, SR et SC, jointes à la transformation identique = I, forment un groupe semblable au groupe INRC. On a en effet :

(323) (SR) (SC) = (SC) (SR) = SN

(SN) (SR) = (SR) (SB) = SC (SN) (SC) = (SC) (SN) = SR

et (324) (SN) (SC) (SR) = (SR) (SN) (SC) = etc. = I

d i m SN An sc SR

Par exemple (12 — * 43 — > 21 — * 12), c est-a-dire

(A1 A’a) ≡ (C’1 B’i) ≡ (A’1 A2) ≡ (A1 A’.) ;

OU

(34 -→ 21 → 43 -→ 34), c’est-à-dire

(B∖ C’a) ≡ (A’l Aa) -≡ (C’1 Bt) ≡ (B’l C’t).

Si l’on passe de 16 Ă©lĂ©ments, comme sur la table (312 bis) ou (319) Ă  9, Ă  4, ou Ă  25, 36, etc., Ă©lĂ©ments, on retrouve naturellement les mĂȘmes transformations1, mais avec d’autres valeurs

1. A la condition, cela va de soi, que la table soit carrĂ©e, c’est-Ă -dire que les rangs n1 na de la classe totale, soient n1 = nt. Si la classe totale choisie est d’un rang tel que n1 < na il suffit de complĂ©ter le tableau multiplicatif par l’ensemble des autres combinaisons possibles jusqu’à n1 = na.

GROUPE, LATTICE OU GROUPEMENT 205

pour SN et SC, puisque ces deux transformations sont relatives à la classe totale choisie (B1 B2 pour 4 ; ClC2 pour 9 ; DiD2pour 16 ; E1 Ea pour 25 éléments, etc.).

Or, l’intĂ©rĂȘt de ce groupe est que, si les SN et les SC d’un mĂȘme Ă©lĂ©ment changent donc de valeur selon la classe considĂ©rĂ©e1, la semi-rĂ©ciproque SR reste par contre invariante, en tant que fondĂ©e sur une simple permutation et puisque la symĂ©trie relative Ă  la diagonale ne change pas avec l’accroissement de la table (cette diagonale, contrairement Ă  l’autre diagonale ou au point central de la table, ne se dĂ©plaçant alors pas mais augmentant simplement de longueur).

Par exemple, l’élĂ©ment A’j Λa aura toujours pour SR l’élĂ©ment A1 A’2 ; de mĂȘme la classe B1 A 2 (c’est-Ă ?dire la rĂ©union des classes A1 A2 et A’1 A2) aura toujours pour SR la classe A1 B2(puisque A1 A 2 est sa propre rĂ©ciproque et que A1 A 2 + A1~A ’2 = Ai B2), quelle que soit l’extension de la classe Z1 Z2 considĂ©rĂ©e, tandis que la SN de A’1A2 ou la SN de la SR (donc sa SC) changeront de valeur selon le rang final de la classe totale du systĂšme2.

V. Si l’on peut tirer d’une table multiplicative telle que (312) une table telle que (314), isomorphe Ă  celle des opĂ©rations interpropositionnelles (222) ou (233), et si une multiplication de classifications comme (312 bis) comporte dĂ©jĂ  un groupe I, SN, SR, SC conservant les semi-rĂ©ciprocitĂ©s SR quelle que soit la classe totale considĂ©rĂ©e, on comprend alors la raison des similitudes (255), (257) et (261) : en effet, celles-si sont fondĂ©es prĂ©cisĂ©ment sur la

1. En cas de carrĂ© impair (9, 25, etc.) il existera un Ă©lĂ©ment central qui sera sa propre SR, sa propre SC et mĂȘme sa propre SN. Cette derniĂšre notion n’est pas contradictoire (comme le serait une opĂ©ration constituant sa propre N) puisqu’elle signifie simplement que l’élĂ©ment central constitue le mĂ©dian des rangs n1 n2 possibles.

2. Quant au groupe IN RC lui-mĂȘme, il s’applique Ă  la table 312 bis) comme Ă  tout ensemble de classes, mais il dĂ©borde naturellement les limites de telles tables, puisque la nĂ©gation N de A1 A2, soit χ2 sera par dĂ©finition l’ensemble des autres classes possibles, c’est-Ă -dire la complĂ©mentaire de A1 A2 par rapport Ă  l’univers du discours et non pas seulement par rapport aux classes emboĂźtantes B1 Ba ou C1 Ca, etc.

C’est pourquoi, si l’on veut comparer la structure des tables (222), (233), etc. Ă  celle des structures Ă©lĂ©mentaires de classes, il y a intĂ©rĂȘt Ă  s’en tenir au groupe I, SN, SR, SC qui, Ă  cause mĂȘme de ses limitations, dĂ©note ce caractĂšre Ă©lĂ©mentaire des classifications et de leurs multiplications.

réciprocité des ensembles générateurs additifs (G1 et Ga) ou multiplicatifs (G 3 et G 4) des tables (233) ou (222).

Mais la notion de similitude est fondĂ©e sur la logique des relations — logique dont nous avons cherchĂ© Ă  montrer ailleurs que ses structures Ă©lĂ©mentaires reposaient prĂ©cisĂ©ment sur la rĂ©ciprocitĂ©1. Il reste donc Ă  Ă©tablir le lien entre ce que nous venons de voir (sous I Ă  IV) et la similitude propre aux multiplications de relations.

Or, on peut faire correspondre Ă  la classification (310) la structure de la sĂ©riation ou enchaĂźnement des relations asymĂ©triques transitives (en substituant aux classes A, A’, B’, etc., et B, Ăąf Ăąr b’ b c

C, etc., les relations →, →, , etc., ou →, →, etc.) : za a’\ b zb b’∖ c zc c’\ d (325) (→ 4— >-) = → ; (-→ 4— â–ș ) = — ♩ ; (-→ 4— â–ș) = — * ; etc.

Et, en multipliant deux suites de forme (325), Γune (a1 + a’1 = bl ; etc.), orientĂ©e dans le sens | et l’autre (a2 + α’2 = b a ; etc.) dans le sens — <‱ on peut construire une table multiplicative de relations asymĂ©triques transitives (326), isomorphe, Ă  la table (312 bis).

(326) ra

i ai a2 aÎč a 2 a∣ b g a1 c a

a’1 a2 a 1 a 2 a j b 2 a∖ c’a

1 * b 1 a2 b 2 a 2 b 1 b a b , c a

c j a2 c j a a c j b 2 c i c a

Chacune de ces opĂ©rations a1 a2 ; α1 a’2 ; etc., signifie alors r

I ^2 1^2

(327) a1 × aa = a1[ — * ; a1 × a’2 = a1[ — > ; etc.

O D’oĂč la commutativité :

(328) a1∣Λ=Λ∣a1

a. al qui assure la similitude (fig. 10) r

(329) (O-⅛-X)(X∣a1Z) = (O∣alY)

- (Y→Z)

‱ - ■ . ■. ■■ > »

Y a2 T

Fig. 10 1. Voir Traité, § § 16-17.

C’est une telle similitude, fondĂ©e sur la rĂ©ciprocitĂ© α1 a2 = o2a1 inhĂ©rente aux systĂšmes Ă©lĂ©mentaires de relations qui se retrouve dans la similitude (255) des tables (222) et (233).

§ 44. La filiation des structures d’ensemble
CONSTITUÉES PAR LES OPÉRATIONS LOGIQUES

V

I. Il est permis de tirer 3 conclusions de l’analyse prĂ©cĂ©dente (§ 43) : 1) Il existe des structures plus Ă©lĂ©mentaires que les lattices, telles que les classifications (310) ou les enchaĂźnements de relations asymĂ©triques (325) ne possĂ©dant pas d’autres bornes infĂ©rieures que les Ă©lĂ©ments eux-mĂȘmes rĂ©unis par chaque borne supĂ©rieure A × B = A ou le O (A × A’ = O) ; 2) Deux de ces semi-lattiçes multipliĂ©s entre eux (312 ou 325) comportent nĂ©anmoins dĂ©jĂ  (outre le bigroupe formĂ© par l’opĂ©ration de rĂ©union des parties disjointes, ou par l’opĂ©ration de multiplication des parties communes), un groupe I, SN, SR et SC qui prĂ©figure le groupe INRC de la logique interpropositionnelle ; 3) Il est aisĂ© de passer de ces multiplications (312 ou 326) Ă  la structure (222) ou (233) en additionnant entre ⅜ux selon toutes les combinaisons, les produits de telles multiplications de semi-lattices (donc en construisant les « ensembles de parties »).

Deux interprĂ©tations sont alors possibles. Selon la premiĂšre, la classification (310) ou la sĂ©riation (325) seront considĂ©rĂ©es comme des lattices dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s, la structure d’ensemble de la logique Ă©tant Ă  chercher parmi les lattices proprement dits, dans le cas particulier des rĂ©seaux de Dedekind et au sein du sous- ensemble possĂ©dant Ă  la fois la distributivitĂ© et des complĂ©ments dĂ©finis (voir § 42). Selon la seconde, au contraire, les structures Ă©lĂ©mentaires de classes ou de relations constituent des structures originales, se suffisant Ă  elles-mĂȘmes et prĂ©sentant certains caractĂšres communs avec toutes les structures de la logique bivalente. Ce seraient alors ces caractĂšres communs qui constitueraient la structure opĂ©ratoire propre Ă  la logique.

Nous avons dĂ©jĂ  mentionnĂ© au § 42 la principale difficultĂ© de la premiĂšre interprĂ©tation : que les opĂ©rations de la logique concrĂšte (classification, enchaĂźnements de relations, etc.) interviennent au prĂ©alable dans la construction de toutes les structures gĂ©nĂ©rales et sont par consĂ©quent plus Ă©lĂ©mentaires qu’elles.

Nous pouvons ajouter maintenant que s’il existe des structures plus simples que les lattices il n’est pas de raison de considĂ©rer ceux-ci comme l’expression des structures les plus gĂ©nĂ©rales : ces structures plus simples consistent en emboĂźtements successifs, additifs (310 et 325) ou multiplicatifs (312 et 326), tandis que le lattice repose sur 1’« ensemble des parties » tirĂ© de ces emboĂźtements multiplicatifs.

Cherchons donc la structure spĂ©cifique des opĂ©rations logiques non pas dans un cas particulier de structures qui, comme les lattices, s’appliquent par ailleurs aux nombres, aux Ă©lĂ©ments de la gĂ©omĂ©trie projective, aux corps convexes, etc., mais dans les caractĂšres communs Ă  tous les Ă©tages de la hiĂ©rarchie des opĂ©rations logiques, des classifications ou enchaĂźnements de relations ne constituant que des semi-lattices jusqu’à la table gĂ©nĂ©rale des opĂ©rations interpropositionnelles rĂ©unissant en une seule totalitĂ© une structure de lattice et une structure de groupe.

Or, ces caractĂšres communs prĂ©sentent prĂ©cisĂ©ment cet intĂ©rĂȘt de rĂ©unir en un seul systĂšme l’emboĂźtement des parties dans le tout et la rĂ©versibilitĂ©, Ă  savoir l’aspect essentiel du lattice et l’aspect essentiel du groupe. Il est impossible de raisonner sans rĂ©unir des Ă©lĂ©ments en totalitĂ©s : la « borne supĂ©rieure » du lattice est ainsi l’un des caractĂšres les plus gĂ©nĂ©raux des opĂ©rations logiques. Mais il est Ă©galement impossible de raisonner sans pouvoir retrouver les Ă©lĂ©ments ainsi rĂ©unis, donc sans opĂ©rations inverses. Comment donc, au sein du lattice, retrouve-t-on un Ă©lĂ©ment x ou y Ă  partir de la borne supĂ©rieure qui les rĂ©unit (x + y) ou de la borne infĂ©rieure qui constitue leur partie commune ? Nous l’avons vu (propositions 282 et 284) : c’est en dissociant de la premiĂšre de ces bornes ou en rajoutant Ă  la seconde, non pas la partie y pour x, ou l’inverse, mais les « élĂ©ments complĂ©mentaires de premiĂšre espĂšce » x’ ou y’. Or de tels Ă©lĂ©ments Ă©quivalent prĂ©cisĂ©ment Ă  ce que sont, dans les classifications (310) ou les enchaĂźnements (325) les classes ou les relations « secondaires » A’ pour A (ou a’ pour d) ; B’ pour B (ou b’ pour b) ; etc. Mais nous avons vu qu’un calcul fondĂ© sur de tels Ă©lĂ©ments permet, dĂ©jĂ  dans le cas des multiplications de ces classes ou de ces relations, la constitution d’un groupe proprement dit (323 et 324). Il est donc nĂ©cessaire que la structure fondamentale des opĂ©rations logiques rĂ©unisse en un seul tout ces caractĂšres d’emboĂźtement,

*

retenus par le lattice, et de réversibilité, propres au groupe.

II. En dĂ©crivant les structures les plus Ă©lĂ©mentaires de classes et de relations, nous avons cherchĂ©, sous le nom de « groupement w1, Ă  fondre en un seul systĂšme ces deux aspects distincts et interdĂ©pendants de toute structure logique. Soient α, ÎČ, Îł, etc., des Ă©lĂ©ments logiques « intra-propositionnels » (classes ou relations). On peut toujours exprimer des structures telles que la classification (310), la sĂ©riation des relations asymĂ©triques transitives (325) ou les multiplications de classes ou de relations (312) et (326) en les rĂ©duisant Ă  la composition des 5 formes suivantes d’opĂ©rations additives :

(330) (1) OpĂ©ration directe Îčα+α’ = ÎČjÎČ+ÎČ’ = γj etc.

(2) — inverse : — a — a’ = — ÎČ ; ÎČ â€”Â a = a’ ; ÎČ â€”Â a’ =  a ; etc.

(3) — identique gĂ©nĂ©rale : o ; soit a — a = oeta+o =  a

(4) — identiques spĂ©ciales : a + a = a ; a + ÎČ = ÎČ.

(5) AssociativitĂ© limitĂ©e aux Ă©lĂ©ments de mĂȘme signe : (α + a’) + ÎČ = Îș + (a’ + ÎČ) ou aux parties non communes a + (ÎČ-a’) = (a + ÎČ)-a’

ou d’opĂ©rations multiplicatives :

(330 bis) (1) OpĂ©ration directe : αx × a2 = a1 a2 ; a1 × a’2 = a1 a’, ; etc.

(2) — inverse : a1 a2 : a1 = a2 ; a1 a2 : a2 = a1

(3) — identique gĂ©nĂ©rale : Z (= 1) soit a : a = Z et a x Z = Ɠ

(4) — identiques spĂ©ciales : aa = a ; aÎČ = a

(5) AssociativitĂ© limitĂ©e aux opĂ©rations de mĂȘmes signes ou aux parties communes.

Les rĂšgles de calcul assurant de telles compositions et le passage d’un membre Ă  l’autre des Ă©quations qui les expriment consistent alors Ă  concilier l’inversion propre au groupe (et dĂ©terminant l’identique gĂ©nĂ©rale unique du systĂšme) avec les identiques spĂ©ciales (4) caractĂ©ristiques des emboĂźtements de partie Ă  tout, soit en dĂ©terminant l’ordre des opĂ©rations (simplifications avant les tautifications, etc.), soit en dĂ©terminant la valeur des tautifications (4) Ă  effectuer dans les deux membres2.

Or, cette algĂšbre du groupement est susceptible de s’appliquer aux opĂ©rations interpropositionnelles elles-mĂȘmes, en ce sens que si l’on confĂšre Ă  α, a’, ÎČ, etc., la signification de propositions ou

1. Traité, § 10, III.

2. Traité, pp. 96-103.

de liaisons interpropositionnelles (binaires, ternaires, etc.) on retrouve les mĂȘmes opĂ©rations fondamentales et les mĂȘmes rĂšgles de calcul (cf. § 38).

Nous croyons donc que le « groupement » sous les apparences d’un mixte dont les caractĂšres sont empruntĂ©s simultanĂ©ment au groupe et au lattice, constitue une structure Ă©lĂ©mentaire naturelle, qui exprime les aspects essentiels du systĂšme des opĂ©rations propositionnelles, tels qu’ils ressortent des tables (222) et (233) aussi bien que les aspects des structures les plus simples de classes et de relation.

Sans constituer un groupe, Ă  cause de l’intervention nĂ©cessaire des identiques spĂ©ciales, il comprend nĂ©anmoins dĂšs le dĂ©part la structure de groupe, et c’est pourquoi en tirant de la table (312 bis) les tables (314) ou (222), etc., on retrouve, sous la forme du groupe INRC, une organisation comparable Ă  ce que comportait dĂ©jĂ  le groupe I, SN, SR et SC.

Sans constituer d’emblĂ©e un lattice, faute d’un systĂšme complet de bornes et Ă  cause des exigences de rĂ©versibilitĂ©, il comporte nĂ©anmoins dĂšs le dĂ©part la prĂ©sence de bornes soit supĂ©rieures soit infĂ©rieures et atteint par consĂ©quent la structure complĂšte du rĂ©seau sitĂŽt que des groupements de classes ou de relations on dĂ©gage le groupement unique que constituent les liaisons entre propositions indĂ©pendamment de leur contexture intraproposi- tionnelle.

III. La position du groupement des opĂ©rations logiques (bivalentes) soulĂšve alors un curieux problĂšme de liaison entre les systĂšmes opĂ©ratoires. Il existe entre les lattices et les groupes des relations complexes, telles que certains lattices comportent comme Ă©lĂ©ments des termes qui par ailleurs sont les Ă©lĂ©ments d’un groupe ou d’un anneau, tandis que tout groupe et ses sous- groupes (Γ « ensemble de tous les sous-groupes d’un groupe ») constituent dĂ©jĂ  un lattice. Quelques auteurs amĂ©ricains sont donc aujourd’hui portĂ©s Ă  considĂ©rer le lattice comme une structure plus gĂ©nĂ©rale que le groupe, ce qui signifierait que les relations d’emboĂźtement priment la rĂ©versibilitĂ©. Effectivement tous les lattices ne comportent pas d’élĂ©ments correspondant nĂ©cessairement Ă  un complĂ©ment (nĂ©gation), et, lorsque tous les Ă©lĂ©ments d’un lattice possĂšdent un complĂ©ment, il n’existe pas nĂ©cessairement, pour autant, d’« élĂ©ments complĂ©mentaires de premiĂšre

espĂšce » (correspondant aux classes secondaires A’, B’, etc., du groupement additif des classes).

Or, une structure ne prĂ©sentant qu’un genre de « bornes » sur deux, comme le semi-lattice constituĂ© par le groupement additif des classes, semble appartenir Ă  un systĂšme plus gĂ©nĂ©ral que le lattice lui-mĂȘme : Ă  celui des ensembles possĂ©dant au moins une espĂšce de bornes, mais pas nĂ©cessairement deux. Et cependant ce systĂšme comporte des Ă©lĂ©ments complĂ©mentaires de premiĂšre . espĂšce (A’, B’, C, etc.), ainsi que la nĂ©gation (ou inversion) caractĂ©ristique du groupe.

Pour autant que la logistique, en fournissant le tableau de ∣ toutes les opĂ©rations possibles de l’intelligence logique, correspond aux activitĂ©s rĂ©elles de l’esprit, il serait donc d’un intĂ©rĂȘt fondamental d’ĂȘtre renseignĂ© sur les opĂ©rations, et par consĂ©quent les systĂšmes d’opĂ©rations, les plus Ă©lĂ©mentaires (qu’il faille ; ou non dissocier l’élĂ©mentaire et le gĂ©nĂ©ral). Mais comment y parvenir, en prĂ©sence des complications auxquelles nous nous heurtons ainsi ?

Il ne semble malheureusement pas que la mĂ©thode purement axiomatique, dont les spĂ©cialistes de la logistique nous ont montrĂ© la rigueur et la fĂ©conditĂ©, suffise Ă  nous fournir la solution cherchĂ©e. Lorsque l’on constate que, sur la question capitale des relations entre les mathĂ©matiques et la logique et particuliĂšrement entre le nombre entier et le systĂšme des classes, les esprits les plus exigeants parviennent Ă  des conclusions sensiblement opposĂ©es, on ne peut qu’ĂȘtre pris de doute, non pas sur l’efficacitĂ© de la mĂ©thode axiomatique quant Ă  la dissection formelle des connexions structurales, mais sur son exclusivitĂ© eu Ă©gard Ă  l’analyse des opĂ©rations elles-mĂȘmes ou Ă  la recherche d’une fdiation des structures.

En effet, le problĂšme que nous posons ici est tout diffĂ©rent de celui qui intĂ©resse les axiomaticiens : ceux-ci recherchent quelles sont les propositions dont la vĂ©ritĂ© est nĂ©cessaire et suffisante pour supporter le poids d’un systĂšme. Nous nous demandons simplement, par contre, quelles sont les opĂ©rations gĂ©nĂ©ratrices d’un systĂšme, et quelles sont les filiations gĂ©nĂ©tiques entre ces opĂ©rations. Pour le psychologue les opĂ©rations sont des actions proprement dites, quoique intĂ©riorisĂ©es, et les structures qu’elles forment par leur solidaritĂ© et leur interdĂ©pendance mĂȘmes sont

rĂ©vĂ©latrices des structures de la pensĂ©e, en tant que la pensĂ©e est prĂ©cisĂ©ment le systĂšme des actions intĂ©riorisĂ©es. Ce sont donc moins les axiomes, ou mĂȘme la vĂ©ritĂ© des propositions, qui nous intĂ©ressent ici, que les rapports de fdiation entre ces opĂ©rations. Comme l’a dit jadis F. Enriques en une belle Ă©tude sur les principes de la gĂ©omĂ©trie, on peut opter entre les dĂ©finitions formelles et les dĂ©finitions gĂ©nĂ©tiques, ce qui revient Ă  opter entre les constructions formelles ou proprement axiomatiques et les constructions gĂ©nĂ©tiques ou opĂ©ratoires.

Optant pour ces derniĂšres, nous aimerions nous rapprocher de l’élĂ©mentaire — ce qui ne signifie en rien l’isolable puisque toute opĂ©ration est solidaire d’une structure — et dĂ©couvrir comment on passe de cet Ă©lĂ©mentaire (ou moins composĂ©) au plus composĂ©.

D’un tel point de vue, on peut choisir comme fil conducteur de l’analyse opĂ©ratoire la relation fondamentale d’antĂ©rioritĂ© entre opĂ©rations (voir § 40). A l’intĂ©rieur d’un rĂ©seau complet, tel le lattice des 16 opĂ©rations binaires, cette antĂ©rioritĂ© se confond avec la notion d’antĂ©rioritĂ© propre au lattice (→*). Par exemple (p. q) prĂ©cĂšde q [p] qui prĂ©cĂšde (p ? q) :

(331) (p. q)-*♩ q [p] →* (p J q)

Ce qui revient Ă  dire que l’implication (p 3 q) suppose la conjonction (p. q) en tant qu’antĂ©rieure Ă  elle.

Au sein d’un tel systĂšme achevĂ©, la relation de succession ne prĂ©sente assurĂ©ment aucun sens gĂ©nĂ©tique, sinon la signification de plus ou moins simple ou composĂ© (par rĂ©union v). Par contre, si l’on pouvait parvenir Ă  dresser une table des structures et de leurs opĂ©rations constitutives en montrant de façon analogue ce que comporte une opĂ©ration ou une composition dĂ©terminĂ©es par rapport aux opĂ©rations ou compositions plus Ă©lĂ©mentaires, la relation de succession prendrait une signification proprement gĂ©nĂ©tique.

A cet Ă©gard, les rĂ©sultats auxquels nous sommes parvenus aux § § 35-38 et 43 permettent l’établissement de 3 ou mĂȘme 4 relations de succession entre structures opĂ©ratoires distinctes.

Nous conviendrons d’abord de dire que le systĂšme x prĂ©cĂšde le systĂšme y quand x se retrouve, Ă  titre d’élĂ©ment composant, rĂ©uni Ă  d’autres en y.

Commençons par décrire cette succession du point de vue du lattice :

1) Le systĂšme auquel nous n’avons point trouvĂ© de prĂ©dĂ©cesseur est celui du groupement additif des classes A + A’ = B ; B + B’ = C ; etc. (prop. 310). Nous avons montrĂ© ailleurs Ă  quelles actions Ă©lĂ©mentaires il correspondait. Ne rĂ©unissant que des objets soit entiĂšrement disjoints (A et A’, ou A, A’ et B’, etc.), soit emboĂźtĂ©s (A + B ou A + A), l’addition Ă©lĂ©mentaire ( +) correspond Ă  l’opĂ©ration (v) et non ( w), mais avec une seule borne pour deux Ă©lĂ©ments quelconques x et y : la borne supĂ©rieure (tandis que l’infĂ©rieure se rĂ©duit Ă  O pour AA’ et Ă  A pour AB) ;

2) Le successeur plus ou moins direct de l’opĂ©ration de l’addition des classes (on pourrait situer entre deux la vicariance 311) est l’opĂ©ration de la multiplication bi-univoque des classes (312). Cette opĂ©ration fait intervenir, en plus de l’addition, l’association entre chacune des classes d’une suite (310) et chacune des classes d’une autre suite semblable ; mais elle suppose l’addition, sous la forme d’une addition de ces associations elles-mĂȘmes. Aussi, par cette rĂ©union de l’addition (1) avec l’association, la table (312 bis) marque-t-elle une nouveautĂ© du point de vue des bornes. Distinguons, en cette table ou toute autre semblable, les multiplicandes A, ; A’1 ; B’1 ; etc., ou A2 ; A’2 ; B’2 ; etc., et les produits A1 Aa ; A1A’2j etc. Nous constatons que chaque produit Aj A t ou B1 Bi, etc., est la borne infĂ©rieure de deux multiplicandes. D’autre part, on peut additionner deux Ă  deux les produits et trouver encore un produit Ă  titre de borne supĂ©rieure : par exemple A1Aa + A’1 A, = B, A2. On peut Ă©galement additionner deux multiplicandes et trouver encore un multiplicande : A1 + A’1 = B1. On peut enfin additionner deux multiplicandes et trouver leur borne supĂ©rieure parmi les produits : A1 + A2 = Ai A 2 -|- Ai A’2 -j- Ai B’2 4- 
 -J- A\ A 2 -f- B\ A 2 -J- 
, etc. ; ou multiplier deux sommes de produits et retrouver leur borne infĂ©rieure parmi les produits : (Ai A2-j-Ax A’2) × (Ai Aa+ A’i A 2) = (Ai A2). Mais les multiplicandes ne font pas partie de l’ensemble des produits et, sauf entre Ă©lĂ©ments d’une mĂȘme colonne ou d’une mĂȘme rangĂ©e, la borne infĂ©rieure de deux produits est nulle. Cela revient Ă  dire que la table n’est pas encore Ă  la fois additive et multiplicative et que, si la borne infĂ©rieure apparaĂźt Ă  titre gĂ©nĂ©ral entre deux multiplicandes ou si la borne

supĂ©rieure demeure gĂ©nĂ©rale entre deux produits, le systĂšme n’est encore qu’un demi-lattice faute de gĂ©nĂ©ralisation des deux formes Ă  la fois pour tous les Ă©lĂ©ments du systĂšme (on passe par contre des produits aux multiplicandes par l’opĂ©ration inverse de la multiplication, qui est la division, mais en sortant ainsi des opĂ©rations du lattice) ;

3) Le successeur du systĂšme opĂ©ratoire (312 bis) est alors la table (314) qui conserve la multiplication (et par consĂ©quent l’addition), mais l’introduit en outre entre les produits Ă©lĂ©mentaires de la multiplication des deux suites de classes B1 et Bi et leurs rĂ©unions deux Ă  deux. L’élĂ©ment opĂ©ratoire nouveau est alors cette combinatoire, qui consiste Ă  rĂ©unir les termes deux Ă  deux (ou 3 Ă  3 et davantage dans le cas de 3 ou n suites de classes) : d’oĂč le fait que les multiplicandes sont incorporĂ©s Ă  l’ensemble des produits, autrement dit que la table devient simultanĂ©ment additive et multiplicative, ce qui gĂ©nĂ©ralise les bornes supĂ©rieures et infĂ©rieures Ă  tout couple d’élĂ©ments. Mais ce systĂšme opĂ©ratoire, ainsi promu au rang de lattice complet, n’en succĂšde pas moins par la relation de filiation gĂ©nĂ©tique aux deux systĂšmes prĂ©cĂ©dents, puisqu’il conserve l’addition et la multiplication. La seule nouveautĂ© est donc le facteur combinatoire qui, d’une classification simple (310) ou du produit de deux classifications (312) conduit Ă  la notion de toutes les classifications possibles contenant les mĂȘmes Ă©lĂ©ments (par gĂ©nĂ©ralisation de la vicariance (311) donc par construction d’un « ensemble de parties ») ;

4) Enfin, de la table (314) on passe Ă  la table (222) et Ă  ses gĂ©nĂ©ralisations (233) et (306), grĂące Ă  l’intervention d’une opĂ©ration nouvelle consistant Ă  faire correspondre aux opĂ©rations intrapropositionnelles de classes (ou de relations, car nous eussions pu partir de 325 et 326) les opĂ©rations interpropositionnelles ne retenant que les valeurs de vĂ©ritĂ© abstraction faite du contenu des propositions. Mais il s’agit ici d’un autre type de filiation, dont nous avons traitĂ© ailleurs et qu’il serait en dehors de notre sujet de rediscuter maintenant (car il tient Ă  l’ensemble du processus de la formalisation logique).

Reprenons par contre la succession (1) à (4) du point de vue de la structure du groupe :

1) L’opĂ©ration additive Ă©lĂ©mentaire est constitutive d’une

structure qui comprend en elle (si l’on fait abstraction des additions tautologiques A + A = A et A + B = B) un groupe de deux transformations : l’opĂ©ration (addition de parties disjointes) et son inverse, d’oĂč l’opĂ©ration identique (ensemble neutre) unique, qui est 0. Le systĂšme complet, ou groupement additif des classes (310) comporte par contre, en plus de l’addition de 1’« identique gĂ©nĂ©rale   » (A + O = A) celle des « identiques spĂ©ciales   » A + A = A, etc., qui mĂšnent au mĂȘme rĂ©sultat. Dira-t-on alors que le groupement (310) contient le bigroupe + A et — A au mĂȘme titre qu’un successeur contient son prĂ©dĂ©cesseur, ce qui attribuerait un rang d’antĂ©rioritĂ© au groupe, proprement dit ? Non, parce que les parties disjointes ne sont pas isolables, sinon par abstraction, des classes d’ordre supĂ©rieur qui les emboĂźtent en vertu de leur rĂ©union mĂȘme. Il est donc nĂ©cessaire d’admettre que le systĂšme Ă©lĂ©mentaire est celui qui prĂ©sente les deux caractĂšres suivants : a) A toute opĂ©ration correspond une inverse qui l’annule (d’oĂč l’identique que nous appellerons « gĂ©nĂ©rale » parce que produit commun de toutes ces inversions : A — A = O ; B — B ≈ O ; etc.) ; b) L’addition Ă  un Ă©lĂ©ment donnĂ© de tous ceux qu’il contient laisse le premier invariant (identiques que nous appelons « spĂ©ciales » parce que relatives Ă  chaque Ă©lĂ©ment considĂ©rĂ©) ’.B + 0≈B∙,B+A≈ B ; B + B = B ; mais B + B’ = C. La condition a) dĂ©rive donc de la rĂ©versibilitĂ©, caractĂšre de toute opĂ©ration Ă©lĂ©mentaire, et la condition b) de l’existence des emboĂźtements et de leurs bornes supĂ©rieures. L’unicitĂ© de l’opĂ©ration identique du groupe est alors Ă  considĂ©rer non pas comme primitive, mais comme un cas particulier : celui oĂč la fonction a) de l’identique (produit de l’opĂ©ration et de son inverse) et la fonction b) (le fait de laisser invariant l’élĂ©ment auquel l’identique est additionnĂ©) sont assimilĂ©es l’une Ă  l’autre, c’est-Ă -dire oĂč le seul Ă©lĂ©ment dont l’addition laisse invariant le terme auquel il est rĂ©uni est prĂ©cisĂ©ment le produit (O) de l’opĂ©ration additive et de son inverse ;

2) Le successeur du groupement additif (1) est, au point de vue de la rĂ©versibilitĂ© et du groupe comme Ă  celui des bornes et du lattice, le groupement de la multiplication bi-univoque (312 bis). En effet, tandis que l’addition (+) entraĂźne le bigroupe de l’addition des parties non-communes et de son inverse, la multiplication ( X ) entraĂźne le bi-groupe corrĂ©latif de la rĂ©union

des parties communes et de son inverse. Mais l’intervention de ce nouveau groupe de deux transformations n’abolit pas l’action du prĂ©cĂ©dent, et, de leur multiplication, rĂ©sulte alors un groupe de 4 transformations : tandis que l’addition comporte dĂ©jĂ  l’opĂ©ration de rĂ©union et son inverse, la multiplication introduit pour sa part, avec la jonction des parties communes, la possibilitĂ© d’une nouvelle transformation, par fusion de cette jonction avec la nĂ©gation (inverse de l’addition). Cette nouvelle transformation n’est autre chose que la rĂ©ciprocitĂ© ou inversion des termes comme tels et non pas de l’opĂ©ration assurant leur jonction : ainsi les couples x x y et χ x Ăż, ou x × ÿ et x x y, soutiennent entre eux une nouvelle relation opĂ©ratoire qui ne comporte Ă  elle seule ni l’addition ni la simple jonction des parties communes, mais qui constitue leur rĂ©union en une transformation nouvelle.

Il en rĂ©sulte que la table (312 bis) comprend dĂ©jĂ  un groupe de 4 transformations : le groupe INRC, mais sous sa forme Ă©lĂ©mentaire I, SN, SR et SC (propositions 323-324), seule la rĂ©ciprocitĂ© (fusion de l’addition et de la multiplication) demeurant invariante indĂ©pendamment de l’extension de la classe totale (de l’extension de la table) ;

3) Le successeur du systĂšme (2) est alors, du point de vue du groupe comme de celui du lattice, la table (314) ou « ensemble des parties » de B1 etB2. Tout en conservant la totalitĂ© des mĂ©canismes opĂ©ratoires de (1) et de (2), ce systĂšme (3) y ajoute le facteur combinatoire propre Ă  la constitution d’un ensemble de parties. Il en rĂ©sulte donc l’achĂšvement du groupe INRC : chaque Ă©lĂ©ment comporte son inverse N et son corrĂ©latif C Ă  l’intĂ©rieur de la table, et dĂ©terminĂ©s de maniĂšre invariante autant que son rĂ©ciproque R ;

4) Il suffßt enfin du passage du systÚme de classes (314) à celui des propositions (222) pour que le groupe INRC prenne sa signification interpropositionnelle générale.

Ainsi, du double point de vue de la constitution du lattice complet et de celle du groupe des 4 transformations INRC, les systĂšmes (1) Ă  (4) soutiennent entre eux des relations de succession susceptibles de prendre une signification gĂ©nĂ©tique. Dans les deux cas, en effet, un systĂšme aussi Ă©lĂ©mentaire que celui du groupement de la classification (310) permet d’engendrer par

multiplications progressives le lattice des opérations interpropositionnelles et le groupe INRC qui caractérise ces derniÚres.

On dira que cette double succession n’a rien de surprenant, puisque les bornes infĂ©rieures et supĂ©rieures du lattice interpropositionnel comportent elles-mĂȘmes un groupe I, Na, Ra, Ca (prop. 247-249) isomorphe au groupe INRC. Mais c’est, nous l’avons vu, Ă  la condition d’introduire les nĂ©gations (ou « complĂ©ments »), ce qui n’est pas le propre des lattices sous leur forme gĂ©nĂ©rale.

§ 45. Conclusion : réversibilité, inversion et réciprocité

L’essai de gĂ©nĂ©alogie des structures d’ensembles que nous- venons de tenter conduit Ă  deux conclusions : l’une est que toute structure logique bivalente participe simultanĂ©ment des lois du groupe et de celles du lattice ; l’autre est que les structures les plus Ă©lĂ©mentaires de classes ou de relations annoncent dĂ©jĂ  cette double parentĂ©, tout en rĂ©unissant les deux sortes de caractĂšres en un seul systĂšme dont les lois pourraient bien ĂȘtre les plus gĂ©nĂ©rales de la filiation considĂ©rĂ©e.

En rĂ©alitĂ© — et c’est par cette remarque que nous conclurons cette Ă©tude — la succession gĂ©nĂ©tique que nous venons d’esquisser acquiert une signification assez profonde, du point de vue de la structure psychologique de la pensĂ©e, lorsqu’on s’aperçoit que le groupe et le lattice contribuent chacun pour sa part Ă  rendre compte des propriĂ©tĂ©s les plus fondamentales de cette structure, mais sans qu’aucun des deux ne suffise Ă  les Ă©puiser Ă  lui seul, envisagĂ© sous sa forme gĂ©nĂ©rale (d’oĂč la nĂ©cessitĂ© d’un tertium).

L’importance de la notion de groupe en presque tous les domaines logiques et mathĂ©matiques s’explique par le fait que sa structure converge avec l’un des mĂ©canismes opĂ©ratoires les plus essentiels de l’intelligence : l’inversion ou rĂ©versibilitĂ© reposant sur la nĂ©gation. Que toute opĂ©ration de groupe comporte une inverse c’est lĂ , en effet, un principe d’équilibre (ou, exprimĂ© plus gĂ©nĂ©ralement, de raison suffisante) indispensable au fonctionnement de la pensĂ©e.

Mais, comme on le sait, la gĂ©nĂ©ralitĂ© du groupe, considĂ©rĂ©e rĂ©cemment encore comme devant ĂȘtre illimitĂ©e, s’est vue quelque peu affaiblie par les succĂšs grandissants du lattice, notion qui est

en passe de devenir le second pilier fondamental (mais pas le principal) de l’édifice logico-mathĂ©matique. Comment donc expliquer cette gĂ©nĂ©ralitĂ© croissante du lattice ? Il est intĂ©ressant de le rechercher Ă  la lumiĂšre de l’analyse psychologique des opĂ©rations autant que par un examen de sa forme gĂ©nĂ©rale abstraite. Si certaines formes particuliĂšres de lattices (notamment ses formes logiques) admettent l’inversion (grĂące Ă  l’emploi des complĂ©mentaires de premiĂšre et de seconde espĂšce), sa structure gĂ©nĂ©rale ignore ce mĂ©canisme opĂ©ratoire. Par contre elle en comporte nĂ©cessairement un autre, qui est la rĂ©ciprocitĂ©, et dont il s’agit maintenant de dĂ©terminer les relations avec l’inversion.

Le premier point Ă  noter est que, si le lattice comporte une loi de dualitĂ©, celle-ci, sous sa forme gĂ©nĂ©rale n’implique aucune nĂ©gation, puisqu’elle revient Ă  permuter simultanĂ©ment les ( x ) et les ( +) ainsi que les relations (z y) et (y →* x) (x prĂ©cĂšde y et y prĂ©cĂšde x)1. En effet, la permutation des ( X ) et des ( +) est une corrĂ©lativitĂ© Ca (prop. 246) ; or, une corrĂ©lative est bien l’inverse d’une rĂ©ciproque (Ca = Na Ra) du point de vue du groupe que constituent les bornes BJ et BS (prop. 248-9) ; mais on peut aussi la dĂ©finir de façon entiĂšrement directe (c’est-Ă -dire sans nĂ©gations) comme la substitution rĂ©ciproque des opĂ©rations (x) et (-∣-) (ou √ et .). Quant Ă  la substitution rĂ©ciproque de (x ‱** y) et de (y → r), il ne s’agit Ă©galement que d’une transformation pouvant se dĂ©finir sans appel Ă  la nĂ©gation : cette transformation revient, soit Ă  renverser l’ordre des x et y, soit Ă  retourner la relation « prĂ©cĂšde » (x -** y) en une relation « succĂšde à » (x « - y).

Donnons deux exemples de l’application de cette loi de dualitĂ©. Le premier portera sur le lemme connu : si A →> B, l’on a alors, quel que soit C, la relation AC^BC. Par dualitĂ©, on obtient en ce cas :

(332) [(A →> B) 3 (AC →> BC)] → [(A B) 3 (A + C *→ B + C)]

L’autre exemple concernera la relation entre les bornes elles- mĂȘmes. On a, en effet toujours :

(333) (AB A) et (AB →* B) ; A → (A + B) et B →* (A + B)

1. Voir V. Glivenko, ThĂ©orie gĂ©nĂ©rale des structures, Hermann, 1938, p. 8. Voir Ă©galement Garret Birkhoff, Lattice theory (2’ Ă©d.), 1948, p. 3.

d’oĂč :

(334) (AB) → (A + B)

L’application de la loi de dualitĂ© transforme en ce cas (AB) en (A + B) et rĂ©ciproquement, ainsi que la relation « prĂ©cĂšde » (- ») en une relation « succĂšde à » (♩+-). D’oĂč la transformation de (334) en :

(335) (A + B) -h- (AB) f

On constate alors qu’aucune de ces deux transformations ne revient Ă  nier l’expression initiale. Dans le premier cas (332), la transformation consiste Ă  changer l’ordre et Ă  tirer de l’ordre nouveau une relation rĂ©ciproque qui serait Ă©galement vraie, mais en ordre inverse (soit A - C →B ⅛ C), pour la relation de dĂ©part (A →* B). Dans le second cas (334-5), la transformation se rĂ©duit Ă  une simple conversion de la relation, du fait que (334) est vrai quel que soit l’ordre entre A et B.

On voit ainsi que la loi de dualitĂ© propre au lattice consiste Ă  dĂ©terminer non pas la nĂ©gation, mais la rĂ©ciproque d’un emboĂźtement donnĂ©. On comprend par cela mĂȘme la diffĂ©rence entre l’inversion et la rĂ©ciprocité : tandis que la premiĂšre revient Ă  nier l’opĂ©ration elle-mĂȘme, indĂ©pendamment des relations d’ordre, la seconde consiste au contraire Ă  inverser l’ordre comme tel, sans nĂ©gation des opĂ©rations en jeu. Autrement dit, dans le cas des emboĂźtements, l’inversion propre au groupe consiste Ă  exclure ou dĂ©boĂźter et la rĂ©ciprocitĂ© Ă  permuter simplement l’ordre des emboĂźtements : la premiĂšre porte sur les termes et la seconde sur leurs relations.

Mais cette rĂ©ciprocitĂ© ne soutient-elle pas elle aussi quelque rapport avec la nĂ©gation ? Examinons Ă  cet Ă©gard ce que donne la loi de dualitĂ© propre au lattice dans le cas oĂč on y introduit des nĂ©gations. La chose est possible, non pas en gĂ©nĂ©ral, mais dans le cas des lattices dont fait partie la logique, puisqu’ils comportent des complĂ©mentaires de premiĂšre et de seconde espĂšces. Or, si dans une relation A →* B (inclusion ou implication) on nie A et B on obtient la relation inverse entre leurs complĂ©mentaires :

(336) (A→*B)→ (A<Ă·B)

ce qui revient Ă  poser l’équivalence :

(337) (A→B) = (B∙→A)

On retrouve ainsi la contraposition (p 3 q) = (q 3 p) de mĂȘme que la dĂ©finition de la rĂ©ciprocitĂ© par la nĂ©gation des termes du rapport : R (p ? q) = (p 3 q), laquelle Ă©quivaut donc au renversement de la relation elle-mĂȘme : (p 3 q) = (q i p).

Si maintenant nous nions l’opĂ©ration comme telle, en combinant la dualitĂ© du lattice avec celle du groupe, nous obtenons :

(338) [(AB) →→ (A + B)] ∙→ [(ÂB)« -(A +B)] = [(À + B) « - (ÂB)]

On voit alors que (A + B) est la rĂ©ciproque de (A 4- B) et (ÂB) de (AB) ce qui donne, de façon gĂ©nĂ©rale1 :

(339) [(x.y) →* (x + y)] → [Ba (x + y) Ra (x.y)]

(oĂč Ra = R si x et y sont uninaires).

Ainsi, sous leur forme gĂ©nĂ©rale, le groupe comporte une rĂ©versibilitĂ© consistant en inversions strictes (nĂ©gations), tandis que le lattice constitue un systĂšme d’emboĂźtements, c’est-Ă -dire de relations d’inclusion, dont la rĂ©versibilitĂ© est caractĂ©risĂ©e par la rĂ©ciprocitĂ©. On peut certes adjoindre la rĂ©ciprocitĂ© Ă  certaines formes particuliĂšres de groupes, tel le groupe logique INRC, ainsi que l’inversion par nĂ©gation Ă  certaines formes particuliĂšres de lattices, tels le lattice caractĂ©risant les opĂ©rations logiques. Mais, en leurs structures les plus gĂ©nĂ©rales, le groupe repose sur l’inversion et le lattice sur la rĂ©ciprocitĂ©, et c’est ce qui explique Ă  la fois leur indĂ©pendance relative et leurs connexions multiples2.

Or, l’inversion et la rĂ©ciprocitĂ© constituent les deux mĂ©canismes opĂ©ratoires fondamentaux qui caractĂ©risent la rĂ©versibilitĂ© propre Ă  l’intelligence. On peut dĂ©finir la rĂ©versibilitĂ© en gĂ©nĂ©ral comme la possibilitĂ© d’un retour au point de dĂ©part. Cette possibilitĂ© comporte alors deux cas, selon que l’on envisage les opĂ©rations comme telles ou les termes et leurs relations. AppliquĂ©e aux opĂ©rations, la rĂ©versibilitĂ© revient Ă  les inverser, c’est-Ă -dire Ă  les

1. Voir la prop. 247.

2. Pour ces combinaisons (systÚmes relevant à la fois du groupe et du lattice), voir Garett Birkhof, Lattice theory (2e éd.), 1948, chap. XIII-XIV.

nier, le produit d’une opĂ©ration et de son inverse Ă©tant alors l’opĂ©ration nulle (ou identique) : + A — A = 0. AppliquĂ©e aux termes et Ă  leurs relations, la rĂ©versibilitĂ© consiste par contre en son essence Ă  retourner ou renverser la relation ; on parle souvent aussi en ce cas, d’« inversion » ou de relation « inverse », mais il s’agit alors d’une transformation bien distincte de l’inversion- nĂ©gation, et qui est la rĂ©ciprocité : en effet, le produit d’une relation et de sa rĂ©ciproque n’est pas une relation nulle, mais l’équivalence : (A →+ B).(B →> A) = (A ⅛t B). On peut, il est vrai, exprimer la rĂ©ciprocitĂ© en termes de nĂ©gation, et cela de deux maniĂšres, mais qui ne suppriment en rien le caractĂšre irrĂ©ductible de cette rĂ©ciprocitĂ©, puisque celle-ci est relative Ă  la relation et non pas Ă  l’opĂ©ration de poser ou d’exclure un terme. On peut d’abord traduire le renversement de la relation par une nĂ©gation de ses termes (prop. 336) : (A →* B) — (B →+ A). On peut Ă©galement considĂ©rer la relation comme une diffĂ©rence1 et introduire l’opĂ©ration d’addition ou de soustraction des diffĂ©rences ( ± a, etc.) : on aura alors + a — a = O mais O signifiera en ce cas la diffĂ©rence nulle, c’est-Ă -dire Ă  nouveau l’équivalence entre les termes eux-mĂȘmes.

Bref, l’inversion caractĂ©rise les opĂ©rations consistant Ă  poser ou Ă  exclure des termes ou des assemblages de termes, tandis que la rĂ©ciprocitĂ© concerne les opĂ©rations de mise en relations proprement dite : c’est pourquoi toutes deux sont indispensables au mĂ©canisme opĂ©ratoire de la pensĂ©e. Cette complĂ©mentaritĂ© entre les deux formes fondamentales de rĂ©versibilitĂ© explique Ă  la fois l’importance respective du groupe et du lattice et le fait que ces deux structures d’ensemble ne se recouvrent pas, ou se recouvrent seulement en partie. Du point de vue exclusivement logique, la structure d’ensemble exprimant la totalitĂ© des opĂ©rations doit donc exprimer simultanĂ©ment ces deux aspects de la rĂ©versibilité : son originalitĂ©, par opposition au groupe ou au lattiee considĂ©rĂ©s sous leur forme gĂ©nĂ©rale, sera prĂ©cisĂ©ment d’assurer cette coordination.

C’est de ce point de vue que la notion de groupement prĂ©sente quelque intĂ©rĂȘt, puisqu’elle permet de remonter jusqu’à ces structures Ă©lĂ©mentaires de classes et de relations ne consistant

1. Voir notre Traité de Logique, p. 142.

encore qu’en demi-lattices ou en groupes imparfaits. Sur un tel terrain, on aperçoit alors de la façon la plus Ă©vidente la nature bien distincte et, en mĂȘme temps, la complĂ©mentaritĂ©1 des deux formes essentielles de rĂ©versibilitĂ©, et cela sous leurs aspects les plus primitifs. En effet, les 4 groupements de classes que nous avons dĂ©crits ailleurs2, et qui procĂšdent tous les 4 de la classification (310) sont caractĂ©risĂ©s par l’inversion proprement dite, c’est-Ă -dire qu’ils ont pour opĂ©rations inverses des exclusions portant soit sur les termes eux-mĂȘmes (groupements additifs) soit sur le nombre des emboĂźtements (groupements multiplicatifs, tels que 312). Au contraire les 4 groupements correspondants de relations’, qui procĂšdent Ă  la sĂ©riation (325), relĂšvent de la rĂ©ciprocitĂ© et ont pour opĂ©rations inverses des rĂ©ciproques proprement dites (inversion des relations comme telles). Mais si la di- tinction de l’inversion et de la rĂ©ciprocitĂ© est ainsi imposĂ©e dĂšs le dĂ©part, selon qu’il s’agit de classes Ă  rĂ©unir ou Ă  exclure ou de relations dont la rĂ©ciprocitĂ© exprime les transformations d’ordre, la complĂ©mentaritĂ© des deux formes de rĂ©versibilitĂ© n’en est pas moins assurĂ©e, Ă©galement dĂšs le dĂ©part, par la correspondance exacte existant entre les groupements de classes et ceux de relation, les premiers portant sur l’extension et les seconds sur la comprĂ©hension. Il n’est donc pas surprenant que l’inversion et la rĂ©ciprocitĂ©, donnĂ©es dĂšs l’origine en leur distinction et en leur complĂ©mentaritĂ©, se coordonnent de plus en plus Ă©troitement dans les structures ultĂ©rieures (voir § 44), jusqu’à se dĂ©ployer simultanĂ©ment en un lattice complet (admettant les complĂ©mentaires ou nĂ©gats) et un groupe de 4 transformations (dont prĂ©cisĂ©ment N et R) dans les structures interpropositionnelles achevĂ©es.

‱

1. Au sens usuel du mot « complémentaire » = qui se complÚte.

2. Traité, chap. II.

3. Ibid., chap. III.