Les Mécanismes perceptifs : modèles probabilistes, analyse génétique, relations avec l’intelligence ()

Avant-propos a

Cet ouvrage est un essai de synthèse des travaux sur le développement des perceptions que nous avons décidé d’entreprendre il y a une vingtaine d’années, lorsque la Faculté des Sciences de Genève nous confia la chaire de Psychologie expérimentale et la direction du Laboratoire de Psychologie.

La plupart de ces travaux ont déjà été publiés dans les Archives de Psychologie, sous le titre général de « Recherches sur le développement des perceptions » (dont la dernière parue porte le n“ XXXVIII) ; mais il en est encore une quinzaine d’inédites, dont nous tiendrons compte dans les pages qui suivent et dont le détail paraîtra ultérieurement dans les Archives.

Le besoin d’une synthèse se faisait sentir, tout d’abord pour des raisons pratiques : il est malaisé de confronter une quarantaine (ou cinquantaine) d’articles, disséminés dans une Revue, dus à des auteurs divers et entrant dans les détails d’une façon non toujours homogène. Un aperçu général des résultats obtenus peut donc faciliter leur discussion. A cet égard, nous nous en tiendrons naturellement aux grandes lignes, en renvoyant à chaque « Recherche » particulière (Rech. I à XXXVI11, pour ce qui est des précisions de technique ou de ceux des tableaux statistiques que nous ne reproduirons pas.

Mais cette synthèse a surtout un but théorique, car les « Recherches » en question ont été groupées en fonction d’une certaine interprétation d’ensemble de la perception qu’il s’agissait de systématiser en une mise au point générale et de développer quelque peu (les chap. VI à VIII de cet ouvrage, sur les relations entre la perception et l’intelligence, sont notamment en partie nouveaux). 1

Au terme de cet effort, notre sentiment dominant est celui de la reconnaissance envers tous les collaborateurs qui ont coopéré aux « Recherches ». Il va sans dire, en effet, qu’une étude du développement des perceptions ne pouvait qu’être une œuvre collective, tant le sujet est varié. Nous avons d’abord trouvé en Marc Lambercier un collaborateur de premier ordre, tant par ses qualités exceptionnelles d’expérimentateur que par son information et son esprit critique toujours éveillé. Qu’il trouve ici l’express’ion de notre profonde et affectueuse gratitude. Parmi les autres collaborateurs, qu’il faudrait tous remercier séparément, nous nous bornerons à faire une mention spéciale d’Albert Morf (qui a coopéré à de nombreuses « Recherches »), de Vinh-Bang (qui s’est astreint entre autres à l’analyse exténuante, mais infiniment fructueuse, des mouvements oculaires et à qui nous devons l’illustration de cet ouvrage), Benjamin Matalon et Suzanne Taponier. 2

Notre reconnaissance s’adresse également à la Fondation Ford, qui a bien voulu subventionner pendant des années une partie de nos recherches sur les relations entre la perception et l’intelligence. Sans cette aide généreuse ce volume n’aurait sans doute pu être mené à son achèvement. A ce propos nous ne saurions manquer l’occasion de remercier également la Fondation Rockefeller qui, en nous permettant de fonder un Centre international d’Epistémologie génétique, a rendu possibles plusieurs recherches particulières sur la connaissance perceptive. Enfin nous nous garderons d’oublier que la première version de cet ouvrage a été rédigée à l’Institute for Advanced Studies de Princeton, grâce à la largeur de vues de son Directeur, R. Oppenheimer, qui ne craint pas t’associer des psychologues aux travaux de sa Division des Sciences mathématiques.