Les MĂ©canismes perceptifs : modĂšles probabilistes, analyse gĂ©nĂ©tique, relations avec l’intelligence ()

Chapitre II.
Les effets de centration a

Pour expliquer les illusions primaires et la loi gĂ©nĂ©rale qui les exprime nous avons besoin de trois sortes d’élĂ©ments : (a) un facteur de surestimation expliquant pourquoi les inĂ©galitĂ©s sont renforcĂ©es perceptivement, ou, de façon gĂ©nĂ©rale pourquoi une ligne peut ĂȘtre surestimĂ©e par rapport Ă  une autre ; (b) un facteur de compensation expliquant pourquoi le montant quantitatif de l’illusion diminue avec l’ñge ou avec l’exercice et, de façon gĂ©nĂ©rale, comment les compensations sont possibles ; (c) un schĂ©ma probabiliste rendant compte, en fonction des facteurs (a) et (b), de la liaison fondamentale (L,— L2)L2 et des autres propriĂ©tĂ©s de la loi.

Nos hypothĂšses seront alors les suivantes : (a) le facteur de renforcement rendant compte des surestimations serait constituĂ© par l’effet de centration, c’est-Ă -dire par la valorisation de l’élĂ©ment figurai centrĂ© (= fixĂ©) par le regard, (b) Le facteur de compensation nous paraĂźtra fourni par la coordination mĂȘme des centrations, coordination que nous appellerons « dĂ©centration ». (c) Le modĂšle probabiliste que nous utiliserons consistera alors exprimer les effets de centration sous la forme d’une probabilitĂ© de « rencontres » Ă©lĂ©mentaires (entre les parties de l’objet perçu et celles des organes d’enregistrements) et Ă  traduire les effets de dĂ©centration sous la forme d’une probabilitĂ© de « couplages », c’est-Ă -dire d’une correspondance entre les rencontres Ă©lĂ©mentaires sur un Ă©lĂ©ment A de la figure et les rencontres sur un Ă©lĂ©ment B : les liaisons de type (L,— L2)L2ne seraient alors pas autre chose que les « couplages de diffĂ©rence » entre l’élĂ©ment le plus petit L2 et la diffĂ©rence (Lj— L2) qui le sĂ©pare du plus grand (L1) ; ce seraient en ce cas les dĂ©fauts (= caractĂšre hĂ©tĂ©rogĂšne ou « incomplet ») du couplage des diffĂ©rences, rapportĂ© Ă  l’ensemble des couplages possibles (S) qui expliquerait l’illusion.

On voit ainsi la marche Ă  suivre pour contrĂŽler ces hypothĂšses tout en les exposant. Il s’agit d’abord (§ 1) de vĂ©rifier l’existence des effets de centration en tant que facteurs de surestimation. AprĂšs quoi nous traduirons ces effets ainsi que ceux de dĂ©centration dans le modĂšle probabiliste annoncĂ© des « rencontres » et des « couplages » (§ § 2-3) et chercherons Ă  expliquer grĂące Ă  lui les lois des centrations relatives (§ 4) et de Weber (§ 5). Enfin (§ 6), nous exposerons les faits qui justifient un tel modĂšle, c’est-Ă -dire qui permettent de contrĂŽler la dualitĂ© des facteurs de « rencontres » et de « couplages » et d’en discerner les actions Ă  une Ă©chelle infĂ©rieure Ă  celle des illusions primaires Ă©tudiĂ©es jusqu’ici : ces faits seront principalement les variations quantitatives de l’illusion en fonction des durĂ©es de prĂ©sentation au tachistoscope (problĂšme du maximum temporel, par opposition au maximum spatial analysĂ© au chap. I). Il s’y ajoute, d’autre part, les variations quantitatives de l’illusion en fonction de la rĂ©pĂ©tition (exercice), mais nous n’examinerons ce second point qu’au § 2 du chap. III Ă  propos des activitĂ©s d’explorations.

§ 1. Les effets de centration.

Le fait fondamental d’oĂč nous devons partir pour expliquer les surestimations et sous-estimations est que, dans le cas des perceptions visuelles (sans exclure d’ailleurs pour autant d’autres domaines perceptifs), l’espace constituĂ© par un ensemble d’élĂ©ments n’est pas homogĂšne ; Ă  longueurs Ă©gales dĂ©jĂ  (mais Ă  condition de ne pas dĂ©pendre d’une structuration assez prĂ©gnante pour les maintenir sous sa dĂ©pendance), certains de ces Ă©lĂ©ments sont surestimĂ©s et d’autres sous-estimĂ©s en fonction des cinq facteurs suivants : liaison avec la rĂ©gion centrale (fovĂ©a) ou avec la pĂ©riphĂ©rie, durĂ©e de la centration, ordre de succession (temporelle), intensitĂ© (attention) et nettetĂ© entendue du point de vue de l’objet (Ă©clairement, distance optique par rapport au sujet, etc.). En d’autres termes, il existerait des valorisations ou dĂ©valorisations non attachĂ©es aux inĂ©galitĂ©s dimensionnelles, et dont les causes sont donc sans doute de nature plus gĂ©nĂ©rale que si elles Ă©taient liĂ©es Ă  ces seules situations d’inĂ©galitĂ©. L’hypothĂšse est alors que l’on pourrait rĂ©duire Ă  ces causes gĂ©nĂ©rales de dĂ©formations dimensionnelles les dĂ©formations encore gĂ©nĂ©rales, mais dĂ©jĂ  plus particuliĂšres, dont nous avons cru trouver la loi en ce qui concerne les inĂ©-

galitĂ©s dimensionnelles responsables des illusions optico-gĂ©o- mĂ©triques Ă©tudiĂ©es jusqu’ici.

I. Un premier fait mettant en Ă©vidence le rĂŽle de la centration est I’« erreur de l’étalon » qu’un psychologue japonais, Akishige, avait mise en Ă©vidence sans en fournir d’explication et que nous avons interprĂ©tĂ©e par les effets de centration aprĂšs que Lambercier l’eut retrouvĂ©e dans ses mesures 1.

Le principe de l’erreur de l’étalon est le suivant. Si, de deux Ă©lĂ©ments (des droites ou des tiges, par exemple), Ă©gaux ou inĂ©gaux, on demande simplement au sujet « l’un de ces deux Ă©lĂ©ments est-il plus grand que l’autre ? Et, si oui, lequel ? » on n’observe pas l’erreur en question, sauf si le sujet choisit de lui-mĂȘme l’un des deux comme mesurant (par exemple celui de gauche) pour porter systĂ©matiquement ses jugements sur l’autre. Par contre si, de ces deux Ă©lĂ©ments, on laisse constamment l’un des deux en place (= Ă©talon) en faisant varier l’autre et en faisant porter le jugement sur ce deuxiĂšme (« celui-ci’ — ■ B variable — est-il plus grand ou plus petit que celui-lĂ  — ■ A Ă©talon — ou lui est-il Ă©gal ? ») alors l’un des deux (en gĂ©nĂ©ral l’étalon, mais ce peut ĂȘtre l’inverse chez l’enfant lorsqu’il nĂ©glige le modĂšle, ou chez l’adulte s’ils sont trĂšs proches) est systĂ©matiquement surestimĂ©, du seul fait qu’il joue un rĂŽle privilĂ©giĂ© dans la comparaison.

Les faits qui nous ont conduits, avec Lambercier, Ă  cette constatation sont extrĂȘmement simples (Rech. II) ; en faisant comparer Ă  une tige verticale de 10 cm choisie comme Ă©talon et laissĂ©e constamment en place, au vu du sujet) des tiges variables de 7 Ă  13 cm situĂ©es Ă  0,03 ; 0,25 ; 1 ; 2 et 3 cm dans le plan fronto-parallĂšle, nous avons trouvĂ©, chez les enfants comme chez les adultes, une erreur nĂ©gative (sous-estimation de l’étalon) Ă  0,25 cm (et encore Ă  1cm chez l’adulte), suivie d’une erreur positive (surestimation de l’étalon) croissant avec la distance.

L’hypothĂšse la plus naturelle Ă©tait donc que, Ă  partir d’une certaine distance, le sujet, Ă©tant sans cesse obligĂ© de revenir Ă  l’étalon pour faire sa comparaison, le « centrait » alors du regard plus souvent, ou plus longtemps, plus attentivement, etc., et le surestimait de ce fait mĂȘme. Aux petites distances, par contre (et plus petites chez l’enfant que chez l’adulte), le sujet, ayant constamment sous les yeux l’étalon et la variable Ă  la

1 Rech. II, oĂč Akishige. que nous ne connaissions pas encore, n’est pas citĂ©.

fois, centrait de prĂ©fĂ©rence la variable puisqu’il ne quittait pas du regard un Ă©talon dĂ©jĂ  connu1, et surestimait donc celle-lĂ .

Cette interprĂ©tation est alors justifiĂ©e par deux sortes de contre-Ă©preuves. (1) Si, au lieu de laisser l’étalon en place au su du sujet lui-mĂȘme, on l’enlĂšve chaque fois en mĂȘme temps que la variable mais pour le remettre tel quel en sa position prĂ©cĂ©dente (seulement cette fois Ă  l’insu du sujet) au moment oĂč l’on prĂ©sente une nouvelle variable, alors l’erreur disparaĂźt ou est trĂšs affaiblie. (2) Si, A Ă©tant l’étalon et le sujet donnant son jugement sur B variable, on dit Ă  ce sujet : « Je ne vous demande pas si B est > ou < que A, je vous demande de voir si A est plus grand ou plus petit que B », il suffit souvent de ce renversement des rĂŽles de mesurant et de mesurĂ© pour que l’erreur soit inversĂ©e !

En bref, l’erreur de l’étalon, sans encore rien prouver de plus gĂ©nĂ©ral, semble au moins montrer que la distribution des centrations dans les comparaisons entraĂźne en tant que telle certaines surestimations ou sous-estimations en cas d’égalitĂ©s objectives elles-mĂȘmes.

II Un pas de plus a Ă©tĂ© franchi en Ă©tudiant avec A. Morf (Rech. XX) les conditions spatiales et temporelles des effets de centration mais dans les situations les plus proches des expĂ©riences habituelles, c’est-Ă -dire sans employer encore la mĂ©thode tachistoscopique.

Pour ce qui est des conditions spatiales, nous avons simplement prĂ©sentĂ©, sur un fond noir, trois petits disques blancs, A, B et C de 1 mm de diamĂštre, manipulables au moyen de tiges noires Ă  l’extrĂ©mitĂ© desquelles ils sont placĂ©s : on pose A et B Ă  une distance constante de 5 cm et le sujet est priĂ© de fixer du regard cet intervalle AB tout en plaçant lui-mĂȘme le disque C d’une maniĂšre telle que la distance BC, perçue en pĂ©riphĂ©rie (vision indirecte), lui paraisse subjectivement Ă©gale Ă  la distance AB. La mĂ©thode d’ajustement ainsi employĂ©e permet Ă  l’expĂ©rimentateur, assis en face du sujet, de contrĂŽler s’il centre bien l’intervalle AB et de surveiller ses mouvements Ă©ventuels du regard quoique de façon naturellement trĂšs approximative.

Sur 53 adultes, 46 enfants de 9 ans et 42 de 7 ans, cette méthode a permis de classer 40 des premiers, 41 des seconds

1 D’autant plus qu’à ces courtes distances il peut rattacher l’étalon et la variable en une figure d’ensemble en reliant leurs sommets par une ligne virtuelle.

et les 42 derniers dans les trois catĂ©gories suivantes : (I) sujets demeurant relativement bien fixĂ©s sur l’intervalle AB ; (II) sujets dont le regard balaie rĂ©guliĂšrement l’intervalle AB mais sans paraĂźtre dĂ©passer le point B sauf une ou deux exceptions ; (III) sujets dont le regard balaie l’intervalle AB mais plus irrĂ©guliĂšrement et avec plusieurs sorties visibles sur l’intervalle BC qui devrait rester pĂ©riphĂ©rique. En fait, nous n’avons trouvĂ© le type 1 que chez l’adulte, mais les types II et III Ă  tous les Ăąges. Voici donc les rĂ©sultats obtenus :

Tabi.. 29. Erreurs moyennes des types I à III (erreurs en mm sur 100 ; entre parenthÚses le % les sujets appartenant aux types considérés) :

On voit que l’effet spatial de centration consiste ici en une surestimation de l’intervalle AB ( = 5 cm) d’au moins 11 % chez les adultes qui appliquent la consigne, mais que cette surestimation diminue si le sujet englobe du regard l’intervalle BC, en se rapprochant du point B, et qu’elle disparaĂźt presque si le sujet fixe de temps en temps BC (type III). Chez l’enfant il en va de mĂȘme pour les types II et III et, de façon gĂ©nĂ©rale, l’effet semble diminuer avec l’ñge.

Quant aux effets temporels de centration, ils sont de deux sortes : (1) le premier est un effet de durĂ©e : la surestimation due Ă  la centration sur un Ă©lĂ©ment croĂźt avec la durĂ©e de prĂ©sentation jusqu’à une stabilisation. (2) La seconde variĂ©tĂ©, bien connue sous le nom d’erreur temporelle, tient Ă  l’ordre de succession dans le temps : de deux Ă©lĂ©ments prĂ©sentĂ©s pendant les mĂȘmes durĂ©es, mais successivement (en tout ou en partie), le dernier perçu est surestimĂ©.

De ces deux actions possibles, on parvient bien Ă  dissocier la seconde de la premiĂšre, en maintenant les durĂ©es Ă©gales, mais on ne saurait complĂštement isoler cette premiĂšre. En effet, si l’on prĂ©sente successivement les Ă©lĂ©ments A et B pendant des durĂ©es inĂ©gales, l’action de succession s’ajoute Ă  celle de durĂ©e : et si on les prĂ©sente synchroniquement il faut ou bien faire apparaĂźtre d’abord l’un des deux (puisque les durĂ©es de

prĂ©sentation doivent ĂȘtre inĂ©gales), avec disparition simultanĂ©e, ou bien les faire apparaĂźtre ensemble mais avec disparition de l’un des deux avant l’autre. Dans les deux cas, un facteur de succession intervient ainsi, soit dans l’ordre des apparitions soit dans celui des disparitions.

Par contre, si les Ă©lĂ©ments A et B apparaissent ensemble pour disparaĂźtre .successivement, les facteurs d’ordre et de durĂ©es sont cumulatifs (puisque celui qui disparaĂźt en dernier a, d’autre part, Ă©tĂ© perçu plus longtemps), tandis que, si l’un apparaĂźt aprĂšs l’autre pour disparaĂźtre en mĂȘme temps, les deux facteurs sont antagonistes (puisque le dernier apparu est prĂ©sentĂ© moins longtemps) : il suffira donc de comparer les erreurs en ces deux situations pour mettre en Ă©vidence l’intervention ou la non-intervention du facteur de durĂ©e, car, s’il est effectif, la seconde expĂ©rience doit donner lieu Ă  une erreur plus grande que la premiĂšre et la premiĂšre une erreur non-nulle.

Voici les rĂ©sultats obtenus pour les expĂ©riences I (Ă©talon 1 visible pendant 1 sec œ et variable pendant 1 sec, ou l’inverse, tous deux disparaissent simultanĂ©ment aprĂšs apparition successive), Il (Ă©talon et variable prĂ©sentĂ©s simultanĂ©ment, mais le premier disparaissant aprĂšs 1 sec et le second aprĂšs 1 sec œ puis inversĂ©ment), III (comme I mais durĂ©es de 1 sec et une œ sec) et IV (prĂ©sentation de l’étalon pendant 1 sec et de la variable Ă©galement, celle-ci apparaissant ⅛ sec aprĂšs le premier et disparaissant 1 sec plus tard) :

Tabl. 30. Effets des durĂ©es de centration-’ combinĂ©s avec les effets de succession (1, II et 111) et effets de succession seule (IVf :

I

11

III

IV

6-8 ans (31, 31 et 10 sujets)

0,48

2,29

0,37

— 

9-10 ans (41, 41, 19 sujets)

0,85

1,64

— ■

2,36

Adultes (89, 64 et 25 sujets)

0,35

1,16

1,21

— 

 

On voit que l’erreur de durĂ©e cumulant avec celle de succession (II) est plus de deux fois plus forte que l’erreur de durĂ©e antagoniste avec celle de succession (I). Cette erreur 1 n’est cependant ni nĂ©gative ni nulle quoique trĂšs affaiblie par les

1 Droite de 40 mm, variables de 34 à 46 mm par échelons de 2 mm.

2 Tabl. 3 de la Rech. XX mais en prenant les moyennes des expĂ©riences A (Ă©talon prĂ©cĂ©dant la variable) et B (l’inverse).

effets de succession. Mais il intervient en outre des rapports optimaux, qui sont de 1 sur 2 chez l’adulte (erreur III de 1,21 contre 0,35 pour le rapport de 1 Ă  1 œ en I) et 1 sur 1 œ Ă  6-8 ans.

D’autre part, l’erreur de succession, bien connue chez l’adulte se retrouve donc Ă  9-10 ans (IV : 2,36). Une analyse plus poussĂ©e des types individuels de rĂ©action aux temps indiquĂ©s et Ă  des temps plus longs sur lesquels il est inutile d’insister ici nous a montrĂ©, en outre, et surtout chez les adultes, l’existence de deux variĂ©tĂ©s au moins (avec intermĂ©diaires entre elles), selon que la succession prime la durĂ©e ou l’inverse.

Il n’est pas nĂ©cessaire de nous Ă©tendre davantage pour le moment sur le problĂšme des effets de centration en fonction de la durĂ©e, car nous le retrouverons sous une forme plus prĂ©cise au § 6 Ă  propos des questions de maximum temporel. Notons seulement que l’effet de succession constitue, tout autant que celui de durĂ©e, un effet de centration : si l’élĂ©ment perçu en dernier lieu est surestimĂ© par rapport Ă  celui qui l’a prĂ©cĂ©dĂ© immĂ©diatement, c’est que la seconde centration entraĂźne un agrandissement apparent qui efface le prĂ©cĂ©dent puisque l’objet centrĂ© prĂ©cĂ©demment ne l’est plus au moment de la seconde centration. Quant au rĂŽle de la durĂ©e, il s’explique de lui-mĂȘme : pour autant que la centration dilate subjectivement la longueur perçue, il va de soi que cet effet augmentera avec la durĂ©e de prĂ©sentation jusqu’à un plateau oĂč il subsistera ou Ă  partir duquel il s’affaiblira pour ĂȘtre effacĂ© par l’action des nouvelles centrations.

III. Avant d’examiner les progrĂšs dĂ©cisifs rĂ©alisĂ©s par l’emploi de la mĂ©thode tachistoscopique, il convient encore de rappeler deux groupes de rĂ©sultats anciens, ceux de A. Fauville, recueillis en 1921 et publiĂ©s en 1947 1, et ceux de F. Hille- brand, publiĂ©s en 1928 2, ainsi que les donnĂ©es rĂ©centes recueillies par A. Rey et M. Richelle.

Fauville emploie des mesures au pĂ©rimĂštre. Le sujet doit fixer un point central sur le pĂ©rimĂštre et on lui en donne un autre, en pĂ©riphĂ©rie : la consigne est alors de diviser en deux parties Ă©gales l’arc compris entre ces deux points (1 m de rayon). Fauville obtient ainsi une surestimation dans la rĂ©gion centrale, mesurĂ©e en termes d’angles, avec vision monoculaire (Ă  droite ou Ă  gauche) et binoculaire, Ă  la lumiĂšre et Ă  l’obscuritĂ©.

1 Mise. Psych. A. Michotte, Louvain 1947, pp. 323-340.

2 Zeitschr. f. Psych., v. 59 (1928).

Franziska Hillebrand emploie de mĂȘme une mĂ©thode de mesure au pĂ©rimĂštre et fournit une expression permettant le calcul du % de surestimation en termes d’excentricitĂ©. Elle trouve ainsi une forte surestimation dans la rĂ©gion centrale.

Rey et Richelle (Rech. XXIII) ont fourni un certain nombre de donnĂ©es nouvelles, qui s’accordent toutes avec l’hypothĂšse de la surestimation par centration, sauf une que nous pourront attribuer au conflit entre l’influence du facteur topographique et celle de l’attention, mise en Ă©vidence dans la suite par Fraisse. Ils ont, en outre, invoquĂ© le rĂŽle du facteur de nettetĂ© par des expĂ©riences indĂ©pendantes de la centration, ce qui s’accorde de façon particuliĂšrement directe avec le schĂ©ma des « rencontres » et des « couplages » que nous adopterons au § 2.

L’expĂ©rience la plus intĂ©ressante de Rey-Richelle a consistĂ© Ă  prĂ©senter aux sujets deux verticales parallĂšles de 22 cm de longueur et 1,2 cm d’épaisseur (distantes de 3 cm). Ces lignes sont tracĂ©es Ă  l’encre de Chine sur une plaque de verre (B) de 2 mm d’épaisseur, laquelle est recouverte d’une autre plaque (A) sans dessin et posĂ©e sur trois autres plaques (C-E) semblables : d’oĂč un volume transparent de 1 cm d’épaisseur. La consigne est de centrer en vision monoculaire droite la ligne de gauche et d’indiquer sur quel plan se trouve la ligne de droite par rapport Ă  celle de gauche. Or, sur 35 sujets adultes, 23 ont vu la ligne non centrĂ©e plus Ă©loignĂ©e que l’autre, 4 plus rapprochĂ©e, 4 sur le mĂȘme plan et 5 n’ont pu se dĂ©cider. Mais surtout, alors que la consigne ne portait pas sur l’estimation des grandeurs, plus de la moitiĂ© des sujets ont signalĂ© qu’ils la voyaient plus petite, aucun plus grande et 9 l’ont vu floue. Il y a donc lĂ  une bonne confirmation des effets de centration en profondeur, dont nous verrons (chap. IV § 5) qu’ils agrandissent et rapprochent Ă  la fois l’élĂ©ment centrĂ©.

L’expĂ©rience Ă  rĂ©sultats jugĂ©s Ă©quivoques par Rey et Richelle a Ă©tĂ© la suivante. Deux droites dont on rend les longueurs variables en masquant leur extrĂ©mitĂ©, et lĂ©gĂšrement divergentes ou convergentes, sont prĂ©sentĂ©es, soit en vision libre, soit avec centration sur l’extrĂ©mitĂ© visible, et le sujet doit estimer si elles sont parallĂšles ou non. En vision libre il faut que la comparaison porte sur une certaine longueur pour que le sujet s’aperçoive que les droites ne sont pas parallĂšles : la mesure de l’effet de centration s’effectue alors au moyen de la longueur nĂ©cessaire pour parvenir au mĂȘme rĂ©sultat si l’extrĂ©mitĂ© seule est centrĂ©e. L’expĂ©rience a Ă©tĂ© faite aussi en utilisant des couples de points. Or, les rĂ©sultats ont Ă©tĂ© favorables Ă  l’hypo-

thĂšse de la centration dans le cas de lignes divergentes : l’écart Ă©tant sous-estimĂ© en pĂ©riphĂ©rie, il faut alors une plus grande distance de comparaison avec centration obligĂ©e qu’en vision libre pour juger de la divergence. Par contre les rĂ©sultats ont Ă©tĂ© en moyenne dĂ©favorables dans le cas des lignes convergentes, c’est-Ă -dire qu’un petit Ă©cart (2 Ă  6 mm) a Ă©tĂ© mieux perçu en vision pĂ©riphĂ©rique qu’en vision libre.

Nous avons dĂ©jĂ  rĂ©pondu 1 que, dans le cas de si petits Ă©carts, le facteur topographique de la centration peut ĂȘtre compensĂ© par le facteur d’attention : surveillant d’autant plus attentivement le petit Ă©cart en pĂ©riphĂ©rie qu’il n’a pas le droit de le centrer, le sujet peut le surestimer par une sorte de centration de l’attention dĂ©doublĂ©e de celle du regard du moment que les expĂ©riences de Fraisse ont mis brillamment en Ă©vidence la possibilitĂ© d’un tel dĂ©doublement.

Au total, Rey et Richelle interprĂštent les effets de centration, non pas directement par la topographie du champ visuel ni par l’attention, mais par la nettetĂ© propre Ă  la vision centrale et l’absence de nettetĂ© caractĂ©risant la pĂ©riphĂ©rie (ce qui n’explique d’ailleurs pas le cas dĂ©favorable des lignes convergentes) : l’hypothĂšse est alors qu’un Ă©lĂ©ment est surestimĂ© dans la mesure oĂč il est perçu nettement et sous-estimĂ© dans la mesure oĂč il manque de nettetĂ©. Pour le prouver, Rey et Richelle prĂ©sentent les deux expĂ©riences suivantes, dans lesquelles ils font malheureusement aussi intervenir le facteur de durĂ©e de prĂ©sentation ; mais nous ne les croirons pas moins quant Ă  la dĂ©valuation par dĂ©faut de nettetĂ© car elle correspond Ă  une sĂ©rie d’observations connues (on sait par exemple que mĂȘme un cercle prĂ©sentĂ© en faible Ă©clairement voit son diamĂštre rĂ©duit par rapport Ă  un cercle Ă©gal mais bien Ă©clairĂ©). Montrant d’abord une ligne noire de 52X5 mm sur fond blanc pendant 5 secondes et une ligne de mĂȘmes dimensions lĂ©gĂšre- met lumineuse et pendant 0,4 sec, ils font reproduire les longueurs par 17 adultes en variant l’ordre : les rĂ©sultats sont de 48,9 et 50,4 mm de moyenne en deux essais successifs pour la premiĂšre et de 40,6 et 46,0 mm pour la seconde. D’autre part, ils prĂ©sentent une raie lumineuse de 52 mm sur fond blanc pendant 0,2 et 2 sec (toutes choses Ă©gales d’ailleurs) et trouvent des reproductions de 47,4 et 47,2 mm pour 2 sec et de 41,1 et 43,6 pour 0,2 sec (diffĂ©rences encore significatives).

1 Rech. XXII (Arch. de Psychol., 1955), note 1. p. 6.

Pour ce qui est de la durĂ©e (expĂ©rience II) ces donnĂ©es vĂ©rifient donc 1 ce que nous avions vu avec Morf. Quant au facteur de nettetĂ©, il soulĂšve les trois problĂšmes suivants, que nous discuterons Ă  la fin de ce § . Il s’agit d’abord de savoir si c’est un facteur distinct de celui de la topographie du champ, car on a toujours appelĂ© « zone de vision nette » la rĂ©gion centrale du champ, correspondant Ă  la fovĂ©a. Qu’à centrations Ă©quivalentes, un Ă©lĂ©ment perçu avec faible Ă©clairement soit dĂ©valorisĂ© par rapport Ă  un Ă©lĂ©ment net ne prouve pas encore la distinction de ce facteur, car il se pourrait qu’à faible Ă©clairement moins de cellules soient excitĂ©es, et que la diffĂ©rence de rĂ©actions entre la fovĂ©a et la pĂ©riphĂ©rie tienne prĂ©cisĂ©ment Ă  la densitĂ© des cellules. En second lieu, il s’agit de savoir si ce facteur est plus ou moins gĂ©nĂ©ral que les autres. En troisiĂšme lieu il s’agit surtout de comprendre le mĂ©canisme de son action, comparĂ© Ă  ceux des autres facteurs en jeu.

IV. AprĂšs trois annĂ©es de recherches, P. Fraisse et ses collaborateurs S. Ehrlich et E. Vurpillot sont parvenus Ă  des rĂ©sultats dĂ©cisifs en mettant au point une mĂ©thode tachistos- copique plus prĂ©cise que les prĂ©cĂ©dentes et qui a permis de dissocier des facteurs jusque lĂ  confondus. Les anciens psychophysiciens, auxquels les effets de centration n’avaient point Ă©chappĂ© (sans qu’ils en aient pour autant vu la portĂ©e gĂ©nĂ©rale) l’attribuaient Ă  l’attention et considĂ©raient qu’un Ă©lĂ©ment sur lequel se porte l’attention est par lĂ -mĂȘme surestimĂ©. Nous avons, pour notre part, songĂ© surtout au facteur topographique, tout en rĂ©servant une part Ă  un facteur d’intensitĂ© comprenant l’attention. Le mĂ©rite de Fraisse est d’ĂȘtre parvenu Ă  dissocier ces deux facteurs dans des situations oĂč il a rĂ©ussi Ă  les mettre en conflit.

En prĂ©sentant pendant 0,1 sec environ deux segments de droites (20 mm de longueur et 1 mm d’épaisseur) se prolongeant l’un l’autre (les extrĂ©mitĂ©s ainsi que le point de jonction sont marquĂ©s par des traits transversaux de 0,33 mm d’épaisseur et de 3 mm de longueur), et en faisant centrer le milieu de l’un des segments, l’autre demeurant pĂ©riphĂ©rique (l’élĂ©ment centrĂ© Ă©tant Ă  tour de rĂŽle l’étalon et la variable, et Ă  gauche ou Ă  droite), Fraisse, Ehrlich et Vurpillot ont d’abord constatĂ© une surestimation de l’élĂ©ment centrĂ© de 3 Ă  17,6 % en moyenne. De mĂȘme, en situant le point de fixation Ă  l’extrĂ©mitĂ© de l’un

1 Mais par une méthode de reproduction rarement homogÚne à celle de comparaison que nous avions seule employée.

des deux segments contigus, ils ont trouvé de 8,9 à 17 % de surestimation en faveur du segment le moins périphérique.

Par contre, ils ont observĂ© que quand les sujets ne savent pas d’avance si le segment pĂ©riphĂ©rique (ou le plus pĂ©riphĂ©rique) doit apparaĂźtre Ă  gauche ou Ă  droite, l’effet de centration est presque annulĂ©, d’oĂč l’hypothĂšse que, devant surveiller les deux cĂŽtĂ©s Ă  la fois, les sujets dispersent leur attention, la « centration du regard » prĂ©sentant alors un effet dominĂ© par la « centration de l’attention », en ce cas dispersĂ©e. Les auteurs, aprĂšs diverses autres expĂ©riences de contrĂŽle, ont eu l’idĂ©e de la vĂ©rification dĂ©cisive suivante. Le sujet est mis en prĂ©sence de deux sur trois segments de droites, cette fois sĂ©parĂ©s par un intervalle un peu plus grand que la longueur des segments eux- mĂȘmes. L’un de ces segments est au centre, et les deux autres Ă  gauche ou Ă  droite, mais un seul de ces derniers apparaissant Ă  la fois. On impose, d’autre part, soit un point de fixation suite segment central, soit deux points simultanĂ©s (des points de surveillance, pourrait-on dire) situĂ©s Ă  l’extrĂ©mitĂ© proximale des segments pĂ©riphĂ©riques. En un tel cas, on trouve, lors d’une fixation unique au point mĂ©dian, une petite surestimation de l’élĂ©ment centrai (3 %) mais, lors des deux points de fixation simultanĂ©s, une forte surestimation des Ă©lĂ©ments pĂ©riphĂ©riques (17 %):

Tabl. 31 L Surestimation des Ă©lĂ©ments centraux ou pĂ©riphĂ©riques selon les points de fixation au milieu de l’élĂ©ment central ou aux extrĂ©mitĂ©s proximales des Ă©lĂ©ments pĂ©riphĂ©riques :

De ces faits les auteurs concluent qu’il existe, en plus des effets de la « centration du regard » (effets topographiques), d’autres effets dus Ă  ce qu’on peut appeler pour abrĂ©ger la

1 Reproduction du tabl. 7 de Frλisse, Ehrlich et Vurpillot (Rech. XXVI, Arch. de Psychol., 1956), p. 206.

« centration de l’attention ». Ces deux effets habituellement cumulĂ©s peuvent ĂȘtre dissociĂ©s, et, en ce cas, les seconds priment les premiers. Mais les seconds comme les premiers peuvent s’interprĂ©ter par le schĂ©ma de la probabilitĂ© des rencontres 1 « qui permettrait parfaitement d’expliquer Γensembje de nos rĂ©sultats. La probabilitĂ© de rencontres, en effet, peut ĂȘtre envisagĂ©e aussi bien au niveau de l’excitation en relation avec l’hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© du champ rĂ©tinien qu’à un niveau central dĂ©terminĂ© par l’attitude des sujets » (loc. cit., p. 211). Enfin, rĂ©examinant l’hypothĂšse de Rey et Richelle sur le rĂŽle de la nettetĂ©, les auteurs concluent que cette loi n’est elle-mĂȘme qu’un cas particulier d’une loi plus gĂ©nĂ©rale puisque « ce Ă  quoi nous sommes attentifs est perçu plus distinctement » (p. 212).

V. AprĂšs ces travaux importants de Fraisse et de ses collaborateurs, il restait Ă  vĂ©rifier que l’attention n’est pas tout dans l’effet de centration et que le facteur proprement topographique (fixation du regard comme tel et diffĂ©rences d’estimations selon que l’objet est perçu en fovĂ©a et en pĂ©riphĂ©rie) joue toujours le rĂŽle que lui attribuaient Hillebrand et Fauville, mais sans utiliser la mesure tachistoscopique. Ce rĂŽle de la topographie n’est d’ailleurs pas niĂ© par Fraisse, mais considĂ©rĂ© simplement comme « secondaire » (encore faut-il savoir si cela signifie simplement qu’il peut ĂȘtre, en cas de conflits, dominĂ© par l’attention, ou si « secondaire » est pris en un sens absolu d’importance mineure). De plus le tabl. 5 (p. 204) de l’étude de Fraisse, Ehrlich et Vurpillot fournit dĂ©jĂ  les Ă©lĂ©ments d’une rĂ©ponse Ă  cette question, puisqu’il y est procĂ©dĂ© Ă  des mesures Ă  distances variables lors des Ă©preuves collectives. Mais quelques irrĂ©gularitĂ©s dans les rĂ©sultats et surtout le problĂšme dĂ©licat des grandeurs absolues et des grandeurs angulaires nous a incitĂ© Ă  reprendre le problĂšme, d’autant plus que cela nous permettait en mĂȘme temps de rĂ©soudre la question intĂ©ressante du maximum temporel Ă©ventuel des effets selon le temps de prĂ©sentation, en liaison avec ce que nous avons fait pour les illusions classiques (voir le § 6 de ce chap. II).

A. Nous avons commencĂ©, avec J. Rutschmann, par utiliser les mĂȘmes traits (un Ă©talon de 73 mm et les variables) Ă  trois distances de 60, 120 et 240 cm, ce qui fournit comme dimensions angulaires de l’étalon 6°56,, 3°29, et 1°45, avec des excentricitĂ©s (dimensions angulaires de la distance sĂ©parant les centres de l’étalon et de la variable) de 17o08’, 8,,46’ et 4o24,.

1 Voir plus bas § 2.

Sur 23 observations, dont 11 en ordre croissant et 12 en ordre décroissant des distances, nous avons trouvé :

Tabi,. 32. Moyennes des effets de centration au tachistoscope en

fonction des distances 1 (durée de présentation : 0,08-0,09 sec.) :

 

60 cm

 

120 cm

 

240 cm

 

D G M

D

G M

D

G M

Dist. croissantes

37,0 35,0 36,0(24,0)

25,3

18,2 21,7(18,5)

22,8

12,2 17,5(16,4)

 » décroissantes

42,6 34,1 38,3(26,3)

33,3

27,4 30,3(26,9)

28,3

30,9 29,6(27,4)

Moyennes

— — 37,2(25,1)

— 

— 26,0(22,7)

— 

— 23,5(21,9)

 

 

E.xp. 1

Exp. Il

Exp. I

Exp. Il

Exp. 111

D

41,3

38,8

36,8

35,2

25 9

G

37,3

32,2

35,4

31,6

26 8

M

39,3

35,5

36,1

33,4

26,4

 

On constate que le facteur d’excentricitĂ© agit nettement sur la grandeur des effets de centration en erreurs de longueurs, en ce sens que plus la variable est pĂ©riphĂ©rique, plus sa longueur est sous-estimĂ©e. Mais deux rĂ©serves doivent ĂȘtre faites Ă  propos de ces rĂ©sultats. La premiĂšre est qu’il s’ajoute au facteur d’excentricitĂ© un facteur de rĂ©pĂ©tition, tendant Ă  diminuer les erreurs, et qui est donc Ă  effet cumulatif en ordre croissant et antagoniste en ordre dĂ©croissant. Cette influence de la rĂ©pĂ©tition est d’ailleurs intĂ©ressante en elle-mĂȘme et montre que mĂȘme Ă  0,08-0,09 sec, il existe un dĂ©but d’activitĂ© perceptive qui ne saurait consister en explorations avec mouvements oculaires mais qui revient sans doute Ă  mieux disperser les « rencontres » (au sens oĂč nous prendrons ce terme au § 2) et Ă  les rendre plus homogĂšnes sur les deux Ă©lĂ©ments Ă  comparer, ce qui diminue l’erreur. Voici deux groupes de faits instructifs Ă  cet Ă©gard, les uns portant sur la rĂ©pĂ©tition immĂ©diate et les autres sur ce que nous appellerons les « reprises » ou rĂ©pĂ©titions aprĂšs quelques jours ou mĂȘme quelques semaines :

Taul. 33. Influence de la répétition

eur deux essais (16 adultes) et trois essais (6 adultes) :

(G + D)

1 D = droite ; G = gauche ; M = moyenne des deux . Entre parenthÚses les erreurs angulaires. 2

Les reprises ne sont pas significatives mais chez l’adulte on obtient une corrĂ©lation par le rang de +0,65 Ă  droite et +0,56 Ă  gauche, significatives Ă  0,05. Chez l’enfant l’effet de reprise est nul et la corrĂ©lation par le rang ne diffĂšre pas significativement de zĂ©ro :

Tabl. 34. Influence des « reprises »

sur 13 adultes- et 6 enfants (5-7 ans) (distance 60 cin) : t-

 

 

Adultes

Enfants

 

Exp. ]

1 Exp. II

Exp. I

Exp. Il

D

41,7

38,2

33,1

35,6

G

39,2

35,7

23,2

21,2

M

40,4

36,9

28,1

28,4

 

Mais la seconde rĂ©serve Ă  faire au tabl. 32 est plus intĂ©ressante : si les erreurs de longueurs augmentent nettement avec l’excentricitĂ©, mĂȘme quand elles sont modĂ©rĂ©es par l’effet de l’exercice (ordre dĂ©croissant), il n’en est plus ainsi des erreurs angulaires, qui augmentent fortement avec l’excentricitĂ© quand le facteur d’exercice est cumulatif, mais qui ne varient pas ou mĂȘme ont tendance Ă  diminuer quand ce facteur est antagoniste. On peut alors se demander si l’effet de centration en tachistos- copie est rĂ©ductible Ă  la gĂ©omĂ©trie angulaire du plan tangentiel, ce qui conduirait Ă  admettre l’existence d’une erreur constante plus un rapetissement perspectif du trait vu en pĂ©riphĂ©rie, avec jugement sur les angles et non pas sur les longueurs, ou s’il s’agit d’une dilatation angulaire, c’est-Ă -dire d’un effet topographique angulaire positif, avec jugement sur les longueurs.

B. Il convenait donc de changer de mĂ©thode et, au lieu de varier l’excentricitĂ© en Ă©loignant le sujet des mĂȘmes figures, la modifier en laissant le sujet Ă  une distance constante de l’écran et en augmentant l’intervalle entre les milieux de l’étalon et des variables. C’est ce que nous avons fait avec B. Mata- lon, en Ă©tudiant, d’autre part, l’action des temps de prĂ©sentation ( J. Rutschmann avait dĂ©jĂ  constatĂ© que l’erreur est plus forte Ă  0,08-0,09 sec qu’à 0,15 sec : 30,5 en moyenne contre 25,6), et enfin en travaillant soit sur les mĂȘmes sujets pour tous les temps soit sur des groupes sĂ©parĂ©s pour Ă©viter l’exercice. Les rĂ©sultats ont Ă©tĂ© les suivants :

Tabi.. 35. Effets tachistoscopiques de centration à différents temps et deux intervalles 1 :

On voit que, sauf pour 0,2 sec l’erreur systĂ©matique est plus forte pour l’intervalle de 110 mm que pour 55. La diffĂ©rence n’est toutefois significative (test de Mann-Whitney) que pour la durĂ©e d’exposition la plus courte (0,01 sec), mais, en combinant les niveaux de signification de chacune de ces comparaisons par la mĂ©thode de Stouffer, la diffĂ©rence entre les deux courbes est alors trĂšs significative. On peut donc admettre l’existence de l’effet topographique que nous cherchions Ă  vĂ©rifier, la distance entre le sujet et les figures restant ici constante, et les erreurs de longueur correspondant aux erreurs angulaires (6 et 12°).

Quant Ă  la distribution en fonction des durĂ©es d’exposition, il est intĂ©ressant de constater que si, en ne prenant qu’une mesure par sujet, l’erreur est d’autant plus forte que le temps est plus court2, par contre, avec les mĂȘmes sujets pour toutes les durĂ©es, on trouve un maximum temporel net pour 0,1 sec et cela est des techniques aussi diffĂ©rentes que celles des tachis- toscopes I et II, et aux deux intervalles pour II. Nous retrouverons ce problĂšme au § 6.

V. Il nous reste Ă  conclure. Les surestimations par centration Ă©tant admises par tous les auteurs qui ont Ă©tudiĂ© la question, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit lĂ  d’un phĂ©nomĂšne complexe dans lequel interviennent quatre ou cinq facteurs au moins : la topographie du champ visuel (opposition entre la zone centrale ou fovĂ©a et la pĂ©riphĂ©rie), l’attention, la durĂ©e de prĂ©sentation, l’ordre de prĂ©sentation et Ă©ventuellement la

1 Les rĂ©sultats du tachistoscope I (Ă  projection) ne sont pas comparables quantitativement aux autres : le sujet est Ă  150 cm des figures, le cadre Ă  50 × 34, l’étalon Ă  50 mm (centre Ă  65 mm du bord du cadre) et la distance entre les centres de l’étalon et de la variable est de 180 mm. Nous donnons nĂ©anmoins ces rĂ©sultats Ă  cause du maximum temporel. Le tachistoscope II est Ă  miroir (Gerbrand), le sujet est Ă  55 cm des figures, le cadre a 19 × 19 cm, l’étalon a 30 mm est son centre est Ă  45 cm des bords du cadre.

2 D’aprùs le test de Jonckheere (Brit. J. Stat. Psychol., 1954) la variation de chacune des deux courbes est monotone.

nettetĂ©. Pour ce qui est de celle-ci nous pouvons supposer qu’il s’agit bien d’un cinquiĂšme facteur distinct, mais dans la mesure oĂč elle ne fait intervenir que les conditions objectives du stimulus, telles que l’éclairement ou la distance par rapport au sujet. Par contre, Ă  prendre le facteur de nettetĂ© dans le sens gĂ©nĂ©ral que prĂ©conisent Rey et Richelle, il interfĂšre alors avec trois des prĂ©cĂ©dents : la topographie (puisque la fovĂ©a est la zone de « vision nette »), l’attention (comme l’a remarquĂ© Fraisse) et la durĂ©e (que Rey et Richelle ont incorporĂ©e Ă  leur dispositif d’expĂ©rience).

La question se pose alors de savoir s’il existe une hiĂ©rarchie entre ces cinq facteurs. Nous ne le croyons pas, parce que leurs dominances respectives sont probablement relatives aux situations considĂ©rĂ©es. Fraisse a trouvĂ© une dominance de l’attention sur le facteur topographique dans la situation qu’il a Ă©tudiĂ©e, mais R.-W. Ditchburn dans ses belles expĂ©riences sur la stabilisation de l’image rĂ©tinienne par neutralisation des mouvements oculaires 1 a montrĂ© que, si l’attention portĂ©e sur un point de la figure (par exemple l’un des angles du carrĂ© perçu) explique que cette partie disparaisse en dernier lieu (lors de l’extinction graduelle de la figure), cet effet de l’attention n’est cependant possible qu’à l’intĂ©rieur d’un angle visuel trĂšs petit, ce qui parle en faveur d’une dominance du facteur topographique. En d’autres cas, l’attention sera subordonnĂ©e Ă  la nettetĂ©, elle-mĂȘme fonction de la topographie et des micromouvements d’exploration. En bref, l’important n’est pas la hiĂ©rarchie, qui est sans doute vicariante, mais ce qu’il y a de commun Ă  ces divers facteurs.

Ce second problĂšme comporte alors une solution aisĂ©e si l’on se place au point de vue probabiliste, qui est le seul lĂ©gitime dans l’état actuel des connaissances Ă©tant donnĂ©es la complexitĂ© des faits et notre ignorance du dĂ©tail des processus en jeu. Le facteur topographique impose d’abord cette considĂ©ration d’une densitĂ© supĂ©rieure des cellules dans la fovĂ©a par rapport Ă  la pĂ©riphĂ©rie, ce qui implique plus de rencontres entre les Ă©lĂ©ments rĂ©cepteurs et les parties de l’objet perçu, soit que celles-ci s’impriment directement sur ceux-lĂ , soit que, comme le montrent Ditchburn et ses collaborateurs, les petits mouvements de l’Ɠil interviennent dans la vision. L’attention est un facteur de renforcement et d’intensitĂ© avec rĂ©glage des directions et, comme Fraisse l’indique clairement, son rĂŽle ne peut que s’accorder avec un schĂ©ma de probabilitĂ© de rencon-

1 Nature, 170 (36-7) et 177 (43-4); J. Physiol. 119 (1-17).

trĂšs. Il en est de mĂȘme de la durĂ©e, puisque cette probabilitĂ© sera fonction du temps d’exposition ; ainsi que de l’ordre de prĂ©sentation puisque les rencontres les plus rĂ©centes ont des chances de l’emporter sur les plus anciennes. Quant Ă  la nettetĂ©, entendue au sens des conditions objectives d’enregistrement optimal, il est difficile de concevoir son rĂŽle d’une autre maniĂšre que comme favorisant le nombre des rencontres puisque, Ă  centrations Ă©gales, l’élĂ©ment le plus net est surestimĂ© en ses dimensions et non pas seulement en sa clartĂ© ou en sa vivacitĂ©. Tout nous oriente ainsi vers la mise au point du schĂ©ma que nous avons proposĂ© en 1955 (Rech. XXII) et dont on trouvera maintenant une discussion dĂ©taillĂ©e.

§ 2. Le schéma probabiliste des « rencontres »
et des « couplages ».

Il convient de commencer cet exposĂ© par une remarque essentielle. En cherchant Ă  rĂ©duire les effets de centration Ă  une probabilitĂ© de « rencontres » et ceux de dĂ©centration Ă  un systĂšme de « couplages » entre ces rencontres, notre but n’est pas de contribuer Ă  la thĂ©orie psychophysiologique de la vision, car il serait d’une certaine candeur de croire qu’on explique quelque chose en remplaçant la vision totale d’une ligne L par de petites unitĂ©s de vision portant sur les Ă©lĂ©ments de L. Notre but est simplement d’interprĂ©ter au moyen des effets de centration la loi des centrations relatives, c’est-Ă -dire ce fait (en rĂ©alitĂ© extraordinaire) que les illusions subjectives obĂ©issent Ă  une loi faisant intervenir exclusivement les propriĂ©tĂ©s objectives des figures. Pour aboutir Ă  cette explication, Ù nous faut alors construire un schĂ©ma reliant les Ă©lĂ©ments de L (points physiques ou segments) aux Ă©lĂ©ments d’un acte de vision (cellules nerveuses ou micromouvements d’exploration, etc.) en insistant le plus possible sur les lois de la composition comme telle de ces « rencontres » entre Ă©lĂ©ments de l’objet et du sujet, et en nous liant le moins possible Ă  telle ou telle interprĂ©tation physiologique particuliĂšre du mĂ©canisme mĂȘme des rencontres. Ce que nous voudrions atteindre est donc un modĂšle dont les donnĂ©es de dĂ©part (« rencontres » et « couplages ») soient assez gĂ©nĂ©rales pour ĂȘtre acceptables en n’importe quelle interprĂ©tation physiologique, mais dont le point d’arrivĂ©e soit une explication probabiliste des erreurs perceptives dans leur dĂ©tail et sous la forme notamment de la loi des centrations relatives.

Soit donc une ligne L, que nous divisons en un certain nombre de segments Ă©gaux (ce nombre restant arbitraire, mais la longueur des segments envisagĂ©s devant naturellement ĂȘtre la mĂȘme pour toutes les parties de la figure comparĂ©es Ă  L). ConsidĂ©rons, d’autre part, les organes rĂ©cepteurs du sujet comme comportant Ă©galement un certain nombre d’unitĂ©s Ă©lĂ©mentaires, qui peuvent ĂȘtre, sans que nous ayons Ă  nous prononcer sur ce point, soit des unitĂ©s cellulaires de la rĂ©tine ou du territoire cortical correspondant1, soit des unitĂ©s relatives Ă  la transmission nerveuse, soit encore des unitĂ©s de mouvement au cas oĂč les petits mouvements oscillatoires du globe oculaire joueraient un rĂŽle dans l’enregistrement perceptif. Nous supposerons alors que les variations dans l’estimation subjective de la longueur de L (variations dont l’expĂ©rience montre donc qu’elles dĂ©pendent de la centration, selon les quatre facteurs de topographie du champ, de durĂ©e, d’ordre de succession et d’« attention ») sont fonction de la « probabilitĂ© de rencontre » entre les segments de L et les unitĂ©s Ă©lĂ©mentaires relatives aux organes rĂ©cepteurs.

Nous conserverons intentionnellement au terme de « rencontres » le sens le plus gĂ©nĂ©ral possible, sans dĂ©cider en particulier si les Ă©lĂ©ments « rencontrants » appartiennent Ă  l’objet L et les Ă©lĂ©ments « rencontrĂ©s » au sujet, ou l’inverse. Dans le premier cas le schĂ©ma serait comparable Ă  celui des probabilitĂ©s de rencontres intervenant dans l’impression d’une plaque photographique par la lumiĂšre, oĂč les Ă©lĂ©ments rencontrants sont les photons projetĂ©s sur la plaque et les Ă©lĂ©ments rencontrĂ©s les particules de sel d’argent dont elle est composĂ©e. Mais la seconde possibilitĂ© ne saurait ĂȘtre exclue et nous paraĂźt mĂȘme la plus probable depuis les belles expĂ©riences de R.-W. Ditchburn et de ses collaborateurs : en neutralisant l’effet des mouvements oculaires par un jeu de miroirs qui dĂ©placent l’objet lors de chaque mouvement de l’Ɠil. Ditchburn 2 a dĂ©montrĂ© que l’objet cesse alors rapidement d’ĂȘtre perceptible, ce qui prouve le rĂŽle nĂ©cessaire des micromouvements dans l’enregistrement visuel3 (quitte Ă  ce que la rĂ©gion des

1 Nous pensons notamment Ă  cette sorte d’irradiation momentanĂ©e des rĂ©actions Ă©lectriques accompagnant la perception, que Grey Walter a dĂ©tectĂ©es par la technique du toposcope.

2 R.W. Ditchburn, Eye movements in relation to retinal action, Optica Acta, 1951, 1, 171-176 ; R.W. Ditchburn a. D.H. Fender, The stabilised retinal image, Optica Acta, 1955, 2, 128-133.

3 S’il s’agit d’un disque noir, les bords deviennent flous, l’image pĂąlit puis disparaĂźt. S’il s’agit d’un carrĂ©, les angles s’effacent en premier lieu, l’image s’arrondit puis disparait peu Ă  peu.

figures retenue par l’attention disparaisse en dernier lieu, comme nous l’avons rappelĂ© plus haut). D’autre part, en enregistrant les micromouvements des yeux Ă  l’aide d’un miroir cornĂ©en pendant la fixation prolongĂ©e d’un point, Riggs, Armington et Ratliff1 ont notĂ© l’intervention de lĂ©gers mouvements de balayage qui augmentent en amplitude au fur et Ă  mesure que la fixation se prolonge : l’objet fixĂ© est alors perçu comme d’autant plus grand, jusqu’à une certaine limite, qu’il est fixĂ© plus longtemps ; cela confirme donc Ă  nouveau l’effet de centration et le met directement en relation avec un mĂ©canisme de « rencontres >’. Si les micromouvements de l’oeil jouent ainsi un rĂŽle comme ces diverses expĂ©riences semblent le montrer il faudrait, en effet, concevoir les « rencontres » comme constituĂ©es par les points d’interfĂ©rence entre les Ă©lĂ©ments de la figure et ces micromouvements : ce seraient, par exemple, tous les points d’un ligne L coupĂ©s par les oscillations de tels mouvements. Il est donc fort possible et mĂȘme assez probable que les Ă©lĂ©menst « rencontrants » appartiennent au sujet lui- mĂȘme ou que les « rencontres » les plus Ă©lĂ©mentaires soient dĂ©jĂ  le produit d’une interaction complexe dans laquelle le sujet ne demeure pas simplement passif (en ce dernier cas, il cesserait d’ailleurs de l’ĂȘtre avec l’augmentation des « couplages »).

I. Cela dit, et en nous en tenant pour l’instant au seul Ă©lĂ©ment linĂ©aire L, (sans encore de comparaison avec d’autres, donc sans encore parler de « couplages »), nous allons construire un modĂšle abstrait de « rencontres » (parmi bien d’autres possibles) pour traduire le fait trĂšs concret que, avec la centration du regard, la ligne L paraĂźt s’allonger, mais pas indĂ©finiment et que la courbe de son accroissement subjectif est donc non pas une droite mais une exponentielle. Supposons d’abord que les rencontres se distribuent au hasard sur la ligne L, qu’elles ne s’effectuent qu’en nombre restreint parmi l’ensemble des rencontres possibles et qu’une rencontre sur un point n’augmente ni ne diminue les chances de rencontre sur les points immĂ©diatement voisins. Admettons, par exemple, que sur 1.000 rencontres possibles sur la ligne L il ne s’en produise que 500 pendant une premiĂšre durĂ©e (de 0,05 sec pour fixer les idĂ©es). Au cours d’une seconde durĂ©e Ă©gale il s’en produira alors de nouveau 500 et de nouveau au hasard (Ă  partir de la mĂȘme centration ou d’une autre, par « enveloppe-

1 L.A. Riggs, J.C. Armington a. F. Ratliff, Motions of the retinal image during fixation, J. Opt. Soc. Amer., 1954, 44, 315-321.

ment » plus ou moins large) : or, sur ces 500 nouvelles, rencontres, certaines toucheront des points non encore rencontrĂ©s jusque-lĂ  et d’autres toucheront des points dĂ©jĂ  rencontrĂ©s : les points non encore rencontrĂ©s (par exemple 250) s’ajouteront en ce cas aux points rencontrĂ©s pendant la premiĂšre durĂ©e, ce qui fera en tout 750 (mais pas 1.000), tandis que les points dĂ©jĂ  rencontrĂ©s pendant la premiĂšre durĂ©e ne compteront plus dans le calcul, Ă©tant dĂ©jĂ  comptĂ©s une premiĂšre fois 1. Au cours d’une troisiĂšme durĂ©e Ă©gale, il se produira Ă  nouveau 500 rencontres, mais un nombre encore infĂ©rieur d’entre elles toucheront des points non encore rencontrĂ©s (par exemple 125) ce qui fera en tout 875), tandis que les 375 autres rencontres n’ajouteront rien de plus si l’on ne compte pas deux fois les points dĂ©jĂ  rencontrĂ©s, etc. Un tel modĂšle est assurĂ©ment trĂšs grossier (faute en particulier de prĂ©voir des zones de probabilitĂ© inĂ©gales sur L en fonction des points de fixation et de leur choix selon la longueur de L, etc.). Mais nous tenons Ă  faire le moins possible d’hypothĂšses et ce schĂ©ma nous suffira, Cherchons donc Ă  le prĂ©ciser.

Supposons que la ligne L comporte N Ă©lĂ©ments rencontrables ( = fractions de L, en nombre arbitraire) et que, en un temps t1, un nombre n d’élĂ©ments rencontrants rencontrent aN Ă©lĂ©ments

1 On nous a parfois demandĂ© pourquoi deux rencontres sur un mĂȘme point ne comptent que pour une seule, autrement dit pourquoi chaque point de rencontre sur L n’agit qu’une fois durant l’estimation perceptive de la longueur de cette ligne L. La raison nous en semble impĂ©rieuse dans chacune des deux interprĂ©tations que l’on peut donner des « rencontres ». Dans le cas oĂč ce sont les micro-mouvements de l’Ɠil qui sont « rencontrants » et les petits segments de la ligne L qui sont « rencontrĂ©s », il va de soi que chaque petit segment ne compte que pour 1 : si l’on considĂšre 1000 segments et que le sujet en rencontre par exemple 500, puis 750, 875, etc., il Ă©valuera la longueur proportionnellement Ă  ces nombres, tandis que, si les mĂȘmes segments rencontrĂ©s plusieurs fois comptaient chaque fois pour un nouvel Ă©lĂ©ment, la ligne s’allongerait indĂ©finiment. Dans le cas, au contraire, oĂč ce sont les organes du sujet qui sont « rencontrĂ©s » par la projection de la ligne, par exemple les cellules de sa rĂ©tine, chaque cellule ne comptera Ă©galement que pour unitĂ© pendant la perception considĂ©rĂ©e, sinon Ă  nouveau la ligne s’allongerait indĂ©finiment. Dans les deux cas, l’hypothĂšse semble donc s’imposer. Du point de vue physiologique, on.sait d’ailleurs qu’à une excitation visuelle succĂšde une « phase rĂ©fractaire ». Du point de vue de notre modĂšle abstrait, chaque point de rencontre sur L Ă©tant Ă  considĂ©rer comme un Ă©lĂ©ment de la dilatation ou de l’allongement de cette ligne L, on doit construire le modĂšle en respectant la donnĂ©e du fait Ă  interprĂ©ter : or, ce fait est que la ligne s’allonge subjectivement, mais selon une exponentielle et non pas indĂ©finiment.

On nous a aussi demandĂ© comment des rencontres discontinues peuvent donner lieu Ă  la perception d’un continu. Nous rĂ©pondons, d’une part, que l’on perçoit sous forme de lignes ou de plans continus un grand nombre de situations physiquement discontinues (selon l’échelle considĂ©rĂ©e). Et, d’autre part, qu’il est facile de traduire les « points de rencontre » en termes de « zones de dilatation », etc., selon un langage rendu continuiste.

rencontrables. Il’reste alors le nombre 7V1 d’élĂ©ments non rencontrĂ©s :

N1 = N— « N = N (1— a)

Au cours du temps t2(= L) le mĂȘme nombre n d’élĂ©ments rencontrants rencontrera Ă  nouveau aN Ă©lĂ©ments rencontrables. Mais, comme certains d’entre eux ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© rencontrĂ©s en f1, il n’existe sur ces aN Ă©lĂ©ments rencontrĂ©s en t2 que aN1 Ă©lĂ©ments nouveaux. La somme des Ă©lĂ©ments rencontrĂ©s en t1 et t2est alors :

αN + aN1

et il reste N2 éléments non encore rencontrés :

N2 = Ni— aN1 = N(l— a)2 et ainsi de suite.

En mettant en forme le calcul précédent, nous aurons donc :

(a) Soit N le nombre des éléments rencontrables sur L

(b) Soit n le nombre des éléments rencontrants intervenant en un temps t

(c) n éléments rencontrants rencontrent aN éléments rencontrables.

En ce cas, aprĂšs les premiĂšres n rencontres en t1 de aN Ă©lĂ©ments, il restera ∕V1 Ă©lĂ©ments non encore rencontrĂ©s, soit :

(28) N1 = N— N[1— (1— a)] = N(l— a)

AprĂšs les secondes n rencontres (en f2)> ∏ restera N2 Ă©lĂ©ments non rencontrĂ©s :

(29) N1 = N— N[— (1— a)2] = N(l— a)2

Et ainsi de suite 1, soit N3 = N(↑— a)3 ; Ni = ∕V(1— a)4 ; etc.

1 B. Matalon, qui a bien voulu relire tout ce chapitre, propose pour cette conclusion la démonstration suivante :

(1) A chaque instant t, il existe Nt éléments rencontrables.

(2) La probabilitĂ© qu’un Ă©lĂ©ment rencontrable soit effectivement rencontrĂ© est a, indĂ©pendante de t. (Autrement dit, le systĂšme rencontrant ne varie pas temporellement.)

(3) Un Ă©lĂ©ment rencontrĂ© n’est plus rencontrable.

On peut alors poser l’équation suivante pour le nombre d’élĂ©ments rencontrĂ©s durant l’unitĂ© de temps (durĂ©e dune centration):

ΔNt=-αNt

0u ‰-No = αNt

Ntxl = Nt

Ce qui est une équation aux différences finies classique, dont la solution est :

La somme des Ă©lĂ©ments rencontrĂ©s aN+aNl + aN2 + aprĂšs chaque nouvel ensemble n de rencontres croĂźt ainsi selon une exponentielle et fournit le modĂšle de ce qui pourrait ĂȘtre l’allongement apparent progressif (jusqu’à une certaine limite) de la ligne L pendant les durĂ©es tl ; t1 + t2 ; etc., correspondant Ă  n, 2n, 3n, etc. rencontres.

Il en rĂ©sulte que ce modĂšle obĂ©it dĂšs le dĂ©part Ă  une loi logarithmique puisque Ă  la progression arithmĂ©tique n, 2n, 3n, etc., correspond la progression gĂ©omĂ©trique (1— a), (1— a)2, (1— a)3, etc. Cette circonstance fondamentale rend compte du fait que les surestimations dues Ă  la centration sont proportionnelles aux grandeurs des Ă©lĂ©ments perçus et fait d’emblĂ©e entrevoir la parentĂ© de ces mĂ©canismes avec la loi de Weber (§ 5).

Mais, tant qu’il ne s’agit que de la perception d’un seul Ă©lĂ©ment linĂ©aire L, sans encore de comparaison avec d’autres, les prop. 28 et 29 ne dĂ©crivent que l’estimation « absolue » de L, et correspondent ainsi Ă  ce que nous appellerons dĂ©sormais Verreur Ă©lĂ©mentaire I ou erreur due Ă  la centration comme telle sur un seul Ă©lĂ©ment, indĂ©pendamment de ses relations d’égalitĂ© ou d’inĂ©galitĂ© dimensionnelies avec d’autres.

IL Par contre, lorsque nous serons en prĂ©sence de deux Ă©lĂ©ments L1 et L2 (Ă  commencer par Λ1 = L2), un nouveau facteur s’ajoutera aux prĂ©cĂ©dents qui sera la relation entre les rencontres sur L1 et les rencontres sur L2. Rien n’oblige, en effet, Ă  penser que, mĂȘme pour Ll = L2 le nombre des rencontres en t soit de aN sur chacun de ces deux Ă©lĂ©ments. Selon que l’un est mieux « centré » et que l’autre reste plus pĂ©riphĂ©rique, ou que l’un attire l’attention plus que l’autre, ou a Ă©tĂ© vu avant ou aprĂšs l’autre, ou encore que les durĂ©es totales de centration sont inĂ©gales, il existe au contraire de sĂ©rieuses raisons expĂ©rimentales pour que, si les rencontres sur L1 sont de aN, les rencontres sur L2 soient de ÎČN diffĂ©rent de aN.

N = (1— α)’ N t O

Démonstration par récurrence :

pour t — 0 N’ = (1 — α)o N — N

Nt4.1=[d-Λ, No°]

= No(l-α)>-αNo(l-α)’

= N (1 — aY (1 — a)

= N (1 — a)> + l O

C.Q.F.D. pour t → ∞, lim N = O.

Or, cette hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© possible des rencontres (= inĂ©galitĂ© de densitĂ© ou de nombre des rencontres effectuĂ©es par unitĂ© de longueur) est d’une grande importance thĂ©orique, puisque seule elle permet de passer de l’effet de centration sur un Ă©lĂ©ment unique L (= erreur Ă©lĂ©mentaire I) aux effets de centration par comparaison entre deux Ă©lĂ©ments, c’est-Ă -dire aux surestimations relatives et non plus absolues. Si l’erreur Ă©lĂ©mentaire I intervenait seule, ou de façon uniforme sur tous les Ă©lĂ©ments, nous ne pourrions ni la dĂ©celer ni mĂȘme en constater les rĂ©sultats indirects sous la forme des illusions optico-gĂ©omĂ©triques. Par contre, si elle ne prĂ©sente pas la mĂȘme valeur pour chacun de deux Ă©lĂ©ments comparĂ©s entre eux, la diffĂ©rence de ces erreurs Ă©lĂ©mentaires I constitue une nouvelle source d’erreur ou erreur Ă©lĂ©mentaire II, consistant donc en surestimations relatives et que la mesure peut atteindre.

Cette nĂ©cessitĂ© de distinguer les surestimations absolues et relatives, donc les erreurs Ă©lĂ©mentaires 1 et II, nous oblige alors Ă  introduire, en plus de l’hypothĂšse des « rencontres », celle des « couplages » ou correspondances entre rencontres, et Ă  introduire en outre d’emblĂ©e la distinction entre couplages « incomplets » et « complets ». Si les rencontres Ă©taient, en effet, homogĂšnes ou de mĂȘme densitĂ© sur tous les Ă©lĂ©ments L, les couplages seraient toujours, par dĂ©finition, « complets » et ni l’une ni l’autre de ces deux notions n’ajouteraient rien Ă  celle des rencontres (et d’autre part, les effets de centration se borneraient Ă  tout agrandir ou tout rapetisser sans rien dĂ©former). Dans la mesure, au contraire, oĂč les rencontres sont hĂ©tĂ©rogĂšnes sur ∆j et sur L2, H faut bien traduire cette hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© des densitĂ©s en termes de correspondances, et c’est ce qu’expriment les couplages, mais il faut aussi, et par cela mĂȘme, trouver un modĂšle expliquant pourquoi ces couplages sont tantĂŽt moins complets et tantĂŽt un peu plus, l’accession aux couplages complets, lorsqu’elle se produit, soulevant alors un problĂšme nouveau et spĂ©cifique au lieu de rĂ©sulter automatiquement de la gĂ©nĂ©ralitĂ© des rencontres.

D’un point de vue thĂ©orique, on peut alors prĂ©senter les choses comme suit :

(a) Si les rencontres sont au nombre de a-N sur L1 en un temps t et de ÎČN sur L2 dans le mĂȘme temps (pour L1=L2 ou pour une partie de L1 de mĂȘme longueur que L2), nous dirons qu’il y a « couplage complet » entre les rencontres sur L1 et les rencontres sur L2 Ă  un moment donnĂ© T si ^aN = ~ÎŁÎČN et « couplage incomplet » si ∑aN œ ÎŁÎČN.

(b) Appelons pa la probabilitĂ© (entre 0 et 1) pour que ÎŁaN prenne une valeur dĂ©terminĂ©e et pÎČ la probabilitĂ© pour que ÎŁÎČN prenne une valeur dĂ©terminĂ©e en T Ă©galement.

(c) Appelons pa = ÎČ la probabilitĂ© de couplage complet, donc la probabilitĂ© que ÎŁaN = ΣÎČN au moment T.

Sans faire d’hypothĂšses a priori sur le degrĂ© d’indĂ©pendance ou de dĂ©pendance de pa et de pÎČ, nous admettrons par contre que, du seul fait que les rencontres s’accroissent progressivement et selon une loi exponentielle au lieu de recouvrir d’emblĂ©e tous les segments rencontrables ou d’augmenter en flĂšche selon une loi linĂ©aire, la probabilitĂ© est faible pour que l’on ait pa = pÎČ, sinon pour trĂšs peu de rencontres (prĂšs du point d’origine des accroissements) ou au contraire pour une exploration trĂšs minutieuse (plateau des exponentielles). Puisque l’accroissement des rencontres est assimilable Ă  une sorte de tirage au sort ou d’échantillonnage progressif, en ce qui concerne dĂ©jĂ  une seule ligne L1, il en rĂ©sulte a fortiori que, dans la comparaison de deux lignes L1 et L2, le tirage ne saurait qu’avec une faible probabilitĂ© donner les mĂȘmes rĂ©sultats sur les deux : en effet, les points de centration Ă©tant (a) peu nombreux (un ou deux sur chacune) et (b) libres en leur choix et par consĂ©quent non nĂ©cessairement situĂ©s dans les mĂȘmes positions relatives sur L1 et L2, les rencontres ne sauraient, ĂȘtre nĂ©cessairement homogĂšnes (et avec un point de centration obligĂ© Ă  mi-chemin de L1 et de L2, son pouvoir enveloppant peut varier sur L1 et sur L2). On aura donc, par hypothĂšse :

(30) P < P

a= p a

(30 bis) Si p > p alors p ≀ p ; α ÎČ a — ÎČ ÎČ

si p > p alors p ≀ p p a a=p a

Pour justifier cette hypothĂšse, essayons de faire un calcul plus dĂ©taillĂ© de ce que sont les couplages complets et incomplets en partant des prop. 28 et 29. Il y aura donc, par dĂ©finition, couplage complet si les rencontres sur L1 et sur L2 sont « homogĂšnes » au moment T, c’est-Ă -dire de mĂȘme densitĂ© (mĂȘme nombre par unitĂ© de longueur), et couplage incomplet si elles sont hĂ©tĂ©rogĂšnes ou de densitĂ© diffĂ©rente.

Calculons d’abord le nombre des rencontres dĂ©jĂ  effectuĂ©es aux temps To (= point de dĂ©part), T1 (= aprĂšs t1), T2 (aprĂšs t1 + t2) etc., sur L-l et sur L2 (en considĂ©rant L1 = L2 ou une partie seulement de L1 Ă©gale Ă  LÇ). Appelons Ro, R1, R2, etc. les

rencontres dĂ©jĂ  effectuĂ©es sur L1 aux temps To, T1, etc. et R’o, R\, R’2 les rencontres effectuĂ©es sur L2 aux mĂȘmes instants. Appelons enfin N’2, N,3, etc. les rencontres non encore effectuĂ©es sur L2 (correspondant aux N2, N3, etc. sur L1 des prop. 28 et 29). Nous aurons ainsi, en vertu des prop. 28 et 29 :

(31) Ro = N— N = 0 R’o = N— N = 0

R1 = N— No R,1 = N— N,2

R2 = (N— N2)-N3 R’2 = (N— N,o)-N,3


etc. 
etc.

Ce tableau nous fournit donc la diffĂ©rence Rn— R,n des rencontres dĂ©jĂ  effectuĂ©es sur L1 et sur L2 aux diffĂ©rents moments T’a 1 Tl ; T2 ; etc., du processus, et il est essentiel de noter que les diffĂ©rences ne demeurent en principe pas les mĂȘmes Ă  ces divers instants puisque les vitesses d’accroissement du nombre des rencontres, fonctions de a et de ÎČ, peuvent diffĂ©rer. Il en rĂ©sulte ce fait fondamental que le couplage complet n’augmente ni ne diminue en probabilitĂ© de façon monotone, mais est susceptible de variations qu’il s’agit maintenant de caractĂ©riser.

Nous pouvons alors dĂ©finir le « couplage complet » de maniĂšre plus prĂ©cise que prĂ©cĂ©demment par le nombre des correspondances 1 Ă  n entre les points de rencontre sur L1 et les points de rencontre sur L2. Nous conviendrons de recourir Ă  la correspondance 1 Ă  n (ou co-univoque) et non pas 1 Ă  1 (bi-univoque et rĂ©ciproque), puisque le rĂŽle des diffĂ©rences se traduit, dans la loi des centrations relatives par l’expression multiplicative (L1-L2)L2 et non pas par ∆1— L2 sans plus. Nous aurons donc, si nous appelons CC les couplages complets et CI les couplages incomplets et si Rn = R au temps Tn :

(32) CC = R,,2 si R„ > R’n ou CC = R,n2 si R’ > R et (33) CI = R,,2-R11(R — R’„) si Rn > R’n

De ces trois propositions 31-33 nous pouvons alors tirer quelques consĂ©quences importantes. Etant admis qu’il existe une « erreur Ă©lĂ©mentaire II » ou surestimation relative et non plus absolue des Ă©lĂ©ments A centrĂ©s, rappelons encore que cette erreur II est donc fonction des couplages incomplets CI (prop. 33), tandis que les couplages complets CC signifient que l’erreur Ă©lĂ©mentaire I est la mĂȘme pour L1 et pour L2 et qu’il n’intervient donc pas de surestimation relative.

(1) Cela dit, nous constatons d’abord que la diffĂ©rence Rn— R,n est nulle au dĂ©part (Ro— R,o = 0) et par consĂ©quent qu’un couplage complet est en premier lieu d’autant plus pro-

bable que le nombre des rencontres est moins Ă©levĂ©. Du point de vue expĂ©rimental, cela entraĂźne donc cette consĂ©quence qu’une surestimation relative doit ĂȘtre dans la rĂšgle affaiblie aux temps les plus courts de prĂ©sentation tachistoscopique.

(2) D’autre part, si la valeur de ÎČ est distincte de celle de « la diffĂ©rence Rn— R’n croĂźtra plus ou moins rapidement aux temps Tl ; T2∙,∙etc. c’est-Ă -dire dans la partie montante de l’exponentielle correspondant aux prop. 28 et 29. En d’autres termes, la probabilitĂ© de couplage complet diminuera durant une phase correspondant Ă  l’augmentation rapide des R„ et des R’n-

(3) Par contre, au fur et Ă  mesure que le nombre des Ă©lĂ©ments non encore rencontrĂ©s Nn et N,n diminue et que les rencontres dĂ©jĂ  effectuĂ©es Rn et R\ ne s’accroissent donc plus que lentement (ce qui correspond au plateau des exponentielles, c’est-Ă -dire Ă  la partie voisine de l’asymptote), la probabilitĂ© de couplage complet tend Ă  nouveau Ă  croĂźtre, et cette fois dans la mesure oĂč le nombre des rencontres est le plus Ă©levé !

(3 a) Les deux accroissements de Rn et de R’n Ă©tant dĂ©calĂ©s, leurs valeurs respectives peuvent ne jamais se rejoindre si l’on en demeure aux temps moyens d’exposition ou qu’il intervienne une raison systĂ©matique pour que l’un des deux L soit toujours plus centrĂ© ou « rencontré » que l’autre. Seulement, mĂȘme ainsi, la diffĂ©rence stabilisĂ©e prĂ©sente une probabilitĂ© supĂ©rieure de couplage relativement complet que ce n’est le cas durant la croissance des R et des R’n.

(3 b) Mais, dans la mesure oĂč un temps suffisant est laissĂ© Ă  toutes les explorations de la figure, les rencontres totales R„ et R,n finiront par coĂŻncider si tous les Ă©lĂ©ments rencontrables N ont Ă©tĂ© rencontrĂ©s (ce qui signifie, puisque le dĂ©coupage de L en N est arbitraire, si les rencontres sont devenues homogĂšnes sur les deux Ă©lĂ©ments L Ă  comparer).

(3 c) En outre, si L1 = L2, il existe une forte probabilitĂ© (du moins s’ils sont orientĂ©s dans le mĂȘme sens ou font partie d’une figure fermĂ©e) pour que le couplage entre eux devienne finalement « complet » (par opposition Ă  Ll> L2).

(4) Or, si ces consĂ©quences (1) Ă  (3) sont vraies, cela signifie que, entre la rĂ©gion initiale (1) oĂč la probabilitĂ© de couplage complet est relativement grande et la rĂ©gion finale (3) oĂč elle redevient plus grande, il doit y avoir dans la rĂ©gion intermĂ©diaire (2) un point oĂč la diffĂ©rence Rn— R,n est maximale et oĂč

par consĂ©quent on observe un maximum de couplage incomplet CI, c’est-Ă -dire en fait de surestimation relative. C’est Ă  ce propos, en particulier, que l’analyse tachistoscopique peut ĂȘtre dĂ©cisive et nous verrons effectivement (§ 6) qu’elle confirme en rĂšgle gĂ©nĂ©rale cette maniĂšre de prĂ©senter les choses.

En résumé, nous pouvons donc écrire comme suit les probabilités de rencontre et de couplage sur les éléments figuraux E1 et L2 :

(a) Probabilité des rencontres sur L1 durant un temps t par unité de longueur :

(34) l-(l-PL,)"t

ou pL1 est la probabilité des rencontres sur Lx et n le nombre des rencontres par unité de temps I.

(b) ProbabilitĂ© des rencontres sur L2 par unitĂ© de longueur : (34 bis) 1— (1— PÎč, ,)"t

(c) Probabilité des couplages incomplets entre Li et L2 par unité de longueur1 :

(35) P = N (1— pL]) »t_N^ (l-PlJ »t

oĂč Nx et N2 sont les frĂ©quences des rencontres sur Lx et-L2.

Mais il nous reste Ă  prĂ©ciser que les couplages relativement complets dont la probabilitĂ© est grande pour peu de rencontres (cf. commentaire de la prop. 33 sous n° 1) et ceux dont la probabilitĂ© redevient grande pour un nombre Ă©levĂ© de rencontres (cf. mĂȘme commentaire sous n° 3 et 3 b) ne sont pas de mĂȘme nature. Les couplages initiaux pour peu de rencontres, donc aux temps trĂšs courts de prĂ©sentation ne constituent que les correspondances 1 Ă  n de fait entre les « rencontres » dues aux centrations du sujet, sans que le couplage comporte ainsi de la part du sujet d’activitĂ©s distinctes de celles des centrations. Au contraire les couplages terminaux correspondant Ă  un nombre Ă©levĂ© de rencontres, et qui consistent donc en une homogĂ©nĂ©isation du nombre des rencontres sur les deux Ă©lĂ©ments L Ă  comparer, rĂ©sultent d’une activitĂ© proprement dite du sujet constituĂ©e par des explorations de plus en plus systĂ©matiques et surtout par des « transports » attachĂ©s aux mouvements du regard qui relient L1 Ă  L2 et rĂ©ciproquement.

C’est cette dualitĂ© de nature entre ce que nous appellerons les « couplages automatiques » (correspondant aux faibles

1 Voir la fig. 35 au § 6 de ce chap.

effets de centration lorsque les couplages sont encore presque « complets » et aux forts effets de centration lorsqu’ils deviennent de moins en moins complets) et les « couplages actifs » (correspondant Ă  une « dĂ©centration » progressive c’est-Ă -dire Ă  une coordination graduelle des centrations), qui explique la variation dans les probabilitĂ©s du couplage complet entre Toet des remps de plus en plus longs.

C’est enfin l’existence de ces « couplages actifs » tendant Ă  l’homogĂ©nĂ©isation des rencontres sur L1 et sur L2 qui explique pourquoi les illusions primaires tendent Ă  diminuer avec l’ñge, en fonction du progrĂšs des activitĂ©s exploratrices et du nombre des transports liĂ©s Ă  une exploration oculo-motrice plus poussĂ©e et plus systĂ©matique. 11 est fort difficile, en effet, de dĂ©cider si 1’« erreur Ă©lĂ©mentaire I », due au seul accroissement des rencontres sur un Ă©lĂ©ment L unique, diminue ou non avec l’ñge, puisque, pour la mesurer, il faut faire intervenir un mesurant Lm par rapport auquel ia surestimation sur L devient ipso facto relative (erreur Ă©lĂ©mentaire II). Certaines raisons tirĂ©es de l’analyse tachistoscopique inclineraient au contraire Ă  faire penser que les rencontres croissent plus rapidement avec l’ñge 1 au moins pour ces temps trĂšs courts de prĂ©sentation. Mais l’erreur Ă©lĂ©mentaire II (surestimation relative et non plus absolue) diminue certainement avec l’ñge et entraĂźne l’affaiblissement gĂ©nĂ©ral des illusions dites pour cette raison « primaires ». Or, c’est cette diminution qui, dans notre schĂ©ma, s’explique par les progrĂšs des « couplages actifs », autrement dit de la dĂ©centration. Il en va naturellement de mĂȘme de la diminution des illusions primaires avec la rĂ©pĂ©tition ou l’exercice (cf. chap. III § 2). Ainsi le schĂ©ma des rencontres et des couplages qui vient d’ĂȘtre dĂ©veloppĂ© comporte des confirmations possibles relevant non pas seulement de la mĂ©thode tachistoscopique (cf. le § 6 de ce chap.) mais encore de l’analyse gĂ©nĂ©tique en gĂ©nĂ©ral, de celle des effets de rĂ©pĂ©tition ou d’exercice et enfin de l’examen des variations des effets d’exercice avec l’ñge. Il s’y ajoute les faits commentĂ©s dans la Remarque suivante.

Remarque. —   En ce qui concerne la nĂ©cessitĂ© de traduire les effets de centration en probabilitĂ©s de « rencontres » et de « couplages » complets ou incomplets (et cela indĂ©pendamment du schĂ©ma probabiliste particulier que nous avons adoptĂ©), il faut citer la dĂ©valuation des espaces vides (lignes virtuelles) par opposition aux espaces pleins (lignes dessinĂ©es). Madame

1 Au sens d’une augmentation plus rapide de leur nombre par unitĂ©s successives de temps.

Masucco-Costa a fait Ă  cet Ă©gard une sĂ©rie de mesures Ă  notre laboratoire, qui confirment la gĂ©nĂ©ralitĂ© de ce phĂ©nomĂšne1. On sait en outre que deux traits pleins situĂ©s sur une mĂȘme horizontale et sĂ©parĂ©s par un intervalle vide de mĂȘme longueur paraissent plus longs que cet intervalle (par exemple pour des segments pleins ou vides de 4 cm). De mĂȘme un trait continu de 7,5 cm paraĂźt plus long que la mĂȘme longueur occupĂ©e par deux traits de 2,5 cm sĂ©parĂ©s par un intervalle vide Ă©gal, et surtout un trait continu de 6 cm paraĂźt plus long que trois traits discontinus de 1,2 cm sĂ©parĂ©s par deux intervalles de mĂȘme longueur. En ce dernier cas, on obtient un renversement de l’illusion des espaces divisĂ©s (Oppel) dĂ» Ă  l’intervention d’espaces vides, sur lequel nous avons insistĂ© ailleurs.2

Or de tels faits paraissent difficiles Ă  interprĂ©ter dans l’hypothĂšse oĂč les distances s’évaluent en termes de simples lieux rĂ©tiniens. Les erreurs sur l’intervalle vide ne s’expliquent donc, nous semble-t-il, que dans la mesure oĂč le champ de centration se dĂ©compose en un certain nombre de « rencontres », celles-ci Ă©tant alors plus nombreuses sur les Ă©lĂ©ments figurĂ©s que sur les intervalles. Dire que les traits pleins constituent des Ă©lĂ©ments « figuraux » et les intervalles un simple « fond » ne change rien Ă  l’affaire, car si les figures ont d’autres propriĂ©tĂ©s que le fond sur lequel elles se dĂ©tachent, c’est prĂ©cisĂ©ment parce qu’on s’attache davantage aux figures, donc qu’on les « rencontre » mieux. Or, dans le cas de deux traits de 4 cm sĂ©parĂ©s par un intervalle Ă©gal, on a beau centrer du regard le milieu de l’intervalle vide, on continue de percevoir les traits pleins plus longs (quoique situĂ©s en pĂ©riphĂ©rie) : cette contradiction avec l’effet habituel de centration ne saurait alors s’expliquer que par une hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© de « rencontres », celles-ci s’attachant davantage aux Ă©lĂ©ments figurĂ©s qu’aux espaces dĂ©pourvus d’élĂ©ments accessibles. De tels faits semblent donc exiger Ă  la fois l’hypothĂšse des « rencontres » et celle de leur hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© possible, donc des « couplages » incomplets.

§ 3. La centration et le renforcement des inégalités
dimensionnelles.

Etant admis (§ 1) qu’il existe, mĂȘme Ă  l’égard de lignes de longueurs Ă©gales, des surestimations et sous-estimations dĂ©pendant de la seule centration (sous les divers aspects distinguĂ©s

1 Archivio di Psicol. neurol. e psichiatr., vol. 10 (1949), pp. 377-388.

2 Quelques illusions géométriques renversées, Rev. Suisse de Psychol., 11 (1952), pp. 19-25.

au § 1 ), et Ă©tant admis par hypothĂšse que ces dĂ©formations dimensionnelles s’expliquent par le schĂ©ma des « rencontres » et des « couplages », le problĂšme est maintenant d’établir si et Ă  quelles conditions ce fait gĂ©nĂ©ral de la surestimation par centration et son modĂšle abstrait des « rencontres » et des « couplages » sont susceptibles de rendre compte du phĂ©nomĂšne fondamental’selon lequel les inĂ©galitĂ©s dimensionnelles sont perceptivement toujours renforcĂ©es (sauf au niveau du seuil, que nous examinerons au § 5); c’est-Ă -dire du phĂ©nomĂšne selon lequel, si l’on a objectivement A < B, alors on aura perceptivement B(A) > B (soit B comparĂ© Ă  A paraĂźt plus long que B isolĂ©).

D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, entre la surestimation par centration et la surestimation du plus grand de deux Ă©lĂ©ments inĂ©gaux, il ne peut qu’y avoir parenté : puisque les illusions optico-gĂ©omĂ©triques sont modifiĂ©es par les changements de points de centration, quantitativement et parfois qualitativement (nous l’avons entrevu Ă  la fin du § 13 du chap. I, pour la figure d’Oppel et en verrons d’autres exemples au § 6 de ce chap. II), il faut bien que les deux sortes de dĂ©formations dimensionnelles comportent quelque Ă©lĂ©ment commun. Or, si c’est le cas, il semble que les surestimations par centration doivent expliquer les renforcements d’inĂ©galitĂ©s dimensionnelles et non pas l’inverse, du fait que les premiĂšres sont plus gĂ©nĂ©rales et qu’on voit bien comment en dĂ©river les secondes, tandis que la filiation dans l’autre sens ne serait guĂšre intelligible.

Dans les grandes lignes, on comprend, en effet, immĂ©diatement comment la surestimation par centration conduit Ă  surestimer le plus grand de deux Ă©lĂ©ments comparĂ©s, mais naturellement Ă  une premiĂšre condition, qui est d’admettre que les surestimations de 4 et de B seront en gros proportionnelles Ă  leur longueur. En ce cas, si par exemple A = 50 mm et B = 60 mm et que le coefficient de surestimation (par centration alternĂ©e sur A et sur B) est de 0,1, on aura subjectivement A = 55 et B = 66, soit une diffĂ©rence apparente de 1,1 mm au lieu de 1,0, ce qui explique dĂ©jĂ  en partie le renforcement de la diffĂ©rence perçue.

Mais alors, le mesurant M lui-mĂȘme (= une droite, si A et B sont deux droites inĂ©gales) sera Ă  son tour surestimĂ© de 0,1 lorsqu’il sera centrĂ© (ce que montre 1’« erreur de l’étalon ») ; et, si A, B et M sont constamment (ou alternatiement mais avec une moyenne constante ou une Ă©galisation progressive) surestimĂ©s dans les mĂȘmes proportions, on n’éprouvera plus aucune

illusion, car, comme l’a dit depuis longtemps dĂ©jĂ  H. PoincarĂ©, si les dimensions de tous les objets de l’univers Ă©taient multipliĂ©es par n, nous n’aurions aucun moyen de nous en apercevoir.

11 nous faut donc admettre simultanément ces deux propositions :

(a) Qu’en rĂšgle gĂ©nĂ©rale les surestimations sont proportionnelles aux grandeurs des Ă©lĂ©ments perçus (ce qui nous sera en particulier nĂ©cessaire pour expliquer la loi de Weber).

(b) Mais que le coefficient de surestimation est nĂ©anmoins susceptible de variations momentanĂ©es, notamment selon que B est comparĂ© Ă  un A plus court que lui ou qu’il est perçu Ă  l’état isolĂ© (= sĂ©parĂ© de A comme les M dont l’un est objectivement Ă©gal Ă  B).

L’explication proposĂ©e Ă  l’instant en premiĂšre approximation ne suffit donc pas Ă  elle seule Ă  rendre compte du renforcement des inĂ©galitĂ©s dimensionnelles B(A) > B (si B > A), car il reste Ă  comprendre pourquoi la diffĂ©rence entre B et A les modifie eux-mĂȘmes dans les cas oĂč ils sont perçus solidairement. Pour rĂ©soudre cette question, il faut alors complĂ©ter, en les prolongeant, les analyses du § 2 et chercher Ă  dĂ©terminer le mĂ©canisme de la surestimation dans le cas des comparaisons entre Ă©lĂ©ments L1 et L2 supposĂ©s cette fois inĂ©gaux.

Nous distinguerons Ă  cet Ă©gard trois hypothĂšses possibles, en partant du schĂ©ma des rencontres et des couplages (§ 2) selon que l’on attribue un nombre homogĂšne de rencontres (hypothĂšse 1) ou hĂ©tĂ©rogĂšne (hypothĂšses 11 et III) Ă  L1 et Ă  L2. Disons d’emblĂ©e que nous Ă©carterons la premiĂšre et ne dĂ©ciderons pas entre la seconde et la troisiĂšme (tout en marquant une prĂ©fĂ©rence pour cette derniĂšre), mais constaterons que les calculs leur correspondant respectivement aboutissent Ă  des rĂ©sultats Ă©quivalents en ce qui concerne l’explication du couplage des diffĂ©rences (∆1— L2)L2, c’est-Ă -dire la relation fondamentale intervenant dans la loi des centrations relatives.

I. La premiĂšre hypothĂšse reviendrait Ă  admettre que, au terme des explorations du regard (plusieurs centrations successives ou alternatives), les rencontres seraient rĂ©parties de façon homogĂšne sur L2f= A) et L1(= B > A), c’est-Ă -dire en mĂȘme nombre par unitĂ© absolue de longueur (soit x rencontres par cm sur L1 comme sur L2). En ce cas la surestimation de L1 ne serait pas due Ă  l’inĂ©galitĂ© des rencontres sur L2 et sur Lh mais uniquement Ă  l’asymĂ©trie des couplages. En un mot, les effets de centration (= rencontres) seraient responsables de la seule

« surestimation absolue » des Ă©lĂ©ments A(= L2), B(=Ll) et M, qui resterait proportionnellement la mĂȘme pour ces trois Ă©lĂ©ments (= mĂȘme coefficient de surestimation absolue). Mais la correspondance entre ces effets (= couplages) diffĂ©rerait selon que B est comparĂ© Ă  A(< B) ou Ă  M(= B) et entraĂźnerait en plus une « surestimation absolue », parce que ces correspondances ou couplages ne seraient pas les mĂȘmes entre Ă©lĂ©ments inĂ©gaux et entre Ă©lĂ©ments de longueurs Ă©gales.

En effet, si les rencontres sont homogĂšnes, les couplages sont symĂ©triques entre Ă©lĂ©ments Ă©gaux, tandis qu’ils ne le sont pas alors entre Ă©lĂ©ments inĂ©gaux. Si l’on compare B Ă  M dans la situation B = M avec n rencontres sur chacun, on aura en ce cas 1 Ă  n couplages pour chaque point de rencontre sur B reliĂ© aux n points sur M et rĂ©ciproquement 1 Ă  n couplages pour chaque point de M reliĂ© aux n points sur B : d’oĂč en tout n2 couplages. Au contraire, si l’on compare B Ă  A (oĂč A < B), avec n points de rencontres sur B et n’ sur A (oĂč n’ < n), les couplages de A seront de 1 Ă  n et ceux de B de 1 Ă  n’, ce qui est asymĂ©trique et comporte plus de liaisons sur A que sur B. On pourrait alors admettre que, si A et B donnent lieu Ă  la mĂȘme surestimation absolue (mĂȘme coefficient), il y a nĂ©anmoins surestimation relative de B parce que B Ă©tant reliĂ© Ă  A par moins de couplages que A Ă  B (1 Ă  n’ contre 1 Ă  n), B est plus dilatable subjectivement et est perçu diffĂ©remment en cette situation que lorsqu’il est comparĂ© Ă  M (oĂč l’on a 1 Ă  n couplages dans les deux sens).

Cette hypothĂšse I, vers laquelle nous nous orientions jadis1, prĂ©sente l’avantage de comporter comme consĂ©quence une surestimation gĂ©nĂ©rale et automatique des Ă©lĂ©ments les plus grands (L1 par rapport Ă  L2)∙ Mais c’est aussi ce qui la condamne, parce que nous avons appris depuis (par les expĂ©riences sur les effets de rĂ©pĂ©tition ou sur ceux des durĂ©es trĂšs courtes de prĂ©sentation) qu’on parvient parfois Ă  annuler toute erreur avec l’exercice et que les illusions peuvent ĂȘtre trĂšs faibles aux temps les plus courts.

II-III. Les hypothĂšses II et III conservent cette distinctio.∙. entre la « surestimation absolue », due au nombre des rencontres, et la « surestimation relative » due aux couplages c’est-Ă - dire Ă  la correspondance entre les rencontres. Mais elles admettent l’une et l’autre qu’il y a hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© des rencontres sur le plus grand Ă©lĂ©ment L1(= B) et sur le plus petit L2(= A),

1 Rech. XXII.

de telle sorte que, pour l’une et l’autre, l’élĂ©ment L1 prĂ©senterait une plus grande surestimation absolue quand il est centrĂ© en mĂȘme temps que L2. En ce cas la surestimation relative se bornerait Ă  traduire en termes de correspondance (couplages) cette hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© des rencontres, donc Ă  exprimer l’inĂ©galitĂ© de ces surestimations absolues. Il n’en demeurerait pas moins nĂ©cessaire de distinguer les surestimations absolues (variables selon que B est comparĂ© Ă  A ou est isolĂ©) et les surestimations relatives (= relation ou correspondance entre surestimations absolues = couplages entre rencontres) mais il existerait alors entre elles deux une liaison plus simple que dans l’hypothĂšse I.

La seule diffĂ©rence entre les hypothĂšses 11 et III est, d’autre part, que les « rencontres » seraient Ă  calculer par unitĂ©s absolues de longueurs dans l’hypothĂšse II (= nombre par cm ou mm, sur L1 comme sur L2), tandis que, dans l’hypothĂšse III, elles seraient rĂ©parties par unitĂ©s relatives ou fractions de L1et de L2 (= nombre par quart ou dixiĂšme de L1 comme de L2indĂ©pendamment de la valeur absolue de ces quarts ou dixiĂšmes). En d’autres termes, la densitĂ© des rencontres serait une « densitĂ© absolue » dans l’hypothĂšse II (la « mĂȘme densité » signifierait le mĂȘme nombre par cm ou mm), tandis qu’elle demeurerait une « densitĂ© relative » dans l’hypothĂšse III (la « mĂȘme densité » signifierait le mĂȘme nombre pour une mĂȘme fraction de L1 ou de L2).

H. Dans l’hypothĂšse II, l’élĂ©ment L1 (= B) serait donc davantage centrĂ© et « rencontré » (= nombre de rencontres par unitĂ©s absolues de longueur) que l’élĂ©ment L2(= A ; < B), lorsqu’il est perçu en mĂȘme temps que ce dernier, tandis qu’il serait moins « rencontré » et moins surestimĂ© (absolument) lorsqu’il serait perçu Ă  l’état isolĂ© (sous la forme M ; = B). La surestimation relative du plus grand Ă©lĂ©ment (L1) proviendrait donc du fait que, quand il est perçu solidairement avec L2(<L1), il attirerait davantage le regard ou l’attention, ce qui provoquerait une « densitĂ© absolue » de rencontres supĂ©rieure sur lui que sur L2. A l’état isolĂ© au contraire, par exemple sous la forme M(= B), il ne donnerait lieu qu’à une densitĂ© absolue moyenne de rencontres (par exemple intermĂ©diaire entre la densitĂ© absolue sur B et la densitĂ© absolue sur A quand B et A sont liĂ©s perceptivement).

L’inconvĂ©nient, au moins apparent, de cette interprĂ©tation est que, si l’erreur par surestimation relative de L1 (= B) n’est plus conçue comme inĂ©vitable comme c’est le cas dans l’hypothĂšse I, elle

semble au contraire devenir trop instable : en effet, si la surestimation de B par rapport Ă  A n’est due qu’à un excĂšs de centrations ou de rencontres sur B, il suffirait, semble-t-il, d’une fixation prolongĂ©e sur A pour entraĂźner une compensation croissante, donc une extinction de l’illusion. C’est pourquoi nous tenons Ă  faire Ă©galement l’hypothĂšse 111, car si la densitĂ© des rencontres est considĂ©rĂ©e comme relative, au sens indiquĂ© Ă  l’instant (sous 11-111), et cesse d’ĂȘtre « absolue », la compensation exacte, ou « homogĂ©nĂ©itĂ© relative » des rencontres, devient beaucoup plus malaisĂ©e et l’hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© en faveur de L1 (= B) beaucoup plus stable. Mais mĂȘme Ă  en rester Ă  l’hypothĂšse 11, il n’est pas prouvĂ© que si la surestimation relative de B tient Ă  une plus grande surestimation absolue, donc Ă  un excĂšs de centration ou de rencontres, l’erreur soit si instable : traduites en termes d’accroissements logarithmiques (comme il a Ă©tĂ© admis au § 2), les rencontres sur Z,1(> L2) et sur L2 peuvent diffĂ©rer beaucoup en « densitĂ© absolue » au dĂ©part (= Ă  premiĂšre inspection de la figure en vision libre), diminuer leur diffĂ©rence dans la suite, puis aboutir Ă  une diffĂ©rence plus faible mais relativement stable au niveau des plateaux (rĂ©gions voisines de l’asymptote) des deux exponentielles. En effet, si L1 > L2> rien n’exclut que L1 demeure avantagĂ© jusqu’au terme, et que mĂȘme une centration sur L2 s’accompagne d’une Ă©vasion apprĂ©ciable des « rencontres » sur L1, puisque si et L2 sont perceptivement proches, l’un des deux ne peut ĂȘtre perçu sans l’autre et que L2 est le plus petit des deux.

Cherchons donc Ă  mettre en forme cette hypothĂšse 11 pour pouvoir ensuite la comparer Ă  l’hypothĂšse III du point de vue des rĂ©sultats du calcul et de l’explication du couplage des diffĂ©rences (L1— L2)L2.

(1) Deux Ă©lĂ©ments linĂ©aires inĂ©gaux L1> L2 comportent N « élĂ©ments rencontrables » (cf. prop. 28-29 du § 2) sur L1 et N’(< N) « élĂ©ments rencontrables » sur L2. Les nombres N et Nr sont calculĂ©s en tant que proportionnels aux longueurs absolues de L1 et de L2, soit n par cm ou mm sur L1 comme sur L2(le nombre n restant arbitrairement choisi) : d’oĂč N = nLx et N’ = ∏L2.

(2) L’hypothĂšse II est d’abord que la longueur apparente de Ll et de L2 est fonction du nombre des Ă©lĂ©ments effectivement rencontrĂ©s parmi ces Ă©lĂ©ments rencontrables, ainsi conçus comme des segments Ă©lĂ©mentaires de mĂȘmes longueurs absolues. En d’autres termes, si L1 = x L2, il suffirait, pour qu’ils donnent lieu Ă  une mĂȘme surestimation absolue proportionnelle Ă  leur longueur (donc de mĂȘme coefficient) qu’un mĂȘme nombre de rencontres soit distribuĂ© sur les mĂȘmes unitĂ©s absolues de L1 et de L2 (par exemple n par cm ou mm). C’est ce que nous appellerons une « égalitĂ© de densitĂ© absolue ».

(3) Par contre, et toujours selon l’hypothĂšse 11, si L1 est perçu Ă  proximitĂ© de L2, il suffira pour que L1 comporte une surestimation absolue plus forte que L2, qu’il prĂ©sente un nombre absolu plus Ă©levĂ© de rencontres par unitĂ© (absolue Ă©galement) de longueur : par exemple n par cm sur Ll et n\< n) par cm sur L2. C’est ce que nous appellerons une inĂ©galitĂ© de densitĂ© absolue.

(4) En ce cas les couplages seraient « incomplets » entre L1 et L2, et L1 prĂ©senterait ipso facto une « surestimation relative » par rapport Ă  L2. En effet, si nous appelons n le nombre de rencontres par unitĂ© absolue de longueur sur L1 et que ce nombre n est le mĂȘme par unitĂ© absolue de longueur sur L2, l’élĂ©ment Ll Ă©tant d’autre part de grandeur x et L2 de grandeur y, un « couplage complet » correspondrait alors Ă  nx×ny = n2xy. Par contre si les densitĂ©s sont inĂ©gales et que l’on a n rencontres par unitĂ© absolue de longueur sur L1 et n’(< n) par unitĂ© sur L2, le couplage est incomplet et prĂ©sente la valeur {nx×n’y) = (nn’xy) < n2xy.

(5) L’inĂ©galitĂ© de densitĂ© absolue entre n et n’ par unitĂ© Ă©tant ainsi fonction de l’inĂ©galitĂ© de longueur entre L1 et L2 la surestimation relative de L1 correspond alors aux couplages (L1— L2)L2 c’est-Ă -dire aux couplages totaux (M,)LxL2 moins les couplages entre L2 et la partie de Λ1 Ă©gale Ă  L2, dont la valeur est (π,2 L2)2. Soit :

(36) [(L1— L2)L2 = L1L2— L22] × [(n— n’)n’ = nn’— n’2] =

(nL1— n,L2)π,L2 = nn,L1L2— (n,L2)2

Ce dernier calcul ne nous dit naturellement pas de combien sera la surestimation relative de L1 puisque celle-ci dĂ©pend des surestimations absolues n et n’ (erreurs Ă©lĂ©mentaires I) et de leur diffĂ©rence (erreur Ă©lĂ©mentaire II). Mais il nous apprend que, pour une valeur donnĂ©e de n’, si les couplages entre Ă©lĂ©ments L Ă©gaux sont homogĂšnes (mĂȘme densitĂ© absolue), ce qui donnerait (π, L2)2 pour L2 (et plus simplement L22 en comptant une rencontre par unitĂ© de longueur), et si les couplages entre Ă©lĂ©ments L inĂ©gaux sont hĂ©tĂ©rogĂšnes (inĂ©galitĂ© de densitĂ© absolue), ce qui donnerait nn,L1L2t alors la surestimation relative de L1 par rapport Ă  L2 est de nn’ L1L2— (n,L2)2 — (nL1— n,L2)n,L2.

C’est cette hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© des couplages dans le cas de la perception simultanĂ©e d’élĂ©ments inĂ©gaux (et cette hĂ©tĂ©rogĂ©-

nĂ©itĂ© signifierait donc simplement, dans l’hypothĂšse II, une inĂ©galitĂ© d’ans la densitĂ© absolue des rencontres sur L1 et sur L2) qui expliquerait ainsi la surestimation relative de l’élĂ©ment L le plus grand (L1) et qui rendrait alors compte de l’expression fondamentale (Lr— L2)L2 propre Ă  la loi des centrations relatives.

Mais les calculs (1) Ă  (5) demeurent relatifs Ă  l’hypothĂšse II, c’est-Ă -dire Ă  la supposition que les rencontres sur Ll et sur L2 se distribuent en fonction des unitĂ©s absolues de longueur. Il reste donc Ă  examiner ce que donnerait le calcul correspondant dans l’hypothĂšse III, c’est-Ă -dire si cette distribution est fonction des unitĂ©s relatives ou fractions des longueurs L1 et L2.

III. L’hypothĂšse III, que nous mettrons en forme Ă  l’instant, conserve la dictinction entre le nombre des rencontres, source de « surestimation absolue » et les correspondances ou couplages entre ces rencontres. Mais elle revient Ă  considĂ©rer la « surestimation absolue » (ou allongement apparent de l’élĂ©ment centrĂ©) comme Ă©tant dĂ©jĂ  relative en un sens : en ce sens que le nombre des rencontres serait fonction, non pas du nombre des unitĂ©s absolues de longueur des Ă©lĂ©ments centrĂ©s (ce qui donnerait, Ă  densitĂ© Ă©gale comme dans l’hypothĂšse I, 20 fois plus de rencontres sur une ligne de 20 cm que sur une ligne de 2 cm ; et Ă  densitĂ© inĂ©gale comme dans l’hypothĂšse II, plus de 20 fois plus de rencontres sur la premiĂšre ligne que sur la seconde), mais de leurs unitĂ©s relatives ou fractions (par exemple n rencontres par tiers ou par dixiĂšme de la longueur totale de L1 comme de L2 en cas d’égales « densitĂ©s relatives »). Si nous appelons « densitĂ© relative » le nombre des rencontres par unitĂ© relative (mĂȘme fraction de L pour L1 que pour L2)> ∙a surestimation relative de L1 s’expliquerait donc simplement, dans cette hypothĂšse III, par une plus forte densitĂ© relative des rencontres sur Ll que sur L2 : soit n rencontres par Lx∕f (oĂč Lx∕f est une fraction arbitrairement choisie) et n’ rencontres (oĂč n’ < n) par L2∕f (oĂč 1// est la mĂȘme fraction que celle qui a Ă©tĂ© choisie pour L1).

La signification de cette hypothĂšse III est la suivante. Dans l’hypothĂšse II l’estimation de la longueur d’une droite L est directement fonction du nombre des rencontres sur cette droite, indĂ©pendamment d’une estimation globale par l’angle visuel, ou, si celle-ci intervient, elle engendrerait automatiquement un nombre de rencontres, non seulement proportionnel Ă  la valeur de cet angle (estimation absolue, sans comparaisons), mais

encore croissant en fonction de l’agrandissement de cet angle (surestimation relative, dans les comparaisons). Or, cela peut ĂȘtre vraisemblable dans le cas oĂč les Ă©lĂ©ments « rencontrants » sont les segments Ă©lĂ©mentaires de L et oĂč les Ă©lĂ©ments « rencontrĂ©s ». sont les Ă©lĂ©ments des organes rĂ©cepteurs, par exemple les cellules nerveuses de la rĂ©tine ou du cortex visuel. Mais si les Ă©lĂ©ments « rencontrants » sont relatifs au sujet et Ă  son exploration active et que les Ă©lĂ©ments « rencontrĂ©s » sont relatifs Ă  la ligne L explorĂ©e, il est bien plus vraisemblable : (1) que la longueur de l’élĂ©ment L perçu soit d’abord anticipĂ©e globalement selon l’angle visuel, donc selon le secteur du champ visuel que cet Ă©lĂ©ment occupe ; et (2) que les centrations soient ensuite distribuĂ©es dans le dĂ©tail par fractions de cet angle visuel (on n’explore pas de la mĂȘme maniĂšre une droite de 20 cm et une droite de 2 cm, toutes deux perçues Ă  la distance habituelle de la lecture). En ce dernier cas, la longueur de L serait Ă©valuĂ©e dĂ©finitivement (c’est-Ă -dire aprĂšs le passage de l’estimation globale anticipĂ©e Ă  l’estimation dĂ©taillĂ©e fondĂ©e sur l’exploration) en fonction des centrations ou rencontres distribuĂ©es d’aprĂšs cette longueur anticipĂ©e, c’est-Ă -dire par fraction de l’angle visuel (ou de la longueur de L) et non plus par unitĂ©s absolues de longueur. Il deviendrait alors naturel que l’élĂ©ment Lx le plus long soit surestimĂ© par rapport Ă  L2 (< L1), en cas de perception simultanĂ©e avec proximitĂ© de L1 et de L2, Ă  cause d’une « densitĂ© relative » plus grande des rencontres sur L1 que sur L2 : dans le cas de L1 = 20 cm et L2 = 2 cm, cela signifierait donc simplement que, si l’on a n’ rencontres par quart de L2, par exemple, (donc par 0,5 cm), on aurait n(> n’) rencontres par quart de L1 (= par 5 cm). Au contraire, si LlisolĂ© est comparĂ© Ă  un mesurant M de mĂȘme longueur (20 cm) il n’y aurait plus de surestimation relative, parce que les rencontres seraient distribuĂ©es en mĂȘmes proportions pour des fractions (de L1 et de M) de mĂȘmes grandeurs absolues.

L’avantage de cette hypothĂšse est en outre de rendre directement compte de ce que nous appellerons « centrations enveloppantes » Ă  propos des expĂ©riences tachistoscopiques (§ 6), c’est-Ă -dire les centrations qui, Ă  partir d’un point de fixation obligĂ©e, embrassent les relations gĂ©nĂ©ratrices d’une illusion, donc l’ensemble des Ă©lĂ©ments dĂ©formants et dĂ©formĂ©s d’une figure. 11 est remarquable, par exemple, qu’en faisant centrer l’horizontale sur une figure en Ă©querre (l) Ă  0,02-0,1 sec, on obtienne quand mĂȘme une surestimation de la verticale chez l’adulte, alors que les enfants de 5-6 ans surestiment en ces conditions l’horizontale suivant ce que l’on attend de la centration simple. Or, comme en vision libre avec mouvements ocu-

laires,1 l’adulte centre surtout le sommet de la verticale, tandis qu’il fixe l’horizontale prĂšs de son point de jonction (avec la verticale), il semble que, mĂȘme avec fixation oblique sur l’horizontale, il distribue ses effets dĂ©formants d’une maniĂšre analogue, sans doute sous l’action de l’attention. En de tels cas, et d’autres semblables, la densitĂ© des effets ne semble nullement uniforme, et il est donc vraisemblable qu’elle varie en fonction de la longueur des Ă©lĂ©ments, ou, en cas d’égalitĂ©, avec leur position en fonction des coordonnĂ©es perceptives (ce dernier facteur Ă©tant alors « secondaire » : voir chap. III § 4).

En bref, et compte tenu du cadre gĂ©nĂ©ral d’évaluation fourni par les angles visuels, l’avantage de l’hypothĂšse III est donc de faire directement dĂ©pendre le dĂ©tail des estimations de longueurs de la densitĂ© relative des effets partiels de centration, c’est-Ă -dire des « rencontres », Ă  dĂ©faut de quoi l’on reviendrait tĂŽt ou tard Ă  faire correspondre ces estimations aux distances entre les « rencontres » et Ă  considĂ©rer celles-ci comme de simples « signes locaux » au sens de la psychologie du XIXe siĂšcle.

Cherchons donc Ă  mettre en forme cette hypothĂšse en parallĂšle avec l’hypothĂšse II et en utilisant Ă  nouveau le schĂ©ma gĂ©nĂ©ral des rencontres et des couplages du § 2 :

(1) Deux Ă©lĂ©ments linĂ©aires inĂ©gaux L1>L2 comportent chacun N « élĂ©ments rencontrables » (cf. prop. 28-29 du § 2) calculĂ©s en tant que fractions de L↑ comme de L2 (en nombre arbitraire : dix dixiĂšmes ou mille milliĂšmes, etc.).

(2) L’hypothĂšse III est d’abord que la longueur apparente de L1 ou de L2 est fonction du nombre des Ă©lĂ©ments effectivement rencontrĂ©s parmi ces Ă©lĂ©ments rencontrables et cela quelle que soit la longueur absolue de ceux-ci (pour autant naturellement que L1 et L2 soient l’un comme l’autre intĂ©rieurs aux frontiĂšres d’un seul champ initial de centration, ce qui n’exclut pas plusieurs centrations ultĂ©rieures et distinctes, mais ce qui exclut les « transports » Ă  distance). En d’autres termes, si Ll = xL2il suffirait, pour qu’ils donnent lieu Ă  une mĂȘme surestimation absolue proportionnelle Ă  leur longueur (donc de mĂȘme coefficient), qu’un mĂȘme nombre de rencontres soit distribuĂ© sur les mĂȘmes fractions de Lx et de L2 (par exemple n par dixiĂšmes de la longueur totale de chacun d’eux). C’est ce que nous appellerons « égalitĂ© de densitĂ© relative ».

(3) Par contre et toujours selon l’hypothĂšse, si Lλ est comparĂ© Ă  L2 (ou perçu en proximitĂ© immĂ©diate, mĂȘme sans compa-

1 Enregistrés en ce cas avec Vinh-Bang : voir chap. III 5 3.

raison intentionnelle), il suffira, pour que Lx comporte une surestimation absolue plus forte que L2, qu’il prĂ©sente un nombre relatif plus Ă©levĂ© de rencontres par fraction de sa longueur : par exemple n par dixiĂšme sur L1 et n’(< n) par dixiĂšme sur L2 ; c’est ce que nous appellerons une « inĂ©galitĂ© de densitĂ© relative ».

(4) En ce cas, les couplages seraient « incomplets » entre L1 et L2 et Lx serait surestimĂ© « relativement » Ă  L2. En effet, si nous appelons nt le nombre de rencontres par mĂȘmes fractions de Lx et de L2 sur l’ensemble de leurs longueurs, un couplage complet correspondrait Ă  nt2, tandis que si L1 comporte nt rencontres et que L2 comporte n’i(< n{) rencontres, le couplage est incomplet en tant que prĂ©sentant une valeur nn∖ < n,-.

(5) L’inĂ©galitĂ© de densitĂ© relative entre nt et n’t Ă©tant ainsi fonction de l’inĂ©galitĂ© de longueur entre L1 et L2 la surestimation relative de Ll correspond alors Ă  (L1— L2)L2. Dans le systĂšme de calcul propre Ă  cette hypothĂšse III, la relation entre (L1— L2)L2 et nsn,t est la suivante :

(a) L’expression nfn,t correspond à L1L2 puisque nt est le nombre des rencontres sur L1 et n’t sur L2.

(b) L’expression π,12 correspond Ă  ce que serait un couplage complet au taux de n’ sur L2 ; et correspond donc ainsi Ă  L22.

(c) L’expression (Li-LC)L. correspond d’autre part à

On a alors :

(37) n n’ = (n — n’ )n, +n’ 2

x’ t t ’ t C f r

d’oĂč :

(38) (∏f— n’f)n’f = n(n’f— n’f2

Ce qui correspond Ă  (Lλ— Li)L2 = LxL2— L22 (cf. prop. 36 sous hypoth. II n" 5).

Il y a donc identitĂ©, quant au rĂ©sultat final, entre les hypothĂšses II et III et seul diffĂšre le mode de calcul des rencontres. Dans les deux cas, le couplage incomplet nn’ ou ntn,t est Ă©gal Ă  ce que serait un couplage complet entre n’ ou n’t sur Lz et le mĂȘme nombre de rencontres sur la partie de L1 Ă©gale Ă  L2, plus la diffĂ©rence des couplages entre L1 et L2 ou le couplage des diffĂ©rences (n— π,)n, ou (πf— n’1)n’f, correspondant Ă  (Ll— L2)L2.

Dans les deux cas, par consĂ©quent le calcul aboutit Ă  mettre en Ă©vidence l’importance de l’expression (∆1— L^)L2 qui constitue la relation fondamentale propre Ă  la loi des centrations relatives, et cela sans que nous ayons Ă  dĂ©cider dans ce qui suit entre les hypothĂšses II et III.

IV. Nous avons nĂ©anmoins tenu Ă  faire l’expĂ©rience suivante pour servir d’indice en ce qui concerne la vraisemblance respective des hypothĂšses I, II et III. Il est naturellement exclu de chercher Ă  dĂ©terminer le nombre des « rencontres » sur deux Ă©lĂ©ments inĂ©gaux L1 et L2, puisque cette notion de « rencontre » demeure encore hypothĂ©tique. On peut par contre dĂ©nombrer le nombre des centrations spontanĂ©es sur L1 et sur L2 au cours d’une exploration libre enregistrĂ©e par cinĂ©matographie des mouvements oculaires. AssurĂ©ment le nombre des « rencontres » ne saurait ĂȘtre conçu comme proportionnel Ă  celui des centrations, mais, Ă  supposer que le nombre des centrations soit proportionnel Ă  la longueur des lignes Ă  comparer, il serait difficile de penser que le nombre des « rencontres » ne le soit pas Ă©galement et cela parlerait en faveur de l’hypothĂšse I. Par contre, s’il n’y a pas proportionnalitĂ©, il est intĂ©ressant de savoir si, pour deux lignes de x et de nx cm et pour x centrations sur la premiĂšre, il y aura plus ou moins de nx centrations sur la seconde : sans dĂ©montrer pour autant les hypothĂšses II ou III, la premiĂšre de ces deux Ă©ventualitĂ©s parlerait en faveur de II et la seconde de III.

 

 

Nous avons donc priĂ© Vinh-Bang de bien vouloir analyser, du point de vue des mouvements oculaires, les quatre figures1 A-D (fig. 32) et de compter les centrations sur les films pris au cours mĂȘme des comparaisons entre le mesurant (1’ ou 2’) et

1 Le petit segment de chaque figure a 2,5 cm et le grand 7,5 cm. Les symboles Γ et 2’ signifient « 1 prime » et « 2 prime ».

le mesuré (1 ou 2). Les résultats obtenus à cet égard ont été les suivants :

Tabl. 36. Nombre des centrations1 sur les grands (7,5 cm) et petits (2,5 cm) segments :

On constate alors un ou deux faits d’un certain intĂ©rĂȘt. En premier lieu, selon que le segment mesurĂ© a 7,5 cm (A et B) ou 2,5 cm (C et D), les centrations sur ce segment mesurĂ© ne sont pas trois fois plus nombreuses ni davantage dans le premier de ces deux cas, mais seulement deux fois plus nombreuses au plus (4,1 contre 2,41 en A et C ; et 5,15 contre 2,55 en B et D). Lorsque c’est le mesurant qui oscille autour de 7,5 cm (4 et B) ou de 2,5 cm (C et D) le rapport est le mĂȘme (3,5 contre 2,25 en A et C ; 4,0 contre 2,05 en B et D). Ce premier fait est donc favorable Ă  l’hypothĂšse III plus qu’à l’hypothĂšse I et surtout qu’à IL

Mais on note Ă©galement que quand le segment 1 est mesurĂ©, il est centrĂ© plus de quatre fois davantage que le petit segment 2 qui n’est pas mesurĂ© (4,1 contre 1,1 en A et 5,15 contre 0,2 en B) ; tandis que quand le segment 2 est mesurĂ©, il n’est centrĂ© que dans des proportions moins grandes (quoique supĂ©rieures Ă©galement) par rapport au grand segment 1 non mesurĂ© (2,41 contre 1,10 en C et 2,55 contre 0,45 en D). Ce double fait est trĂšs instructif. Il montre d’abord que, si la surestimation de 1 en A et B semble en apparence devoir ĂȘtre attribuĂ©e Ă  un excĂšs de centrations, la sous-estimation de 2 en C et en D ne peut l’ĂȘtre Ă  un dĂ©faut de centrations ; il est donc indispensable de distinguer les « rencontres » et les centrations, et d’admettre

1 Entre parenthÚses les % par rapport an total des centrations de la figure.

2 Plus certaines centrations en marge de la figure.

qu’une centration sur 2 peut ĂȘtre assez « enveloppante » (voir § 6) pour distribuer plus de rencontres sur 1 non fixĂ© que sur 2 qui est centrĂ© (cf. l’attention, etc.). 11 montre ensuite qu’il ne suffit pas de mesurer les segments 1 ou 2 pour que les centrations s’attachent exclusivement Ă  eux : quand le grand est mesurĂ© le petit tend Ă  ĂȘtre nĂ©gligĂ©, mais la rĂ©ciproque n’est pas vraie. D’oĂč la diffĂ©rence des totaux des centrations : 9.1 et 10,0 pour A et B contre 6,95 et 6,05 pour C et D (ces totaux comprenant 0,3 Ă  0,6 centrations dans la marge extĂ©rieure du mesurant en B et en D).

En rĂ©sumĂ©, ce sondage nous oriente donc assez nettement dans la direction de l’hypothĂšse III, sans que l’hypothĂšse II soit pour autant entiĂšrement exclue puisque le nombre des rencontres n’est pas nĂ©cessairement proportionnel Ă  celui des centrations. Mais, que l’on choisisse l’une ou l’autre des hypothĂšses II ou III, il reste clair que les effets de contraste sont dus Ă  un mĂȘme jeu de rencontres et de couplages incomplets que les effets de centration et c’est tout ce qu’il nous fallait montrer en ce § 3 pour assurer la liaison entre le modĂšle du § 2 et l’explication de la loi des centrations relatives.

§ 4. L’explication de la loi des centrations relatives
par le schéma des rencontres et des couplages.

Nous venons de constater pour quelles raisons la surestimation du plus grand de deux Ă©lĂ©ments L comparĂ©s entre eux Ă©tait Ă  considĂ©rer comme un phĂ©nomĂšne apparentĂ© de prĂšs Ă  la surestimation par centration. Des trois hypothĂšses possibles revenant Ă  expliquer cette surestimation du plus grand Ă©lĂ©ment par des effets de centration, nous avons Ă©tĂ© conduits Ă  donner la prĂ©fĂ©rence Ă  celles (II ou III) qui consistent Ă  attribuer un plus grand nombre absolu ou relatif de centrations ou tout au moins d’effets partiels ou « rencontres » au plus long des deux Ă©lĂ©ments L comparĂ©s entre eux.

En dĂ©veloppant d’autre part le schĂ©ma des rencontres et des couplages (§ 2), nous avions vu Ă  propos des prop. 32 et 33 (commentaire, sous n° 3 a) que les « couplages incomplets », source des surestimations relatives (ou « erreurs Ă©lĂ©mentaires II ») demeurent effectivement incomplets dans la mesure oĂč il intervient une raison systĂ©matique pour que l’un des deux Ă©lĂ©ments L comparĂ©s entre eux soit plus souvent centrĂ© ou « rencontré » que l’autre. Or, c’est prĂ©cisĂ©ment le cas (§ 3) lorsque l’un de ces Ă©lĂ©ments (soit L1) est plus grand que l’au-

tre (L2). Il convient donc que nous passions maintenant de l’analyse des erreurs Ă©lĂ©mentaires I et II (§ § 2-3) Ă  l’explication des « erreurs composĂ©es », c’est-Ă -dire des illusions optico- gĂ©omĂ©triques primaires et de la loi des centrations relatives en gĂ©nĂ©ral.

I. Nous admettrons d’abord, Ă  la suite du § 3, que l’élĂ©ment le plus long L1 prĂ©sente une densitĂ© absolue ou relative de « rencontres » plus forte que l’élĂ©ment le plus court L2 et qu’il y a par consĂ©quent, en rĂšgle gĂ©nĂ©rale, « couplage incomplet » entre eux. C’est ce facteur gĂ©nĂ©ral, si cette analyse est correcte, qui expliquerait, dans l’ensemble des formules du chap. I l’importance de la relation (Lx— L2)L2, commune Ă  toutes les prop. 1 Ă  27 et que nous avons souvent appelĂ©e par anticipation le « couplage des diffĂ©rences ». il s’agit maintenant de confĂ©rer Ă  cette expression un sens plus prĂ©cis, en nous rĂ©fĂ©rant Ă  la thĂ©orie des couplages (§ § 2 et 3) justement destinĂ©e Ă  le lui fournir directement. C’est ce que nous allons faire sous III.

Mais, puisque nous passons ainsi de l’analyse des erreurs Ă©lĂ©mentaires I et II Ă  celle des « erreurs composĂ©es », c’est-Ă - dire des illusions relatives Ă  une figure d’ensemble ou Ă  une configuration au sens ordinaire du terme et non plus seulement Ă  la perception d’une ligne L unique ou Ă  la comparaison de deux lignes Ll et L2, il convient d’abord de procĂ©der Ă  un classement des couplages possibles (qu’ils soient complets ou incomplets, peu importe) du point de vue de la configuration comme telle.

Soit un ensemble de deux lignes inĂ©gales (Ll > L2) appartenant Ă  une figure, et d’orientations parallĂšles ou perpendi

culaires (on se rappelle, chap. I § 4, que dans le cas d’obliques, faisant un angle autre que 90’ avec leur rĂ©fĂ©rence, l’inclinaison est perçue en fonction de lignes virtuelles Ă©galement parallĂšles ou perpendiculaires). RĂ©partis- sons d’autre part l’élĂ©ment L (fig. 33) en deux segments : l’un Ă©gal Ă  L2 et que nous appellerons L’2, l’autre Ă©gal Ă  la diffĂ©rence (Ll— L2) entre L1 ’et L2 et que nous appellerons L3. On peut alors distinguer quatre

qu’elles correspondent Ă  des variĂ©tĂ©s distinctes de comparaisons de la part du sujet (encore que certaines d’entre elles soient possibles et mĂȘme vraisemblables), mais qu’il s’agit de quatre types de correspondances 1 Ă  n que l’on peut calculer Ă  part en vue de la formulation de l’illusion :

(1) Les couplages de ressemblance R entre L2 et LC qui seront, s’ils sont complets 1, au nombre de L22.

(2) Les couplages de diffĂ©rence D entre L2 et L3 qui seront, s’ils sont complets, au nombre de (L2×L3∖ c’est-Ă -dire de (L1— L2)L2∙

(3) Les couplages D’ ou de « diffĂ©rence rĂ©ciproque » entre la projection de L2 sur L1 (soit LC) et la projection de L3 sur L’3 c’est-Ă -dire sur une longueur Ă©gale en prolongement virtuel de L2 (voir la figure 33). Ils seront (s’ils sont complets) Ă©galement au nombre de L2L3(= LCL,3) = (Ll— L2)L2.

(4) Les couplages D” (ou de « ressemblances entre diffĂ©rences ») entre L3 et sa projection L,3. Ils seront (s’ils existent et sont complets) au nombre de L32 = (L1— L2)2.

IL On voit alors que l’expression (L1— L2)L2 qui est fondamentale dans la loi des centrations relatives correspond Ă  la plus importante de ces quatre variĂ©tĂ©s de couplages possibles, c’est-Ă -dire aux « couplages de diffĂ©rences » D, qui traduisent l’opposition perceptive des longueurs de Lλ et L2. La signification gĂ©nĂ©rale de la loi des centrations relatives devient en ce cas immĂ©diatement claire : cette loi exprime simplement le rapport existant entre le nombre des « couplages de diffĂ©rences » (Lλ— L2)L2 et l’ensemble des couplages possibles (reprĂ©sentĂ© par S), ce rapport Ă©tant lui-mĂȘme multipliĂ© par un second rapport (qui, dans la plupart des cas est sans plus Ă©gal Ă  1) entre le nombre des « rencontres » sur l’élĂ©ment dĂ©formant considĂ©rĂ© . (= nL) et les rencontres sur la plus grande longueur de la figure (∆max).

En effet, la forme générale de la loi est (prop. 3 du chap. I) :

(L1∙— Lo)L., nL

P =  ×

S I

o bmax

1 En comptant donc un nombre de rencontres proportionnel Ă  la longueur du segment.

Reprenons donc un Ă  un les termes de cette expression pour vĂ©rifier l’interprĂ©tation proposĂ©e.

III. Du point de vue gĂ©omĂ©trique, (Ll— L2)L2 = L1L2— L2-.

Du point de vue des couplages, l’hypothĂšse II du § 3 admet que l’élĂ©ment Lλ comporte n rencontres par unitĂ© (absolue) de longueur, soit nL-l rencontres en tout, tandis que l’élĂ©ment L2ne prĂ©sente que n’(< n) rencontres par unitĂ©, soit n,L2. Nous ne savons pas si l’excĂšs de rencontres sur Ll est massĂ© sur la partie L↑— L2 ou sur toute la longueur de Lu mais cela n’importe pas pour le calcul, car dans les deux cas on peut poser :

Couplages : Par

R = (n,L2)2

D = (nL1— n’L2)n,L2

D’ = (nL1— n’L2)n’L2

D” = (nL1— n,L2)2

ex. (pour L2=4, L1 = 7, n’ = 50, n=90)

R = (50×4)2 = 40.000

D = (630— 200)200 = 86.000

D’ = id. = 86.000

D” = (630— 200)2 = 184.900

Total = (nL1)2 (n

L1)2 = (630)2 = 396.900

 

Couplages R = n,f2

Par exemple :

R = 1.60’1

D = (nf-n’f)n’f

(pour L2= 4

D = 800

— D’ = id.

U=7

D’ = 800

 

n’= 40

D”= 400

D”= (nf-n’f)2

n = 60)

 

Total = n2f

 

n2f = 3.600

 

Dans l’hypothĂšse II du § 3, le couplage des diffĂ©rences D est donc bien Ă©gal Ă  la somme des couplages possibles, qui est de (∏L1)2, moins les couplages R, D’ et D’’.

Dans l’hypothĂšse III du § 3 les rencontres Ă©tant calculĂ©es par mĂȘmes fractions de L1 et de L2 on aura nt rencontres sur L1 (par exemple 6 par dixiĂšmes d’un L1 de 7 cm soit 60 en tout) et n’t rencontres sur L2 (par exemple 4 par dixiĂšmes d’un L2de 4 cm, soit 40 en tout). Les couplages seront alors :

Dans l’hypothĂšse III du § 3 le couplage des diffĂ©rences est donc Ă  nouveau Ă©gal Ă  la somme des couplages possibles (qui est ici de n2t) moins les couplages R, D’ et D”. Ce rĂ©sultat est d’ailleurs analytiquement nĂ©cessaire pourvu que l’on dĂ©finisse

convenablement les quatre types de couplages en fonction des modĂšles choisis (II ou III). En effet, Ă©tant donnĂ© que (A+√Γ)2 = A2+2AA, +A’2, il suffit d’assurer les correspondances suivantes (si L1 correspond Ă  B = A+A, ; L2 Ă  .4 et Lx— L2 Ă  A’) :

R = A2D = AA’ D’= AA’ et D" — A’2
pour que R+2D+D” = (A+A,)2

IV. L’expression S (= le dĂ©nominateur de la premiĂšre fraction dans l’énoncĂ© de la loi des centrations relatives : voir sous Il en ce § 4) ne signifie en rĂ©alitĂ© pas une surface (bien qu’elle corresponde Ă  la surface gĂ©omĂ©trique de la figure considĂ©rĂ©e), mais bien l’ensemble des couplages possibles compatibles avec les liaisons de la figure donnĂ©e. C’est ainsi que dans le calcul qui prĂ©cĂšde (sous III), l’expression S correspond Ă  (nLx)2 dans l’hypothĂšse II et Ă  n2i dans l’hypothĂšse III.

Mais, en rĂšgle gĂ©nĂ©rale, il convient de distinguer deux sortes de cas, selon qu’il s’agit de figures fermĂ©es (ou rapportĂ©es par la perception Ă  un cadre rectangulaire, etc.) ou de figures linĂ©aires dans lesquelles L2 se trouve dans le prolongement de L1.

Dans les premiers cas, la surface S Ă©quivaut aux couplages de ressemblance R et de diffĂ©rence D rĂ©unis, mais Ă  l’exclusion des couplages D’ et D”. Par exemple, le rectangle a une surface L1×L2 qui peut se dĂ©composer comme suit : L1L2 = L22 + (Δ1— L2)L2. Or, l’expression L22 correspond Ă  l’ensemble des couplages R et l’expression (L1— L2)L2 Ă  l’ensemble des couplages D. Dans le cas des angles, courbures, etc., il en va de mĂȘme : la surface S intervenant dans le calcul est celle du rectangle de rĂ©fĂ©rence par rapport auquel les cĂŽtĂ©s de l’angle sont dĂ©viĂ©s (chap. I § 4) ou la courbure accentuĂ©e (chap. I § 7) ; or, la surface de ce rectangle Ă©quivaut prĂ©cisĂ©ment Ă  l’ensemble des couplages R+D.

Dans les cas de figures oĂč L2 prolonge Lx (deux segments de droite L1+L2, ou un segment L1 insĂ©rĂ© entre deux L2 ; illusions de DelbƓuf correspondant Ă  ce mĂȘme modĂšle mais en circulaire ; illusion d’Oppel, etc.), la surface S n’est plus L1L2mais (L1 + Λ2)2, etc. En ces cas, la longueur maximale Lmax est distincte de L1, qui n’en constitue qu’un segment. Il intervient alors, dans la perception de la figure, deux sortes de couplages, si nous appelons L3 le segment correspondant Ă  Lλ-L2 (fig. 33 et 34) et L,2 la projection de L2 sur L1 (fig. 34) :

(a) Les couplages de type (L∣+L2)2 = Ll2 + 2 L1L2 + L22 = S. Or, si l’on se rĂ©fĂšre aux dĂ©finitions des quatre formes de couplages donnĂ©es au dĂ©but de ce § 4 (sous I), on constate que ces couplages L12(= R), 2 L1L2(= D et D’) et L22(= D”) ne sont pas des couplages entre L↑ et L2 mais bien entre Lx et Llnax, puisque L1 est la partie commune (donc

R) entre et ∆,nax et Lx et que L2 constitue leur diffĂ©rence. Or, si la perception de la fig. 34 est bien obligĂ©e de mettre en relation ÂŁmax et L,, elle porte surtout sur les relations donnĂ©es entre L1 et L2.

- . — a5.

(b) Les couplages entre Lx et L2 doivent alors s’écrire, puisque L 2 ~ L2 :

L,22+2 L’oLj-l-La2 — L12

et constituent donc un sous-ensemble des couplages (a), la surface totale S de la figure Ă©tant Ă©gale Ă  l’ensemble (a) donc Ă  Lmax2 et les couplages (b) Ă  L12.

Mais on doit alors naturellement se demander si cette analyse est simplement destinĂ©e Ă  confĂ©rer Ă  l’expression S (qui se calcule effectivement dans les formules sous la forme LnÎčaÎč2) son sens habituel d’ensemble des couplages possibles, ou si les couplages de forme (a) et (b) interviennent rĂ©ellement dans la comparaison perceptive. Or, deux faits sont Ă  signaler Ă  cet Ă©gard. (1) La dĂ©composition de Lx en L,2+Ls (fig. 34) intervient dĂšs que, dans les comparaisons, on rabat L2 sur L1ou Lx sur L2, ou plus simplement dĂšs que, au cours des va-et-vient du regard, on « transporte » l’un des deux sur l’autre. (2) Les couplages de type (a) interviennent de leur cĂŽtĂ©, soit Ă  titre exclusif, comme dans l’illusion d’Oppel (chap. I § 13 prop. 27), soit en composition avec les couplages (b), comme dans le trapĂšze (chap. I § 9)L

V. Le rapport nL∕Lm^ exprime ie rapport entre les rencontres (ou couplages possibles) sur L et les rencontres sur Ln,ax qui est la plus longue ligne de la figure. Dans l’hypothĂšse III du § 3, selon laquelle les rencontres seraient distribuĂ©es en fonction des unitĂ©s relatives et non pas absolues de longueurs (fractions des Ă©lĂ©ments L), l’intervention d’un tel rapport s’impose en tant

1 Mais dans les formules du trapĂšze, de l’illusion de MĂŒller-Lyer, etc. ce que nous appelons ici Lmaχ est dĂ©signĂ© par Lχ et L1 par Li∖ etc.

 

qu’exprimant les relations entre les longueurs elles-mĂȘmes. Mais, mĂȘme dans l’hypothĂšse II (rĂ©partition des rencontres par unitĂ©s absolues de longueur), le rapport ∩L∕Limk joue, Ă  l’égard de (L1— L2)L2 un rĂŽle de rĂ©gulateur, en le renforçant en certains cas (par exemple si 2L1 > Lmax) et en le modĂ©rant en d’autres.

VI. En conclusion, la loi des centrations relatives apparaĂźt comme un double rapport probabiliste. Le premier des rapports qu’elle contient exprime la probabilitĂ© des couplages de diffĂ©rences D, soit (Li— L2)L2, eu Ă©gard Ă  l’ensemble des couplages possibles (= S). Le second rapport exprime la probabilitĂ© des rencontres (ou couplages possibles) sur la ligne L eu Ă©gard aux rencontres sur la longueur la plus grande de la figure, ce qui renforce ou freine l’effet du premier rapport (et le laisse habituellement inchangĂ© quand L1 = Lmax).

Ainsi conçue, la loi exprime au total la probabilitĂ© des couplages de diffĂ©rence D en fonction des liaisons de la figure. Or, ces couplages de diffĂ©rences sont ceux qui donnent lieu aux erreurs Ă©lĂ©mentaires II ou « surestimations relatives ». La loi indique donc la plus ou moins grande probabilitĂ© pour que se produisent ces erreurs II en fonction des transformations de la figure. Elle permet notamment de calculer pour quelles valeurs de L1, L2, LnÎčax et S se produiront les plus grandes ou plus faibles frĂ©quences relatives de couplages D, ceux-ci ayant alors pour effet de rendre probables, au maximum (positif et nĂ©gatif) ou au minimum (erreur mĂ©diane nulle) les erreurs Ă©lĂ©mentaires IL Mais la loi ne nous indique pas de quelle valeur sera cette erreur H et encore moins de quelles valeurs seront les erreurs Ă©lĂ©mentaires I sur le rapport desquelles repose l’erreur IL Elle prĂ©voit simplement que, si ces erreurs I et II se produisent, l’erreur II croĂźtra et dĂ©croĂźtra en relation avec les liaisons de la figure et en proportion de leurs transformations conformes Ă  la loi : c’est pourquoi la concordance entre les courbes thĂ©oriques et les courbes expĂ©rimentales ne porte que sur l’allure qualitative de ces courbes et nullement sur la valeur absolue des erreurs, qui varie selon l’ñge et les individus1. Nous avons donc baptisĂ© cette loi, « loi des centrations relatives » et non pas des centrations tout court, pour indiquer que, sans connaĂźtre les effets de centration sur une figure en leur valeur absolue, leurs relations en fonction des liaisons de la

1 De mĂȘme, la loi de Weber se borne a affirmer que le seuil prend la valeur d’une fraction constante des grandeurs perçues, mais ne nous dit pas de combien est cette fraction, qui varie selon les situations.

figure suffisent pour déterminer la distribution relative des erreurs.

§ 5. L’interprĂ©tation du seuil d’égalitĂ© et les relations entre la loi de Weber et celle des centrations relatives.

Dans le cas de toutes les illusions optico-gĂ©omĂ©triques primaires expliquĂ©es au chap. I et dans le cas gĂ©nĂ©ral de la loi des centrations relatives, ainsi que des effets Ă©lĂ©mentaires de centration (erreurs I et II), analysĂ©s jusqu’ici (chap. H § § 1-4), nous n’avons eu affaire qu’à des actions aboutissant soit Ă  renforcer subjectivement les inĂ©galitĂ©s objectives (illusions du chap. I), soit Ă  introduire des inĂ©galitĂ©s subjectives dans l’estimation de longueurs objectivement Ă©gales (chap. II § 1). Nous n’avons donc pas encore rencontrĂ© jusqu’ici sous une forme authentique ces effets que la tradition des Ă©tudes perceptives appelle « effets d’égalisation » (ou d’« assimilation »), pour les opposer aux « effets de contraste ». Et, dans les cas d’égalisations apparentes, comme entre les deux cercles concentriques de DelbƓuf (dont le plus petit est surestimĂ© si A > A’, et le plus grand souvent sous-estimĂ© aux environs des deux maxima nĂ©gatifs de l’illusion : cf. tabl. 18 et 19-21 du chap. I), ou comme entre les deux bases du trapĂšze (dont la grande est sous-estimĂ©e et la petite surestimĂ©e), nous avons vu qu’il s’agissait encore d’effets de contraste ou de renforcement des inĂ©galitĂ©s, mais dus Ă  la mise en relation entre le grand Ă©lĂ©ment B, ou entre le plus petit A, et la diffĂ©rence A’ qui les sĂ©pare 1 : d’oĂč la surestimation de A et la sous-estimation de B, toutes deux dues Ă  la dĂ©valuation de leur diffĂ©rence A’ ou 2 A’.

I. Or, il est une situation trĂšs classique dans laquelle les effets d’égalisation semblent indiscutables et paraissent, ne pouvoir rĂ©sulter (Ă  l’encontre des illusions de DelbƓuf, du trapĂšze ou de MĂŒller-Lyer) d’une simple sous-estimation des diffĂ©rences entre le plus grand et le plus petit Ă©lĂ©ments L : c’est la situation infraliminaire entre deux Ă©lĂ©ments Lx et L2(< L1) non distinguĂ©s subjectivement. En ce cas, et par le fait mĂȘme qu’il y a Ă©galisation subjective Li = L2, il faut bien, semble-t-il, ou que l’élĂ©ment le plus grand (∆1) soit sous-estimĂ©, ou que l’élĂ©ment le plus petit (Δ2) soit surestimĂ©, ou que les deux effets se pro-

1 Nous ne parlons ici que des effets primaires. Les problùmes d’impression absolue ou de tendance centrale (voir chap. III § 6) sont d’une autre nature (secondaire).

duisent l’un et l’autre, et cela sans aucun renforcement des inĂ©galitĂ©s, puisque la diffĂ©rence elle-mĂȘme (Ll— LÇ) ne saurait ĂȘtre dite dĂ©valuĂ©e par L1 ou par L2, n’étant en rĂ©alitĂ© pas perçue du tout !

Comment donc interprĂ©ter le seuil d’égalitĂ© dans le systĂšme des notions utilisĂ©es jusqu’ici, et comment en rendre compte sans hypothĂšse supplĂ©mentaire mettant en danger la cohĂ©rence des modĂšles adoptĂ©s prĂ©cĂ©demment ? Nous ne pouvons pas nous borner Ă  dire que le seuil d’égalitĂ© est un cas limite de la dĂ©valuation de la diffĂ©rence A’ entre A(= L2) et B( = Lx), cas limite dans lequel cette diffĂ©rence serait si bien sous-estimĂ©e qu’elle en serait subjectivement annulĂ©e ! Car, on nous demanderait alors comment calculer le point limite oĂč la sous-estimation devient annulation, et, bien entendu, ce calcul est impossible en partant de la seule loi des centrations relatives ; et mĂȘme peut-ĂȘtre impossible logiquement puisque, par dĂ©finition, une limite ne s’atteint jamais


Par contre, si nous partons, non pas de la loi des centrations relatives, qui porte exclusivement sur les « erreurs composĂ©es » (c’est-Ă -dire sur la relation entre l’erreur Ă©lĂ©mentaire II exprimĂ©e par les termes (Lx— L2)L2 et les termes S et nL∕Lmax), mais des « erreurs Ă©lĂ©mentaires I et II » exprimĂ©es par le schĂ©ma des rencontres et des couplages (§ 2 de ce chap. Il), appliquĂ© au renforcement des inĂ©galitĂ©s (§ 3) ainsi qu’à l’expression (Ll— L2)L2, le seuil d’égalitĂ© s’explique de lui- mĂȘme comme un cas particulier des erreurs Ă©lĂ©mentaires II, c’est-Ă -dire sans aucune hypothĂšse supplĂ©mentaire venant compliquer le schĂ©ma adoptĂ©, mais au contraire Ă  titre de consĂ©quence nĂ©cessaire des hypothĂšses admises.

En effet, nous n’avons raisonnĂ© jusqu’ici, pour expliquer le renforcement des inĂ©galitĂ©s (§ 3) par le modĂšle des rencontres et des couplages, que sur des inĂ©galitĂ©s perceptibles et par consĂ©quent supraliminaires. Nous n’avons pas prĂ©cisĂ© cette condition, parce que nous n’en avions pas besoin Ă  ce niveau de l’exposĂ©, mais il est facile de la dĂ©finir maintenant. Nous dirons donc qu’une inĂ©galitĂ© entre deux Ă©lĂ©ments Lx et L2(< M), perçus simultanĂ©ment, est « supraliminaire » lorsque la surestimation de L2, due aux effets de centration sur cet Ă©lĂ©ment, conserve l’inĂ©galitĂ© L2<Lx tout en diminuant subjectivement sa valeur quantitative. Si nous appelons pL2 l’élĂ©ment L2ainsi surestimĂ© d’un coefficient p (par exemple p = 1,1 ou 1,2 ; etc.), nous aurons donc, en cas d’égalitĂ© supraliminaire :

(39) pL2 < L1 et pL1 > L2

Et la raison de la premiÚre de ces deux inégalités est que :

(40) (pL2-L2) < (L1-L2)

Par exemple si L1 = 9cm, L2 = 7 cm et si p = 1,1, on aura (pL2-L2) = (7,7— 7) = 0,7 cm et’ L1-L2 = (9— 7) = 2 cm.

Par contre, il va de soi que les centrations sur L2 peuvent aboutir, en cas de diffĂ©rences objectivement faibles entre L1et L>, Ă  la situation suivante, non examinĂ©e jusqu’ici mais qui rentre nĂ©cessairement dans le cadre des possibilitĂ©s Ă  prĂ©voir pour le calcul1 :

(41) pL2≄L1 et pL1 > L2

La raison de la premiĂšre de ces deux inĂ©galitĂ©s, et de sa contradiction subjective avec la seconde, est, en effet, que l’on peut fort bien avoir :

(42) (pL2-L2) ≄ (L1-L2)

Par exemple si Lx = 7,5 cm et L2 = 7 cm et si p = 1,1 on aura : (p∆2-Δ2) = (7,7— 7) = 0,7 cm" et (Li-L2) = (7,5— 7) = 0,5(< 0,7 cm).

Nous parlerons en ce cas de diffĂ©rence « infraliminaire » et la dĂ©finirons en disant que la surestimation de L2 due aux effets de centration sur cet Ă©lĂ©ment (soit pL2) ne conserve pas alors l’inĂ©galitĂ© objective L2 < L1 mĂȘme si les effets de centration sur L↑ renforcent sa diffĂ©rence avec L2.

Le problĂšme n’est donc pas d’établir la possibilitĂ© mĂȘme des inĂ©galitĂ©s infraliminaires ainsi dĂ©finies : si les effets de centration ont pour rĂ©sultat la surestimation ou la sous-estimation momentanĂ©es ou alternatives des Ă©lĂ©ments L selon la distribution des fixations, il va de soi que pour des diffĂ©rences objectivement faibles, ces effets peuvent conduire Ă  des jugements contradictoires du type de la prop. 41 lorsque le coefficient de surestimation momentanĂ©e engendrera des diffĂ©rences subjectives plus grandes que la diffĂ©rence objective et orientĂ©es en sens contraire. Le problĂšme est par contre de montrer comment le sujet passe de la contradiction Ă©noncĂ©e par la prop. 41 Ă  un jugement d’égalitĂ© entre L1 et L2 et si le schĂ©ma des ren-

1 Et que l’observation montre quotidiennement dans ce qu’on appelle la « zone d’indĂ©termination », apparentĂ©e (quoique non identique) Ă  l’étendue du seuil d’égalitĂ©.

contres et des couplages utilisĂ© jusqu’ici pour expliquer le renforcement des inĂ©galitĂ©s suffit aussi, dans les cĂ s oĂč les prop. 41 et 42 se vĂ©rifient, Ă  expliquer pourquoi la diffĂ©rence objective entre Lx et L2 est subjectivement annulĂ©e.

Le principe de la solution d’un tel problĂšme est facile Ă  trouver : il suffit d’admettre que, dans les cas oĂč Lλ et Δ2(< M) peuvent paraĂźtre alternativement plus grands l’un que l’autre (et cela mĂȘme si le sujet ne passe pas par cette phase de contradiction, dĂ©crite par la prop. 41 et qu’on observe en rĂ©alitĂ© souvent, mais non pas toujours), la distribution des rencontres n’est pas assez complĂšte 1 et surtout leur correspondance de L1Ă  L2 (= le jeu des couplages) pas assez serrĂ©e pour dĂ©cider du sens de l’inĂ©galitĂ© et par consĂ©quent de son existence mĂȘme.

En fait, nous savons simplement (entre autres par l’enregistrement des mouvements oculaires2) que, aux environs du seuil, les comparaisons durent plus longtemps et que le nombre des centrations distinctes et des mouvements d’exploration (sur le mĂȘme Ă©lĂ©ment L) ou de transport (d’un L Ă  l’autre dans les deux sens) est plus Ă©levĂ©, soit que le sujet commence par les contradictions de la prop. 41, soit qu’il ne parvienne pas Ă  se dĂ©cider rapidement. Pour autant qu’une cent .ition comporte une multiplicitĂ© de rencontres, nous pouvons donc admettre que celles-ci seront d’autant plus nombreuses que l’on se trouve prĂšs du seuil, mais il reste alors Ă  comprendre comment le mĂȘme mĂ©canisme de couplages, qui conduit Ă  un renforcement des inĂ©galitĂ©s dans le cas oĂč les prop. 39 et 40 se vĂ©rifient, aboutit au contraire Ă  leur annulation lorsque s’appliquent les prop. 41 et 42. 11 convient donc de reprendre une Ă  une les hypothĂšses l-l∏ du § 3 :

Dans l’hypothĂšse I (que nous avons rejetĂ©e) les rencontres se rĂ©partiraient de façon uniforme par unitĂ© absolue de longueur : en ce cas il faudrait admettre que l’écart entre les rencontres (= le nombre des « élĂ©ments non encore rencontrĂ©s » par rapport au total des « élĂ©ments rencontrables ») reste supĂ©rieur, mĂȘme pour un grand nombre de rencontres, Ă  1a diffĂ©rence L1— L2, ce qui conduirait Ă  un primat des couplages de ressemblance R et Ă  l’impossibilitĂ© des couplages de diffĂ©rences D.

1 Au sens oĂč il demeure des « élĂ©ments non encore rencontrĂ©s » N,
.N (5 2 2 n

sous I) et oĂč les « élĂ©ments dĂ©jĂ  rencontrĂ©s » (a N, etc.) ne rejoignent jamais la totalitĂ© des « élĂ©ments rencontrables » N.

2 Avec Vinh-Bang : Recherche à paraßtre prochainement dans les Archives de Psychologie.

Dans l’hypothĂšse II (plus grande densitĂ© des rencontres sur l’élĂ©ment le plus long Lx, mais en fonction Ă  nouveau des unitĂ©s absolues de longueur), les rencontres seraient alternativement plus denses sur L1 et sur L2, ce qui conduirait Ă©galement Ă  un primat des couplages de ressemblances R et Ă©carterait la possibilitĂ© des couplages de diffĂ©rences D.

Dans l’hypothĂšse III (Ă©valuation initiale des longueurs en fonction de l’angle visuel, puis densitĂ© plus grande des rencontres sur l’élĂ©ment le plus long Lx mais en fonction des fractions de sa longueur ou de l’angle visuel), l’évaluation globale initiale ne permettrait pas de dĂ©cision et la « densitĂ© relative » plus grande se produirait alternativement sur L1 et sur L2, se confondant avec la densitĂ© absolue alternativement plus Ă©levĂ©e dans l’hypothĂšse II (puisque les Ă©lĂ©ments Ă  comparer sont presque Ă©gaux).

Dans les trois cas, mais naturellement de façon plus aisĂ©e Ă  expliquer dans les hypothĂšses II et III ici confondues, l’égalisation de Ll et de L2(<L1) dans la zone infraliminaire (prop. 41-42) proviendrait donc de l’impossibilitĂ© d’établir des couplages de diffĂ©rences D (donc aussi D’ et D” : cf. § 4), et cela dans la mesure mĂȘme oĂč la multiplicitĂ© des rencontres alternativement plus denses sur Lx et sur L2 (et non pas constamment ou presque constamment plus denses sur Lx) imposerait un nombre croissant de couplages de ressemblances R.

On voit en rĂ©sumĂ© que l’égalisation au seuil ne constitue nullement une erreur Ă©lĂ©mentaire III en marge des surestimations absolues (erreur Ă©lĂ©mentaire I) ou relatives (erreur II) : c’est au contraire le mĂȘme mĂ©canisme des « couplages incomplets », source des surestimations relatives et reposant sur la relation entre les surestimations absolues (erreurs I), qui rend compte Ă  la fois du renforcement subjectif des inĂ©galitĂ©s au cas oĂč les surestimations absolues conservent l’inĂ©galitĂ© pL2 < L↑ et de la suppression subjective de ces inĂ©galitĂ©s lorsque pL2> L↑. La seule diffĂ©rence entre les deux situations est que quand pL2 < L1, le couplage est incomplet par excĂšs de couplages de diffĂ©rences (D) sur les couplages R et que quand pL2 > L1 il est incomplet par excĂšs contraire.

IL S’il en est ainsi, la loi de Weber n’est pas, Ă  situer au niveau des « erreurs composĂ©es », qui relĂšvent de la loi des centrations relatives, mais Ă  celui des erreurs Ă©lĂ©mentaires I et II, lesquelles comportent dĂ©jĂ  une loi logarithmique d’accroissement (erreur 1) et une loi de proportionnalitĂ© (erreur II). Plus prĂ©cisĂ©ment, il convient de distinguer deux cas que l’on

n’oppose pas toujours suffisamment l’un Ă  l’autre : celui des applications de la loi de Weber aux diffĂ©rences liminaires, et qui rĂ©pond strictement Ă  ce qui prĂ©cĂšde ; et celui des soi-disant applications de la loi de Weber aux diffĂ©rences quelconques (avec cette rĂ©serve qu’elle « s’applique » alors d’une façon d’autant moins stricte que l’on s’éloigne du seuil), oĂč les proportionnalitĂ©s observĂ©es ne relĂšvent plus des erreurs Ă©lĂ©mentaires I et II mais bien des erreurs composĂ©es et de la loi des centrations relatives.

Commençons donc par la loi de Weber au sens strict, que l’on peut Ă©crire :

ΔL

(43) S = k

L

oĂč S est l’étendue du seuil d’égalitĂ©, et k une constante.

Or, si l’on admet que l’égalisation provient des surestimations absolues alternatives (comme indiquĂ© sous I) et que, au seuil, les surestimations relatives Ă©tant prĂ©cisĂ©ment supprimĂ©es, les rencontres seront donc homogĂšnes (illusoirement homogĂšnes) sur L1 et L2, la proportionnalitĂ© propre Ă  la loi de Weber dĂ©rive alors directement du fait que les surestimations absolues sont elles-mĂȘmes proportionnelles Ă  la longueur des Ă©lĂ©ments L centrĂ©s alternativement (ou Ă  mi-chemin entre les L Ă  comparer) : prop. 28 et 29 du § 2. En effet :

(1) Les surestimations absolues, ou erreurs Ă©lĂ©mentaires I, sont proportionnelles aux longueurs des Ă©lĂ©ments L perçus, pour cette raison que l’estimation de ces longueurs dĂ©pend des parties a (et de leurs accroissements (1— « )2, etc.) du nombre N d’élĂ©ments rencontrables calculĂ© ou proportionnellement aux longueurs L (hypothĂšses I-II) ou par fractions de L (hypothĂšse III).

(2) D’autre part, si les parties a ne sont pas constantes pendant une durĂ©e t du temps d’accroissement (durĂ©es tachistos- copiques : voir § 6), et si elles ne le sont pas non plus lorsqu’il existe des raisons d’erreurs systĂ©matiques, il n’y a pas de raison pour que, en vision libre et dans les situations oĂč l’on mesure les seuils diffĂ©rentiels, la fraction des Ă©lĂ©ments rencontrĂ©s par rapport Ă  2V ne soit pas approximativement constante au niveau de stabilisation (plateau final de la courbe exponentielle).

(3) Or, l’existence du seuil tient, si nos hypothùses sont exactes (voir sous I), au fait que, quand la surestimation absolue

du plus petit L2 de deux Ă©lĂ©ments (L1 et L2) l’agrandit de maniĂšre Ă  ce que pL2~≄ Lx (prop. 41-42), alors les couplages de diffĂ©rence D ne sont plus possibles et sont donc annulĂ©s au profit des seuls couplages de ressemblance R.

(4) Il en rĂ©sulte donc directement que le seuil S correspond Ă  une fraction constante et que l’on peut Ă©crire la prop. 43 sous la forme suivante, qui lui est Ă©quivalente :

pL (43 bis) S = k L

oĂč p est la surestimation absolue d’un Ă©lĂ©ment L quand celui-ci vĂ©rifie les prop. 41 et 42.

111. Quant Ă  ce qu’on appelle communĂ©ment l’application de la loi de Weber Ă  des diffĂ©rences quelconques, on a coutume de soutenir que cette application est de moins en moins prĂ©cise au fur et Ă  mesure que l’on s’éloigne du seuil. La question est alors d’établir s’il s’agit encore de la loi de Weber ou si les dĂ©formations systĂ©matiques que l’on observe en ces cas ne relĂšvent pas simplement des centrations relatives.

Nous avons fait jadis avec Maria Rossi un petit sondage Ă  cet Ă©gard (Rech. IV) consistant Ă  prĂ©senter aux sujets deux segments de droite / et B (oĂč A < B, A constant de 20 mm et B de 21, 22, 23, 25, 30 ou 40 mm) et Ă  demander de construire (ou de choisir parmi des segments dĂ©jĂ  dessinĂ©s) un segment C tel que C— B ≈ B— A, puis un segment D (4 Ă©tant alors cachĂ©)1 tel que D— C = C— B ; etc. jusqu’à 15 reports de la diffĂ©rence.

Tabl. 37. Report ou choix d’une diffĂ©rence constante entre Ă©lĂ©ments croissants :

Les chiffres indiqués ont le sens suivant. Si x = la somme des reports effectués (ou des différences choisies) aprÚs 5, 10

1 Deux éléments contigus sont donc seuls visibles à la fois et le troisiÚme est à dessiner ou à choisir.

ou 15 nouveaux éléments considérés, à partir de C (A et B étant donnés), on aura, pour la série 1 (différence de 1 mm) les résultats x/5, x/10 et x/15 ; pour la série II (différence de 2 mm) les résultats x/10, x/20 et x/30 ; et pour la série VI (différence de 20 mm) les résultats x/100, x/200 et x/300.

Cela dit, on voit immĂ©diatement que ces rĂ©sultats, assez rĂ©guliers pour une expĂ©rience aussi grossiĂšre, ne sont pas conformes Ă  ce que donnerait une simple progression arithmĂ©tique, puisque celle-ci aboutirait Ă  des moyennes oscillant constamment autour de 1. Il est vrai que les moyennes des sĂ©ries V (avec reports) ou IV (avec choix) sont prĂ©cisĂ©ment voisines de 1 : mais il ne s’agit alors que d’une erreur nulle mĂ©diane comprise entre les diffĂ©rences trop grandes reportĂ©es ou choisies pour les sĂ©ries antĂ©rieures (> 1) et les diffĂ©rences trop petites (< 1) pour les sĂ©ries ultĂ©rieures. C’est sans doute cette non-conformitĂ© aux lois d’une progression arithmĂ©tique que l’on considĂšre comme une application de la loi de Weber aux diffĂ©rences quelconques.

Mais on voit, d’autre part, que les dĂ©formations observĂ©es sont loin de correspondre Ă  une fraction constante, puisqu’elles passent, dans la mĂ©thode des transports, d’un agrandissement de la diffĂ©rence de 2,36 en moyenne (sĂ©rie I) Ă  une diminution de la diffĂ©rence de 0,69 (sĂ©rie VI) et cela avec une rĂ©gularitĂ© approximative assez satisfaisante que l’on retrouve avec dĂ©calage dans la mĂ©thode des choix. Si c’est Ă  de telles modifications des dĂ©formations que l’on songe en disant que la loi de Weber s’applique d’autant moins que l’on s’éloigne du seuil, l’expression employĂ©e est alors impropre, car il s’agit en fait d’autres lois de dĂ©formation avec simplement conservation approximative des proportionnalitĂ©s. Dans le cas particulier, il s’agit d’un effet complexe oĂč interviennent les facteurs suivants : une surestimation de chaque second Ă©lĂ©ment sous l’influence du prĂ©cĂ©dent (B par A, C par B, etc.) ce qui conduit Ă  une surestimation de la diffĂ©rence ; d’autre part, la diffĂ©rence elle-mĂȘme Ă©tant considĂ©rĂ©e Ă  part, Ă  titre de longueur Ă  reporter, elle est sous-estimĂ©e sous l’influence des parties communes (si A’ est la diffĂ©rence entre A et B, A’ est dĂ©valorisĂ© par A, etc.) ; enfin le report (ou le choix Ă  distance) impliquant un transport spatio-temporel, il peut intervenir divers effets secondaires (voir chap. 111, § § 5-7) interfĂ©rant avec les prĂ©cĂ©dents1.

1 Et mĂȘme peut-ĂȘtre des effets de tendance centrale (surestimation des petites diffĂ©rences et sous-estimation des grandes autour d’un point neutre qui serait de A/2 pour les reports (V) et de A/4 pour les choix (IV).

En bref, les proportionnalitĂ©s approchĂ©es que l’on observe dans le cas des diffĂ©rences quelconques sont plus proches de la proportionnalitĂ© inhĂ©rente Ă  la loi des centrations relatives que de la progression gĂ©omĂ©trique caractĂ©ristique du seuil selon la loi de Weber.

§ 6. Justification expérimentale du schéma des rencontres et des couplages et phénomÚne du maximum temporel des illusions.

Il ne saurait naturellement ĂȘtre question d’une vĂ©rification par l’expĂ©rience aboutissant Ă  une mesure des « rencontres » et des « couplages » hypothĂ©tiques au moyen desquels nous avons cherchĂ© Ă  expliquer (§ § 2-5 de ce chap. II) les effets de centration fournis par l’observation (§ 1). Par contre l’idĂ©e centrale qui inspire ce modĂšle peut ĂȘtre soumise au contrĂŽle des faits, cette hypothĂšse de base Ă©tant celle de la dualitĂ© des processus (a) de centration (rencontres et couplages incomplets) et (b) de dĂ©centration (couplages complets) et de l’opposition du sens de leurs actions dans le mĂ©canisme des dĂ©formations perceptives ou illusions.

En effet, tandis que le dĂ©tail des rencontres et des couplages ne constitue qu’un exemple de calcul possible, l’idĂ©e centrale du modĂšle est qu’il existe, d’une part, des surestimations absolues pouvant diffĂ©rer d’un Ă©lĂ©ment L Ă  l’autre (rencontres dues aux centrations) et conduisant alors Ă  des surestimations relatives (couplages incomplets), mais qu’il existe aussi une coordination des centrations (= dĂ©centration) conduisant Ă  homogĂ©nĂ©iser les surestimations absolues et par consĂ©quent Ă  supprimer les surestimations relatives (couplages complets). Ce qu’on peut alors attendre de l’expĂ©rience est qu’elle confirme ou infirme cette dualitĂ© d’actions orientĂ©es en sens opposĂ©.

Or, il est un domaine de l’expĂ©rimentation dans lequel cette question prend un sens prĂ©cis et dĂ©cidable : c’est celui des accroissements (ou diminutions) quantitatifs des illusions en fonction des durĂ©es de prĂ©sentation et Ă  partir des durĂ©es les plus courtes. En effet, si les actions de centration orientĂ©es vers la surestimation absolue Ă©taient seules en jeu, on devrait observer un accroissement continu des illusions en fonction de l’augmentation des durĂ©es de prĂ©sentation, du moins entre les durĂ©es les plus courtes et la durĂ©e moyenne de vision libre (1 Ă  3 sec). Au contraire, si les actions de dĂ©centration Ă©taient

seules en jeu, on devrait assister Ă  une dĂ©croissance graduelle de l’illusion en fonction des durĂ©es croissantes, et cela Ă  partir d’une situation initiale d’illusion maximum due Ă  l’impossibilitĂ© des comparaisons actives et des explorations aux durĂ©es les plus courtes. Si enfin les deux facteurs interviennent concurremment, on doit s’attendre Ă  une augmentation des effets de centration (surestimation absolues et couplages incomplets avec surestimation relative) avec l’accroissement des durĂ©es, mais aussi Ă  une augmentation des effets de dĂ©centration (couplages complets conduisant aux compensations ou suppressions des surestimations relatives). En ce cas, le rĂ©sultat le plus probable1 serait la croissance initiale de l’illusion, puis la dĂ©croissance aprĂšs un maximum (temporel) pour les durĂ©es intermĂ©diaires. MĂȘme si le maximum n’était pas gĂ©nĂ©ral, son existence en un nombre suffisant de situations diffĂ©rentes (variĂ©tĂ©s d’illusion rĂ©pondant aux diverses formules du chap. 1) rĂ©pondant toutes Ă  la loi des centrations relatives, suffirait Ă  dĂ©montrer la dualitĂ© des facteurs de centration et de dĂ©centration ainsi que leurs actions orientĂ©es en sens opposĂ©s, puisqu’un maximum rĂ©sulte nĂ©cessairement d’un conflit entre un facteur de renforcement dominant jusqu’au point maximal et un facteur de modĂ©ration l’emportant Ă  partir de ce point.

Or, les faits, recueillis d’abord avec Vinh-Bang, puis avec B. Matalon 2 et ensuite avec S. Ghoneim 3, Mme Vinh-Bang et M. Millier sur diverses illusions, se sont montrĂ©s dĂ©cisifs : on observe effectivement la prĂ©sence d’un maximum dans une forme I de distribution correspondant Ă  la plupart des cas oĂč la mesure s’effectue sans sortir de la figure, c’est-Ă -dire oĂč le mesurant variable constitue l’un des Ă©lĂ©ments de cette derniĂšre ; par contre on trouve d’autres formes de distribution temporelle de l’erreur (1I-III) et en gĂ©nĂ©ral dans les cas oĂč le mesurant est extĂ©rieur Ă  la figure, mais d’autres formes dont chacune est aisĂ©ment explicable par le schĂ©ma des « rencontres » et des « couplages ». On constate en outre, de remarquables modifications de la distribution selon le choix du point de centration obligĂ©e.

(1) Commençons par la premiĂšre des illusions que nous ayons Ă©tudiĂ©es tachistoscopiquement, celle d’Oppel-Kundt (voir chap. I § 13). Notons d’abord que, au tachistoscope, l’illusion

1 Comme on l’a vu au 5 2 sous II.

2 J. Piaget, Vinh-Bang a. B. Matalon, Note on the law of the temporal maximum of some optico-geometric illusions, Am. J. Psychol., 1958, 71, 277-282.

3 Rech. XXXVII.

varie considérablement selon le point de centration. Si nous appelons ici A la ligne hachurée (5 cm de long, 10 hachures verticales de 10 mm de hauteur) et B la ligne variable non hachurée prolongeant la premiÚre à droite et servant de mesurant), nous trouvons (avec Vinh-Bang) :

 

Centration Ă  la

Centration au

Centration au

 

frontiĂšre des

point médian

point médian

 

parties A et B

de B

de A

 

moyenne écart-type

moyenne écart-type

moyenne écart-type

5-7 ans (20) . .

1,5 ±6,8

— 8,0 ± 5,5

8,8 ± 6,2

Adultes (20) . .

6,9 ± 4,6

— 4,8 ± 6,9

20,1 ±5,1

 

Tabl. 38. Moyenne des illusions d’Oppel-Kundt à 0,1 sec selon le point de centration :

Temps d’exposition (sec)

0,04

0,1

0,2

0,5

1

Durée libre

5-7 ans

1,0

1,6

4,3

6,0

5,6

5,1

Adultes

3,6

6,8

8,2

6,8

6,9

7,2

 

On voit ainsi qu’il suffit de centrer la ligne hachurĂ©e A pour renforcer l’effet dĂ©crit au § 13 du chap. I de 1,5 Ă  8,8 chez l’enfant et de 6,9 Ă  20,1 chez l’adulte, ce qui est sans doute dĂ» Ă  la multiplication des « rencontres » sur les intervalles compris entre les hachures. RĂ©ciproquement, la centration sur la ligne non hachurĂ©e B entraĂźne une illusion nĂ©gative de — 8,0 chez l’enfant et de — 4,8 chez l’adulte, par diminution des « rencontres » sur A.

Cela dit, lorsqu’on varie le temps d’exposition de la figure, avec point de centration entre les parties A et B, on obtient :

Tabl. 39. Illusions moyennes (en %) en fonction de la durĂ©e d’exposition :

On constate donc que l’illusion passe par un maximum Ă  0,2 sec chez l’adulte et Ă  0,5 sec chez les petits. Mais deux circonstances peuvent expliquer que ce maximum n’est pas trĂšs marquĂ©. La premiĂšre est que les mĂȘmes sujets ont passĂ© par tous les temps, bien qu’en des sĂ©ances parfois distinctes, alors que le maximum est en gĂ©nĂ©ral mieux dĂ©gagĂ© lorsqu’on s’adresse Ă  des groupes sĂ©parĂ©s pour chaque temps (Ă  cause

des effets d’exercice). La seconde est que, quoique le mesurant (partie B) et le mesurĂ© (partie A) soient ici rĂ©unis en une seule figure, celle-ci est disposĂ©e linĂ©airement en longueur, ce qui rend la situation intermĂ©diaire entre la forme I de distribution et celles qui rĂ©sultent d’une sĂ©paration du mesurĂ© et du mesurant.

(2) La figure en T renversĂ© (chap. I § 4) constitue par contre un bon exemple de forme I de distribution parce que le mesurant (l’horizontale, qui varie de 27 Ă  51 mm pour une verticale constante de 30 mm) peut constituer l’un des Ă©lĂ©ments de la figure elle-mĂȘme. Cette circonstance favorise alors ce que nous appellerons les « centrations enveloppantes », c’est-Ă -dire celles qui permettent de mettre en relations les Ă©lĂ©ments dĂ©formants de la figure (ici l’horizontale et la verticale). Aussi avons-nous trouvĂ© ce qui suit, (avec Vinh-Bang et Benjamin Matalon, et encore sur des sujets demeurant les mĂȘmes pour tous les temps d’exposition) :

Tabi.. 40. Erreurs systĂ©matiques moyennes (en %) sur la figure en T renversĂ©, en fonction des durĂ©es d’exposition :

On constate ainsi l’existence dĂš maxima plus nets qu’avec l’illusion d’Oppel-Kundt, mais l’on retrouve le dĂ©calage du maximum de 5-7 ans par rapport au maximum adulte, dĂ©calage dĂ©jĂ  sensible au tabl. 39. En outre, on voit qu’il suffit de faire porter la centration sur l’horizontale non seulement pour affaiblir l’illusion (ce qui est naturel puisque la verticale non centrĂ©e est moins surestimĂ©e) mais encore pour dĂ©placer le maximum adulte entre 0,2 et 1 sec. Chez l’enfant le maximum est alors mĂȘme dĂ©calĂ© jusqu’à la durĂ©e libre, ce qui transforme alors la forme normale I de distribution temporelle en une nouvelle forme, que nous appellerons la forme 111’ en dĂ©signant, d’autre part, du nom de forme II celle que prĂ©sente en ce cas

1 Deux points de fixation situés de chaque cÎté à 10 mm du point de jonction avec la verticale.

2 DL = Durée libre.

l’adulte avec un maximum retardĂ© mais Ă  des durĂ©es infĂ©rieures Ă  la durĂ©e libre. On remarque donc d’emblĂ©e que la forme II ne constitue qu’une dĂ©rivation affaiblie de la forme I et la forme III qu’un affaiblissement de la forme II, due sans doute au fait qu’aux durĂ©es infĂ©rieures Ă  la durĂ©e libre le sujet n’a pas le temps, pour certaines figures et certains points de centration, de percevoir suffisamment les relations dĂ©formantes (la centration n’étant donc en ce cas pas assez « enveloppante »).

(3) La figure en Ă©querre (L) n’est qu’un dĂ©rivĂ© de la figure en T comme nous l’avons vu au § 4 du chap. I (nous en reparlerons d’ailleurs du point de vue de la verticalitĂ© au § 3 du chap. III). Du point de vue du maximum temporel nous l’avons Ă©tudiĂ©e avec B. Matalon, soit en groupes non sĂ©parĂ©s de sujets (les mĂȘmes sujets pour tous les temps), soit en groupes sĂ©parĂ©s (un seul temps par sujet). Voici les rĂ©sultats des groupes sĂ©parĂ©s (nous reviendrons au chap. III sur les groupes non sĂ©parĂ©s : tabl. 66) :

Tabi.. 41. Erreurs systĂ©matiques moyennes (en % de l’étalon) sur la figure en Ă©querre en fonction des durĂ©es d’exposition 1 (groupes sĂ©parĂ©s de sujets) :

5-7 ans :

Durées (sec)

0,02

0,04

0,10

0,20

0,50

1,00

DL

I. Fix. vert

— 

4,0

8,0

3,6

2,6

4,4

5,0

II. Fix. hor

— 

— 2,4

— 2,0

+ 3,2

+ 2,8

+ 2,4

— 

111. Fix. champ

— 

8,7

6,6

0,2

3,1

7,3

— 

Adultes :

 

 

 

 

 

 

 

1. Fix. vert

6,9

7,6

12,4

9,6

7,2

7,0

6,3

11. Fix. hor

4,0

4,2

4,6

2,8

0,6

1,2

1,8

111. Fix. champ . .

13,6

12,0

6,2

4,2

6,0

6,0

6,0

 

Plusieurs points sont Ă  noter eu Ă©gard Ă  l’hypothĂšse des « rencontres ». Lorsqu’il y a fixation sur la verticale, on trouve un maximum Ă  0,1 chez l’enfant comme chez l’adulte2. Par

1 AbrĂ©viations : I. Fix. vert. = fixation au milieu de la verticale de 50 mm. II. Fix. hor. = fixation sur l’horizontale variable Ă  25 mm du point d’origine. III. Fix. champ = fixation au milieu du champ Ă  25 mm au-dessus du point II et Ă  25 mm Ă  droite du point I. — Enfin DL = durĂ©e libre.

2 Chez celui-ci, par contre, on trouve une erreur de 17,9 Ă  0,01 sec, mais dont il est douteux qu’elle constitue un effet de verticale, Ă©tant trĂšs disproportionnĂ©e chez certains sujets, tandis que 43,3 % des cas examinĂ©s par

contre, avec la centration sur l’horizontale, l’enfant dĂ©valorise la verticale jusqu’à 0,1 sec inclusivement (et jusqu’à la durĂ©e libre en groupes non sĂ©parĂ©s : voir tabl. 66 au chap. III), tandis que l’adulte parvient Ă  surestimer la verticale dĂšs 0,02 sec, avec maximum (peu net) Ă  0,1 sec, ce qui montre une capacitĂ© remarquable de centration enveloppante et s’expliquerait mal sans une dispersion des « rencontres » Ă  partir du point de fixation (dispersion favorisĂ©e sans doute par l’habitude acquise de juger la longueur des verticales par considĂ©ration de leur sommet, comme nous le verrons au § 3 du chap. III). Le point de fixation III, Ă  Ă©gale distance du milieu de la verticale et de celui de l’horizontale donne lieu Ă  un autre phĂ©nomĂšne intĂ©ressant. Chez l’adulte le maximum est Ă  la durĂ©e la plus courte, comme si le sujet ne remarquait alors guĂšre que la verticale : nous appellerons forme IV cette forme de distribution. Chez l’enfant il en va de mĂȘme pour la plus courte dureĂ© (0,04 sec) Ă  laquelle on peut expĂ©rimenter avec lui, mais on retrouve un second maximum Ă  10 sec (on observe d’ailleurs une tendance analogue chez l’adulte : remontĂ©e Ă  0,5-1,0 aprĂšs un flĂ©chissement Ă  0,2 sec) comme si la figure donnait lieu Ă  deux sortes de perceptions primant la verticale l’une parce que nĂ©gligeant l’horizontale et l’autre parce que les mettant en relations. Nous appellerons forme V cette distribution Ă  deux maxima.

(4) Le rectangle (voir chap. I § 3) a donné lieu aux résultats suivants :

Tabl. 42. Surestimation du grand cĂŽtĂ© du rectangle (en % de l’étalon) en fonction des durĂ©es de prĂ©sentation, par groupes de sujets sĂ©parĂ©s (entre parenthĂšses groupes non sĂ©parĂ©s) :

On voit que l’adulte prĂ©sente une forme II de distribution (maximum Ă  1.0 en groupes sĂ©parĂ©s et sans doute dĂšs 0,5 en groupes non sĂ©parĂ©s n’ont pas d’erreur plus forte Ă  0,01 qu’à 0,02 sec. Il s’agit plutĂŽt de la difficultĂ©, faute de temps, Ă  percevoir autre chose que la verticale.

groupes non sĂ©parĂ©s), tandis que l’enfant aboutit Ă  une forme V typique.

(5) Le losange, avec mesure de la sous-estimation de la grande diagonale au moyen de mesurants linĂ©aires extĂ©rieurs Ă  la figure (voit chap. I § 6), a donnĂ© Ă  S. Gonheim une distribution tachistoscopique de forme IV typique, c’est-Ă -dire avec maximum pour la durĂ©e la plus courte (dans le cas particulier 0,02 sec), comme nous l’avons dĂ©jĂ  vu chez l’adulte pour la figure en Ă©querre avec point de fixation III :

Durées

0,02

0,04

0,10

0,20

0,50

1,00

5-6 ans G.D. ’

— 

— 14,4

— 13,6

— 13,6

— 13,0

— 11,6

i G.D.

Adultes 1

— 10,2(—  8.6)

— 9,4(— 7,6)

— 7,6(— 6,8)

— 6,6(— 5,4)

— 6,6(— 5,8)

— 6,01— 6.0)

jP.D.

— 13,0

— 11,8

— 9.0

— 7,4

— 7,4

— 7.4

 

Tabl. 43. Erreurs systĂ©matiques (en %) sur les diagonales du losange en fonction de la durĂ©e de prĂ©sentation (ordre croissant des durĂ©es pour les mĂȘmes sujets ; entre parenthĂšses ordre dĂ©croissant des durĂ©es, de 1,0 Ă  0,2 sec):

Durées

0,01

0,02

0,04

0,10

0,20

0,50

1 sec

Groupe I 


— 

11,4

10,6

10,2

9,6

9,4

8,2

 » II . . .

11,8

12,8

13,4

12,6

12,2

10,4

8,8

 

Pour voir si cette distribution de forme IV tenait Ă  la structure du losange et des angles, ou si elle rĂ©sultait simplement du fait que le mesurant est extĂ©rieur Ă  la figure ou peut-ĂȘtre aussi du fait que la durĂ©e de dĂ©part est encore trop longue, nous avons alors proposĂ© Ă  Ghoneim de reprendre l’expĂ©rience mais en mesurant l’illusion de la mĂ©diane2 (par simple dĂ©placement de la mĂ©diane apparente sur les figures successives) et en commençant Ă  0,01 sec dĂ©jĂ  sur un groupe de sujets voulant bien se prĂȘter Ă  cette gymnastique perceptive. Les rĂ©sultats ont Ă©tĂ© d’un grand intĂ©rĂȘt :

Tabl. 44. Erreurs systématiques sur la médiane du losange en fonction de la durée de présentation. Groupe I = 10 adultes ayant commencé à 0,02 sec. Groupe II = 10 autres adultes ayant commencé à 0,01 sec) :

1 G.D. = Grande diagonale ; P.D. = Petite diagonale.

2 Rappelons que nous nommons mĂ©diane d’un angle la perpendiculaire Ă  la bissectrice en son point mĂ©dian (voir chap. I 5 5. tabl. 5).

On voit ainsi que mĂȘme avec des mesures intĂ©rieures Ă  la figure, la distribution conserve la forme IV. Par contre elle prend une forme I typique, avec dĂ©placement du maximum Ă  0,04 (chez neuf sujets sur dix) si l’on commence Ă  0,01 sec, sans doute parce qu’alors le sujet est obligĂ© de structurer la figure au temps minimum (avec point de fixation au milieu de la figure) et que commençant ainsi il n’en vient qu’ensuite Ă  percevoir les facteurs responsables de l’illusion de la mĂ©diane, plus tard que si la premiĂšre inspection Ă  0,02 sec avait permis d’emblĂ©e une centration plus « enveloppante ».

Notons Ă  cet Ă©gard qu’en dĂ©butant Ă  0,01 sec on n’obtient pas toujours les mĂȘmes rĂ©sultats puisque, par hypothĂšse, ils dĂ©pendent du caractĂšre plus ou moins enveloppant de la centration au moment des premiĂšres structurations de la figure. Au vu des rĂ©sultats de Ghoneim, nous avons par exemple repris avec Matalon l’étude des distributions de l’erreur de la verticale sur la figure en Ă©querre (voir le § , sous III) en faisant dĂ©buter deux groupes de sujets adultes (groupes non sĂ©parĂ©s), l’un Ă  0,04 sec et l’autre Ă  0,01 sec. Les sujets dĂ©butant Ă  0,04 donnent un maximum vers 0,1 sec comme ceux des groupes sĂ©parĂ©s (tabl. 41), mais trĂšs affaibli (on trouvera leur distribution au tabl. 66 du chap. III). Ceux qui dĂ©butent Ă  0,01 sec, par contre, donnent une distribution de forme typiquement IV (17,9 Ă  0,01 ; 13,1 Ă  0,02 ; 13,7 Ă  0,04 ; 12,1 Ă  0,1 ; 11,5 Ă  0,2 ; 10,3 Ă  0,5 et 10,6 Ă  1 sec) sans doute parce que, en fixant la verticale, ils ne voient guĂšre qu’elle Ă  0,01 comme nous l’avons dĂ©jĂ  supposĂ© (voir la note accompagnant le commentaire du tabl. 41).

Tabl. 45. Surestimation de la petite base 1 du trapÚze en fonction des durées de présentation :

1 Petite base 30 mm, grande base 60 mm, hauteur 15 mm, 18 mesurants de 24 Ă  58 mm.

2 Et 20,6 Ă  1 sec.

(6) L’illusion de la petite base du trapĂšze (voir chap. 1 § 9) a Ă©tĂ© reprise au tachistoscope (par groupes de sujets sĂ©parĂ©s pour chaque temps) avec Mme Vinh-Bang dans la situation oĂč elle est spatialement maximale (petite base = moitiĂ© de la grande base) : tabl. 45. On voit que les distributions sont de forme IV pour les mĂȘmes sujets et de forme I (mais avec maximum Ă  0,02 sec, donc de forme voisine de IV) pour les groupes sĂ©parĂ©s.

(7) L’illusion de MĂŒller-Lyer, qui se rĂ©duit, comme on s’en souvient (chap. I § 10), Ă  celle d’un double trapĂšze, a Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©e tachistoscopiquement avec Monique Millier sous les six formes 1 1-3 et II 1-3 de la fig. 22, Ă  laquelle nous nous rĂ©fĂ©rons dans ce qui suit. Les rĂ©sultats ont donnĂ© chez l’adulte une distribution IV comme pour le trapĂšze (par groupes sĂ©parĂ©s) et une distribution 1 chez l’enfant (figures I et II) :

Tabi.. 46. Illusions de MĂŒller-Lyer (voir fig. 22) en fonction des durĂ©es de prĂ©sentation 1 :

Figure I

5-7 ans

0,02

0,04

0,10

0,20 0,50 DL

∣1

— 

40

65

38,3 35,3 37,3

1.,

— 

42

62

33,3 38,6 34,3

‱3

Adultes :

— 

15

30

21,6 20,3 14,3

0,02

0,04

0,10

0,20

0,50 DL

11 60 (40)

41,6(40)

49 (34,3)

40,6(40)

30 (33) 26 (23)

l2 68,3(32,6) 40 (32)

62 (33,6)

35 (39,3)

36,6(39,3) 29,6(21,6)

13 31 (23)

21,3(20)

24,3(10)

Figure

11,3(10,3)

II

ll,6(10l3) 5,3(3,3)

5-7 ans

0,02

0,04

0,10

0,2 0 0,50 DL

"1

— 

— 20

-14 +

8,3 — 6,3 — 6

II..

— 

— 13,3

-15 +

3,3 — 4,6 — 2

"3

Adultes :

— 

— 8

0 +

6 + 0,3 + 3,3

0,02

0,04

0,10

0,20

0,50 DL

lli + 2 (— 9) -

5(— 12,3) +

7,3(— 12,3)

-6,3(-8j

) + 1 (— 0,6) — 1,6(— 5,6)

l∣2 + 0,3(-9) — 

1(-13,3) +

8 (— 9,6)

— 6,6(— 1

1,3) + 1,3(— 4) — 0,6(+l)

)∣3 +12,3(+7,6) + 10(+15,3) +

16,3( + 7)

+6 f+4,3) ÷ll,l( + 7) +1 ( + 1)

1 Les centrations correspondant aux données sans parenthÚses sont situées au milieu du segment médian de la figure. Entre parenthÚses pour les adultes les mesures prises avec une centration à mi-distance du centre de la figure et du centre des mesurants variables. Au-dessus de chaque colonne, les durées en sec. avec DL = durée libre.

On retrouve ainsi, au tachistoscope, une erreur sensiblement Ă©gale pour les figures I 1 (double trapĂšze) et 12 (pennures externes classiques), ainsi qu’une illusion un peu plus forte pour 111 (double trapĂšze) que pour II2 (pennures internes classiques). De plus les figures 1 3 (parallĂšles inĂ©gales) donnent comme en vision libre (voir tabl. 16) des illusions beaucoup plus faibles, tandis que ce n’est pas le cas (contrairement Ă  la vision libre : tabl. 17) pour les figures II 3.

Cela dit le seul fait qui pose un problĂšme (Ă  part la mesure en commençant par 0,01 sec avec les mĂȘmes sujets pour tous les temps, qui n’a pas encore Ă©tĂ© faite) est la frĂ©quence des illusions positives pour les figures II oĂč elles sont uniformĂ©ment nĂ©gatives en vision libre (tabl. 17) : 12 moyennes positives contre 6 nĂ©gatives avec centration sur la ligne mĂ©diane de la figure et 6 positives contre 12 avec centration entre la figure et la variable. Dans le premier de ces deux cas, il s’agit Ă©videmment d’une influence contraire due Ă  la centration sur la ligne mĂȘme qui normalement est dĂ©valorisĂ©e. Mais dans le cas des six moyennes positives avec centration entre le mesurĂ© et le mesurant on comprend moins bien quel est le facteur responsable sinon un excĂšs de « rencontres » sur le mesurĂ© faute d’exploration suffisante de la figure entiĂšre.

(8) Nous avons rĂ©servĂ© pour la fin l’illusion de Delboeuf, Ă©tudiĂ©e tachistoscopiquement avec B. Matalon, parce qu’elle donne Ă©galement lieu aux durĂ©es courtes Ă  des inversions du sens de l’erreur par rapport Ă  la vision libre, et Ă  des inversions instructives du point de vue de la structuration de la figure au cours de cette sorte de genĂšse actuelle que constitue l’évolution des perceptions en fonction de l’accroissement des durĂ©es de prĂ©sentation. Nous avons, en effet, trouvĂ© les rĂ©sultats suivants en mesurant le petit des deux cercles concentriques au moyen de cercles variables extĂ©rieurs Ă  la figure et en utilisant comme point de fixation : I au centre du cercle libre (mesurant) ; II Ă  mi-chemin des centres du cercle libre et des cercles concentriques ; III au milieu de la bande sĂ©parant les deux cercles concentriques (du cĂŽtĂ© du cercle libre) ; et IV au centre des cercles concentriques :

Tabl. 47. Erreurs systĂ©matiques sur le cercle intĂ©rieur des cercles concentriques de DelbƓuf en fonction du temps d’exposition 1 :

On constate ainsi ce fait Ă©trange que les enfants fournissent une distribution parfaitement normale (forme 1) avec maximum net Ă  0,5 sec, tandis que les adultes dĂ©butent par une illusion nĂ©gative (fixations I et II), ou par une illusion positive mais suivie d’une nĂ©gative (fixation IV) ou d’un flĂ©chissement (fixation 111) pour n’aboutir Ă  une illusion normale qu’à 1 sec. Nous appellerons forme VI ces formes de distribution.

L’existence des illusions nĂ©gatives chez l’adulte s’explique vraisemblablement par la difficultĂ© Ă  dissocier aux temps courts les deux cercles concentriques pour comparer le cercle intĂ©rieur au cercle libre extĂ©rieur : en ce cas l’effort de dissociation valorise la bande A’ qui sĂ©pare les deux cercles A et B (voir chap. I § 11 sous I) et dĂ©valorise le diamĂštre du cercle intĂ©rieur A. Quant aux enfants, ils ne « voient » pas deux cercles indĂ©pendants, mais un objet concret tel qu’un anneau ou un pneu de bicyclette et cette tendance Ă  transformer une figure gĂ©omĂ©trique en un solide significatif leur rend plus aisĂ©e la perception du cercle intĂ©rieur en tant que place vide s’opposant Ă  l’anneau solide qui l’entoure. Il reste Ă  noter que, dans les cas oĂč l’adulte prĂ©sente une forte illusion positive à’0,04, celle-ci n’est vraisemblablement pas du mĂȘme type que l’illusion positive Ă  0,5-1 sec puisqu’elles sont sĂ©parĂ©es par une illusion

1 Groupes séparés.

nĂ©gative ou par un flĂ©chissement net : il est probable qu’il perçoit alors, non pas un objet solide comme l’enfant, mais une sorte de cercle unique marquĂ© par deux traits, etc., et que sa rĂ©action se rapproche alors de celle de l’enfant. Cette interprĂ©tation expliquerait entre autres le rĂ©sultat curieux qu’en faisant fixer la zone A’ qui sĂ©pare les deux cercles, on n’obtient prĂ©cisĂ©ment pas d’illusion nĂ©gative : en fait la fixation sur 4’ favorise simplement la dissociation des deux cercles concentriques 1.

Conclusion. —   Nous avons tenu Ă  exposer ces faits (n”’ 1 Ă  8) avec quelque dĂ©tail, d’abord parce que ce domaine est peu connu et surtout parce qu’ils nous paraissent fournir la meilleure des vĂ©rifications Ă  l’hypothĂšse des « rencontres » et des « couplages ». En effet d’une part, Ă©tant admis que les effets de centrations sont responsables des surestimations (ce que l’expĂ©rience dĂ©montre directement : § 1 de ce chapitre), il reste que la notion de centration est beaucoup trop globale pour expliquer comment, avec des points de centration respectifs uniformes, les diverses illusions peuvent varier de maniĂšres si diffĂ©rentes selon les temps de prĂ©sentation, et de maniĂšres si diffĂ©rentes aussi selon que l’on varie ces points de fixation : il est donc indispensable de dissocier l’action de la centration en actions Ă©lĂ©mentaires ou « rencontres », et cela Ă  la fois pour comprendre comment l’effet de centration varie avec la durĂ©e et pourquoi une centration peut ĂȘtre plus ou moins enveloppante. D’autre part, le fait que la plupart des formes de distribution temporelle distinguĂ©es prĂ©cĂ©demment prĂ©sentent un maximum rend nĂ©cessaire la distinction de deux facteurs, l’un tenant au nombre croissant des « rencontres » et l’autre Ă  leur homogĂ©nĂ©itĂ© sur les diffĂ©rents Ă©lĂ©ments de la figure, donc Ă  leurs correspondances ou « couplages » : en effet, un maximum ne

1 B. Matalon a en outre pris les mesures avec fixation II sur les mĂȘmes sujets pour tous les temps, en commençant soit Ă  0,02 sec, soit Ă  0,1 sec, soit enfin Ă  1 sec avec marche inverse (durĂ©es dĂ©croissantes). Les premiers

groupes ont donnĂ© les mĂȘmes rĂ©sultats que les groupes sĂ©parĂ©s (mais il est

Ă  noter qu’en commençant Ă  0,1 sec l’illusion nĂ©gative est un peu plus forte Ă  0,1 et 0.2 que chez les sujets qui ont dĂ©jĂ  passĂ© par les durĂ©es 0,02 et

0,04). Quant au troisiùme groupe l’illusion est encore positive à 0,2 sec et

ne devient nĂ©gative qu’à 0,1, mais Ă  un plus faible degrĂ© qu’en ordre ascendant des durĂ©es.

saurait ĂȘtre que le rĂ©sultat de deux ou plusieurs facteurs antagonistes.

Commençons par la question du degrĂ© de gĂ©nĂ©ralitĂ© de ce maximum. La forme typique I (maximum entre 0,04 et 0,1 mais pas aux temps les plus courts) s’est donc rencontrĂ©e pour les illusions d’Oppel, du 1, de l’équerre, de la mĂ©diane du losange (en commençant Ă  0,01 en groupes de sujets non sĂ©parĂ©s), de MĂŒller-Lyer et de DelbƓuf (dans ces deux derniers cas chez l’enfant seulement). Elle doit donc ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme pouvant se rencontrer dans toutes les figures Ă©tudiĂ©es1 sauf le rectangle. La forme II prĂ©sente aussi un maximum mais dĂ©calĂ© entre 0,2 et 1 sec (figure en j_ avec fixation sur la verticale chez l’enfant et sur l’horizontale chez l’adulte, Ă©querre avec fixation sur l’horizontale chez l’enfant et rectangle chez l’adulte et l’enfant) ; elle ne constitue donc qu’une forme affaiblie de la forme 1. La forme III (accroissement de l’illusion jusqu’à la durĂ©e libre : figure en p chez l’enfant avec fixation sur l’horizontale) pourrait par contre ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme une forme sans maximum. Mais, comme c’est Ă©videmment le dĂ©but des mouvements oculaires et de l’exploration qui explique l’affaiblissement ordinaire de l’illusion Ă  partir de 0,5-1 sec, on peut considĂ©rer que la durĂ©e libre, dans la forme III de distribution, n’est elle-mĂȘme qu’une phase de transition, la phase suivante Ă©tant celle des explorations plus attentives et des rĂ©pĂ©titions avec exercice (voir chap. III § 2): en ce sens le maximum atteint dans la forme 111 en durĂ©e libre (notons qu’il s’agit alors d’une prĂ©sentation dans le mĂȘme dispositif, dont la durĂ©e ne va justement pas jusqu’à l’exploration rĂ©pĂ©tĂ©e) est un maximum comme un autre, par simple affaiblissement de la forme IL

C’est la forme IV (maximum aux temps les plus courts) qui donc seule pose le vrai problĂšme de la gĂ©nĂ©ralitĂ© des maxima temporels et qui semble vĂ©rifier l’opinion classique selon laquelle l’erreur est d’autant plus forte que les temps de prĂ©sentation sont plus courts. Or, nous l’avons rencontrĂ©e dans les cas de la diagonale du losange, de la petite base du trapĂšze, de MĂŒller-Lyer (adultes) et des comparaisons entre horizontales en groupes non sĂ©parĂ©s (tabl. 35 du § 1). Seulement, ici encore, nous croyons que cette forme de distribution comporte en rĂ©alitĂ© la prĂ©sence d’un maximum. D’une part, il a suffi que Ghoneim fasse dĂ©buter ses sujets, Ă  notre demande, Ă  0,01 sec dĂ©jĂ , dans le cas de la mĂ©diane du losange, pour qu’un maxi-

1 Ainsi que pour la comparaison de deux horizontales en groupes de sujets séparés (tabl. 53 au § 1, sous V b).

mum net se dĂ©gage Ă  0,04 (de 13,4 contre 8,8 Ă  1 sec)1. D’autre part, lorsqu’on dĂ©bute Ă  0,02 sec (et mĂȘme Ă  0,01 dans le cas oĂč un contrĂŽle analogue ne donnerait pas les mĂȘmes rĂ©sultats), on ne sait jamais ce qui se passe durant les premiĂšres fractions de ce temps dĂ©jĂ  apprĂ©ciable : il est sans doute fort peu probable que la structuration de la figure soit instantanĂ©e et il faut prĂ©voir une phase de structuration trĂšs rapide mais au cours de laquelle l’illusion doit croĂźtre en mĂȘme temps que s’effectue cette structuration. Si cette interprĂ©tation est exacte (et elle ne revient qu’à gĂ©nĂ©raliser l’observation de Ghoneim), une illusion maximale obtenue Ă  0,02 (ou mĂȘme Ă©ventuellement Ă  0,01 sec), correspond en rĂ©alitĂ© Ă  un maximum comme un autre, mais avec une simple avance par rapport Ă  la forme I de distribution, Ă©tant donnĂ© le caractĂšre prĂ©gnant de la figure ou de l’élĂ©ment mesurĂ© en son sein.

Les formes V et VI de distribution ne soulĂšvent alors pas de problĂšmes particuliers. Dans le cas de la forme V il s’agit de deux maxima l’un prĂ©coce et l’autre tardif, donc d’une combinaison des formes IV et II sans doute due au fait que la perception des figures en jeu dans ce cas V est qualitativement diffĂ©rente aux temps courts et plus longs (cf. les cercles concentriques). Quant Ă  la forme VI avec passage des illusions nĂ©gatives ou positives, elle n’a non plus rien de contradictoire avec la notion et il restera simplement Ă  expliquer le pourquoi de ces renversements selon le schĂ©ma des couplages.

La croissance temporelle de l’illusion selon une loi de maximum semblant ainsi constituer le principe gĂ©nĂ©ral, nous n’avons plus qu’à en chercher la raison et Ă  dĂ©cider en quoi ces faits vĂ©rifient le schĂ©ma des rencontres et des couplages.

Pour rendre compte du maximum, il nous suffira de partir des prop. 28 Ă  35 et notamment de cette derniĂšre qui Ă©nonce la probabilitĂ© des couplages incomplets sur L1 et L2 si la probabilitĂ© des rencontres par unitĂ© de temps est de 1— (1— pL1)"t sur L1 et de 1— (1— pL2)nt sur L2 :

(35, rappel) P = (1— pL1)llt— (1— pL2)"t

Cela signifie donc que, si les rencontres croissent sur L1et sur L2 selon deux exponentielles, les couplages seront complets si les vitesses d’accroissement des rencontres coĂŻncident et incomplets si ce n’est pas le cas : en cette seconde Ă©ventualitĂ© (c’est-Ă -dire si P≠0), il y aura donc surestimation rela-

1 Cf. également le trapÚze sans point de fixation.

tive de l’un des Ă©lĂ©ments comparĂ©s, autrement dit illusion. Il suffit alors de nous demander (par simple rappel du commentaire des prop. 31-33) quelle est la valeur relative de P aux temps les plus courts, moyens et plus longs.

Aux temps les plus courts, il y aura peu de rencontres et moins il y en aura, plus la probabilitĂ© sera grande que le couplage soit complet par opposition aux durĂ©es ultĂ©rieures. En effet, le point d’origine commun des accroissements de rencontres sur L1 et sur L2 est zĂ©ro. Alors de deux choses l’une : ou bien les rencontres croissent bien plus vite sur l’un des deux Ă©lĂ©ments que sur l’autre, c’est-Ă -dire que le couplage devient trĂšs tĂŽt trĂšs incomplet (ce qui est le cas des distributions de forme IV), mais en ce cas le couplage est d’autant plus complet qu’on se rapproche de l’origine ; ou bien les rencontres croissent Ă  une allure voisine, et en ce cas il faudra beaucoup de rencontres pour que l’inĂ©galitĂ© s’accentue, ce qui signifie Ă  nouveau que le couplage est plus complet prĂšs du dĂ©part.

Aux temps les plus longs, c’est-Ă -dire au voisinage des durĂ©es libres, la probabilitĂ© de couplage complet tend Ă  augmenter Ă  nouveau, mais pour une autre raison qu’aux temps les plus courts : avec un temps suffisant et les dĂ©buts des mouvements d’exploration les « rencontres » n’augmentent plus que peu (ce qui correspond aux

plateaux des exponentielles sur la fig. 35), de telle sorte que, ou bien les deux courbes se rejoignent et le couplage est complet (suppression de l’illusion), ou bien elles atteignent un parallĂ©lisme approchĂ© et le couplage est le plus complet possible pour la figure considĂ©rĂ©e ce qui correspond Ă  une illusion plus ou moins stable en vision libre.

C’est donc entre les temps les plus courts et les durĂ©es les plus longues que la probabilitĂ© de couplage incomplet est maximale parce qu’entre le point d’origine commun et le parallĂ©lisme approchĂ© final les deux courbes d’accroissement des rencontres sur L1 et sur L2 s’éloignent progressivement l’une de l’autre avec l’inĂ©galitĂ© croissante des rencontres avant de se rapprocher une fois que celles-ci n’augmentent plus que peu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est pourquoi il y a en gĂ©nĂ©ral maximum d’illusion (correspondant au couplage le plus incomplet) entre le point d’origine et la vision libre ce qui traduit simplement l’hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© croissante puis dĂ©croissante des rencontres au cours de leurs multiplications sur deux Ă©lĂ©ments L inĂ©gaux en grandeur ou en orientation.

Il n’est ainsi pas exagĂ©rĂ© de soutenir que cette loi du maximum temporel des illusions vĂ©rifie le schĂ©ma des rencon

tres et des couplages, car sans ces deux facteurs du nombre des rencontres et de leur hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© (couplage) ou ne comprendrait pas l’existence d’un tel maximum. D’autre part, il est aisĂ©, une fois admis ce principe d’interprĂ©tation, d’en tirer l’explication des six variĂ©tĂ©s de distribution que nous avons distinguĂ©es selon les rĂ©sultats expĂ©rimentaux : ils se rĂ©duisent tous, en effet, Ă  des simples variations dans les diffĂ©rences des vitesses d’accroissement des rencontres sur Lλ et sur L2. La forme 1, correspondant Ă  la fig. 35, rĂ©sultera des diffĂ©rences de vitesse que nous appellerons moyennes (par opposition Ă  IV et Ă  II-1I1)1. Les formes II et III correspondront Ă  des diffĂ©rences moindres de vitesses (que ces vitesses absolues soient elles-mĂȘmes faibles comme sur les fig. 36 et 37, ou fortes mais voisines l’une de l’autre, peu importe). La forme IV, par contre, correspondra Ă  une grande inĂ©-

galitĂ© des vitesses au dĂ©part (ce qui correspond en gĂ©nĂ©ral au fait que le mesurant est extĂ©rieur Ă  la figure et que l’élĂ©ment L mesurĂ© est bien davantage « rencontré » (ou mĂȘme qu’il est seul remarquĂ© nettement, comme la verticale dans la figure en Ă©querre Ă  0,01 sec avec fixation sur cet Ă©lĂ©ment, le mesurant n’étant alors « rencontré » qu’avec retard). La forme V fig. 39) correspond Ă  des vitesses d’accroissement inĂ©gales au dĂ©part et le redevenant vers la fin, avec une tendance Ă  l’égalisation entre deux (donc combinaison des formes III et IV sans doute due Ă  deux maniĂšres distinctes de percevoir la figure selon des rapprochements diffĂ©rents entre ses Ă©lĂ©ments). Enfin la forme VI (illusion nĂ©gative au dĂ©part A ou en cours de route B comme dans les rĂ©actions adultes aux cercles de DelbƓuf) est due aux irrĂ©gularitĂ©s dans la vitesse d’accroissement des rencontres sur l’un ou les deux Ă©lĂ©ments L comparĂ©s (difficultĂ© Ă  dissocier les deux cercles).

Ainsi chacune des six formes de distribution temporelle des erreurs s’explique aisĂ©ment selon le mĂȘme principe d’accroissement des rencontres dont les vitesses diffĂ©rentes engendrent des couplages plus ou moins incomplets, d’oĂč le passage par un maximum qui vĂ©rifie la dualitĂ© des facteurs en jeu de rencontres et de couplages.

 

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