Les défis sociaux
Maude Schneider, Manon Chaigneau (dernière modification: octobre 2024)
Zoom sur les défis sociaux
Comme évoqué précédemment, les difficultés dans la sphère de la communication et des interactions sociales font partie des critères diagnostics de l’autisme. Celles-ci peuvent impacter différents domaines de la vie universitaire. Nous allons en examiner plusieurs en détail, accompagnés de citations, ainsi que les principales conséquences et solutions mises en place par les étudiant.es pour y faire face. À noter que les difficultés et les pistes de solution à apporter peuvent varier selon les étudiant.es.
Les étudiant.es autistes estiment que les difficultés dans les interactions sociales constituent leur principal défi à l’université, bien qu'elles soient très peu prises en compte. Communiquer peut être une source de grand stress, en particulier en groupe. Leur appréhension peut être encore plus accentuée s'ils ont déjà été victimes de harcèlement. Malheureusement, beaucoup d'étudiant.es autistes rapportent en avoir déjà été victimes à cause de leurs différences.
Contrairement aux idées reçues, la plupart des personnes autistes souhaite développer des relations sociales et l’Université est un moment opportun pour rencontrer des personnes ayant des intérêts communs. De plus, il a été montré que le fait de pouvoir développer des relations sociales au sein de l’Université est un facteur de réussite des études, car elles peuvent permettent de vivre des expériences positives et ainsi diminuer l’anxiété et l’isolement qui est souvent rapporté.
Difficultés rencontrées par les personnes autistes et impact sur les relations sociales
Commençons par voir quelles caractéristiques de l’autisme peuvent avoir une influence sur la communication et les interactions sociales:
- Difficulté à regarder dans les yeux
- Interprétation littérale des propos, compréhension moindre de l’implicite
- Tendance à communiquer de manière très directe
- Communication non-verbale atypique (p.ex. peu de gestes ou d’expressions faciales)
- Difficultés à engager la conversation
- Difficultés à adapter la façon de parler aux contextes sociaux
Une autre difficulté fréquemment rencontrée à l’Université concerne l’adaptation à certaines normes sociales. En effet, les personnes autistes peuvent avoir de la difficulté à intégrer certaines normes implicites et à ajuster leurs comportements en conséquence. De ce point de vue, l’Université est un environnement complexe car les étudiant.es doivent en permanence naviguer dans divers contextes sociaux ayant tous des règles qui leur sont propres. Ceci est fréquemment vécu comme particulièrement épuisant, notamment en raison des stratégies de « camouflage » qui sont déployées pour masquer certaines des difficultés et adopter un comportement « normal ».
En raison de ces particularités de communication et dans la gestion des règles sociales, les interactions peuvent représenter une grande source d’angoisse, encore plus si elles se déroulent en groupe. À l’Université, cela peut entraîner des difficultés à poser des questions aux professeur.es ou encore à entrer en contact avec les autres étudiant.es ou le personnel de l’Université.
Une autre source de stress fréquemment rapportée concerne les travaux de groupe. Les étudiant.es rencontrent notamment des difficultés à collaborer et à se concentrer lors des situations de groupe, engendrant souvent une préférence pour travailler seul.es. Cependant, si cela n’est pas envisageable, certaines adaptations peuvent être mises en place, comme le fait d’attribuer destâche en fonction des forces de chacun.e et créer un calendrier des étapes à réaliser. Le plus important est de créer un espace bienveillant et structuré pour que tout le monde s'y retrouve.
En ce qui concerne les relations sociales informelles dans le contexte universitaire, certaines études indiquent que les étudiant.es autistes rapportent des amitiés de moins bonne qualité et moins d'interactions avec les autres étudiant.es, alors même que les contacts sociaux sont souhaités dans la majorité des cas. Ils rapportent souvent avoir davantage de facilité à créer des liens avec des pairs neurodivergents ou qui partagent les mêmes difficultés qu'eux. Ces liens sont également facilités si l'autre personne fait le premier pas et si les interactions sont majoritairement dyadiques, ce qui engendre moins de stress du fait de leur plus grande prévisibilité.
Dans certaines universités, des groupes de rencontre entre personnes neurodivergentes ou entre personnes qui partagent les mêmes passions sont organisés, ce qui permet d’offrir des opportunités de nouer de nouvelles relations sociales. Les amitiés sont décrites comme une source de motivation, de réassurance et de soutien important, et elles participent au sentiment d'appartenance à la communauté universitaire. Ce dernier élément a été montré comme particulièrement important car il est prédicteur de la réussite à l’Université.
Il a été montré que l’isolement social peut créer un sentiment de solitude et contribuer à augmenter les symptômes d’anxiété, ce qui peut impacter les compétences académiques. En conséquence, le manque d’intégration au monde universitaire peut être un facteur contribuant à l’abandon des études. Il est donc important de reconnaître les difficultés des étudiant.es autistes et de les soutenir dans ce domaine.
Les stratégies des étudiant.es sur le spectre de l’autisme
Pour faire face à leurs difficultés, les étudiant.es peuvent mettre en place différentes stratégies. La principale stratégie est le camouflage, qui consiste à masquer les comportements typiquement associés à l’autisme en jouant un « rôle » ou en portant un masque pour agir d’une manière «normale». Le fait de préparer des scénarios ou des sujets de conversation pour anticiper les échanges est également fréquemment rapporté. Cependant, si les conversations deviennent trop stressantes ou épuisantes, cela peut conduire à les éviter. À l’Université, les étudiant.es autistes peuvent être amenés à suivre tous les cours à distance ou éviter les travaux de groupe. Cependant, cette technique isole et a un impact fortement négatif sur la santé mentale et les performances académiques.

Comment pouvons-nous nous adapter pour une communication plus efficace ?
- Eviter le "small talk »
- Utiliser des termes clairs, concrets
- Éviter les sous-entendus et les expressions imagées
- Expliciter clairement nos attentes
- Ne pas (sur-)interpréter une communication non-verbale atypique (p.ex : face à une personne qui montre peu d'expression, ne pas partir du principe qu'elle n’est pas intéressée par l’échange)
- Utiliser des supports visuels (par exemple : mettre sur les diapositives toutes les informations importantes ou écrire les points clés d’une discussion)
- Mettre des mots sur notre communication non-verbale (p.ex : exprimer clairement notre mécontentement au lieu de soupirer)
- Initier les conversations et favoriser les opportunités de rencontre, notamment en petits groupes
Take Home messages
- Le domaine social est la principale source de difficultés rencontrée à l’Université.
- Le risque d’abandon des études est augmenté en raison de ces difficultés.
- Les interactions peuvent être vécues comme très stressantes, avec une préférence pour les conversations dyadiques ou les petits groupes et des difficultés à travailler en groupe.
- Il est utile de structurer les travaux de groupe s’ils ne peuvent pas être évités.
- Les étudiant.es peuvent ressentir une pression à se conformer aux normes ou choisir de s’isoler pour faire face à leurs difficultés.
- Une stratégie fréquemment employée est le camouflage