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Pas de clinique sans compréhension des bases

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Silvia Monari explique son choix cornélien entre médecine et sciences de la vie lorsqu’il a fallu orienter ses études. Lors de sa thèse, elle entend détecter des biomarqueurs et identifier de possibles interventions thérapeutiques.

 

Silvia Monari est doctorante au laboratoire de Carmen Sandi à l’EPFL. Elle a choisi la médecine pour commencer sa carrière universitaire. À Modène, en Italie, les études de médecine sont très orientées sur les sciences fondamentales, ce qui lui permet de se plonger avec passion dans les sciences de la vie. Après un programme Erasmus à Münster en Allemagne, elle est sélectionnée pour un programme de recherche d’été à l’Institut de pathologies moléculaires de Vienne en Autriche. Ce programme lui fait découvrir l’univers des neurosciences à travers l’étude du cortex insulaire dans la peur et le système de récompense. « J’y ai appris une grande partie de la biologie, découvert les neurosciences et été fascinée par la communauté scientifique », dit-elle de ses premiers pas dans la recherche académique.

La recherche plutôt que la résidence

À la suite de son retour en Italie pour ses dernières années de médecine, elle est déçue. Elle juge sa formation pas assez axée sur la pratique et sans opportunité de mélanger la formation académique avec la recherche. Par exemple, il n’y avait pas de programme de MD-PhD. Elle poursuit néanmoins ses études puis se sent à nouveau stimulée intellectuellement lorsqu’elle découvre la clinique pendant son cursus médical. « J’aime le travail clinique ! Comme tous les patients sont différents, je dois penser soigneusement à toutes les solutions pour eux en considérant leurs conditions sociales, psychologiques et physiques », dit-elle. L’envie de devenir une scientifique la poursuit néanmoins, car elle considère que de bonnes connaissances fondamentales sont essentielles à l’amélioration des pratiques cliniques. « Je suis très attirée par la psychiatrie, mais avant de prescrire des psychotropes, je voudrais comprendre comment le cerveau fonctionne et contribuer à la découverte de connaissances fondamentales qui pourraient inspirer la mise en place de nouvelles approches thérapeutiques ». C’est pour cette raison que Silvia décide d’entreprendre un PhD plutôt que d’entrer en résidence médicale.

La révélation Synapsy

Une décision délicate à prendre, dit-elle, entendu que la recherche n’est pas la voie classique en médecine. Mais sa forte envie de recherche translationelle n’est pas facile à assouvir : « La plupart du temps, les cliniciens sont d’un côté, les chercheurs fondamentaux de l’autre, et personne pour faire le lien ». La jeune chercheuse s’est donc émerveillée en découvrant l’existence de Synapsy. Elle postule dans deux laboratoires affiliés et est acceptée par Carmen Sandi en 2016 pour débuter un projet de thèse sur le stress.

Un sujet qui lui parle particulièrement, car il concerne toute notre société, dit-elle. « Nous sommes tous stressés et cela affecte notre physiologie. C’est un système très conservé à travers l’évolution de notre espèce, mais qui n’a pas évolué aussi vite que notre société. De plus, le stress a une énorme conséquence sur le développement des maladies psychiatriques. C’est pourquoi il est important de l’étudier convenablement ». Un domaine qu’elle voudrait bien garder pour sa future carrière.

Glucocorticoïdes contre les conséquences du stress

Son projet de thèse porte sur la variabilité intra-individuelle de la réponse au stress. Chez l’homme, un bas taux de cortisol sanguin est observé chez les personnes souffrant de trouble de stress post-traumatique (PTSD), mais le lien de cause à effet n’est pas expliqué.

Pour élucider ce lien, elle travaille sur un modèle animal de vulnérabilité au PTSD. Elle utilise des lignées de rats divisées en trois groupes selon leur taux de corticostéroïdes – l’équivalent du cortisol humain – en réponse au stress. Elle a observé que les rats avec de bas niveaux de corticostéroïdes en réponse au stress restent apeurés plus longtemps que les autres pendant un protocole expérimental d’apprentissage et d’extinction de la peur. Cette observation est corrélée à une petite taille de l’hippocampe. Étant donné que ces deux aspects sont observés chez les personnes souffrant de PTSD, Silvia Monari utilise ces modèles animaux pour déterminer si un faible volume de l’hippocampe est un facteur de vulnérabilité aux maladies dues aux traumatismes. En parallèle, elle tente de valider le lien de causalité entre les bas taux de corticostéroïdes et l’extinction de la peur afin de déterminer si un apport externe de corticostéroïdes peut être efficace pour traiter le PTSD.

Finalement, elle utilise ce modèle animal pour étudier plus en détail le lien entre les troubles du sommeil, particulièrement le sommeil paradoxal (REM), et la pathophysiologie du PTSD. Comme ce type de sommeil est important pour la formation de la mémoire émotionnelle et qu’il est essentiellement modulé par les glucocorticoïdes, elle tente de déterminer si un apport externe de corticostéroïdes peut rétablir un sommeil normal et ainsi améliorer la symptomatologie du PTSD. ●

10 mars 2020
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