Concevoir des futurs interactifs en contextes hyper-hybrides

Mise à l’épreuve collective d’un kit de design fiction

Cet atelier propose à la communauté IHM d’explorer collectivement la conception d’interactions, de services et de dispositifs en contextes hyper-hybrides, en ouvrant la réflexion à des solutions humaines, matérielles, organisationnelles et technologiques, plutôt qu’à des réponses uniquement technocentrées.

Il s’appuie sur un kit de design fiction développé de manière itérative à partir de travaux antérieurs sur la continuité phygitale et la collaboration hybride lors de phases de prototypage physique et numérique. L’atelier vise à mettre ce kit à l’épreuve auprès d’un public de chercheur·ses et praticien·nes en UX/IHM, afin d’en examiner les conditions d’appropriation, de facilitation et de transférabilité.

Une première version du kit a été expérimentée dans plusieurs workshops en 2025, notamment à UbiComp/ISWC et au CERN IdeaSquare. Ces premières expérimentations ont conduit à retravailler le dispositif en une seconde version, visant à réduire la dépendance à la facilitation et à mieux soutenir l’émergence de propositions non centrées sur la technologie seule. Cette V2 a également été mobilisée en contexte pédagogique dans un cours de projet de conception. L’atelier IHM’26 prolonge cette trajectoire en proposant une mise à l’épreuve collective du kit auprès de la communauté IHM.

A qui s'adresse l'atelier ?

Chercheur·ses, enseignant·es-chercheur·ses, doctorant·es et praticien·nes en IHM, UX, design d’interaction, design spéculatif, innovation ou conception de services, intéressé·es par les contextes hyper-hybrides, les méthodes de conception participative et les approches critiques de la technologie.

L’atelier s’adresse aux personnes intéressées par les contextes hybrides et hyper-hybrides, les méthodes de conception participative, les approches critiques de la technologie, le design fiction, le design spéculatif, ainsi que les questions d’appropriation, de facilitation et de transférabilité de méthodes de conception.

Il est conçu pour accueillir à la fois des participant·es déjà familier·ères de ces approches et des personnes souhaitant les découvrir dans un cadre collectif et expérimental.

Pourquoi participer ?

Participer à cet atelier permettra de découvrir et d’expérimenter un kit de design fiction appliqué aux contextes hyper-hybrides, de produire collectivement des artefacts fictionnels, et de contribuer à une réflexion méthodologique sur la conception de futurs interactifs en IHM.

L’atelier poursuit quatre objectifs principaux:

  1. Il vise à explorer collectivement la conception d’interactions, de services et de dispositifs en contextes hyper-hybrides, en considérant conjointement leurs dimensions humaines, matérielles, organisationnelles et technologiques.
     
  2. Il propose d’expérimenter un kit de design fiction destiné à soutenir l’exploration de scénarios « et si » et la production d’artefacts fictionnels à partir de situations inspirées de la collaboration hybride et du prototypage physique-numérique.
     
  3. L’atelier cherche à mettre à l’épreuve les conditions d’appropriation du kit : clarté des consignes, autonomie d’usage, rôle de la facilitation, compréhension des supports, capacité à faire émerger des propositions non exclusivement technologiques, et potentiel de transfert vers d’autres contextes de recherche, d’enseignement ou de pratique professionnelle.
     
  4. Il vise à faire émerger des pistes méthodologiques partageables pour la communauté IHM sur l’usage du design fiction dans la conception de futurs interactifs en contextes hyper-hybrides.

Déroulé en bref

La matinée sera consacrée au cadrage méthodologique, à l’appropriation des situations proposées et à la construction d’une fresque d’exploration. L’après-midi portera sur sa traduction en quick start guide, des simulations accompagnées, les retours critiques situés et la discussion des conditions d’appropriation du kit.

Matinée — Explorer et structurer la situation

09h00–09h20

Étape 1 — Cadrer

Accueil, présentation des objectifs de l’atelier, du contexte scientifique et du statut expérimental du kit.

09h20–09h45

Étape 2 — Découvrir le kit

Présentation des principaux supports : planches de BD, scénarios « et si », cartes, fresque, quick start guide et modalités de facilitation.

09h45–10h20

Étape 3 — Entrer dans les situations

Découverte des matériaux de stimulation et choix des situations à explorer. Constitution des groupes autour des scénarios proposés.

10h20–10h35 — Pause

10h35–11h35

Étape 4 — Construire la fresque

Travail en groupes sur la fresque : identification des frictions, acteur·ices, lieux, médiations, tensions et conditions d’usage.

11h35–12h30

Étape 5 — Stabiliser les tensions

Sélection des éléments les plus féconds de la fresque : tensions saillantes, ambiguïtés, usages critiques ou points de bascule à reprendre l’après-midi.

Après-midi — Traduire, éprouver et discuter

14h00–14h15

Étape 6 — Faire la transition

Reprise collective : passage de la fresque vers une proposition. Les groupes choisissent ce qu’ils vont traduire dans le quick start guide.

14h15–15h05

Étape 7 — Formaliser une proposition partageable

Élaboration d’une première version du quick start guide : contexte d’usage, acteur·ices, interactions, promesse, limites et conditions d’existence. L’objectif n’est pas de produire un document finalisé, mais une proposition suffisamment claire pour être comprise, discutée et critiquée par d’autres.

15h05–15h25

Étape 8 — Simuler et préparer la mise en discussion

Chaque groupe réalise une courte simulation accompagnée par les facilitateur·ices lorsque sa proposition est suffisamment stabilisée. Cette étape permet d’éprouver la cohérence d’usage, les rôles, les ambiguïtés et les conditions de déploiement, puis d’identifier les éléments essentiels à partager avec les autres groupes.

15h25–15h40 — Pause

15h40–16h05

Étape 9 — Partager les propositions

Présentation courte des quick start guides entre groupes, afin de rendre explicites le contexte d’usage, les acteur·ices concerné·es, la proposition imaginée et ses principales conditions d’existence.

16h05–16h35

Étape 10 — Formuler des retours critiques situés

Production de retours critiques à partir de rôles ou points de vue situés : utilisateur·ices fictif·ves, personnes affectées, concepteur·ices, institutions ou autres acteur·ices concerné·es.

16h35–16h55

Étape 11 — Identifier ce que les retours révèlent

Chaque groupe repère ce que les retours reçus font apparaître : ambiguïtés, biais, tensions, limites, conditions de déploiement ou pistes d’amélioration de la proposition.

16h55–17h30

Étape 12 — Discuter le kit

Discussion collective finale sur l’expérience d’usage du kit : appropriation des supports, rôle de la facilitation, passage de la fresque au quick start guide, intérêt des retours critiques fictifs, limites du dispositif et conditions de transférabilité.

Trajectoire du kit de design fiction

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Modalités pratiques

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  • Durée : une journée complète
  • Format : atelier participatif, travail en groupes, production d’artefacts, restitution et discussion critique
  • Langue : français
  • Lieu : à préciser selon l’organisation de la conférence IHM’26
  • Inscription : participation conditionnée à l’inscription à la journée d’ateliers de la conférence IHM’26

Que désigne un contexte hyper-hybride ?

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Ce que l’on fera pendant l’atelier

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Explorer

Découvrir les matériaux de stimulation et les scénarios « et si » proposés comme points de départ.

Extrapoler

Discuter les implications possibles de ces scénarios en contextes hyper-hybrides.

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Fabriquer

Esquisser des supports fictionnels permettant de rendre ces futurs discutables.

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Discuter

Mettre en débat les propositions, les tensions révélées et les conditions d’appropriation du kit.

Ancrage scientifique

L’atelier s’appuie sur une trajectoire de recherche consacrée aux espaces hyper-hybrides, à la continuité phygitale et aux formes de collaboration distribuée dans les environnements de conception et de fabrication. Il mobilise également la littérature en design fiction, design spéculatif et IHM pour penser la fiction comme un support de débat, d’évaluation et de projection collective.

Nos travaux sur les FacLabs montrent que ces espaces académiques de fabrication numérique articulent plusieurs dimensions d’hybridité : physique/numérique, tangible/intangible, présence/distance, synchrone/asynchrone, individuel/collectif et formel/informel [1, 2]. Ces configurations soulèvent des enjeux de continuité des idées, des actions et des interactions, ainsi que de coordination, d’articulation entre dimensions physiques et numériques, et de documentation des projets.

L’atelier s’appuie également sur des travaux présentés à IHM’25 portant sur l’observation de situations de prototypage collaboratif. Ces travaux mettent en évidence le rôle des signaux non verbaux — gestes, regards, postures, mouvements corporels et manipulations d’artefacts — dans le maintien de la continuité des interactions distribuées [3].

Sur le plan théorique, l’atelier mobilise le design fiction comme méthode permettant de rendre discutables des futurs possibles. Auger souligne l’importance de construire des spéculations plausibles à travers un « pont perceptif » entre le monde actuel des participant·es et la situation fictionnelle proposée [5]. Dunne et Raby situent le design spéculatif comme une pratique de débat, de critique et d’imagination sociale [6]. Dans le champ de l’IHM, Muller et al. montrent que le design fiction recouvre une diversité de formes et de pratiques mobilisées pour explorer, représenter et discuter des futurs technologiques [7].

L’atelier s’appuie également sur les travaux de Baumer, Blythe et Tanenbaum, qui invitent à évaluer les design fictions en fonction de leur rôle épistémique et du cadre d’appréciation mobilisé, qu’il s’agisse de critique, de narration, de conception, d’étude des usages ou d’expérience de pensée [8]. Les notions de spéculation infrastructurelle et de design friction permettent enfin d’élargir l’attention au-delà de l’artefact, vers les infrastructures, les valeurs, les tensions et les formes de pouvoir qui accompagnent toute projection de futurs sociotechniques [9, 10].

Sur le plan opérationnel, la conception du kit a également été nourrie par The Manual of Design Fiction du Near Future Laboratory [11]. Cette référence praticienne a servi d’appui pour préparer les matériaux de l’atelier : signaux faibles, archétypes, supports de stimulation et scénarios « et si ». Dans l’atelier IHM’26, ces éléments sont proposés aux participant·es comme points de départ pour un travail collectif d’extrapolation. Ce travail passe par une fresque d’exploration, puis par sa traduction en quick start guide, envisagé comme artefact de design fiction. Le manuel est ainsi mobilisé comme un repère méthodologique souple, plutôt que comme un processus prescriptif.

Contribution des participant·es

Les participant·es contribueront à la fois à la production d’artefacts fictionnels et à l’analyse critique du kit. Les productions ne seront pas envisagées comme des solutions finales, mais comme des supports de discussion critique permettant d’interroger des hypothèses, des valeurs, des tensions et des conditions d’usage.

Les productions pourront prendre la forme de guides fictifs, cartes additionnelles, fresques, prototypes narratifs, documents spéculatifs ou autres supports permettant de rendre tangibles des futurs interactifs possibles.

L’atelier accordera une attention particulière aux discussions qui émergeront autour des propositions produites. Les désaccords, frictions ou arbitrages ne seront pas considérés comme des obstacles, mais comme des éléments importants pour comprendre les valeurs, les tensions et les conditions de conception associées aux futurs hyper-hybrides.

Données, traces et consentement

L’atelier pourra donner lieu à la production de traces matérielles ou visuelles : fresques, artefacts fictionnels, photographies des productions ou notes de discussion. Les modalités de collecte et d’usage seront précisées au début de l’atelier.

Ces éléments pourront être mobilisés à des fins de recherche, de documentation méthodologique ou de valorisation scientifique.

Le cas échéant, un recueil du consentement éclairé sera proposé aux participant·es. Les modalités précises de collecte, d’anonymisation, d’usage et de conservation des données seront présentées au début de l’atelier.

Organisation

Nathalie S. Borgognon
Assistante-doctorante
RISIS, UNIGE

Laurent Moccozet
Maitre d'enseignement et de recherche
RISIS, Université de Genève

Gaëlle Molinari
Professeure assistante
TECFA, Université de Genève

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Références

Les références scientifiques et méthodologiques de l’atelier relient continuité phygitale, transitions hybrides, design fiction et design spéculatif. Elles situent le kit dans une trajectoire de recherche en IHM et précisent les appuis théoriques et praticiens du dispositif.

Travaux associés à l’atelier

[1] N. S. Borgognon, L. Moccozet, and G. Molinari, “Continuité phygitale des activités collaboratives hybrides de fabrication dans les FacLabs,” STICEF, vol. 32, no. 1, pp. 90–111, 2025.

[2] N. S. Borgognon, L. Moccozet, and G. Molinari, “From Ecotone to Phygital SceneGraph: Designing Postdigital Classrooms for Collaborative Maker-Based Learning,” Postdigital Science and Education, vol. 7, pp. 985–1006, 2025.

[3] N. S. Borgognon, L. Moccozet, and G. Molinari, “Observational Insights into Hybrid Transitions: Identification of Non-Verbal Signals for Maintaining Continuity in Distributed Collaborative Interactions,” in Proceedings of IHM ’25 — The 36th Conference on l’Interaction Humain-Machine, 2025.

[4] N. S. Borgognon, L. Moccozet, G. Molinari, and S. Varone, “Envisioning Physical Collaboration at a Distance: Design Fiction for Hybrid Prototyping,” in Companion of the 2025 ACM International Joint Conference on Pervasive and Ubiquitous Computing / ISWC, 2025.

Littérature académique mobilisée

[5] J. Auger, “Speculative design: crafting the speculation,” Digital Creativity, vol. 24, no. 1, pp. 11–35, 2013.

[6] A. Dunne and F. Raby, Speculative Everything: Design, Fiction, and Social Dreaming. Cambridge, MA: MIT Press, 2013.

[7] M. J. Muller, J. Bardzell, E. Cheon, N. M. Su, E. P. S. Baumer, C. Fiesler, A. Light, and M. Blythe, “Understanding the Past, Present, and Future of Design Fictions,” in Extended Abstracts of the 2020 CHI Conference on Human Factors in Computing Systems, 2020.

[8] E. P. S. Baumer, M. Blythe, and T. J. Tanenbaum, “Evaluating Design Fiction: The Right Tool for the Job,” in Proceedings of the 2020 ACM Designing Interactive Systems Conference, 2020.

[9] R. Y. Wong, V. D. Khovanskaya, S. Fox, N. Merrill, and P. Sengers, “Infrastructural Speculations: Tactics for Designing and Interrogating Lifeworlds,” in Proceedings of the 2020 CHI Conference on Human Factors in Computing Systems, 2020.

[10] L. Forlano and A. Mathew, “From Design Fiction to Design Friction: Speculative and Participatory Design of Values-Embedded Urban Technology,” Journal of Urban Technology, vol. 21, no. 4, pp. 7–24, 2014.

Référence méthodologique praticienne

[11] J. Bleecker, N. Foster, F. Girardin, and N. Nova, The Manual of Design Fiction. Near Future Laboratory Publishing, 2022.

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