Chapitre VIII.
Correspondances et relations 1 a

Le chapitre prĂ©cĂ©dent a portĂ© sur les rapports entre les correspondances et les classes. Les rapports entre les premiĂšres et les relations sont encore plus complexes Ă  cause du problĂšme des diffĂ©rences. Celles-ci prĂ©sentent, en effet, une double nature, selon qu’elles sont considĂ©rĂ©es comme des propriĂ©tĂ©s de classes (la diffĂ©rence entre les poissons et les oiseaux est la possession de nageoires) et de grandeurs (3 — 2 = 1) ou qu’elles consistent en relations (x est plus diffĂ©rent de a que de b) 2. Dans le premier cas elles sont opĂ©ratoirement solidaires de nĂ©gations (A = B — A’) et elles se traduisent en termes de correspondances par des applications non bijectives. Mais les relations de diffĂ©rences donnent-elles Ă©galement prise en tant que relations Ă  ces correspondances ? On peut certes dire que D est diffĂ©rent de C comme B l’est de A, mais en ce cas la correspondance introduit une Ă©quivalence entre diffĂ©rences, ce qui est peut-ĂȘtre nĂ©cessaire. On peut encore mettre en correspondance des diffĂ©rences croissantes ou, en cas de diffĂ©rences itĂ©rĂ©es (comme entre autres dans la sĂ©riation ordinaire), relier le rang d’un Ă©lĂ©ment Ă  la diffĂ©rence qui le sĂ©pare du premier (ce qui ramĂšne Ă  la diffĂ©rence grandeur). On peut enfin, comme on le fera ici, demander simplement le nombre des diffĂ©rences (taille, couleur, etc., en tant que propriĂ©tĂ©s ou grandeurs). Sans ces attributions de propriĂ©tĂ©s ou ces quantifications, les diffĂ©rences demeurent indĂ©terminĂ©es, puisque n’importe quel objet est plus ou moins diffĂ©rent de n’importe quel autre, la non-diffĂ©rence absolue se rĂ©duisant Ă  l’identitĂ©. Mais est-ce lĂ  une opposition avec les ressemblances, ou non, et, dans cette Ă©laboration, quelle est la part des correspondances comme telles et des transformations opĂ©ratoires ou prĂ©opĂ©ratoires ? Retrouverons-nous ce qu’on a vu Ă  propos de classes ou la situation est-elle plus complexe ? Tels sont les problĂšmes Ă  discuter en ce chapitre.

Le matĂ©riel utilisĂ© a consistĂ© en trois cartes blanches carrĂ©es bordĂ©es de rouge et sur lesquelles sont marquĂ©s de 1 Ă  5 petits ronds rouges. La sĂ©rie A prĂ©sente une relation d’équivalence, chaque carte ne portant qu’un seul rond rouge, et une relation d’antisymĂ©trie, les cartes A1 Ă  A5 Ă©tant de grandeurs croissantes (diffĂ©rences Ă©gales). La sĂ©rie B comporte aussi une relation d’équivalence, qui est l’égalitĂ© de grandeur des carrĂ©s, et une relation d’antisymĂ©trie, les cartes B1 Ă  B5 offrant un nombre croissant de points rouges, de 1 Ă  5. Quant Ă  la sĂ©rie C elle ne comprend aucune relation d’équivalence, les cartes C1 Ă  i5 Ă©tant de grandeurs croissantes, comme en A, mais 2, 4, 3, 1 et 3 points rouges (dont 3 pour C3 comme pour C5). Les trois sĂ©ries permettent certains Ă©changes : par exemple A3 et C3 ont la mĂȘme taille en deux sĂ©ries qui ont la mĂȘme loi de composition des grandeurs ; C2 et B4 ont chacun 4 ronds mais sans mĂȘme loi de composition des sĂ©ries. On dispose en outre de 6 cartes-substituts : X1 plus petite que A1, rouge et 1 rond ; X2 un peu plus grande que A1, rouge et 1 rond ; X3 semblable Ă  B3 mais verte ; X4 = B4 mais bleue ; X5 de la taille de B mais sans rond rouge et X6 = grand triangle Ă  9 ronds rouges.

Les questions portent d’abord sur les ressemblances et diffĂ©rences. On prĂ©sente une carte (ordinairement B3) et on demande celle qui lui ressemble le plus, puis une autre qui lui ressemble aussi, etc., jusqu’à ce que le sujet affirme qu’il n’y en a plus. On peut partir Ă©galement de B3 (ou d’une autre) en demandant de trouver celles qui ont une, deux ou trois diffĂ©rences par rapport Ă  elle.

AprĂšs quoi on place devant l’enfant trois rangĂ©es de grands cartons blancs et on lui demande d’y ranger le mieux possible les 15 cartes des sĂ©ries A, B et C, qui restaient jusque-lĂ  en vrac. On recommence ensuite par sĂ©ries (A, B, puis C) en ne prĂ©sentant alors que 5 cartons Ă  la fois. Le sujet doit alors expliquer comment il a fait et dĂ©gager si possible les lois de composition de ces sĂ©ries en prĂ©cisant si elles sont les mĂȘmes ou en quoi elles diffĂšrent.

Enfin on fait dessiner des cartes A6 pour succĂ©der Ă  A5 ou A0 pour prĂ©cĂ©der A1, en conservant la loi de la sĂ©rie. De mĂȘme pour les B et les C. Quant aux substitutions, on demande si des Ă©changes de cartes sont possibles entre les sĂ©ries et pourquoi oui ou non, et si les substituts X1-X6 peuvent y ĂȘtre placĂ©s sans modifier totalement le rangement.

Chacune de ces questions donne naturellement lieu Ă  discussions avec le sujet, dont il s’agit entre autres de contrĂŽler la stabilitĂ© des rĂ©ponses et leur cohĂ©rence d’une partie Ă  l’autre de l’interrogation.

§ 1. Ressemblances et diffĂ©rences : l’étape I

Nous n’examinerons dans les § § 1-3 que les relations comme telles et non pas encore les divers arrangements d’objets. Voici des exemples des rĂ©actions initiales (pour 4-5 ans) :

Oli (4 ;7) : « La carte qui est le plus pareille Ă  celle-lĂ  (B3) ? (Il donne B4 = mĂȘme taille mais 4 ronds rouges contre 3.) — Et celle qui ressemble le plus ? — (Donne X3 = verte.) — Et maintenant ? — (A3 = mĂȘme grandeur que B3.) — Et maintenant (C3 = id.) — Il en reste encore ? — Oui (B2). — Et ? (B1 = mĂȘmes grandeurs). — Et de presque pareilles ? — (C5 = plus grande, puis C4 plus grande aussi, A4 id. et enfin X4 bleue.) — Il y en a encore ou pas ? — (C2, A2, X2, A1, et encore C1, X1
 C5 et enfin X6 bleue, certaines avec hĂ©sitation, d’autres pas.) — X6 (bleue) ressemble Ă  B3 ? — Non. » Mais pour justifier tous les premiers choix il rĂ©pĂšte « parce que c’est la mĂȘme forme. — (B3) est diffĂ©rent de (B4 = 4 ronds rouges) ? — Ils sont tout Ă  fait la mĂȘme chose. — Rien de diffĂ©rent ? — Non, parce que c’est la mĂȘme forme ». On passe aux diffĂ©rences d’avec B3 et Oli indique X3 « parce que bleu et rouge. — Un autre diffĂ©rent ? — (B2) Ă  cause des deux ronds rouges. — Un autre diffĂ©rent ? — (B4) parce qu’il a la mĂȘme forme. — Pourquoi il est diffĂ©rent ? — Ça a la mĂȘme couleur les cartes. — Il est diffĂ©rent ? — Non. — Un autre qui est diffĂ©rent de (B3) ? — (A3) parce qu’il a la mĂȘme couleur (plus haut il Ă©tait dit pareil Ă  cause de la forme). — Qu’est-ce qui n’est pas le mĂȘme ? — (A3) parce qu’il a (seulement) un rond. —  Un autre qui est diffĂ©rent ? — (A2) parce que (c’est) un petit et puis un moyen ici (B3). — De X3 (pareil Ă  B3 mais bleu) et A2 (petit) lequel est le plus diffĂ©rent de B3 ? — (X3) parce que (les ronds sont âžȘ) 2 et 1 et ici (B3 âž«) il y a 1 et puis 2. — Et celui qui ressemble le plus ? — A2 parce qu’ils sont de la mĂȘme couleur (tandis que celle de X3 vert n’a pas Ă©tĂ© notĂ©e comme diffĂ©rence) ».

Lyn (4 ;0). Ressemblances pour B3 : « C5 (plus grand et n = 3) c’est pareil, B4 (plus grand et n = 4) c’est pareil, B5 (5 ronds mais mĂȘme taille) c’est un peu pareil, A2 c’est pareil. — B3 est comme X3 (vert n = 3) ? — Non pas du tout : il est plus comme X1 (n = 1 et plus petit que B3). » Mais pour les diffĂ©rences, Lyn montre d’abord C5 (pourtant « pareil » et X1, parce que c’est pas le mĂȘme ! ».

Mar (4 ;11) choisit d’emblĂ©e X3 (= B3 sauf la couleur) puis C5 (n = 3 mais plus grand). « Pourquoi B3 ressemble Ă  X3 ? — Parce que celui-lĂ  est bleu (= seule diffĂ©rence). — Montre une trĂšs diffĂ©rente de B3. — C3 (mĂȘme taille et n = 3 comme B3). — Pourquoi ? — Parce qu’il y a 3 (ronds) rouges (donc un des deux caractĂšres communs). — Et X3 est diffĂ©rent ? — Il n’est pas diffĂ©rent, il est bleu. »

Pie (4 ;6) : X3 « c’est le mĂȘme (que B3). — MĂȘme quoi ? — C’est des ronds (n = 3). — Et ils sont comment ? — Rose et bleu. — Ils se ressemblent quand mĂȘme ? — Un peu. — Un autre qui ressemble Ă  B3 ? — (C3) (mĂȘmes taille et nombre). — Pourquoi ? — LĂ  ils montent (

). — Ils se ressemblent ? — Là (B3 =
) ils montent et puis ils repartent (angle droit). — En quoi ils se ressemblent encore ? — CarrĂ©s et roses tous les deux, — Un autre qui ressemble trĂšs fort. — C2. — Pourquoi ? — Il y a quelque chose qui change : ici 3 et lĂ  encore 1 (= 4) et lĂ  plus de roses (= cĂŽtĂ©s plus longs). — Encore un qui ressemble. — B4, ici il y a 1 de plus. — Et encore un qui ressemble ? — X4 : lĂ  c’est rose et lĂ  vert, ici 3 et lĂ  1 de plus ».

Eva (5 ;0) donne X4, C5, X1, X2, B2, X3, C3, C2 et B4 et dit chaque fois « c’est presque pareil » Ă  B3. Mais, d’une part, ils ne se ressemblent pas tous entre eux et, d’autre part, X4 et X1 sont aussi donnĂ©s connue diffĂ©rents de B3 (couleur ou arrangement de ronds rouges).

Ces faits sont instructifs quant aux difficultés respectives (et comme on le voit assez distinctes) des mises en correspondances des ressemblances entre éléments, des différences entre eux et surtout de la coordination de ces deux sortes de mises en relations.

Notons d’abord que les choix successifs des sujets sont moins alĂ©atoires qu’il ne semble et obĂ©issent parfois Ă  un mode d’exploration non intentionnel et cependant assez rĂ©gulier. Ainsi Oli dĂ©bute par 7 cartes de mĂȘme grandeur que B3 (en disant d’ailleurs « parce que c’est la mĂȘme forme »), puis passe Ă  3 plus grandes, puis Ă  3 plus petites et enfin aux plus grandes. Eva de mĂȘme passe de 3 cartes de n = 3 Ă  2 de n = 2, 2 de n = 3 et 2 de n = 4 en ne disant que « c’est presque pareil ». On reconnaĂźt dans ces allĂ©es (→) et venues (←) d’extension croissante et Ă  sens opposĂ©s les formes Ă©lĂ©mentaires de symĂ©trie qui prĂ©cĂšdent souvent la sĂ©riation (cf. chap. II, § 1).

Il n’empĂȘche que, quant Ă  leur systĂšme gĂ©nĂ©ral, ces sujets en restent Ă  des mises en relation locales entre Ă©lĂ©ments isolĂ©s et chaque fois en fonction d’un autre critĂšre, ce qui revient donc Ă  une absence de systĂšme conscient. Le fait fondamental Ă  cet Ă©gard (raison et consĂ©quence Ă  la fois de ces comparaisons demeurant locales) est qu’il n’y a pas encore de degrĂ©s dans les ressemblances ni dans les diffĂ©rences (donc pas de dĂ©nombrement des diffĂ©rences), d’oĂč une incoordination complĂšte entre deux. Par exemple, Oli, pour le plus diffĂ©rent de B3, entre X3 et A2 Ă  choix, indique X3 en vertu d’un lĂ©ger changement dans la disposition des trois points, sans s’occuper de la diffĂ©rence de couleur, tandis que pour le plus ressemblant il dĂ©signe A2 « parce qu’ils (B3 et A2) sont de la mĂȘme couleur ».

Ce qui est surtout frappant dans ces incoordinations est, non seulement que les mĂȘmes Ă©lĂ©ments sont choisis tantĂŽt comme ressemblants et tantĂŽt comme diffĂ©rents (ce qui serait trĂšs justifiĂ© s’il y avait considĂ©ration des degrĂ©s mais reste incohĂ©rent en son absence), mais encore que les mĂȘmes propriĂ©tĂ©s sont dĂ©signĂ©es soit comme des ressemblances, soit comme des diffĂ©rences. Sur le premier point nous voyons ainsi Lyn dĂ©clarer que B3 n’est « pas du tout » pareil Ă  X3 (pourtant semblable en tout sauf la couleur), mais « est plus comme X1 » : or celui-ci est tĂŽt aprĂšs dĂ©signĂ© comme diffĂ©rent, ce qui serait bien plus justifiable, mais si le sujet invoquait des degrĂ©s. Sur le second point, Oli ne voit « rien de diffĂ©rent » entre les Ă©lĂ©ments qu’il choisit comme ressemblants, « parce qu’ils ont la mĂȘme forme » ; aprĂšs quoi il montre deux diffĂ©rences effectives entre B3 et X3 ou B2 mais passe Ă  B4 (en fait diffĂ©rent par n = 4) et le dĂ©clare diffĂ©rent « parce qu’il a la mĂȘme forme » puis A3 « parce qu’il a la mĂȘme couleur ». Mar voit avec raison la ressemblance entre B3 et X3, mais la justifie par la formulation « parce que celui-lĂ  est bleu », donc en invoquant la seule diffĂ©rence entre eux. RĂ©ciproquement, il considĂšre comme « trĂšs diffĂ©rents » C3 et B3 en se rĂ©fĂ©rant Ă  l’un de leurs caractĂšres communs, et continue en disant que X3 « n’est pas diffĂ©rent : il est bleu (et pas rouge !) ». Pie est encore plus paradoxal lorsque, pour une carte qui « ressemble trĂšs fort » Ă  B3, il donne C2 parce qu’« il y a quelque chose qui change » : 3 et 4 ronds rouges ; et il continue ainsi pour B4 et B3 et mĂȘme pour X4 !

Ces substitutions de ressemblances et diffĂ©rences sont trop frĂ©quentes et tenaces pour ĂȘtre dues au hasard ou Ă  des erreurs de langage. La raison en est plus profonde et intĂ©ressante, et tient Ă  une opposition entre les correspondances de ressemblances et de diffĂ©rences. Pour les ressemblances, il suffit de dĂ©gager une propriĂ©tĂ© commune a en faisant abstraction des diffĂ©rences pour que deux objets A1 et A2 soient reliĂ©s en un tout Col (A) et lui correspondent par surjection sur la base de cette propriĂ©tĂ© a : c’est ce que fait Oli quant il se contente de la justification rĂ©pĂ©tĂ©e « parce que c’est la mĂȘme forme ». Par contre une diffĂ©rence repose sur une sous-jection, c’est-Ă -dire sur une absence locale de correspondance : A1 possĂšde a1 que n’a pas A2 (et rĂ©ciproquement si A2 possĂšde a2 sans que cela soit le cas de A1). Seulement il ne peut exister de sous-jection Ă  elle seule et elle est nĂ©cessairement solidaire d’une injection. En langage courant cela revient Ă  dire que, si les ressemblances ont un maximum (l’identitĂ©), mais pas de minimum Ă©gal Ă  zĂ©ro (car il subsiste toujours entre deux objets une ressemblance quelconque, comme d’ĂȘtre des objets), les diffĂ©rences par contre comportent un minimum (l’identitĂ© est une diffĂ©rence nulle), mais elles n’ont pas de maximum en tant que diffĂ©rence totale, puisqu’il s’y ajoute toujours des ressemblances. En ce cas les deux objets A1 et A2 Ă  comparer quant Ă  leurs diffĂ©rences prĂ©sentent donc Ă  la fois des ressemblances et des diffĂ©rences, ce qui revient Ă  dire qu’ils constituent les sous-collections (mĂȘme si elles sont singuliĂšres) d’une collection B dont la qualitĂ© commune n’est ni a, ni a2 mais b : d’oĂč l’injection de A1 et A2 chacune Ă  part en B, mais avec sousjection de B eu Ă©gard Ă  chacune. Ou encore, ce qui est plus prĂšs du processus mental effectif, A1 est un complexe de qualitĂ©s et A2 un autre complexe analogue : il y a alors injection rĂ©ciproque quant au sous-complexe des qualitĂ©s communes et sousjection rĂ©ciproque des propriĂ©tĂ©s diffĂ©rentielles.

Bien entendu ce ne sont pas lĂ  des rĂ©flexions d’enfants mais le fait remarquable est la facilitĂ© avec laquelle le sujet justifie les ressemblances par des Ă©noncĂ©s tels que « c’est la mĂȘme forme », « c’est pareil », en faisant abstraction des diffĂ©rences, tandis que pour trouver ou justifier celles-ci, il mĂ©lange ressemblances et diffĂ©rences, en parallĂšle avec ce que notre analyse des sousjections diffĂ©rentielles montre de leur union indispensable et, par consĂ©quent, de leur confusion possible en tant qu’intervenant simultanĂ©ment.

Il s’y ajoute un fait curieux pour lequel nous n’avons Ă  proposer qu’une interprĂ©tation hypothĂ©tique : c’est la rĂ©action de Pie lorsqu’il invoque Ă  titre de ressemblance des critĂšres communs (prĂ©sence de ronds rouges ou couleur des cĂŽtĂ©s du carrĂ©), mais avec en plus « quelque chose qui change », qui se rĂ©fĂšre alors aux deux propriĂ©tĂ©s spĂ©cifiques et respectives des Ă©lĂ©ments Ă  comparer. On a en ce cas l’impression qu’il voit dans ces sousjections rĂ©ciproques (A1 possĂšde a1 mais pas a2, comme A2 prĂ©sente a2 mais pas a1) une sorte de ressemblance fonctionnelle revenant Ă  dire A1 est Ă©quivalent Ă  A2 en tant que relevant comme lui du mĂȘme genre et de sa propre diffĂ©rence spĂ©cifique : donc a2 est Ă  A2 comme a1 Ă  A1.

§ 2. Ressemblances et diffĂ©rences : l’étape II

Le cas de Pie nous rapproche d’ailleurs de l’étape II dont l’un des caractĂšres est une mise en relations rĂ©pĂ©tĂ©es, donc une mise en correspondances du point de vue du sujet, qui en reste Ă  un mĂȘme critĂšre de ressemblance avant de passer Ă  un autre. Mais il s’y ajoute la considĂ©ration de degrĂ©s de ressemblances, ce qui conduit Ă  de nouveaux rapports entre elles et les diffĂ©rences, celles-ci n’étant par contre pas toujours dĂ©nombrĂ©es :

Yar (5 ;9) : « La carte qui ressemble plus Ă  B3 ? — C3 : c’est 3 (ronds) comme ça, ce n’est pas dans le mĂȘme ordre, mais c’est le mĂȘme carrĂ©. — Une autre qui ressemble ? — C5 parce que c’est le mĂȘme ordre. — Une autre ? — Ça devient difficile parce qu’il n’y en a plus qui a 3 (ronds) dedans
 B4 parce que c’est la mĂȘme longueur de carrĂ©. — Encore ? — B2
 (puis) B1
 (puis) B5 parce que c’est le mĂȘme carrĂ© (grandeurs Ă©gales). — Et une qui ressemble Ă  B1 ? — A4 parce que ça commence avec 1 (rond), A5 parce qu’il y a 1 point, C4 parce qu’il y a 1 point, C2 (4 ronds) parce qu’il y a juste 1 qu’on doit enlever (pour Ă©galer B3 qui en a 3). — Pourquoi C2 ressemble plus Ă  B3 que C1 ? — Parce qu’il y en a moins dans C1. — Une carte avec une seule diffĂ©rence de B3 ? — C3, parce que les points rouges c’est tout raide (linĂ©aire) et ça (B3) mĂ©langĂ©. — Un autre avec une diffĂ©rence ? — C5, c’est plus grand, le carrĂ©. »

Val (5 ;11) ! « Celui qui ressemble le plus Ă  B3 ? — C5 parce qu’il y en a 3 (ronds) et les bords sont de la mĂȘme couleur (mais C5 > B3). — Encore ? — C3 
 non pas celui-lĂ  parce qu’ils ne sont pas placĂ©s de mĂȘme. — Et encore ? — Non, pas vraiment, il y en a (Ă  3 ronds), mais pas trĂšs bien placĂ©s comme B3. — X3 ? — Non les bords ne sont pas de la mĂȘme couleur. — Vraiment pas d’autres ? — Non. parce que les autres ils n’ont pas tous les 3 points. — Tu as choisi C5. Il ressemble vraiment Ă  B3 ? — Non il est plus grand. — De C5, C3 et X3 y en a-t-il un qui ressemble le plus Ă  B3 ou sont-ils tous diffĂ©rents ? — Ces deux (C3 et X3) sont trĂšs diffĂ©rents : de la mĂȘme taille, oui, mais pas de la mĂȘme couleur et c’est pas bien placĂ©. »

Lau (6 ;4) choisit C3 pour le nombre 3 et la grandeur. « Une autre ? — C5 
 et X3 » Ă  cause des 3 ronds et conclut qu’« il n’y en a plus. — Et X5 ? — Non il y a 3 lĂ  (B3) et ici zĂ©ro. — Il y a quelque chose qui ressemble ? — C’est seulement la mĂȘme grandeur ». D’oĂč aussi B2 et B4. « Tu peux m’en donner une qui a une seule diffĂ©rence avec B3 ? — A5 parce qu’elle est plus grande et il y a un seul rond. — Ça fait une ? — Non, deux diffĂ©rences. — Et une seule ? — C3 parce que les petits ronds ne sont pas placĂ©s de la mĂȘme chose. — Une autre ? — C5 parce qu’elle est plus grande. — Entre C3 et C5 il y a une diffĂ©rence ? — Non deux : le placement et la grandeur (mais n = 3, ce dont il tient compte. » B2 ressemble plus Ă  B3 que B1 parce qu’il a 2 ronds et B1 un seul.

Ana (6 ;2) : « Laquelle ressemble le plus Ă  C1 (petit et n = 2) ? — B2 (plus grand mais n = 2) parce qu’il y a 2 petits ronds. — SĂ»re ? — B2 est plus haut. — Ça ressemble quand mĂȘme ? — Oui, plus que toutes les autres, parce que les autres, il y en a plus que (n) 2 ou moins que 2. — Et A1 ne ressemble pas Ă  C1 ? — Un peu plus parce que c’est un petit aussi. — Donne un qui a une diffĂ©rence avec B4 (n = 4). B5, il y a juste (en plus) un petit rond au milieu. — Un autre ? — B3 (n = 3) parce qu’on en a enlevĂ© un. — Lequel ressemble le plus Ă  B4 ? — B5 parce qu’il y en a dans les 4 coins. » Par contre de B5 (n = 5) et C4 (n = 1) « le plus diffĂ©rent de B4 (n = 4) » est B5 : « Il est plus diffĂ©rent parce qu’il y en a un de plus. »

Rio (6 ;9) aprĂšs avoir reliĂ© B2 Ă  B3 « parce que c’est la mĂȘme forme, puis (= mais) il y en a 1 (point) qui manque », puis C5 « parce qu’il y en a 3 puis (= mais) c’est grosse », puis X3 (mais ?) « tout est bleu », conclut que l’important est le nombre de points, les diffĂ©rences Ă©tant « seulement la grosseur » ou « seulement la couleur ». Mais ensuite B4 ressemble le plus Ă  B3 « parce qu’il y a seulement un de plus » et que X3 est exclu « parce qu’il y a la couleur ». Quant aux diffĂ©rences B1 s’oppose Ă  B2 « parce qu’il y a un de moins », mais pas C3 « parce qu’il y en a plus (3 > 2). — Et B3 ? — Ah oui. — C’est la mĂȘme diffĂ©rence ? — (3 > 2 et 1 < 2). — Ah non, il y en a de trop : lĂ  on devrait en rajouter ».

Dan (6 ;7) tend Ă  l’étape suivante par ses essais d’homogĂ©nĂ©isation : C5 ressemble Ă  B2 « parce qu’il est grand et a trois points et l’autre est petit. —  Mieux ? — C3, petit et 3 points. — Un autre ? — X3 parce que celui-lĂ  a des points bleus et l’autre rouges et (= mais) c’est des petits carrĂ©s. — De C5, C3 et X3 lequel ressemble le plus Ă  B3 ? — C3 mĂȘme couleur et mĂȘmes points, C5 grand et (mais) 3 points et mĂȘme couleur. — Et entre C3 et B3 il y a une diffĂ©rence ? — Pas de diffĂ©rence parce que 1es points sont (seulement) arrangĂ©s autrement ».

Le premier intĂ©rĂȘt de ces rĂ©actions est donc la considĂ©ration de degrĂ©s dans les ressemblances, ce qui suppose une connexion nĂ©cessaire avec les diffĂ©rences, tandis qu’à l’étape I les ressemblances absolues (« pareil », etc.) se passaient de toute rĂ©fĂ©rence Ă  ce qui diffĂšre. Or, ces nouvelles liaisons, jointes au fait que le sujet en reste Ă  un mĂȘme critĂšre analysĂ© en dĂ©tail avant de passer Ă  un autre, conduisent les correspondances Ă©tablies Ă  prĂ©parer en un sens des systĂšmes de collections avec sous-collections, tandis que les mises en relations de l’étape I correspondent Ă  de simples assemblages avec rapprochements locaux et variant sans cesse selon les rencontres.

Mais le second intĂ©rĂȘt de ces rĂ©ponses est que ces degrĂ©s de ressemblances et de diffĂ©rences ne sont pas cherchĂ©s dans la direction du nombre des emboĂźtements possibles (ou des successions sĂ©riales), mais dans celle de l’importance plus ou moins grande Ă  attacher Ă  tel contenu : pour certains la couleur est secondaire, tandis que pour d’autres c’est une grande diffĂ©rence, de mĂȘme pour la grandeur. Par contre, il est frappant de rencontrer chez plusieurs sujets (voir Ana, Rio avec d’autres) l’argument selon lequel il y a plus de ressemblance ou plus de diffĂ©rence quand la carte Ă  choisir (et non pas le rĂ©fĂ©rent) possĂšde un point rond « de plus », comme si « 1 de plus » dans un sens n’était pas Ă©quivalent Ă  « 1 de moins » dans l’autre.

De façon gĂ©nĂ©rale on observe ainsi avec l’introduction de degrĂ©s une tendance nouvelle des correspondances dans la direction d’injections et de sousjections rĂ©ciproques. D’oĂč sans doute l’importance attribuĂ©e au nombre des points rouges puisqu’on a alors 1 < 2 < 3 
 La plupart des sujets y ajoutent la considĂ©ration de leur arrangement tandis que Dan, proche de l’étape III n’y voit « pas de diffĂ©rences » apprĂ©ciables.

§ 3. Ressemblances et diffĂ©rences : l’étape III

A l’étape III, l’importance d’une ressemblance ou d’une diffĂ©rence ne tient plus Ă  son contenu subjectivement Ă©valué : il ne reste alors comme estimation possible que le nombre des diffĂ©rences. Cette question, posĂ©e Ă  tous les niveaux (mais sans succĂšs systĂ©matique jusqu’à la prĂ©sente Ă©tape), pourrait paraĂźtre arbitraire (contrairement Ă  « ce qui diffĂšre le plus »), mais nous allons constater que plus de la moitiĂ© des sujets de 7 Ă  9 ans, en rĂ©ponse Ă  la question de ce qui « ressemble le plus » comptent spontanĂ©ment les diffĂ©rences jugĂ©es Ă©quivalentes. Cette Ă©quivalence marque, d’ailleurs, le second progrĂšs notable de cette Ă©tape : c’est la supposition implicite de la construction possible d’autant de sous-classes qu’il y a de diffĂ©rences ou de combinaisons entre elles. Mais en termes de morphismes c’est l’élaboration d’une correspondance de puissance supĂ©rieure, ou correspondance entre correspondances (Ă©quivalences entre diffĂ©rences) :

Nat (7 ;5) pour la plus grande ressemblance avec B3 choisit un X « formĂ© la mĂȘme chose et les deux rouges. Une diffĂ©rence : B3 est plus petite », puis d’autres X avec aussi une diffĂ©rence, contre un qui en a deux.

Dac (7 ;7) ne compte pas spontanĂ©ment les diffĂ©rences, mais les Ă©numĂšre Ă  propos des choix de ressemblances : couleur, arrangement des points, leur nombre et finalement la grandeur : d’oĂč X3 comme le plus ressemblant, mais « c’est tous Ă  peu prĂšs la mĂȘme chose diffĂ©rent ». Donc pour B et X3, C5 ou C3 « une diffĂ©rence » et pour B3 et C2 « deux, la grandeur et le nombre ».

Pat (7 ;11) : mĂȘme rĂ©action initiale d’énumĂ©ration puis rĂ©ponses justes pour 1, 2 et 3 diffĂ©rences.

Xan (8 ;4) est plus explicite. A la question de savoir ce qui de X3, C5 et C3 ressemble le plus Ă  B3 il dit : « Attendez, je crois que c’est Ă©gal. Le bleu, ça fait une diffĂ©rence (il murmure et compte). Alors ces deux cartes (X3 et C3) ressemblent le plus, les deux ont une diffĂ©rence. — Et C5 ? — Deux diffĂ©rences : la grandeur et
 ah non juste la grandeur. (Alors) il va avec
 Attendez, lĂ  (X3) il y a aussi la couleur des ronds et celle des lignes : ça fait deux diffĂ©rences, alors il va pas avec. » Tout cela est dit avant qu’on pose les questions du nombre des diffĂ©rences, qui sont rĂ©ussies.

Cla (8 ;5) pour le degrĂ© de ressemblance de B3 avec C3, X3 et C5 : « Une le plus ? — Non, les trois sont la mĂȘme chose. — Laquelle est la plus diffĂ©rente de B3 ? — La mĂȘme chose les trois. »

Dan (8 ;10). B3 et C5 comparĂ©s Ă  C3 sont Ă©quivalents en ressemblance parce qu’« il y a une diffĂ©rence, les deux, ils ont chacun une diffĂ©rence ». On passe alors au nombre des diffĂ©rences : il rĂ©ussit pour 1, 2 et 3. « Et 4 ? — Il n’y en a pas. »

FrÉ (9 ;0). Le plus ressemblant Ă  B4 : « On peut en prendre deux ? — Comme tu veux. — Alors B3 et B5 parce que B4 c’est 4 (points), 3 va Ă  cĂŽtĂ© du 4 et 5 aussi. — Qu’as-tu regardé ? — Le nombre, la grosseur et la couleur. »

Tia (10 ;1). Le plus ressemblant Ă  B3 : essais variĂ©s puis « c’est difficile parce qu’ils sont tous diffĂ©rents », puis, pour « lequel est le plus diffĂ©rent X4 et B3 ? — X4 parce qu’il y a deux diffĂ©rences avec B3 et une diffĂ©rence entre B3 et B2 ».

Une diffĂ©rence entre deux termes A et B est un Ă©cart qui peut consister soit en une grandeur ΔAB = B — A si B > A, soit en une propriĂ©tĂ© a que possĂšde une classe ou sous-classe A et non pas B (mais avec rĂ©ciprocitĂ© possible si B a la qualitĂ© b et non pas A). Dans le cas d’une sĂ©riation l’équivalence entre les diffĂ©rences successives ΔAB = ΔBC = 
 est facile Ă  Ă©tablir, encore qu’à l’étape II, les sujets Ana et Rio ne voient pas que 1 de plus Ă©quivaut Ă  1 de moins (ce qu’explicite par contre FrĂ© dans les cas citĂ©s ici). En revanche, lorsqu’il s’agit de diffĂ©rences qualitatives ou hĂ©tĂ©rogĂšnes, dire comme tous ces sujets que des diffĂ©rences de grandeur, couleur ou quantitĂ© de points s’équivalent, cela revient au moins implicitement Ă  supposer qu’elles peuvent donner lieu Ă  des subdivisions en sous-classes, le nombre de celles-ci Ă©tant indĂ©pendant de leurs contenus respectifs, et chacune ayant donc le mĂȘme rang que les autres.

Ce niveau marque ainsi la synthĂšse des ressemblances et des diffĂ©rences, celles-ci donnant lieu Ă  des Ă©quivalences et le degrĂ© des ressemblances se mesurant au nombre des diffĂ©rences. Ce double progrĂšs constitutif de morphismes Ă  partir des correspondances incomplĂštes initiales est assurĂ©ment dĂ» Ă  des transformations et celles-ci ne sont pas difficiles Ă  imaginer puisque cette Ă©tape III coĂŻncide avec le niveau des opĂ©rations concrĂštes, donc du maniement opĂ©ratoire des classes et des sĂ©riations, de mĂȘme que l’étape II correspondait au niveau des collections et l’étape I Ă  celui des simples assemblages. Or, si la constitution des groupements de classes et de relations est assurĂ©ment prĂ©parĂ©e par des correspondances antĂ©rieures, il va de soi que, une fois Ă©laborĂ©s, ils dirigent les mises en correspondance et deviennent donc sources de morphismes proprement dits.

§ 4. Les arrangements libres de l’ensemble des cartes

AprĂšs les interrogations du dĂ©but sur les ressemblances et diffĂ©rences que l’on vient d’analyser dans les § § 1 Ă  3, on rĂ©unit l’ensemble des cartes en vrac et on demande au sujet de les arranger comme il l’entend. Nous serons brefs quant Ă  ces rĂ©sultats, puisqu’ils ne nous prĂ©sentent pas de nouveaux types de correspondances, mais il est utile de les mentionner car ils confirment ce que nous venons de supposer des relations entre l’évolution prĂ©cĂ©dente et la construction des structures prĂ©opĂ©ratoires et opĂ©ratoires.

Les rĂ©actions de l’étape I ne consistent qu’en assemblages locaux sans critĂšre gĂ©nĂ©ral sinon en paroles :

Oli (4 ;7) fait trois alignements successifs oĂč il mĂ©lange en fait les grandeurs sans que rien ne les distingue l’un de l’autre, puis prĂ©tend : « J’ai mis le moyen, le moyen et le moyen ensemble, les grands carrĂ©s ensemble (ce qui n’est justement pas le cas), les moyens carrĂ©s Ă  la mĂȘme forme, les moyens petits carrĂ©s », etc.

Mar (4 ;11) se laisse d’abord guider par les nombres 1 Ă  4 mais sans s’occuper des 5 puis met les restantes au hasard tout en prĂ©tendant qu’il a « mis les mĂȘmes couleurs ».

Il y a donc bien là le correspondant des mélanges locaux de ressemblances et différences que nous avons noté au § 1.

De mĂȘme Ă  l’étape II correspondent les collections et sĂ©riations mais sans systĂšme d’ensemble :

Yar (5 ;9) fait trois sĂ©ries : « Ça c’est par les nombres 1,2, 3, 4, 5, ça c’est par grandeurs, pour rapetisser et c’est aussi par grandeurs mais pour agrandir. — Ici A1 et C1 sont diffĂ©rents ? — Non il faudrait donner le tout petit lĂ -bas. »

Val (5 ;11) fait 5 colonnes de 3 : « J’ai mis les 2 (ronds) et les 2, j’ai mis les 4 et les 4, le 5 et le 3 ; j’ai mis de cĂŽtĂ© 3 et 3 ; puis les six 1 je les ai mis Ă  cĂŽtĂ©. »

Dan (6 ;7) fait deux rangĂ©es d’aprĂšs les nombres et un dĂ©but de 3e : « Ici (2e ligne) il y a quatre 1 et un 2 et dans l’autre (3e) il y a un 2 tout seul que j’aurais dĂ» mettre Ă  cĂŽtĂ© de l’autre. » Il le fait et finit la 3e rangĂ©e : « Un 4, un 4 moyen et petit, un grand 1, un 1 moyen, un tout petit 1, un petit carrĂ©, un moyen carrĂ©, un Ă  grands points, un Ă  petits points, lĂ  2, petit 2, 3, 3, 5, 3. »

En certains cas le sujet cherche un critĂšre unique, comme Val, mais sans ordre, en d’autres, comme chez Yar, il y a deux critĂšres, mais non coordonnĂ©s (avec erreurs de sĂ©riation et opposition des deux sens de parcours pour introduire de la variĂ©tĂ©) ; ou enfin, il y a mĂ©lange comme chez Dan. Rien de tout cela ne dĂ©passe donc le niveau des petites collections, ce qui correspond bien aux rĂ©actions dĂ©crites au § 2.

Enfin l’étape III est caractĂ©risĂ©e par deux progrĂšs importants confirmant le rĂŽle des opĂ©rations transformantes supposĂ© au § 3 : la constitution de classes d’équivalence reposant sur le critĂšre du « tous » et leur ordination avec finalement les sĂ©ries emboĂźtĂ©es Ă  l’intĂ©rieur de ces classes. Voici des exemples, sans avoir besoin de citer quelques cas intermĂ©diaires de 6 ;6 Ă  7 ;6 qui essaient les emboĂźtements mais y Ă©chouent encore :

Jos (6 ;11) rĂ©unit tous les 5 et dit : « Les 5, puis les 4, puis les 3, les 2, les 1, 1, 1, 1, 1, 1. — Et ceux-lĂ  tu les a arrangĂ©s comment ? — Du plus grand au plus petit. »

Pat (7 ;11) commence par une simple sériation : « 5, puis un de moins : 4, un de moins : 3 », mais elle constate alors la pluralité des 3 et les différences de taille et fait alors comme Jos : « De plus en plus petits les chiffres (par classes) puis les carrés (A, n = 1) de plus en plus petits. »

Cla (8 ;5) gĂ©nĂ©ralise par contre la coordination des classes et des sĂ©ries : « D’abord j’ai mis tous les 1, puis les 2, les 3 jusqu’à 5 et chaque fois j’ai mis du plus petit au plus grand. »

FrÉ (9 ;0) : « J’ai mis par le chiffre, puis aprĂšs j’ai mis tous les 1 par la grosseur, en descendant, et puis les 2, les 3 par la grosseur des cadres et puis le 4 (seul prĂ©sentĂ©) pour le chiffre. — Tu peux les mettre en 3 tas ? — (Il met tous les B ensemble, donc n = 1 Ă  5, puis tous les A avec C4, C1 et C5, puis C3 et C2, mĂȘlant donc les chiffres et les grandeurs.) Tu peux faire 3 tas de long ? — Tous les A c’est les 1, quatre B et un C (pour la grandeur) et il en reste juste 5. »

Tia (10 ;1) : « J’ai placĂ© les pions 1 du plus grand au plus petit, puis les pions 2 du plus grand au plus petit, puis 3, 4 et 5 la mĂȘme chose. »

On voit combien la coordination des relations de ressemblances et différences décrite au § 3 allait de pair avec la construction de structures. A ce niveau correspondances et opérations sont ainsi étroitement coordonnées.

§ 5. Extensions des sĂ©ries et substitutions d’élĂ©ments

Pour complĂ©ter nos informations sur ces relations il a Ă©tĂ© en outre posĂ© diverses questions. La premiĂšre a Ă©tĂ© de faire arranger sĂ©parĂ©ment les trois ensembles A, B et C. Les deux collections A et B ne font pas problĂšme puisqu’elles sont sĂ©riables. Quant aux C, ils le sont par la grandeur mais pas par le nombre puisque C3 et C5 ont tous deux n = 3. DĂšs l’étape II le sujet en est gĂȘné : « On doit enlever C5 et mettre B5 (n = 5) » propose ainsi Yar Ă  5 ;9. Ou : « Ceux qui avaient la mĂȘme chose, je les ai mis aux bouts de chaque cĂŽté » (Ana 6 ;2) ou plus simplement « mais il y a les ronds 
 on dit qu’ils ne comptent pas » (Mar 6 ;9). DĂšs le niveau des sĂ©riations empiriques il y a donc exigence d’un bon arrangement final.

Une question plus instructive a consistĂ©, en prĂ©sentant les A sĂ©riables par leurs grandeurs, puis les B et enfin les C, Ă  demander au sujet d’y ajouter (en les dessinant simplement) un Ă©lĂ©ment A0 ou B0 prĂ©cĂ©dant le tout et un autre Ă©lĂ©ment A6 Ă  situer aprĂšs le dernier :

A l’étape I le sujet dessine bien un A0 « un tout petit. — Pourquoi ? — Parce qu’il est tout petit, puis petit, puis moyen, moyen, moyen puis grand puis moyen » (Oli, 4 ;7). Ce dernier moyen est alors A6 dessinĂ© plus grand que A0 mais en fait plus petit que A2.

A l’étape II, A0 est plus petit que A1 et A6 plus grand que A5 mais sans proportions quant aux grandeurs. De plus le sujet ne coordonne pas avec succĂšs les tailles et les nombres, ajoutant parfois des antisymĂ©tries lĂ  oĂč il y a Ă©quivalences ou l’inverse, mais avec prĂ©fĂ©rence pour les premiĂšres. Val (5 ;11) dessine ainsi un B0 : « J’ai mis un zĂ©ro dedans (ce qui est juste puisque B1, B2, etc., ont n = 1 ; 2 ; etc.) et je l’ai fait plus petit (alors que les B sont de mĂȘmes grandeurs). » Pour C6 elle met 4 dedans puisque C3 et C5 ont n = 3 : « Et le carrĂ©. — Il est plus grand. »

Enfin Ă  l’étape III les Ă©quivalences et antisymĂ©tries sont toutes deux conservĂ©es et le sujet tient compte de toute la sĂ©rie pour dĂ©terminer les grandeurs de A0 Ă  A6, en Ă©tablissant donc, implicitement ou explicitement, une Ă©galitĂ© entre les diffĂ©rences successives : Jac (7 ;7) dessine un A0 « encore plus petit (que A1). — Pourquoi un rond ? — Parce qu’il n’y en a qu’un lĂ  (A1, etc.), — Et B6 ? — J’en mets 6 (5 ronds Ă  B5). — Et A6 ? — Toute grande », puis, pour que la sĂ©rie reste « belle » : « Ah, il faudrait une plus grande (que dessinĂ©e). » Xan (8 ;4) pour B6 : « C’est la mĂȘme grandeur que les autres avec 6 dedans. — C6 ? — Plus grand que C5 et on peut mettre dedans 6, 5 ou 2 ou 3 (rit) » puisqu’on a C3 = C5 = n3. FrÉ (9 ;0), avant de dessiner C6 Ă©value la longueur des cĂŽtĂ©s de C5.

On constate Ă  nouveau combien ces rĂ©actions convergent avec ce que nous avons vu de la coordination progressive des relations de diffĂ©rences et d’équivalences. Une derniĂšre question confirme encore cette gĂ©nĂ©ralité : celle de savoir Ă  quelles conditions on peut substituer une carte Ă  une autre sans altĂ©rer la sĂ©rie (on se rappelle que les substituts X1 et X2 sont situĂ©s entre deux grandeurs et que les autres ont des couleurs modifiĂ©es).

A l’étape I les sujets nĂ©gligent, comme il est naturel, soit les exigences d’équivalence, soit celles d’antisymĂ©tries et les plus jeunes parfois les deux :

Lyn (4 ;0) remplace ainsi B5 par X1 « parce qu’il est petit comme A1 » et elle l’accepte ensuite en A1. « Mais ils ne sont pas les mĂȘmes ? — Oui, ils sont petits. » Par contre X3 ne va « nulle part, parce qu’il est bleu ». Pour Pie (4 ;6), X5 (n = 3) peut remplacer C3 parce qu’« il y a quelque chose qui change. — Mais la grandeur est juste ? — Oui ». Oli (4 ;7) refuse X2 Ă  la place d’un petit « parce qu’il y aura deux petits » et de mĂȘme pour les grands mais accepte plusieurs moyens.

A l’étape II le sujet s’en tient Ă  une relation, en gĂ©nĂ©ral d’antisymĂ©trie et nĂ©glige le reste. Yar (5 ;9) utilise X3 « parce que la couleur on ne la dit pas », X4 peut remplacer C3. « Mais il y a 4 ronds ? — Ça ne fait rien. » Puis X1 est mis en C1 : « Mais il est plus petit ? — Ça ne fait rien, on va toujours du plus petit au plus grand. » Pour Val (5 ;11), X1 doit aller « avant A1 » et pas Ă  sa place « sinon on n’arrive pas à faire ce jeu. — Quel jeu ? — Du plus grand pour arriver au plus petit ». Pour Lau (6 ;4), X5 quoique sans point rouge peut remplacer A3 « parce que ça reste exactement bien, ça a la mĂȘme grandeur ». Idem avec B3 « parce que (les B) c’est tous des moyens ». Dan (6 ;7) nĂ©glige aussi consciemment les points : « C’est la grandeur qui va. »

Une fois de plus c’est Ă  l’étape III que les deux sortes de relations sont envisagĂ©es, d’abord Ă  tour de rĂŽle puis coordonnĂ©es : Nat (7 ;5) dit que tel substitut convient pour la grandeur, un autre « comme chiffre dedans ». Pat (7 ;11) de mĂȘme dit d’abord « j’ai classĂ© par numĂ©ros » puis accepte une grandeur « parce que ça va de plus en plus petit ». Xan (8 ;4) en progrĂšs dit pour X2 : » J’ai regardĂ© le nombre et puis il est plus petit » que le suivant. Cla (8 ;5) soutient que C2 ne peut ĂȘtre Ă©changĂ© avec aucun A ni B « parce que dans les A c’est tous des 1 et dans B tous des grands ». Par contre X3 peut remplacer C3 ou B3 « parce qu’il y a 3 ronds » et la mĂȘme taille. Cri (10 ;1) donne explicitement la raison de quelques refus : « Non, parce que lĂ  aussi il y a deux choses : la grandeur du carrĂ© et le nombre de pions. »

Ces faits sont Ă  nouveau conformes Ă  ce qui a montrĂ© l’évolution des relations (§ § 1-3), ce qui nous permet de chercher pour conclure les rapports entre les correspondances observĂ©es et les transformations.

§ 6. Conclusions

Qu’il s’agisse de classifications ou de sĂ©riations, toutes deux supposent des coordinations entre ressemblances et diffĂ©rences, mais sous des formes distinctes quant aux correspondances de dĂ©part et Ă  leurs rapports avec les opĂ©rations terminales, car le progrĂšs pour les classes conduit Ă  leur diffĂ©renciation et pour les diffĂ©rences sĂ©riales Ă  leur Ă©galisation en succession. Il s’agira donc, dans ce qui suit, de distinguer une fois de plus deux sortes de diffĂ©rences avec leurs deux sortes de quantifications, d’oĂč deux sortes de correspondances et de transformations. Une diffĂ©rence Ă©tant un Ă©cart entre deux termes portant sur leurs propriĂ©tĂ©s, y compris leur grandeur, cet Ă©cart peut ĂȘtre antisymĂ©trique B > A et en ce cas rĂ©pĂ©ter par succession entre d’autres termes C > B, etc., d’oĂč une quantification portant sur la grandeur de l’écart ou des Ă©carts successifs : ΔAC = ΔAB + ΔBC, etc. Mais cet Ă©cart peut en d’autres cas ĂȘtre symĂ©trique et comporter une loi de rĂ©ciprocitĂ© et non plus de succession : telles sont entre autres les « altĂ©ritĂ©s » 3 (B est cousin de A comme A de B ; ou encore si l’objet A diffĂšre de B par sa couleur, c’est que B a « une autre couleur » que n’a pas A ; etc.). Ce qui importe alors n’est pas la grandeur de l’écart (pouvant ĂȘtre considĂ©rĂ©e par ailleurs et donner lieu Ă  des enchaĂźnements antisymĂ©triques), mais le nombre de ces solidaritĂ©s simultanĂ©es entre A et d’autres termes, source de sous-classes possibles par diffĂ©renciation des classes.

1 / Cela rappelĂ©, les correspondances en jeu dans les deux situations sont distinctes et prĂ©parent des opĂ©rations elles aussi diffĂ©rentes. Si A1, A2 et A3 se ressemblent par une qualitĂ© commune a, il y a surjection de ces Ă©lĂ©ments par rapport Ă  a et multijection rĂ©ciproque de a Ă  eux et ces applications en comprĂ©hension prĂ©parent des rĂ©unions en collections ou classes A fondĂ©es sur ces correspondances et y ajoutant des considĂ©rations d’extension. Quant aux sous-collections ou sous-classes les correspondances sont plus complexes. Il y a, d’une part, surjection et multijection entre elles et la classe totale ainsi qu’entre leurs Ă©lĂ©ments et chacune d’entre elles. Mais, d’autre part, il y a entre elles les relations d’altĂ©ritĂ©s qui prĂ©sentent une situation spĂ©ciale, et que l’on peut caractĂ©riser comme suit du point de vue de la comprĂ©hension : entre deux sous-collections A et A’ reconnaissables l’une et l’autre Ă  un complexe de qualitĂ©s rĂ©unies, il y a correspondance quant Ă  leurs qualitĂ©s communes b qui, par ailleurs, dĂ©finit le tout B (= A + A’) et absence de correspondance quant Ă  leurs qualitĂ©s diffĂ©rentielles a et a’. Or l’une et l’autre font problĂšme. Leur correspondance sous b caractĂ©rise par ailleurs leur multijection en B, mais par rapport aux relations entre A et A’ on pourrait parler de bijection partielle (sous b) entre les Ă©lĂ©ments de A et ceux de A’, ou encore (mais en comprĂ©hension) d’injection de b de A dans le complexe des qualitĂ©s de A’ : mais alors cette injection est rĂ©ciproque puisque b b de A’ se retrouve dans le complexe de propriĂ©tĂ©s de A. Nous choisirons donc les termes d’« injection mutuelle » ou « cosurjection » pour cette correspondance entre A et A’ puisqu’à l’injection est toujours liĂ©e une sousjection et que prĂ©cisĂ©ment ici on ne retrouve pas a en A’ ni a’ en A : la sousjection est donc en ce cas Ă©galement rĂ©ciproque et c’est cette double rĂ©ciprocitĂ© qui caractĂ©rise l’« altĂ©rité »).

Quant aux diffĂ©rences antisymĂ©triques, la situation est en un sens plus simple, car si A < B on peut dire qu’il y a injection de A en B pour la partie de B Ă©gale Ă  A et sousjection de B en A, c’est-Ă -dire non-correspondance pour la partie diffĂ©rentielle B — A = ΔAB = B — A = A’ : or ni cette injection ni cette sous-jection ne sont rĂ©ciproques au sens de symĂ©triques comme dans le cas des altĂ©ritĂ©s. Par contre, ce qui est nouveau et complexe est que cette correspondance A < B se rĂ©pĂšte en une succession B < C ; C < D, etc., de telle sorte qu’interviennent deux correspondances nouvelles : 1) Ă  chaque terme correspond un successeur (par opposition aux altĂ©ritĂ©s sans succession des sous-classes de mĂȘme rang, mais en analogie avec la succession des inclusions A ⊂ B ⊂ C ⊂ 
 qui constitue une sĂ©riation, Ă  en rester aux classes primaires) ; 2) à chaque relation A < B correspond entre les successeurs BC, CD, etc., une relation Ă©quivalente <, cette Ă©quivalence comportant alors des degrĂ©s possibles, sur lesquels il convient d’insister, car certains d’entre eux supposent des transformations.

L’équivalence du degrĂ© le plus pauvre ne requiert rien de plus que la lecture des observables : C est plus (grand, etc.) que B comme B l’est de A, mais sans quantification de ces deux Ă©carts ou diffĂ©rences, donc sans que l’on ait ΔAB = ΔBC. Or, on a vu que, mĂȘme dans le cas de nombres, des sujets de l’étape II comme Rio et Ana (voir le § 2) ne considĂšrent pas « 1 de plus » comme une diffĂ©rence Ă©quivalente Ă  « 1 de moins », et le chapitre V (§ 4) nous a montrĂ© qu’à ce niveau de 5-6 ans les sujets ne savent mĂȘme pas qu’en une sĂ©riation de 8 Ă©lĂ©ments il y en a 7 de moins grands que le dernier s’il y en a 7 de plus grands que le premier. Il y a donc Ă  considĂ©rer une premiĂšre forme d’équivalence oĂč seule la qualitĂ© « plus (quelque chose) » se conserve, sans quantification de cet Ă©cart. La seconde forme est l’équivalence quantitative simple ou additive : ΔBC = ΔAB, donc ΔAC = 2Δ ; ΔAD = 3Δ, etc. Les troisiĂšmes formes sont les Ă©quivalences multiplicatives (en cas de sĂ©ries exponentielles, etc.).

2 / Nous voici alors en mesure de distinguer dans l’évolution si rĂ©guliĂšre, quoique si complexe, dĂ©crite en ce chapitre, ce qui relĂšve des correspondances et ce qui est dĂ» Ă  l’intervention de transformations. Or, comme dans le cas des classes, les groupements de relations comportent des formes si simples et si proches de leurs contenus que la part des constructions transformantes dues aux activitĂ©s du sujet semble minime par rapport Ă  ce que fournissent les correspondances quant Ă  l’analyse de ces contenus. En effet, le sujet en prĂ©sence de notre matĂ©riel peut fort bien, par simple lecture (mais Ă  la condition naturellement de penser Ă  tout Ă  la fois et de ne pas oublier une relation quand il passe Ă  une autre) dĂ©couvrir toutes les ressemblances ou Ă©quivalences en jeu, ou toutes les diffĂ©rences qui consistent en altĂ©ritĂ©s et relier les diffĂ©rences antisymĂ©triques jusqu’à construire empiriquement les petites sĂ©riations possibles. Les opĂ©rations qui apparaissent Ă  l’Ɠuvre Ă  notre Ă©tape III ne font apparemment que de prendre acte de ces rĂ©sultats des mises en correspondance en n’y ajoutant qu’un langage apparemment plus simple.

Mais, Ă  comparer les rĂ©actions des Ă©tapes II et III on constate deux changements notables dans les attitudes du sujet : l’intervention de quantifications susceptibles de compositions (et consistant donc en formes Ă  la fois transformantes et conservantes) et l’établissement de connexions nĂ©cessaires : or, ce sont lĂ  les deux principaux critĂšres des transformations. Comme on l’a vu au chapitre V la sĂ©riation opĂ©ratoire comporte trois caractĂšres de nĂ©cessitĂ© qui font dĂ©faut aux sĂ©riations empiriques : la rĂ©cursivitĂ© (ou dĂ©duction possible d’une relation Ă  partir de la loi de composition), la transitivitĂ© et la rĂ©ciprocitĂ© des parcours dans les deux sens ascendant et descendant. C’est ce que l’on retrouve ici. Pour ce qui est de la quantification, et sans revenir sur le rĂ©glage du « tous » et du « quelques » nĂ©cessaire Ă  la construction des classes d’équivalence et des sous-classes avec leurs altĂ©ritĂ©s, il est clair que l’égalisation des diffĂ©rences antisymĂ©triques ΔBC = ΔAB, etc., n’est pas donnĂ©e par la simple composition des applications d’injections et de succession (= « de plus en plus grand », etc.) mais qu’elle suppose une mĂ©trique avec composition des unitĂ©s. De mĂȘme le dĂ©nombrement des diffĂ©rences d’altĂ©ritĂ©s (source de sous-classes possibles) n’est pas donnĂ© dans les correspondances qui Ă©tablissent celles-ci, mais met en jeu au moins implicitement tout l’appareil des opĂ©rations de classification avec leurs inclusions et nĂ©gations partielles.

En un mot, les correspondances initiales fournissent aux actions transformantes et aux opĂ©rations un contenu organisĂ© au moyen de formes transformables mais non transformantes, tandis que la rĂ©organisation endogĂšne du niveau opĂ©ratoire non seulement intĂšgre ces rĂ©sultats, mais transforme les applications antĂ©rieures en morphismes solidaires d’une structure. Celle-ci n’est donc pas tirĂ©e de celles-lĂ , mais les reconstruit sur de nouvelles bases, par une fusion de ce qui jusque-lĂ  demeurait incoordonné : les correspondances dĂ©gageant les rĂ©gularitĂ©s d’un contenu exogĂšne et les actions du sujet s’essayant Ă  construire les structures dont l’achĂšvement dĂ©pend du progrĂšs de la composition de ces actions entre elles, donc du dĂ©veloppement opĂ©ratoire.