Chapitre IX.
Les correspondances de succession en un systùme topologique (ouvertures et fermetures d’un labyrinthe) 1 a

Les correspondances et morphismes en jeu dans un labyrinthe soulĂšvent un problĂšme spĂ©cial de relations, puisque celles qui sont Ă  trouver sont fonction, non pas des termes prĂ©cĂ©dents comme en une sĂ©riation, mais du terme final qui marque l’ouverture recherchĂ©e (sortie du systĂšme), en opposition avec les fermetures constituĂ©es par les impasses. On peut donc s’attendre Ă  trouver en ce cas un double jeu de correspondances : celles qui, Ă  un point de dĂ©part donnĂ© (le premier ou l’un des suivants lors des bifurcations), feront correspondre un certain nombre de trajets ultĂ©rieurs et, Ă  la limite, l’ensemble des chemins possibles ; et celles qui, au vu de cet ensemble, feront correspondre au but Ă  atteindre le ou les trajets choisis. Il s’y ajoute que ces mises en correspondances s’effectuent par Ă©tape, lors de chaque nouveau choix s’imposant au sujet, ce qui peut dĂ©buter par des dĂ©cisions de proche en proche, mais ce qui, en cas d’anticipation, exige une composition de ces morphismes entre eux selon une sorte de renversement de la rĂ©cursivitĂ©, que l’on peut nommer prĂ©cursivitĂ©, puisqu’il s’agit de partir du point d’arrivĂ©e non encore atteint pour savoir si la combinaison choisie est la bonne.

Technique. — On prĂ©sente successivement au sujet trois labyrinthes, dont les deux premiers sont isomorphes, mais construits avec des matĂ©riaux diffĂ©rents de telle sorte que leur similitude n’est visible qu’à l’examen des chemins et le troisiĂšme diffĂ©rent. Il s’agit d’abord pour le sujet de trouver le chemin que fera une souris de l’entrĂ©e E Ă  la sortie S sans faire de demi-tours, les chemins trop Ă©troits l’obligeant Ă  ne marcher qu’en sens unique. AprĂšs quoi on demande ce qui se passera si un chat attend la souris Ă  la sortie S : dans le cas du labyrinthe III la souris est prise, faute de circuit possible, tandis qu’en I et II la souris, grĂące aux bifurcations, peut revenir Ă  l’entrĂ©e E en allant toujours de l’avant. En fin d’expĂ©rience on demande au sujet de reconstruire de mĂ©moire, avec un matĂ©riel appropriĂ© de rĂ©glettes, deux labyrinthes isomorphes aux types prĂ©cĂ©dents, donc un « bon pour la souris » et l’autre « bon pour le chat ». On demande naturellement le pourquoi des itinĂ©raires choisis, la signification des croisements et s’il existe d’autres chemins possibles que celui choisi sur le moment. On fait naturellement dĂ©crire la diffĂ©rence entre les deux formes I-II et III des labyrinthes.

Les deux types de labyrinthes :

 

§ 1. Les réactions initiales

Il va de soi que les jeunes sujets ne procĂšdent que par tĂątonnements de proche en proche, d’oĂč la possibilitĂ© de rĂ©ussites par hasard, mais aussi les lacunes de l’anticipation. C’est donc d’une maniĂšre trĂšs progressive que se constitue la conduite de l’évitement des impasses, ce qui rend difficile la distinction entre un niveau IB, oĂč elle se manifeste (mais naturellement sans relier encore les uns aux autres les centres de bifurcation), et un niveau IA, oĂč elle semble ne pas jouer mĂȘme pour les impasses trĂšs voisines du point oĂč en est l’enfant. On trouve par exemple des sujets qui dĂ©butent par le trajet 1 → 2 → 17 sans voir que 17 est une impasse, alors qu’en parcourant les segments 1 et 2 on ne peut que difficilement ne pas englober 17 dans le mĂȘme champ du regard. Faut-il dire alors que ceux qui passent de 2 Ă  3 ou Ă  13 ont Ă©vitĂ© plus ou moins intentionnellement 17, ou que seul est intervenu le hasard ? Voici donc des exemples de l’étape I avec passages continus de IA Ă  IB :

Har (7 ;5) dĂ©bute malgrĂ© son Ăąge par le trajet 1 → 2 → 17, puis au deuxiĂšme essai 1 → 18 → 19 → 23, donc avec nouvelle impasse, plus Ă©loignĂ©e mais facile Ă  voir en montant 18 ou en suivant 19. Mais dans la suite il parvient en Ă©vitant 18 puis 17 Ă  trouver le trajet 1 → 
 → 12, puis pour un autre chemin le trajet 1 → 2 → 13 → 14 → 15 → 16 → 11 → 12. AprĂšs quoi il dit bien que pour Ă©chapper au chat la souris doit retrouver l’entrĂ©e, mais, comme on le verra, ne comprend pas que, sans demi-tour, cela exige un trajet cyclique. Sur le labyrinthe II il retrouve les mĂȘmes chemins. Le modĂšle III aboutit Ă  une rĂ©ussite mais Har est convaincu de l’existence d’un autre trajet : seulement « je ne peux pas le trouver » (aprĂšs avoir reproduit sans le savoir le mĂȘme). Or les succĂšs obtenus par l’action avec ses tĂątonnements n’aboutissent pas Ă  la comprĂ©hension. Pour la comparaison des trois labyrinthes, Har voit plus d’impasses en II qu’en III (en fait II en a 6 et III en prĂ©sente 7) et montre comme diffĂ©rences des dĂ©tails sans signification sans comprendre qu’en III le retour Ă  l’entrĂ©e n’est pas possible. Mais surtout, dans ses constructions de labyrinthes favorables Ă  la souris, Har n’aboutit qu’à deux figures sans connexitĂ© (deux parties disjointes) et si, dans la seconde, il indique un trajet de retour dirigĂ© vers l’entrĂ©e il ne parvient pas sans aide Ă  la fermeture du cycle.

BÉa (7 ;1), aprĂšs un dĂ©but 1 → 23 comme Har, elle rĂ©ussit Ă©galement par tĂątonnements (donc presque sans tomber par instants dans les impasses) les deux trajets en I mais ne les retrouve pas en II et dĂ©jĂ  en I croit faire un troisiĂšme trajet en rĂ©pĂ©tant sans le savoir le second. Pour le retour de la souris Ă  l’entrĂ©e, elle n’y parvient qu’une fois examinĂ©es les diffĂ©rentes bifurcations Ă  la demande, de proche en proche, de l’expĂ©rimentateur et elle croit la chose impossible en II, puis pense de mĂȘme pour III. Quant Ă  ses constructions de labyrinthes, elles consistent en carrĂ©s et rectangles contigus, plus nombreux pour le retour de la souris, rĂ©duits Ă  deux pour le non-retour sans voir qu’il reste ainsi possible, puisqu’il s’agit de figures fermĂ©es.

Yvo (5 ;3) prĂ©sente des rĂ©actions analogues mais est Ă  citer pour sa construction finale formĂ©e de trois parties sans connexions : une verticale partant de l’entrĂ©e, une autre verticale proche de la premiĂšre aboutissant malgrĂ© la consigne Ă  une sortie supplĂ©mentaire et deux figures fermĂ©es rectangulaires et contiguĂ«s, mais sans liaisons avec le reste.

Les correspondances en jeu dans ces rĂ©actions sont claires en leurs limitations comme en leurs rĂŽles positifs. En prĂ©sence d’un croisement l’enfant constate qu’au trajet suivi jusque-lĂ  correspondent deux ou trois continuations possibles, ce qui est donc une multijection Ă©lĂ©mentaire se rĂ©pĂ©tant lors de chacune des bifurcations, mais sans que le sujet relie encore ces derniĂšres. En second lieu, parmi ces deux ou trois continuations, il y en a de deux sortes : celles qui conduisent Ă  des impasses ou fermetures ; et celle qui reste ouverte sur une suite. Or Ă  l’étape IA, par laquelle dĂ©butent ces sujets, il n’y a pas encore de choix par examen des situations ultĂ©rieures, mais de simples essais sans prĂ©vision, avec lecture aprĂšs coup du succĂšs ou de l’échec de la continuation recherchĂ©e : d’oĂč les trajets 1-2-17 et 1-18-19-23 de Hur et BĂ©a. C’est ensuite seulement que dĂ©bute l’étape IB oĂč le sujet, instruit des blocages possibles, commence, avant de choisir une voie, par regarder oĂč elle mĂšne en tenant plus ou moins compte des chemins reconnus inefficaces lors des essais prĂ©cĂ©dents. En ce cas les succĂšs de l’action sur le labyrinthe I s’expliquent facilement : parvenu au terme de 1, le sujet sait donc que 18 est Ă  exclure et suit 2. Au terme de 2 les deux voies 3 et 13 sont bonnes : pour le trajet 3-4 
 12, la seule impasse Ă  Ă©viter est 25 mais au terme de 10 il est possible de voir que ni 16 ni 25 ne mĂšnent Ă  la sortie qui est proche ; quant au trajet 13-14-15-16, il est probable que, au terme de 16, le sujet doute que 10 ou 25 mĂšnent Ă  la sortie, puisqu’ils s’en Ă©loignent vers le haut ou vers la gauche : d’oĂč le succĂšs 16-11-12. MĂȘme en ne procĂ©dant ainsi que de proche en proche une nouvelle forme de correspondance se constitue donc, consistant Ă  injecter dans les quelques continuations possibles et observables la seule qui ne conduira pas Ă  une fermeture.

Mais on voit alors le caractĂšre particulier de cette correspondance. En un systĂšme de relations successives tel qu’une sĂ©riation, les caractĂšres d’un Ă©lĂ©ment ou d’une relation (<) quelconques de la suite sont dĂ©terminĂ©s par les prĂ©dĂ©cesseurs, le morphisme du successeur Ă©tant dĂ©terminĂ© par les propriĂ©tĂ©s de l’ensemble des prĂ©dĂ©cesseurs. Ici, au contraire, le successeur Ă  choisir est caractĂ©risĂ© par des propriĂ©tĂ©s indĂ©pendantes de celles des prĂ©dĂ©cesseurs et ne dĂ©pendant que d’autres successeurs de plus en plus Ă©loignĂ©s et cela jusque, y compris, au segment final 12 qui dĂ©termine tous les autres. Il y a donc lĂ  une sorte de rĂ©cursivitĂ© renversĂ©e, que nous nommerons « prĂ©cursivité » puisque fondĂ©e sur l’ultĂ©rieur et non pas sur l’antĂ©rieur.

Or, il va de soi que, Ă  cette Ă©tape I, cette prĂ©cursivitĂ© n’est pas encore atteinte et que le sujet n’établit nullement encore, en prĂ©sence du premier croisement, Ă  ce que donnera jusqu’au terme final la continuation choisie : elle n’est donc injectĂ©e que dans le premier ensemble de possibles, comme elle le sera ensuite, si tout va bien, dans le second, etc., et cela de proche en proche, sans anticipation d’ensemble et en allant sans plus de l’avant.

Cette injection limitĂ©e, donc Ă  faible intervalle de continuation et sans encore ce renversement de direction qu’implique la prĂ©cursivitĂ©, explique alors les lacunes propres Ă  ce niveau. Par exemple, une fois comprise la nĂ©cessitĂ© d’un retour Ă  l’entrĂ©e, pour que la souris Ă©vite le chat (ce que BĂ©a ne saisit pas Ă  elle seule), Har et Yvo trouvent le chemin sans demi-tour mais il leur suffit pour cela d’utiliser les deux trajets 1-2-3 
 12 et 1-2-13 
 16 dĂ©jĂ  dĂ©couverts sans rien de neuf Ă  construire : cependant ils ne comprennent pas qu’il y a lĂ  un trajet total de forme cyclique, puisqu’ils en restent Ă  la procĂ©dure de proche en proche. Il leur arrive mĂȘme, ce qui est significatif, de croire dĂ©couvrir un chemin nouveau quand ils se bornent Ă  reproduire l’un des deux prĂ©cĂ©dents. Faute de coordination anticipĂ©e des croisements (donc faute de prĂ©cursivitĂ© Ă  longs intervalles), ils ne parviennent donc pas Ă  rĂ©unir leurs choix de proche en proche en un systĂšme reprĂ©sentatif d’ensemble et simultané : ils Ă©chouent ainsi Ă  la comparaison des trois dispositifs et surtout de I-II et III. Mais surtout, et c’est le fait le plus rĂ©vĂ©lateur, leurs constructions finales, qui sont censĂ©es fournir des labyrinthes isomorphes Ă  I-II et Ă  III, manquent de connexitĂ© (sauf BĂ©a mais simplement parce que, pour simplifier, elle n’a construit que des rectangles) : ces figures Ă  secteurs discontinus sont, en effet, le symbole parlant d’un manque de prĂ©cursivitĂ© faute de vision totale.

§ 2. L’étape II

Chez les sujets du niveau des opĂ©rations concrĂštes (7-8 Ă  10 ans) la nouveautĂ© est la constitution de cette prĂ©cursivitĂ© en ce sens que, en prĂ©sence d’une bifurcation, le sujet ne se contente plus d’examiner les prolongements les plus proches pour voir s’il y a impasse ou continuation, mais limitĂ©e Ă  de courts intervalles : il y a au contraire enchaĂźnement des bifurcations, la chaĂźne des continuations possibles Ă©tant Ă  juger en fonction de son dernier terme. Mais il convient de distinguer encore deux sous-Ă©tapes : en IIA le sujet dĂ©couvre bien successivement les divers aspects gĂ©nĂ©raux du systĂšme (connexitĂ© des trajets utiles, circularitĂ© du chemin d’aller et retour de la souris Ă©vitant le chat, diffĂ©rences de II et III), mais il ne les coordonne pas encore dans les constructions terminales, se centrant sur l’un et oubliant les autres ; au niveau IIB par contre la coordination se fait, mais c’est Ă  l’étape III que les raisons gĂ©nĂ©rales sont explicitement dĂ©gagĂ©es. Voici des exemples de l’étape IIA :

Dan (6 ;0 avancĂ©) est encore intermĂ©diaire entre IB et IIA en ce que, aprĂšs avoir trouvĂ© le trajet 1-2-3 
 12 il retombe au second essai dans l’impasse 1-18 
 22 et que, aprĂšs avoir indiquĂ© correctement le retour de la souris Ă  l’entrĂ©e, il donne avec le modĂšle II un retour aboutissant Ă  l’impasse 17. Mais, pour le modĂšle III, il dĂ©couvre qu’il n’y a pas d’autres chemins et indique (ce qui est Ă©chouĂ© Ă  l’étape I) la petite connexion que l’on pourrait ajouter pour rendre possible le retour Ă  l’entrĂ©e. Sa construction finale correspondant aux modĂšles 1-11 comporte la connexitĂ© mais oublie d’abord la liaison assurant le retour : « Explique-moi ta construction. — Si le chat attend Ă  la sortie
 non j’ai oubliĂ© quelque chose (il rajoute une connexion assurant la circularitĂ©). »

Cla (7 ;10) donne aussi au dĂ©but un trajet sans issue 1-18-24, puis trouve le trajet correct ainsi que le retour possible de la souris Ă  l’entrĂ©e et considĂšre le trajet d’aller et celui de retour comme un seul chemin (cycle fermĂ©), tandis qu’avec le modĂšle III le retour est impossible faute d’un chemin en plus. CentrĂ©e sur ces conditions de retour, Cla construit en fin d’interrogation un trajet en cinq segments (fermĂ©s) mais oublie la connexion avec la sixiĂšme droite indiquĂ©e qui mĂšne Ă  la sortie, aprĂšs quoi elle rajoute un bĂąton de liaison.

ThÉ (7 ;10) trouve les deux trajets en I ainsi que le chemin de retour Ă  l’entrĂ©e. Pour III elle ne voit qu’un trajet mais en cherche un second sans dĂ©cision puis propose d’ajouter une connexion avec une des impasses, ce qui assurerait le trajet cyclique. NĂ©anmoins sa construction finale, quoique complexe et assurant un cycle avec huit segments et des angles aigus, droits et obtus, ne comporte pas de connexion avec l’axe de la sortie : « C’est une bonne construction ? — Non. — Qu’est-ce qu’on devrait changer ? — Ajouter deux bĂątons (elle ajoute une impasse alors qu’il n’y en avait pas et une mĂ©diane inutile puisqu’il y a dĂ©jĂ  circularitĂ©). » Puis elle propose une sortie de plus et comme on lui rappelle la consigne elle s’aperçoit du fait qu’il manque une connexion avec le segment de sortie.

Et voici pour comparaison quelques cas de l’étape IIB

Sca (8 ;0) trouve d’emblĂ©e les deux trajets en I et le retour possible de la souris. En II, par contre, elle reconnaĂźt bien les deux chemins, mais croit exclu le retour « parce que en I il y avait des bifurcations qui menaient dehors », puis elle le revoit (segment 2). En III elle constate son impossibilitĂ© rĂ©elle par opposition Ă  I et II oĂč « il y a plu, de sorties. — OĂč ça ? — Plus de chemins ». On lui demande de montrer b comment supprimer le retour en II et elle propose d’interrompre le segment 15. Sa construction finale comporte Ă  la fois un cycle (12 segments) et la connexitĂ©.

Roc (9 ;1) trouve aussi immĂ©diatement les deux trajets en I et le cycle permettant le retour. En III celui-ci n’est pas possible : « Je crois qu’il n’y a plus un chemin. supplĂ©mentaire. » Par contre en II, outre les deux trajets indiquĂ©s en I il croit Ă  un troisiĂšme par rĂ©pĂ©tition des segments du haut : d’oĂč 1-2-3-10-16-15-14-13-3·4 
 12 et dans la comparaison de II et III il croit voir « plus d’impasses » en III. Sa construction finale comporte non seulement une double connexitĂ© avec le segment de sortie mais trois possibilitĂ©s de retour avec variantes intermĂ©diaires.

Kar (9 ;6) mĂȘmes rĂ©actions initiales et voit tout de suite qu’en III « il n’y a pas de chemin » de retour. Sa construction comporte d’emblĂ©e la connexitĂ© et un projet de cycle mais il manque un Ă©lĂ©ment (sur 10) qu’elle rajoute d’elle-mĂȘme.

Cor (10 ;1) demande pour le retour de la souris s’il « est permis de faire un cycle » et elle le dĂ©signe. En III « il n’existe plus de chemin pour sortir ». La construction finale comporte un retour et la connexitĂ©.

Le progrĂšs propre Ă  ces Ă©tapes tient donc Ă  la maniĂšre dont le sujet domine le systĂšme en son ensemble, d’abord dans l’exploration qui porte sur le trajet jusqu’à son terme, et permet de juger rapidement du nombre de chemins, et ensuite dans la caractĂ©risation de leurs formes, cycliques ou linĂ©aires, avec comprĂ©hension des connexions Ă  rajouter ou enlever selon le but dĂ©sirĂ©. A l’étape IIA ces divers aspects ne sont pas immĂ©diatement coordonnĂ©s dans la construction finale mais ils le sont en IIB.

Cette prise de possession du systĂšme total par enchaĂźnement des bifurcations successives suppose donc une composition des correspondances, que les sujets de l’étape I Ă©tablissaient de proche en proche, tandis qu’elles sont dorĂ©navant coordonnĂ©es rapidement en une anticipation reprĂ©sentative. Cette composition se prĂ©sente sous une double forme. En premier lieu chaque croisement donnant lieu Ă  une multijection (correspondance de l Ă  2 ou Ă  3) la combinaison de 2 ou n multijections est encore une multijection, mais qui augmente chaque fois le nombre total des trajets possibles, y compris le bon mais y compris Ă©galement les impasses. La seconde forme de composition consiste alors Ă  choisir le bon en Ă©cartant d’avance les chemins sans issues : or ce choix, rĂ©pĂ©tons-le, est dictĂ© par le point d’arrivĂ©e et non pas par ce qui prĂ©cĂšde, et est donc prĂ©cursif et non pas rĂ©cursif, ce qui suppose une suite d’injections du trajet favorable parmi les possibles. Il y a donc composition des injections, et ici Ă  nouveau deux injections successives donnent encore une injection, mais dont le champ se rĂ©trĂ©cit alors proportionnellement au fur et Ă  mesure des compositions au lieu de s’étendre comme dans le cas des multijections. Il va de soi, en outre, que ces injections s’accompagnent de sous-jections, c’est-Ă -dire de non-correspondances par rapport aux impasses. Mais ni les unes ni les autres de ces compositions ne consistent encore en transformations, puisqu’il ne s’agit que de relier des Ă©tats constatables dont les propriĂ©tĂ©s sont donnĂ©es et dont la forme trouvĂ©e ne consiste qu’à les dĂ©gager.

§ 3. L’étape III et conclusions.

La seule nouveautĂ© propre Ă  cette derniĂšre Ă©tape est la recherche des raisons du systĂšme dĂ©jĂ  dĂ©couvert prĂ©cĂ©demment, donc l’introduction d’une nĂ©cessitĂ© logique reliant les morphismes Ă  la structure :

Eri (7 ;10 avancĂ©) dĂ©bute par des rĂ©actions du type IIA avec deux erreurs avant l’anticipation des trajets corrects. Mais dĂšs la question du chat on voit apparaĂźtre un processus dĂ©ductif : « La souris doit sauter. — Ce n’est pas permis. — Alors il doit y avoir deux chemins. — Et combien y en a-t-il ici ? — Deux ! » Il y a donc ici introduction de la nĂ©cessitĂ© logique avant la constatation des faits. Les constructions finales donnent correctement une structure avec cycle comportant le retour et une autre qui l’exclut.

Nic (10 ;7) dit de mĂȘme que pour Ă©chapper au chat il faut « un chemin qui rejointl’autre et qui reconduit Ă  l’entrĂ©e » et elle montre que ce n’est pas le cas en III, en indiquant la gĂ©nĂ©ralitĂ© des impasses en dehors du seul trajet valable.

Rol (10 ;4) voit d’emblĂ©e qu’en III le retour n’est pas possible sans demi- tour « parce qu’il n’y a qu’un chemin ». Les deux constructions sont correctes.

La structure Ă  laquelle aboutit cette Ă©volution des correspondances peut ĂȘtre qualifiĂ©e de « succession ordonnĂ©e d’ouvertures » et elle prĂ©sente avec les sĂ©riations et les emboĂźtements de classes certains caractĂšres communs et certaines diffĂ©rences. Par rapport Ă  la sĂ©riation celles-ci sont au nombre de deux : d’une part, il y a bien comme en toute sĂ©riation une succession ordonnĂ©e, donc un enchaĂźnement, mais rĂ©sultant de choix successifs parmi des Ă©lĂ©ments dont un seul comporte une ouverture et les autres des fermetures et sont donc Ă  Ă©carter ; d’autre part, ce choix n’est pas dictĂ© en fonction des Ă©lĂ©ments prĂ©cĂ©dents, mais des suivants, le prĂ©dĂ©cesseur dĂ©pendant donc des successeurs jusqu’à l’ouverture finale et non pas l’inverse (prĂ©cursivitĂ©). Quant aux emboĂźtements de classes, les trajets non valables (impasses lors des bifurcations) pourraient ĂȘtre comparĂ©s aux classes complĂ©mentaires ou secondaires A’, B’, etc. (en B = A âˆȘ A’ ; C = B âˆȘ B’, etc.) et les bifurcations elles-mĂȘmes sont comparables aux dichotomies ou trichotomies, etc., qui interviennent lors des subdivisions de classes, mais la grande diffĂ©rence est alors que la classe emboĂźtante rĂ©sulte de la rĂ©union de ces sous-classes ainsi distinguĂ©es, tandis que le trajet choisi lors d’une bifurcation parce que comportant une ouverture exclut les trajets secondaires au lieu de s’incorporer Ă  leur rĂ©union ; en outre, on retrouve la diffĂ©rence entre un choix dictĂ© par les successeurs et non pas par les prĂ©dĂ©cesseurs dĂ©jĂ  classĂ©s.

La prĂ©cursivitĂ© semble donc constituer une structure opĂ©ratoire parmi les autres, et caractĂ©ristique des systĂšmes tĂ©lĂ©onomiques en gĂ©nĂ©ral 2. Elle peut naturellement comporter des variantes comme un accroissement progressif du nombre des ouvertures (structures d’arbre) ou une forme cyclique. En ce dernier cas, qui intervient dans le problĂšme du retour de la souris, la correspondance en jeu consiste Ă  relier le dernier des successeurs du chemin adoptĂ© au premier prĂ©dĂ©cesseur (ou Ă  l’un des premiers), mais l’enchaĂźnement demeure prĂ©cursif.

Cela dit, il va de soi que cette structure est prĂ©parĂ©e par les correspondances portant sur les observables, mais le problĂšme qui se pose est d’établir comment et oĂč apparaissent les transformations. Or, le fait dĂ©cisif Ă  cet Ă©gard est, Ă  comparer les Ă©tapes I et II, que la dĂ©marche prĂ©eursive dirigĂ©e en sens inverse du chemin Ă  parcourir est loin d’ĂȘtre immĂ©diatement utilisĂ©e et que les jeunes sujets commencent au contraire, comme dans le cas d’une sĂ©riation, par aller vers l’avant de proche en proche sans se soucier de savoir comment se terminera l’aventure ou, plutĂŽt, avec la conviction que si tout va bien d’un segment au suivant cela ne peut que continuer ainsi. A cet Ă©gard la situation est bien diffĂ©rente de celle du chapitre V oĂč pour faire passer des tiges par un trou les jeunes sujets reconnaissaient que, si une grande peut y entrer, les tiges un peu plus petites et voisines peuvent faire de mĂȘme, mais sans que cela soit admis de l’ensemble des plus petites : en ce cas on est en prĂ©sence de courts secteurs de sĂ©riation, mais qu’il suffira de gĂ©nĂ©raliser inductivement pour les Ă©tendre, et qui s’orientent dĂ©jĂ  dans la direction de la rĂ©cursivitĂ© opĂ©ratoire. Dans le prĂ©sent cas, au contraire, la dĂ©marche initiale, qui consiste Ă  aller de l’avant, doit ĂȘtre Ă  un moment donnĂ© non pas gĂ©nĂ©ralisĂ©e, mais renversĂ©e en une prĂ©cursivitĂ© pour atteindre le but recherchĂ©. Il y a donc lĂ  un changement de forme, modifiant l’orientation des correspondances et l’on peut y voir un dĂ©but de transformation, analogue Ă  ce qu’est la constitution de la rĂ©versibilitĂ© opĂ©ratoire.

Mais cela n’intĂ©resse encore que la mĂ©thode d’exploration ou de lecture des liaisons. Il reste alors Ă  effectuer la traduction des rĂ©sultats en une structure et ici le critĂšre de la transformation est, comme d’habitude, la nĂ©cessitĂ© des compositions. Or c’est elle que l’on voit apparaĂźtre Ă  l’étape III, dĂšs 7 ans chez Eri « il doit y avoir deux chemins »), vers 10-11 ans chez la plupart. Ces transformations, et cela dĂšs le renversement de la marche vers l’avant en une prĂ©cursivitĂ© de direction inverse, confĂ©rant finalement aux correspondances le rang de morphismes, en tant que consĂ©quences nĂ©cessaires d’une structure, et nous croyons avoir montrĂ© que la « succession ordonnĂ©e d’ouvertures » prĂ©sente bien les caractĂšres d’une structure opĂ©ratoire en tant que comportant un ordre nĂ©cessaire et les compositions qui en dĂ©coulent dĂ©ductivement.