Expositions de l'UNIGE

Bousbir: images et récits de l’ancien quartier réservé de Casablanca, 1923-2021

Raconter le passé de Bousbir, c’est écrire une histoire largement oubliée. C’est aussi bien celle de la France que celle du Maroc, et avant tout celle des femmes qui ont vécu et officié à Bousbir, dans des conditions proches du travail forcé. Mais le quartier existe toujours. L’exposition pose la question de la mémoire et de son éventuelle patrimonialisation, dans le contexte du rapport complexe de Casablanca à son passé et cherche à fournir des éléments pour appréhender l’histoire urbaine d’une ville qui a besoin de se réconcilier avec elle-même.

L'exposition invite à visiter le quartier tel qu’il est aujourd’hui et tel qu’il était dans les années 1930, aux moyens d’images, de films, d’une maquette et de divers documents. Les photographies récentes de Mélita Vangelatou, qui connaît bien le quartier donnent tendrement à voir le quotidien et les couleurs du quartier. Celles de Denise Bellon esthétise en noir et blanc le regard de la photographe, qui l’a visité en 1936.

Bousbir a été actif de 1923 à 1955. Le quartier a été construit par des architectes français, dans un spectaculaire style néo-mauresque. L’administration du Protectorat voulait par cette opération urbaine sans précédent  «nettoyer» Casablanca et encadrer le travail du sexe dans la ville. Le quartier était une immense maison close à ciel ouvert, dans un décor tiré des Mille et une nuits. Elle devint la principale attraction touristique de Casablanca,

L’exposition retrace cette histoire, qui s’arrête en 1955, date à laquelle le quartier est vidé de ses travailleuses du sexe.  L’administration y reloge des soldats marocains, de retour de la guerre d’Indochine. Ce sont leurs familles et descendants qui habitent depuis lors le quartier. Les habitants et habitantes du Bousbir d’aujourd’hui n’ont ainsi rien à voir avec le passé du quartier, dont seuls les murs témoignent.