Unité d'histoire de l'art

« Bonger comprend tout ce qui est beau » :
étude et édition critique de la correspondance Redon-Bonger

Portrait Bonger by Redon.jpgLe projet de recherche propose une étude et une édition critique de la correspondance entre le peintre, dessinateur et graveur français Odilon Redon (1840-1916) et son collectionneur néerlandais Andries Bonger (1861-1936). Bonger, beau-frère de Theo van Gogh et familier des cercles artistiques, a rassemblé une collection d’art moderne consacrée principalement à Émile Bernard et à Redon, qui a été acquise par l’État néerlandais pour le Musée Van Gogh. Passionné d’art, de littérature et de musique, comme Redon, il a joué auprès de lui les rôles de collectionneur, de commanditaire, d’ami, de confident et d’agent artistique, organisant ventes, expositions et publication de textes. La correspondance fournit des renseignements précieux sur les œuvres collectionnées par Bonger, sur les conceptions de l’art des deux épistoliers, et sur la vie artistique et culturelle européenne du tournant du siècle, spécialement en France et aux Pays- Bas. Abondante et inscrite dans la durée (1894-1916), en raison de l’éloignement physique et de la proximité psychologique des deux protagonistes, elle est aussi, en plus d’un document, un monument de papier, édifié à deux au moment où la parole des artistes obtenait une autorité nouvelle et où certaines collections se voyaient pérennisées dans des musées.

Le projet vise, d’une part, à divulguer cette correspondance de façon philologiquement correcte, accompagnée des éclaircissements nécessaires à sa compréhension, sous les formes permettant de toucher de façon durable la plus large communauté possible ; et, d’autre part, à en fournir une analyse, une mise en contexte et une interprétation qui en démontrent l’intérêt et en exploitent les ressources, cela en tenant compte de questionnements actuels concernant les médias, la géographie artistique, la théorie de l’art, le collectionnisme et la divulgation des échanges personnels.

Le projet est soutenu par les propriétaires des manuscrits, ainsi que par le comité de l’association MAGFF et par le Musée Van Gogh à Amsterdam. Les partenaires du projet sont l’Unité mixte de recherches TELEMMe (« Temps, Espaces, Langages, Europe Méridionale-Méditerranée », Aix-Marseille Université et CNRS) et le RKD (Rijksdienst voor kunsthistorische documentatie / Netherlands Institute for Art History) à La Haye, dont la mission est de documenter et étudier l’art néerlandais et flamand dans un contexte international.

Équipe de recherche

Dario Gamboni,  responsable du projet, est professeur d’histoire de l’art de la période contemporaine à l’Université de Genève. Il est l’un des principaux spécialistes de l’œuvre de Redon à qui il a consacré sa thèse de doctorat, La Plume et le pinceau. Odilon Redon et la littérature, parue en 1989 et, dans une version révisée et mise à jour, en anglais (2011) et en japonais (2012). À cet ouvrage de référence se sont ajoutés entre autres, à propos de Redon, une monographie d’œuvre touchant à l’interprétation par l’artiste des écrits d’Edgar Allan Poe, une série de comptes rendus des principales publications nouvelles, un état de la question sur sa bibliothèque personnelle et le premier essai récapitulatif sur son historiographie. Il est membre du comité scientifique de L’Association du musée d’art Gustave Fayet à Fontfroide (MAGFF) et a organisé, avec Laurent Houssais et Pierre Pinchon, le colloque international « Odilon Redon, hier et aujourd’hui / Odilon Redon: Life and Afterlife » en 2016 à Bordeaux.

Merel van Tilburg éditrice en chef du projet, a étudié la langue et la littérature néerlandaise, les études théâtrales et l’histoire de l’art à l’Université d’Amsterdam. Elle a ensuite été assistante à l’Université de Genève. Elle y a rédigé, sous la direction du prof. Gamboni, une thèse de doctorat sur les relations entre la peinture des Nabis, le théâtre symboliste et le wagnérisme français. Elle a aussi été chargée de cours au département d’histoire de l’art de l’Université d’Amsterdam et chargée d’enseignement suppléante au département d’histoire de l’art de l’Université de Genève. Sa recherche postdoctorale, pour laquelle elle a obtenu des bourses Postdoc.Mobility du FNS et des bourses du Kunsthistorisches Institut in Florenz - Max Planck Institut et de l’EHESS à Paris, était consacrée aux arts du textile et à l’ornement, du point de vue de la théorie du modernisme et des questions de genre et postcoloniales. Ses domaines de recherche sont le symbolisme, l’intermédialité, la théorie de l’art autour de 1900 et les rapports entre arts décoratifs et beaux-arts. Elle a co-dirigé, avec Justine Moeckli, le catalogue d’exposition Le Retour des ténèbres : l’imaginaire gothique depuis Frankenstein (Genève, Musée d’art et d’histoire, 2016).

Fred Leeman (collaborateur scientifique associé), historien de l’art indépendant à Leyden, est également l’un des principaux spécialistes de l’œuvre de Redon, comme de l’art français et néerlandais du tournant de 1900. Il a entre autres participé, en tant que conservateur du Musée Van Gogh, à l’étude des « Mellerio Papers » pour l’exposition Odilon Redon: Prince of Dreams (Chicago, Amsterdam et Londres) de 1994, contribuant au catalogue de celle-ci avec un essai sur les relations entre mot et image dans les noirs (fusains et lithographies) de Redon et un autre sur l’intérêt de l’artiste pour le spiritualisme et le mysticisme. Il a publié au même moment, avec Kevin Sharp, une étude importante sur les premiers collectionneurs néerlandais de Redon dans un numéro thématique de la revue Jong Holland. Il a aussi rédigé le catalogue de la collection Bonger pour le Musée Van Gogh et contribué au catalogue de l’exposition Odilon Redon – Prince du Rêve (Paris) de 2011 avec un essai sur l’œuvre décoratif de Redon et une édition critique illustrée de ses registres sur CD-ROM. Il est membre du comité du catalogue raisonné Odilon Redon de la Fondation Wildenstein, qui prépare une mise à jour en ligne de cet ouvrage, et a publié récemment une monographie importante sur Émile Bernard, l’autre artiste principal de la collection Bonger.

Pierre Pinchon (partenaire de projet), maître de conférences en histoire de l’art contemporain à Aix-Marseille Université, a consacré sa thèse de doctorat à l’écrivain, critique d’art et collectionneur français Jean Dolent (Charles-Antoine Fournier, 1835-1909). Attaché au traitement et à la valorisation des archives, il a édité des textes de Jean Dolent, Théophile Gautier et Henry de Groux. Il est spécialisé dans l’étude du symbolisme français, abordé notamment du point de vue de la littérature artistique, des milieux géographiques et des structures de sociabilité. Il a collaboré à l’exposition Redon de 2011 et à son catalogue, dont il a aussi rédigé une version réduite sous forme d’album, et publié depuis deux autres essais sur l’artiste. Il a été chargé de cours à l’Université de Genève en 2011-2013, suppléant l’un des enseignements du prof. Gamboni. Il fait partie du comité scientifique de l’association MAGFF et a co-organisé le colloque international Odilon Redon hier et aujourd’hui à Bordeaux en 2016. Il est membre de l’Unité mixte de recherches TELEMMe (« Temps, Espaces, Langages, Europe Méridionale-Méditerranée », Aix-Marseille Université et CNRS) en tant que co-responsable du groupe « Objets et savoirs. Collections et patrimoine en Méditerranée » (2018-2023) au sein de l’axe « Constructions du sensible et des savoirs en Méditerranée du Moyen-Âge à nos jours ».

Julien Zanetta (post-doctorant) a étudié la littérature française moderne et la littérature comparée à l’Université de Genève, entre autres, et y a soutenu en 2014 une thèse de doctorat sur le rôle de la mémoire dans la critique d’art de Baudelaire. Ses recherches postdoctorales portent sur la question du genre de la biographie de peintre au 19e siècle en France, de Stendhal à Paul Valéry. Il s’intéresse, par ailleurs, à l’œuvre du critique et historien de l’art Théophile Silvestre (1823-1876). Il a également traduit et édité un ensemble d’essais sur la littérature et l’esthétique de l’écrivain britannique William Hazlitt.