La GenÚse des structures logiques élémentaires : classifications et sériations ()
Chapitre II.
Les collections non figurales 1
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Entre le premier stade caractĂ©risĂ© par les collections figurales et le troisiĂšme stade, qui sera celui des opĂ©rations logiques constitutives des classifications hiĂ©rarchiques avec emboĂźtements inclusifs, sâĂ©tend un second stade oĂč lâon ne peut encore parler que de « collections » et non pas de « classes » proprement dites, faute de toute hiĂ©rarchie inclusive, mais oĂč ces collections ne sont plus figurales et consistent en petits agrĂ©gats fondĂ©s sur les seules ressemblances, tout en demeurant juxtaposĂ©s les uns aux autres sans ĂȘtre encore inclus ou emboĂźtĂ©s en classes plus gĂ©nĂ©rales. Comme nous lâavons vu au chap. I, ces collections non figurales sont dĂ©jĂ esquissĂ©es et sont en quelque sorte donnĂ©es virtuellement dĂšs les assimilations successives engendrant les ressemblances entre Ă©lĂ©ments manipulĂ©s de proche en proche ; mais elles ne sâactualisent quâexceptionnellement au cours du stade I et en marge des collections figurales, tandis quâau cours du stade II elles lâemportent progressivement sur ces derniĂšres en vertu de facteurs quâil sâagira de dĂ©terminer. Disons simplement, pour lâinstant, que le processus central qui assurera cette victoire tient essentiellement Ă une diffĂ©renciation partielle et Ă un dĂ©but dâajustement rĂ©ciproque entre la comprĂ©hension et lâextension. Ce processus est mĂȘme si essentiel que nous consacrerons un chapitre spĂ©cial (le chap. III) aux problĂšmes du tous et du quelques et Ă cette quantification de lâinclusion naissante. Dans le prĂ©sent chapitre II nous nous bornerons au contraire Ă dĂ©crire les rĂ©actions classificatrices globales et Ă poser les problĂšmes que seule lâanalyse ultĂ©rieure comprise en ce chap. III permettra de rĂ©soudre.
§ 1. Position des problĂšmes et critĂšres dâune classification (additive) 2đ
Le premier des problĂšmes Ă rĂ©soudre est de savoir comment distinguer les rĂ©actions de ce stade, qui sont quasi-classificatrices, de celles du stade prĂ©cĂ©dent, dont nous avons dĂ» nous demander si elles Ă©taient prĂ©- ou para-classificatrices, et de celles du stade suivant qui prĂ©sentent tous les critĂšres dâune classification logique. Partons donc de ces critĂšres, non pas naturellement Ă titre de normes a priori, mais en tant que ce sont les normes auxquelles le sujet lui-mĂȘme se conformera spontanĂ©ment sitĂŽt quâil se trouvera en possession des opĂ©rations rĂ©versibles et les appliquera Ă la classification. Dâun tel point de vue les propriĂ©tĂ©s dâune classification semblent ĂȘtre les suivantes :
(1) Il nâexiste pas (dans le matĂ©riel Ă classer) dâĂ©lĂ©ment isolĂ© ou sans classe. Ce qui revient Ă dire quâil faut classer tous les Ă©lĂ©ments et que, sâil en existe un (x) qui soit seul de son espĂšce, il donnera lieu lui aussi Ă une classe spĂ©cifique (mais alors singuliĂšre) : (x) Δ (Ax).
(2) Il nâexiste pas non plus de classe isolĂ©e, câest-Ă -dire que toute classe spĂ©cifique A caractĂ©risĂ©e par la propriĂ©té a, sâoppose Ă sa complĂ©mentaire Aâ (caractĂ©risĂ©e par non-a) 3 sous le genre le plus proche B, soit A + Aâ = B.
(3) Une classe A comprend « tous » les individus de caractÚre a.
(4) Une classe A ne comprend que les individus de caractÚre a.
(5) Les classes de mĂȘme rang sont disjointes : A Ă Aâ = 0 ; ou An Ă Am = 0.
(6) Une classe complĂ©mentaire Aâ comprend ses caractĂšres propres ax (donc Aâ = Ax), que ne possĂšde pas sa complĂ©mentaire A : les individus Ă caractĂšre a sont donc non-ax comme les individus Ă caractĂšre ax sont non-a.
(7) Une classe A (ou Aâ) est incluse en toute classe supĂ©rieure qui comprend tous ses Ă©lĂ©ments, Ă commencer par la plus proche B : soit A = B â Aâ (ou Aâ â B â A) et A Ă B = A, ce qui revient Ă dire que « tous » les A sont « quelques » B.
(8) Simplicité en extension : réduire les emboßtements (7) au minimum compatible avec les caractÚres en compréhension 4.
(9) SimplicitĂ© en comprĂ©hension : mĂȘmes critĂšres (par exemple des couleurs) pour distinguer des classes de mĂȘme rang.
(10) SymĂ©trie dans les subdivisions : si la classe B1 est subdivisĂ©e en A1 et A,1 selon un critĂšre qui se retrouve en B2 alors B2 sera subdivisĂ©e en A2 et Aâ2.
Ce tableau nous permet alors de distinguer le stade II des stades I et III. Nous constatons dâabord immĂ©diatement quâaucun de ces caractĂšres nâest reprĂ©sentĂ© au stade I de façon gĂ©nĂ©rale, mĂȘme pas les deux premiers. En effet, lâenfant qui est orientĂ© vers les seules collections figurales nâĂ©prouve ni le besoin dâutiliser tous les Ă©lĂ©ments (cf. 1) ni celui de faire plusieurs collections (2) : il peut fort bien ne construire quâun seul objet complexe, en nĂ©gligeant certains Ă©lĂ©ments considĂ©rĂ©s alors comme non classĂ©s, et sans que cet objet complexe en appelle dâautres (en particulier par voie de nĂ©gation ou complĂ©mentarité : cf. 2). MĂȘme lâ« objet collectif » qui ne comprend que des Ă©lĂ©ments de mĂȘme caractĂšre a (cf. 4) nâest astreint ni Ă les contenir tous (cf. 3) ni Ă constituer chez un mĂȘme sujet le seul principe de classification : or lâobjet complexe qui voisine presque toujours avec lâobjet collectif nâobĂ©it pas Ă la condition 4. Quant aux propriĂ©tĂ©s 5 Ă Â 10, elles nâont aucune signification pour les sujets du stade I.
Les collections non figurales qui caractĂ©risent le prĂ©sent stade II prĂ©sentent par contre dĂ©jĂ certaines des propriĂ©tĂ©s de ce tableau (câest pourquoi nous avons attendu ce chap. II pour le construire). Mais ce nâest pas le cas de toutes, et câest lĂ ce qui va nous permettre de distinguer les stades II et III : dâune maniĂšre gĂ©nĂ©rale on trouve au cours du stade III une application progressive de chacun de ces caractĂšres, mais Ă une exception prĂšs qui est dâimportance considĂ©rable et qui est lâabsence dâinclusion (cf. 7).
Nous allons voir, en effet, que les sujets du stade II sâastreignent Ă classer tous les Ă©lĂ©ments du matĂ©riel quâon leur prĂ©sente (cf. 1), quâils le rĂ©partissent toujours en deux ou plusieurs collections (cf. 2) contenant chacune tous les Ă©lĂ©ments semblables (3) et ne contenant quâeux (4). Nous observerons des complĂ©mentaritĂ©s au moins partielles (cf. 2 et 6), avec disjonction des collections de mĂȘme rang (5) et avec recherche des simplifications (8 et 9) et symĂ©tries (10). Et cependant le caractĂšre distinctif de ces collections non figurales du stade II par rapport aux classes proprement dites du stade III restera constamment dâignorer lâinclusion (7).
Le premier problĂšme qui se pose est alors de fournir un critĂšre de lâinclusion et un critĂšre qui ne soit pas tirĂ© a priori de la logique mais qui corresponde psychologiquement au dĂ©roulement gĂ©nĂ©tique spontanĂ©. Supposons, par exemple, un sujet qui classe en deux boĂźtes sĂ©parĂ©es des carrĂ©s (B) et des ronds (Bâ) et qui rĂ©partisse les carrĂ©s B en rouges (A) Ă gauche et en bleus (Aâ) Ă droite, dans la premiĂšre boĂźte, en faisant de mĂȘme pour les ronds dans la seconde boĂźte : il applique ainsi les propriĂ©tĂ©s 1 Ă Â 6 et 8 Ă Â 10 mais applique-t-il aussi le caractĂšre 7 ? En apparence oui, et en sâen tenant aux critĂšres de la logique adulte (ou de celle du stade III), on dira Ă©videmment que construisant des collections de structure A + Aâ = B (et A2 + Aâ2 = Bâ ou B2), il conçoit par cela mĂȘme les carrĂ©s rouges (A) et bleus (Aâ) comme des sous-collections « incluses » dans la classe des carrĂ©s. Or, nous allons au contraire supposer quâil nâen est pas nĂ©cessairement ainsi, et quâil faut distinguer (bien que cela ne soit pas toujours facile) entre des collections diffĂ©renciĂ©es en sous-collections et lâinclusion proprement dite reliant des sous-classes Ă une classe.
La diffĂ©rence essentielle est la suivante. Dans le cas de lâinclusion, la classe emboĂźtante B continue dâĂȘtre emboĂźtante, et se conserve ainsi comme telle, que les parties emboĂźtĂ©es A + Aâ soient actuellement rĂ©unies (en une collection dâĂ©lĂ©ments proches ou par un acte de « colligation » abstraite) ou quâelles soient dissociĂ©es sous la forme A = B â Aâ (dans lâespace ou par abstraction). Au contraire, le propre dâune collection par opposition Ă une classe est de nâexister que par une rĂ©union de ses Ă©lĂ©ments dans lâespace (mĂȘme si cette rĂ©union nâest plus figurale), et par consĂ©quent de cesser dâexister en tant que collection lorsque ses sous-collections sont dissociĂ©es : il en rĂ©sulte que quand les sous-collections sont rĂ©unies sous la forme A + Aâ le sujet les rattache bien au tout B (soit A + Aâ = B), mais que, quand les sous-collections sont dissociĂ©es, dans lâespace ou mĂȘme simplement en pensĂ©e, lâenfant ne les rattache plus Ă la collection totale et se rĂ©vĂšle donc inapte Ă lâopĂ©ration A = B â Aâ. Une opĂ©ration Ă©tant par dĂ©finition rĂ©versible, nous en concluons que si lâopĂ©ration inverse A = B â Aâ est encore inaccessible au sujet, la rĂ©union A + Aâ = B ne constitue pas encore au stade II une opĂ©ration directe, mais simplement une rĂ©union intuitive par diffĂ©renciation momentanĂ©e de la collection B en sous-collections A et Aâ.
Mais on voit alors dâemblĂ©e quâil ne sera pas facile de dĂ©cider Ă chaque instant si, quand le sujet diffĂ©rencie une collection en sous-collections variĂ©es et mĂȘme parfois assez subtilement hiĂ©rarchisĂ©es, il y a inclusion ou non, câest-Ă -dire conservation du tout B et possibilitĂ© de lâinversion A â B â Aâ. Câest pourquoi la description des faits qui sera donnĂ©e dans ce chapitre II devra ĂȘtre complĂ©tĂ©e par deux sortes de contre-Ă©preuves portant Ă©galement sur le stade II et que lâon trouvera dans les chap. III et IV (ce dernier portant Ă la fois sur les stades II et III). La premiĂšre de ces contre-Ă©preuves aura pour objet la notion que lâenfant se donne du « tous » et du « quelques » (cf. critĂšre 7 de la classification) : mĂȘme sans dĂ©truire la rĂ©union B = A + Aâ, nous dirons que lâenfant comprend lâinclusion sâil est capable de saisir que « tous » les A sont « quelques » B, tandis quâil nây aura pas Inclusion si les sujets assimilent (et nous verrons que câest prĂ©cisĂ©ment le cas) lâĂ©noncĂ© « tous les A sont des B (ou sont b) » (par exemple tous les ronds sont bleus) sous la forme « tous les A sont tous les B » (lâenfant niera ainsi que tous les ronds soient bleus « parce quâil y a aussi des carrĂ©s bleus » : voir chap. III). La seconde contre-Ă©preuve consistera simplement Ă demander, au cas oĂč A + Aâ = B, sâil y a « plus de A » ou « plus de B », autrement dit si le tout est plus grand que la partie. Or, quand les A sont plus nombreux que les Aâ, le fait de dissocier par la pensĂ©e les A des Aâ dĂ©truit le tout B et lâenfant rĂ©pond quâil y a plus de A que de B (les B se rĂ©duisant alors aux Aâ), ce qui est Ă©videmment incompatible avec la notion dâinclusion ! (Voir chap. IV.)
§ 2. Les collections non figurales portant sur les objets Ă formes gĂ©omĂ©triquesđ
Comme premier groupe dâexemples nous allons analyser les rĂ©actions qui font suite, dans lâordre gĂ©nĂ©tique, Ă celles (collections figurales) dĂ©crites aux § 2 et 3 du chap. I Ă propos du matĂ©riel Ă formes gĂ©omĂ©triques.
Il faut noter en premier lieu, quâil existe naturellement tous les intermĂ©diaires entre les collections figurales et les collections non figurales, puisque les secondes demeurent, en tant que collections, subordonnĂ©es Ă la condition de la proximitĂ© spatiale des Ă©lĂ©ments, et ne se libĂšrent que de cette autre condition selon laquelle leur rĂ©union doit constituer une figure dĂ©finie (par opposition Ă un « tas » ou Ă un agrĂ©gat quelconque). Il existe donc toutes les transitions entre lâ« appartenance partitive », qui est constitutive de la collection figurale, et ce que nous appelons « appartenance inclusive » ou rattachement dâun Ă©lĂ©ment Ă une collection sans figure (rappelons que lâappartenance inclusive nâest pas une inclusion, puisquâune appartenance est toujours par dĂ©finition une relation entre un Ă©lĂ©ment x et une collection ou une classe A, soit (x) É (A), tandis quâune inclusion est une relation entre une classe A et une autre B telle que A < B).
Commençons donc par dĂ©crire quelques-uns de ces cas intermĂ©diaires, Ă dĂ©buter par quelques passages dâalignements Ă des sortes de collections segmentaires encore Ă moitiĂ© figurales :
Raph (4 ; 9) commence par deux alignements superposĂ©s dont chacun contient des triangles, des carrĂ©s et des demi-cercles et dont lâalignement infĂ©rieur comporte des symĂ©tries : les carrĂ©s au milieu, des triangles Ă leur gauche et Ă leur droite et des demi-cercles aux extrĂ©mitĂ©s, dressĂ©s sur pointe et constituant ainsi des fermetures. AprĂšs quoi Raph groupe tous les demi-cercles ensemble (pris dans les deux alignements), tous les triangles ensemble (Ă demi superposĂ©s : « Ăa câest un escalier ») et tous les carrĂ©s alignĂ©s (« Ăa câest mon nom »). Nous sommes donc Ă mi-chemin des « objets collectifs » et des collections non figurales, tous deux Ă©tant fondĂ©s sur la seule ressemblance, mais comme on le voit, le sujet retombe sans cesse dans le figural.
Wal (4 ; 10) part dâun grand alignement continuĂ© oĂč les formes sont mĂȘlĂ©es, pour le subdiviser en segments fondĂ©s sur les seules ressemblances : il dĂ©place ainsi les carrĂ©s bleus dâune extrĂ©mitĂ© pour les joindre Ă ceux de lâautre, etc.
Sim (5 ; 3) fait deux alignements superposĂ©s comme Raph, mais le supĂ©rieur tout bleu et lâinfĂ©rieur tout rouge, en mettant les formes en regard : deux carrĂ©s bleus sur deux rouges, deux ronds bleus sur deux rouges, etc.
La seconde forme de transition est le passage de plusieurs objets collectifs ou complexes Ă de petites collections qui tendent Ă perdre leur structure figurale au profit de la seule ressemblance. Mais il faut naturellement tenir compte en ce cas des consignes, selon que lâenfant construit les collections spontanĂ©ment ou obĂ©it Ă la suggestion de « mettre ensemble les mĂȘmes » et selon quâil classe tout, que chaque collection contient tous les semblables, etc. :
Dan (4 ; 5) : « Tu vas essayer de mettre de lâordre » (avec le matĂ©riel de formes gĂ©omĂ©triques et de lettres colorĂ©es) : dâabord alignement gĂ©nĂ©ral dĂ©butant par des lettres puis passant des p aux petits cercles, de lĂ aux rectangles, aux carrĂ©s puis aux grands cercles. « Peux-tu mettre encore plus dâordre ? » : elle dissocie alors les segments dĂ©jĂ diffĂ©renciĂ©s de son alignement pour construire sept collections discontinues, chacune alignĂ©e obliquement : (1) des lettres variĂ©es, (2) les p, (3) les petits cercles, (4) les rectangles, (5) un F majuscule, (6) les carrĂ©s et (7) les grands cercles. « Maintenant peux-tu mettre ensemble ceux qui sont tout Ă fait les mĂȘmes ? » : trois collections par alignements horizontaux, (a) les lettres sauf les p ; (b) les p ; (c) les cercles rectangles et carrĂ©s.
Pat (4 ; 8) dĂ©jĂ vu au chap. I, § 2, Ă 4 ; 0 et 4 ; 5 ans, « mettre de lâordre, tous les mĂȘmes ensemble » : construit cinq collections (chacune par alignement) selon les couleurs, (1) les jaunes (lettres et carrĂ©s), (2) un seul rectangle blanc (« Je vais le mettre tout seul parce quâil nây en a pas dâautres de mĂȘme »), (3) les verts (lettres et un rectangle), (4) les bleus (lettres, Tonds, carrĂ©s et rectangles) et (5) les rouges (cercles et lettres).
Cur (5 ; 2). « Mettre de lâordre » : construit 12 petites collections, dont un objet complexe, les autres sans forme ou consistant en petits alignements. Ainsi tout est classĂ©, mais plusieurs collections interfĂšrent (des bleus Ă deux endroits, des jaunes idem, des rectangles Ă©galement).
Zim (5 ; 9) avec le matĂ©riel du § 3 du chap. I, « Mettre ensemble les mĂȘmes » : prend immĂ©diatement les anneaux un Ă un (« Ăa câest un rond », « encore un rond », etc.) et les met en tas (sans forme), puis met les triangles sur les carrĂ©s, « Ăa câest une maison », etc., et finalement rĂ©unit les demi-cercles en disant « des bateaux ». DâoĂč deux collections non figurales (un « tas » de ronds et un « tas » de « bateaux ») et une collection dâobjets complexes !
Eng (4 ; 4), quoique plus jeune, commence, avec le mĂȘme matĂ©riel, par des objets complexes, et finit (sans autre consigne que « remettre en ordre ») par trois collections non figurales : (1) les carrĂ©s, (2) les anneaux, arcs et demi-cercles, (3) les triangles.
Ces deux sortes dâintermĂ©diaires, passant des alignements aux collections segmentĂ©es, ou des objets collectifs ou complexes aux petites collections juxtaposĂ©es, sont innombrables entre 4 ; 6 et 5 ; 6 et nous pourrions en citer des centaines selon toutes les combinaisons. Mais ces quelques cas suffisent pour justifier les deux conclusions dont nous avons besoin, car avec tous les dispositifs et toutes les consignes on observe (a) des passages des collections figurales aux collections non figurales, (b) des retours partiels des secondes aux premiĂšres et (c) des mĂ©langes de ces deux types de structure :
(1) De tels faits vĂ©rifient donc rĂ©trospectivement lâhypothĂšse selon laquelle les collections figurales constituent bien des formes Ă©lĂ©mentaires de classifications, puisque les collections non figurales en procĂšdent par filiation et que lâon trouve entre deux toutes les transitions.
(2) Mais il sâensuit aussi, ce qui est important pour la comprĂ©hension du stade II, que les collections non figurales ne sauraient rĂ©sulter dâun saut brusque de la structure figurale Ă la structure de « classes », et que, tout en marquant la victoire du principe des ressemblances et diffĂ©rences sur celui de la figure dâensemble, elles retiendront des collections figurales un facteur de proximitĂ© spatiale. Ce facteur, qui oppose de façon gĂ©nĂ©rale les « collections » aux « classes », fera mĂȘme sentir ses effets au cours de tout ce stade II, câest-Ă -dire tant que le mĂ©canisme de lâinclusion nâaura pas substituĂ© une forme de cohĂ©sion fondĂ©e sur la seule quantification des « tous » et des « quelques » Ă cette cohĂ©sion encore spatiale, hĂ©ritĂ©e des collections figurales du stade I.
Examinons maintenant les variĂ©tĂ©s des collections entiĂšrement non figurales, Ă partir de leurs formes Ă©lĂ©mentaires de juxtapositions non exhaustives, jusquâĂ leurs formes diffĂ©renciĂ©es et hiĂ©rarchisĂ©es qui simulent lâinclusion :
(1) Le type le plus simple est celui des petites collections juxtaposées, sans critÚre unique et avec un résidu hétérogÚne :
Jud (5 ; 7) construit six collections : 5 rectangles, 4 carrĂ©s, 3 lettres a, 3 lettres de mĂȘme couleur (m, p, t), 4 grands cercles et un petit cercle, mais laisse un rĂ©sidu formĂ© de lettres variĂ©es de diffĂ©rentes couleurs.
Pic (5 ; 6) : 3 rectangles, 5 carrĂ©s, 4 a et n, 5 d, 4 grands cercles et un rĂ©sidu formĂ© de lettres variĂ©es et dâun petit rond. Le n est dans le rĂ©sidu comme dans la troisiĂšme collection.
(2) Un type un peu supérieur est celui des petites collections sans critÚre unique, mais sans résidu ni intersections :
Fon (5 ; 6) construit neuf collections : les cercles, les carrés, les rectangles, les n, les a et b, un x, les p, un g et m + t.
Mar (5Â ; 7)Â : huit collections analogues.
(3) Un type encore supérieur retient les progrÚs de (2) et y ajoute un critÚre unique de classement :
Pat (4 ; 8), déjà cité dans les intermédiaires, aboutit à cinq collections par couleur.
One (4 ; 6) commence par classer (le matĂ©riel du § 3 du chap. I) par couleurs dans quatre boĂźtes : bleus, jaunes, rouges et verts. Puis prend trois boĂźtes sans se servir de la troisiĂšme et met tous les carrĂ©s et triangles dans lâune, tous les ronds, arcs, demi-cercles, etc., dans lâautre.
Bec (4 ; 8). MĂȘme matĂ©riel « Mets dans les boĂźtes oĂč ça va le mieux » : (a) carrĂ©s, (b) ronds, (c) secteurs et (d) triangles. On rajoute du matĂ©riel : met les grands carrĂ©s en (a), les arcs et petits ronds en (b), les anneaux en (c), les demi-cercles, secteurs et triangles en (d).
Jac (5Â ; 11) commence par six collections, puis les ramĂšne Ă un classement par couleurs.
(4) Enfin le type le plus Ă©voluĂ© consiste Ă partir comme en (3) mais Ă ajouter des diffĂ©renciations intĂ©rieures qui subdivisent les collections dâordre B en sous-collections dâordre A + Aâ :
Pib (5 ; 10) commence par une juxtaposition de petits tas, puis, en prĂ©sence de trois boĂźtes, met en (a) les cercles, secteurs, arcs et triangles, en (b) les carrĂ©s sĂ©riĂ©s par trois collections dâĂ©lĂ©ments Ă©gaux, mais ordonnĂ©es en ordre croissant et en (c) les anneaux, demi-cercles et cercles. AprĂšs une sĂ©rie de nouveaux essais et tĂątonnements il parvient Ă une dichotomie : (a) tous les curvilignes, avec sous-collections (anneaux Ă part, etc.) et (b) tous les rectilignes avec deux sous-collections : carrĂ©s en trois piles sĂ©riĂ©es et triangles superposĂ©s.
Gil (6 ; 4), trois collections : (a) toutes les lettres sauf p et q, (b) tous les p et les q, (c) les formes géométriques, mais avec trois sous-collections : 1) les rectangles superposés, 2) les carrés superposés et 3) les cercles superposés.
Ker (6 ; 4) commence par 13 tas dont un de tous les carrĂ©s encastrĂ©s puis aprĂšs divers tĂątonnements aboutit Ă deux boĂźtes, lâune contenant les formes rectilignes (avec carrĂ©s Ă part et triangles Ă part), lâautre des curvilignes avec cercles Ă part, secteurs Ă part, etc., et un triangle Ă©garĂ© dans les secteurs.
On voit que ces sujets parviennent Ă former trois ou mĂȘme deux grandes collections, elles-mĂȘmes subdivisĂ©es en sous-collections dâaprĂšs les formes particuliĂšres, ce qui donne donc lieu Ă des classements de forme (B1 = A1 + Aâ1) + (B2 = A2 + Aâ2), etc., qui sont partiellement isomorphes aux systĂšmes de classes emboĂźtĂ©es en ce qui concerne lâopĂ©ration directe, mais ne leur correspondent plus du point de vue de lâopĂ©ration inverse (A = B â Aâ). Sans entrer, pour le moment, dans la voie des contrĂŽles reposant sur une analyse du « tous » et du « quelques » ou sur celle de la relation quantitative A < B (voir les chap. III et IV), citons simplement pour comparaison quelques cas du stade III, observĂ©s au moyen des mĂȘmes dispositifs, de maniĂšre Ă chercher si quelques indices gĂ©nĂ©raux permettent de distinguer les collections diffĂ©renciĂ©es en sous-collections (avec inclusion seulement apparente) des systĂšmes de classes avec inclusions proprement dites :
Baer (7 ; 11), avec le matĂ©riel des formes gĂ©omĂ©triques et des lettres, rĂ©partit dâemblĂ©e les secondes dâun cĂŽtĂ© et les premiĂšres de lâautre. Puis il subdivise la classe des lettres en cinq sous-classes : les b, les a, les d, les n et mtx et il subdivise la classe des surfaces en rectangles, carrĂ©s et cercles.
Chen (8 ; 6), mĂȘme matĂ©riel : trois grandes classes, les rectangles et carrĂ©s (subdivisĂ©s en deux sous-classes), les cercles (subdivisĂ©s en grands et petits) et les lettres (subdivisĂ©es selon les variĂ©tĂ©s).
Mob (8 ; 2), avec le matĂ©riel du § 3 du chap. I, commence par quatre classes : (a) les cercles, demi-cercles et secteurs, (b) les triangles, (c) les carrĂ©s et (d) les anneaux. Puis il rĂ©unit (b) et (c) en disant « tous les carrĂ©s et triangles » (quâil sĂ©pare dans la boĂźte des rectilignes) et (a) et (d), « tous les ronds » (= curvilignes) quâil subdivise en variĂ©tĂ©s.
Ă suivre les progrĂšs marquĂ©s par les quatre types de rĂ©actions que nous venons de distinguer dans les collections non figurales du stade II (sans parler des intermĂ©diaires entre les stades I et II), puis par lâarrivĂ©e au stade III, on Ă©prouve au premier abord lâimpression dâune continuitĂ© complĂšte ; si complĂšte, semble-t-il, quâil peut paraĂźtre entiĂšrement artificiel de tracer une frontiĂšre entre le type 4 du stade II (collections diffĂ©renciĂ©es en sous-collections) et les rĂ©actions du stade III (classes emboĂźtĂ©es de Baer, Chen et Mob).
Il existe cependant, indĂ©pendamment des critĂšres de quantification (chap. III et IV) qui seuls sont dĂ©cisifs, une discontinuitĂ© relative dans le comportement mĂȘme des sujets, lors du passage du stade II au stade III, et qui semble se prĂ©senter de la maniĂšre suivante. Les sujets du stade II procĂšdent de proche en proche, et commencent leurs classements sans aucun plan dâensemble : le type 1 (pas de critĂšre de dĂ©part et rĂ©sidu final non classĂ©) prĂ©sente ces caractĂšres au plus haut degrĂ© de lâĂ©chelle. Mais, tout en dĂ©butant ainsi, ils parviennent rapidement, par corrections successives et rĂ©troactives, Ă remanier leurs positions de dĂ©part et Ă Ă©puiser le matĂ©riel Ă classer (type 2). Ces tĂątonnements avec rĂ©troactions leur permettent ensuite certaines anticipations partielles, survenant en cours de route, qui conduisent alors Ă dĂ©gager un critĂšre dominant ou unique (type 3) et finalement Ă subdiviser les collections ainsi formĂ©es (type 4). En bref, le progrĂšs sâeffectuant au cours du stade II peut ĂȘtre caractĂ©risĂ© en termes de rĂ©troactions et dâanticipations, donc de rĂ©gulations graduelles inhĂ©rentes aux tĂątonnements : câest par cette mĂ©thode que certains sujets (Pib Ă 5 ; 11, Ker Ă 6 ; 4) en arrivent Ă des dichotomies dâensemble, mais aprĂšs essais et erreurs. Le terme dâune telle Ă©volution est alors naturellement que les anticipations esquissĂ©es en cours de route en fonction des rĂ©troactions, non seulement parviennent Ă se produire dĂšs le dĂ©part, mais encore finissent par porter sur les transformations elles-mĂȘmes, et câest en cela que se marque la discontinuitĂ© relative qui caractĂ©rise les dĂ©buts du stade III : les trois sujets citĂ©s de ce niveau diffĂšrent, en effet, des prĂ©cĂ©dents en ce quâils ont leur plan dĂšs le dĂ©but (ou le trouvent trĂšs rapidement), et en ce que ce plan leur permet de passer du tout Ă la partie, comme lâinverse, et de combiner avec mobilitĂ© les processus ascendants de rĂ©union et les processus descendants de subdivision. LâhypothĂšse que nous pouvons donc dâores et dĂ©jĂ faire et que nous dĂ©velopperons dans la suite, est que lâinclusion des classes est liĂ©e Ă un schĂšme anticipateur (celui-lĂ mĂȘme qui, par ailleurs, domine le passage des opĂ©rations directes B = A + Aâ Ă leurs inverses A = B â Aâ, ces derniĂšres constituant alors une rĂ©troaction devenue opĂ©ratoire), et que câest un tel schĂšme qui est nĂ©cessaire, non seulement Ă lâexercice de la rĂ©versibilitĂ©, mais encore au rĂ©glage du « tous » et du « quelques » ainsi quâĂ la comprĂ©hension des rapports quantitatifs de type B > A. Ce serait donc faute dâanticipation suffisante que les sujets du stade II en demeureraient au niveau des collections non figurales, mĂȘme diffĂ©renciĂ©es, et Ă©choueraient Ă dominer le mĂ©canisme de lâinclusion des classes.
§ 3. Les collections non figurales portant sur des objets quelconquesđ
Il convient encore de vĂ©rifier si ce que nous venons de constater des formes gĂ©omĂ©triques se retrouve dans les classifications de formes empiriques. Or câest bien le cas, de telle sorte que nous insisterons moins sur le dĂ©tail de ce parallĂ©lisme que nous ne lâavons fait au chap. I (§ 4 comparĂ© aux § 2 et 3).
Voici dâabord quelques exemples de transitions entre les stades I et II. On se rappelle que lâobjet complexe revĂȘt au stade I la forme de totalitĂ©s à « convenances empiriques » lorsquâil sâagit dâĂ©lĂ©ments quelconques et non pas gĂ©omĂ©triques. Les cas intermĂ©diaires que nous allons citer consistent donc en sujets qui dĂ©butent par de tels assemblages Ă convenances empiriques pour sâorienter ensuite plus ou moins dĂ©cidĂ©ment vers les ressemblances et diffĂ©rences pures (collections non figurales) :
Eli (5 ; 6) dĂ©bute par un mĂ©lange dâobjets complexes avec quelques ressemblances : trois bonshommes, un nĂšgre, une petite fille, un cochon et un corbeau avec rĂ©cits divers pour expliquer les voisinages (mais avec des ressemblances partielles de formes et de couleurs). Puis il passe aux seules ressemblances : le poisson avec les oiseaux, etc., « parce que câest tout des bĂȘtes », puis les gens, puis des pots, etc., « parce que câest toutes les machines pour faire le dĂźner ».
Viv (6 ; 6) dĂ©bute comme Eli : un tabouret avec un bĂ©bĂ© dessus + une marmite + petite chaise + cuvette + poisson, etc. : « Le banc est pour asseoir le bĂ©bĂ©, la marmite pour faire son dĂźner, la cuvette pour le laver, le poisson pour jouer et la petite chaise pour les besoins. â Tu pourrais mettre autrement ? â Oui (met ensemble les bĂȘtes et le bonhomme, quâelle enlĂšve). Comme ça câest tout des bĂȘtes », puis tous les pots, etc. Mais il reste autour du bĂ©bĂ© un certain nombre dâobjets par convenance empirique.
Gin (5 ; 6), avec le matĂ©riel du village, commence par un alignement continuĂ© comprenant tous les objets, mais avec diffĂ©renciations par ressemblances. On donne alors cinq feuilles pour « mettre de lâordre » : Gin commence par de petites collections : (1) les maisons et les messieurs, quâelle enlĂšve : « Non, ça a des jambes et les maisons nâont pas de jambes » ; (2) deux hommes ; (3) deux femmes ; (4) les bĂ©bĂ©s ; (5) les berceaux. Elle demande dâautres feuilles, quâon refuse : elle met alors les hommes avec les bĂ©bĂ©s « parce que ça a deux jambes » ; puis les dames « avec les poussettes (voitures dâenfants). â Ăa va bien ? â Non (les met avec les hommes et les bĂ©bĂ©s). Tous ont deux jambes. » Met les sapins avec dâautres arbres, mais en prĂ©cisant : « Câest des sapins. Câest pas la mĂȘme chose : il y en a qui sont penchĂ©s (= effilĂ©s ?) et dâautres qui sont ronds. » Puis « ici câest tout des bĂȘtes. »
Ces faits donnent lieu aux mĂȘmes remarques que les cas intermĂ©diaires citĂ©s au § prĂ©cĂ©dent. Notons seulement que lâobjet complexe Ă convenances empiriques semble plus rĂ©sistant que les objets complexes gĂ©omĂ©triques, ce que lâon comprend par analogie avec les dĂ©finitions par lâusage (pour cette analogie voir le dĂ©but du § 4 du chap. I).
Au niveau des cas francs du stade II, on retrouve les quatre types de rĂ©actions que nous avons distinguĂ©s Ă propos des formes gĂ©omĂ©triques (§ 2). Il est donc inutile de revenir sur chacun dâeux et nous nous bornerons Ă citer ensemble quelques cas, Ă commencer par de simples collections juxtaposĂ©es et Ă finir par des collections diffĂ©renciĂ©es :
Mon (5 ; 3) commence par tous les meubles. « Autre chose avec ? â Non. â Continue. â (Met des gens, des bĂ©bĂ©s et un singe, puis, en une troisiĂšme collection, les animaux et enfin les marmites et les pots.) â Et ça (singe et hommes), ça va ? â Oui, pour rigoler. â Mais si ce nâest pas pour rigoler ? â Alors avec les bĂȘtes. »
En (5 ; 6) construit rapidement les quatre mĂȘmes collections en prĂ©cisant : « Ăa (1) câest tout des bonhommes ; ça (2) câest tout pour sâasseoir ; ça (3) câest pour verser dedans (= les rĂ©cipients) et ça (4) câest tout des bĂȘtes. â TrĂšs bien. Pourrais-tu encore dâune autre façon ? â Oui, ça (un tas) câest tout en bois, et ça⊠(tout le reste). »
Van (6 ; 3) avec un matĂ©riel de 15 bonshommes, commence par 8 petites classes juxtaposĂ©es : 1) deux garçons qui vont Ă lâĂ©cole ; 2) deux petites filles ; 3) deux dames ; 4) deux messieurs ; 5) la petite sĆur et le petit frĂšre, etc. « Fais quatre tas » ; 1) un gendarme, un monsieur en frac et trois dames ; 2) un clown ; 3) deux garçons sac au dos et quatre filles ; 4) une skieuse, un garçon courant et un garçon qui joue au cerf-volant. « Maintenant, fais deux tas » : 1) les garçons et filles, 2) tout le reste. « Pourrait-on autrement ? â Oui, mettre tous les messieurs et les garçons ensemble, toutes les filles et les dames ensemble. » Van construit alors ces deux collections en les subdivisant chacune en adultes et enfants.
Bac (6 ; 5), personnages, animaux, plantes, bĂątiments et vĂ©hicules : « Que pourra-t-on mettre ensemble de pareil ? â Tous les messieurs, encore toutes les voitures⊠dans un autre on va mettre des maisons (lâĂ©glise ne va pas, parce quâelle nâest pas une maison), puis des fleurs, des arbres, des poussettes, des bĂȘtes. » Il procĂšde ainsi par petites collections, distinguant entre autres « des oiseaux » et « des bĂȘtes », etc., le tout classĂ© dans des sacs. AprĂšs quoi on prĂ©sente des sacs plus grands dans lesquels on peut rĂ©unir les premiers : Bac groupe alors personnages adultes et enfants sous la rubrique « des gens », puis les poussins avec les bĂȘtes « parce que les poussins sont aussi des bĂȘtes », puis les sapins et les arbres et y adjoint les fleurs puisquâun arbre câest aussi une chose comme les fleurs⊠des plantes qui poussent », ensuite « les voitures avec des poussettes puisque câest des choses qui roulent. »
Cla (7 ; 0). MĂȘme processus de juxtaposition initiale et de rĂ©ductions : deux autos, une locomotive et deux poussettes « parce que tout ça roule » ; deux chevaux, deux hiboux et deux poussins 5 « parce que câest tous des bĂȘtes. â Si on Ă©crivait ce quâil y a lĂ il faudrait dire quoi ? â Six bĂȘtes⊠(elle hĂ©sitait Ă Ă©crire « six poussins » mais y renonce) parce que câest tous des bĂȘtes et quâil nây a pas six poussins. â Est-ce quâil y a lĂ plus de bĂȘtes ou plus de poussins ? â Plus de bĂȘtes, parce que⊠non ! plus de poussins ! â Pourquoi ? â Parce quâil y a lĂ trois oiseaux (oublie une chouette), oui ça aussi (donc quatre). â Alors il y a plus de poussins ou plus de bĂȘtes ? â Plus de poussins. »
Au total, lâĂ©volution de ces collections portant sur des objets quelconques est exactement la mĂȘme que celle des classifications de formes gĂ©omĂ©triques. Nous ne reviendrons donc pas sur le processus qui consiste, Ă partir dâune multitude de petites collections juxtaposĂ©es, Ă les grouper progressivement en rĂ©duisant leur nombre par une suite de comparaisons Ă la fois rĂ©troactives et partiellement anticipatrices, jusquâĂ obtenir quelques grandes collections se diffĂ©renciant en sous-collections coordonnĂ©es (cf. Van, Bac et Cla). Mais ce qui frappe dans ces rĂ©ductions progressives est lâemploi toujours plus frĂ©quent du quantificateur « tous » (cf. Ed, Van, Bac au dĂ©but, Cla pour les vĂ©hicules et surtout pour les bĂȘtes). Il semble donc, et ceci paraĂźt mĂȘme aller logiquement de soi, quâau fur et Ă mesure de la diffĂ©renciation des collections et de la rĂ©duction des petites collections Ă de plus grandes qui les intĂšgrent Ă titre de sous-collections, il y ait progrĂšs dans le sens de la coordination de la « comprĂ©hension » et de lâ« extension », ce quâattesterait prĂ©cisĂ©ment cet emploi du « tous » comme dĂ©limitation des ensembles ainsi formĂ©s.
Mais, une fois de plus se pose alors le problĂšme de savoir si de telles collections diffĂ©renciĂ©es ne constituent pas dĂ©jĂ des classes emboĂźtĂ©es, et si la frontiĂšre entre les stades II et III nâest donc pas artificielle. Or le cas de Cla, que nous avons citĂ© Ă titre de transition avec les chap. III et IV, rĂ©pond Ă©loquemment Ă ces prĂ©occupations en soulevant Ă la fois le problĂšme de la signification de ce « tous » et de ses rapports avec la relation quantitative entre une sous-collection A et la collection totale B : en effet, Cla a beau dĂ©clarer par deux fois que les chevaux, les hiboux et les poussins sont « tous des bĂȘtes », et que deux chevaux, deux hiboux et deux poussins font « six bĂȘtes » et non pas six poussins, elle nâen conclut pas moins quâen cette collection de six animaux il y a plus de poussins que de bĂȘtes, parce quâil y a lĂ quatre oiseaux ! Câest donc Ă essayer de comprendre ces relations entre le « tous » et le « quelques » et les modifications quantitatives marquant le passage des sous-collections du stade II Ă lâinclusion du stade IV que seront consacrĂ©s les deux chapitres suivants.