Chapitre X.
Conclusions générales a

Au terme de ces essais de comparaison entre l’histoire des sciences et la psychogenĂšse des connaissances, il peut ĂȘtre utile de les rĂ©examiner, en en dĂ©gageant les aspects gĂ©nĂ©raux pour les classer en trois catĂ©gories que nous nommerons les instruments communs d’acquisition du savoir, les processus rĂ©sultant de leur mise en Ɠuvre et enfin les mĂ©canismes d’ensemble synthĂ©tisant ces derniers en leur imprimant une vection ou direction gĂ©nĂ©rales.

I. Les instruments

La source gĂ©nĂ©rale des instruments d’acquisition, sur laquelle nous n’avons insistĂ© que par places mais qui se retrouve toujours et partout, est l’assimilation des objets ou Ă©vĂ©nements Ă  des schĂšmes ou structures antĂ©rieurs du sujet, et cela dĂšs les rĂ©flexes au niveau de la psychogenĂšse et jusqu’aux formes les plus Ă©levĂ©es de la pensĂ©e scientifique. Au point de vue psychologique, l’assimilation s’oppose Ă  l’association, conçue comme un simple rapport de ressemblance ou de contiguĂŻtĂ©, entre les objets connus ou Ă  connaĂźtre, et cela comme si les activitĂ©s du sujet n’intervenaient pas dans la connaissance et comme si celle-ci ne consistait qu’en un entassement d’observables bien classĂ©s, Ă  la maniĂšre des contenus d’une boĂźte ou d’une grande armoire. Du point de vue scientifique, le positivisme en demeure Ă  cet empirisme associationniste lorsqu’il veut rĂ©duire la science Ă  un ensemble de « faits » simplement enregistrĂ©s avant d’ĂȘtre dĂ©crits au moyen d’un pur langage constituĂ© par la syntaxe et la sĂ©mantique propres Ă  la logique et aux mathĂ©matiques. L’assimilation consiste au contraire Ă  considĂ©rer la connaissance comme une relation indissociable entre le sujet et l’objet, celui-ci constituant un contenu auquel le sujet impose une forme tirĂ©e de ses structures antĂ©rieures mais ajustĂ©es Ă  ce contenu, surtout s’il est nouveau, en modifiant quelque peu le schĂšme assimilateur par le moyen d’accommodations, c’est-Ă -dire des diffĂ©renciations en fonction de l’objet Ă  assimiler.

Or le caractĂšre absolument gĂ©nĂ©ral de ces assimilations, Ă  l’Ɠuvre dĂšs les niveaux biologiques sous des aspects matĂ©riels (assimilation de nourritures, assimilation chlorophylienne, etc.) et se prolongeant sous des formes fonctionnelles aux niveaux cognitifs (assimilations sensori-motrices, conceptuelles, etc.) comporte des consĂ©quences Ă©pistĂ©mologiques Ă©videntes : non seulement la nature assimilatrice de la connaissance contredit naturellement tout empirisme, puisqu’elle remplace le concept d’une connaissance-copie par la notion d’une continuelle structuration, mais encore elle s’oppose Ă  tout apriorisme, car si la plupart des formes biologiques de l’assimilation sont hĂ©rĂ©ditaires, le propre des assimilations cognitives est de construire sans cesse de nouveaux schĂšmes en fonction des prĂ©cĂ©dents ou d’accommoder les anciens. Le caractĂšre assimilateur de toute connaissance impose donc une Ă©pistĂ©mologie constructiviste, au sens d’un structuralisme gĂ©nĂ©tique ou constructif, puisque assimiler revient Ă  structurer. Chacun de nos chapitres en dĂ©veloppe des exemples dans la marche de l’histoire comme dans le dĂ©veloppement mental, et la raison principale des convergences observĂ©es en ces deux domaines est prĂ©cisĂ©ment que le sujet joue un rĂŽle actif en toute connaissance et que la propriĂ©tĂ© la plus gĂ©nĂ©rale de ses activitĂ©s est l’assimilation.

Quant aux instruments de connaissance qu’engendre alors l’assimilation, ce sont naturellement les gĂ©nĂ©ralisations et les abstractions que chaque Ă©pistĂ©mologie a toujours invoquĂ©es, mais auxquelles l’assimilation permet de donner un sens plus riche que leurs significations traditionnelles, puisqu’elle met l’accent sur les formes ou schĂšmes créés par le sujet autant que sur les contenus qu’elle a pour fonction de structurer. L’opposition la plus claire que nous avons sans cesse utilisĂ©e est celle des deux formes d’abstraction, dont les alternances ont Ă©tĂ© soulignĂ©es Ă  propos de la connaissance physique alors que la seconde intervient seule dans les progrĂšs de la connaissance algĂ©brique. La premiĂšre peut ĂȘtre dite alors « abstraction empirique » en ce sens qu’elle porte sur des objets extĂ©rieurs au sujet et dont celui-ci constate certaines propriĂ©tĂ©s pour les dĂ©tacher ou les analyser Ă  part. Mais, en physique dĂ©jĂ  et a fortiori en mathĂ©matiques, on se trouve en prĂ©sence d’une abstraction appelĂ©e « rĂ©flĂ©chissante » parce qu’elle porte sur les actions et opĂ©rations du sujet et sur les schĂšmes qu’elle le conduit Ă  construire. Or, comme souvent rappelĂ© en nos divers chapitres, elle est alors rĂ©flĂ©chissante en deux sens insĂ©parables : d’une part, un « rĂ©flĂ©chissement » faisant passer ce qui est abstrait d’un plan infĂ©rieur Ă  un supĂ©rieur (par exemple de l’action Ă  la reprĂ©sentation) et, d’autre part, une « rĂ©flexion » au sens mental, rĂ©organisant sur le nouveau plan ce qui est tirĂ© du prĂ©cĂ©dent. En physique, comme on l’a vu, il y a alternance continuelle entre l’abstraction empirique, s’exerçant sur les contenus, et la rĂ©flĂ©chissante tirant des formes antĂ©rieures de quoi en construire de nouvelles, adaptĂ©es Ă  ses contenus. En mathĂ©matiques, en revanche, oĂč le sujet Ă©labore formes et contenus (ou, si l’on prĂ©fĂšre, oĂč tout est dĂ©jĂ  « formes » avant de devenir « contenus »), l’abstraction rĂ©flĂ©chissante est naturellement seule Ă  l’Ɠuvre, notamment dans les cas oĂč une opĂ©ration est d’abord utilisĂ©e Ă  titre instrumental pour ne donner lieu qu’ensuite Ă  une thĂ©matisation permettant la construction d’une nouvelle thĂ©orie.

À ces variĂ©tĂ©s diffĂ©rentes d’abstractions correspondent des formes distinctes de gĂ©nĂ©ralisations. Tant que l’on s’en tient Ă  de simples constats ou contenus empiriques, ils donneront lieu Ă  des gĂ©nĂ©ralisations extensionnelles, ou passages du « quelques » au « tous », ou de lois particuliĂšres Ă  de plus gĂ©nĂ©rales, sans rĂ©organisations des premiĂšres. L’abstraction rĂ©flĂ©chissante permet par contre la formation de gĂ©nĂ©ralisations complĂ©tives et mĂȘme constructives, qui constituent des synthĂšses nouvelles au sein desquelles les lois particuliĂšres acquiĂšrent de nouvelles significations.

Il convient en outre de remarquer que ces notions d’abstraction rĂ©flĂ©chissante et de gĂ©nĂ©ralisations constructives ou complĂ©tives conduisent d’abord Ă  une interprĂ©tation spĂ©cifique des mathĂ©matiques. Au lieu de considĂ©rer celles-ci comme un systĂšme de dĂ©ductions portant sur des « ĂȘtres » donnĂ©s dĂšs le dĂ©part, qu’ils soient quasi empiriques (cf. l’« objet quelconque » de Gonseth), linguistiques ou idĂ©aux (avec le platonisme), dire qu’elles sont « tirĂ©es des actions ou opĂ©rations du sujet » signifie :

1. que toute action de celui-ci est toujours coordonnĂ©e Ă  d’autres car il n’existe pas d’actions isolĂ©es et que leurs significations sont toujours solidaires ; 2. que de ces coordinations sont alors tirĂ©es des formes dĂ©tachĂ©es de leurs contenus et 3. que ces formes se coordonnent Ă  leur tour et donnent alors naissance par rĂ©flexion aux opĂ©rations fondamentales qui constituent le point de dĂ©part des structures logico-algĂ©briques. Dire que l’abstraction rĂ©flĂ©chissante « tire » son contenu des actions du sujet n’est donc nullement une mĂ©taphore, mais l’expression d’activitĂ©s constructives dĂšs l’origine, sans ĂȘtre pour autant ni prĂ©formĂ©es, ni simplement constatĂ©es Ă  titre d’observables psychologiques, mais normatives et formatives Ă  tous les niveaux mĂȘme les plus Ă©lĂ©mentaires.

Quant aux gĂ©nĂ©ralisations complĂ©tives, elles consistent, lors de l’adjonction d’une nouvelle connaissance, Ă  revenir du tout aux parties en enrichissant celles-ci. On en trouve de multiples exemples dans la physique et la biologie, bien qu’ils soient plus nombreux en mathĂ©matiques. Ainsi, grĂące Ă  la thĂ©orie Ă©lectronique des valences, la table de MendeleĂŻev, d’abord conçue comme un simple rĂ©sultat de multiples mesures, est devenue un instrument de nouvelles dĂ©couvertes.

II. Les processus

Les instruments fondamentaux de connaissance que nous venons de rappeler donnent naissance Ă  divers processus qu’il peut ĂȘtre Ă©galement utile de rĂ©sumer en quelques mots. Le plus important est sans doute la recherche des « raisons » qui justifient les abstractions et gĂ©nĂ©ralisations. Lors de ses origines, le positivisme logique prĂ©tendait vouloir s’en passer et rĂ©duire la science, comme le dĂ©sirait A. Comte, Ă  une simple description des phĂ©nomĂšnes. Mais en rĂ©alitĂ©, et mĂȘme sans avouer le faire, tout esprit scientifique en vient Ă  cette recherche et l’on a souvent notĂ© le fait que d’excellents physiciens, aprĂšs une profession de foi positiviste soutenue dans la prĂ©face de leurs ouvrages, la contredisent dans le corps mĂȘme de leurs Ă©crits en poursuivant bel et bien une analyse des « causes ». On peut citer comme exemple de cette tendance invincible Ă  remonter aux « raisons » l’évolution actuelle de la logique mathĂ©matique. À s’en tenir au langage descriptif, la logique algĂ©brique en est longtemps restĂ©e Ă  un point de vue purement extensionnel, d’oĂč les « tables de vĂ©rité », qui, en rĂ©alitĂ©, demeuraient si Ă©loignĂ©es de la « vĂ©rité » qu’elles aboutissaient Ă  ce vĂ©ritable scandale que constituaient les implications paradoxales selon lesquelles p ⊃ q est vraie mĂȘme s’il n’existe aucun rapport de vĂ©ritĂ© entre p et q. Or, actuellement, on voit se dessiner un mouvement visant Ă  n’admettre que des liaisons nĂ©cessaires et significatives telles que chaque implication repose sur une raison (cf. la logique de l’entailment d’Anderson et Benalp). En mathĂ©matique, on distingue depuis Cournot les dĂ©monstrations qui vĂ©rifient simplement un thĂ©orĂšme et celles qui de plus en fournissent les raisons. En physique, le recours devenu gĂ©nĂ©ral Ă  des « modĂšles » explicatifs montre assez que la gĂ©nĂ©ralitĂ© d’une loi ne suffit pas Ă  satisfaire l’esprit, et qu’un besoin incoercible vise Ă  en dĂ©couvrir les raisons.

Ce processus gĂ©nĂ©ral conforme au nil est sine ratione de Leibniz s’accompagne d’un corrĂ©latif mettant en Ă©vidence (parmi bien d’autres indices) le rĂŽle du sujet dans la connaissance : c’est la dĂ©marche consistant Ă  situer tout Ă©vĂ©nement rĂ©el entre un ensemble de possibles (cf. les travaux virtuels, etc.) et une nĂ©cessitĂ© conçue comme le seul possible actualisable. En effet, ni le possible ni le nĂ©cessaire ne sont des observables et tous deux sont des produits des activitĂ©s infĂ©rentielles du sujet. Mais comme celui-ci constitue lui-mĂȘme, en tant que manifestation d’un organisme vivant, une partie du rĂ©el, l’enrichissement que celui-ci acquiert en se situant entre le possible et le nĂ©cessaire ne conduit pas Ă  un idĂ©alisme mais Ă  un systĂšme bipolaire dont les deux pĂŽles vĂ©rifient seulement la dualitĂ© des formes dues aux assimilations du sujet et des contenus dus Ă  l’expĂ©rience.

De cette dualitĂ© rĂ©sulte par ailleurs un troisiĂšme processus fondamental qui est le double mouvement conduisant les assimilations et accommodations Ă  un Ă©quilibre dynamique entre les intĂ©grations et les diffĂ©renciations. Sur le terrain de la physique, il va de soi que ces deux directions expriment les rapports complexes d’un sujet qui se rapproche sans cesse de l’objet et d’un objet qui recule au fur et Ă  mesure que les dĂ©couvertes de propriĂ©tĂ©s nouvellement connaissables soulĂšvent de nouveaux problĂšmes. Mais dans le domaine mathĂ©matique, il n’en est pas moins Ă©vident que les inventions proactives de nouvelles structures d’ensemble s’accompagnent de diffĂ©renciations rĂ©troactives aboutissant Ă  introduire de nouvelles diffĂ©renciations au sein des sous-systĂšmes dont la liste paraissait Ă©puisĂ©e.

D’oĂč un autre processus gĂ©nĂ©ral dont les manifestations sont devenues trĂšs visibles au sein des phases rĂ©centes du constructivisme mathĂ©matique, alors qu’elles l’étaient beaucoup moins dans le platonisme des gĂ©nĂ©rations prĂ©cĂ©dentes : c’est le passage d’une phase prĂ©alable oĂč certaines opĂ©rations ne jouent qu’un rĂŽle instrumental sans prise de conscience suffisante Ă  une phase ultĂ©rieure oĂč ces mĂȘmes opĂ©rations sont thĂ©matisĂ©es et donnent alors lieu Ă  de nouvelles thĂ©ories (cf. les « catĂ©gories », foncteurs et morphismes thĂ©matisĂ©s par McLane et Eilenberg) Ă  la suite de leur utilisation instrumentale dans la construction des « structures » bourbakistes.

Or, les thĂ©matisations donnent lieu Ă  un nouveau processus sur lequel il convient d’insister : c’est le prolongement des « abstractions rĂ©flĂ©chissantes » (dĂ©crites plus haut) en ce que nous pourrions appeler des « abstractions rĂ©flĂ©chies », en tant que produits des thĂ©matisations : un bon exemple est celui qui a Ă©tĂ© discutĂ© dans le chapitre sur l’algĂšbre, Ă  propos des « groupes » abstraits succĂ©dant aux multiples groupes particuliers connus auparavant.

III. Les mĂ©canismes d’ensemble

Il nous reste Ă  rĂ©sumer ce que nous avons vu des deux grands mĂ©canismes d’ensemble que nous avons sans cesse retrouvĂ©s et qui, d’ailleurs, n’en font qu’un quant Ă  leur signification gĂ©nĂ©rale : le passage de l’« intra » Ă  l’« inter » puis de lĂ  au « trans » et, d’autre part, le mĂ©canisme gĂ©nĂ©ral de l’équilibration.

Pour ce qui est du premier, qui s’est rĂ©vĂ©lĂ© le plus gĂ©nĂ©ral des aspects communs Ă  la psychogenĂšse et Ă  l’histoire des sciences, l’explication en est simple : l’« intra » conduit Ă  la dĂ©couverte d’un ensemble de propriĂ©tĂ©s dans les objets ou les Ă©vĂ©nements, mais sans autres explications que locales et particuliĂšres. Les « raisons » Ă  en Ă©tablir ne peuvent alors se trouver que dans les relations interobjectales, ce qui revient Ă  dire qu’elles doivent se trouver dans les « transformations » qui sont par leur nature caractĂ©ristiques de ce second niveau, l’« inter ». Ces transformations, une fois dĂ©couvertes, demandent alors l’établissement de liaisons entre elles, ce qui mĂšne Ă  la construction des « structures », caractĂ©ristiques du « trans ».

Or il va de soi, comme on l’a vu en particulier dans les chapitres sur l’algĂšbre, que si l’intra et l’inter aboutissent Ă  certains modes d’équilibre, ils sont par ailleurs sources de multiples dĂ©sĂ©quilibres et que les formes d’équilibre dynamique plus complĂštes ne sont atteintes que par les structures devenues stables en fonction des connexions entre transformations, des Ă©changes avec l’extĂ©rieur et prĂ©sentant ce caractĂšre fondamental des dĂ©passements cognitifs (intĂ©gration d’une structure limitĂ©e Ă  une plus large) que le dĂ©passĂ© est toujours intĂ©grĂ© dans le dĂ©passant. Mais il convient, pour terminer ces conclusions, de rappeler que l’ambition permanente de l’épistĂ©mologie gĂ©nĂ©tique a Ă©tĂ© de montrer que le dĂ©veloppement spontanĂ© des connaissances tire sa source des organisations biologiques pour aboutir en ses rĂ©sultats Ă  la construction des structures logico-mathĂ©matiques. Nous espĂ©rons que le prĂ©sent ouvrage, en montrant le rĂŽle de la psychogenĂšse et ses convergences notables avec l’histoire de la pensĂ©e scientifique, contribuera Ă  renforcer le bien-fondĂ© d’un tel programme, bien que nous ne soyons pas revenu sur les Ă©troites parentĂ©s que l’un de nous a cherchĂ© Ă  dĂ©gager des comparaisons possibles entre les mĂ©canismes biologiques et cognitifs 1.

Or, les travaux rĂ©cents d’I. Prigogine sur les « structures dissipatives » semblent montrer qu’il est possible d’aller plus loin et que la sĂ©rie « organisme → comportement → psychogenĂšse sensori-motrice puis conceptuelle » pourrait ĂȘtre complĂ©tĂ©e par le bas en reliant les structures biologiques, et par consĂ©quent cognitives, Ă  certaines formes d’équilibre dynamique relevant de la physique (et dont l’étude a Ă©tĂ© provoquĂ©e prĂ©cisĂ©ment par le besoin de rattacher l’une Ă  l’autre ces deux disciplines).

En fait, il existe au moins cinq analogies Ă©troites entre ces « structures dissipatives » et ce que nous considĂ©rons comme des Ă©quilibrations et des Ă©quilibres cognitifs. En premier lieu, il s’agit d’équilibres dynamiques comportant des Ă©changes avec l’extĂ©rieur et bien distincts des Ă©quilibres sans Ă©changes. En second lieu, ce sont ces Ă©changes qui, par leurs rĂ©glages, stabilisent les structures. En troisiĂšme lieu, l’équilibration comme telle est dans les deux cas caractĂ©risĂ©e par une « auto-organisation ». En quatriĂšme lieu, Ă  la suite d’« instabilitĂ©s successives », les Ă©tats « à un instant donné » ne peuvent ĂȘtre compris qu’à partir de leur histoire dans le passé 2. Enfin et surtout, la stabilitĂ© d’un systĂšme est fonction de sa complexitĂ©. Il ne faut donc pas s’étonner que Prigogine, au terme de l’étude ici citĂ©e, puisse soutenir que sa conception s’applique Ă  un grand nombre de situations, « y compris le fonctionnement des structures cognitives, dans le sens de J. Piaget 3 », et que, impliquant « l’observateur, l’homme dans la nature », elle est « en complet accord avec l’idĂ©e de base de l’épistĂ©mologie gĂ©nĂ©tique ».

En revanche, une diffĂ©rence subsiste, mais elle oppose aussi le cognitif au biologique en gĂ©nĂ©ral : en cas de « dĂ©passement » d’une structure de connaissance par une autre plus large, le dĂ©passĂ© est intĂ©grĂ© dans le dĂ©passant, ce qui permet la continuitĂ© du savoir, laquelle est complĂšte en mathĂ©matiques pures.