PsychogenĂšse et histoire des sciences ()

Chapitre VI.
La formation des systÚmes préalgébriques a

L’algĂšbre est la science des structures gĂ©nĂ©rales communes Ă  toutes les parties des mathĂ©matiques, y compris la logique. Mais, pour en arriver Ă  ces structures, deux Ă©tapes prĂ©alables ont Ă©tĂ© nĂ©cessaires comme nous le rappelons dans le chapitre historique. La premiĂšre peut ĂȘtre dite « intraopĂ©rationnelle », car l’analyse n’y porte que sur des systĂšmes particuliers considĂ©rĂ©s en leurs propriĂ©tĂ©s statiques et limitĂ©es, telle la thĂ©orie des proportions gĂ©omĂ©triques Ă©laborĂ©e au sein des perspectives euclidiennes. La seconde atteint un niveau « interopĂ©rationnel » avec les analyses de ViĂšte portant sur des transformations et rendues possibles par un symbolisme abstrait et gĂ©nĂ©ral. Bien plus tard encore se constituent les synthĂšses « transopĂ©rationnelles » aboutissant Ă  ce que l’on appelle aujourd’hui les « structures » proprement dites et dont les constructions dĂ©butent avec les groupes de Galois. Mais l’un des caractĂšres propres Ă  ces trois grands ensembles successifs d’élaborations thĂ©oriques est d’utiliser tout trois, Ă  titre d’instruments psychologiques, ce que l’on peut appeler une « thĂ©matisation rĂ©flexive », c’est-Ă -dire une conceptualisation exhaustive des ĂȘtres mathĂ©matiques progressivement construits, et cela avant mĂȘme que de telles intuitions reprĂ©sentatives se prolongent en axiomatisations.

Or, comme ces « ĂȘtres » constituent tous des produits engendrĂ©s par les activitĂ©s du sujet et non pas des donnĂ©es de l’expĂ©rience physique, le problĂšme se pose naturellement de chercher Ă  dĂ©gager les sources de ces activitĂ©s, car une conceptualisation endogĂšne ne saurait consister en une crĂ©ation ex nihilo et exige, comme condition prĂ©alable, un certain « savoir-faire » en actions non thĂ©matisĂ©es, ni mĂȘme conscientes, dans le dĂ©tail de leurs articulations. Dans le cas particulier, cela reviendrait donc Ă  dire que, dans la pensĂ©e « naturelle » de l’enfant ou de l’adulte non mathĂ©maticien, les actions et les manipulations d’objets ne se constituent pas au hasard, mais, en certains cas, s’organisent dĂ©jĂ  de façon systĂ©matique sous la forme de ce que l’on pourrait appeler des « prĂ©structures » ou des systĂšmes prĂ©algĂ©briques, dont les cas les plus simples et connus de tous sont constituĂ©s par les classifications, les sĂ©riations et autres « groupements ». Or l’un des intĂ©rĂȘts Ă©pistĂ©mologiques de ces systĂšmes Ă©lĂ©mentaires est, non pas tant de prĂ©parer ce qui prendra la forme de « groupes » ou de « treillis » au plan de la pensĂ©e scientifique (bien que ce soit en partie le cas), mais de prĂ©senter en leurs constructions trois Ă©tapes analogues Ă  celles de l’« intra », de l’« inter » et du « trans » comme si on les retrouvait en toute Ă©laboration logico-mathĂ©matique.

Le grand problĂšme qui se pose alors est d’établir s’il s’agit des mĂȘmes processus malgrĂ© les diffĂ©rences considĂ©rables d’échelles. Les trois pĂ©riodes distinguĂ©es portent en effet sur des siĂšcles de distance, de l’AntiquitĂ© Ă  ViĂšte puis de ViĂšte Ă  Galois, tandis que, Ă  vouloir discerner des successions comparables au sein de la psychogenĂšse, on n’a plus affaire qu’à des dĂ©veloppements rapides (compris entre quatre-cinq et onze-douze ans) et Ă  des Ă©chelons beaucoup moins diffĂ©renciĂ©s. Est-il, en un tel cas, lĂ©gitime de considĂ©rer notre triade « intra- inter- trans- » comme l’un de ces mĂ©canismes communs qui, telles l’abstraction rĂ©flĂ©chissante ou les gĂ©nĂ©ralisations complĂ©tives 1, s’imposent nĂ©cessairement dans tous les domaines et Ă  tous les Ă©chelons, ou les comparaisons auxquelles nous allons nous livrer ne constituent-elles que des moyens commodes pour l’historien et le psychologue de dĂ©crire des faits hĂ©tĂ©rogĂšnes en un langage facilitant les analyses ? Le problĂšme pouvait dĂ©jĂ  se poser Ă  propos de l’évolution des gĂ©omĂ©tries, mais en ce cas le contraste Ă©tait si frappant entre l’intrafigural ne portant que sur les propriĂ©tĂ©s internes des figures et l’interfigural visant l’espace comme tel en tant que contenant gĂ©nĂ©ral que les comparaisons entre l’histoire et la psychogenĂšse semblaient moins artificielles. Par contre, dans le domaine de l’algĂšbre, le contraste est si grand entre les thĂ©ories thĂ©matisĂ©es au cours de l’histoire et les Ă©tapes de l’organisation pratique et en bonne partie inconsciente des actions et des opĂ©rations en jeu dans les structurations ou prĂ©structurations que l’observateur thĂ©oricien croit discerner au sein d’une psychogenĂšse dont le sujet enfantin ne connaĂźt pas les lois, que la considĂ©ration de notre triade « intra-inter-trans- » peut paraĂźtre au premier abord assez artificielle.

Or une telle question appelle deux sortes de rĂ©ponses. La principale, que nous examinerons plus loin, consiste Ă  montrer que si cette triade constitue rĂ©ellement un mĂ©canisme commun de nature trĂšs gĂ©nĂ©rale, c’est qu’elle rĂ©sulte de nĂ©cessitĂ©s internes et ne consiste pas simplement en un ordre rĂ©gulier de successions. La seconde rĂ©ponse est que chaque Ă©tape, intra, inter ou trans, comporte elle-mĂȘme des sous-Ă©tapes et, ce qui est fondamental, qu’elles se suivent dans le mĂȘme ordre et pour les mĂȘmes raisons. Nous pouvons donner comme exemple la troisiĂšme des grandes pĂ©riodes historiques que nous caractĂ©risons par la construction des « structures » gĂ©nĂ©rales en la dĂ©signant du terme collectif de « transopĂ©rationnelle ». Or, il est facile de voir, comme nous l’avons dĂ©jĂ  remarquĂ© dans le chapitre prĂ©cĂ©dent, que cette grande Ă©tape « trans » se subdivise elle-mĂȘme en trois sous-Ă©tapes que l’on peut appeler « trans-intra », « trans-inter » et « trans-trans » (cette derniĂšre rĂ©sulte de l’application de nouvelles opĂ©rations aux structures antĂ©rieures ; or, ces opĂ©rations nouvellement thĂ©matisĂ©es mais dĂ©rivant en un sens des prĂ©cĂ©dentes consistent en « groupes abstraits » et conduisent Ă  des structures encore supĂ©rieures).

Si notre triade comporte ainsi des sous-Ă©tapes emboĂźtĂ©es qui sont encore des triades, il n’est alors pas de raisons qu’il n’en soit pas de mĂȘme au cours de cette si importante pĂ©riode prĂ©algĂ©brique oĂč le sujet, incapable de thĂ©matisation systĂ©matique, n’en construit pas moins, mais au plan de l’action et du « savoir-faire », ce que l’observateur ne peut interprĂ©ter qu’en termes de structurations progressives. Nous allons donc chercher Ă  retrouver notre triade dans le domaine de la psychogenĂšse, en utilisant le mĂȘme vocabulaire, mais Ă©tant entendu qu’il ne s’agit que d’actions et que ce vocabulaire ne cherche qu’à les dĂ©crire en notre langage sans prĂ©juger de ce qu’en prend conscience le sujet lui-mĂȘme.

I. L’« intra », l’« inter » et le « trans » au niveau des actions

Les multiples recherches que nous avons faites depuis des annĂ©es sur le dĂ©veloppement des opĂ©rations chez l’enfant nous ont conduits Ă  distinguer trois pĂ©riodes successives en tous les domaines explorĂ©s jusqu’ici : l’une, dite « prĂ©opĂ©ratoire », au cours de laquelle se constituent peu Ă  peu des actions rĂ©pĂ©tables, modifiant les objets, mais ne se transformant ni ne se coordonnant entre elles. La seconde, dite des « opĂ©rations concrĂštes », oĂč celles-ci s’organisent en systĂšmes (les « groupements ») comportant certaines transformations des opĂ©rations elles-mĂȘmes ; et la troisiĂšme caractĂ©risĂ©e par des opĂ©rations hypothĂ©tico-dĂ©ductives avec synthĂšse des transformations pouvant mĂȘme en certains cas prendre la forme de « groupes ».

Il est alors clair que ces trois Ă©tapes, dont les Ăąges sont de quatre-six ans, de sept-dix et onze-douze ans (et au-delĂ ), correspondent Ă  notre succession « intra », « inter » et « trans » comme nous allons le montrer par des exemples concrets avant d’en venir aux raisons qui rendent nĂ©cessaire une telle progression et qui justifient le nombre de trois (Ă  la maniĂšre des « thĂšses », « antithĂšses » et « synthĂšses » de la dialectique classique) au lieu d’une distribution en un nombre quelconque.

A. Pour ce qui est de l’« intra », le propre en est de dĂ©couvrir une action opĂ©ratoire quelconque et de chercher Ă  en analyser les diverses propriĂ©tĂ©s internes ou les consĂ©quences immĂ©diates, mais avec cette double limitation qu’il n’y a pas coordination de cette prĂ©opĂ©ration avec d’autres en un « groupement » organisĂ© et que l’analyse interne de l’opĂ©ration en jeu s’accompagne d’erreurs Ă  corriger successivement et de lacunes dans les consĂ©quences Ă  en dĂ©duire.

Un bon exemple de cette situation « intra » est celui de l’expĂ©rience oĂč l’on prĂ©sente Ă  l’enfant deux bocaux semblables, l’un (A) transparent et l’autre (B) masquĂ© par un Ă©cran. Tous deux contiennent quelques perles en nombres Ă©gaux A = B et le sujet est priĂ© d’en rajouter une Ă  une d’une main en A pendant qu’il en place Ă©galement une Ă  une en B avec l’autre main. La question est alors, aprĂšs ces quelques adjonctions, de dĂ©cider si A + n = B + n. Tous les sujets, dĂšs quatre-cinq ans, sont convaincus, pour de petits nombres n, que l’égalitĂ© A + n = B + n se conserve pour les perles dĂ©jĂ  posĂ©es et c’est lĂ  l’opĂ©ration de base qui est donc rĂ©ussie, mais dont il s’agit par ailleurs de voir si elle se coordonne avec d’autres ou plus simplement si elle se prĂȘte Ă  une dĂ©duction exacte des consĂ©quences qu’elle comporte. Or, la plus simple de ces consĂ©quences donne dĂ©jĂ  lieu Ă  des fluctuations rĂ©vĂ©latrices : lorsque l’on demande sans plus si en continuant un certain temps (par exemple « une heure » ou « jusqu’au soir », etc.) Ă  placer n perles (une Ă  une) d’une main en A et autant (une Ă  une) de l’autre main en B, la majoritĂ© des sujets refusent d’en dĂ©cider (« on ne peut pas savoir sans les compter », etc.), sauf quelques cas avancĂ©s comme un sujet de cinq ans et demi qui a rĂ©pondu « quand on sait pour une fois, on sait pour toujours », ce qui est dĂ©jĂ  un appel Ă  la rĂ©currence du niveau « inter ». Une autre question a consistĂ© Ă  placer n perles au dĂ©part en A et m > n en B avec une faible inĂ©galitĂ© (de 2 ou 3 élĂ©ments) et Ă  demander si en rajoutant successivement une perle en chacun des deux rĂ©cipients on conservera l’inĂ©galitĂ© de dĂ©part ou si au contraire les deux collections finiront par s’égaler : or, ici encore, les rĂ©ponses sont flottantes et les sujets croient volontiers que l’inĂ©galitĂ© s’effacera du fait que les quantitĂ©s ajoutĂ©es des deux cĂŽtĂ©s sont constamment Ă©gales. Ajoutons Ă  ce propos que si les deux collections A et B sont fortement inĂ©gales et qu’on enlĂšve n Ă©lĂ©ments couple par couple, les n perles tirĂ©es de la plus grande collection seront souvent considĂ©rĂ©es comme « faisant plus » que les n extraites de l’autre, par confusion de l’extension (nombres) et de la comprĂ©hension (grands ou petits ensembles).

Ces faits nous suffisent pour caractĂ©riser l’étape « intra », qui consiste donc Ă  s’attacher Ă  une action rĂ©pĂ©table ou opĂ©ration correcte, mais sans pouvoir encore l’insĂ©rer en un systĂšme de conditions ou de consĂ©quences qui en Ă©largiraient la portĂ©e et l’insĂ©reraient en une totalitĂ© de transformations solidaires : il y a bien dĂ©jĂ  un dĂ©but de transformations mais portant sur les objets que modifient les actions en jeu, et non pas sur les actions ou opĂ©rations de dĂ©part qui demeurent isolĂ©es et ne donnent donc lieu qu’à un effort d’analyse ou de comprĂ©hension centrĂ© sur la nature et les propriĂ©tĂ©s de chacune considĂ©rĂ©e Ă  part ; d’oĂč les analogies avec l’« intrafigural » du chapitre II oĂč la figure Ă©tudiĂ©e n’est caractĂ©risĂ©e qu’en elle-mĂȘme sans relations avec l’espace ambiant.

B. Le propre de l’« interopĂ©rationnel » est, au contraire, une fois comprise une opĂ©ration de dĂ©part, d’en dĂ©duire celles qu’elle implique ou de la coordonner avec d’autres plus ou moins semblables, jusqu’à la constitution de systĂšmes comportant certaines transformations, ce qui est nouveau, mais dont les compositions sont limitĂ©es par une condition encore trĂšs restrictive, qui est de ne procĂ©der que de proche en proche. C’est ainsi que, dans le domaine des classifications, le sujet saura, non seulement rĂ©unir en une classe A des objets prĂ©sentant un mĂȘme caractĂšre a, mais encore inclure cette classe A en une autre B, plus large, comprenant les A mais encore des B qui ne sont pas des A et que nous appellerons A’ (d’oĂč B = A + A’). Il parviendra de mĂȘme Ă  inclure B en C selon le mĂȘme principe (C = B + B”), etc. Mais ce qui n’est pas possible, Ă  en rester Ă  de tels emboĂźtements « naturels », est de rĂ©unir directement en une mĂȘme classe des Ă©lĂ©ments Ă©loignĂ©s, tels une mouche et un chameau, sans passer par un ensemble complexe d’emboĂźtements intermĂ©diaires, ou, sinon, d’en rester Ă  des classes trĂšs gĂ©nĂ©rales, tels les animaux et les vĂ©gĂ©taux, mais en nĂ©gligeant alors les sous-emboĂźtements importants. Ce sont ces limitations qui nous obligent alors Ă  distinguer les systĂšmes interopĂ©rationnels des « structures » transopĂ©rationnelles, les coordinations de proche en proche des synthĂšses proprement dites, et c’est en fonction de telles diffĂ©rences que nous avons introduit la notion de « groupements ».

Il n’empĂȘche qu’au sein des groupements certains ensembles de compositions distinctes sont dĂ©jĂ  possibles. C’est ainsi qu’au sein du groupement des gĂ©nĂ©alogies (groupe de l’arbre en faisant abstraction des mariages) la relation centrale de fils Ă  pĂšre engendre celles de frĂšre (autre fils du mĂȘme pĂšre), de grand-pĂšre, de cousin (petit-fils du mĂȘme grand-pĂšre mais pas fils du mĂȘme pĂšre), etc. D’oĂč des Ă©quivalences, telles que celle qui rĂ©unit cette caractĂ©risation du cousin Ă  cette autre qui en fait le fils du frĂšre du pĂšre (de l’oncle) ou encore le neveu du pĂšre, etc. Mais, il n’y a lĂ  encore que des coordinations de proche en proche, relevant donc de processus discursifs 2, sans atteindre les « dĂ©passements » du type « trans » qui rĂ©sulteront de synthĂšses proprement dites.

Par contre, il convient de prĂ©ciser qu’en cette situation intermĂ©diaire qu’occupent les groupements avec la formation des relations « inter », celles-ci s’orientent progressivement dans la direction des transformations et que, Ă  comparer l’ensemble des groupements de classes Ă  ceux de relations, on se trouve mĂȘme en prĂ©sence de deux systĂšmes gĂ©nĂ©raux de transformations, mais sans la synthĂšse qui ne les rĂ©unira qu’à l’étape « trans ». L’une de ces transformations gĂ©nĂ©rales, dont on pourrait douter qu’il s’agisse d’une transformation tant elle paraĂźt simple, est la nĂ©gation qui intĂ©resse spĂ©cialement les groupements de classes et dont nous signalerons certaines des difficultĂ©s qu’elle rencontre. La seconde est constituĂ©e par les rĂ©ciprocitĂ©s et concerne avant tout les groupements de relations au sein desquels elle soulĂšve aussi un certain nombre de problĂšmes. Examinons donc ces deux sortes de transformations dont on voit d’emblĂ©e qu’elles constituent les deux formes possibles de la rĂ©versibilitĂ©, c’est-Ă -dire du caractĂšre commun Ă  toutes les opĂ©rations et Ă  leurs compositions, donc de la nouveautĂ© essentielle marquant les progrĂšs des systĂšmes « interopĂ©rationnels » par rapport aux « intra-opĂ©rationnels ».

Pour ce qui est de la nĂ©gation, elle constitue la condition sine qua non de la dĂ©limitation de toutes les classes emboĂźtĂ©es, car, si A ⊂ B cela signifie (si B > A) que B = A + A’ et que A = B − A’. En d’autres termes, omnis determinatio est negatio, comme disait Spinoza, ce qui est vrai dans les deux sens, puisque A’ = B − A et que l’on retrouve en tous les cas l’implication (p → q) → (q → p). Mais, s’il semble n’y avoir lĂ  que des Ă©vidences et mĂȘme en un sens observables, nos recherches antĂ©rieures sur la quantification de l’inclusion 3 montrent bel et bien qu’il s’agit de transformations ne se rĂ©glant que peu Ă  peu au cours de l’étape « inter » et non gĂ©nĂ©ralisĂ©es au niveau « intra ». On prĂ©sente par exemple Ă  l’enfant un ensemble de dix fleurs dont six ou sept sont des primevĂšres et les autres quelques fleurs quelconques. Le sujet est bien d’accord que ce sont lĂ  « toutes des fleurs » et que les primevĂšres en sont Ă©galement, mais, lorsqu’on lui demande si, dans ce bouquet, il y a « plus de fleurs ou plus de primevĂšres », la rĂ©ponse ordinaire, jusqu’à la consolidation du niveau « inter », est qu’il y a plus de primevĂšres parce qu’il y a seulement trois ou quatre marguerites, etc. On a beau insister, le sujet raisonne comme si la totalitĂ© des dix fleurs Ă©tant dissociĂ©e en deux parties, la sous-classe A n’appartient plus Ă  ce tout B sous la forme A = B − A’ et le tout B se rĂ©duit Ă  ce qu’il en reste en A’. Bien entendu, l’opposition entre les A et les A’ implique dĂ©jĂ  une nĂ©gation Ă©lĂ©mentaire, puisque les A ne sont pas des A’, mais ce n’est pas encore une nĂ©gation relative Ă  son rĂ©fĂ©rentiel B puisque celui-ci n’existe plus aprĂšs le partage. Or les nĂ©gations en jeu en une classification sont toutes relatives Ă  des rĂ©fĂ©rentiels (A = B − A’ ; B = C − B’ ; etc.) et c’est Ă  ce titre qu’elles constituent l’une des conditions nĂ©cessaires des emboĂźtements. L’absence d’emboĂźtements de A en B empĂȘchant la quantification des inclusions dans l’expĂ©rience citĂ©e Ă  l’instant tient donc lieu, par l’un de ses aspects essentiels, aux difficultĂ©s relatives au rĂ©glage des nĂ©gations.

Quant aux rĂ©ciprocitĂ©s, leur caractĂšre de transformations gĂ©nĂ©rales est plus immĂ©diatement visible, dans le domaine oĂč elles sont prĂ©dominantes, c’est-Ă -dire celui des groupements de relations. Mais ici encore, on constate que leur conquĂȘte est loin de se faire en un bloc au niveau « inter » et qu’elle exige une construction progressive. À l’étape « intra » le manque de rĂ©ciprocitĂ© va jusqu’à sa nĂ©gation dans le cas de la relation Ă©lĂ©mentaire de frĂšre : « Tu as un frĂšre ? — Oui, F. — Et F. est-ce qu’il a un frĂšre ? — Non, nous ne sommes que deux dans la famille. » Dans la suite, des difficultĂ©s analogues se retrouvent pour la relation de « cousin » ou dans les rapports entre « neveu » et « oncle », etc. Bien plus complexes sont naturellement les rĂ©ciprocitĂ©s entre variables solidaires mais antagonistes, comme l’action et la rĂ©action en mĂ©canique.

C. Le niveau transopĂ©rationnel est facile Ă  dĂ©finir en fonction de ce qui prĂ©cĂšde comme ne comportant pas seulement des transformations, mais des synthĂšses entre elles parvenant alors, quoique au plan des actions et sans thĂ©matisation, jusqu’à la construction de « structures ». La plus remarquable est celle qui, portant entre autres sur l’ensemble des parties sans se limiter Ă  des classes et relations disjointes ou emboĂźtables, rĂ©unit en un mĂȘme tout les inversions et les rĂ©ciprocitĂ©s, donc les deux formes de la rĂ©versibilité : en ce cas la « structure » atteinte est celle d’un « groupe » authentique, que nous nommons INRC, car pour une opĂ©ration comme p → q on peut la laisser identique I, l’inverser en N = p.  q, la transformer en sa rĂ©ciproque R = q → p (= p → q) ou en sa corrĂ©lative C = p. q, d’oĂč NR = C, NC = R, CR = N et NCR = I. Il va de soi que cette formulation n’est que celle de l’observateur, mais les sujets, dĂšs onze-douze ans, construisent de telles synthĂšses par compositions en actions et infĂ©rences progressives lorsqu’il s’agit de coordonner des inversions et des rĂ©ciprocitĂ©s en un mĂȘme systĂšme total. Un exemple Ă©lĂ©mentaire est celui des balances Ă  flĂ©au oĂč l’on peut soit augmenter ou diminuer les poids en les laissant sur place, soit compenser un poids situĂ© prĂšs du centre par un poids plus lĂ©ger situĂ© Ă  une distance plus grande. Un autre exemple est celui des mouvements relatifs avec coordination nĂ©cessaire de deux rĂ©fĂ©rentiels, etc.

Mais il nous reste Ă  examiner deux problĂšmes. Le premier n’est que de terminologie. Nous avons convenu dans le prĂ©sent ouvrage de rĂ©server le terme de « structures » Ă  celles qui comportent des synthĂšses de transformations distinctes, comme le sont, dans le cas particulier, les inversions et les rĂ©ciprocitĂ©s : en de telles situations, on a Ă©videmment affaire Ă  des systĂšmes « transopĂ©rationnels » puisqu’on dĂ©passe les frontiĂšres de chacune des transformations constituantes. Mais nous avons ailleurs, et ceci reste valable, considĂ©rĂ© les « groupements » comme constituant dĂ©jĂ  des structures, quoique demeurant limitĂ©es du fait de leurs compositions de proche en proche (d’oĂč la notion de « successeur immĂ©diat » dont s’est servi Wermus dans son axiomatisation des groupements). Il suffira donc, pour lever toute Ă©quivoque, de distinguer les structures par gĂ©nĂ©ralisations ou itĂ©rations, dĂ©jĂ  Ă©laborĂ©es au niveau « inter », et les structures synthĂ©tiques du niveau « trans », dĂ©signĂ©es ici pour abrĂ©ger sous le seul terme de « structures » tout court.

Mais le problĂšme essentiel qui reste Ă  rĂ©soudre est celui du moteur qui rend nĂ©cessaire le passage de l’« intra-opĂ©rationnel » Ă  l’« inter » puis au « trans » et des relations entre ce dynamisme constructif et le processus gĂ©nĂ©ral conduisant du simple emploi d’une opĂ©ration Ă  la construction d’« opĂ©rations sur des opĂ©rations ». Pour faciliter la discussion de ces questions, il peut ĂȘtre utile de rappeler encore quelques faits montrant ce que le sujet sait tirer des groupements les plus simples (sĂ©riations et classifications) lorsqu’il en arrive Ă  des conduites intermĂ©diaires entre les groupements propres au niveau « inter » et les synthĂšses du niveau « transopĂ©rationnel ».

II. À propos de la sĂ©riation et de la classification

Si l’on donne au sujet quelques bĂątonnets inĂ©gaux en lui demandant de les « bien ranger », il est capable dĂšs le niveau prĂ©opĂ©ratoire « intra » de construire la sĂ©rie A < B < C
 en tant qu’« escalier », mais il n’aura pas l’idĂ©e d’une telle succession avec d’autres objets, par exemple en prĂ©sence de cercles de diamĂštres diffĂ©rents. Le sujet demeure en ce cas Ă  l’étape « intra-opĂ©rationnelle » en tant que la forme Ă©laborĂ©e demeure locale et liĂ©e Ă  certains contenus. Il y aura par contre gĂ©nĂ©ralisation « interopĂ©rationnelle » quand la sĂ©riation est utilisĂ©e Ă  titre d’instrument cognitif pour l’analyse de contenus variĂ©s, comme une suite de polygones Ă  nombre croissant de cĂŽtĂ©s, etc. Quant au « transopĂ©rationnel », il consiste Ă  composer entre elles des sĂ©riations distinctes pour en tirer une opĂ©ration plus riche et plus « forte » comme ce fut le cas dans l’ancienne expĂ©rience suivante. On donnait Ă  l’enfant un ensemble de petits poissons de diverses tailles et un certain nombre de boules de nourriture, de grandeurs Ă©galement distinctes, la consigne Ă©tant de les distribuer en fonction des besoins. En ce cas les sujets d’un certain niveau sĂ©riaient les poissons selon leurs dimensions et les boules de nourriture selon les leurs, puis mettaient les deux sĂ©ries en correspondance terme Ă  terme, ce qui constituait pour eux la forme la plus simple sous laquelle ils dĂ©couvraient la notion de proportions.

Si banals que soient ces faits, ils montrent qu’une opĂ©ration, une fois constituĂ©e et si proche reste-t-elle des actions courantes comme l’est une ordination, ne demeure pas longtemps inerte et isolĂ©e (« intra »), mais constitue tĂŽt ou tard un noyau de structurations dans les directions « inter » et « trans » qui se prolongent ensuite indĂ©finiment jusqu’à la construction de structures proprement dites.

Un autre exemple est fourni par la classification. La forme la plus directe de relations intraopĂ©rationnelles consiste en ce domaine Ă  rĂ©unir des objets semblables en une classe A1 emboĂźtable en B, telle qu’il existe des B non A que nous dĂ©signerons par A’1 (d’oĂč la suite possible C = B + B’, etc.). Mais un progrĂšs dans la direction interopĂ©rationnelle s’impose ultĂ©rieurement quand le sujet dĂ©couvre que sa rĂ©partition de B en A1 et A’1 ne s’impose pas Ă  titre de nĂ©cessitĂ© unique et que les mĂȘmes Ă©lĂ©ments peuvent ĂȘtre distribuĂ©s en fonction d’autres critĂšres. En ce cas la mĂȘme classe B sera composĂ©e des sous-classes A2 + A’2, telles que A2 appartienne Ă  ce qui Ă©tait A’1 dans la premiĂšre classification et que, si les A’2 deviennent les complĂ©mentaires de A2 sous l’ensemble B dans le mĂȘme sens que les A’1 l’étaient de A1 (= « les autres » que la classe de dĂ©part A2 ou A1), il ne s’agit plus des mĂȘmes « autres », ce terme n’ayant qu’un sens essentiellement relatif. Nous appelons « vicariances » ces changements de classification portant sur les mĂȘmes Ă©lĂ©ments et le groupement des vicariances est important, notamment dans l’élaboration des relations de parentĂ©s oĂč l’on a vu que l’interopĂ©rationnel l’emporte nettement sur l’intraopĂ©rationnel.

Mais l’intĂ©rĂȘt des vicariances est surtout le suivant. Si elles complĂštent d’assez prĂšs les premiĂšres conduites classificatrices, c’est d’abord seulement dans la mesure oĂč il s’agit de modifications successives d’un classement initial, sans rĂ©union des diverses possibilitĂ©s en une mĂȘme totalitĂ© simultanĂ©e. Par exemple, un certain nombre de projets pouvant ĂȘtre classĂ©s selon leurs formes, leurs grandeurs ou leurs couleurs, le sujet ne voit pas les intersections possibles entre les trois sortes de sous-classes qu’il se borne Ă  construire successivement. Par contre dans la suite il n’éprouvera plus de difficultĂ©s Ă  trouver autant de « petits carrĂ©s rouges » que de « grands ronds bleus », etc., ou Ă  voir que l’une de ces sous-collections est plus nombreuse que l’autre. Or, cette capacitĂ© de diffĂ©renciations et d’emboĂźtements simultanĂ©s aboutit tĂŽt ou tard Ă  la combinatoire 2n, autrement dit Ă  l’« ensemble des parties », mais en action, sans calcul ni thĂ©matisation.

Les deux exemples que nous venons de citer prĂ©sentent un caractĂšre commun qui est fondamental dans la construction des systĂšmes d’actions prĂ©algĂ©briques : c’est le processus consistant Ă  passer de relations simples Ă  des relations entre relations. Dans le cas des deux sĂ©riations A1 < A2 < A3
, et B1 < B2 < B3
, qui reposent chacune sur des relations de grandeurs x < y, si leur mise en relation conduit Ă  des Ă©quivalences quantitatives de formes A1 / B1 = A2 / B2, la composition de ces deux sortes de relations aboutit au systĂšme des proportions, dont l’importance est essentielle et qui se gĂ©nĂ©ralise vers onze-douze ans. Dans le cas de la combinatoire qu’est l’ensemble des parties (Ă©galement accessible aux mĂȘmes Ăąges), la composition des relations en jeu prend mĂȘme une forme que l’on retrouve en maintes occasions : l’élĂ©vation d’une opĂ©ration Ă  une puissance supĂ©rieure ; une combinatoire n’est, en effet, pas autre chose qu’une classification de toutes les classifications possibles pour un matĂ©riel donnĂ©.

Notons Ă  ce propos que c’est ainsi que se constitue la multiplication numĂ©rique, dont la comprĂ©hension est sensiblement plus tardive que celle de l’addition et rĂ©sulte d’une addition d’additions en passant par deux Ă©tapes. Durant la premiĂšre, l’expression n × m (par exemple 4 × 3) est simplement comprise comme une adjonction de quelques m avec lecture fondĂ©e sur le seul rĂ©sultat. Au cours de la seconde, en revanche, le sujet prend conscience du nombre de fois qu’il a ajoutĂ© m et distingue ainsi le multiplicateur des multiplicandes (« j’ai pris n fois m »), ce qui promeut la multiplication au rang d’opĂ©ration nouvelle, en tant que synthĂšse d’additions.

III. La nature de l’« intra », de l’« inter » et du « trans »

Il est clair que cette triade constitue une succession dialectique, mais ce n’est rien expliquer tant que l’on ne prĂ©cise pas qu’elle procĂšde d’une façon qui lui est propre par dĂ©passements des instruments mĂȘmes de dĂ©passements.

Convenons d’abord de dĂ©signer, pour abrĂ©ger, le niveau « intra » par le symbole Ia, l’« inter » par Ir et le « trans » par T, la triade complĂšte s’écrivant donc « IaIrT ». Cela dit, il convient en premier lieu de remarquer que cette triade IaIrT implique toujours la construction d’opĂ©rations sur des opĂ©rations, mais sans pour autant que la rĂ©ciproque soit vraie. Notons en outre que la succession Ia, Ir, et T obĂ©it Ă  un ordre nĂ©cessaire puisque l’élaboration de T en tant que systĂšme de toutes les transformations rĂ©unies en une totalitĂ© Ă  propriĂ©tĂ©s nouvelles suppose la formation de certaines de ces transformations en Ir et que celles-ci impliquent la connaissance des caractĂšres analysĂ©s en Ia.

Cet ordre nĂ©cessaire de succession comporte alors deux sortes de dĂ©passements dialectiques, l’un ajoutant aux propriĂ©tĂ©s analysĂ©es en Ia les transformations Ă©laborĂ©es en Ir et l’autre synthĂ©tisant en T le systĂšme de ces transformations jusqu’à constituer des totalitĂ©s dont les caractĂšres d’ensemble sont Ă  leur tour nouveaux relativement Ă  Ir. Mais, quels que soient les contenus sur lesquels portent ces formes successivement construites que nous classons sous les rubriques Ia, Ir ou T avec leurs dĂ©passements respectifs de Ir par rapport Ă  Ia et de T par rapport Ă  Ir, ces Ă©laborations comportent Ă  tous les niveaux des processus psychogĂ©nĂ©tiques ou historiques communs, donc gĂ©nĂ©raux, que l’on peut sommairement caractĂ©riser comme suit. En premier lieu, une phase prĂ©alable et nĂ©cessaire est celle de l’analyse de cas particuliers non encore ou insuffisamment reliĂ©s entre eux (phase Ia). En second lieu, leur comparaison mettant en Ă©vidence les diffĂ©rences comme leurs correspondances conduit Ă  la construction de transformations (Ir) ; celles-ci une fois dominĂ©es et gĂ©nĂ©ralisĂ©es permettent de nouvelles synthĂšses T, donc des totalitĂ©s inaccessibles jusque-lĂ , avec leurs nouvelles propriĂ©tĂ©s d’ensemble. Mais prĂ©cisons que ces trois phases, avec leurs caractĂ©ristiques, sont de nature fonctionnelle et non pas structurale, donc communes Ă  tous les niveaux et non pas spĂ©ciales Ă  certains d’entre eux, ou, si l’on prĂ©fĂšre, inhĂ©rentes Ă  toute construction et non pas liĂ©es Ă  certains domaines ou niveaux. Plus exactement, elles se bornent Ă  dĂ©crire l’aspect psychodynamique des dĂ©passements en gĂ©nĂ©ral sans viser certains d’entre eux.

Mais, s’il en est ainsi, il va alors de soi que nos descriptions en termes de Ia, Ir et T demeurent liĂ©es Ă  des questions d’échelles et que, comme dĂ©jĂ  dit au dĂ©but de ce chapitre, chacune de ces grandes Ă©tapes comporte des sous-Ă©tapes telles que l’on puisse distinguer, par exemple au niveau T, ce que nous avons appelĂ© les phases « trans-intra », « trans-inter » et « trans-trans ». Un cas historique bien clair Ă  cet Ă©gard est celui de la thĂ©orie des « catĂ©gories » qui relĂšve Ă©videmment, prise en son ensemble, du niveau T par rapport aux phases antĂ©rieures de l’algĂšbre. Or, Ă  considĂ©rer la formation de cette thĂ©orie actuelle, il est Ă©vident qu’elle a dĂ©butĂ© par une phase « trans-intra » limitĂ©e Ă  l’analyse de certaines correspondances. Puis s’est constituĂ©e une phase « trans-inter » avec l’étude des transformations entre les morphismes. Enfin, avec la dĂ©couverte des foncteurs, s’est imposĂ©e une thĂ©orie gĂ©nĂ©rale des catĂ©gories, caractĂ©risant donc un niveau « trans-trans ».

Ces hiĂ©rarchies cognitives comportent deux sortes d’emboĂźtements. Les uns sont proactifs, par Ă©largissement des domaines au cours des pĂ©riodes successives de la construction des connaissances. Mais d’autres sont rĂ©troactifs, parce que l’acquis Ă  un niveau n peut enrichir aprĂšs coup les relations dĂ©jĂ  Ă©tablies Ă  des niveaux antĂ©rieurs n— 1, par exemple en chimie oĂč les explications Ă©lectroniques ont abouti Ă  une conception nouvelle des valences.

S’il en est ainsi on peut, semble-t-il, conclure que les sĂ©ries IaIrT ne consistent pas en dĂ©passements simples, donc linĂ©aires, tels qu’on les retrouve en toute succession dialectique Ă©lĂ©mentaire, mais qu’il faut parler d’un dĂ©passement continuel des instruments mĂȘmes de dĂ©passements, ce qui confĂšre aux instruments cognitifs leur richesse et leur complexitĂ© particuliĂšre. D’un tel point de vue l’algĂšbre, en tant que thĂ©orie des formes ou des structures, constitue le modĂšle privilĂ©giĂ© permettant de fournir une thĂ©orie adĂ©quate et gĂ©nĂ©rale de l’intelligence ou de la connaissance, car seule cette interprĂ©tation algĂ©brique de la raison humaine permet de se libĂ©rer du double Ă©cueil de l’empirisme et de l’apriorisme. On peut mĂȘme aller jusqu’à soutenir que les successions Ia, Ir et T puisent leurs racines dans la biologie (cf. l’embryogenĂšse, etc.) : ce sont donc elles qui justifient le rĂȘve d’un constructivisme intĂ©gral qui est de relier par tous les intermĂ©diaires voulus les structures biologiques de dĂ©part et les crĂ©ations logico-mathĂ©matiques d’arrivĂ©e.