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Hommage au professeur Victor Monnier

Victor Monnier (1953 - 2019)

C'est une personnalité originale et attachante d'historien du droit et des institutions de notre Université qui s'en est allée au début du mois de mars après un combat d'un courage exemplaire. Personnalité originale, Victor Monnier n'a cessé de l'être par la concomitance de son profond enracinement genevois, par son ascendance comme par son attachement à son village de Cartigny, de son intérêt marqué pour l'histoire des institutions de la Suisse et de l'intensité de ses échanges avec la France voisine.

Son intérêt pour l'histoire des institutions suisses, après des études de droit à Genève et à Berne, apparaît emblématiquement illustré par sa thèse bernoise sur l'institution du Général (1990), par ses nombreuses études sur les institutions de démocratie directe des cantons suisses comme par ses travaux sur l'Acte de Médiation de 1803. Cet intérêt helvétique majeur trouvera sa consécration dans la création en 2006 avec ses collègues F. Hafner (Bâle) et A. Kley (Berne, Zurich) de la revue historico-juridique suisse: les Commentationes Historiae Iuris Helveticae. Mais aussi emblématique de son intérêt pour la Suisse apparaît sa monumentale biographie (900 p.) consacrée, sous l'égide du Fonds national, à William Rappard (1995). Victor Monnier ne tardera cependant pas à porter ses investigations par delà nos frontières, à la faveur de ses relations privilégiées avec l'Université d'Aix-Marseille et l'Association Française des Historiens des Idées Politiques (AFHIP), illustrées par sa participation à nombre de jurys de thèses français et de colloques internationaux.

Personnalité attachante, allergique à toute espèce d'embrigadement idéologique comme à toute forme de vedettariat, historien consciencieux, soucieux à l'extrême de la sûreté de sa documentation, Victor Monnier se distinguait par sa modération autant que par son indépendance d'esprit. Homme de bon sens et de bon conseil, attentif aux autres et d'une grande convivialité, son départ à la veille de sa retraite laisse un vide difficile à combler. Et s'il ne lui a pas été permis de donner de traditionnelle «Leçon d'adieu», son courage autant que sa discrétion constituent sans doute la plus belle des leçons qu'il puisse laisser à ses collègues et amis.

 

Prof. Alfred Dufour, Doyen de la Faculté de droit de 1986 à 1989
(cet hommage a été publié dans la Tribune de Genève du 21 mars 2019)