Fragment de cratère à figures noires
Une Néréide
Dimensions : 12 x 4.7 cm
HRC 002
Fragment haut de 12 cm, rectangulaire, plutôt épais, ayant appartenu à un cratère à colonnettes corinthien, qu’il faut dater de 575/550 avant J.-C. (Corinthien récent I). Son emplacement sur le vase ne fait aucun doute : le haut de la panse, occupé par une large frise, s’interrompant seulement au passage des anses. Cette frise est limitée en bas par un filet épais, doublé par un autre, réduit à une simple ligne. Une fleur de lotus se remarque en dessous.
Le fragment contient deux personnages, dont seul le bas du corps, à partir de la taille, se trouve conservé. Ils marchent côte à côte, mais légèrement décalés, en avançant d’abord la jambe gauche.
Le personnage qui ouvre la marche est une femme, à en juger par son vêtement, un long chiton, bordé en bas par un méandre. L’homme qui la suit, identifié comme tel à cause de ses jambes nues, portait certainement une courte tunique.
Devant la femme, une inscription remplit l’espace. Elle comporte douze lettres, orientées à gauche et soigneusement alignées. On la parcourt du haut vers le bas. On lit :
ΠΝΟΤΟΜΕΔΟΙΣΑ
PNOTOMEDOISA, qu’il faut rétablir en PONTOMEDOISA .
Formé à partir du mot pontos, signifiant la mer, le nom pontomédoïsa est celui d’une Néréide. Filles de Nérée et petites-filles d’Océan, les nymphes marines ainsi dénommées étaient extrêmement nombreuses. On en connait quatre listes, dont celle fournie par Apollodore (Bibliothèque I 2,7), où Pontomédoïsa se trouve dûment mentionnée. Celle-ci figure aussi dans la liste d’Hésiode (Théogonie 249), sous la forme Prôtomédéia.
A quelle scène appartenaient la Néréide et son compagnon représentés sur le fragment ? Quel était le sujet ?
Pour répondre à cette question, il faut se souvenir de Thétis, la plus fameuse d’entre les Néréides. Lorsqu’elle épousa Pélée, ses sœurs au complet figuraient parmi les invités. Ce sujet a été traité en Attique par des peintres majeurs, le peintre de la Gorgone, Sophilos et Clitias, dont les œuvres précèdent de peu le fragment étudié ici. Dans les trois cas, les Néréides étaient représentées en tant que participantes au cortège nuptial.
Même si le thème des noces de Thétis et Pélée ne se rencontre qu’une seule fois dans la céramique corinthienne (le fragment discuté ici), il était bien connu à Corinthe. En effet, il figurait sur le célèbre coffret de Cypsélos, dédié à Olympie par le tyran de ce nom, qui régna de 655 à 625 av. J.-C. Ce chef d’œuvre de l’art corinthien, en bois de cèdre incrusté d’ivoire et d’or, n’est pas conservé, mais on le connait par une longue et minutieuse description de Pausanias (V 17, 5 sqq.).
Pour en revenir au fragment, on observe que l’inscription est tracée au pinceau, avec une certaine maîtrise, dans l’exécution de la lettre omicron notamment. Un trait plus fin, très sûr, sert au contour des figures. Quant à la technique de l’incision, le peintre l’a réservée pour l’exécution du méandre ornant le bas du chiton.
[J. Chamay]
Publication : Darell A. Amyx, Corinthian Vase-Painting of the Archaic Period, vol.2, 1988, chapitre 6 (Inscriptions), p. 583, no 96, pl.142,6 (dessin de l’inscription) ; Jacques Chamay, « Une Néréide », dans Numismatica e Antichità Classiche (Quaderni Ticinesi ) 19 ( 1990 ), p.31-33, pl. 1-2., fig.1-5 ; Rudolf Wachter, « Pnotomedoisa und die antiken Nereidenkataloge », op. cit., p.34-46 ; Jacques Chamay, Hellas et Roma. Dix ans de plus 2009-2018, Hellas et Roma Hors-Série 8, 2019, p.87-89
