Relief votif attique dédié par un groupe de blanchisseurs et de lavandières

Relief votif attique dédié par un groupe de blanchisseurs et de lavandières

Berlin, Pergamonmuseum inv. SK 709 (K 87)

40,5 x 44 x 9 cm

350-340 av. J.-C.

Les reliefs votifs attiques, des dédicaces en marbre avec des scènes figurées représentant d’habitude des dédicants humains devant les dieux qui recevaient ces offrandes prestigieuses, connaissent leur plus grande floraison et diffusion au IVe s. av. J.-C. Ils s’adressent principalement aux dieux chargés de la fertilité et du bien-être personnel, au dieu guérisseur Asclépios, aux déesses Déméter et Koré, et aux divinités de la nature telles que les nymphes.

Sur le relief qui fut trouvé en 1759 près du stade panathénaïque à l’Ilissos, la scène principale montre un homme barbu s’approchant avec son cheval des déesses éleusiniennes Déméter et Koré, représentées derrière leur autel, cette dernière tenant deux torches dans ses mains. L’homme est probablement à identifier avec le héros protecteur des blanchisseurs qui ont dédié la pièce. Dans le champ supérieur, plus petit, on discerne dans une grotte Hermès à la tête de trois nymphes, les dirigeant vers la tête barbue et cornue du dieu du fleuve Achélôos. A droite, la scène se termine avec Pan aux jambes de bouc croisées et jouant de sa flûte.

Sur la zone lissée entre les deux scènes se trouve une inscription inhabituellement longue (IG II2, 2934) :

Οἱ πλυνῆς Νύμφαις ἐυξάμενοι ανέθεσαν καὶ θεοῖς πᾶσιν

Ζωαγόρας [Ζ]ωκύπρου Ζώκυπρος Ζωαγόρον Θάλλος Λεύκη / Σωκράτης Πολνκράτους Ἀπολλοφάνης Εὐπορίωνος Σωσίστρατος / Mάνης Μυρρίνη Σωσίας Σωσιγενη Μίδας

Ceux qui lavent (le linge) ont consacré (ce monument) aux Nymphes et à tous les dieux, à la suite d’un vœu : Zôagoras fils de (Z)okypros, Zôkypros fils de Zôagoras, Thallos, Leukè, Sokratès fils de Polykratès, Apollophanès, Euporionos, Sosistratos, Manès, Myrrhinè, Sosias, Sosigénès, Midas.
(Traduction A. Bielmann)

Il s’agit d’une dédicace soit d’un groupe professionnel soit d'un groupe familial élargi. L’absence systématique de démotique et le partiel manque de patronymes indique qu'il ne s’agit pas de citoyens d’Athènes, mais de métèques, c’est-à-dire d'étrangers résidant à Athènes dont certains portent en outre un nom de tradition orientale (Manès, Midas). On remarque par ailleurs la présence de deux femmes, Leukè et Myrrhinè, sans patronyme et donc probablement également des esclaves.

La représentation du panneau supérieur se réfère probablement à un sanctuaire de Pan, Achélôos et des Nymphes décrit par Platon et situé sur la rive gauche de l’Ilissos. Sur cette même rive se trouvait également le Métrôon d’Agrai où se déroulait la fête des Petits Mystères - une préparation aux Mystères d’Éleusis dédiés à Déméter et à Koré. Il est très probable que l’atelier des blanchisseurs et lavandières s’est trouvé dans ce quartier athénien tout près de l’Ilissos.

Bibliographie : LIMC I (1981) 24 no. 202 avec fig. s.v. Acheloos (H.P. lsler) ; G. Güntner, Göttervereine und Götterversammlungen auf attischen Weihreliefs, Würzburg 1994, 10ss. 128 A 53 pl. 12,1 ; L. E. Baumer, Vorbilder und Vorlagen. Studien zu weiblichen Statuentypen und ihrer Verwendung für Reliefs und Statuetten des 5. und 4. Jhs. v. Chr., Acta Bernensia 12, Bern, 1997, 37 n. 197-198 ; P. C. Bol (éd.), Die Geschichte der antiken Bildhauerkunst, II: Klassische Plastik (2004) p. 200, 235, 255-256 (D. Kreikenbom). – Inscription, avec traduction : A. Bielman, Femmes en public dans le monde hellénistique, Paris 2002, p. 187 no. 35. P. Brun, « Chapitre 11 - Citoyens, métèques et esclaves », dans : idem. (éd.), Impérialisme et démocratie à Athènes. Inscriptions de l'époque classique, Paris 2005, p. 289-312 : 307-308 no. 159. DOI : 10.3917/arco.brun.2005.01.0289.

[Lorenz E. Baumer]

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Moulage de la stèle, Université de Genève

© Collection des moulages