Chapitre premier.
Classification des opérations logiques éléments réversibles en extension
a
Une opĂ©ration rationnelle nâest pas une action psychologique quelconque : câest une action â extĂ©riorisĂ©e en mouvements ou intĂ©riorisĂ©e en pensĂ©e, peu importe â susceptible de rĂ©versibilitĂ© complĂšte en son mĂ©canisme formel et aboutissant en ses rĂ©sultats Ă constituer des invariants ou Ă inverser toute variation. Les opĂ©rations rationnelles permettent ainsi Ă la pensĂ©e de situer le flux irrĂ©versible des processus externes et internes dans un univers de classes, de relations logiques et de fonctions mathĂ©matiques qui le dĂ©passe en le reconstruisant, mais ne lui ajoute quâune indĂ©finie mobilitĂ©, gage de cohĂ©rence croissante.
Lâapparition des actions rĂ©versibles ou opĂ©rations rationnelles est caractĂ©ristique de lâintelligence. Câest ainsi que la perception dâune collection dâarbres plus ou moins grands nâest pas comme telle une opĂ©ration logique câest une donnĂ©e qui annule les prĂ©cĂ©dentes dans le champ visuel et qui sera annulĂ©e par les suivantes. Cette perception nâintĂ©resse la logique que si elle-mĂȘme ou son souvenir sont incorporĂ©s dans les opĂ©rations dont nous allons parler, mais, en tant que contact sensori-moteur et indĂ©pendamment de toute classification, sĂ©riation, etc., elle nâest point encore logique. Par contre, en tant quâelle englobe dĂ©jĂ des facteurs de classification ou de sĂ©riation, elle annonce de telles opĂ©rations, mais celles-ci doivent ĂȘtre dĂ©tachĂ©es de la perception actuelle et fonctionner en elles-mĂȘmes pour devenir vraiment « opĂ©ratoires » : elles seront alors prĂ©cisĂ©ment rĂ©versibles, puisquâune rĂ©union ou une sĂ©rie peuvent se faire et se dĂ©faire Ă volontĂ©. DĂ©planter ces arbres pour les replanter ne constitue pas non plus une opĂ©ration logique ces actions, mĂȘme rĂ©versibles en apparence, sont caractĂ©risĂ©es par un hic, un nunc, un sic, etc., qui sont impossibles Ă retrouver tels quels. Mais, par la pensĂ©e, je puis Ă©voquer et « poser » lâarbre dĂ©plantĂ© (ou coupĂ©, dĂ©truit, etc.) aussi bien dans lâĂ©tat antĂ©rieur Ă ces transformations que dans lâĂ©tat ultĂ©rieur : toute action et toute perception dâun changement peuvent ainsi ĂȘtre annulĂ©es ou inversĂ©es en esprit et, de la sorte, lâaction ou le changement perçu se prolongent en rĂ©alitĂ©s logiques (concepts, relations, etc.) câest-Ă -dire rĂ©versibles. Bien plus, rĂ©unir ces arbres en un tout ou les dissocier un Ă un, les englober dans un autre tout ou les en extraire, les sĂ©rier en plus ou moins Ă©levĂ©s, solides, etc., ou inverser ces sĂ©ries, sont des opĂ©rations logiques dĂšs lâaction mĂȘme, parce que faciles Ă dĂ©tacher de leur actualitĂ© psychique et tendant comme telles Ă la rĂ©versibilitĂ©. Que lâon effectue ces opĂ©rations en dĂ©plaçant rĂ©ellement les corps ou Ă nâimporte quel degrĂ© dâabstraction et de symbolisation, inconsciemment dĂšs la perception ou grĂące Ă une sĂ©rie de jugements explicites, ce sont toujours les mĂȘmes opĂ©rations : une fois engagĂ©s en elles, les objets, viennent-ils Ă disparaĂźtre en cours de route ou Ă se transformer de toute maniĂšre, sont pour ainsi dire dissociĂ©s du prĂ©sent et de leur lieu de dĂ©part pour entrer dans une infinitĂ© de combinaisons possibles, remontant ou descendant le cours du temps, traversant lâespace en un sens ou en un autre, bref transcendant lâirrĂ©versibilitĂ© du rĂ©el par une rĂ©versibilitĂ© opĂ©ratoire rigoureuse, quâesquisse la manipulation et que rĂ©alise la pensĂ©e.
Introduisons maintenant quelques distinctions. En premier lieu, il est des opĂ©rations rĂ©versibles dont le propre est de rĂ©unir ou de comparer les rĂ©alitĂ©s dans leur diversitĂ© qualitative sans faire intervenir dâunitĂ© composable avec elle-mĂȘme, tandis que dâautres font abstraction des qualitĂ©s pour considĂ©rer les objets dans leurs rapports avec une telle unitĂ© ou envisagent les qualitĂ©s en fonction seulement de ces rapports. Câest ainsi quâune pierre peut ĂȘtre rĂ©unie Ă dâautres en tant que pierre, ou jugĂ©e plus lourde quâune seconde, ou lancĂ©e plus loin quâelle, etc. Dans les opĂ©rations de ce genre, que nous appellerons « logiques », lâobjet individuel nâest quâune unitĂ© qualitative et le problĂšme nâest pas de savoir combien de telles unitĂ©s interviennent, mais en vertu de quelles qualitĂ©s : la ressemblance des caractĂšres ou la diffĂ©rence des poids et des distances suffit ainsi Ă motiver ces jugements, sans que lâon demande le nombre des pierres rĂ©unies, ni la valeur mĂ©trique de la pesĂ©e ou du dĂ©placement. Par contre, si nous Ă©valuons la quantitĂ© des pierres, soit par un chiffre, soit par correspondance bi-univoque (quelconque) avec un autre tas, ou que nous mesurons le poids de lâune dâentre elles ou la longueur du jet, alors les pierres sont envisagĂ©es en tant quâunitĂ©s homogĂšnes, leurs poids ou leurs dĂ©placements sont dĂ©composĂ©s selon le mĂȘme principe, et les opĂ©rations sont « mathĂ©matiques » le critĂšre de ces opĂ©rations, qui sont Ă©galement rĂ©versibles, est la rĂ©pĂ©tition possible de lâunitĂ© comme telle, par exemple « 4 pierres », ou « 1 fois œ plus lourd », ou « 2 fois plus loin », etc. Nous nous bornerons pour lâinstant Ă cette distinction sommaire, pour ne lâapprofondir quâau cours du chapitre XI. Dâici lĂ elle nous suffira pour la forme, puisquâelle se traduit axiomatiquement par lâopposition fondamentale que lâon connaĂźt : lâunitĂ© arithmĂ©tique est caractĂ©risĂ©e par lâ« itĂ©ration » (A + A = 2A) et lâunitĂ© qualitative par la « tautologie » (A + A = A).
Quant aux opĂ©rations logiques, auxquelles nous limiterons dâici lĂ notre Ă©tude, deux nouvelles distinctions sâimposent dâemblĂ©e.
Toute opĂ©ration relie au moins deux termes lâun Ă lâautre (nous considĂ©rerons mĂȘme la nĂ©gation comme « binaire »). Comme lâa dit HĆffding, la pensĂ©e est semblable Ă un compas, dont chaque pointe se pose alternativement en un endroit nouveau, tandis que lâautre conserve son appui en attendant son tour de rotation. DĂšs lors on peut en premier lieu distinguer les termes comme tels, points de dĂ©part des classes, et la relation qui les unit. Si, par exemple, « (le loup) mange (la brebis) », la relation est « mange » et les termes sont le loup et la brebis. Un terme donnĂ© comme « le loup » constitue Ă lui seul une classe singuliĂšre, mais on peut construire plusieurs autres classes en substituant Ă ce terme ses Ă©quivalents possibles. Ainsi, dans « le loup mange (y) », on peut donner Ă (y) non seulement la valeur « brebis », mais toutes sortes dâautres valeurs qui constitueront ainsi la classe des « nourritures du loup » ou des « animaux mangĂ©s par le loup ». Ou encore, dans « (x) mange la brebis » on peut substituer au loup dâautres « mangeurs de brebis ». Si (y) prend toutes les valeurs, alors (x) sâĂ©tendra de proche, en proche Ă la classe des « mangeurs » en gĂ©nĂ©ral, etc. En bref, si nous considĂ©rons la forme de ces opĂ©rations initiales, indĂ©pendamment de leur « groupement », nous appellerons selon lâusage « classes » les fonctions propositionnelles saturĂ©es par une seule valence, « (x) mange la brebis » ou « le loup mange (y) » et « relations » les fonctions saturĂ©es par au moins deux valences « (x) mange (y) ». Mais, comme on le verra, cette distinction qui suffit Ă caractĂ©riser la forme des opĂ©rations isolĂ©es est impuissante Ă rendre compte des oppositions plus profondes qui interviennent, lorsque lâon « groupe » les Ă©quivalences propres aux classes en gĂ©nĂ©ral et les non-Ă©quivalences propres aux relations au sens strict.
DâoĂč une seconde distinction, qui est Ă introduire cette fois entre les opĂ©rations prĂ©liminaires, sources des relations et des classes, et les opĂ©rations proprement dites ou « entiĂšres » qui permettent le groupement. Toute la thĂ©orie des groupements logiques nous conduira, en effet, Ă admettre que les Ă©quivalences engendrant les classes ou que les mises en relations ne sont que des fragments dâopĂ©rations, des chaĂźnons dissociĂ©s de la chaĂźne continue qui constitue le groupe. Psychologiquement, dĂ©jĂ , il est clair que concepts et rapports ne sont rien en eux-mĂȘmes, indĂ©pendamment des jugements et des raisonnements qui les englobent. Or, du point de vue axiomatique, cette vĂ©ritĂ© fondamentale correspond au principe mĂȘme des groupements que nous allons construire, Ă savoir que les vrais « élĂ©ments » ne sont pas les classes et les relations comme telles, mais les opĂ©rations complĂštes qui traduisent leur coordination, autrement dit les Ă©quations ou Ă©galitĂ©s entiĂšres qui expriment Ă la fois les opĂ©rations et leurs rĂ©sultats.
Une opĂ©ration nâest, en effet, « entiĂšre » quâen fonction de son rĂ©sultat. Que signifie cette notion du point de vue logique ? La consĂ©quence matĂ©rielle dâun acte est irrĂ©versible et nâentre donc point ici en considĂ©ration comme telle. Le rĂ©sultat logique dâune opĂ©ration est au contraire sa consĂ©quence devenue rĂ©versible : câest sa « conclusion » ou son « produit » reliĂ©s aux facteurs de lâopĂ©ration par un signe dâĂ©galitĂ©.
Pour ce qui est des classes, lâ« élĂ©ment » sera donc toute Ă©galitĂ© rĂ©sultant dâune addition de termes Ă©quivalents, puisquâune classe est par dĂ©finition une telle rĂ©union, ou rĂ©sultant dâune multiplication, câest-Ă -dire de la rĂ©union de termes en deux ou plusieurs classes Ă la fois. Par exemple : « les VertĂ©brĂ©s (A) rĂ©unis aux InvertĂ©brĂ©s (Aâ) sont tous les Animaux (B) », dâoĂč A + Aâ = B ; ou « tous les VertĂ©brĂ©s (A) sont en mĂȘme temps des Animaux (B) », dâoĂč A Ă B = A B.
Pour ce qui est des relations, par contre, il nâest pas possible dâeffectuer ces deux opĂ©rations fondamentales de la logique en additionnant ou multipliant les termes eux-mĂȘmes, parce quâalors on ne dĂ©passerait pas le terrain des classes, câest-Ă -dire que lâon considĂ©rerait simplement ces termes en tant quâĂ©lĂ©ments de classes : ce sont donc les relations comme telles quâil sâagit dâadditionner ou de multiplier. Or, câest prĂ©cisĂ©ment cette coordination des relations qui conduit Ă leur conclusion. Par exemple, si « lâeau de A coule en B » (soit A aâ B), et si « lâeau de B coule en C » (soit B aââ C), il ne sert de rien dâadditionner (A + B + C) qui ne constituent que la classe des niveaux successifs de lâeau : il faut additionner les relations a et aâ, dâoĂč (a + aâ = b). Le rĂ©sultat matĂ©riel de lâacte est que lâeau est en C et elle ne saurait « matĂ©riellement » remonter en B ou en A. Mais la conclusion logique (a + aâ = b) signifie « lâeau de 1A a coulĂ© en C » (soit A bâ C) et elle est rĂ©versible (soit b â aâ = a) puisque, par la pensĂ©e, je puis soustraire du changement total la relation (B aââ C) et obtenir (A aâ B), ou inverser la relation (B aââ C) en (B âaâ C), câest-Ă -dire faire lâhypothĂšse que « lâeau remonte en B ». De mĂȘme je puis faire correspondre ces relations Ă toute autre que lâon voudra, câest-Ă -dire les « multiplier » les unes par les autres.
â
Cherchons maintenant Ă classer les opĂ©rations rĂ©versibles aptes Ă servir dâ« élĂ©ments » Ă des groupes dâordre logique ou « groupements ».
Soit, tout dâabord, une collection quelconque de termes A1 A2 A3⊠etc. (les indices numĂ©riques indiquant simplement que les objets sont distincts les uns des autres). Une action exercĂ©e sur lâun de ces termes, est, par hypothĂšse, susceptible de sâappliquer Ă©galement aux autres : par exemple, je puis brĂ»ler lâun dâentre eux aussi bien quâun autre, etc. Psychologiquement cette assimilation possible constitue le concept de « combustible » et permet ainsi de rĂ©unir ces objets en une mĂȘme classe. Logiquement, on peut traduire la chose en disant que, du point de vue considĂ©rĂ©, A1 A2 A3⊠etc. sont Ă©quivalents. Mais il faut prendre grand soin de dĂ©finir convenablement cette relation, car toute la thĂ©orie des groupements logiques dĂ©pend de la distinction des diverses formes dâĂ©quivalences. En effet, A1 A2 A3⊠etc., peuvent ĂȘtre Ă©quivalent Ă plusieurs points de vue diffĂ©rents et ne pas lâĂȘtre Ă dâautres. Si B = la classe des corps combustibles, A1 A2 A3⊠sont Ă©quivalents en tant que combustibles, ce que nous Ă©crirons A1 B= A2 =B A3âŠ, etc. Si C = la classe des corps pesants, ils sont donc aussi Ă©quivalents en tant que pesants, ce que nous Ă©crirons A1 C= A2 =C A3âŠ, etc. Mais si Aâ = la classe des corps en bois et que A2 seul est en bois, par opposition Ă A1, alors A1 Aââ  A2. Dâautre part A1 est Ă©quivalent Ă lui-mĂȘme en tant que A1, soit A1 A1 = A1, mais il nâest Ă©quivalent Ă Â A2 ni en tant que A1 ni en tant que A2, soit A1 A1 â  A2 et A1 A2 â  A2.
LâopĂ©ration fondamentale, Ă cet Ă©gard, sera celle qui dĂ©finit lâĂ©galitĂ©, câest-Ă -dire la substitution simple. Nous tiendrons cette opĂ©ration pour indĂ©finissable, car on ne pourrait la dĂ©finir que par lâĂ©galitĂ© elle-mĂȘme. Mais sa signification opĂ©ratoire Ă©tant Ă©vidente, nous pouvons nous borner Ă convenir, que X = Y signifie : « X peut ĂȘtre substituĂ© (sans conditions) Ă Y ». La substitution Ă©tant par essence rĂ©versible, nous trouvons donc en elle un premier « élĂ©ment » possible de groupement logique ; seulement un tel groupement nâest que prĂ©liminaire, puisquâil ne comporte encore aucune opĂ©ration « entiĂšre ». Nous Ă©crirons :
(0) X = Y = Z ⊠ou Al = Am = AnâŠ
pour les classes et
x = y = z⊠ou a = am = anâŠ
pour les relations.
LâĂ©galitĂ©, ainsi caractĂ©risĂ©e par la substitution simple, conduit Ă la tautologie : si A = Am, alors A + Am = A, ou si a = am, alors a + am = a. Dâautre part, la signification de lâĂ©galitĂ© demeure la mĂȘme lorsquâelle rĂ©unit les deux membres dâune Ă©quation logique : A + Aâ = B ; car si (A + Aâ) et (B) Ă©taient situĂ©s dans le mĂȘme membre, et affectĂ©s du mĂȘme signe, ils se tautifieraient lâun lâautre : A + Aâ + B = B.
En logique des classes et des relations, on ne peut donc substituer les uns aux autres que des termes impossibles Ă additionner rĂ©ellement entre eux, puisque sâils sont substituables, ils sont tautologiques et que leur addition demeure alors fictive. En arithmĂ©tique, par contre, on peut substituer les uns aux autres des termes que lâon pourrait Ă©galement additionner. Par exemple, en logique qualitative, on vient de voir que si A + Aâ = B, alors A + Aâ + B = B, tandis quâen arithmĂ©tique si 1 + 1 = 2, alors 1 + 1 + 2 = 4. LâĂ©galitĂ© logique se rĂ©duit ainsi Ă lâidentitĂ© ou auto-Ă©quivalence : A = A signifie A A= A, soit « A est Ă©quivalent Ă Â A du point de vue de A lui-mĂȘme ». LâĂ©galitĂ© numĂ©rique est au contraire une Ă©quivalence du point de vue du nombre seul 1, que nous appellerons Ă©quivalence numĂ©rique (ou correspondance cardinale). Nous analyserons plus bas (chap. XI) la nature de cette relation et nous ne nous en occuperons pas pour le moment.
Quant Ă lâĂ©quivalence qualitative, elle suppose, comme cette derniĂšre, lâaddition possible des termes Ă©quivalents, dâoĂč la nĂ©cessitĂ© de la distinguer de lâĂ©galitĂ©. Mais on peut la concevoir comme due Ă la gĂ©nĂ©ralisation de lâopĂ©ration de substitution, et câest ce que nous allons montrer dâemblĂ©e, quittes Ă y revenir ultĂ©rieurement (chap. VIII et IX).
Soit A1 = les VertĂ©brĂ©s. Cette classe nâest en droit Ă©gale ou substituable quâĂ elle-mĂȘme A1 = A1. Mais parmi les qualitĂ©s qui la caractĂ©risent il en est qui ne lui sont pas spĂ©ciales et qui dĂ©finissent ainsi dâautres classes, dont A1 fait partie. On peut exprimer la chose dans le langage de lâĂ©galitĂ©, en disant que « les VertĂ©brĂ©s sont des Animaux (B), des Ătres vivants (C), etc. soit A1 = quelques B ; A1 = quelques C (de mĂȘme que B = quelques C), etc. La relation dâinclusion, câest-Ă -dire la relation de partie Ă tout, peut donc ĂȘtre introduite ici, en la dĂ©finissant, au moins provisoirement, comme une Ă©galitĂ© partielle entre A1 et B1, entre B et C, etc. 2
Mais si nous posons « A1 = quelques B », il va de soi que dâautres valeurs peuvent remplacer le terme A1 et satisfaire Ă la mĂȘme Ă©quation. Appelons Aâ ces autres termes (= les autres B), câest-Ă -dire, en langage usuel, que Aâ = lâensemble de toutes les valeurs, sauf A1, de la « fonction propositionnelle » xÂ Ï (B). Aâ comprendra par exemple A2 (= les Insectes), A3 (= les Mollusques), etc. DâoĂč :
A1 (= quelques B) + Aâ (= les autres B) = B (= tous les B).
Mais si Aâ (soit A2 ; A3âŠ) peut ĂȘtre substituĂ© en tout ou en partie Ă Â A1 dans lâĂ©galitĂ© « A1 = quelques B », il va de soi que cette substitution ne constitue plus une Ă©galitĂ© et quâelle nâest plus une opĂ©ration du mĂȘme ordre que la substitution simple. En effet, si je substitue A2 Ă Â A1, je puis encore poser « A2 = quelques B », mais dâune part il ne sâagit plus des mĂȘmes B que dans « A1 = quelques B », et dâautre part A1 nâest pas Ă©liminĂ© par la substitution, mais doit se retrouver ailleurs, en Aâ (mais dans un Aâ dĂ©fini cette fois par rapport Ă Â A2). Au contraire dans la substitution simple, si X = A1, alors « X = quelques B » est identique à « A1 = quelques B » et X est Ă©liminĂ© (= se tautifie) en A1 ou lâinverse.
Pour construire les groupements logiques, nous nâutiliserons donc pas le langage des fonctions propositionnelles, qui serait peu commode, et nous servirons uniquement des Ă©galitĂ©s de type A + Aâ = B, qui lui est dâailleurs rĂ©ductible et dans lequel on a : si x Ï (B) = x est un B :
A1 [= quelque valeur x deÂ Ï (B)] + Aâ[= les valeurs de Ï (B) complĂ©mentaires de A] = B [= toutes les valeurs de Ï (B)].
Nous pouvons dĂšs lors introduire les notions de « substitution rĂ©ciproque » et dâ« équivalence qualitative » : lâopĂ©ration de la substitution rĂ©ciproque rĂ©glera la substitution de A2, A3⊠par rapport Ă Â A1 et lâĂ©quivalence qualitative sera la relation existant entre les diffĂ©rentes valeurs possibles de B, telles que A B= Aâ. Soient :
La substitution rĂ©ciproque est lâopĂ©ration qui consiste, si le terme A1 Ă©gale une partie de B et si le terme A2 Ă©gale une autre partie (disjointe de A1) de B, Ă remplacer en une Ă©quation quelconque A1 par A2, en rattachant alors A1 Ă la partie de B complĂ©mentaire de A2, de maniĂšre Ă laisser invariant le terme total B. Plus briĂšvement, la substitution rĂ©ciproque consiste Ă substituer Ă une classe quelconque A1 une classe disjointe quelconque A2, en substituant alors Ă la classe Aâ1 (complĂ©mentaire de A1) la classe Aâ2 (complĂ©mentaire de A2 et comprenant le terme A1).
Par exemple, si A1 = les VertĂ©brĂ©s ; A2 = les Insectes, B = les Animaux et Aâ1 = les Animaux non-VertĂ©brĂ©s, alors dans lâĂ©quation A1 + Aâ1 = B, je puis remplacer A1 par A2, Ă condition de remplacer Ă©galement Aâ1 par Aâ2 dâoĂč A2 + Aâ2 = B, le terme Aâ2 signifiant donc « les Animaux non-Insectes, y compris les VertĂ©brĂ©s ».
Nous appellerons rĂ©ciproquement substituables ou plus simplement vicariantes (de « vicarius » = remplaçant) les classes entre lesquelles lâopĂ©ration de la substitution rĂ©ciproque est possible, soit A1 et A2 ou de maniĂšre gĂ©nĂ©rale A1 et Aâ1 ; A2 et Aâ2 ; A3 et Aâ3 etc. Nous nommerons en outre altĂ©ritĂ© la relation existant entre classes vicariantes, câest-Ă -dire la relation unissant les unes aux autres des classes non Ă©gales (= diffĂ©rentes), mais chacune Ă©gale Ă une partie dâune classe totale au sein de laquelle la substitution rĂ©ciproque est possible entre elles. Il est alors facile de dĂ©finir lâĂ©quivalence qualitative comme la rĂ©union de lâĂ©galitĂ© et de lâaltĂ©rité :
LâĂ©quivalence qualitative est donc la relation qui unit lâune Ă lâautre deux classes X et Y chacune Ă©gale Ă quelque partie dâune classe quelconque Z et pouvant ĂȘtre substituĂ©es lâune Ă lâautre simplement ou rĂ©ciproquement au sein de Z. Les termes X et Y peuvent donc ĂȘtre Ă©gaux ou vicariants et le terme Z est celui « du point de vue duquel » X et Y sont Ă©quivalents.
Dans lâexemple citĂ© Ă lâinstant on a donc A1 B= A2. Par extension nous Ă©crirons A1 B= Aâ1 puisque Aâ1 ne comprend que des termes (A2, A3âŠ) Ă©quivalents Ă Â A1 du point de vue de B. Mais cette Ă©criture nâest quâune abrĂ©viation de A1 B= A2 ; A B= A3 ; ⊠etc. On a en outre A1 B= A1, la relation dâĂ©quivalence qualitative Ă©tant rĂ©flexive, et A A= A, puisque le terme A est aussi Ă©quivalent Ă lui-mĂȘme Ă son propre point de vue (lâĂ©galitĂ© A = A). Dâautre part il est clair que la relation dâĂ©quivalence qualitative peut sâappliquer de mĂȘme aux individus « appartenant » Ă la mĂȘme classe ainsi quâaux relations symĂ©triques quelles quâelles soient, lorsquâon les emboĂźte les unes dans les autres. Par contre, on voit dâemblĂ©e quâelle ne saurait avoir de sens dans le cas des relations asymĂ©triques, car si lâĂ©galitĂ© sâapplique aux emboĂźtements de ces derniĂšres, la substitution rĂ©ciproque est contradictoire avec lâasymĂ©trie elle-mĂȘme.
Nous voici donc en mesure de classer les groupements additifs, et les groupements opĂ©ratoires en gĂ©nĂ©ral. LâĂ©quivalence pure ou Ă©galitĂ© ne saurait, comme on lâa vu, constituer quâun groupement prĂ©liminaire, faute dâopĂ©rations complĂštes (la substitution simple nâengendrant jamais quâelle-mĂȘme). Par contre la substitution rĂ©ciproque conduit Ă lâaddition.
Nous appellerons addition des classes lâopĂ©ration qui consiste Ă rĂ©unir deux classes Ă©quivalentes dans la plus petite des classes du point de vue desquelles ces deux classes sont Ă©quivalentes. Lâaddition des classes consiste donc soit Ă Ă©galer A + A = A (tautologie), soit Ă Ă©galer A + Aâ = B (A et Aâ Ă©tant vicariantes). LâopĂ©ration additive dont nous nous servirons sera donc toujours disjonctive, sauf le cas particulier de la tautologie et celui oĂč A + B = B (rĂ©sorption) qui se rĂ©duit Ă la tautologie A + A + Aâ = B.
Ces considĂ©rations si simples suffisent Ă nous permettre de formuler le principe des groupements dâadditions et de multiplications de classes. 1° Nous appellerons « classes primaires » A, B, C⊠etc. une suite de classes quelconques non Ă©gales et dont chacune est incluse dans la suivante, câest-Ă -dire telles que B contienne A et au moins un terme de plus que A ; que C contienne B et au moins un terme de plus que B, etc. Par exemple A = les VertĂ©brĂ©s ; B = les Animaux ; C = les Ătres vivants ; ⊠etc. (Ou A = les Hommes ; B = les MammifĂšres ; C = les VertĂ©brĂ©s ; ⊠etc. Ou encore A = Socrate ; B = les Hommes ; C = les ĂȘtres vivants ; ⊠etc.), les rangs A, B, C⊠etc. demeurant ainsi entiĂšrement relatifs aux classes choisies, pourvu quâil y ait inclusion hiĂ©rarchique (A pouvant ĂȘtre une classe « singuliĂšre »). 2° Nous appellerons « classes secondaires » de chaque suite, les classes Aâ Bâ CââŠÂ etc. comprenant les termes inclus en chaque classe primaire dâordre supĂ©rieur, mais non pas dans les classes primaires de mĂȘme ordre ni dâordre infĂ©rieur Ă celui de la classe secondaire considĂ©rĂ©e, donc : Aâ = B â A ; Bâ = C â B ; Câ = D â C ; âŠÂ etc. Par exemple, si A = les VertĂ©brĂ©s et B les Animaux, alors Aâ = les Animaux non-VertĂ©brĂ©s = les InvertĂ©brĂ©s. Si B = les Animaux et si C = les Ătres vivants, alors Bâ = les Ătres vivants non-Animaux = les VĂ©gĂ©taux ; ⊠etc. Il ne faut donc pas confondre les classes secondaires, qui sont des fractions de classes primaires, telle que Aâ qui est une partie de B, et les classes nĂ©gatives (â A) qui sont les classes positives en tant quâexclues dâune classe donnĂ©e (B â A = Aâ ; C â A = Bâ + Aâ ; ⊠etc.)
Cela posé, le premier « élément » possible de groupement est la simple réunion des classes en un systÚme hiérarchique :
(1) A + Aâ = B ; B + Bâ = C ; C + Câ = D ; ⊠etc.
De telles opĂ©rations sont rĂ©versibles, câest-Ă -dire quâaprĂšs avoir rĂ©uni les A et les Aâ en B, je puis retrouver les A en excluant les Aâ de B, ou les Aâ en excluant les A de B, soit B â Aâ = A et B â A = Aâ. DâoĂč la « soustraction » des classes, dont un cas particulier est la nĂ©gation totale, laquelle consiste Ă exclure les A de la totalitĂ© des classes. Mais comme nous ne savons pas ce quâest la totalitĂ© des classes, puisque la construction des classes nâest jamais achevĂ©e et que nous sommes prĂ©cisĂ©ment occupĂ©s en cet instant dâen Ă©laborer encore, nous nous bornerons Ă dire que, si lâon dĂ©finit Z = lâensemble des classes actuellement construites, alors Z â Y = Yâ signifie « tout ce qui nâest pas Y dans lâensemble des classes actuellement construites ». La soustraction binaire est donc une opĂ©ration absolument gĂ©nĂ©rale :
(1 bis) B â Aâ = A ; C â Bâ = B ; C â B = Bâ ; D â Câ = C ; etc.
Quant aux classes secondaires Aâ Bâ Câ⊠etc. leur dĂ©finition, qui procĂšde ainsi par soustraction, est naturellement toute relative au choix des classes primaires A B C⊠etc., dâautant plus que lâordre de ces derniĂšres est Ă©galement tout relatif pourvu quâil y ait emboĂźtement de chaque classe primaire dans la suivante. DĂšs lors, on peut concevoir, Ă lâintĂ©rieur de chaque secondaire, une composition du mĂȘme type que (1) et (1 bis). Ces compositions secondaires constitueront donc un ensemble de groupements rĂ©ciproques du groupement I de lâaddition des classes. Nous ne pourrons faire comprendre la signification de ces groupements rĂ©ciproques quâen les analysant au cours du chap. IV et nous bornerons pour lâinstant Ă une brĂšve indication.
Si Aâ1 = « les Animaux (B) non-VertĂ©brĂ©s » et si A = les VertĂ©brĂ©s, alors, comme nous lâavons dĂ©jĂ vu, on peut distinguer en Aâ1 des embranchements de mĂȘme rang que les VertĂ©brĂ©s, par exemple A2 = les Insectes. En ce cas, « les Animaux (B) non-Insectes » constitueront la classe Aâ2 qui comprendra A1. On a dĂšs lors les « élĂ©ments » de groupes dus Ă des « substitutions rĂ©ciproques », câest-Ă -dire distincts de celui de lâaddition simple :
(2) A1 + Aâ1 = B et A2 + Aâ2 = B ; âŠÂ etc.
DâoĂč : A1 + Aâ1= A2 + Aâ2
B2Â +Â Bâ2Â =Â B3Â +Â Bâ3
âŠÂ etc.
les classes en jeu Ă©tant « rĂ©ciproquement substituables » (voir plus haut). DâoĂč :
(2 bis) B â A2 = Aâ2 et B â Aâ2 = A2
et
Aâ2 â A1 + A2 = Aâ1
âŠÂ etc.
On peut ainsi constituer Ă lâintĂ©rieur de chacune des classes secondaires successives Aâ, Bâ, Câ⊠etc. autant de suites additives de plus en plus complexes, qui rejoignent toutes la suite initiale (1) et (1 bis) au niveau de la classe primaire Ă laquelle est relative la classe secondaire considĂ©rĂ©e. Dans le cas particulier de (2) la suite secondaire A2 + Aâ2 rejoint dĂ©jĂ la suite initiale en B, puisque Aâ2 est relative Ă Â B.
Il va de soi que les indices numĂ©riques se bornent Ă diffĂ©rencier les classes de mĂȘme rang, sans intervention dâaucune opĂ©ration arithmĂ©tique, ce rang lui-mĂȘme Ă©tant entiĂšrement relatif Ă la classification choisie.
Supposons maintenant quâen chacune des classes dâune suite quelconque on emboĂźte chacune de celles dâune autre suite. Par exemple, si A1 = les Animaux aquatiques et si Aâ1 = les Animaux non-aquatiques, B1 Ă©tant ainsi lâensemble des Animaux aquatiques et non-aquatiques ; dâautre part, si A2 = les InvertĂ©brĂ©s et si Aâ2 = les VertĂ©brĂ©s, B2 Ă©tant alors lâensemble des animaux VertĂ©brĂ©s et InvertĂ©brĂ©s, on a :
(3) B1Â ĂÂ B2Â =Â A1A2Â +Â A1Aâ2Â +Â Aâ1A2Â +Â Aâ1Aâ2
soit les Invertébrés et les Vertébrés aquatiques et non-aquatiques.
La simple multiplication de deux classes Ă©lĂ©mentaires A1 Ă A2 = A1 A2 (= les InvertĂ©brĂ©s aquatiques) nâest quâun cas particulier de cette opĂ©ration complĂšte. Celle-ci est naturellement rĂ©versible, car si la multiplication consiste Ă qualifier ou à « dĂ©terminer » une classe par une autre ou une suite de classes par une autre, il est toujours possible de diviser un produit par lâun de ses facteurs, câest-Ă -dire dâ« abstraire » une classe dâune autre :
(3Â bis) B1B2Â : B1Â =Â B2
Câest-Ă -dire concrĂštement : « Lâensemble des Animaux aquatiques et non-aquatiques, abstraction faite de leur rĂ©partition en aquatiques et non-aquatiques, est Ă©gal Ă lâensemble des Animaux ».
Dâautre part, si lâon multiplie une suite quelconque de classes dâordre (1), par exemple D1 (soit A1 quelques frĂšres ; Aâ1 = leurs fils ; Bâ1 = leurs petits-fils et Câ1 = leurs arriĂšre-petits-fils) avec une autre suite disposĂ©e selon les opĂ©rations dâordre (2) (additions secondaires), par exemple D2 (soit A2 = les fils de mĂȘme pĂšre ; B2 = les petits-fils de mĂȘme grand-pĂšre ; Aâ2 = les petits-fils de mĂȘme grand-pĂšre autres que les A2 ; C2 = les arriĂšres petits-fils de mĂȘme arriĂšre-grand-pĂšre ; Bâ2 = les C2 autres que B2; ⊠etc.) 3, on obtient :
(4) D1Â ĂÂ D2Â =Â A1A2
Aâ1A2Â +Â Aâ1Aâ2
Bâ1A2Â +Â Bâ1Aâ2Â +Â Bâ1Bâ2
Câ1A2Â +Â Câ1Aâ2Â +Â Câ1Bâ2Â +Â Câ1Câ2
Cette opĂ©ration, que nous appellerons la « multiplication co-univoque des classes » par opposition Ă la multiplication bi-univoque (3) nâest ainsi que le produit dâune suite de type (1) par les suites secondaires dâordre (2).
Il est clair que si les classes sont par dĂ©finition des rĂ©unions de termes Ă©quivalents, lâaddition et la multiplication des classes sont les seules opĂ©rations quâil est possible dâeffectuer sur ces classes comme telles, puisque lâaddition est la rĂ©union mĂȘme qui constitue les emboĂźtements successifs et que la multiplication dĂ©termine lâensemble des emboĂźtements simultanĂ©s.
â
Nous nâavons opĂ©rĂ© jusquâici que sur des Ă©quivalences dâabord pures (groupe prĂ©liminaire), puis hiĂ©rarchisĂ©es (opĂ©rations 1 Ă Â 4). Mais, sâil y a ainsi hiĂ©rarchie possible des emboĂźtements de classes, câest que, outre les Ă©quivalences, il existe des non-Ă©quivalences. Pour reprendre notre exemple initial, si tous les corps que lâon peut brĂ»ler sont Ă©quivalents Ă ce point de vue et constituent ainsi la cl. A, si tous les corps pesants forment grĂące Ă cette qualitĂ© commune (donc Ă cette Ă©quivalence qualitative) la cl. B, il existe nĂ©anmoins des corps pesants non combustibles : B â A = Aâ. Si A et Aâ sont Ă©quivalents en tant que B, ils ne le sont donc plus en tant que A ou que Aâ. La classe en tant que classe est bien un systĂšme dâĂ©quivalences, mais la hiĂ©rarchie des classes implique des non-Ă©quivalences. Comment traiter formellement celles-ci en elles-mĂȘmes ?
Si nous sommes partis de lâopĂ©ration prĂ©liminaire A1 = A2 = A3⊠cas limite de A1 M= A2 M= A3 4, on peut concevoir, Ă lâautre extrĂ©mitĂ© de la pensĂ©e, une suite de termes dont chacun est diffĂ©rent du suivant, soit A1 Mâ  A2 Mâ  A3⊠Or, il est clair que de cette suite on ne peut rien tirer car deux non-Ă©quivalences peuvent donner une non-Ă©quivalence ou une Ă©quivalence. Aucune connaissance nâest ainsi concevable. Une seconde mĂ©thode sâimpose Ă cet Ă©gard on peut « grouper » ou composer les non-Ă©quivalences comme telles de la mĂȘme maniĂšre que les Ă©quivalences, mais Ă condition de les sĂ©rier et dâopĂ©rer sur ces sĂ©riations elles-mĂȘmes.
Ces deux mĂ©thodes correspondent Ă deux logiques, celle des classes et celle des relations, qui sont Ă la fois diffĂ©rentes et complĂ©mentaires lâune et lâautre. Lorsque deux ou plusieurs termes sont Ă©quivalents ou substituables entre eux, Ă un point de vue donnĂ©, ils constituent de ce point de vue une classe. Lorsquâils ne le sont pas (toujours au point de vue que lâon considĂšre), il est alors nĂ©cessaire de les sĂ©rier :
A1 â A2 â A3 â A4 âŠ
câest-Ă -dire dâĂ©tablir entre chaque terme et le suivant une succession de relations marquant les diffĂ©rences progressives (le symbole A1 â A2 signifie que A2 est « plus » x que A1, et A2 â A1 que A1 est « moins » x que A2). Ce sont alors ces diffĂ©rences qui sont composĂ©es comme telles. Lâopposition essentielle entre les deux logiques est donc que lâune compose entre elles des Ă©quivalences et lâautre des diffĂ©rences.
Sans doute les Ă©quivalences A1 M= A2 M= A3⊠qui sont au point de dĂ©part de la construction des classes sont elles-mĂȘmes des relations, que lâon peut composer comme telles (A1 C= A2) + (A2 C= A3) = (A1 C= A3) et les inĂ©galitĂ©s une fois sĂ©riĂ©es aboutissent-elles Ă des Ă©galitĂ©s (A1 â A2) + (A2 â A3) = (A1 â A3). Dâautre part, les diffĂ©rentes classes dâun systĂšme ne sont pas Ă©quivalentes comme telles les unes aux autres. Mais il va de soi que les diffĂ©rences entre classes sont prĂ©cisĂ©ment des relations, susceptibles de sĂ©riations. Quant aux Ă©quivalences (M=) et aux Ă©galitĂ©s (=), ce sont bien, par leur forme, des relations, mais qui rentrent dans la catĂ©gorie des relations « symĂ©triques et transitives ». Or nous allons voir ce quâil faut admettre de ces derniĂšres, du point de vue du groupement.
Il convient dâabord de rappeler la distinction que nous avons faite entre la forme de chaque classe ou relation prise isolĂ©ment, et la forme du groupement des classes et des relations. Du premier de ces points de vue, nous nous sommes ralliĂ©s au dĂ©but de ce chapitre au critĂšre devenu classique en logistique : les classes sont des fonctions propositionnelles saturĂ©es par une seule valence et les relations par deux. Câest de ce point de vue que les rapports dâĂ©quivalences sont par leur forme dâauthentiques relations. Du point de vue du groupement, par contre, il faut dĂ©gager les parentĂ©s rĂ©elles des simples analogies formelles. Il existe, comme on sait, deux grands types de relations : 1° les relations asymĂ©triques, telles quâon ne puisse pas intervertir A1 et A2 dans le rapport A1 â A2 ; 2° les relations symĂ©triques dans lesquelles les termes de la relation sont interchangeables, comme A1 â A2 (A1 est frĂšre de A2) et peuvent mĂȘme, lorsquâelles sont rĂ©flexives, se rĂ©duire Ă un seul terme posĂ© deux fois, comme dans lâĂ©galitĂ© A1 = A1. Mais si seules les relations asymĂ©triques semblent correspondre Ă notre critĂšre de la non-Ă©quivalence des termes des relations, câest que, du point de vue des groupements, les relations symĂ©triques sont des « relations de classes » et doivent pour ĂȘtre « groupĂ©es » entrer en correspondance avec une suite de classes emboĂźtĂ©es.
En effet, les termes dâune mĂȘme relation symĂ©trique transitive (par exemple des individus qui sont « frĂšres » les uns des autres) peuvent, puisquâils sont Ă©quivalents se prĂȘter sans plus aux opĂ©rations de classes (+ et Ă) et constituer ainsi une classe en tant prĂ©cisĂ©ment que reliĂ©s par cette relation symĂ©trique. Ce que les logisticiens appellent le « principe dâabstraction », source de telles « classes dâabstraction » 5 montre ainsi la parentĂ© des relations symĂ©triques avec la structure des classes. Au contraire, les termes non-substituables dâune suite de relations asymĂ©triques (par exemple A < B < C⊠etc.) ne peuvent pas ĂȘtre additionnĂ©s ou multipliĂ©s en tant que non-substituables. On peut bien poser A + B + CâŠÂ = M. Mais câest en tant que lâon nĂ©glige leur inĂ©galité : par le fait mĂȘme quâon les rĂ©unit en une addition de classes, on les rend Ă©quivalents en tant que faisant partie de la classe M. Par exemple les objets plus ou moins lourds conduisent Ă un systĂšme de relations dans la mesure oĂč lâon sâattache Ă sĂ©rier ces inĂ©galitĂ©s, mais ils ne peuvent ĂȘtre rĂ©unis en une classe (celle des objets pesants) que si lâon Ă©limine ces diffĂ©rences individuelles pour ne plus considĂ©rer que leur caractĂšre commun, câest-Ă -dire leur caractĂšre dâĂ©quivalence. Par contre, on peut additionner ou multiplier leurs relations comme telles (A â B) + (B â C) = (A â C), et câest alors bien en tant que non-Ă©quivalents quâon les envisage. Câest pourquoi, du point de vue du groupement, nous considĂ©rerons les relations asymĂ©triques comme relations proprement dites et appellerons « relations de classes » les relations symĂ©triques et transitives.
Si la mĂ©thode propre Ă la logique des relations est ainsi la sĂ©riation linĂ©aire, par opposition Ă la sĂ©riation hiĂ©rarchique des emboĂźtements de classes, comment pourrons-nous « grouper » les segments de telles sĂ©ries de façon analogue aux inclusions de classes ? Simplement en emboĂźtant aussi les unes dans les autres les relations asymĂ©triques elles-mĂȘmes. Si A est plus petit que B et si B est plus petit que C, A est donc plus petit que C, mais alors il y a une plus grande diffĂ©rence entre A et C quâentre A et B, et lâon peut par consĂ©quent considĂ©rer la relation A â B comme incluse ou emboĂźtĂ©e dans la relation A â C. DĂšs lors, si nous appelons a la relation A aâ B, nous pouvons appeler b la relation A bâ C et c la relation A câ D ; ⊠etc. Ces relations a, b, c⊠etc., dont chacune est incluse dans la suivante, peuvent ainsi ĂȘtre traitĂ©es exactement comme un systĂšme de classes hiĂ©rarchisĂ©es. On a donc non seulement une suite de « relations primaires » a b c⊠etc. dĂ©finies comme on vient de voir, mais encore une suite de « relations secondaires » dĂ©finies comme la diffĂ©rence entre chaque relation primaire et la suivante. DâoĂč :
| A aâ B = a | B aââ C = aâ |
| A bâ C = b | C bââ D = bâ |
| A câ D = c | D cââ E = câ |
| A dâ D = d | E dââ F = dâ |
| etc. | etc. |
Ces dĂ©finitions nous permettent dâemblĂ©e de poser le premier Ă©lĂ©ment des groupements de relations, Ă savoir lâaddition simple de ces relations :
(5) (A aâ B) + (B aââ C) = (A bâ C)
âŠetc.
De telles opĂ©rations sont rĂ©versibles, Ă condition naturellement que les termes A, B, C⊠soient sĂ©riĂ©s, de mĂȘme que les classes envisagĂ©es en (1) sont emboĂźtĂ©es les unes dans les autres. Si les relations primaires a b c⊠etc. sont donc dĂ©finies comme les diffĂ©rences entre le terme initial A de la sĂ©rie et chacun des autres B, C, D⊠etc. et si les relations secondaires expriment de leur cĂŽtĂ© les diffĂ©rences entre B et C, entre C et D⊠etc., câest-Ă -dire entre chaque terme (depuis B) et le suivant (ou, ce qui revient au mĂȘme, entre chaque relation primaire et la suivante), alors il est clair que :
(5 bis) (A bâ C) â (B aââ C) = (A aâ B)
Cette soustraction nâest pas autre chose quâune addition de la relation inverse :
(5 ter) (A bâ C) + (C aââ B) = (A aâ B)
Pour ce qui est, par contre, des relations symĂ©triques, mĂȘme transitives, elles ne peuvent donner lieu comme telles Ă des opĂ©rations additives sans dĂ©passer la pure tautologie, puisque leurs termes sont Ă©quivalents et ne sauraient donc pas ĂȘtre sĂ©riĂ©s. Si A B C et D sont des frĂšres, alors on a entre eux les relations A aâ B aââ C bâ D soit a + a = a, etc. On ne peut donc pas distinguer, dans une suite de mĂȘmes relations symĂ©triques un a, un aâ, un bâ⊠etc. ou des a b c⊠etc. comme en une sĂ©rie de relations asymĂ©triques, parce que lâordre de succession des termes A B C D⊠est arbitraire et non pas dĂ©terminĂ© par leurs inĂ©galitĂ©s. La seule maniĂšre de grouper les relations symĂ©triques est de les sĂ©rier en une pluralitĂ© de relations diffĂ©rentes, en fonction dâune suite asymĂ©trique. Dans lâexemple choisi, on peut en effet, mettre en correspondance les relations horizontales « frĂšres », « cousins », etc. avec une sĂ©rie asymĂ©trique verticale « pĂšre », « grand-pĂšre », ⊠etc., dâoĂč les relations symĂ©triques a = « qui a le mĂȘme pĂšre » ; b = « qui a le mĂȘme grand-pĂšre » ; aâ = « qui a le mĂȘme grand-pĂšre mais pas le mĂȘme pĂšre (= cousin germain) » ; c = « qui a le mĂȘme arriĂšre-grand-pĂšre » ; bâ = c sauf b ; ⊠etc. Mais alors ces relations donnent lieu Ă une suite dâ« additions secondaires » comme les classes elles-mĂȘmes (opĂ©rations 2 et 2 bis), parce quâelles constituent Ă nouveau des « relations de classes ». De plus, en tant que correspondant Ă une suite asymĂ©trique, de telles relations peuvent alors donner lieu Ă une sĂ©riation conformĂ©ment au principe des non-Ă©quivalences propres aux groupes de relations proprement dites ou asymĂ©triques. DâoĂč, pour les relations symĂ©triques et transitives, lâĂ©lĂ©ment
(6) (A aâ B) + (B aââ C) = (A bâ B, C)
(A bâ B, C) + (C bââ D) = (A câ B, C, D)
âŠÂ etc.
parallĂšle aux opĂ©rations 2 et 2 bis (lâopĂ©ration inverse rĂ©sulte dâune simple permutation des termes de lâopĂ©ration directe) et qui prĂ©sente une sĂ©rie de particularitĂ©s dont nous ferons lâanalyse au cours du chap. VIII.
Cette mise en correspondance, qui permet de grouper les relations symĂ©triques en les rapportant Ă une suite asymĂ©trique suppose en fait une multiplication, mais dont nous nous sommes bornĂ© Ă sĂ©rier additivement les produits (en langage technique cela revient Ă dire quâune relation co-univoque multipliĂ©e par sa converse donne une relation symĂ©trique et transitive). Cette remarque nous conduit aux opĂ©rations mĂȘmes de multiplication.
En effet, si lâaddition des relations revient Ă rĂ©unir les uns aux autres les segments (câest-Ă -dire les diffĂ©rences Ă©lĂ©mentaires) dâune mĂȘme sĂ©rie, la multiplication consistera Ă faire correspondre les unes aux autres deux ou plusieurs sĂ©ries, en ajoutant donc Ă la dimension propre de lâune, celle ou celles selon lesquelles on Ă©tablit la correspondance. Par exemple, je puis sĂ©rier une collection dâobjets selon les relations de gauche (â) et de droite (â) et faire correspondre Ă chacun des termes de cette sĂ©rie une suite dâautres objets placĂ©s au-dessus (â) ou au-dessous (â). Si chaque primaire est notĂ©e a, b, c⊠etc. et chaque relation secondaire aâ, bâ, câ⊠etc., on a toutes les combinaisons possibles :
(7) (A aâ B) Ă (B â a C) = (A aâ â a C)
et (7 bis) (A aâ â a C) : (B â a C) = (A aâ C)
Il existe des relations qui supposent le « plus » et le « moins » et qui constituent ainsi des sĂ©ries que nous appellerons continues, et dâautres qui ne les supposent pas qui constituent les suites discontinues. Par exemple on aime plus ou moins quelque chose, un objet est plus ou moins lourd quâun autre, etc., mais A est le frĂšre de B, ou son cousin germain, sans degrĂ©s intermĂ©diaires. Câest que les premiĂšres sont des sĂ©riations simples ou uni-dimensionnelles, tandis que les secondes impliquent une correspondance entre deux sĂ©riations au moins, soit une dualitĂ© ou pluralitĂ© de dimensions. En effet, toute multiplication mĂȘme entre sĂ©ries continues, telle que lâopĂ©ration (7), introduit des discontinuitĂ©s.
Enfin, si lâon fait correspondre aux termes dâune sĂ©rie asymĂ©trique quelconque dâautres termes, mais par correspondance co-univoque et non plus bi-univoque, on obtient alors une opĂ©ration qui est Ă lâaddition secondaire (6) ce que la multiplication bi-univoque (7) est Ă lâaddition simple (5). Le meilleur exemple de cette multiplication co-univoque est celui des multiplications de relations gĂ©nĂ©alogiques. Si le signe â dĂ©signe les relations symĂ©triques de frĂšre, cousin, etc. et ââ les relations asymĂ©triques de pĂšre, grand-pĂšre, etc. ou fils, petit-fils, etc. on a :
(8) (A â a aâ B) Ă (B â aâ aââ C) = (A â b bâ C)
âŠÂ etc.
Tels sont donc les huit éléments fondamentaux qui peuvent donner lieu à la construction des groupements élémentaires de la logique formelle. En voici, pour conclure le tableau
Groupement préliminaire : équivalences pures (égalités).
Groupements dâopĂ©rations entiĂšres :
Â
A. Classes
a) Additifs : (Sériation)
I. Addition simple des classes (dâune suite initiale).
II. Additions secondaires des classes (des suites rĂ©ciproques dâune suite initiale quelconque).
Â
b) Multiplicatifs : (Correspondance)
III. Multiplication bi-univoque (de deux suites simples de classes).
IV. Multiplication co-univoque (dâune suite simple de classes par les suites secondaires ou rĂ©ciproques correspondantes).
Â
B. Relations
a) Additifs : (Sériation)
V. Addition simple des relations asymétriques.
VI. Additions secondaires des relations symétriques.
Â
b) Multiplicatifs : (Correspondance)
VII. Multiplication bi-univoque (dâune sĂ©rie asymĂ©trique par une autre).
VIII. Multiplication co-univoque (dâune sĂ©rie de relations asymĂ©triques par les suites de relations symĂ©triques correspondantes).