Chapitre V.
Le groupement de la multiplication bi-univoque des classes (Groupement III)
a
Section 1
Les opérations étudiées jusqu’ici sont d’ordre additif, c’est-à-dire qu’elles réunissent en emboîtements successifs des termes juxtaposés et que, en cas d’intersection ou d’identité des classes additionnées, elles se bornent à prendre acte de leurs emboîtements déjà réalisés : (A + A’ = B) et (A + B = B). Mais, si A et A’ font ainsi partie de B, les termes contenus en A appartiennent donc à deux classes à la fois A et B ; puis à trois (A, B et C) si (B + B’ = C) ; … etc. D’où un second type d’opérations, la « multiplication des classes », que l’on a coutume de définir simplement comme déterminant la plus grande classe contenue à la fois dans les deux ou les n classes multipliées entre elles. Dans le cas particulier, on a A × B = AB (= A) ; A × C = AC (= A) ; AB × C = ABC (= A) ; … etc., ou B × C = BC (= B) ; … etc., ou A × A’ = 0 ; B × B’ = 0 ; A’ × B’ = 0 ; … etc.
Mais, de même que l’addition de deux classes, déterminant la plus petite classe qui contient ces deux classes, nous est apparue comme un cas particulier de l’opération plus générale de la sériation hiérarchique, de même la multiplication des classes, selon la définition que nous venons de rappeler, peut être conçue comme résultant d’une opération plus générale, qui serait la multiplication de deux ou plusieurs suites de classes et qui repose sur la notion de correspondance bi-univoque. Multiplier la classe B1 (= A1 + A’1) par la classe C2 (A2 + A’2 + B’2)
consistera alors à établir entre les classes élémentaires de B1 une correspondance bi-univoque définie par la structure de C2 et entre les classes élémentaires de C2 une correspondance bi-univoque définie par la structure de B1. Soit :
B1 × C2 = (A1 A2+ A1 A’2 + A1 B’2) + (A’1 A2 + A’1 A’2 + A’1 B’2)
qui est égal à :
C2 × B1 = (A2 A1 + A2 A’1) + (A’2 A1 + A’2 A’1)+ (B’2 A1 + B’2 A1’)
Multiplier deux suites de classes (B1 et C2), c’est donc retrouver la première suite en chaque classe de la seconde et réciproquement. On voit que l’opération habituellement appelée multiplication des classes, soit A1 × A2 = A1A2 répond à cette définition élargie, puisque l’on retrouve A1 en A2 et réciproquement.
D’autre part, on sait que le produit de deux ensembles M et N est l’ensemble que l’on obtient en associant de toutes les manières un élément m du premier avec un élément n du second. C’est ainsi que la multiplication de deux nombres cardinaux 4 × 5 = 20 s’obtient en associant chaque unité de 4 à chaque unité de 5, d’où 20 associations. C’est ce principe de l’association des éléments de deux ensembles que nous appliquons ici à la multiplication des classes, en associant, par exemple, chaque classe de B1 à chaque classe de C2, ou si l’on se borne à multiplier A1 et A2, en les associant sans plus l’une à l’autre. Or, il est clair que d’associer les 4 unités de l’ensemble 4 à chacune des unités de l’ensemble 5 consiste à mettre en correspondance terme à terme 4 suites de 5 unités (ou 5 suites de 4) : plus précisément, les associations de l’une des unités de 4 avec les unités de 5 correspondront nécessairement terme à terme aux associations de chacune des autres unités de 4 avec les unités de 5. C’est pourquoi nous préférons partir de la notion de correspondance, quitte à la définir ultérieurement (Chap. IX, Rem. III), par la multiplication elle-même, en définissant alors celle-ci par les associations.
Il va de soi que le produit de la multiplication des classes est d’extension égale (même nombre d’individus) à celle des facteurs (des classes multiplées) si la multipli-
cation est complète, ou inférieur s’il y a simplement intersection (voir Section 2 de ce Chapitre). Seul le nombre des classes augmente par la multiplication, et cela dans des proportions définies par les combinaisons logiques elles-mêmes (par les associations).
La multiplication des classes implique donc, en plus de la sériation propre à l’addition, celle de la correspondance terme à terme. Il est clair que cette notion de correspondance, qui apparaît ainsi comme la source des opérations multiplicatives, peut être conçue indépendamment du nombre. Lorsqu’un anatomiste déclare que les ailes des Oiseaux correspondent aux pattes de devant des Mammifères, ou aux nageoires antérieures des Poissons, ou lorsqu’il retrouve l’os hyoïde des Poissons dans l’un des osselets de l’oreille interne des Mammifères, il se livre à des correspondances toutes qualitatives : il ne construit pas un nombre mais effectue une multiplication de classes. D’une manière générale, la notion de correspondance ne devient, en effet, numérique qu’à partir du moment où les termes correspondants sont considérés comme étant à la fois substituables et sériables, c’est-à-dire précisément où ils sont des nombres (voir Chap. XI) : tant que la correspondance, même univoque et réciproque, a lieu entre des termes qualitativement distincts et simplement équivalents (voir Chap. III, prop. 24 et 26) ou non-équivalents mais simplement sériables (prop. 25), la correspondance demeure d’ordre logique (voir Rem. II). Toute discipline « comparée » est une utilisation de ce genre d’opérations de multiplication par correspondance logique (de classes ou de relations). On pourrait presque dire que, si la zoologie et la botanique systématiques sont des sciences de l’addition des classes et des relations, l’anatomie comparée est une science de la multiplication logique. Bien plus, les opérations dont nous allons étudier maintenant le groupement interviennent dans toute généralisation qui n’est pas simplement une extension à une dimension (l’application d’une même classe ou d’une même relation à des objets nouveaux), mais une combinaison à deux ou plusieurs dimensions (précisément par mise en correspondance).
Soit, par exemple, à multiplier une classe E1 définie par les pièces du squelette à comparer d’un groupe zoologique à l’autre : A1 = le crâne ; A’1 = la colonne vertébrale ; B’1 = les membres antérieurs ; C’1 = les membres
postérieurs ; D’1 la cage thoracique, le bassin, etc. ; et E2 une classe définie par les organes squelettiques de : A2 = des Poissons ; A’2 = des Batraciens ; B’2 des Reptiles ; C’2 des Oiseaux et D’2 = des Mammifères. On a donc :
A1A2 + A1A’2 +A1B’2 + A1C’2 + A1D’2
A’1A2 + A’1A’2 + A’1B’2 + A’1C’2 + A’1D’2
(1) E1 × E2 = B’1A2 + B’1A’2 + B’1B’2 + B’1C’2 + B’1D’2
C’1A2 + C’1A’2 + C’1B’2 + C’1C’2+ C’1D’2
D’1A2 + D’1A’2 + D’1B’2 + D’1C’2 + D’1D’2
Cela étant, on peut effectuer les compositions suivantes. En premier lieu, on peut continuer à multiplier les mêmes classes par d’autres facteurs encore. Supposons, par exemple, que nous introduisions en plus des facteurs précédents, une classification géologique et répartissions les ossements en E3 (soit A3 primaires ; A’3 secondaires ; B’3 tertiaires ; C’3 quaternaires et D’3 contemporains), nous pourrons alors écrire E1E2 × E3 = E1E2E3 et retrouver ainsi chacune des classes de E3 en chacune des classes du tableau précédent.
La forme générale de la multiplication bi-univoque sera donc :
(2) M1 × M2 =A2 (A1 … L’1) +A’2 (A1 … L’1) +
B’2 (A1 … L’1) + … + L’2 (A1 … L’1)
ou M1 × M2 = A1M2 + A’1M2 + B’1M2 +… + L’1M2
puis M1M2 × N3 = A3 (M1M2) + A’3 (M1M2) + … + M’3 (M1M2)
et M1M2N3 × R4 = A4 (M1M2N3) + A’4 (M1M2N3) + … +
Q’4 (M1M2N3)
Quant à l’opération inverse, nous l’appellerons division, ou dissociation des classes, ou encore « abstraction », et l’écrirons comme suit :
(3) B1C2 : C2 = B1 et B1C2 : B1 = C2
Cette opération consiste à dissocier C2 de B1C2, c’est-à-dire à supprimer entre les classes de B1 toute correspondance définie par C2 ; ou à dissocier B1 de B1C2, c’est-à-dire à ne plus retrouver les classes de B1 dans celles de C2.
Cela signifie concrètement que, si la multiplication aboutit à qualifier une classe ou une série de classes au moyen d’une autre classe ou d’une autre série de classes, la division revient au contraire à faire abstraction de telles qualifications. Si, par exemple, les Genevois (A) sont tous des Suisses (B), alors leur double qualité se marque par la multiplication A × B = AB. Mais si l’on fait abstraction de leur emboîtement dans l’ensemble des Suisses, on ne les considère qu’en tant que Genevois, soit AB : B = A ; par contre, si l’on fait abstraction des caractères définissant la classe des Genevois, rien ne les distingue des Suisses en général, d’où AB : A = B.
Il va de soi qu’ainsi définie, la division des classes n’a de sens réel que si l’on divise un produit par l’un de ses facteurs. Par contre, on peut toujours poser formellement :
(3 bis) (B1 : C2) = (B1C2 : C2 : C2) puisque (B1 = B1C2 : C2)
Cette opération est l’équivalent en négatif de la tautologie positive (voir 5, soit B1 × B1 = B1).
(4) Composition :
(A1A2A3 + A1A’2A3 +A1B’2A3
(B1 × C2 = B1C2) A3 (A’1A2A3 + A’1A’2A3 + A’1B’2A3
× (C2 × D3 = C2D3) (A1A2A’3 +A1A’2A’3 + A1B’2A’3
A’3 (A’1A2A’3 + A’1A’2A’3 + A’1B’2A’3
B1 × C2 × D3 = B1C2D3 = (A1A2B’3+ A1A’2B’3 + A1B’2B’3
B’3 (A’1A2B’3 + A’1A’2B’3 + A’1B’2B’3
(A1A2C’3 +A1A’2C’3 +A1B’2C’3
C’3 (A’1A2C’3 + A’1A’2C’3 + A’1B’2C’3
(B1 × C2 × D3 = B1C2D3)
× (D3 × B4 = D3B4)
A4 | B1C2D3
B1 × C2 × D3 × B4 = B1C2D3B4 =
… etc. A’4 | B1C2D3
(5) Identiques spéciales :
(B1 × B1 = B1) ; (C2 × C2 = C2) ; … etc. ; (A1A2 × A1A2 = A1A2)… etc.
Quant à la résorption, si l’on multiplie une classe donnée par, une de ses parties, d’extension inférieure, soit B1B2 par A1A2, les seuls éléments communs à ces deux classes étant A1A2, il ne saurait alors y avoir de résorption de la
partie dans le tout : il y a au contraire « absorption » de la classe totale dans la classe partielle :
(6) A1A2 × B1B2 = A1A2 ou B1B2 × B1C2 = B1B2 ; …etc
En effet (A1A2 × B1B2) = [A1A2 × (A1A2 + A’1A2)] = [A1A2 + 0]
puisque (A1A2 × A’1A2) = 0 et que A1A2 × A1A2 = A1A2
Par contre, si l’on multiplie B1C2D3 par B1C2, les deux termes étant de même extension, il y a simplement tautologie 1 :
(6 bis) B1C2D3 × B1C2 = B1C2D3 puisque B1C2 × D3 = B1C2D3
On peut également considérer l’absorption commune équivalente à une soustraction (voir 9 bis).
(7) Identique générale :
A1 : A1= Z ; B2 : B2 = Z ; A1B2 : A1B2 = Z ; etc.
et Z × Z = Z
où Z = la classe la plus générale du système envisagé. En pratique Z = l’Univers du Discours conçu comme une classe positive et non nulle plus générale que toute autre classe arbitrairement désignée.
En effet abstraire une classe d’elle-même (A : A) revient à faire abstraction de cet emboîtement particulier et comme toute classe fait partie de Z et que l’on a ainsi A1 = ZA1, diviser A1 par A1 revient à l’opération ZA1 : A1 = Z.
(8) Associativité :
(a) B1 × C2 = B1C2 (a) B1 × C2 = B1C2
(b) B1C2 × D3 = B1C2D3 (bc) B1C2 × D3 : D3 × B1C2D3 =
B1C2D3 × B1C2
(ab) B1 × C2 × D3 =B1C2D3
(c) B1C2D3 : D3 = B1C2 a(bc) B1C2D3 = B1C2D3
(ab)c B1C2D3 = B1C2D3
Il est naturellement toujours possible, en outre, lorsque le produit de deux classes ou de plusieurs est nul, c’est-à-dire lorsqu’ils n’ont pas d’éléments communs, de multi-
plier ces classes par leur somme, le produit étant alors positif.
Ce procédé permet de multiplier un ensemble quelconque B1B2 (voir tableau 1) par des classes adjacentes B’1 ou B’2, à condition de les additionner préalablement à B1 ou B2. Soit :
(9) (B1 + B’1 = C1) × B2 = C1B2
ou B1 × (B2 + B’2 = C2) = B1C2
De ce point de vue, l’absorption (6) peut être considérée comme formée des soustractions suivantes :
(9 bis) [A1A2 × B1B2 = A1A2] = [(B1 — A’1) × (B2 — A’2) = A1A2
Si maintenant on multiplie un segment de la suite de classes E2 (voir 1) tel que (B’2 + C’2) par un segment de la suite E1 tel que (C’1 + D’1), on trouve :
(10) (B’2 + C’2) × (C’1 + D’1) = (D2E1 — B2E1 — C1E2) =
(C’1B’2 + C’1C’2 + D’1B’2 + D’1C’2)
c’est-à-dire les éléments qui résultent de l’intersection de la colonne verticale (B’2 + C’2) avec les rangées horizontales (C’1 + D’1).
De même, si l’on multiplie une seule classe, telle que A’2 par un autre terme unique tel que B’1, on trouve B’1 A’2 parce que :
(11) (A’2 × B’1) = (B2C1 — A3C1 — B1B2) = (B’1A’2)
ou A1 × A2 = B1B2 — A’1B2 — B1A’2
Ces dernières compositions dont la forme générale peut s’écrire :
(12) M’1M’2 = N1N2 — L1N2 — L2N1
et M1 × M2 = N1N2 — M’1N2 — N1M’2
sont importantes puisqu’elles définissent la multiplication incomplète, c’est-à-dire l’intersection de deux suites de classes en général (voir Sect. 2).
Remarque I. Règles de calcul
Il est intéressant de noter que les règles de calcul à observer dans les composi-
tions de ce groupement obéissent exactement aux mêmes principes que celles de l’addition des classes, bien que l’absorption remplace la résorption.
C’est ainsi que dans les suites de multiplications de même signe, il faut absorber et tautifier avant de simplifier. Par exemple, dans la multiplication :
(A1A2 × B1B2 = A1A2)
× (C3 × C3= C3)
A1A2 × B1B2 × C3 × C3 = A1A2 × C3
Si je supprime par simplification un C3 ou un A1A2 dans, chaque membre, j’obtiens une absurdité. Par contre, les absorptions et tautifications donnent A1A2C3 = A1A2C3.
Dans les suites mixtes homogènes, les simplifications doivent au contraire précéder l’absorption et la tautification, comme c’est le cas dans les additions. Par exemple, dans :
B1B2 : B1 = B2
B1B2 : B2 = B1
B1B2 × B1B2 : B1 : B2 = B2 × B1
si je tautifie (B1B2 × B1B2 = B1B2) dans le premier membre, j’obtiens une absurdité. Mais si je supprime par simplification les termes (B1B2 : B1 : B2), j’obtiens (B1B2 = B2 × B1) qui est exact.
Enfin, les suites mixtes hétérogènes doivent être égalisées quant au signe (× et :) avant toute autre transformation et rentrent alors dans le premier cas.
Il convient de remarquer que ces règles de calcul assurent la réversibilité complète des opérations où intervient l’absorption, malgré leur irréversibilité apparente.
Par exemple A × B = A, mais on ne voit pas d’emblée comment inverser. De même A1B2 × B1B2 = A1B2, mais on ne voit pas quelles inverses donne A1B2 : B1B2.
En réalité, l’on a, pour le premier exemple :
(A × B) = A × (A + A’) = (AA+AA’) = AA + 0
puisque (AA’ = 0) = A
D’où les inverses :
(AA + AA’) : B = (AA + AA’) : (A + A’) = A + A = A
et (AA + AA’) : A = A + A’ = B
Quant au second exemple, on a vu (6) que :
(A1B2 × B1B2) = A1B2 × (A1B2 + A’1B2) =
A1B2A1B2 +[?][?] A1B2A’1B2 (= 0) A1B2
D’où les inverses :
(A1B2A1B2 + A1B2A’1B2) : B1B2 (= A1B2 + A’1B2) =
A1B2 + A1B2 = A1B2
Et (A1B2A1B2 + A1B2A’1B2) : A1B2 = A1B2 + A’1B2 = B1B2
En effet, dans les suites mixtes homogènes, il faut simplifier avant de tautifier, d’où ces inverses qui sont donc du même type que A1B2 : B2 = A1 et A1B2 : A1 = B2.
Ce groupement des multiplications de classes est donc bien associatif et réversible comme le groupement additif correspondant (I).
Remarque II. Correspondance bi-univoque qualitative ou « qualifiée » et correspondance bi-univoque « quelconque »
La multiplication des classes, telle que nous l’avons utilisée dans ce groupe, suppose une mise en correspondance bi-univoque. Cette opération est-elle de même nature que la correspondance bi-univoque, essentielle en mathématiques et qui permet en particulier de définir l’égalité de « puissance » de deux ensembles correspondants et par conséquent le nombre cardinal ? Il importe d’examiner la question avec attention, car, elle commande toute l’interprétation des rapports existant entre le nombre et la classe qualitative. Nous y reviendrons plus systématiquement (Chap. IX, Rem. III), mais il est nécessaire de préparer cette analyse par les remarques suivantes.
Soient deux comités se trouvant à la tête de deux sociétés distinctes, et formés chacun d’un président (A2), d’un vice-président (A’2), d’un secrétaire (B’2), d’un secrétaire-adjoint (C’2) et d’un trésorier (D’2). Ces deux comités constituent deux classes que nous appellerons A1 et A’1, d’où A1 + A’1 = B1, tandis que la réunion des classes singulières A2 + A’2 + B’2 + C’2 + D’2 constitue la classe E2. La multiplication de B1 par E2 donne :
A1A2 + A1A’2 + A1B’2 + A1C’2 + A1D’2
B1 × E3 = A’1A2 + A’1A’2 + A’1B’2+ A’1C’2 + A’1D’2
Nous dirons qu’il y a « correspondance bi-univoque qualitative (ou qualifiée) entre les classes » de A1E2 et celles de A’1E2 si, à chaque classe de A1E2 définie par ses caractères distinctifs A2 ; A’2 ; B’2 … etc, correspond une classe déterminée de A’1E2 définie par les mêmes qualités différentielles A2 ; A’2 ; B’2 … etc. et si cette correspondance est réciproque. La correspondance bi-univoque qualitative est ainsi définie par la co-inclusion de chaque couple de classes correspondantes de A1 et de A’1 (A1A2 pour A’1A2 ; A1A’2 pour A’1A’2 ; …etc.) dans une même classe déterminée de E2. Dans l’exemple choisi, cela signifie que le président de A1 (soit A1A2) correspond au président de A’1 (soit A’1A2) parce qu’ils sont co-inclus dans la classe des Présidents (A2). Mais le président de A1 ne correspond pas au vice-président de A’1, ni au secrétaire de A’1, etc., puisque toute autre correspondance que « président « — » président » ne permettrait pas de co-inclure les termes correspondants dans une même classe élémentaire de E2. De même, le vice-président de A1 (soit A1A’2) correspond au vice-président de A’1 (soit A’1A’2) puisqu’ils sont co-inclus en A’2 ; mais il ne correspond pas au trésorier ou au secrétaire, etc.
Nous dirons, au contraire, qu’il y a « correspondance bi-univoque quelconque » 1 entre les termes (les classes singulières) de A1 et ceux de A’1, si un terme quelconque de l’un de ces ensembles correspond à un seul terme de l’autre, mais choisi de manière quelconque. C’est ainsi que A1A2 peut correspondre par exemple à A’1A’2 aussi bien qu’à A’1B’2 ; que A1A’2 peut correspondre à A1D’2 aussi bien qu’à A’1A2 ; … etc., et cela quels que soient les termes choisis pourvu que chaque terme de l’un des ensembles ne corresponde jamais qu’à un seul terme à la fois de l’autre ensemble. Il est donc clair que cette seconde sorte de correspondance bi-univoque fait abstraction de toute qualité, c’est-à-dire que les termes de A1 et de A’1 se correspondent indépendamment de E2.
Nous désignerons par le symbole :
A1E2 [?] A’1E2 ou A1 [?] A’1
la correspondance bi-univoque qualitative entre A1E2 et A’1E2 et par le symbole :
A1E2 « — » A’1E2 ou A1 « — » A’1
la correspondance bi-univoque quelconque entre les deux collections A1 et A’1.
Selon les définitions précédentes, les correspondances bi-univoques qualitative et quelconque constituent bien deux opérations différentes. Mais on pourrait considérer la première comme un simple cas particulier de la seconde, puisqu’une correspondance bi-univoque quelconque englobe assurément la possibilité d’associations conformes au schéma de la correspondance qualitative. Nous allons, au contraire, montrer que, en plus de l’opposition précédente, on en peut indiquer deux autres, qui en découlent directement et qui dénotent une dualité réelle de structure.
En second lieu, en effet, la correspondance A1 [?] A’1 exprime nécessairement un rapport d’« équivalence qualitative » (voir Chap. III, prop. 24 et 26) entre les deux classes multiplicatives A1E2 et A’1E2. Soit :
(13) (A1 [?] A’1) = (A1E2 [?] A’1E2)
d’où (13 bis) (A1 [?] A’1) = (A1A2 [?] A’1A2)
(A1 [?] A’1) = (A1A’2 [?] A’1A’2
…etc.
En effet : 1° Les termes A1 et A’1 sont par définition co-inclus en B1E2. 2° Ils sont vicariants, car l’on pourrait considérer A’1 comme la classe départ et A1 comme une classe A’1 par rapport à la précédente. — Nous reviendrons (Chap. IX, Rem. III) sur les relations entre la correspondance et l’équivalence qualitative et pouvons nous contenter d’ici-là de cette première approximation.
Au contraire, la correspondance bi-univoque quelconque A1 « — » A’1 exprime, comme nous le verrons également (Chap. IX, Rem. III et Chap. XI, Rem. II), le rapport d’égalité numérique :
(14) (A1 « — » A’1) = (A1 = A’1)
En effet, dans le cas de la correspondance bi-univoque qualitative, les classes A1A2 et A’1A2 sont bien équivalentes
en B1A2, puisqu’elles sont co-incluses en B1A2, mais elles ne sont ni co-incluses ni par conséquent équivalentes en B1A’2 ou en B1B’2… etc. Au contraire, la correspondance bi-univoque quelconque abolit de telles restrictions. Si, par exemple A1A2 est mis en correspondance avec A’1B’2, alors ces deux classes singulières forment ensemble une classe double d’ordre B aussi bien que si A1A2 était mis en correspondance avec A’1A2 ou avec A’1D’2. Toute restriction d’ordre qualitatif étant ainsi éliminée de l’équivalence, celle-ci se réduit à l’égalité numérique A1 = A’1. Mais alors, comme nous le verrons au Chapitre XI, on ne peut plus appliquer la loi de tautologie A1 + A1 = A1 et l’on doit poser A1 + A1 = 2 A1.
En troisième lieu, les logisticiens admettent à la suite des travaux de M. Russell que les classes dont les éléments soutiennent entre eux un rapport de correspondance biunivoque quelconque, peuvent être réunies en une « classe de classes équivalentes » (équivalentes au sens de la prop. 14) qui définit le nombre cardinal. Dans le cas particulier des deux comités A1 et A’1, ces deux classes, non seulement correspondent terme à terme l’une à l’autre, mais encore chacune d’entre elles correspond terme à terme à n’importe quelle classe de 5 termes (puisque la correspondance est « quelconque ») et ainsi « la classe de ces classes équivalentes » sera la classe de tous les ensembles de 5 termes, c’est-à-dire le nombre 5.
On a donc (si nous appelons N1E2 cette classe des classes correspondantes de 5 termes) :
(15) A1E2 « — » A’1E2 « — » B’E2 « — » …… « — » N1E2
Or, il est clair que l’on peut procéder aux mêmes opérations en ce qui concerne la correspondance bi-univoque qualitative. En effet, non seulement les deux comités A1 et A’1 correspondent l’un à l’autre du point de vue de la structure E2 mais encore ils correspondent à tous, les comités possibles qui auront la même structure E2. On peut donc définir une « classe des classes correspondantes par correspondance bi-univoque qualitative », que nous appellerons dans le cas particulier, la classe K1E2, soit :
E2 E2 E2 E2
(16) A1E2 « — » A’1E2 « — » B’1E2 « — » …… « — » K1E2
Seulement alors se marque une différence, qui exprime l’opposition essentielle des deux sortes de correspondances
bi-univoques distinguées ici : si l’on additionne l’une à l’autre les deux classes A1E2 et A’1E2 et que l’on constitue ainsi la classe totale B1E2, alors B1E2 ne correspond plus à la classe des classes N1E2 tandis que B1E2 correspond toujours qualitativement à la classe des classes K1E2. En effet, pour ce qui est du premier point, on a :
(17) (A1E2 + A’1E2 = B1E2) « [?] » N1E2
parce que A1E2 contient 5 termes et que A’1E2 contient 5 termes également : alors B1E2 qui contient ainsi 10 termes ne correspond plus à N1E2 qui est la classe des classes de 5 termes.
Au contraire, on a :
E2
(18) (A1E2 + A’1E2 = B1E2) « — » K1E2
pour cette raison que B1E2 possède toujours la structure E2 et correspond ainsi qualitativement à K1E2. En effet, la classe B1E2 est par définition la classe des deux comités A1 et A’1 qui ont la structure E2. Donc B1A2 est la classe des « présidents de A1 et A’1 », laquelle correspond univoquement et réciproquement à la classe K1A2 qui est celle des « présidents » en général. D’autre part, B1A’2 est la classe des « vice-présidents de A1 et A’1 » et elle correspond à K1A’2 qui est la classe des « vice-présidents » en général, etc., etc. Sans doute, la classe B1A2 n’est plus une classe singulière comme A1A2 ou A’1A2 puisqu’elle contient deux présidents et non plus un seul. Mais nous n’avons précisément pas défini la correspondance qualitative (13) par le nombre des individus, mais par le rapport « une classe à une classe ». D’autre part, si l’on objecte que B1A2 est inclus en K1A2 il suffit de considérer exclusivement la correspondance entre B1A2 et « tous K1A2 sauf B1A2 », soit :
A1
(19) B1A2 « — » (K1 — B1) A2
A’2 E2
B1A’2 « — » (K1 — B1) A’2 = B1E2 « — » (K1 — B1) E2
B’2
B1B’2 « — » (K1 — B1) B’2
Or, le schéma de ces correspondances (19) n’a pas de signification dans le cas de la non-équivalence (17).
En bref, dans le cas de la correspondance bi-univoque qualitative, la somme logique de deux classes correspondantes appartient à la même classe des classes qu’une seule de ces classes, tandis que dans le cas de la correspondance bi-univoque quelconque, la somme logique de deux classes correspondantes n’appartient plus à la même classe des classes qu’une seule de ces classes. En cela se manifeste l’opposition des deux sortes d’opérations et, par là même, comme nous le verrons au Chapitre XI, la différence de la classe et du nombre.
Section 2
Les classes dont il a été question dans la Section 1 se multiplient entièrement les unes les autres, c’est-à-dire que les deux ou n suites multipliées se recouvrent dans leur totalité et ont tous leurs éléments en commun. Peut-on maintenant effectuer les mêmes opérations sur deux ou plusieurs classes quelconques, lorsque leurs éléments communs ne représentent qu’une partie de leur extension ?
Ce problème de la généralisation de la multiplication est ainsi le même, mutatis mutandis, que celui de l’addition de deux ou plusieurs classes quelconques (Chap. III, Sect. 2).
Soit deux classes A1 et A2 et, pour fixer les idées, soit A1 = les Mammifères et A2 = les Animaux aquatiques. Nous définirons A’1 et A’2 comme d’habitude « les B non-A », soit A’1 = B1 — A1 et (A’2 = B2 — A2). Seulement, comme nous avons l’intention de considérer ici A1 et A2 en eux-mêmes et non pas en tant que termes d’une suite donnée de classes, nous éviterons simplement de choisir B dans les emboîtements proches de A1 et de A2 et poserons B1 = B2 = l’Univers du Discours ou l’ensemble de toutes les classes actuellement construites. D’où A’1 = les Non-Mammifères en général et A’2 = les Non-aquatiques en général. Nous aurons ainsi A1A2 =les Mammifères aquatiques ; A1A’2 = les Mammifères non-aquatiques ; A’1A2 = les êtres aquatiques non-Mammifères et A’1A’2 = les êtres non-aquatiques non-Mammifères. On peut donc écrire :
(20) A1 × A2 = A1A2 et A1 × A’2 = A1A’2
A’1 × A2 = A’1A2 A’1 × A’2 = A’1A’2
Or, si limitée que soit l’intersection AlA2 on peut, à l’intérieur, même de cette zone commune, effectuer une suite d’intersections successives, qui se groupent de la manière suivante :
(21) (A1 × A2 =A1A2) (A1A2 :A1 =A2)
× (A1 × A,= A1A3) × (A1A2 A3 : A3 = A1A2)
A1 × A2 × A3 = A1A2A3 A1A2 × A1A2A3 . A1 : A3 =A2 × A1A2
= (A1A2 × A1A2 A3 = A2 × A1 × A3 × A1A2)
(A1 × A2 = A1A2) = (A1A2 A3 = A1 × A2 × A3)
× (A1A2 A3 : A3 = A1A2)
A1A2 A3 = A1A2 × A3
…etc.
et sont associatives :
(22) (A1 × A2 = A1A2) A1 × A2 = A1A2
(A2 × A3 = A2A3) × (A2 × A3 = A2 A3) × (A3 × A4 = A3A4)
= = A2A3A4
A1A2 A3
× (A3 × A4 = A3A4) (A1A2) × (A2A3A4) = A1A2A3A4
A1A2A3 × A3A4 = A1A2A3A4
Quant aux inverses, elles consistent donc à retourner des classes de moindre extension aux classes qui les englobent, puisque la division ou abstraction des classes consiste en général à dissocier les uns des autres, non pas des individus (comme la soustraction), mais les emboîtements que la multiplication introduit. Soit :
(23) A1A2A3A4 : A4 = A1A2A3 et A1 : A2 = A1A2 : A2
A1A2A3 : A3 = A1A2
A1A2 : A2 = A1
Enfin on retrouve l’absorption :
(24) A1A2 × A1A2A3 = A1A2
On voit, au total, que ces compositions diverses constituent un simple cas particulier des opérations (1) à (12). Pour traduire ces intersections sous la forme de multiplications bi-univoques entières, il suffit en effet de multi-
plier B1, c’est-à-dire l’ensemble des classes construites actuellement mais réparties en A1 et A’1, par B2, c’est-à-dire le même ensemble de toutes les classes mais réparties en A2 et A’2. Nous avons alors :
(25) B1 × B2 = A1A2 + A1A’2 + A’1A2 + A’1A’2
Et si nous multiplions B1B2 par B3 nous avons :
(25 bis) B1B2 × B3 = (A1A2A3 + A1A’2A3 + A’1A2A3 + A’1A’2A3)
+ (A1A2A’3 + A1A’2A’3 + A’1A2A’3 + A’1A’2A’3)
Puis B1B2B3 × B4 donnera encore le double de classes, et ainsi de suite.
Remarque III. — II est également possible de traduire cette composition des intersections sous une forme additive, en additionnant les uns aux autres ou en soustrayant les uns des autres les produits des multiplications préalables. Soit par exemple :
(26) A1 (= E) = A1A2 (= D) + A1A’2 (= D’)
A1A2 (= D) = A1A2A3 ( = C) + A1A2A’3 (= C’)
A1A2A3 (= C) = A1A2A3A4 (= B) + A1A2A3A’4 (= B’)
A1A2A3A4 (= B) = A1A2A3A4A5 (= A) + A1A2A3A4A’5 (= A’)
On a alors :
(26 bis) A + A’ = B ; B + B’ = C ; C + C’ = D et D + D’ = E.
Cette suite additive représente l’ensemble des classes résultant des intersections successives des classes A1 A2 A3 A4 et A5. Ces produits étant tous emboîtés en A, il est donc possible de les composer additivement. D’une manière générale, on peut concevoir l’intersection comme résultant de l’addition des classes multipliées, avec soustraction des parties qui n’interfèrent pas. Soit :
(27) A1 × A2 = A1 + A2 — A1A’2 — A’1A2
d’où A1 = A1 + A2 — A’2 et A2 = A1 + A2 — A’1
et il suffit de poursuivre cette traduction en termes additifs pour reconstituer à nouveau le groupement entier.
Notons enfin que nous avons une fois de plus défini l’Univers du Discours en fonction de la répétition d’une opération, sans faire intervenir l’infini et en évitant ainsi les antinomies connues dues au réalisme d’un ordre de la classe de toutes les classes.
Remarque IV. La multiplication des classes et des relations, l’« éduction des corrélats » et les proportions. — On sait que le psychologue Spearman a cherché à réduire à trois les démarches essentielles de l’intelligence : l’« appréhension de l’expérience », l’« éduction des relations » et l’« éduction des corrélats », cette dernière opération constituant la caractéristique de l’invention elle-même. L’éduction des corrélats consiste à établir un double rapport sur le modèle des proportions mathématiques, tel que la relation existant entre un premier couple de termes se retrouve dans le cas d’un second couple et détermine ainsi le choix du quatrième terme. Par exemple, l’oreille est à l’ouïe comme l’oeil à la vue, ou la nourriture est à la faim comme la boisson à la soif, etc. Une telle opération est donc l’équivalent, en logique qualitative, de ce qu’est le calcul de la quatrième proportionnelle en arithmétique : 2/4 = 3/6, ou 6 = (4 × 3) : 2.
Or, il est clair, que cette « éduction des corrélats » est précisément une opération de multiplication logique de classes ou de relations. Dire que a est à a’ comme b est à b’, c’est dire que a correspond à a’ comme b à b’, et par conséquent que ces quatre termes sont les produits des multiplications suivantes. Premier cas : α = A1A2 ; β = A1A’2 ; α’ = A’1A2 et β’ = A’1A’2 (par exemple le crâne des Poissons est à leur colonne vertébrale comme le crâne des Batraciens est à leur colonne vertébrale). Deuxième cas : α [?]β et α’[?]β’, par exemple α = lundi et β = mardi ; α’ = lundi et β’= mardi ; les termes α et α’ et β et β’ étant reliés eux-mêmes par la relation α ↓a α’ où ↓a signifie « la semaine suivante ».
Cela étant, il peut être intéressant de préciser en quoi la double correspondance logique propre aux « corrélats » se distingue d’une proportion mathématique, ce qui fera comprendre dès maintenant, à propos de ce cas particulier, les différences entre la multiplication logique et la multiplication (ou division) arithmétique.
En premier lieu, une proportion mathématique est une
égalité (par exemple 2/4 = 3/6). Au contraire, les termes corrélatifs d’une double correspondance logique ne sont reliés entre eux que par une relation d’équivalence. Si A1A2 est à A’1A2 comme A1A’2 est à A’1A’2 on a (A1A2 + A’1A2) [?](A1A’2 + A’1A’2) où [?] est une équivalence du point de vue de la classe multiplicative B1B2 et non pas une égalité.
En second lieu, et par conséquent, il existe entre α et α’ ainsi qu’entre β et β’ un même rapport numérique, c’est-à-dire fondé sur la notion d’unité, tel que si β = n β’, alors α = n α’, dans lequel n = un nombre quelconque (pouvant être n = 1 si α = α’, ou irrationnel si le rapport est « incommensurable », etc.). C’est ainsi que, dans 2/4 = 3/6, n = 2. C’est ce facteur n qui détermine la nature de la correspondance existant entre les termes α et α’ et entre β et β’. Au contraire, dans une correspondance d’ordre logique, qu’il s’agisse de multiplication de classes ou de relations, les termes α et α’ (ou β et β’) ne peuvent être reliés par un tel rapport et sont simplement soit équivalents du point de vue de la classe qui engendre la correspondance (par exemple A1A2 [?] A’1A2), soit inclus en cette classe (si a = A1A2 et a’ = B1A2, ou l’inverse).
En troisième lieu, grâce à cette commune mesure extensive que permet l’introduction de la notion d’unité (α = n α’), on peut tirer de la proportion mathématique la relation dite « règle de trois » : αβ’ = α’β. En effet, si α’ = nα et si il existe entre α et β une relation quelconque α = m β (d’où β’ = m α’), alors β’ = m n α, d’où αβ’ = α × m n α et α’β = n α × m α, c’est-à-dire que αβ’ = α’β. Au contraire, dans une corrélation logique, si l’on réunit α et β’ on ne peut égaler cette réunion à α’ + β, sinon par équivalence qualitative au sein de la même classe multiplicative, faute de composition fondée sur la notion d’unité itérante.
En bref, la différence essentielle entre une proportion mathématique de forme α/α’ = β/β’ et une double correspondance logique de forme « α est à α’ comme β est à β’ » est que dans le premier cas les termes α et α’ et α et β sont reliés par un double rapport α’ = n α et β = m α, impliquant la notion d’unité itérante. Au contraire, si je dis : « le chat est au tigre comme le chien est au loup » je ne puis pas considérer le tigre α’ comme un chat α multiplié par un coefficient n, ni le chien comme un chat multiplié par m. Dès lors, la règle αβ’ = α’β n’a point de sens en
logique, les rapports, intervenant entre les quatre termes correspondants ne pouvant être que des rapports d’équivalence qualitative (ou d’inclusion dans le cas de α et α’ et de β et β’) et la règle de trois se réduisant ainsi à la multiplication B1 × B2 si α = A1A2 ; α’ = A’1A2 ; …etc. Quant à la multiplication des relations, nous verrons au Chapitre IX qu’il en est de même et que la proportion entre 4 termes s’y réduit à la « similitude qualitative » de leurs relations. En effet, si A ↓b [?]C se décompose en A ↓a [?] B et en B ↓a’ [?] C, on peut dire que ↓a’ est à ↓a comme [?] est à [?], mais on ne peut pas poser a = a’ ni b = a + a = 2a, ni a’ = na, etc., faute d’unités itérantes. La multiplication des relations ne connaît en effet que la composition des égalités comme telles, des différences (relations asymétriques) comme telles ou la réunion de deux différences en une égalité ([?] + [?] = [?]), mais elle ignore l’égalisation des différences qui serait nécessaire à la constitution de l’unité itérante [?] = [?], d’où [?]+ [?] = [?].