Egalité et Cité

 

Un projet mené par le Bioscope et le Service égalité de l’Université de Genève, en collaboration avec les HUG, le DIP, le SSEJ, le service Agenda 21-Ville durable de la Ville de Genève et la RTS.

 Trois objectifs

Le projet, Sciences, sexes, identités vise à déconstruire une vision binaire des questions de sexe, de genre et de sexualité, fondée sur des idées reçues et des méconnaissances des élèves du Cycle d’orientation, des adultes les encadrant et du grand public. Il n’existe à Genève qu’encore peu de projets visant ces objectifs au Cycle d’orientation, alors que l’offre est beaucoup plus étoffée au Post-obligatoire.

Plus spécifiquement, les trois principaux objectifs du projet sont:

  1. Partager les résultats des dernières recherches scientifiques (principalement en biologie et en sciences sociales) sur les questions de sexe, de genre et de sexualité,  de la vie fœtale à la vie adulte.
  2. Partager une information correcte, claire et égalitaire sur l’anatomie et la physiologie féminine et masculine des organes génitaux afin d’aborder la santé sexuelle, affective et reproductive sans sexisme.
  3. Dans un but d'éducation citoyenne, faire pratiquer aux élèves la démarche scientifique, tout en les sensibilisant aux influences que la société peut avoir sur la manière dont la science est conduite.

Ces trois objectifs, en complémentarité, œuvrent à démontrer aux jeunes et au grand public qu’aucune différence ou similarité biologique ou sociale entre les sexes ne justifient une forme de discrimination sociale en raison du sexe, de l’identité de genre, de l’expression de genre ou de l’orientation affective et sexuelle.

Contexte

Les sexes, le genre et la sexualité sont des catégories qui organisent profondément les identités individuelles, les rapports entre les personnes ainsi que les hiérarchies et les rôles des individus dans la société. La naturalisation du genre (ou sa réduction au sexe) constitue la plus puissante justification des structures et des conduites sociales qui s’appuient sur la construction du dualisme entre féminin et masculin et donc de la pérennité des inégalités de pouvoir qui en découlent.

La question du genre et celle du sexe ont longtemps été étudiées séparément, par les sciences sociales et les sciences biologiques, respectivement. Le genre se construirait socialement, serait historiquement et culturellement situé, et susceptible de changer au cours de la vie d’une personne et d’acquérir de nouvelles significations sociales au cours de l’histoire. Le sexe, en revanche, serait « inné », le résultat de la biologie – des chromosomes, des gènes et des molécules – et par conséquent inaltérable, depuis la conception, dans une biographie individuelle, et invariant historiquement et culturellement. Le sexe serait le fondement du genre.

Cependant, des travaux de biologistes, sensibilisé.e.s à la question du genre, ont remis en question cette séparation du travail entre sciences sociales et sciences biologiques, et ont mis en évidence la distinction entre sexe et genre ainsi que la complexité de leurs liens. La biologiste Anne Fausto-Sterling (1), par exemple, synthétisant de nombreuses recherches en génétique et en biologie du développement, montre comment le sexe – non seulement les organes reproducteurs, mais aussi le corps cérébral et hormonal par exemple – ne cesse de se (re)construire au cours du développement embryonnaire, de l’enfance, de l’adolescence, puis de l’âge adulte. De plus, ces différents aspects du corps sexué ne se laissent pas réduire à une dichotomie mâle/femelle et ces différents éléments du corps ne montrent pas forcément une cohérence entre eux. Finalement, les facteurs biologiques qui transforment continuellement le sexe, depuis la conception jusqu’à la mort, sont influencés par par les environnements physiques et les conduites individuelles, elles-mêmes modelées par les conceptions sociales du sexe et du genre. La question du genre, et son impact sur la société, ne peut donc plus se comprendre sans un examen approfondi de la complexité et des dynamiques biologiques.

Le projet Sciences, Sexes, Identités (SSI) se propose d’adopter cette nouvelle perspective pour aborder la question du genre comme une question à la fois scientifique et sociale. L'objectif est de sensibiliser les adolescent.e.s à la question du genre, dans ses dimensions biologiques et sociales, afin de modifier les attitudes et comportements qui conduisent à des discriminations sexistes, homophobes, biphobes et transphobes. Pour ce faire, le Bioscope et ses divers partenaires développeront des dispositifs pédagogiques innovants, destinés principalement aux adolescent.e.s, mais aussi aux adultes, pour leur permettre de découvrir les derniers résultats des recherches en biologie et en sciences sociales sur le développement du corps et des comportements sexuels.

Santé sexuelle, Biologie et démarches scientifiques

 

La définition de la santé sexuelle et affective, selon l’OMS, est un état de bien-être physique, émotionnel, mental et social par rapport à la sexualité. Elle ne représente pas simplement l’absence de maladie ou de troubles. La santé sexuelle nécessite une approche positive et respectueuse de la sexualité et des relations sexuelles, ainsi que la possibilité d'avoir des expériences sexuelles agréables et sûres. Pour que la santé sexuelle soit atteinte et maintenue, les droits sexuels de toutes les personnes doivent être respectés, protégés et remplis, à l’abri des discriminations et des violences (2). Dans de nombreux pays, on rencontre encore beaucoup d’obstacles quant à l'atteinte ces objectifs. Ces obstacles sont évidemment fortement influencés par le contexte social et culturel. Néanmoins, historiquement, deux d'entre eux sont présents dans diverses cultures : des méconnaissances sur l'anatomie féminine et une vision sexiste de la sexualité féminine, ainsi qu'une représentation binaire de la triade sexe-genre-sexualité (3) qui ne correspond ni aux données récentes des sciences du vivant, ni aux pratiques sociales.

En effet, les méconnaissances sur l’anatomie et physiologie féminine en 2016 sont encore fréquentes partout. En France, par exemple, une étude démontre qu’environ la moitié des filles de 13 ans ne savent pas qu'elles ont un clitoris et 83% des collégiennes ne connaissent pas le rôle du clitoris (4).

Quant à une binarité biologique mâle/femelle, chez les espèces sexuées comme l’humain, elle n’est présente stricto sensu, qu’au sujet des cellules germinales, qui sont ou femelles (ovules), ou mâles (spermatozoïdes) ; le reste des caractéristiques génétiques, cellulaires, physiologiques, psychologiques ou sociales se distribuent sur des gradients continus.

La santé (en général et sexuelle) des adolescent.e.s a été placée, en avril 2012, au centre des préoccupations de politique de santé mondiale (5-7). La santé d’une population passe davantage par la promotion d’un environnement favorable à la santé que par des investissements dans le système de soins. Dans ce sens, l’adolescence est un moment du développement très propice à la mise en place de méthodes de promotion de la santé et de prévention (8-9). C'est pourquoi l’école obligatoire est un des environnements majeurs d’intervention en éducation à la santé.  En effet, s'il a l'avantage de pouvoir toucher une grande majorité de la jeune population, le cadre scolaire peut être également le lieu de violences basées sur le genre qui rendent l’articulation entre prévention et intervention indispensable (10) : harcèlement sexuel, sexting, violences homophobes, biphobes, transphobes. Pour exemple frappant : une étude menée au Canada (11) a mis en évidence que plus du tiers des élèves se définissant comme hétérosexuel.le.s disent avoir été victimes d’au moins un incident à caractère homophobe pendant les six à huit mois qui précèdent l’enquête. Le taux s’élève à 69% pour les élèves lesbiennes, gays, bisexuel.le.s ou en questionnement. Dans le cadre d’une recherche réalisée dans toute l’Union européenne (12), 90% des personnes LGBT en France, en Italie et Allemagne disent avoir entendu ou observé pendant leur scolarité des remarques dégradantes ou des conduites négatives envers un.e élève perçu.e comme LGBT. En Suisse, le taux de tentative de suicide chez les jeunes  LGB est 2 à 5 fois plus élevé que pour leurs pairs et ont principalement lieu avant 20 ans, notamment en raison du manque de facteurs de protection. Ce taux augmente pour les personnes trans*.

Le projet « Santé à l’Adolescence »

 

SSI représente le volet « Santé sexuelle » d’un projet plus large intitulé « Santé à l’Adolescence » développé par le Bioscope de l’Université de Genève, en collaboration avec l’Unité Santé jeunes des HUG et en partenariat avec DIP et le Service Santé de l’enfance et de la jeunesse (SSEJ), un intervenant majeur d’éducation à la Santé en milieu scolaire et la RTS. Santé à l’Adolescence a pour objectif le développement d’activités pratiques et scientifiques, pour les jeunes de 10-20 ans, mêlant biologie, démarche scientifique et éducation à la santé, dans 7 thématiques : sommeil, addiction, stress, manger-bouger, régulation émotionnelle, génomique et santé sexuelle. Les initiatives existantes de prévention et de promotion de la santé cherchent souvent à sensibiliser les jeunes aux conséquences néfastes de certaines habitudes de vie. L’approche suivie par le Bioscope est différente et complémentaire. Elle a pour but d’aider les jeunes à comprendre les fondements biologiques qui sous-tendent les comportements liés à la santé en se basant sur la découverte des dernières avancées de la recherche scientifique. Il s’agit donc moins de transmettre des consignes à suivre pour améliorer sa santé, que de favoriser une meilleure compréhension de soi, une prise de conscience individuelle des déterminants de la santé et une réflexion sur ses propres comportements. L’objectif étant, en complément aux autres messages de promotion de la santé, d’aider les jeunes à adopter des conduites positives pour leur santé. Cette approche est particulièrement intéressante avec un public adolescent qui peut être méfiant envers des messages de prévention injonctifs voire moralisateurs.

Le SSEJ est un partenaire actif du projet SSI.  Dans le domaine de la santé sexuelle, chaque élève genevois.e profite d’interventions sur ces questions à 4 moments de son développement (8, 10, 12, 14 ans). Cette collaboration est donc essentielle afin d’assurer que les objectifs du projet viennent en complémentarité aux interventions du SSEJ et répondre à de réels besoins de terrain. Ces besoins ont été mis en lumière lors de travail préparatoire sur l’année 2016-2017, précisément dans le domaine des discriminations, liées à l’expression et l’identité de genre ou à l’orientation affective et sexuelle, questions ne pouvant être abordées que succinctement lors des interventions du SSEJ, notamment par manque de temps.

 

Un dispositif diversifié pour les élèves et les adultes les encadrant

Pour les élèves

 

Les élèves de 10e et 11e CO pourront profiter de plusieurs interventions et activités, certaines sur l’année 2018 seulement, d’autres seront offertes à long terme.

A long terme

  • Une activité scientifique, hands on/minds on, au Bioscope sur des thèmes liés au développement du sexe biologique, développement de l’identité de genre et à la physiologie du désir et du plaisir sexuel. Ceci sera abordé dans le contexte de l’évolution et de la diversité du vivant. Ouverture pour les classes pilotes en mars 2018, puis en version définitive dès Septembre 2018. – dès Mars 2018.
  • Une activité scientifique et d’éducation citoyenne à faire en classe, qui s’intéressera à l’interprétation de résultats d’études sociologiques et biologiques sur l’expression et les rôles de genre, l’identité de genre et l’orientation affective et sexuelle. – dès Mars 2018.
  • Une mise à jour de l’enseignement au secondaire I de l’anatomie féminine et masculine développée avec la Présidente de groupe de Biologie du DIP, en collaboration avec des expert.e.s au plan local et international.  – dès Septembre 2018.

 

En 2018

  • Un atelier sur l’expression de genre, lancé lors de la semaine de l’Egalité 2018 de la Ville de Genève.  Mars 2018.
  • Une conférence à l’Université de Genève sur le thème des Coming Out, lors de la Journée internationale des Coming Out. - 11 octobre 2018


Pour les adultes encadrant les élèves

 

Les adultes encadrant les jeunes, tel.le.s que parents, enseignant.e.s, éducateurs et éducatrices en santé, infirmiers et infirmières, médecins, à Genève et Yaoundé, pourront participer à :

  • Une formation continue/colloque autour de l’anatomie, physiologie, embryologie et la génétique du sexe biologique,  sur l’intersexuation et les questions trans*. -Automne 2018.
  • Une Brochure RTS Mon corps sous la loupe – sur le développement du sexe biologique et de l’identité de genre. – octobre 2018.
  • Un kit pédagogique sur l’anatomie et physiologie des organes génitaux féminins et masculins. Diverses représentations de l’anatomie féminine  (animation, vidéo, modèle 3D ; etc.). Plaisir et biologie sont abordés. – été 2019.

 

Pour le grand public, jeune et adulte

 

  • Une exposition sur les recherches faites à l’Université de Genève autour des questions LGBTIQ. - Octobre 2018 – Janvier 2019.
  • Une conférence grand public autour de la Journée internationale des Coming Out sur le développement du sexe, de  l’identité de genre, sur l’homosexualité et les coming out – Octobre 2018.

 

Comité de Pilotage

Chef-fe-s de projets
 

Céline Brockmann,PhD, Adjointe scientifique au comité directeur du Bioscope de l'Université de Genève

Ferdinando Miranda, Chargé de projets genre et LGBTQI au Service égalité de l'Université de Genève

 

Dre Jasmine Abdulcadir, Médecin Adjoint, Consultation Mutilations Génitales Féminines, HUG.

Dre Caroline Dayer, Experte en prévention des violences et des discriminations pour le Canton de Genève

Dre Françoise Narring, Médecin chef de service, Unité Santé Jeunes, HUG.

Dr Beat Stoll, Médecin responsable de la coordination HUG-Cameroun, Institut de Santé Globale, UNIGE.

Prof Bruno Strasser, Directeur du Bioscope, Faculté des sciences, UNIGE.

Dre Soledad Valera-Kummer, Coordinatrice de discipline de biologie pour le CO et enseignante, DIP.

Dr Claire Anne Wyler,  SSEJ, DIP.

 

Comité consultatif

 

Florence Astié, Psychologue, Formatrice consultante en promotion et éducation à la santé, SSEJ, DIP.

Alessandra Cencin, Chercheuse associée, IUHMSP, CHUV-UNIL.

Dre Christel Borel, Collaboratrice scientifique, Département Génétique et développement, FACMED, UNIGE.

Marie-Josée Burnier, Responsable des pratiques, SSEJ, DIP.

Tania Chytil – Journaliste et productrice, RTS Découverte, RTS.

Prof Marie Cohen, Département Gynécologie obstétrique, HUG.

Romain Dewaele, Médiateur scientifique, biologiste, concepteur NTIC et vidéo, Bioscope, UNIGE.

Franceline Dupenloup, Secrétaire générale adjointe, chargée des questions Egalité́, DIP.

Dre Ariane Giacobino, médecin adjoint, Division de Médecine Génétique, HUG

Paul Ghidhoni, coordinateur de manifestations culturelles, Bibliothèques municipales, Ville de Genève.

Brigitte  Mantilleri, Directrice, Service Egalité, UNIGE.

Guillaume Mandicourt, chargé de projet LGBTIQ, Service Agenda 21-Ville durable de la Ville de Genève.

Dr R Merglen, Médecin adjoint, Unité Santé Jeunes, HUG.

Louise Meynard, Sage-femme.

Prof Serge Nef, Département Génétique et développement, Faculté de médecine. UNIGE.

Maureen Obi, Sex and health educator, Yaoundé Cameroun.

Héloïse Roman, chargée de projet égalité, Service Agenda 21-Ville durable de la Ville de Genève.

Neige Sanchez, photographe indépendante.

Franck Schneider, Direction de la communication, HUG.

Dre Mona Spiridon, Adjointe scientifique, Comité directeur du Bioscope. UNIGE

Dre Michal Yaron, responsable de la gynécologie pédiatrique et des adolescentes, HUG

 

Références

  1. Fausto-Sterling, A. Sex/gender: biology in a social world. New York, The Routeledge series for integrating science and culture, 2012.
  2. https://www.sante-sexuelle.ch/fr/
  3. Dayer, C. Sous les pavés, le genre. Hacker le sexisme, Aube, 2017.
  4. Rapport relatif à l'éducation à la sexualité - Répondre aux attentes des jeunes, construire une société d'égalité femmes-hommes. Synthèse, et p 37.  http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/164000367/
  5. 45th session of the United Nations Commission on Population and Development (New-York, 23 April 2012 - 27 April 2012).
  6. UNICEF. Progress for Children : A report card on Adolescents. https://www.unicef.org/publications/index_62280.html
  7. Editorial. Putting adolescents at the center of health and development. The Lancet, 379, p. 1561-1562, 2012.
  8. Resnick,M. et al. Seizing opportunities of adolescent health The Lancet, 379, p. 1564-1566, 2012.
  9. Catalano, RF. Worldwide application of prevention science in adolescent health. The Lancet, 379, p. 1653-1652, 2012.
  10. Dayer, C. Le pouvoir de l’injure. Guide de prévention des violences et des discriminations, Aube, 2017.
  11. Chamberland, L., Richard, G., Bernier, M. (2013). Les violences homophobes et leurs impacts sur la persévérance scolaire des adolescents au Québec. Recherches et Educations, 8, p. 99-114.
  12. FRA (2013). Enquête sur les personnes LGBT dans l’UE. http://fra.europa.eu/sites/default/files/eu-lgbt-survey-results-at-a-glance_fr.pdf

 

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