Le prix Schläfli 2026 récompense Andrea Weibel

Décerné depuis 1866, le Prix Schläfli de l'Académie suisse des sciences naturelles récompense les idées les plus innovantes émises par de jeunes chercheuses et chercheurs des universités suisses. Andrea Weibel, doctorant en astronomie de l'UNIGE, le reçoit pour son travail concernant l'apparition de galaxies à un stade très précoce.

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La question de savoir comment les toutes premières galaxies sont apparues et comment elles se sont développées est au cœur de la thèse d'Andrea Weibel. Dans ce but, il a travaillé avec les données du télescope spatial James Webb qui permet d’observer de façon plus détaillée et plus nette que jamais auparavant ces phases extrêmement précoces, un véritable voyage optique dans le temps. En fait, le timing a été parfait : Andrea Weibel s'est lancé dans sa thèse six mois avant que le télescope James Webb ne fournisse ses premières données. Une période stressante a alors commencé : « Il y avait une très grande concurrence, tout le monde voulait les nouvelles données », se souvient-il. Jeune doctorant, il s’est parfois senti un peu dépassé, mais « je n’ai jamais eu de grande crise. » Pour son travail, Weibel a combiné deux approches : d’une part, il a étudié les statistiques de populations de galaxies entières en comptant dans de grands ensembles de données le nombre de galaxies à différents moments. Simultanément, il recherchait des galaxies isolées et inhabituelles. Une de ses découvertes est particulièrement spectaculaire : une galaxie massive « inactive » qui a cessé déjà très tôt de former de nouvelles étoiles dans l’Univers. « Dans l’Univers jeune, on s’attend plutôt à ce que toutes les galaxies forment intensément des étoiles », explique Weibel. Le fait qu’une de ces galaxies soit malgré tout déjà « inactive » à un stade précoce indique que sa masse a été formée dans un très court laps de temps. Son travail démontre que de grandes structures de l’Univers peuvent vraisemblablement se former plus rapidement que ce qui était admis jusqu’à présent et fournit de nouvelles indications sur la formation des galaxies actuelles.

La question du pourquoi et du comment
La question suivante, à savoir comment tout s’est formé, occupe Andrea Weibel depuis longtemps. À l’adolescence, il se posait la question suivante : « Pourquoi sommes-nous là ? Comment est-ce que tout cela fonctionne ? » D'où le fait qu'il aurait pu s’imaginer entreprendre des études de philosophie. Toutefois, les expériences enrichissantes aux cours de physique lui ont particulièrement plu, raison pour laquelle des études en physique se sont imposées comme une évidence. « Mais elles ne m’ont pas particulièrement passionné. Le premier cycle des études était très technique. » C’est seulement pour son travail de bachelor qu’il a abordé l’astrophysique ; et il a eu le déclic : « Ça, c’est vraiment passionnant. » Il a quitté l’Université de Berne pour effectuer ses études de master à l’EPF de Zurich, parce que l’offre en astrophysique y était plus grande, puis il a pris la direction de Genève pour sa thèse de doctorat.
Malgré ces changements à l’intérieur de la Suisse, Andrea Weibel entretient une relation encore très étroite avec son lieu d’origine. Il a grandi à Matten près d’Interlaken dans un univers « très protecteur » et a un frère cadet. Ses parents n’ont pas de formation universitaire, mais l’ont toujours beaucoup soutenu dans son parcours scientifique. « J’ai eu une très belle enfance au milieu des montagnes et du lac », dit-il. Il n’a vraiment réalisé que bien plus tard qu’il avait grandi quasiment dans une idylle de carte postale. « Quand je me rends à Interlaken en train, je pense souvent : c’est vraiment très beau. » Il n’y a pas que la vue sur les montagnes, mais les discussions avec les gens qui n’ont rien à voir avec son travail l’ont aussi aidé à garder son équilibre. « La science est une bulle, affirme-t-il. Ça fait du bien d’en sortir. » En sortir, ça signifie pour lui pratiquer l’escalade de bloc avec ses amis, skier. Auparavant, il était aussi batteur dans un groupe de musique. « Mais je n’en ai plus le temps. »

Il souhaite rester en Suisse
Son emploi en post-doctorat à l’Université se termine cet été, ensuite il prévoit un séjour de recherche à Hawaï. Une opportunité autant qu’un défi. En effet, « j’ai toujours habité à Berne », explique-t-il. Malgré son emploi à Genève, il a une chambre et sa vie sociale à Berne où il passe aussi les week-ends avec son amie. « Je suis profondément enraciné ici », dit-il, « et je souhaiterais aussi rester ici à long terme. » Cela ne devrait pas impérativement être dans une institution académique. « Une pensée qui me tourmente parfois est que j’aimerais bien faire quelque chose qui ait un impact direct. Cela me manque quelquefois dans ce que j’ai fait pendant quatre ans ici, affirme-t-il. Même si je n’ai pas d’idée concrète, je suis persuadé que je peux appliquer les aptitudes acquises pendant mon doctorat aussi dans un autre domaine. »
En fin de compte, c’est peut-être ça qui le caractérise : ne pas toujours avoir une réponse concrète, mais poser les questions essentielles.

 

28 avr. 2026

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