Du laboratoire à la société : la Faculté des sciences au Salon des Inventions 2025

 

L’invention ne jaillit pas d’un éclair de génie isolé, mais se construit souvent patiemment, à l’intersection de la curiosité scientifique, de l’engagement sociétal et de la persévérance technique. Cette année, plusieurs équipes de la Faculté des sciences ont démontré, au Salon international des Inventions de Genève, la vitalité de cette articulation entre recherche fondamentale et application concrète. Tour d’horizon de ces initiatives, portées par des chercheuses et chercheurs qui entendent inscrire leur science dans le tissu du réel.

Une caméra pour la chirurgie mammaire

Pour le professeur Domenico Della Volpe, physicien des particules, l’engagement vers l’innovation découle d’un élan personnel : transformer un savoir hautement technologique en outil au service de la médecine. Son projet consiste à développer une caméra miniaturisée destinée aux chirurgies du cancer du sein, permettant de réduire l’invasivité des procédures et les séquelles postopératoires. Soutenue par l’Union européenne et en lien avec des partenaires suisses pour le développement du logiciel et du matériel, cette technologie intègre aussi la réalité augmentée pour assister les chirurgien·nes. Une start-up est en préparation — avec, en ligne de mire, une première opération clinique comme symbole d’un passage réussi du laboratoire au lit du patient.

Réduire les pesticides grâce aux lasers

Dans un tout autre domaine, le professeur Jean-Pierre Wolf, du Département de physique appliquée, a présenté un système de détection laser des pathogènes de la vigne. À l’aide de l’holographie, cette technologie permet de repérer précocement des maladies comme le mildiou, réduisant ainsi le recours aux pesticides. Si le projet vise d’abord les vignobles, il est potentiellement transférable à d’autres cultures. Le dispositif pourrait bientôt donner lieu à une valorisation commerciale, avec en toile de fond un triple objectif : préserver la santé, l’environnement et la qualité des produits.

Voir ce qui était invisible

Au cœur du vivant, le duo Paul Guichard et Virginie Hamel, du Département de biologie moléculaire, ont levé le voile sur une innovation de microscopie à expansion. Leur contribution ? Une molécule de fixation qui permet de préserver l’architecture cellulaire et d’élargir les possibilités d’observation. Ce procédé ouvre des perspectives inédites pour étudier les maladies comme le cancer ou les troubles neurodégénératifs. À terme, l’équipe ambitionne de créer la première plateforme européenne dédiée à cette technique, ouverte aux chercheurs et chercheuses suisses et internationaux.

Une solution optique simple pour des besoins complexes

Jérémie Theyssier, physicien au Département de physique de la matière quantique, a présenté un module optique innovant développé dans le cadre d’un projet instrumental interne. L’enjeu : combiner deux faisceaux laser tout en préservant leur polarisation, une condition essentielle dans de nombreuses expériences de physique. La solution retenue repose sur un principe physique ancien mais peu exploité, mis en œuvre de manière entièrement passive - sans consommation d’énergie - et conçue pour être imprimée en 3D.

Personnaliser les traitements contre le cancer

À la tête du groupe de pharmacologie systémique du cancer, Patrycja Nowak-Sliwinska, professeure associée à la Section des sciences pharmaceutiques, développe une plateforme de combinaison de médicaments sur mesure. L’idée : utiliser un échantillon tumoral du patient pour identifier, en quelques jours, une combinaison thérapeutique à la fois efficace et bien tolérée. Cette approche, encore en phase de validation, pourrait accélérer l’accès à des traitements personnalisés, notamment pour les cancers avancés.

Avec un premier essai clinique de phase I prévu, l’équipe cherche aujourd’hui à convaincre des investisseurs de soutenir la maturation du projet, en vue d’une transposition vers le soin. Outre son potentiel médical, cette technologie intéresse aussi l’industrie pharmaceutique par sa capacité à intégrer des traitements combinés complexes dans un protocole rationalisé. Une innovation à forte portée clinique et sociétale.

L’éveil scientifique dès le plus jeune âge

Enfin, la présence du Scienscope, piloté par Michel Gauthier-Clerc, rappelle que l’innovation ne se limite pas à la technologie. À travers des ateliers scientifiques ludiques, le centre a accueilli des familles et des enfants tout au long du Salon. L’objectif : susciter des vocations, mais aussi défendre une vision de la science ouverte, critique et tournée vers le bien commun. Chaque année, le Scienscope reçoit plus de 25’000 élèves genevois. Sa participation au Salon s’inscrit dans une mission plus large de dialogue avec la société, pilier de l’université contemporaine.

L’innovation comme culture

À travers ces projets très différents par leur forme, mais unis par une même exigence de sens, la Faculté des sciences illustre l’un des principes qui structurent sa mission : favoriser le transfert de connaissances dans une logique de responsabilité et d’utilité publique. Si l’innovation est parfois décrite comme un chemin escarpé - entre propriété intellectuelle, maturation technologique, financement et mise sur le marché -, elle est ici pensée comme prolongement éthique de la recherche.

En donnant à voir ces trajectoires, le Salon des Inventions devient non seulement une vitrine, mais aussi un espace de réflexion collective sur le rôle de la science dans une société en transformation. Et dans cette démarche, la Faculté entend bien continuer d’occuper toute sa place.


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