6 novembre 2025 -Anton Vos
Le bilan de l’Accord de Paris au menu de la COP30
Une équipe genevoise a l’honneur de pouvoir organiser un des événements officiels en marge des négociations entre États lors de la Conférence de Belém au Brésil sur les changements climatiques (COP30) qui démarre le 10 novembre.

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Le 10 novembre à Belém au Brésil débutera la COP30, soit la 30e Conférence des parties sur les changements climatiques. Cette année, une équipe de l’Université de Genève aura la chance de co-organiser un side event, c’est-à-dire un des événements officiels qui ont lieu en marge des négociations entre les représentant-es des États. Il s’agit d’une table ronde interactive qui se tiendra le samedi de la première semaine, en plein pic d’affluence du grand raout international. Elle traitera du bilan mondial de l’Accord de Paris, un traité centré sur l’atténuation, l’adaptation et le financement climatiques, qui fête cette année ses dix ans d’existence. Un bilan qui, du seul point de vue de la diminution des émissions de gaz à effet de serre, est d’ores et déjà un désastre puisque l’Organisation météorologique mondiale a indiqué, le 16 octobre dernier, qu’entre 2023 et 2024, la concentration moyenne mondiale de CO2 dans l’atmosphère avait connu la plus forte hausse (3,5 ppm) depuis le début des mesures modernes en 1957. Explications avec Kari De Pryck, maître-assistante à l’Institut des sciences de l’environnement, et Niklas Wagner, chercheur à l’Institut des sciences de l’environnement.
Le Journal: De quoi traitera votre table ronde?
Niklas Wagner: Nous voulons explorer la manière dont le bilan mondial de l’Accord de Paris peut produire des résultats justes et inclusifs en matière d’adaptation aux changements climatiques ainsi qu’en termes de pertes et de préjudices. Le tout en mettant l’accent sur l’Afrique de l’Ouest, une région qui subit déjà les conséquences des changements climatiques. Le bilan mondial est une sorte d’inventaire qui doit être dressé tous les cinq ans et qui permet aux pays et aux parties prenantes de faire le point sur le progrès – ou l’absence de progrès – collectif vers la réalisation des objectifs de l’Accord et, si nécessaire, de corriger le tir. Avec nos partenaires (l’Université de Bonn, l’Institut allemand pour le développement et la durabilité, l’organisation ouest-africaine Wascal et l’International Youth and Student Movement for the United Nations – Ismun), nous souhaitons réunir autour de cette table ronde des jeunes, des chercheurs et des représentants de la société civile afin de discuter du bilan à proprement parler, des contributions régionales et de la révision de ce qu’on appelle les «Contributions déterminées au niveau national» (CDN).
Que sont les CDN?
Kari De Pryck: Ce sont des plans nationaux d’action climatique mis en place dans le cadre de l’Accord de Paris. Ils décrivent dans quelle mesure chaque pays s’engage à réduire ses émissions de gaz à effet de serre (triplement de l’apport des énergies renouvelables, doublement de l’efficience énergétique, sortie de l’énergie fossile…) et à s’adapter aux impacts du changement climatique. Ces plans doivent être mis à jour tous les cinq ans avec une ambition croissante. La COP30 est importante, car les États doivent y présenter leurs nouvelles CDN. Ils devaient en réalité les publier en février de cette année déjà, pour préparer la réunion. Mais seulement une soixantaine d’entre eux – ne représentant qu’un tiers des émissions mondiales – l’ont fait à ce jour (dont la Suisse). Il en manque plus d’une centaine, dont les pays de l’Union européenne qui peinent à se mettre d’accord. Curieusement, les États-Unis ont publié les leurs. Mais c’était avant l’entrée en fonction de Donald Trump qui a entre-temps annoncé la sortie de son pays de l’Accord de Paris. En attendant que cette décision prenne effet, on ignore si les États-Unis enverront une délégation à Belém. Et, si c’est le cas, quel message elle apportera.
Il semble que le bilan de l’Accord de Paris ne soit pas très bon, n’est-ce pas?
Kari De Pryck: Les émissions de gaz à effet de serre poursuivent en effet leur croissance et les flux financiers destinés à réaliser la transition énergétique n’augmentent pas encore assez pour avoir un effet significatif. De plus, la situation géopolitique a changé, et pas forcément à l’avantage de la lutte contre les changements climatiques. Lors du premier bilan mondial clôturé en 2023 à la COP28 à Dubaï, les États s’étaient mis d’accord sur des mesures d’atténuation, d’adaptation et de financement de la transition énergétique. On avait même évoqué la «sortie des énergies fossiles». Tout cela avait été interprété comme une sorte de nouvel élan. Mais les choses ont évolué depuis. L’administration Trump détricote le multilatéralisme et on observe un retour de bâton écologique, en tout cas en Occident. Par ailleurs, une sorte d’austérité économique s’est installée qui entrave les efforts des États vers la transition écologique.
Cette table ronde et plus largement la COP30 s’inscrivent-elles dans vos activités de recherche?
Kari De Pryck: Notre projet de recherche, financé par le Swiss Network for International Studies (SNIS), est en effet centré sur le bilan mondial. Nous étudions la façon dont les recommandations de 2023 se reflètent dans l’action climatique des États. On va essayer d’aller plus loin et de formuler des propositions pour transformer la coopération internationale, qui se trouve actuellement dans une impasse, notamment à cause de la défection des États-Unis et de ses critiques acerbes contre le multilatéralisme.
Irez-vous tous les deux au Brésil?
Niklas Wagner: Malheureusement, je serai le seul à y aller à cause du coût exorbitant de l’hébergement sur place. De nombreuses personnes ou organisations censées se rendre à la Conférence ne le pourront d’ailleurs pas. Surtout, les pays les plus touchés par le changement climatique auront des difficultés à y envoyer leur délégation. Ces événements, qui réunissent des milliers de personnes à chaque fois et restent importants ne serait-ce que pour maintenir le dialogue entre les États sur ce sujet, sont malheureusement aussi devenus pour certains acteurs l’occasion de faire des affaires. Cependant, malgré les difficultés, la COP30 demeure une occasion cruciale de renforcer la coopération et de faire progresser une action climatique plus juste et inclusive.
À VOIR AUSSI À L'UNIGE
Dans le cadre de la Semaine du climat organisée par la Ville de Genève, l'UNIGE a programmé une conférence intitulée : «Une décennie de négociations climatiques: retour sur la COP30, 10 ans après l’Accord de Paris», avec Géraldine Pflieger, professeure au Département de science politique et relations internationales (Faculté des Sciences de la Société), et Kari De Pryck, maître-assistante à l’Institut des sciences de l’environnement. Elle se tiendra le 1er décembre à Uni Mail, salle MR060, à 12h30 (entrée libre).