24 septembre 2026 - Anton Vos

 

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Un observatoire du cancer à Genève est mis en ligne

Le Registre genevois des tumeurs a publié sur son site Internet un tableau de bord interactif présentant l’évolution de l’incidence et de la mortalité du cancer dans le canton depuis 1970. À visiter sans modération.

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Image: AdobeStock

Quel est le type de cancer le plus fréquent? Quel est celui qui a le taux de mortalité le plus élevé? Quelles sont les différences entre les hommes et les femmes? Et comment la situation a-t-elle évolué en cinquante ans? Depuis 1970, le Registre genevois des tumeurs (RGT) de la Faculté de médecine tient des statistiques rigoureuses et exhaustives sur tous les cas de cancer diagnostiqués dans le canton et les décès qui leur sont attribués. Depuis quelques mois, cependant, ces données précieuses ne sont plus seulement distribuées sous la forme d’un document PDF ou d’un tableau Excel – assez peu maniables, il faut l’avouer –, mais présentées dans un tableau de bord interactif. Un outil Web, qui facilite grandement la navigation sur cette mer d’informations, permet de combiner certains paramètres à volonté et de produire rapidement une image claire et pédagogique de la situation genevoise sur le front des tumeurs. Fruit des efforts d’Évelyne Fournier, épidémiologiste et Data Manager au RGT, et de ses collègues, ce site est destiné au grand public, aux professionnels de la santé, aux autorités, aux médias et, bien sûr, aux scientifiques. En constante évolution, son contenu est appelé à s’étoffer de nouvelles fonctionnalités dans les mois à venir.

«Il existe déjà des tableaux de bord interactifs similaires consacrés au cancer dans le monde, notamment aux États-Unis et dans l’Union européenne, précise Marc Ryser, professeur au Département de santé et médecine communautaires (Faculté de médecine) et directeur du RGT, mais en Suisse, c’est le premier. Nous l’avons récemment présenté à l’occasion d’un congrès international et, face à l’intérêt qu’il a suscité, nous avons d’ores et déjà diffusé le code informatique de notre outil aux collègues qui en ont fait la demande.»

En un clin d’œil

Dès la page d’accueil, on apprend ainsi que, chaque année, le canton enregistre 3648 nouveaux diagnostics de cancer et 913 décès des suites de cette maladie. Ces chiffres sont en réalité des moyennes annuelles calculées sur les cinq dernières années. Ils varient donc peu d’une semaine à l’autre bien que le site soit régulièrement mis à jour.

En cliquant sur le bouton «chiffres-clés», on obtient quelques détails supplémentaires. En un clin d’œil, on apprend ainsi que pour l’homme, le cancer le plus fréquent est celui de la prostate (449 nouveaux cas par an en moyenne sur les cinq dernières années) mais que celui qui tue le plus est celui des poumons et des bronches (avec 91 décès par an, soit 19% de tous les décès par cancer). Pour les femmes, c’est le cancer du sein qui domine tous les secteurs, avec 424 cas annuels moyens et 78 décès par an (18% de tous les décès par cancer).

En visitant le site, on peut explorer les différents indicateurs d’incidence et de mortalité par localisation tumorale (poumons, sein, prostate, côlon, etc.), par sexe et par année. On peut aussi connaître les tendances pour chaque type de tumeurs ainsi que l’évolution de la population du canton entre 1970 et 2023.

Il est possible de n’inclure dans sa sélection que les cancers invasifs, c’est-à-dire ceux qui ont déjà traversé la membrane basale de l’organe touché et ont donc commencé à migrer, ou d’ajouter les cas dits «in situ», bénins ou incertains, moins dangereux. Les résultats sont présentés sous forme de graphiques et de tableaux variés. Chaque type de cancer (ils sont répertoriés dans 30 catégories) possède, en outre, sa fiche plus détaillée.

Indicateur de survie

Les mêmes données peuvent se lire de trois façons, en nombre de cas moyens, en taux pour 100’000 personnes (ce qui gomme l’effet de la croissance démographique) ou en taux «standardisé» pour 100’000 personnes. Ce dernier indicateur est le plus utile aux spécialistes. Pour comparer des époques ou des régions différentes, les épidémiologistes recalculent les taux comme si la population avait toujours la même structure d’âge, celle d’une population standard européenne (ESP 1976) fixée par convention internationale. On neutralise ainsi l’effet du vieillissement, une hausse des cas traduisant un vrai changement du risque et non le simple fait que la population genevoise compte aujourd’hui davantage de personnes âgées.

«Le dernier indicateur que nous avons ajouté au site est celui des taux spécifiques par classe d’âge (moins de 50 ans, entre 50 et 74 ans et plus de 75 ans), poursuit Évelyne Fournier. Il permet de voir comment l’évolution en cinquante ans de l’incidence ou de la mortalité peut beaucoup diverger entre ces trois catégories de personnes. Et avant la fin de l’année, nous aimerions ajouter l’indicateur de survie pour chaque cancer. Il sera ainsi possible de visualiser la survie brute (la proportion de patients encore en vie, toutes causes de décès confondues) et la survie nette (qui estime la survie liée au seul cancer), et de suivre leur évolution dans le temps.»

Encadré par la loi

Le Registre genevois des tumeurs recense chaque cas de cancer chez les adultes de 20 ans et plus domiciliés dans le canton de Genève. Depuis 2020, son activité est encadrée par la Loi sur l’enregistrement des maladies oncologiques (LEMO) qui oblige l’ensemble des professionnels de santé à transmettre certaines informations aux registres cantonaux dès lors qu’une personne reçoit un diagnostic de cancer ou qu’elle est déjà sous traitement. L’objectif est de standardiser l’enregistrement des maladies oncologiques dans toute la Suisse afin de suivre les évolutions des cancers dans le temps, de cibler les efforts de prévention et de dépistage, d’améliorer la prise en charge des patients et d’alimenter la recherche épidémiologique. Les personnes qui sont porteuses de la maladie ont cependant toujours la liberté de refuser leur enregistrement. À Genève, on n’en compte qu’une poignée chaque année.

Pour des raisons éthiques, les données du tableau de bord sont organisées de façon à rendre impossible toute tentative de réidentification.

Ce tableau de bord, facile d’utilisation et accessible à tout le monde, est également présenté par sa conceptrice comme un moyen de rendre à la population un service qui a été financé par ses impôts. L’espoir est que les Genevois s’emparent désormais de cet outil.

«Cela faisait longtemps qu’il nous manquait un tel tableau de bord au RGT, et c’est l’intelligence artificielle qui nous a décidés à nous lancer, admet Évelyne Fournier. Il y a dix ans, un tel outil aurait demandé des moyens que nous n’avions pas. L’IA a changé la donne. Quelques mois de travail ont suffi là où il aurait fallu autrefois une équipe et un financement dédiés.»

 

 

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