4 juin 2026 - UNIGE

 

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La consommation de cannabis ne fait pas baisser la testostérone

Selon une étude de l’UNIGE, les jeunes hommes qui consomment du cannabis présentent des taux d’hormones sexuelles masculines plus élevés, sans lien direct avéré avec la fertilité.

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Si le cannabis semble perturber certains mécanismes biologiques liés à la reproduction, les conséquences cliniques exactes sur la fertilité des jeunes hommes font encore l’objet de recherches. Photo: DR

 

Les effets du cannabis sur le système hormonal et la fertilité masculine restent controversés au sein de la communauté scientifique, les conclusions des études menées jusqu’à présent – notamment en ce qui concerne l’impact de la consommation de cannabis sur la testostérone – étant souvent contradictoires. Une étude dirigée par Serge Rudaz, professeur à la Section des sciences pharmaceutiques de l’UNIGE, en collaboration avec le Centre suisse de toxicologie humaine appliquée (Scaht), apporte cependant de nouveaux éléments. Ses résultats montrent en effet que la consommation de cannabis ne diminue pas les niveaux de testostérone chez les jeunes hommes et pourrait même augmenter sa synthèse testiculaire. Cette élévation hormonale ne peut toutefois pas être directement associée à la fertilité.

 

Augmentation de la testostérone

L’analyse de l’équipe de recherche portait sur une cohorte de 94 conscrits suisses âgés de 18 à 23 ans, dont la moitié était consommatrice avérée de cannabis et l’autre non. Alors que les travaux précédents se limitaient à la testostérone, cette étude a mesuré des centaines d’hormones, dont les hormones sexuelles telles que les androgènes, les progestagènes et les œstrogènes. «Nos résultats suggèrent que la consommation de cannabis entraînerait une augmentation de la testostérone d’environ 23% chez les jeunes hommes, explique Serge Rudaz. En observant de plus près l’ensemble des hormones sexuelles masculines – les androgènes –, nous avons pu montrer que cette hausse provenait spécifiquement des testicules, le taux de production dans les glandes surrénales n’ayant pas augmenté.» Le cannabis aurait ainsi une action directe sur les testicules, et plus particulièrement sur les cellules de Leydig, productrices de testostérone.

Grâce à cette analyse étendue, l’équipe est également parvenue à identifier deux nouveaux biomarqueurs potentiels de la consommation de cannabis, l’hydroxyprogestérone (11B-OHP4) et la dihydroprogestérone (5B-DHP4). «Il s’agit de deux métabolites dérivés de la progestérone, une autre hormone sexuelle importante. L’augmentation de leur concentration chez les consommateurs est si élevée qu’ils pourraient être utilisés pour suivre les perturbations endocriniennes découlant d’une exposition régulière au cannabis. Cette découverte devrait surtout encourager la communauté scientifique à élargir les études à de nouvelles hormones, jusqu’ici négligées, qui pourraient également jouer un rôle dans le système reproducteur masculin», indique Mathieu Galmiche, ancien postdoctorant à la Section des sciences pharmaceutiques de l’UNIGE, désormais affilié au Karolinska Institutet à Stockholm, et premier auteur de l’étude.

 

Pas de rapport avec la qualité du sperme

L’élévation du taux d’hormones chez les consommateurs de cannabis ne doit pas être interprétée comme un indicateur de qualité du sperme, la relation entre testostérone et fertilité demeurant très complexe à déchiffrer. Par ailleurs, l’augmentation observée pourrait être une réponse compensatoire de l’organisme face à une sensibilité réduite de certains récepteurs aux androgènes en présence de cannabis. Il est également possible que les hommes présentant naturellement des taux élevés de testostérone soient plus enclins à prendre des risques et donc à consommer du cannabis.

Si le cannabis semble perturber certains mécanismes biologiques liés à la reproduction, les conséquences cliniques exactes de sa consommation sur la fertilité des jeunes hommes doivent encore faire l’objet de recherches afin d’en déterminer les mécanismes, les seuils de toxicité ou encore les effets à long terme.

 

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