20 novembre 2025 - Manon Voland
Quand l’art éveille l’émotion et l’engagement
Comment les émotions guident-elles nos décisions et nos engagements? Lors d’une conférence, le psychologue Tobias Brosch explore la manière dont l’art, en touchant notre sensibilité, peut influencer nos choix et encourager des comportements durables.

Khalil Berro, BREATHE.
Comment expliquer que certaines œuvres d’art touchent plus que d’autres? Et pourquoi certaines émotions poussent-elles davantage à agir? Selon Tobias Brosch, professeur à la Faculté de psychologie et des sciences de l'éducation, les émotions orientent nos choix, nos valeurs et nos comportements. Depuis plusieurs années, il étudie le rôle des émotions comme leviers de prise de conscience et d’action sur les questions environnementales. «Les informations factuelles seules ne suffisent souvent pas à mobiliser les individus, expose le spécialiste. À l’inverse, l’art a la capacité de toucher nos émotions, de contourner nos défenses rationnelles et de créer une connexion immédiate à des enjeux qui paraissent parfois abstraits ou lointains.» C’est cette rencontre entre émotions, art et engagement que Tobias Brosch propose d’explorer lors de la conférence «Émotions. L’art déclencheur d’engagement?»qui sera donnée le 27 novembre, dans le cadre du projet (re)connecting.earth (03) – Ressources sensibles.
Sentir pour agir
Pour illustrer la façon dont l’art peut rendre la «polycrise» environnementale tangible et nous en rapprocher concrètement, Tobias Brosch s’appuie sur l’installation immersive Breathe, de l’artiste suisso-libanais Khalil Berro. Cette œuvre projette en temps réel le trajet des masses d’air que nous respirons, rendant perceptibles des flux habituellement invisibles. «En montrant ces trajectoires, Breathe réduit la distance psychologique, soit notre tendance à percevoir des problèmes environnementaux comme abstraits, éloignés dans le temps ou dans l’espace, et donc moins urgents, décrypte le professeur. En ce sens, elle souligne donc notre interconnexion avec le monde.»
Ce type d’expérience montre comment l’art peut agir comme un stimulus déclencheur, provoquant une réaction émotionnelle lors de laquelle le spectateur ou la spectatrice ne se contente plus de voir, mais commence à ressentir. «Cette activation émotionnelle peut être le premier pas vers l’engagement, note Tobias Brosch. Elle capte l’attention, donne du sens à l’information et crée un lien personnel avec l’enjeu. Mais ce qui transforme un spectateur en acteur, c’est le fait que l’émotion se double d’un sentiment d’efficacité: la conviction que nos gestes comptent et que chacun peut agir.» Parmi les émotions qu’il étudie, l’une retient particulièrement son attention: l’espoir constructif. «Il ne s’agit pas d’un optimisme naïf, insiste le psychologue, mais d’une émotion active définie par la conviction que des solutions existent, que des changements sont possibles et que nos actions ont un impact réel.»
Au-delà de l’esthétique
Pour Tobias Brosch, le constat est clair: l’art est plus qu’une expérience esthétique. Il peut devenir un outil puissant afin de comprendre le monde, de ressentir sa complexité et d’imaginer des futurs possibles. Quant à l’émotion, loin d’être ennemie de la rationalité, elle constitue le pont qui permet de franchir le pas entre savoir et agir, passage obligé pour faire face à l’urgence écologique.
Conférence «Émotions. L’art déclencheur d’engagement?»
27 novembre 2025, 19h, Haute école de musique de Genève
Gratuit sur inscription