12 mars 2026 - Jacques Erard

 

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Une semaine pour s’informer sur les enjeux du plagiat à l’ère de l’IA

Du 16 au 20 mars, la Bibliothèque de l’UNIGE propose une semaine d’information et de partage autour du plagiat. Avec l’IA, les enjeux se sont complexifiés, tout en offrant une opportunité de faire évoluer l’approche pédagogique universitaire. Explications avec la vice-rectrice chargée de l’enseignement, la professeure Martine Collart.

 

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Le Journal: L’IA change-t-elle la nature du plagiat à l’Université?

Martine Collart: Les outils d’intelligence artificielle augmentent en effet les risques de plagier sans même s’en rendre compte. L’IA génère du contenu à partir d’une immense quantité de textes existants. Elle recombine des idées, des formulations, des connaissances déjà produites par d’autres. Résultat: les étudiant-es peuvent concevoir des travaux générés par IA sans avoir le sentiment de plagier. Et surtout sans avoir, eux-mêmes ou elles-mêmes, effectué le travail attendu, ce qui représente un risque encore plus grand.

Qu’entendez-vous par là?

Les étudiant-es doivent avoir conscience qu’en utilisant l’IA, elles/ils se rendent dispensables. Si leur seule compétence acquise à l’Université se limite à faire ce qu’on leur demande à l’aide de l’IA, la valeur ajoutée de la formation universitaire lorsqu’elles ou ils entreront sur le marché du travail sera proche de zéro. L’enjeu touche donc à la nature même de la formation. Quand un-e étudiant-e délègue une partie importante de la rédaction ou de la réflexion à une IA, la question n’est pas seulement celle de l’appropriation d’un texte, mais aussi celle de l’engagement dans le processus d’apprentissage.

L’IA change-t-elle la définition de ce qu’est le plagiat?

Celle-ci devient plus floue. Auparavant, on plagiait en sachant que l’on trompait. On empruntait un bout de texte trouvé chez un-e autre auteur-e et on se l’appropriait sans le citer. Aujourd’hui, l’IA compile des masses de données qu’elle reformule. Il ne s’agit donc plus d’un plagiat de texte repris mot à mot mais d’un plagiat d’idées.

Pourtant, on est constamment sous l’influence d’idées venues de diverses sources. Est-ce vraiment du plagiat?

Le plagiat consiste à s’approprier quelque chose qui appartient à quelqu’un d’autre. Dans le contexte de la recherche universitaire, lorsque l’on travaille dans des domaines très pointus, on touche au cœur du métier académique. Si vous allez à un congrès scientifique présenter un travail qui n’a pas encore fait l’objet d’une publication dans une revue scientifique et qu’un-e autre chercheur/euse dans la salle reproduit l’expérience dans son labo avec des ressources que vous n’avez pas et qu’il/elle parvient à publier avant vous, ce sera un sacré plagiat! Avec l’IA, on élargit donc le spectre. On voit d’ailleurs pointer une tendance visant à valoriser les publications scientifiques en fonction de leur originalité, que ce soit en termes d’idée, de méthode ou de résultat. Je pense que c’est un message que nous devons aussi adresser à nos étudiant-es. La plus-value des études universitaires va de plus en plus se situer dans la singularité de ce qu’une personne ou un groupe peut apporter et moins dans la capacité à synthétiser un savoir éparpillé.

L’IA est-elle utile pour détecter le plagiat?

L’IA n’est en tout cas pas très douée pour déceler l’usage de l’IA. En revanche, elle peut s’avérer très efficace pour détecter le plagiat crasse, comme la reprise de texte mot à mot. Il est possible que des enseignant-es y recourent en cas de doute. On sait que les IA peuvent aussi créer, par exemple, de fausses références bibliographiques. Cela dit, je pense que les enjeux actuels dépassent largement le cadre de la détection. Il faut plutôt miser sur la prévention et la responsabilisation dans une optique globale. Il ne s’agit pas tant de se protéger contre le faux et la tromperie, ce qui a été la première réaction avec l’arrivée de l’IA générative, que de comprendre que l’IA est là et en expliciter les enjeux pour la formation universitaire.

Comment l’Université peut-elle s’adapter à cette nouvelle donne?

Cela implique d’accompagner les étudiant-es sur ces questions tout au long de l’apprentissage. Les travaux écrits resteront un aspect important de la formation, mais il faut davantage valoriser les compétences d’interactions en groupe, de discussion, d’esprit critique ainsi que la capacité à défendre une opinion sur la base de connaissances acquises. Par ailleurs, ces interactions ne doivent pas se dérouler uniquement entre personnes d’un même domaine, mais aussi dans un cadre élargi, interfacultaire. Savoir dialoguer et réfléchir avec une diversité d’interlocuteurs/trices constituera une des plus-values de la formation universitaire. Je pense c’est une réelle opportunité d’enrichir notre approche pédagogique. Mais il faut agir vite, faute de quoi nous risquons de pénaliser nos étudiant-es.

Semaine Zéro Plagiat
Du 16 au 20 mars
Programme complet


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