26 février 2026 - Marion de Vevey

 

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Du sable de Saqqara ressurgit l’énigme du vizir Ouni 

À Saqqara, la tombe d’un haut dignitaire vieux de plus de 4000 ans fait l'objet d'une fouille pas comme les autres. Entre sable, hiéroglyphes et enquête historique, les archéologues tentent de résoudre un mystère: où repose vraiment le vizir Ouni? Une énigme relatée dans un documentaire à découvrir le 5 mars.

 

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Photo: Emmanuel Laroze / MAFS

 

«Si vous avez vu le premier volet d’Indiana Jones avec les nombreux travailleurs entourés de wagonnets, sachez que les fouilles archéologiques de notre mission ressemblent exactement à ça», décrit Philippe Collombert, professeur à l’Unité d’égyptologie (Faculté des lettres) et directeur de la mission archéologique franco-suisse de Saqqara. Dès 6h30 du matin, plus de 80 ouvriers égyptiens déplacent des tonnes de sable dans le désert de Saqqara à l’aide de grosses pioches, paniers et chariots. L’objectif est d’atteindre des couches se trouvant 5 à 6 mètres sous la surface, sous le sable accumulé pendant plus de quatre millénaires. Une fois le sable dégagé, le pinceau remplace la pioche et le passé peut faire surface.

 

Ce qu’il reste de leurs vies

Puisque le lieu a été saccagé par les pilleurs et les carriers qui utilisaient les pierres afin de bâtir les villes, ce sont majoritairement des murs qui subsistent d’un passé datant de 2300 ans av. J.-C. Les objets sont rares, mais les peintures semblent parfois encore fraîches, tant les couleurs restent éclatantes. Grâce à l’orthophotographie, une technique qui assemble de multiples clichés pour produire un plan corrigé géométriquement, les archéologues peuvent reconstituer précisément les tombes découvertes. «Je suis au bureau, mais j’ai l’intérieur des pyramides dans mon ordinateur et je peux zoomer sur chaque partie, paroi après paroi. C’est comme si j’avais la pyramide chez moi», continue le chercheur. Après un mois et demi de chantier, le travail d’interprétation ne fait que commencer.

 

Une enquête vieille de 4000 ans

Ces fouilles se concentrent depuis 2022 sur la tombe d’un haut dignitaire de l’Ancien Empire: le vizir Ouni. Proche du pharaon Pépy Ier (approximativement entre 2310 et 2260 av. J.-C.), ce personnage est bien connu des égyptologues: il a fait rédiger la plus longue autobiographie conservée de cette époque, gravée dans une tombe découverte au XIXᵉ siècle à Abydos, à quelque 500 kilomètres plus au sud. Or, à Saqqarah, l’équipe a mis au jour une autre tombe portant les mêmes textes. «Et là débute le mystère: le vizir Ouni a-t-il été enterré à Saqqarah ou à Abydos?» se demande Philippe Collombert. C’est tout l’enjeu de la mission actuelle. Les archéologues ont retrouvé des fragments de la chapelle funéraire et de nouvelles inscriptions. L’objectif de 2026 est désormais d’atteindre la chambre funéraire située une dizaine de mètres sous terre, encore difficile d’accès.

L'énigme du vizir Ouni à l'écran

Le documentaire «Égypte: le mystère de la tombe du vizir Ouni» de Frédéric Wilner et Moataz Madi suit la mission franco-suisse de Saqqarah comme une véritable enquête archéologique. Les chercheurs y tentent de résoudre l’énigme des deux tombes attribuées à Ouni en reconstituant les indices laissés dans les textes et les vestiges. Les caméras ont aussi capté un moment inattendu: la découverte d’une petite tombe décorée, remarquablement conservée, mise au jour par hasard pendant les fouilles. Mais à qui appartient-elle?

«Égypte: le mystère de la tombe du vizir Ouni»
Avant-première
Jeudi 5 mars à 18h30 - Uni Dufour

Les hiéroglyphes comme indices

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 Photo: MAFS

Sur les peintures ramenées photographiquement en Europe, l’égyptologue Philippe Collombert s’intéresse particulièrement aux hiéroglyphes, qui mettent en signes un passé autrement inaccessible. «Nous avons ainsi un aperçu d’une vie ou de l’organisation de la cour par exemple, c’est fascinant.» Mais s’intéresser à ces textes ne consiste pas seulement à les traduire. Les chercheurs les replacent aussi dans leur contexte en gardant à l’esprit qu’ils reflètent les idéologies et les intérêts de leur époque.

Pour le professeur, cette plongée dans les sources anciennes a aussi une portée très actuelle. «L’égyptologie me permet de relativiser. Aujourd’hui, je ne crois pas sur parole ce que je vais entendre ou lire, parce que je sais que, de la même manière que les Égyptiens essayaient de mettre en avant leurs propres intérêts, il y a une intention derrière chaque écrit.» Même gravés dans la pierre, ces récits restent des points de vue, ce qui rend précisément l’enquête archéologique si passionnante.


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