26 février 2026 - Anton Vos
Les centenaires ont les protéines de leurs 30 ans
Une étude a identifié dans le sang de centenaires 37 protéines dont le profil semble lié à un vieillissement ralenti.

L’une des centenaires participant au projet Swiss100 avec des membres de sa famille. Image: SWISS100/Jos Schmid
Le secret des centenaires suisses, qui représentent 0,02% de la population, réside dans l’expression de certaines protéines dans leurs cellules, selon une étude menée dans le cadre de Swiss 100, premier projet de recherche suisse de grande ampleur consacré aux personnes dont l’âge a dépassé le siècle. Comme le rapporte une étude parue le 8 février dans Aging Cell, une équipe scientifique dont fait partie le groupe de Karl-Heinz Krause, professeur honoraire à la Faculté de médecine, a comparé les profils sanguins de 39 personnes qui avaient entre 100 et 105 ans (dont 85% de femmes) à ceux de 59 octogénaires, puis à ceux de 40 adultes en bonne santé âgés de 30 à 60 ans. Elle est parvenue à identifier les signatures moléculaires associées à un vieillissement réussi. Pour 37 protéines, les participantes et les participants les plus vieux présentent un profil étonnamment proche de celui des plus jeunes, avec notamment des marqueurs de stress oxydatif particulièrement faibles.
En tout, les scientifiques ont mesuré 724 protéines dans le sérum sanguin, dont 358 marqueurs d’inflammation et 366 marqueurs cardiovasculaires, deux domaines déterminants pour la longévité. Chez les centenaires, les profils de 37 de ces protéines (soit environ 5%) ressemblent davantage à ceux de personnes jeunes qu’à ceux d’octogénaires, suggérant que le vieillissement de certains mécanismes clés est fortement ralenti.
Les résultats les plus nets concernent cinq protéines liées au stress oxydatif, soupçonné d’accélérer le vieillissement. Plus précisément, les centenaires ont la particularité de présenter des niveaux significativement réduits de protéines antioxydantes clés. Ce qui semble contre-intuitif s’explique par le fait que le niveau de stress oxydatif est nettement inférieur chez les centenaires qui ont donc moins besoin de produire des antioxydants pour le contrer.
Parmi les 37 protéines, on en compte aussi certaines qui sont régulatrices de la matrice extracellulaire et dont les niveaux d’expression paraissent «jeunes» chez les centenaires. D’autres, impliquées dans le métabolisme des graisses, voient leur expression augmenter beaucoup moins chez les centenaires, contrairement à ce qui se passe dans la population gériatrique standard. Il en va de même pour l’interleukine-1 alpha, une protéine inflammatoire majeure.
Par ailleurs, la protéine DPP-4, qui dégrade le GLP-1 (une hormone stimulant la sécrétion de l’insuline, à la base des nouveaux médicaments contre le diabète et l’obésité), est bien conservée chez les centenaires. La DPP-4 contribue à garder des niveaux d’insuline relativement bas, ce qui pourrait les protéger contre l’hyperinsulinisme et le syndrome métabolique.
L’étude souligne toutefois l’importance d’un mode de vie sain. La part génétique de la longévité n’est en effet que d’environ 25%. Le style de vie pendant la vie adulte constitue donc un levier puissant: nutrition, activité physique, contacts sociaux. Manger un fruit le matin peut, par exemple, diminuer le stress oxydatif sanguin pendant la journée. L’activité physique participe, quant à elle, au maintien de la matrice extracellulaire dans un état plus jeune. Éviter le surpoids aide également à préserver un métabolisme sain, similaire à celui observé chez les centenaires.