19 mars 2026 - Yann Bernardinelli

 

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Un mauvais «nettoyage» du cerveau augmente le risque de psychose

Une équipe de l’UNIGE montre qu’un dysfonctionnement précoce du système glymphatique, chargé d’éliminer les déchets du cerveau, pourrait constituer un facteur clé de vulnérabilité à la psychose. 

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Hallucinations et idées délirantes figurent parmi les symptômes caractéristiques des troubles du spectre de la schizophrénie. Elles peuvent en outre s’accompagner d’un retrait social et d’un déclin cognitif, se manifestant le plus souvent à l’adolescence ou au début de l’âge adulte. Leur prévalence est estimée entre 0,5 et 3%. Malgré l’impact majeur et souvent irréversible de ces troubles sur les capacités intellectuelles et l’autonomie, les mécanismes biologiques qui précèdent leur émergence restent mal compris.

Dans un article publié le 27 février dernier dans Biological Psychiatry: Global Open Science,une équipe du Département de psychiatrie (Faculté de médecine) et du Centre Synapsy de recherche en neurosciences pour la santé mentale s’est intéressée au syndrome de délétion 22q11.2, une condition génétique associée à un risque de 30 à 40% de développer des symptômes psychotiques. Cette microdélétion inclut des gènes impliqués dans l’intégrité du système glymphatique qui agit comme un réseau de nettoyage du cerveau. Il élimine les déchets métaboliques, les molécules inflammatoires et les excès de neurotransmetteurs grâce à la circulation du liquide céphalo-rachidien et à ses échanges avec le liquide interstitiel dans lequel baignent les cellules du cerveau. Lorsqu’il fonctionne mal, ce véritable système de drainage cérébral peut engendrer inflammation et toxicité neuronale, deux phénomènes suspectés de favoriser l’apparition de symptômes psychotiques.


Une vulnérabilité neurodéveloppementale

L’équipe a analysé une cohorte de personnes porteuses de la délétion 22q11.2, suivies de l’enfance à l’âge adulte, dont un sous-groupe a développé des symptômes psychotiques au cours du suivi, permettant d’identifier des trajectoires neurodéveloppementales distinctes. Les données longitudinales d’imagerie, dont l’acquisition a commencé il y a plus de 25 ans, ont été réanalysées par l’équipe. Grâce à une méthodologie spécifique appliquée à une technique d’imagerie par résonance magnétique de diffusion – qui mesure la diffusion des molécules d’eau dans le cerveau –, l’équipe a pu estimer indirectement le fonctionnement du système glymphatique. Elle a ainsi observé que le système de nettoyage du cerveau était significativement altéré chez les personnes porteuses de la délétion 22q11.2, et ce, dès l’enfance. De plus, alors que l’efficacité du système glymphatique augmente normalement au cours du développement, cette progression n’a pas été observée chez le sous-groupe ayant développé des symptômes psychotiques. «Cette trajectoire atypique suggère qu’une vulnérabilité, résultant de l’interaction entre facteurs biologiques et environnementaux, est présente bien avant l’apparition des symptômes», explique Alessandro Pascucci, doctorant au Département de psychiatrie et au Centre Synapsy et médecin interne à la Fondation pôle autisme.

Les chercheurs et chercheuses ont également mesuré l’équilibre entre les signaux d’excitation et d’inhibition dans l’hippocampe, en étudiant deux types de neurotransmetteurs: le glutamate, qui stimule l’activité des neurones, et le GABA, qui la freine. Plus l’efficacité du système de nettoyage était faible, plus ce déséquilibre était marqué. «Un excès d’excitation peut devenir toxique pour les neurones et contribuer à des altérations dans certaines régions du cerveau particulièrement vulnérables et impliquées dans la psychose, comme l’hippocampe, estime le chercheur. Ces résultats suggèrent qu’une fragilité du système glymphatique pourrait rendre le cerveau plus susceptible de développer des psychoses.»


Vers des interventions précoces

Les prochaines étapes viseront à analyser les liens entre l’inflammation périphérique, observable dans le sang, et la qualité du sommeil connue pour influencer le fonctionnement glymphatique et l’apparition de psychoses. «L’identification de tels facteurs prédictifs modifiables pourrait ouvrir la voie à des stratégies destinées à retarder, voire prévenir, un premier épisode psychotique», conclut Stephan Eliez, professeur au Département de psychiatrie et au Centre Synapsy ainsi que directeur de la Fondation pôle autisme.

 

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