4 septembre 2025 - Melina Tiphticoglou
Cent ans de pharmacie à Genève
Numéro un dans le monde francophone, la Section des sciences pharmaceutiques de l’UNIGE, qui fête son centenaire cette année, doit son actuel succès au tournant pris en 2004 avec la création de l’École de pharmacie Genève-Lausanne. Une soirée revient sur son histoire et les défis qui l’attendent.

Image: DR
Fini le temps où l’officine se contentait de délivrer des médicaments prescrits par le cabinet médical. Aujourd’hui, face au vieillissement de la population, à la multiplication des maladies chroniques et aux besoins d’économies dans le système de santé, les pharmacien-nes endossent de plus en plus de responsabilités cliniques. À cela s’ajoutent de nouvelles pratiques intégrant les innovations thérapeutiques, la pharmacie personnalisée et l’intelligence artificielle, ainsi que la nécessité de développer la coopération avec les autres professions du système de santé. Cette évolution sera au cœur de la soirée publique «Innover pour mieux soigner» organisée le vendredi 26 septembre à l’occasion du centenaire de la Section des sciences pharmaceutiques de l’UNIGE.
Reconnue pour ses activités de recherche dans plusieurs disciplines, comme les sciences analytiques, la nanomédecine ou la recherche clinique, la Section compte aujourd’hui 18 groupes de recherche, une centaine de doctorant-es et 120 étudiant-es par année – ce qui en fait la plus grosse section de la Faculté des sciences. Mais cela n’a pas toujours été le cas.
«Le tournant majeur se situe en 2004, lorsque les écoles de pharmacie des universités de Lausanne et de Genève ont fusionné pour donner naissance à l’École de pharmacie Genève-Lausanne (EPGL), se remémore Jean-Luc Veuthey, professeur honoraire et premier président de l’EPGL. Avant cette date, nous étions deux petites sections, comptant une trentaine d’étudiant-es chacune et bénéficiant d’une maigre visibilité.»
Fusionner pour favoriser le dynamisme
C’est en 1998 que les directions de l’UNIGE, l’UNIL et l’EPFL décident, dans le cadre du projet de collaboration lémanique Science-Vie-Société, de supprimer les entités redondantes et de réunir les petites structures. Les mathématiques, la chimie et la physique quittent alors l’UNIL pour rejoindre l’EPFL et il est convenu que la Section de pharmacie de Lausanne, bien qu’elle soit plus ancienne que celle de Genève, sera fermée et rapatriée dans la Cité de Calvin. Côté vaudois, l’enthousiasme n’est pas au rendez-vous. L’opposition se manifeste notamment par des grèves étudiantes et la démission de certain-es enseignant-es. En 2001, la question est soumise à la population vaudoise, qui entérine la décision.
À Genève, l’enjeu réside dans l’accueil d’environ 150 personnes, ce qui nécessite la construction d’un nouveau bâtiment, le Pavillon Ansermet qui voit le jour en 2003, ainsi qu’un important travail administratif. En novembre 2004, l’École de pharmacie Genève-Lausanne est inaugurée. Cofinancée par les cantons de Vaud et de Genève, elle incarne l’abandon d’une logique cantonale au profit d’une logique régionale visant à rationaliser les ressources et à rassembler les compétences pour en favoriser les synergies. Le succès est incontestable: en une vingtaine d’années, l’EPGL se hisse au sommet, rejoignant les meilleurs instituts de sciences pharmaceutiques du monde et se classant numéro 1 dans le milieu francophone. En 2019, elle prend le nom d’Institut des sciences pharmaceutiques de la Suisse occidentale (ISPSO), afin de refléter son rayonnement sur l’ensemble de la Suisse romande.
Enseignement interprofessionnel
«L’autre décision capitale a été de rassembler les sciences médicales sur le plateau de Champel, poursuit Jean-Luc Veuthey. La médecine, la Haute école de santé et l’Hôpital cantonal s’y trouvaient déjà. L’extension du CMU, dont les étapes 5 et 6 ont été finalisées en 2016, a permis à la médecine dentaire, à la pharmacie et au Centre de simulation interprofessionnelle de les rejoindre.» Ce regroupement va favoriser le développement de l’enseignement interprofessionnel, une manière innovante et très efficace de préparer les professionnel-les de la santé à l’évolution de leurs métiers. «Avec l’augmentation des activités cliniques en officine, l’interaction entre les médecins et les pharmacien-nes se modifie en profondeur et demande une bonne compréhension des compétences et responsabilités respectives, explique Gerrit Borchard, président de la Section des sciences pharmaceutiques. Grâce à la proximité du Centre de simulation interprofessionnelle, les étudiant-es en médecine, en pharmacie et en dentisterie, ainsi que les sages-femmes et les infirmiers/ères sont formé-es, ensemble, à l’interprofessionnalité. Ils et elles apprennent à travailler main dans la main et acquièrent les compétences nécessaires à une collaboration interdisciplinaire optimale pour le suivi et le traitement des patient-es.»
Pas de chômage
Afin de conserver son caractère romand, le Bachelor en sciences pharmaceutiques de l’ISPSO se caractérise par une première année décentralisée. Grâce à un enseignement uniformisé, les étudiant-es de Lausanne, Neuchâtel et Genève commencent leurs études dans leur canton, avant de se regrouper au bout du lac pour la suite de leurs études. L’institut genevois forme près de la moitié des pharmacien-nes de Suisse, le reste provenant des universités de Bâle, Zurich et Berne. Après leur cursus, 70% de ces spécialistes du médicament exercent en officine, 20% dans les milieux de la recherche ou de l’industrie et 10% dans l’administration (expertise, réglementation, contrôle qualité...). À Genève, la pharmacie hospitalière occupe également une place prépondérante, avec notamment un étage complet des HUG dédié à la préparation des remèdes. Selon la Société suisse des pharmaciens, la profession ne connaît pas de chômage. Au contraire, les effectifs actuels ne suffisent pas à combler les besoins de la profession: seule la moitié des professionnel-les étant aujourd’hui formé-es en Suisse. «Susciter l’intérêt des jeunes pour cette discipline représente donc un défi majeur pour les années à venir», souligne Patrycja Nowak-Sliwinska, la vice-présidente de la Section des sciences pharmaceutiques.
INNOVER POUR MIEUX SOIGNER – 100 ans de pharmacie
Conférences et table ronde
Vendredi 26 septembre | 17h-19h30 | Auditoire Marguerite Champendal
Centre médical universitaire, Rue Michel-Servet 1, 1206 Genève