Chapitre XII.
La traction dâun poids sur un plan incliné 1
a
Le problĂšme posĂ© aux sujets est Ă nouveau un problĂšme dâĂ©quilibre, et sensiblement semblable Ă celui de la balance, mais avec mise en Ă©vidence des relations de travail : un wagonnet est tirĂ© sur un rail, auquel on peut donner diffĂ©rentes inclinaisons, et la question est de prĂ©voir les mouvements ou les positions dâĂ©quilibre du wagon en fonction du poids dont il est chargĂ©, du contrepoids suspendu au cĂąble et de lâinclinaison. On sait que celle-ci intervient en raison non pas de lâangle mesurĂ© en degrĂ©s, mais bien de son sinus, câest-Ă -dire en fait de la hauteur h (variable). La loi dâĂ©quilibre Ă trouver est donc P/M = h/H oĂč P est le contrepoids (variable), M le poids du wagonnet (qui vaut 4 unitĂ©s par lui-mĂȘme mais peut en outre ĂȘtre chargĂ© de poids variables) et H la hauteur totale (la longueur constante du rail supposĂ© vertical).
§ 1. Le stade I : indiffĂ©renciation entre lâaction propre et les processus objectifs
LâintĂ©rĂȘt de ce stade I est que le sujet explique les phĂ©nomĂšnes en invoquant surtout lâensemble des actions quâil peut exercer sur le dispositif :
Bac (6 ans) pousse le wagon pour le faire descendre : « Il descend ? â Non, il monte. â On peut faire autre chose ? â Le pousser avec le doigt. â Et pour le faire monter ? â On conduit dans le train. â Et avec les poids ? â (Il charge le contrepoids) Jâai mis quelque chose. â Pourquoi ça monte ? â Je ne sais pas. Parce que câest lourd. â Et pour le faire descendre ? â Je ne sais pas : le pousser. »
Her (6 ans) : « Quâest-ce quâon peut faire ? â Faire marcher le wagon. â Comment ? â Avec le fil (il tire). â Et pour quâil marche seul ? â Enlever les poids (Ă P), mettre les poids au wagon (il enlĂšve deux unitĂ©s Ă P pour en charger M). â Comment faire encore ? â Faire plus haut la voie (la met Ă 45°). â Il montera ? â Non, il descendra (il monte). Il faut le pousser. â Si on met plus haut, il montera ? â Non, il descendra parce que câest penchĂ©. â Quâest-ce quâil faut faire pour quâil monte ? â Tirer (on baisse le rail). Il faut le pousser (il le pousse Ă la main). »
Bel (6 ; 6) : « LĂ (P) câest pour tirer. â Comment le faire marcher ? â Il faut baisser ça (il diminue lâinclinaison). â Et que fera le wagon ? â Il descendra (expĂ©rience). Il monte ! â Pourquoi ? â Parce que câest en haut. â Et pour le faire descendre 1 â Il faut monter la ligne (on monte et on met une unitĂ© de poids au wagon et deux Ă P). Il monte encore ! Il ne peut pas descendreâŠÂ »
Pour ces sujets, le dispositif ne constitue pas encore un ensemble indĂ©pendant de causes et dâeffets, mais ne fait quâun avec les actions propres exercĂ©es du dehors sur lui. Cela est vrai en deux sens complĂ©mentaires, dâabord parce que le sujet ne cherche pas Ă dĂ©gager des liaisons extĂ©rieures Ă son action, mais situe ses interventions sur le mĂȘme plan que les causes objectives, et ensuite parce que ces derniĂšres causes elles-mĂȘmes sont encore conçues par assimilation Ă des schĂšmes dâactivitĂ© propre : le poids est une force capable de tirer comme de pousser, etc. Or, la causalitĂ© est bien, et Ă tous les niveaux dâĂ©volution, une assimilation des transformations du rĂ©el aux actions ou opĂ©rations du sujet, avec dĂ©lĂ©gation de leur pouvoir au rĂ©el lui-mĂȘme ; ce qui revient Ă dire que, quand le sujet a atteint un niveau opĂ©ratoire suffisant les modifications du rĂ©el sont conçues comme isomorphes aux transformations opĂ©ratoires elles-mĂȘmes. Mais lorsque lâactivitĂ© du sujet consiste en actions Ă sens unique non coordonnĂ©es en systĂšmes opĂ©ratoires, alors le rĂ©el lui-mĂȘme est reprĂ©sentĂ© comme un ensemble de pouvoirs incoordonnĂ©s eux aussi et sans diffĂ©renciation possible entre eux et les actions propres.
§ 2. Le sous-stade II A : détermination du rÎle des poids sans coordination opératoire avec les inclinaisons
Le sujet cherche dorĂ©navant Ă composer les poids du wagonnet avec les contrepoids parce que ce sont lĂ deux facteurs homogĂšnes. Quant Ă lâinclinaison de la voie, il voit bien quâelle joue un rĂŽle, mais sans ĂȘtre encore capable de la coordonner avec les poids :
God (7 ans) : « Que faut-il faire pour que le wagon marche ? â Tirer. â Et sans cela ? â Alors le pousser. â Et si on le pousse pas ? â Oter la charge (il enlĂšve deux unitĂ©s de poids au wagon, qui monte aussitĂŽt). â Et encore autre chose ? â Oui, mettre un poids (il met les deux unitĂ©s Ă P). â Et encore (on montre la mobilitĂ© du rail) ? â Il fc.ut mettre un peu plus bas. â Bien, maintenant si jâajoute ici (deux unitĂ©s Ă P) ? â Il va monter, le wagon. â Et si je mets des charges dans le wagon ? â Il reste sur place. â (ExpĂ©rience). Alors pour le faire monter ? â Il faut mettre encore un poids (il en ajoute un Ă P). â Et si je ne peux pas ? â Il faut diminuer ici (M). » On rĂ©alise un Ă©quilibre pour une inclinaison donnĂ©e : « Et si on baisse la voie ? â Je pense quâil restera sur la mĂȘme place (= les poids sâĂ©quilibrent indĂ©pendamment de lâinclinaison). â (ExpĂ©rience : il monte.) Pourquoi ? â Parce quâil y avait plusieurs poids ici (P). »
Fer (7 ; 10). MĂȘmes dĂ©buts, puis, pour que le wagon monte, il faut « Îter des charges (M) et mettre des poids (P). â Et si jâĂŽte seulement une charge sans ajouter de poids ? â Il ne part pas. (ExpĂ©rience.) Il part ! â Et pour faire descendre que peut-on faire ? â Monter la ligne : lever la ligne et ĂŽter un poids (P). » Mais dans ses prĂ©visions, Fer ne tient compte que des relations de poids comme si lâĂ©quilibre restait le mĂȘme pour des poids donnĂ©s indĂ©pendamment de lâinclinaison.
Le progrĂšs est net par rapport au stade I. Il y a composition rĂ©versible des poids : ajouter une unitĂ© au contrepoids P Ă©quivaut Ă enlever une charge de mĂȘme valeur au wagonnet (M), etc. Mais il ne sâagit que de compositions simples, en partant de la supposition que lâĂ©quilibre de M et de P est assurĂ© par la simple Ă©quivalence des poids, comme sâil sâagissait dâune balance (avec Ă©galitĂ© des distances par rapport Ă lâaxe). Le facteur inclinaison joue cependant dĂ©jĂ un rĂŽle partiel : le sujet prĂ©voit quâen augmentant la pente on favorise la descente. Mais en revanche, il ne comprend pas quâen augmentant la pente on diminue de ce fait mĂȘme lâaction des contrepoids et que, pour monter le wagon sur une pente plus raide, il faut plus de poids en P que sur une pente plus douce. Lâinclinaison constitue donc simplement un facteur adjuvant intervenant en certains cas privilĂ©giĂ©s, mais non pas encore un facteur gĂ©nĂ©ral, composable avec les autres.
§ 3. Le sous-stade II B : dĂ©couverte du rĂŽle gĂ©nĂ©ral de lâinclinaison et dĂ©buts de la notion de travail
Les sujets de ce sous-stade constatent dâemblĂ©e la prĂ©sence des trois facteurs du poids du wagon, du contrepoids et de lâinclinaison. Dâautre part, ils dĂ©couvrent peu Ă peu que lâĂ©quilibre des poids nâest pas affaire dâĂ©galitĂ©s simples, mais quâil varie selon les inclinaisons. Ils sâessaient alors Ă trouver les relations, ce qui les conduit Ă Ă©tablir quâil faut un plus grand travail pour tirer un mĂȘme poids Ă une plus grande hauteur que sur une pente moins inclinĂ©e :
Bou (9 ; 6) remarque dâemblĂ©e les poids P et M, puis : « Pourquoi est-ce quâil y a cette courbe (inclinaison) ? Est-ce quâon peut changer ? â Tu aimerais quâon change la pente ? â Oui, pour voir comment ça fonctionne. Je pourrais mettre un autre poids ? â OĂč ? â Ici (P) : peut-ĂȘtre que le wagon marchera plus vite. Si le poids est assez lourd, le wagon montera, sâil nâest pas assez lourd il restera Ă sa place. » Il fait divers essais. « Si on met plus de poids (en P) ça monte encore plus vite (il met jusquâĂ 7 unitĂ©s). Il ne peut plus descendre parce quâil a trop de poids (il enlĂšve Ă P : le wagon descend). Ăa descend si je mets moins. » AprĂšs quoi : « Je ne veux pas mettre de poids du tout (en P) parce que je veux voir si ça reste en bas ou si ça monte plus lentement. » Le wagon descend : il fait alors varier les poids de M pour voir si « ça fait quelque chose si on mettrait plusieurs poids ici (il charge M). Ăa va encore trop vite (il enlĂšve des poids Ă P et rajoute Ă M jusquâĂ Ă©galitĂ©). Ăa fait le poids Ă©gal parce que jâai 4 poids ici (P) et il y en a 4 au wagon (celui-ci marche encore : il rajoute 2 et 2 ; 0,5 et 0,5, puis 3 et 3). Ăa ne bouge pas ? Non, ça bouge quand mĂȘme / » Il dĂ©couvre donc que lâĂ©galitĂ© des poids nâassure pas lâĂ©quilibre. « Au commencement tu mâas demandĂ© Ă quoi servait cette courbe, tu te rappelles ? â Ah ! oui, on peut baisser la voie, alors il montera. â SĂ»r ? â Il va plutĂŽt monter (il baisse le rail Ă 1 et le wagon monte), parce que maintenant on a moins de pente, alors ça a plus de facilitĂ© pour monter. » Bou varie alors les inclinaisons et constate que quand la voie est verticale « le poids (P) va tirer le wagon » parce que le contrepoids est suffisant ; mais il ne le fait pas varier. A 45° et une unitĂ© Ă P, il constate que le wagon descend et rit : « Je pensais que ça allait monter parce que ça monte mĂȘme quand câest tout droit. » Puis, constatant quâil descend encore Ă 30° : « Il faut ajouter ou enlever du poids. Il faut expĂ©rimenter quand on voit que ça monte ou que ça descend trop. » Mais il ne parvient pas Ă le faire systĂ©matiquement.
Jan (10 ; 8) : « Pour faire monter, il faut mettre un poids plus lourd ici (P). â Que peut-on faire encore ? â DĂ©charger le wagonnet. â Et pour que le wagon reste sur place ? â (Il met 4 unitĂ©s au wagon et 4 Ă P). Câest poids Ă©gal. Non, ça ne marche pas. â On peut faire quelque chose avec le rail ? â Le baisser, peut-ĂȘtre : le wagon avancera plus facilement parce que la ligne est moins haute. â Si on lĂšve le rail et quâon ajoute du poids ? â Il restera ex aequo parce que câest plus dur Ă monter. » Puis il pĂšse le wagonnet et constate quâil vaut 4 unitĂ©s de poids : « Alors si on met le wagon vide et 4 poids ici (P), il restera en Ă©quilibre ? â Non, il montera (il comprend donc que lâĂ©quilibre dĂ©pend de lâinclinaison). â Et si on monte le rail ? â Câest plus dur Ă monter. â Pourquoi ? â Parce que le wagon devient plus lourd. »
Les deux progrĂšs principaux accomplis pendant ce stade sont donc la comprĂ©hension du fait que lâĂ©quilibre nâest pas dĂ» Ă une simple Ă©galitĂ© des poids et la comprĂ©hension du rĂŽle de lâinclinaison en tant que nĂ©cessitant un « travail » supĂ©rieur.
Pour ce qui est de lâĂ©quilibre des poids, le sujet dĂ©couvre dâabord quâen mettant n unitĂ©s au contrepoids P et n dans le wagon M on nâassure pas lâĂ©quilibre ; puis il se rend compte que le wagon lui-mĂȘme a un poids de 4 unitĂ©s, mais que P = 4 et M ne sâĂ©quilibrent pas non plus (ils ne le font que si le rail est vertical), ce qui le conduit au problĂšme de lâinclinaison.
En effet, que ce soit pour la raison prĂ©cĂ©dente ou que ce soit en la faisant varier directement, lâenfant de ce niveau dĂ©couvre surtout le rĂŽle de la pente. « Maintenant, on a moins de pente, dit Bou, alors ça a plus de facilitĂ© pour monter. » « Le wagon avancera plus facilement, dit de mĂȘme Jan, parce que la ligne est moins haute. » Bien plus, il comprend quâen augmentant simultanĂ©ment lâinclinaison et le contrepoids, lâĂ©quilibre se conservera « parce que câest plus dur Ă monter ». Enfin, il prĂ©voit quâĂ Ă©galitĂ© de poids en P et M le wagon montera, et que si on accroĂźt encore la pente il « devient plus lourd » !
Ces derniers propos sont trĂšs instructifs et montrent comment lâinclinaison devient homogĂšne au poids et se compose avec lui sous forme de travail : un grand poids Ă monter de peu Ă©quivaut Ă un poids plus lĂ©ger Ă monter de beaucoup, car alors la hauteur compense le poids, ce qui revient Ă dire que le travail est le mĂȘme. Câest ce que Jan exprime de la maniĂšre la plus directe en dĂ©clarant que si lâon augmente la pente « le poids devient plus lourd ». Sans connaĂźtre le parallĂ©logramme des forces, selon lequel la partie du poids supportĂ©e par la voie (et allĂ©geant dâautant le wagon) est dâautant plus grande que celle-ci est moins inclinĂ©e tandis que la partie non supportĂ©e par la voie est dâautant plus grande que celle-ci est plus inclinĂ©e, le sujet parvient donc Ă une intuition assez exacte du rapport entre le poids et lâinclinaison : la notion du travail est donc accessible dĂšs le niveau concret sous une forme qualitative due Ă la multiplication des relations de hauteur et de poids.
Or, il est remarquable que ce rapport inverse entre le poids et la hauteur, caractĂ©ristique de lâĂ©quilibre du wagonnet, et que cette construction de la notion de travail en tant que dĂ©placement dâun poids en hauteur, se constituent au mĂȘme niveau II B que la dĂ©couverte de la correspondance inverse entre les poids et les distances dans le cas de la balance. Il sâagit de la mĂȘme loi physique, mais lâenfant ne le sait pas puisquâil ne pense pas au travail ni Ă la hauteur dans le cas de la balance (sauf si lâon prĂ©sente les choses avec le dispositif des suspensions alternatives : voir § 4 du chap. XI) et quâil ne pense pas Ă la balance dans le cas du prĂ©sent rapport entre les inclinaisons et les poids. Tout se passe donc comme si, Ă un certain niveau dâĂ©volution, la structuration dâun domaine dĂ©limitĂ© comme celui de lâĂ©quilibre des poids en fonction des distances et des hauteurs donnait lieu simultanĂ©ment Ă lâensemble des opĂ©rations concrĂštes possibles Ă ce sujet.
Les lacunes de ce niveau II B consistent par contre en ceci que le sujet ne parvient pas Ă Ă©noncer la loi dans son ensemble. Il tient bien compte des trois facteurs P, M et inclinaison et il les compare deux Ă deux successivement sans changer le troisiĂšme. Mais ce nâest pas intentionnellement quâil conserve chaque fois invariant un facteur : ce nâest pas pour administrer une preuve par la mĂ©thode « toutes choses Ă©gales dâailleurs », mais câest pour cette raison plus simple quâen comparant deux facteurs il ne pense plus au troisiĂšme et laisse ainsi les choses en place sans y songer. Il nâarrive donc pas Ă la loi faute de coordination dâensemble simultanĂ©e.
Les raisons de cet Ă©chec Ă la coordination dâensemble sont faciles Ă trouver et se rĂ©duisent Ă deux principales, toutes deux inhĂ©rentes Ă la nature des opĂ©rations concrĂštes. La premiĂšre est la trop grande complexitĂ© des correspondances en jeu si lâon procĂšde par couples ou trios successifs. Il est vrai que le sujet pourrait parvenir Ă un inventaire suffisant, Ă©tant en possession des opĂ©rations nĂ©cessaires Ă cet effet. Ne revenons pas sur la sĂ©riation, lâĂ©galisation et lâadditivitĂ© des poids dĂ©jĂ dĂ©crites Ă propos de la balance (chap. XI, § § 2 et 3). Le sujet est naturellement capable aussi dâune sĂ©riation des inclinaisons. Il serait donc en Ă©tat, sâil le dĂ©sirait, dâĂ©tablir pour chaque inclinaison successivement la correspondance entre les poids du wagon (M) et ceux du contrepoids (P), tel que le wagon soit en Ă©quilibre, ou descende ou monte. Mais on voit alors Ă quelle complication conduirait la table Ă triple entrĂ©e ainsi construite par dĂ©terminations empiriques. Aussi le sujet nây songe-t-il pas et se contente-t-il de quelques cas particuliers : dâoĂč la premiĂšre raison de son Ă©chec.
La seconde raison est que si, au lieu de procĂ©der par correspondances successives, le sujet cherche Ă utiliser la forme de calcul logique, qui est Ă sa disposition, câest-Ă -dire la multiplication des relations â or câest bien ainsi quâil procĂšde dans la dĂ©termination des relations de travail â alors un certain nombre de produits restent indĂ©terminĂ©s. On retrouve, en effet, Ă ce propos le parallĂšle de ce que nous avons dĂ©jĂ vu dans le cas de la multiplication logique des poids et des distances en jeu dans la balance (chap. XI, prop. 7). En partant dâun point dâĂ©quilibre :
Inclinaison x « â< [Py -<-> Mz]
le sujet peut bien conclure que si lâon augmente la pente x en laissant invariants y et z, le wagon descend, que si on diminue x le wagon monte, etc. Mais si on augmente la pente x en accroissant aussi le contrepoids P (> y), ou si lâon augmente la pente x en diminuant la charge du wagon M (< z), alors le produit est
XV X Z
indĂ©terminé : la double relation * x * ou -* x * peut donner un produit >, < ou = tant que lâon ne quantifie pas les donnĂ©es extensivement.
Si nous symbolisons par + m, = m et â m lâaugmentation, lâinvariance et la diminution du poids Ă dĂ©placer en hauteur et par + h, â h et â h lâaugmentation, lâinvariance et la diminution de cette hauteur, la table Ă double entrĂ©e qui caractĂ©rise la notion de travail Ă©laborĂ©e par multiplication logique Ă ce niveau II B comporte, en effet, deux indĂ©terminations sur 9 produits (ces produits exprimĂ©s en + ; â ; = ; ou ± = signifient « plus de travail » ; « moins de travail » ; « mĂȘme travail » ; ou « indĂ©termination ») :
(1) â m =Â m + m
- h â - ± =
=Â h â = +
+ h ± = + +
En bref, tant quâil se borne Ă lâusage des opĂ©rations concrĂštes de classes et de relations, le sujet ne peut parvenir Ă Ă©tablir la loi (mĂȘme sous la forme des proportions qualitatives implicites qui interviendront au niveau III A), et cela pour cette double raison que les correspondances Ă Ă©tablir empiriquement sont trop compliquĂ©es et que les produits des multiplications de relations demeurent en partie indĂ©terminĂ©s.
§ 4. Le sous-stade III A : coordination qualitative des trois facteurs mais sans la proportion en fonction des hauteurs
Avec lâapparition de la pensĂ©e f rmelle, dont le caractĂšre propre est de considĂ©rer lâensemble des possibles pour en dĂ©duire le rĂ©el, il sâeffectue une remarquable inversion de sens dans la position du problĂšme. Au lieu de se perdre dans lâinventaire des cas rĂ©els â inventaire inĂ©puisable en fait, parce que les correspondances Ă Ă©tablir par expĂ©riences successives sont beaucoup trop compliquĂ©es â le sujet, cherchant Ă embrasser tous les cas possibles, sâoriente trĂšs rapidement vers une sĂ©lection des cas probants, câest-Ă -dire les extrĂȘmes et le milieu : il lui vient Ă lâidĂ©e de placer le rail horizontalement et verticalement (idĂ©e inexplicable sans une anticipation prĂ©alable des transformations possibles), puis dĂ©termine les positions intermĂ©diaires dĂ©monstratives.
Il y a donc dâemblĂ©e recherche dâune coordination des trois facteurs en une seule loi et dâemblĂ©e schĂšme qualitatif de proportionnalitĂ©. Mais songeant Ă lâangle exprimĂ© en degrĂ©s et non pas Ă son sinus, câest-Ă -dire Ă la hauteur comme telle, le sujet de ce niveau III A manque encore, mais de peu, la dĂ©couverte de la loi quâil pressent.
Lav (10 ; 6 avancĂ©) : « Pour faire monter il faut mettre plus de poids (en P), pour faire descendre moins. â Que peut-on faire dâautre pour monter ? â Baisser le rail. â Et pour faire descendre ? â Enlever tous les poids (en P). On peut aussi mettre des poids dans le wagon. Et aussi mettre la voie plus haute, parce que le wagon descend plus fort. â Que faut-il faire pour que le wagon reste sur place ? â Ăa dĂ©pend comment on place la voie et quâon met plus ou moins de poids au wagon (il met la voie Ă environ 45° et trouve que trois unitĂ©s en P Ă©quilibrent le wagon).â Il y a dâautres endroits oĂč le wagon reste sans bouger ? â Mettre la voie horizontale et enlever les poids ici (P). » Puis il mesure les poids nĂ©cessaires quand la voie est verticale aprĂšs avoir annoncĂ© « quatre ou cinq (unitĂ©s) parce que le wagon pĂšse quatre poids » et il trouve lâĂ©quilibre pour P = 4. « Alors, dis-moi ce quâil faut faire pour que le wagon ne bouge pas ? â Il faut mettre la voie tout en bas sans poids ou toute droite avec 4 poids et aussi mettre le rail Ă moitiĂ© avec deux poids (il nâa pas essayĂ© Ă mi-hauteur, soit 33°). â Il y a dâautres endroits ? â Oui partout (il trouve une unitĂ© pour 15°). â Tu as tout compris ? â Oui, plus on va en haut (= inclinaison du rail) plus il faut mettre du poids pour que le wagon reste oĂč il est, plus on descend, il en faut moins. »
End (11 ; 6) : « On peut enlever un poids pour faire descendre, en mettre un pour faire monter ou surĂ©lever la voie. » Il expĂ©rimente alors de lui-mĂȘme en commençant par baisser la voie jusquâĂ la rendre horizontale, puis il la relĂšve jusquâĂ la rendre verticale et dit : « Si on veut mettre la voie toute droite (= verticale), il faut mettre plus de poids : il faut 4 poids. â Pourquoi 4 ? â Parce quâavec 4 il ne monte pas. Câest Ă comparer avec une balance : Ă un cĂŽtĂ© 400 gr et de lâautre aussi 400. » AprĂšs quoi : « Je veux voir combien il faut de poids Ă 45° (il trouve 2 1 /2) », puis il conclut : « Plus on baisse plus il faut enlever de poids. Plus on monte plus il faut ajouter. »
Scu (11 ; 10) : « Pour faire monter on peut baisser la voie ou ĂŽter du poids dans le wagon ou en mettre Ă (P). » Il cherche les positions dâĂ©quilibre en faisant varier la pente : « Quand câest bas, il nây a pas assez de poids dans le wagon et le wagon monte : le contrepoids tire plus fort. » Il pĂšse le wagon (M = 4) puis essaie Ă 33° et constate que lâĂ©quilibre est alors donnĂ© pour P = 2 : « Câest drĂŽle : tout Ă lâheure on a vu que le wagon pesait 4 et maintenant ça fait 2 (P = 2) et ça tire le wagon qui pĂšse 4. Il faut lever plus haut pour faire lâĂ©galitĂ© (4 = 4) et faire un calcul sur les relations avec Vinclinaison. » Il monte de plus en plus : « Encore pas assez (il en est Ă 80°). Ăa va presque. Il doit ĂȘtre droit (90°). Quand il y a inclinaison lâĂ©quilibre change et quand câest tout droit, le rapport est 1 Ă 1. » Mais, pour la moitiĂ© de lâinclinaison, il cherche Ă 45°, alors quâil avait dĂ©jĂ trouvĂ© deux unitĂ©s pour 33°, et ne comprend pas le rĂŽle exclusif de la hauteur.
Cla (11 ; 6) : « Pour faire descendre, on peut ou bien remonter la ligne, ou bien Îter du poids au contrepoids (P) ou bien en rajouter dans le wagon (M). »
Contrairement aux sujets du niveau concret supĂ©rieur II B, ceux de ce premier stade iormel III A coordonnent donc dâemblĂ©e ou trĂšs rapidement les trois facteurs en une seule liaison. Cette liaison est dâabord le simple Ă©noncĂ© des facteurs sous la forme dâune disjonction ternaire. Si nous appelons p lâaugmentation du poids en P (et p sa diminution), q lâaugmentation du poids en M (et q sa diminution) ; r lâaugmentation (ou r la diminution) de lâinclinaison, et t la montĂ©e du wagon (ou t sa descente) on voit, en effet, que Scu et Cla dĂ©butent par les rĂ©ciprocitĂ©s :
(2) t ) (p vq vf) et t ) (p v q vr)
En pratique ces disjonctions ternaires se marquent au fait que le sujet ne modifie plus deux des facteurs sans penser au troisiĂšme, mais recherche les covariations. Vite convaincu, dĂšs lors, que lâĂ©quilibre du wagon et du contrepoids varie selon lâinclinaison, le sujet fait quelques essais et en vient en gĂ©nĂ©ral presque immĂ©diatement, aux positions extrĂȘmes : lâhorizontale oĂč le wagon est en Ă©quilibre sans contrepoids (P = o) et la verticale oĂč il est en Ă©quilibre comme sur une balance, lorsque son contrepoids Ă©gale son propre poids (P = M = 4). DâoĂč la loi qualitative : plus on augmente lâinclinaison, plus il faut de contrepoids pour Ă©quilibrer le wagon, jusquâĂ lâinclinaison limite (verticale) oĂč ce contrepoids Ă©gale le poids du wagon lui-mĂȘme.
Ătant en possession des opĂ©rations disjonctives (2) le sujet lâest Ă©galement, du point de vue du maniement formel des nĂ©gations et rĂ©ciprocitĂ©s, du groupe INRC sous la forme :
(3) I (p v q V f)
N (p. q.r)
R (p v q v r)
C (p. q.r)
et lâutilisation de cette structure fournit naturellement le schĂšme de proportionnalitĂ© que lâon discerne en plusieurs cas, en particulier Lav :
(4) P v Ă vf =Â R P v qv r
â â p. q.r p. q.r
En effet, les sujets comprennent tous, Ă ce niveau, les compensations possibles entre p et r et entre q et r.
Mais pour que ce groupe, cette proportionnalitĂ© et ces Ă©quivalences conduisent Ă la loi h/H â P/M il faudrait une 4e variable, correspondant Ă la hauteur absolue H (la longueur du rail en vertical). Câest Ă cette condition seulement que les rĂ©ciprocitĂ©s et les inversions propositionnelles exprimeraient les rĂ©ciprocitĂ©s et les inversions du systĂšme en Ă©quilibre quâil sâagit dâanalyser. Or le sujet calcule lâinclinaison en degrĂ©s, ce qui donne pour H une constante (90°) quel que soit le dispositif choisi, et ce qui le conduit Ă chercher la moitiĂ© de lâinclinaison Ă 45° oĂč le contrepoids nâa pas la valeur 2 mais une valeur intermĂ©diaire entre 2 et 3 : ou bien alors le sujet gĂ©nĂ©ralise faussement ou bien il est empĂȘchĂ© de trouver une loi simple.
En fait, malgrĂ© lâapparition des implications et disjonctions formelles, avec les consĂ©quences (3 et 4) quâelles comportent, le sujet de ce niveau nâarrive donc pas Ă exclure lâangle (en degrĂ©s) au profit de la hauteur. La chose peut paraĂźtre curieuse puisquâau niveau II B dĂ©jĂ , lâenfant parvenait Ă la notion de travail en fonction de la montĂ©e dâun poids. Mais câest que le sujet se bornait alors Ă raisonner qualitativement sans dissocier les notions dâangle et de hauteur. Lorsque le sujet du niveau III A veut dĂ©passer cette relation qualitative dâinclinaison pour trouver une expression mĂ©trique, il pense alors au contraire Ă lâangle plus quâĂ la hauteur, sans doute parce que le dispositif rĂ©glant lâinclinaison de la voie dĂ©crit un mouvement de rotation.
§ 5. Le sous-stade III B : découverte de la loi
SitĂŽt exclue la mesure de lâangle en degrĂ©s au profit de la hauteur (sinus), le sujet dĂ©couvre la proportionnalitĂ© des hauteurs et des poids. Mais, chose curieuse, cette exclusion nâest pas aisĂ©e (nous lâavons suggĂ©rĂ©e chez le second des trois sujets suivants) :
Gil (12 ; 7) est priĂ© de trouver les positions dâĂ©quilibre et de dĂ©gager la loi. Il trouve P = 4 Ă la verticale, puis cherche la moitiĂ© (P = 2) Ă 45°, puis Ă 60° : « Pourquoi ? â Je compte la moitiĂ© de la distance (horizontale). Non, ça ne va pas. Il faut chercher oĂč se trouve la moitiĂ© (il fait lâexpĂ©rience pour P = 2). Câest autour de 30°. Mais il y a aussi ça (hauteur). Ici avec 2 poids on est Ă 32°. Pour 3 poids il faut le mettre Ă 3 (en hauteur). Jâai bien lâimpression (expĂ©rience). Oui, pour une charge (P = 1) il faut mettre le rail au n° 1, pour 2 charges au n° 2, pour 3 charges au n° 3 et pour 4 charges tout en haut. â Pouvez-vous donner une seule rĂšgle ? â Oui, pour 2 charges il faut ĂȘtre Ă la moitiĂ©. Pour la demi-hauteur câest la moitiĂ© du poids du wagonnet, pour le quart câest le quart du poids total, etc. »
Diz (14 ; 3) : « Si le rail est vertical, il faudra mettre assez dâunitĂ©s ici (P) pour que ce soit Ă©gal (Ă M : il trouve 4). Les deux poids sont correspondants de chaque cĂŽtĂ©. Pour la moitiĂ© ça doit ĂȘtre deux fois moins de poids. â La moitiĂ© de quoi ? â De lâinclinaison : 45° (expĂ©rience : 2 1/2). Non! Question de frottement ! â Câest possible, mais ça joue peu de rĂŽle. â (Il trouve que P = 2 correspond Ă 33°) 33° ça fait Ă peu prĂšs les 2 /3. â Regardez ici (les hauteurs). â Ah! la hauteur ! Ce nâest pas lâangle qui fait, mais la hauteur (il essaie les hauteurs 1/2, 3/4 et 1/4). Il faut que le poids entraĂźnant le wagon (P) soit Ă©gal Ă la hauteur : si, par exemple, on a 2 de hauteur, il faut 2 contre 4, si câest 1 alors 1 contre 4 (1 et 2 de hauteur sont le 1 /4 et la 1 /2). »
Vul (15 ; 6) dĂ©termine 4 P pour M quand le rail est vertical, puis : « A 33° je trouve 2 ; Ă 15° je trouve 1 ; Ă 60° il devrait y avoir 4 et ça nâa pas lieu. Si ce nâest pas proportionnel aux degrĂ©s, alors⊠â Y a-t-il autre chose ? â La hauteur correspond aux degrĂ©s. Si je prends le double de ça : la hauteur 2 correspond Ă 2 poids. Bien, on va trouver : la hauteur 3 donne 3 poids. Bien, câest proportionnel Ă la hauteur. Chaque fois quâon augmente la hauteur de telle proportion, il y a chaque fois un poids Ă mettre en plus. » En rĂ©sumé : « La relation de la hauteur est Ă©gale Ă la relation du poids. »
On trouve ainsi deux cas complĂ©mentaires de rĂ©ponses. Dans lâun (Diz) la dĂ©couverte de la hauteur est due Ă une suggestion et le sujet en tire immĂ©diatement la loi de proportionnalitĂ©. Dans lâautre, la hauteur est au contraire dĂ©couverte comme facteur Ă cause de la recherche dâune proportionnalité : de cette proportionnalitĂ© simple qui Ă©chappait encore aux sujets du niveau III A.
Dans les deux cas la loi est donc trouvĂ©e : h H = P/M. Si nous appelons s lâĂ©noncĂ© dâune augmentation de la hauteur totale (longueur du rail en verticale, qui, en fait, ne varie pas dans notre expĂ©rience) la proportion logique est donc :
(5) - =Â R E â â s q
oĂč q.r reprĂ©sente alors une augmentation du travail Ă accomplir et p. s celle du travail fourni par le contrepoids en fonction de la hauteur totale.
En effet, en vertu des Ă©quivalences dĂ©jĂ posĂ©es entre p et f ou entre ç et r ainsi quâen vertu de lâĂ©quivalence entre q et s (cela revient au mĂȘme dâaugmenter le poids du wagon ou de diminuer la valeur de H), la proportion (5) se dĂ©duit de :
(6) t =Â R -
y q q
Les formes que prennent dans le prĂ©sent cas le schĂšme de lâĂ©quilibre (groupe INRC) et celui de la proportionnalitĂ© sont donc les mĂȘmes, mulalis mutandis, que dans le cas de la balance (chap. XI). Cet isomorphisme soulĂšve un problĂšme intĂ©ressant du point de vue de la psychologie de la pensĂ©e formelle. La structure des deux lois est, il est vrai, la mĂȘme. Si nous appelons B le plus lourd des deux poids en Ă©quilibre sur la balance et A le plus lĂ©ger, B correspond ici au poids du wagon (M) et A Ă celui du contrepoids (P) ; si nous appelons L la distance horizontale (Ă partir de lâaxe) correspondant au poids A (donc la plus grande des deux distances pour le plus petit des deux poids) et l celle qui correspond au poids B (la plus petite distance pour le plus grand poids), alors L correspond ici Ă H et l Ă h. On a donc :
1/L =Â A/B comme h/H =Â P/M
Cependant, le contenu intuitif de ces deux lois est bien diffĂ©rent (au point que beaucoup dâĂ©tudiants en psychologie mettent quelque temps Ă comprendre leur identitĂ©). Dans le cas de la balance, le problĂšme porte sur les relations des poids avec les longueurs Z et L mesurĂ©es horizontalement sur les deux bras, tandis que les hauteurs en jeu demeurent virtuelles si le systĂšme est en Ă©quilibre et si lâon nâemploie pas un dispositif de suspension alternative (comme au § 4 du chap. XI) : la notion du travail ne sâimpose donc pas immĂ©diatement. Dans le cas du wagonnet, au contraire les distances horizontales ne jouent pas de rĂŽle, lâinclinaison est donnĂ©e intuitivement et le travail sâimpose ainsi de façon immĂ©diate Ă lâexamen des actions en jeu. La question psychologique est alors de savoir si le contenu intuitif diffĂ©rent lâemporte dans lâĂ©volution des opĂ©rations ou si câest au contraire la structure opĂ©ratoire sous-jacente qui sera dĂ©terminante. Rappelons Ă cet Ă©gard la correspondance des stades.
Au cours du stade I les processus en jeu sont expliquĂ©s dans les deux cas par une assimilation Ă lâaction propre : tirer et pousser, etc. Mais la balance Ă©tant perceptivement symĂ©trique il y a plus vite Ă©galisation des distances ainsi que des poids, Ă titre de rĂ©gulations intuitives et sans opĂ©rations.
Au niveau II A il y a Ă©galisation opĂ©ratoire des poids dans les deux cas, et constatation du fait que la distance joue un rĂŽle dans le cas de la balance et lâinclinaison dans celui du wagonnet, mais sans que le sujet soit capable de composer ces facteurs hĂ©tĂ©rogĂšnes avec les poids (sauf en certaines situations privilĂ©giĂ©es).
Au niveau II B il y a dĂ©couverte de la correspondance inverse entre les poids et les distances, dans le cas de la balance en Ă©quilibre (plus lĂ©ger correspond Ă plus loin et plus lourd Ă plus prĂšs) et dĂ©couverte du fait que, plus lâinclinaison est grande, plus est lourd le contrepoids nĂ©cessaire pour Ă©quilibrer le wagon. Dans ce dernier cas, la coordination entre le poids et lâinclinaison donne lieu Ă la construction de la notion de travail : il y a plus de travail Ă monter un mĂȘme poids plus haut que moins haut. Mais dans les deux cas la coordination demeure qualitative, avec comprĂ©hension de certaines compensations (plus lourd = moins loin et plus lourd = moins haut) mais sans la possibilitĂ© de rĂ©soudre le problĂšme dans sa gĂ©nĂ©ralitĂ© Ă cause des indĂ©terminations de la multiplication logique.
Au niveau III A il y a dĂ©couverte de la proportion mĂ©trique dans le cas de la balance et recherche de cette mĂȘme proportion dans le cas du wagonnet, avec loi qualitative coordonnant les trois facteurs (poids, contrepoids et inclinaison). Ce dĂ©calage est dĂ» au fait quâil sâagit, dans le second cas de dissocier la hauteur du facteur dâangle (mesurĂ© en degrĂ©s), la moitiĂ© de la hauteur nâĂ©quivalant pas Ă 45° mais Ă 33°.
Au niveau III B, enfin, la proportion mĂ©trique est trouvĂ©e dans le cas du wagonnet, et directement expliquĂ©e en termes de travail. Dans le cas de la balance, au contraire, la loi mĂ©trique trouvĂ©e au niveau III A apparaĂźt comme un systĂšme de compensation qui se suffĂźt Ă lui-mĂȘme et tant que les deux poids sont posĂ©s simultanĂ©ment, le sujet ne songe Ă invoquer ni la hauteur ni le travail. Mais en prĂ©sentant les poids successivement avec un dispositif de suspension mettant en Ă©vidence les diffĂ©rences alternatives de hauteur, le sujet trouve la proportion inverse entre les poids et les hauteurs atteintes, et explique Ă©galement lâĂ©quilibre par lâĂ©galitĂ© des travaux.
Il y a donc bien entre les deux Ă©volutions un ensemble de diffĂ©rences intuitives tenant Ă la configuration du dispositif et aux questions posĂ©es. Mais il nâen est que plus frappant de retrouver le mĂȘme mĂ©canisme opĂ©ratoire sous les divergences apparentes. Dans les deux cas, aprĂšs les mĂȘmes reprĂ©sentations prĂ©opĂ©ratoires du niveau I et les mĂȘmes opĂ©rations de dĂ©part au niveau II A, la correspondance inverse est trouvĂ©e au sous-stade II B. Dans les deux cas, le schĂšme opĂ©ratoire de lâĂ©quilibre nâest constituĂ© que grĂące au groupe INRC au niveau des opĂ©rations propositionnelles ou formelles et dans les deux cas ce schĂšme conduit Ă celui des proportions et des compensations sous leur forme gĂ©nĂ©rale. Les diffĂ©rences intuitives ne donnent donc lieu quâĂ de lĂ©gers dĂ©calages Ă lâintĂ©rieur respectivement des stades II et III, tandis que la marche gĂ©nĂ©rale de la construction est la mĂȘme.