Chapitre premier.
Les gĂ©nĂ©ralisations conduisant Ă  l’« ensemble des parties » 1 a

L’ensemble des parties est une classification de toutes les classifications possibles d’un ensemble ou d’une classe d’élĂ©ments et, comme telle, elle rĂ©sulte d’une forme caractĂ©ristique de gĂ©nĂ©ralisation constructive : celle oĂč une opĂ©ration est Ă©levĂ©e Ă  la deuxiĂšme puissance. Nous avons donc parfois formulĂ© l’hypothĂšse que la structure de l’ensemble des parties Ă©tait prĂ©parĂ©e par celle des opĂ©rations de « vicariance » (Al + A’ 1 = A2 + A’ 2 = B), qui permettent de passer d’une classification ou d’une partition Ă  une autre en conservant le mĂȘme tout. Cela reste exact, mais comme la vicariance est acquise dĂšs les dĂ©buts des opĂ©rations concrĂštes (7-8 ans et bien avant pour les cas intuitivement Ă©vidents), tandis que la combinatoire et l’ensemble des parties ne sont accessibles qu’au niveau de 11-12 ans (et encore
), il doit donc intervenir des difficultĂ©s systĂ©matiques entre deux et ce sont elles que l’on examinera ici. Le but de cette recherche n’est donc pas d’analyser la construction de la structure finale du « simplexe » 2n mais d’étudier les processus qui partent de vicariances, donc de doubles partitions, et s’orientent dans la direction de l’ensemble des parties.

En effet, pour passer de la vicariance Ă  l’ensemble des parties, deux conditions au moins doivent ĂȘtre remplies et elles correspondent Ă  de grandes difficultĂ©s pour le sujet. La premiĂšre est que, si la vicariance est l’opĂ©ration qui substitue la partition A2 4- A’ 2 Ă  Al 4- A’ 1 tout en conservant constant le tout B, il est nĂ©cessaire pour aboutir au simplexe, de ne pas se borner Ă  cette substitution ou Ă  l’identification des totaux, mais de considĂ©rer les deux ou n partitions simultanĂ©ment, de maniĂšre Ă  pouvoir comparer les parties de l’une Ă  celles de l’autre. Dans le cas de 4 classes, A et B et leurs complĂ©mentaires non-A et non-B, cela revient mĂȘme Ă  construire 16 combinaisons pour un simplexe total, mais le premier problĂšme dont nous allons avoir Ă  traiter est d’établir si, pour seulement deux partitions dichotomiques diffĂ©rentes les jeunes sujets capables de vicariance, parviennent Ă  raisonner sur elles simultanĂ©ment, c’est-Ă -dire Ă  les intĂ©grer dĂ©jĂ  en un systĂšme d’ensemble analysable dans le dĂ©tail des relations possibles : or, nous allons constater que ce n’est justement pas le cas.

En second lieu, il est Ă©vident que la comparaison des partitions comporte l’utilisation d’intersections. C’est ainsi que dans le cas des 16 « parties » de l’ensemble dont les Ă©lĂ©ments sont A, B, non-A et non-B, chacun de ces Ă©lĂ©ments se retrouve en 12 « parties » et, Ă  faire la somme de leurs utilisations respectives, on en trouve 16 pour chacun (0 ; 1 ou 2 selon les « parties »). Mais comprendre une intersection entre deux classes ou deux « parties » revient Ă  admettre que l’élĂ©ment commun appartient aux deux Ă  la fois, ce qui suppose Ă  nouveau une comparaison simultanĂ©e entre deux systĂšmes ou sous-systĂšmes distincts (par exemple une double inclusion). Le problĂšme se posera donc Ă©galement d’établir si c’est lĂ  une conduite facile ou si elle comporte elle aussi un certain niveau de gĂ©nĂ©ralisation constructive. Or, on sait assez que la tendance des jeunes sujets est de ne raisonner que sur des classes disjointes et que les « groupements » additifs partent d’une telle structure. Quant aux groupements multiplicatifs, qui utilisent et gĂ©nĂ©ralisent mĂȘme les intersections, l’enfant ne conçoit d’abord celles-ci qu’en comprĂ©hension, les Ă©lĂ©ments de chaque casier d’une table Ă  double entrĂ©e Ă©tant simplement conçus comme porteurs de deux qualitĂ©s Ă  la fois et les casiers comme tels Ă©tant considĂ©rĂ©s comme disjoints. Le problĂšme demeure donc entier du passage, en fait difficile, du maniement des classes disjointes Ă  celui des intersections en extension 2.

Pour ramener les deux problĂšmes Ă  leurs formes les plus Ă©lĂ©mentaires, nous nous sommes servis de vicariances entiĂšrement Ă©videntes, par exemple de figures que l’on peut immĂ©diatement classer en carrĂ©es (Al) et en rondes (A’ 1) ou encore en grandes (A2) et en petites (A’ 2), ces classes A2 et A’ 2 Ă©tant naturellement composĂ©es des mĂȘmes Ă©lĂ©ments que Al et A’ 1 : l’une des questions Ă©tudiĂ©es est alors de choisir les figures Ă  volontĂ© (en nombres quelconques), mais de maniĂšre Ă  avoir « autant de carrĂ©es (Al) que de grandes (A2) ».

On voit que, si Ă©lĂ©mentaire que paraisse cette tĂąche, elle suppose nĂ©anmoins l’utilisation simultanĂ©e des deux partitions. En outre, parmi les rĂ©ponses justes possibles (et l’on cherche Ă  les obtenir toutes) intervient naturellement l’intersection. Si nous appelons al, a’ 1, a2 et a’ 2 les qualitĂ©s (prĂ©dicats) des classes prĂ©cĂ©dentes Al, A’ 1, A2 et A’ 2, les rĂ©ponses justes pourront prĂ©senter, en effet, les trois constructions suivantes de classes 3 X et Y :

1) nX (ala2) : il y aura en ce cas identité X = Y, donc égalité des carrés et des grands.

2) nX (ala’ 2) = nY (a2a’ 1) : ce sera la disjonction exclusive. 3) nX (ala’ 2) -|- nY (a2a 1) ri Z (ala2), d’oĂč l’égalitĂ© X + Z = Y 4- Z si Z est l’intersection des classes totales XZ (ala’ 2 + ala2) et YZ (a2ri 1 + a2al).

Mais si nos problĂšmes se centrent ainsi que la simultanĂ©itĂ© des partitions et des inclusions (intersections), quelles relations ont-ils avec la gĂ©nĂ©ralisation ? Il est d’abord clair que, mĂȘme sans aboutir Ă  l’ensemble des parties, les raisonnements demandĂ©s aux sujets supposent la construction d’opĂ©rations sur des opĂ©rations, donc de formes de formes. Or, il pourrait sembler que ce problĂšme est rĂ©solu d’avance dĂšs les dĂ©buts du niveau opĂ©ratoire de 7-8 ans par l’élaboration des tables Ă  double entrĂ©e ou classifications multiplicatives, puisque : a) celles-ci supposent dĂ©jĂ  la considĂ©ration simultanĂ©e de deux partitions et b) que chacun des casiers d’une telle table est dĂ©jĂ  une intersection. En effet, les quatres classes prĂ©cĂ©dentes Al, A’ 1, A2 et A’ 2 constituent une telle table 4 et les trois solutions indiquĂ©es (sous 1-3) reviennent simplement Ă  utiliser un, deux ou trois des casiers de cette table (de mĂȘme que les 16 combinaisons 2n reviennent Ă  les grouper de toutes les maniĂšres possibles). Qu’y a-t-il alors de diffĂ©rent dans les questions que nous posons ? Rien de plus, au premier abord, que de rĂ©unir entre elles de diverses maniĂšres les casiers de la table, donc Ă  construire des sous-systĂšmes au sein du systĂšme total, et l’on peut y voir une gĂ©nĂ©ralisation (avec diffĂ©renciations et rĂ©intĂ©grations successives) des opĂ©rations mĂȘmes qui ont engendrĂ© ce systĂšme d’ensemble. Mais, en fait, ces rĂ©unions partielles posent une sĂ©rie de nouveaux problĂšmes pour les deux raisons suivantes.

La premiĂšre est que, Ă  considĂ©rer seulement les quatre casiers un Ă  un, leur signification est simple et revient sans plus, comme dĂ©jĂ  dit, Ă  relier en comprĂ©hension deux prĂ©dicats (carrĂ© grand, carrĂ© petit, etc.), tandis qu’à rĂ©unir deux ou trois casiers la signification des rĂ©unions en extension est complexe et demande une gĂ©nĂ©ralisation des couples de prĂ©dicats selon des relations nouvelles : indĂ©pendamment mĂȘme des nombres (qui sont lĂ  pour obliger Ă  des comparaisons, sans aucune difficultĂ© en eux-mĂȘmes), comparer les « carrĂ©s » et les « grands » implique une relation entre un couple de casiers et un autre couple, ce qui comporte une autre signification que de caractĂ©riser et arranger les quatre casiers Ă©lĂ©mentaires sans s’occuper de leurs rĂ©unions possibles Ă  deux ou Ă  trois.

En second lieu, ces sous-systĂšmes de deux ou trois casiers demandent une coordination simultanĂ©e d’un plus grand nombre de nĂ©gations que la construction du systĂšme total : comparer les « carrĂ©s » aux « grands » exige l’exclusion des non- carrĂ©s, d’un cĂŽtĂ©, et des non-grands de l’autre, casier par casier et toujours conjointement, tandis que dans le systĂšme total les nĂ©gations restent globales et peuvent mĂȘme en demeurer Ă  l’état de simples « diffĂ©rences » (carrĂ© et rond, etc.).

En un mot, l’« ensemble des parties », dans la direction duquel nos questions orientent les sujets, suppose une construction engendrant de nouvelles relations Ă  partir des liaisons Ă©lĂ©mentaires dĂ©finissant les quatre casiers initiaux et c’est bien lĂ  un problĂšme de gĂ©nĂ©ralisation.

La technique comporte plusieurs Ă©tapes et le matĂ©riel permet trois partitions (et non pas deux comme dans l’exemple simplifiĂ© prĂ©cĂ©dent) : des carrĂ©s et des ronds, grands ou petits et rouges ou verts (8 classes de n Ă©lĂ©ments chacune). Une fois le matĂ©riel explorĂ©, on dit Ă  l’enfant « tu peux choisir les figures comme tu veux, mais j’aimerais qu’on ait autant (ou « la mĂȘme chose beaucoup ») de carrĂ©s que de grands ». La rĂ©ponse une fois obtenue, on demande au sujet les autres solutions possibles pour ce mĂȘme problĂšme : comme on vient de le voir, ce peuvent ĂȘtre, en effet, des identitĂ©s (grands et carrĂ©s Ă  la fois), des disjonctions exclusives ou des disjonctions non exclusives, d’oĂč intersections. Pour faciliter les choses en cas d’échec ou pour mieux analyser le passage d’une solution Ă  une autre, nous posons ensuite une seconde question en une situation qui suggĂšre immĂ©diatement la rĂ©ponse : 4 grands carrĂ©s rouges et un grand rond vert Ă©tant dĂ©jĂ  posĂ©s, on demande de trouver autant de ronds que de rouges. La solution une fois obtenue, on continue : « Est-ce qu’on peut ajouter encore un rond rouge sans dĂ©truire l’égalité ? » ou « Peut-on remplacer les grands ronds verts par autre chose (des petits) ? ». Etc. Dans une seconde partie de l’interrogation, on prĂ©sente un grand carrĂ© vert en priant le sujet de trouver une figure qui soit son « contraire ». La rĂ©ponse une fois donnĂ©e, on fait dĂ©signer d’autres « contraires » et l’on finit par demander ce qui est « le plus contraire », et s’il y a une gradation dans les contraires. Il s’agit alors d’un dĂ©nombrement des diffĂ©rences (une, deux ou trois par rapport Ă  la figure modĂšle), d’oĂč une sĂ©rie de questions possibles : construction de sous-classes selon le nombre des diffĂ©rences, indications sur leur extension et « pourquoi y a-t-il une seule figure qui soit le contraire ? » (si le sujet a dĂ©signĂ© le petit rond rouge). On demande Ă©galement de montrer tous les Ă©lĂ©ments qui ne sont pas « grands carrĂ©s verts », donc la complĂ©mentaire ou nĂ©gation par opposition Ă  la rĂ©ciprocitĂ© dĂ©signĂ©e par le terme « contraire ».

Notons encore que ce terme de « contraire » (ou « le plus contraire ») est dĂ» Ă  des rĂ©ponses d’enfants contenant spontanĂ©ment cette expression. Quant au nombre des diffĂ©rences par rapport au grand carrĂ© vert, rappelons qu’il n’y en a qu’une dans les cas du petit carrĂ© vert, du grand rond vert ou du grand carrĂ© rouge, qu’il y en a deux dans ceux du petit carrĂ© rouge, du petit rond vert et du grand rond rouge. Enfin, le petit rond rouge comporte trois diffĂ©rences. Enfin il est important de prĂ©ciser avec soin la maniĂšre dont l’enfant utilise ou comprend les termes « et » et « ou » (« grand et vert » et « grand ou vert »).

§ 1. Le niveau IA

Chez les sujets les plus primitifs, on ne trouve de comparaisons possibles qu’entre des classes de propriĂ©tĂ©s voisines :

Ela (5 ;8) dĂ©crit correctement 4 des 8 classes prĂ©sentĂ©es : « Des ronds, des carrĂ©s, et aussi des grands ronds et des grands carrĂ©s, des petits ronds et des petits carrĂ©s », donc 4 des 8 casiers : « Et encore ? — J’ai tout dit. » Autant de grands que de carrĂ©s : il ne donne que « des grands ronds et des petits ronds » et il y a Ă©chec Ă  toutes les questions semblables. Par contre : « La mĂȘme chose de ronds rouges que de ronds verts » aboutit Ă  deux collections adĂ©quates, mais non quantifiĂ©es. Pour « le contraire » d’un grand carrĂ© vert, il donne un petit carrĂ© vert, puis un grand carrĂ© rouge puis un petit rond vert : « J’ai pas pris le grand rond vert parce que les deux sont verts. — Laquelle est la plus diffĂ©rente ? — (Elle montre le petit carrĂ© vert.) »

Avec les sujets suivants débutent les comparaisons entre classes non voisines :

Mur (5 ;11) Ă©numĂšre (en deux temps) les 8 classes : « J’aimerais que tu sortes les figures qu’il faut pour que tous les grands soient verts. — (Il dispose 6 grands carrĂ©s verts.) — Et autre chose ? — (Il ajoute de grands ronds verts.) — Et si j’ajoute ça (petit rond rouge) ? — Non, parce qu’il est rouge : ça ne ferait plus un tas vert et grand. » L’inclusion est manquĂ©e : pour 8 figures dont 5 carrĂ©s : « Il y a plus de carrĂ©s que de figures. » Autant de carrĂ©s que de grands : il pose 6 grands carrĂ©s, comme si l’on n’avait demandĂ© que des grands carrĂ©s. « Il y a autant de grands que de carrĂ©s ? — (Il rajoute 6 petits carrĂ©s.) Oui (comme ça) il y a la mĂȘme chose de grands que de carrĂ©s : six et six. —  Et comme ça (4 grands carrĂ©s verts), on peut dire qu’il y a pareil de grands et de carrĂ©s ? — Il y a plus de carrĂ©s
 (non) il n’y a que des grands. — Mais autant de carrĂ©s ? — Non, il n’y a que des grands. » MĂȘme chose de rouges et de ronds : il donne 4 ronds verts contre les 4 carrĂ©s rouges (disjonction correcte 5). « Et si on ajoute un petit rond rouge. — Ah bon, alors 5 rouges. — Et autant de ronds ? — Ah non, alors lĂ  il y a 4 (ne comprend pas l’intersection). »

Phi (5 ;6). Autant de carrĂ©s que de grands dessins : Il met 4 grands carrĂ©s (2 rouges et 2 verts) : « C’est la mĂȘme chose, il ne faut pas en prendre 3 ou 4 (de l’une des couleurs). » Il met 4 grands carrĂ©s verts et 4 grands carrĂ©s rouges et compte. « Oui, j’ai comptĂ©. » Inclusion manquĂ©e : « MĂȘme chose de rouges et de ronds ? — 4 carrĂ©s rouges et 4 ronds verts (les 8 grands). — Et une autre maniĂšre ? — (Il remplace 3 des grands ronds verts par 3 petits.) Non, pas ça, c’est plus petit. —  Et ça gĂȘne ? — Ah non (mais il change aussi le 4e). — Et avec ça (grand rond rouge au lieu d’un carrĂ©) ? — Oui (en met 3) sauf que ça (4e carrĂ©) c’est vert. «  Il en vient alors Ă  4 carrĂ©s rouges et 4 ronds rouges pour Ă©galiser les rouges et les ronds : « On a mis la mĂȘme couleur que tous les rouges
 Oui c’est juste. — Mais
 tous rouges et seulement 4 ronds ? (Il remplace les 4 ronds par 4 carrĂ©s verts.) »

Dom (6 ;8) montre bien les 8 classes, ainsi que « tous » les petits, etc. Mais Ă  la question « Qu’est-ce qui est carrĂ© ou rouge ? » il prend un carrĂ© rouge. « Qu’est-ce que j’ai demandé ? — Quelque chose de carrĂ© et rouge. » De mĂȘme il ne montre qu’un rond vert pour « quelque chose qui est rond ou vert ». « Et ça (rond rouge) ça peut aller ? — Non, ah oui. — Pourquoi ? — Non, ça ne va pas. On a dit vert. — Et rond ou carré ? — (Il montre un carrĂ© vert) parce que c’est carrĂ©, ou rond ou vert », puis il prend des carrĂ©s et des ronds : « C’est des carrĂ©s-ronds
 On peut les appeler des carrĂ©s-ronds. » MĂȘme quantitĂ© de carrĂ©s et de grands : il montre 6 grands carrĂ©s verts, puis corrige en 6 grands et 6 petits carrĂ©s : « Regarde : une poupĂ©e (on la dessine) aime les carrĂ©s et celle-ci les grands. — Ah, c’est tous les grands carrĂ©s. — Il y a la mĂȘme chose beaucoup ? — Il y a plus de carrĂ©s. — Que quoi ? — Et plus de grands. — Et autrement ? — Des ronds (grands). » Pour autant de rouges que de ronds, met bien (aprĂšs tĂątonnements) « 4 carrĂ©s (rouges) et 4 ronds (verts). — Il y a la mĂȘme chose de rouges que de ronds ? — Non ».

Si nous appelons « partition homogĂšne » une partition effectuĂ©e selon un seul et mĂȘme critĂšre (forme, grandeur ou couleur), on peut caractĂ©riser les rĂ©actions qui prĂ©cĂšdent en disant que ces sujets ne savent pas encore raisonner en extension sur des partitions hĂ©tĂ©rogĂšnes et que, pour pouvoir rĂ©pondre, ou bien ils les remplacent par des partitions homogĂšnes, ou bien ils suppriment momentanĂ©ment toute partition en fusionnant en comprĂ©hension sur les mĂȘmes objets les qualitĂ©s qui devraient permettre de distinguer les deux classes. En outre et de ce fait mĂȘme, ces sujets ne peuvent raisonner que sur des classes ou disjointes ou fusionnĂ©es, toute intersection leur demeurant Ă©trangĂšre.

Pour ce qui est, d’abord, des partitions homogĂšnes substituĂ©es aux hĂ©tĂ©rogĂšnes, ce qui revient donc Ă  construire de fausses disjonctions exclusives (fausses en leur contenu), on voit ainsi Ela remplacer la partition « grands et carrĂ©s » par « grands et petits », avec nĂ©gligence entiĂšre des carrĂ©s. Le sujet Mur oppose Ă©galement Ă  un moment donnĂ© des grands Ă  des petits carrĂ©s. Dom de mĂȘme et Phi introduit la dichotomie non pertinente des rouges et des verts.

En second lieu, on remarque comment Mur interprĂšte « autant de carrĂ©s que de grands » dans le sens de « les grands carrĂ©s », ou comment Dom dĂ©code « carrĂ© ou rouge » en « carrĂ© et rouge », etc. Cette fusion pourrait paraĂźtre l’inverse d’une partition homogĂšne, mais elle est due Ă  la mĂȘme cause : ne pouvant comparer en extension les classes « carrĂ©s » et « grands » ou « rouges », qui relĂšvent de partitions hĂ©tĂ©rogĂšnes, ils les fusionnent en comprĂ©hension, ce qui est facile puisqu’un mĂȘme objet peut avoir plusieurs qualitĂ©s distinctes. Lorsque l’on essaie de traduire cette fusion en une identitĂ© en extension (voir les classes X et Y de l’introduction), il y a alors rĂ©sistance complĂšte : Mur, pour 4 grands carrĂ©s (sans rien d’autre) refuse d’admettre qu’il y a lĂ  autant (extension) de carrĂ©s que de grands : « Il y a plus de carrĂ©s
 non il n’y a que des grands. » RĂ©ciproquement Dom qui a correctement rĂ©uni des carrĂ©s et des ronds pour rĂ©pondre Ă  « ronds ou carrĂ©s » les appelle des « carrĂ©s-ronds » en se servant d’un langage qui substitue une comprĂ©hension (mĂȘme contradictoire) Ă  l’extension pourtant facile (partition homogĂšne selon la forme), de maniĂšre Ă  remplacer le « ou » par un « et ».

Il va de soi qu’en ces conditions il ne saurait y avoir comprĂ©hension de l’intersection : pour autant de ronds que de rouges, Mur donne (suivant la suggestion du dispositif) 4 ronds verts pour 4 carrĂ©s rouges, mais refuse un rond rouge sans voir qu’il est Ă  la fois rond et rouge et ne dĂ©truit donc pas l’égalitĂ© demandĂ©e. Le fait que chacun de ces sujets Ă©choue par ailleurs aux questions d’inclusion (plus d’élĂ©ments dans le tout que dans la partie) rend d’ailleurs naturel ce dĂ©faut d’intersection. Enfin, dans les questions du « contraire », les sujets n’indiquent qu’une diffĂ©rence Ă  la fois, donc sans hiĂ©rarchie (cf. Ela) et ne la dĂ©crivent qu’en termes positifs et mĂȘme en certains cas en la liant Ă  des ressemblances : « J’ai pris le grand rond vert (pour l’opposer au grand carrĂ© vert) parce que les deux sont verts. » Il est clair que cette difficultĂ© Ă  manier les nĂ©gations joue un rĂŽle dans l’incapacitĂ© initiale de construire des partitions hĂ©tĂ©rogĂšnes, puisqu’elles comportent deux nĂ©gations.

§ 2. Le niveau IB

Voici d’abord des faits :

Dm (6 ;4) commence comme en IA (pour n carrĂ©s = n grands) par poser 4 grands dont 2 carrĂ©s. « Qu’est-ce que j’ai demandé ? — A part d’un carrĂ© il faut tous des grands. —  Non (on rĂ©pĂšte). — Alors c’est difficile (il remplace les 2 ronds par des grands carrĂ©s). Il y a tous des grands et tous des carrĂ©s (identitĂ© mais entre 2 verts et 2 rouges). — Bien. On peut faire autrement ? — (Il met 4 grands ronds.) Ça fait quand mĂȘme comme des carrĂ©s (grandeur) mais c’est une autre forme. — Mais moi je voudrais
, etc. — (Il met 4 petits carrĂ©s.) Et si on met 3 grands carrĂ©s ? — (HĂ©sitation.) Et 4 ? — Pareil : c’est tous des grands et tous des carrĂ©s. — Et 3 ? — Un peu pareil. —  Le contraire (d’un grand carrĂ© vert) ? — VoilĂ  (grand rond vert). — Une autre ? — (Grand carrĂ© rouge.) Le contraire c’est aussi de la couleur. —  Une autre ? — (Petit carrĂ© vert.) Le contraire de la forme, non de la grandeur. — Autre chose encore ? — Ça (petit carrĂ© rouge), c’est le contraire de la couleur comme ça (grand carrĂ© rouge), puis c’est « le contraire de la grandeur (mais pas les deux Ă  la fois) ». Il les montre tous, mais selon une seule qualitĂ©. « Est-ce qu’il y en a qui sont de plus contraires ? — Non (montre des couples). — Mais de plus contraires ? — C’est tous les contraires, les ronds n (par rapport au carrĂ© initial mais sans hiĂ©rarchie). On prĂ©sente 4 carrĂ©s (2 petits rouges et 2 grands verts). « Tu peux sortir les figures ou bien petites ou bien carrĂ©es. — (Il sort une de chaque.) Un petit carrĂ© et un grand. »

Sar (6 ;6). Autant de grands que de carrĂ©s : elle met 15 grands carrĂ©s rouges. « Qu’est-ce que j’ai demandé ? — Autant de ronds que de carrĂ©s. —  Non (etc.). — (Elle continue en opposant ces carrĂ©s Ă  des ronds.) — Et comme ça (4 grands carrĂ©s), il y a plus de carrĂ©s ou plus de grands ou idem ? — La mĂȘme chose
 c’est tous des grands et tous des carrĂ©s. — Et pour avoir plus de carrĂ©s que de grands ? — (Elle met des petits.) — Bien, et autrement pour avoir idem ? — (Change les dispositions spatiales.) — Et en rajoutant ? — (Ajoute de grands carrĂ©s rouges.) Si on ne dit pas la couleur, on peut. — Et si on rajoute ça (grand rond vert), on aura la mĂȘme chose de grands que de carrĂ©s ? — Oui parce que c’est aussi un grand, mais c’est pas un carrĂ©. — Alors ? — Oui, on a la mĂȘme chose
 mais on a plus de carrĂ©s que ronds ! (cf. le dĂ©but). — Mais plus de grands ou plus de carrĂ©s ? — Plus de grands. » Pour autant de rouges que de ronds 6, elle donne 4 grands ronds verts contre 4 grands carrĂ©s rouges. « Et autrement ? — Mettre les petits. » Sur chacun des deux tas de 4, on rajoute un grand rond rouge : « C’est encore autant ? — Oui parce que lĂ  (sur les carrĂ©s rouges) il est rouge, on ne compte pas qu’il est rond et lĂ  (sur les ronds verts) il est rond, on ne compte pas qu’il est rouge. » Mais elle ne s’aperçoit pas du fait que cela donne encore 6 rouges et 6 ronds, car elle laisse disjointes les deux collections.

Gon (6 ;9) pour n rouges = n ronds complĂšte naturellement le dispositif, en ajoutant 3 ronds verts, mais traduit le rĂ©sultat en termes de ronds et de carrĂ©s. On lui propose de remplacer ses trois ronds verts par trois rouges et elle est d’accord sauf que « lĂ  (partie Ă  complĂ©ter) ils n’ont pas la mĂȘme couleur : il faut enlever le rond vert et mettre un rouge. — Et alors on a autant de rouges que de ronds ? — Oui, lĂ  il y a 4 ronds et lĂ  4 carrĂ©s. —  OĂč sont les rouges ? (Montre le tout.) — Alors plus de rouges ou plus de ronds ou la mĂȘme chose ? — La mĂȘme chose ».

MalgrĂ© le progrĂšs intellectuel global qui caractĂ©rise ce niveau, ces sujets n’arrivent toujours pas Ă  construire des partitions hĂ©tĂ©rogĂšnes, donc Ă  relier simultanĂ©ment deux partitions homogĂšnes. Par exemple Sar (l’enfant le plus douĂ© que nous ayons vu Ă  cet Ăąge), traduit d’emblĂ©e la consigne « n carrĂ©s = n grands » en « n carrĂ©s = n ronds » et reste accrochĂ©e jusqu’à la fin Ă  cette idĂ©e ; et Gon dĂ©code « n rouges = n ronds » en « n ronds = n carrĂ©s », ne parvenant mĂȘme pas, et jusqu’à la fin, Ă  une lecture correcte des rĂ©sultats (8 rouges = autant que 4 ronds par indiffĂ©renciation de l’extension et de la comprĂ©hension).

Quant aux solutions d’identitĂ© (grands carrĂ©s Ă  eux seuls), frĂ©quentes Ă  ce niveau, elles ne consistent plus comme au niveau IA Ă  comprendre qu’on demande simplement tous « les grands carrĂ©s », mais elles ne reviennent pas encore Ă  identifier deux choses ayant le mĂȘme contenu : leur signification est que, parmi les grands carrĂ©s, les uns comptent comme grands et les autres comme carrĂ©s, d’oĂč les deux carrĂ©s verts et les deux grands rouges que Did distingue en deux sous-collections et son hĂ©sitation Ă  accepter un nombre impair (3).

Il n’y a donc pas de possibilitĂ© d’intersections intentionnelles et quand on en provoque, les Ă©lĂ©ments communs sont rĂ©partis dans les deux classes de la disjonction. Un bel exemple est celui de Sar, pour n ronds = n rouges : lorsqu’on lui propose d’ajouter deux ronds rouges, elle ne les place pas entre les 4 carrĂ©s rouges et les 4 ronds verts, comme pour une intersection, mais elle pose l’un au-dessus des carrĂ©s rouges en disant « lĂ  il est rouge, on ne compte pas qu’il est rond » et elle met l’autre au-dessus des ronds verts avec cette raison que « lĂ  il est rond, on ne compte pas qu’il est rouge ».

Quant Ă  la question des « contraires » nous voyons Did ne donner jamais qu’une diffĂ©rence Ă  la fois, mĂȘme lorsqu’il en mentionne deux successivement (couleur puis grandeur). Il ne dĂ©couvre donc pas que l’on puisse Ă©tablir une hiĂ©rarchie selon le nombre des diffĂ©rences et il n’existe pas de « plus contraire », sauf au cas, mais de nature subjective, oĂč l’enfant accorde une plus grande importance Ă  un facteur qu’à un autre, par exemple Ă  la forme par rapport Ă  la grandeur : le grand rond rouge alors dit sera « plus contraire » que le petit carrĂ© rouge, comparĂ©s au grand carrĂ© vert. Par contre, mĂȘme si le sujet dĂ©signe comme « contraires » des figures Ă  2 ou 3 diffĂ©rences, il rĂ©pondra « la mĂȘme chose » lorsqu’on demande les « plus contraires ».

Or, il est clair que les rĂ©actions Ă  la question des diffĂ©rences sont d’une grande signification quant Ă  la construction de l’ensemble des parties : l’absence, dont elles tĂ©moignent, d’un rĂ©glage et d’une hiĂ©rarchisation des nĂ©gations empĂȘche, en effet, la constitution de partitions hĂ©tĂ©rogĂšnes en extension avec les sous-systĂšmes que celles-ci supposent. C’est pourquoi tout ce stade I, y compris le niveau IB, peut se caractĂ©riser par l’absence de solutions spontanĂ©es par disjonctions correctes, l’absence d’intersection et par des identitĂ©s encore mal comprises.

§ 3. Le niveau IIA

Voici des exemples, à commencer par un cas interrogé seulement sur le « ou » et le « et », ainsi que sur le « contraire » et le complémentaire (négation) :

Cat (7 ;4) Ă  qui l’on demande de prendre les figures rondes ou carrĂ©es, les montre toutes, « mais je t’ai seulement dit « carrĂ© ou rond »? — Mais ils sont tous ou bien carrĂ©s ou ronds. — Et si je demande « grandes ou bien petites »? — N’importe laquelle : ils sont tous ou bien grandes ou bien petites ». Par contre, pour « ou bien grandes ou bien vertes » (deux partitions), elle ne montre que les grands rouges : « C’est tout. — Pourquoi pas d’autres ? — Parce que les autres sont vertes et grandes (rĂ©flexion). Oui, parce que c’est aussi grand et vert. —  Qu’est-ce qu’on avait demandé ? — Les grands ou bien les verts. —  Et lĂ  (petits verts) ? — Oui, parce qu’ils sont verts. — Qu’est-ce qu’il est impossible de prendre ? — (Montre les grands verts acceptĂ©s auparavant mais aprĂšs hĂ©sitation.) Parce qu’elles sont les deux choses (en mĂȘme temps). — Et d’autres impossibles ? — (Elle montre les petits rouges.) C’est de nouveau les deux choses, parce qu’ils sont petits et pas verts (donc ni l’un ni l’autre). — Le contraire des grands carrĂ©s verts ? — (Montre le grand carrĂ© rouge.) Parce qu’il est rouge : c’est le contraire de vert. — Et d’autres ? — (Petit carrĂ© vert.) Parce que c’est le contraire de grand. — Et d’autres ? — Non c’est tout (puis il prend le petit carrĂ© rouge) parce que c’est le contraire de la grandeur et de la couleur (et le petit rond rouge) parce qu’il n’est pas grand, pas carrĂ©, pas vert. —  Toutes les figures sont alors le contraire ? — Oui. —  Et laquelle le plus ? — Celle-lĂ  (petit rond rouge) parce qu’elle est petite, pas verte et pas carrĂ©e. — Et le grand carrĂ© rouge ou le petit carrĂ© vert, lequel est le plus diffĂ©rent du grand carrĂ© vert ? — C’est la mĂȘme chose : chacun une diffĂ©rence. » Par contre lorsqu’on lui demande de classer les 6 Ă©lĂ©ments compris entre le grand carrĂ© vert et le petit rond rouge, Cat ne parvient pas Ă  construire les sous-classes adĂ©quates et mĂ©lange les Ă©lĂ©ments Ă  une ou deux diffĂ©rences. « Tu peux me montrer les figures qui ne sont pas « petits carrĂ©s ? » Elle montre les 6 autres mais ne peut pas dĂ©finir la distinction entre le contraire et la nĂ©gation.

Mais malgrĂ© les rĂ©actions relativement correctes aux problĂšmes d’emboĂźtements (en particulier la question habituelle d’inclusion est toujours rĂ©ussie) et de diffĂ©rences, les sujets du niveau IIA continuent, comme en IB de recourir d’abord Ă  de fausses disjonctions (une seule partition) pour ne se corriger qu’ensuite :

Ema (7 ;4) pour les grands et les carrĂ©s oppose 4 grands Ă  4 petits, mais choisit 2 carrĂ©s et 2 ronds de chaque : elle ne voit cependant pas que cette solution rĂ©pond Ă  la consigne, et rĂ©pĂšte celle-ci sous la forme : « Autant de grands que de petits. » Une fois rĂ©informĂ©e, elle redistribue la mĂȘme collection en carrĂ©s et en ronds toujours sans voir l’égalitĂ© dĂ©jĂ  atteinte des grands et des carrĂ©s, puis enlĂšve les grands ronds « parce que c’est pas des carrĂ©s ». Elle prend 4 carrĂ©s, avec Ă  nouveau opposition des petits et des grands, puis juge que c’est faux parce qu’« ils sont tous des carrĂ©s » tandis qu’« on avait demandĂ© des grands, puis des carrĂ©s ». Cela ne l’empĂȘche pas de recommencer avec 4 grands carrĂ©s, de prendre un rond, puis de l’écarter, et de leur opposer Ă  nouveau 4 petits carrĂ©s : « Ah ! non, je crois que j’ai compris : il faudrait mettre Ă  la place (des grands carrĂ©s) des ronds grands. » D’oĂč enfin la premiĂšre solution juste qui est une disjonction adĂ©quate : 4 grands ronds et 4 petits carrĂ©s. PriĂ©e de trouver d’autres solutions, elle remplace 2 grands ronds par 2 grands carrĂ©s puis constate que c’est faux et laisse 2 grands ronds et 2 petits carrĂ©s, en reconnaissant que « c’est la mĂȘme solution que la premiĂšre. J’essaie encore d’en trouver une (elle pose 4 grands carrĂ©s). Voilà : c’est des carrĂ©s et puis c’est grand (identitĂ©). — C’est juste ? — Oui
 lĂ  (lre ligne) c’est 2 carrĂ©s et lĂ  (2e ligne) aussi. LĂ  (lre ligne), c’est des grands et lĂ  (2e ligne) c’est des carrĂ©s (elle Ă©choue donc ici Ă  l’intersection au profit d’une disjonction artificielle)
 Je vais changer parce que je trouve que c’est faux ». Elle revient alors Ă  2 petits carrĂ©s, puis les enlĂšve et en remet 2 grands, « mais je ne suis pas trĂšs d’accord quand mĂȘme, mais ça doit ĂȘtre juste ». Elle finit par se rassurer en disant « que lĂ  (lre ligne) c’est des carrĂ©s et lĂ  (2e) c’est des grands » mais n’arrive alors plus Ă  comprendre qu’avec 4 grands carrĂ©s la solution est juste tandis qu’avec 2 grands et 2 petits elle ne l’est pas ! La preuve de cette difficultĂ© Ă  concevoir l’identitĂ© faute d’y voir une forme d’intersection est qu’elle accepte un grand rond vert et un petit carrĂ© rouge, « il y a 1 (grand) et 1 (carrĂ©) », mais qu’elle dĂ©clare d’elle-mĂȘme : « Si on rajoutait un grand carrĂ© rouge (ce qui ferait justement une intersection correcte) ce serait faux » donc le contraire et les diffĂ©rences elle rĂ©agit comme Cat.

Sen (7 ;10) rĂ©pĂšte bien la consigne, autant « de grands que de carrĂ©s » mais ne prend que des grands carrĂ©s et ronds pour avoir « autant de grands carrĂ©s rouges et verts et de grands ronds rouges et verts ». Elle n’arrive Ă  l’égalitĂ© voulue que trĂšs laborieusement.

Ole (7 ;5) par contre dĂ©bute par 4 grands carrĂ©s mais justifie d’abord l’égalitĂ© n grands = n carrĂ©s en ne disant que « on voit, ils sont grands, ils sont rouges. — Et n grands = n carrĂ©s ? — Parce que j’ai mis des grands ». Mais cette comprĂ©hension est si fragile que, pour une autre solution, il ajoute 4 petits carrĂ©s verts ; puis il reconnaĂźt qu’on doit les enlever et revient Ă  l’identitĂ© avec 4 grands carrĂ©s verts, sans trouver d’autre combinaison. Pour les n rouges = n ronds, il complĂšte naturellement le dispositif par 3 ronds verts, mais trouve (ce qui est un progrĂšs) qu’on peut ajouter 2 ronds rouges et 2 carrĂ©s verts en conservant l’égalitĂ© (6 ronds et 6 rouges). Seulement avant de la dĂ©gager il retombe dans la description Ă  une seule partition : « Il y a 6 ronds et 6 carrĂ©s. » Les inclusions, les « ou » et « et » et les contraires sont du niveau de Cat.

And (8 ;3) dĂ©bute par une fausse disjonction : 4 grands carrĂ©s pour les « carrĂ©s » et 4 grands ronds pour les « grands » ; puis il aperçoit son erreur et enlĂšve les grands ronds : en ce cas « il y aura 4 grands et puis en mĂȘme temps c’est des carrĂ©s ». Cela paraĂźt une comprĂ©hension complĂšte, mais il se demande alors si l’on peut rajouter 4 petits carrĂ©s et il a besoin de le faire pour voir qu’alors 8 carrĂ©s > 4 grands. Il ne rĂ©ussit pas non plus du premier coup la question facile des n ronds = n rouges, mais parvient ensuite par tĂątonnements jusqu’à 8 ronds = 8 rouges dont 4 rouges et ronds (intersection non voulue comme telle). MĂȘme rĂ©ussite par tĂątonnements pour 12 = 12.

Bur (8 ;4) pour les carrĂ©s et les grands se propose de placer les carrĂ©s des deux cĂŽtĂ©s d’un alignement « et les grands au milieu », mais ce n’est pas une intersection et elle aboutit Ă  un petit carrĂ© et deux grands, puis Ă  un grand rond et deux grands carrĂ©s en appelant « les carrĂ©s » le premier trio et « les grands » le second. Mais, bien que la solution soit correcte, elle est gĂȘnĂ©e du fait que « les grands carrĂ©s sont aussi des carrĂ©s » et elle les remplace par des petits. Voyant sa faute elle passe Ă  une simple disjonction : 3 grands ronds et 3 petits carrĂ©s. D’autre part, elle se refuse Ă  l’adjonction d’un petit rond rouge « parce qu’il n’est pas grand et pas carré  ça ne change pas (n grands = n carrĂ©s) mais on n’a seulement pas le droit de le mettre ». Par contre, elle accepte un grand carrĂ© vert « parce qu’il est grand et carré », mais en prend 2 pour respecter la forme disjonctive. De mĂȘme, pour n rouges = n ronds, Bur, Ă  la suite de bonnes disjonctions refuse l’adjonction d’un carrĂ© vert puisqu’il n’est ni rouge ni rond, mais aprĂšs un dĂ©nombrement elle reconnaĂźt qu’« il ne compte pas, ça change rien », mais un rond rouge rajoutĂ© lui paraĂźt entraĂźner « plus de rouges, parce que ce rond il est rouge », sans voir que de ce fait cela implique aussi plus de ronds.

Ce niveau du dĂ©but des opĂ©rations concrĂštes ne marque pas le tournant dĂ©cisif auquel on aurait pu s’attendre dans la construction des partitions hĂ©tĂ©rogĂšnes, et l’on ne constate, Ă  titre de progrĂšs, que l’accession finale aux solutions par disjonctions correctes, mais aprĂšs de nombreux tĂątonnements et en partant de fausses oppositions. Il s’y ajoute une meilleure comprĂ©hension des solutions d’identitĂ©s, mais non encore complĂšte et restant insuffisante pour conduire aux intersections.

En ce qui concerne les solutions de disjonction exclusive, on voit ainsi Ema partir encore de l’opposition entre grands et petits (sans lecture suffisante du rĂ©sultat obtenu fortuitement pour voir qu’il rĂ©pondait en fait la consigne 1) et ne parvenir Ă  n grands = n carrĂ©s qu’aprĂšs de multiples tĂątonnements. Sen part de son cĂŽtĂ© de la partition entre ronds et carrĂ©s, et And procĂšde de mĂȘme.

Quant aux identitĂ©s, le sujet se rapproche de l’idĂ©e de deux classes comprenant le mĂȘme contenu, mais avec le besoin de les considĂ©rer encore comme si elles Ă©taient disjointes : Ema dit bien « c’est des carrĂ©s (4) et puis c’est grand », mais elle prĂ©cise que 2 d’entre eux « c’est des grands » et les deux restants « c’est des carrĂ©s », comme si elle oubliait qu’ils sont tous l’un et l’autre. Ole et And hĂ©sitent tous deux malgrĂ© la bonne formule de ce dernier : « Il y a 4 grands et en mĂȘme temps c’est des carrĂ©s. »

L’intersection demeure donc non rĂ©alisĂ©e sauf lorsqu’elle est involontaire (And) et Ema va jusqu’à dire « ce serait faux » ; de son cĂŽtĂ© Bur, pour un rond rouge, ne voit que cette seconde qualitĂ© jusqu’à soutenir cette affirmation contradictoire : cela ferait « plus de rouges (que de ronds) parce que ce rond il est rouge ». Quant aux adjonctions d’élĂ©ments que l’on propose en conservant l’égalitĂ© voulue, certaines sont acceptĂ©es, mais elles sont en gĂ©nĂ©ral refusĂ©es : « Ça ne change pas, dit Bur, mais on n’a seulement pas le droit de les mettre », car cela rompt l’équilibre des dichotomies.

Quant aux différences et aux « contraires » (Cat), ils sont notés avec exactitude en compréhension, mais ne donnent pas encore en extension, le tableau des sous-systÚmes correspondant aux partitions hétérogÚnes.

§ 4. Le niveau IIB

A ces Ăąges de 8 1/2-9 ans, on retrouve, chose Ă©tonnante, les mĂȘmes erreurs initiales que prĂ©cĂ©demment, mais aboutissement plus rapidement Ă  des disjonctions correctes et surtout, ce qui est nouveau, Ă  des intersections explicitement justifiĂ©es.

Eri (8 ;3) dĂ©bute par 6 grands ronds et 6 carrĂ©s mais dont 3 grands, ce qui donne 9 > 6 : « Montre les carrĂ©s. — (Il le fait.) — Et les grands. — Il y a le groupe (6 ronds) et puis les 3 (grands carrĂ©s). On devrait les mettre au milieu (sentiment d’intersection, mais implicite). — Alors ? — Il y a plus de grands que de carrĂ©s. — Quoi faire ? — Enlever ceux-lĂ  (3 grands carrĂ©s) et mettre 3 petits carrĂ©s parce que ça (grands carrĂ©s) faisait partie des grands et des carrĂ©s. » Il arrive ainsi Ă  une disjonction correcte 6 = 6 et, pour une autre solution, il en donne une semblable mais Ă  9 = 9. « Et une solution diffĂ©rente ? — Oui (4 petits carrĂ©s, deux grands et 4 grands ronds, d’oĂč 6 grands = 6 carrĂ©s) parce que les 4 petits carrĂ©s avec les 2 grands ça fait 6 carrĂ©s, et on a aussi 6 grands parce que lĂ  (2 grands carrĂ©s) c’est aussi des grands. » L’intersection est donc explicite : « LĂ  (solution I de disjonction) c’est sĂ©parĂ©, tandis qu’ici il y en a 2 qui peuvent aller dans les deux ensembles. » Autre solution : 3 petits carrĂ©s, 1 grand et 3 grands ronds : « C’est une solution nouvelle ? — Il y a moins de chiffres. — Et une autre, trĂšs simple ? — Un petit carrĂ©, un grand carrĂ© et un grand rond
 C’est la mĂȘme chose mais les nombres sont diffĂ©rents. — Et avec une seule sorte de figures ? —   » Il ne trouve donc pas l’identitĂ©, mais est d’accord aprĂšs question qu’à l’une de ces solutions on peut rajouter un grand carrĂ©. « Et tout le paquet ? — On aura autant parce qu’ils peuvent aller dans les grands et dans les carrĂ©s. —  Et un million ? —  Toujours la mĂȘme chose. — Et si l’on met ensemble 2 solutions il y aura toujours autant de carrĂ©s et de grands ? — Oui (il le fait). »

Hen (8 ;9) donne encore de fausses disjonctions telles que 2 petits carrĂ©s et 2 grands (d’oĂč 4 > 2), mais il arrive rapidement Ă  2 grands ronds et 2 petits carrĂ©s et surtout il leur ajoute ensuite 2 grands carrĂ©s « parce qu’ils sont carrĂ©s et en mĂȘme temps grands ». Mais il retombe dans les fausses disjonctions jusqu’à 10 carrĂ©s dont 6 grands (!) en dĂ©viant sur l’opposition verts-rouges (4 grands et petits de chaque) et en mettant au milieu 2 grands rouges parce qu’à la fois « grands, rouges et carrĂ©s »). Il ne pense pas de lui-mĂȘme Ă  l’identitĂ©, mais quand on lui demande si la solution serait possible avec « un seul tas » il rĂ©pond : « Ceux-lĂ  (grands carrĂ©s rouges) parce qu’ils sont grands et carrĂ©s. » Pour les n rouges = n ronds il varie toutes les solutions justes jusqu’à 8 carrĂ©s rouges, 8 ronds verts et entre-deux 8 ronds rouges qui « sont en mĂȘme temps avec ceux-lĂ  parce qu’ils sont rouges et lĂ  parce qu’ils sont ronds ».

Lau (9 ;0) pour n grands = n carrĂ©s commence par la fausse disjonction grands ronds et grands carrĂ©s, puis remplace ceux-ci par des petits. Il accepte d’emblĂ©e un petit carrĂ©, un grand rond et un grand carrĂ© parce que ce dernier « peut aller aux deux endroits, lĂ  parce qu’il est carrĂ© et lĂ  parce qu’il est grand ». Pour varier les solutions, il ne trouve que des changements de couleurs, par gĂ©nĂ©ralisations simplement extensionnelles puis, lorsqu’on lui propose 3 grands carrĂ©s il en rajoute 1 pour faire disjonction 2 contre 2 mais dĂ©couvre alors qu’ils valent Ă  la fois pour les grands et les carrĂ©s.

Bon (9 ;1) dĂ©bute par ce qu’il croit ĂȘtre une disjonction (deux grands carrĂ©s face Ă  deux autres) mais dĂ©couvre alors l’identité : « C’est rien que des carrĂ©s
 et ils sont tous grands. » Mais s’il exploite cette solution par variations diverses de couleurs (2 verts, 2 rouges en positions distinctes), il retombe ensuite dans de fausses disjonctions. Pour « le contraire » d’un grand carrĂ© vert il montre d’emblĂ©e le petit rond rouge en justifiant les trois diffĂ©rences. De plus, contrairement aux sujets du niveau HA (cf. Cat) qui ne raisonnent encore que sur les comprĂ©hensions, Bor prĂ©cise les extensions : trois figures Ă  une diffĂ©rence (il dit d’abord deux puis indique la troisiĂšme) et trois Ă  deux diffĂ©rences (il les montre d’emblĂ©e). Quant Ă  ce petit rond Ă  trois diffĂ©rences, il est seul parce que « c’est moins prĂšs du carré ».

Ces rĂ©actions prĂ©parent enfin, mais nettement, l’« ensemble des parties ». Les partitions hĂ©tĂ©rogĂšnes demandĂ©es conduisent rapidement Ă  des disjonctions correctes, les identitĂ©s sont comprises pour ce qu’elles sont (« ils sont grands et carrĂ©s » dit Hen, sans dichotomie entre sous-ensembles) et surtout les intersections sont atteintes spontanĂ©ment et frĂ©quemment, d’oĂč l’inutilitĂ© et la faible frĂ©quence des solutions spontanĂ©es d’identitĂ©s. Enfin le sujet dĂ©duit avant de le vĂ©rifier que deux solutions justes distinctes peuvent ĂȘtre rĂ©unies avec conservation des Ă©galitĂ©s n = n et il commence Ă  traduire en extension les relations « diffĂ©rent » et « contraire ». Il suffira donc d’une diminution des tĂątonnements pour aboutir aux rĂ©ussites rapides du stade III.

§ 5. Le stade III

Voici d’abord un exemple de rĂ©action intermĂ©diaire entre les niveaux IIB et III :

Pat (10 ;0) dĂ©bute encore par une fausse disjonction (grands et petits carrĂ©s) mais le corrige vite avec deux grands ronds Ă  la place des grands carrĂ©s. « Ce qui est ennuyeux c’est ces deux-lĂ  (grands carrĂ©s du dĂ©but qu’elle voudrait placer) : ils sont grands et carrĂ©s. — Ça n’irait pas ? — Il faut les mettre au milieu (intersection). — Les deux solutions sont aussi bonnes ? — Celle-ci (intersection) est meilleure parce qu’on peut mettre ces deux-lĂ . —  Quelle est la diffĂ©rence entre les deux solutions ? — Ça (disjonction) c’est grand OU carrĂ© et ça (intersection) c’est grand ET carrĂ©. —  Y a-t-il encore une solution ? — Ah oui (deux grands carrĂ©s) : c’est grand et carrĂ©. — Et il y en a autant ? — Oui
 enfin
 oui puisqu’ils sont grands et carrĂ©s. » Les contraires : cf. Bor.

Et enfin un cas franc :

Bla (10 ;10), aprĂšs malentendu sur la question (il pensait Ă  une Ă©quivalence de surfaces), trouve d’emblĂ©e deux bonnes disjonctions (deux grands ronds et deux petits carrĂ©s ou l’inverse des grandeurs), puis dĂ©couvre que deux grands carrĂ©s suffisent, puis un grand rond et un petit carrĂ©, puis « on peut aussi mettre un seul grand carré ». Si on adjoint un petit rond rouge Ă  ce carrĂ© unique « ça ne joue pas
 oui je crois que ça joue quand mĂȘme », etc. « On peut aussi changer les couleurs, mais ça reste les mĂȘmes solutions. » Quant aux nĂ©gations et aux contraires : « Tu peux me montrer tout ce qui n’est pas un grand carrĂ© vert ? — (EnumĂ©ration) (juste). — Et le contraire (du mĂȘme). — (Il montre le petit carrĂ© rouge.) Ah non, ce qui est juste c’est le petit rond rouge parce qu’il est rond. —  Quelle est la diffĂ©rence entre « le contraire » et « quelque chose qui n’est pas »? — Je vais vous expliquer. » Pour la nĂ©gation il montre les 7 figures (non grand carrĂ© vert) en indiquant les diffĂ©rences. Quant au contraire, il n’y en a « qu’un parce qu’il faut faire exactement : rouge, c’est pas la couleur, petit c’est pas la grandeur et rond c’est pas la forme ». Il donne donc ainsi la dĂ©finition de la rĂ©ciproque (chaque propriĂ©tĂ© niĂ©e) par opposition Ă  la complĂ©mentaire ou nĂ©gation du groupe INRC.

On voit que, parvenu Ă  ce niveau, le sujet devient capable d’accĂ©der Ă  la combinatoire source de l’ensemble des parties, et il pourrait en tirer le groupe INRC puisqu’il distingue les inversions et rĂ©ciprocitĂ©s. On peut d’ailleurs considĂ©rer nos 8 Ă©lĂ©ments comme constituant une structure de groupe Ă  8 opĂ©rations dont l’identique et 7 involutions : changements de forme F, de grandeur G, de couleur C, de F G Ă  la fois, de FC, de CG et de FCG. Seulement il ne s’agit pas lĂ  d’un groupe INRC, mais de l’un de ces groupes de simple ou double quater- nalitĂ© permettant de passer d’un casier Ă  un autre au sein d’une table multiplicative Ă  4 ou 8 Ă©lĂ©ments. Par contre, si notre table ne contenait que 4 Ă©lĂ©ments, l’ensemble des 16 parties et la distinction des inverses et des rĂ©ciproques donneraient facilement lieu Ă  des infĂ©rences conformes au groupe INRC.

§ 6. Conclusion

Partant d’une classification additive quelconque, la vicariance consiste Ă  changer de partition. A rĂ©unir ces deux (ou n) partitions on obtient une table Ă  double (1 2\ L’ensemble des parties revient Ă  3 4 J considĂ©rer, non seulement ces quatre parties, mais encore celles qui rĂ©sultent de leurs combinaisons (1, 2) ; (1, 3) ; (1, 4) etc., ou (1, 2, 3) ; (1, 3, 4), etc., y compris 0 ; 1 et les 4 Ă  la fois (donc 16 en tout). Les questions que nous avons posĂ©es aux sujets consistent en particulier Ă  faire comparer deux parties telles que (1, 2) et (1, 3) en demandant d’égaliser le nombre de leurs Ă©lĂ©ments, soit n(l + 2) — n(l 3). S’il y a effectivement lĂ  une dĂ©marche orientĂ©e dans la direction de l’ensemble des parties, le problĂšme est maintenant de comprendre par quelles gĂ©nĂ©ralisations s’effectue cette construction, la difficultĂ© principale Ă©tant, nous l’avons vu sans cesse, de raisonner sur deux partitions Ă  la fois, autrement dit sur des partitions hĂ©tĂ©rogĂšnes et non pas simplement sur des dichotomies.

Les solutions trouvĂ©es par les sujets pour Ă©galiser n(l -|- 2) Ă  n(l -j- 3) ont Ă©tĂ© de trois sortes : l’identitĂ©, consistant Ă  n’utiliser que la sous-classe ou partie 1 en nĂ©gligeant 2 et 3 ; la disjonction exclusive n2 = n3 en Ă©cartant la partie commune 1 ; et la disjonction non exclusive avec intersection (1 -j- 2 + 3) ou n(l + 2) = n(l 4- 3). Mais ces solutions ne se sont pas prĂ©sentĂ©es dans un ordre quelconque et c’est d’abord leur ordre de construction qui va nous renseigner sur le mĂ©canisme de celle-ci.

I) Cet ordre de succession dĂ©bute par une phase trĂšs instructive, propre au niveau IA : la question Ă©tant de trouver « autant » de « carrĂ©s » n(l 2) que de « grands » n(l + 3) » le sujet nĂ©glige entiĂšrement l’extension « autant » (donc n) et ne retient que les significations en comprĂ©hension « carré » et « grand » : il se borne donc Ă  rassembler quelques « grands carrĂ©s », ce qui ne prĂ©sente aucune difficultĂ©, puisqu’en comprĂ©hension un objet peut se voir attribuer plusieurs qualitĂ©s sans recourir Ă  des partitions ni Ă  des nĂ©gations, tandis qu’en extension leur dĂ©limitation suppose des partitions forcĂ©ment hĂ©tĂ©rogĂšnes (du fait qu’on invoque plus qu’une seule qualitĂ©) avec les extensions et les nĂ©gations qu’elles comportent.

La seconde phase (niveau IB) est celle oĂč les solutions justes se bornent encore Ă  des identitĂ©s (partie 1), sans rĂ©ussite des disjonctions (n2 = n3), mais avec un dĂ©but d’extension appliquĂ©e Ă  cette partie 1. Seulement il s’agit d’une forme particuliĂšre d’extension qui ne se rĂ©fĂšre pas encore Ă  l’intersection (= ceux qui sont « à la fois » grands et carrĂ©s), mais qui reste tributaire des classes disjointes propres aux partitions dichotomiques homogĂšnes : le sujet choisit un nombre pair de grands carrĂ©s, par exemple 4 (et la prĂ©fĂ©rence pour un tel nombre pair dure mĂȘme assez longtemps) et il en considĂšre la moitiĂ© comme « carrĂ©s » et l’autre moitiĂ© comme « grands ». Il y a donc lĂ  un dĂ©but de partition hĂ©tĂ©rogĂšne, mais rendue facile du fait qu’elle s’applique Ă  de mĂȘmes Ă©lĂ©ments (les carrĂ©s grands) et ne comporte donc aucune nĂ©gation explicite.

La troisiĂšme phase est celle d’une gĂ©nĂ©ralisation de ce dĂ©but de partition hĂ©tĂ©rogĂšne en extention, alors appliquĂ©e Ă  de nouveaux Ă©lĂ©ments (en plus de 1) soit carrĂ©s, soit ronds, mais cela non sans de trĂšs laborieux tĂątonnements. Cette gĂ©nĂ©ralisation entraĂźne une constitution de nĂ©gations (diffĂ©rents ou « contraires ») mais encore en comprĂ©hension, sans rĂ©glage immĂ©diat des extensions. Seulement s’il y a ainsi construction finale des disjonctions exclusives (n2 = n3), l’identitĂ©, quoiqu’on progrĂšs, reste liĂ©e au besoin de ne raisonner que sur des classes disjointes (comme le sont les classes 2 et 3) et les grands carrĂ©s de la classe 1 demeurent en nombres pairs (ordinairement Ă  nouveau 4) comme s’il s’agissait encore d’une moitiĂ© de « carrĂ©s » et de l’autre des « grands », d’oĂč l’échec Ă  l’intersection.

La quatriĂšme phase marque enfin la gĂ©nĂ©ralisation de l’extension, qui s’applique non seulement aux nĂ©gations (classes Ă  une, deux ou trois diffĂ©rences), mais Ă  l’identification : les « grands carrĂ©s » 1 ne forment plus que deux classes de mĂȘme contenu, donc identiques en extension quoique de qualitĂ©s doubles en comprĂ©hension. La disjonction non exclusive avec intersection (1 — |— 2 -|— 3) devient alors possible grĂące Ă  une synthĂšse gĂ©nĂ©ralisatrice de l’identitĂ© (1) et de la disjonction (2 3), donc par gĂ©nĂ©ralisation de la partition hĂ©tĂ©rogĂšne.

La cinquiĂšme phase, non Ă©tudiĂ©e ici, sera alors celle de la construction combinatoire de toutes les parties possibles, d’oĂč le simplexe 2n, mais qui se borne Ă  rĂ©unir de toutes les maniĂšres les solutions fondĂ©es sur les classes 1 ; 2 4~ 3 ; et 14-24-3, avec naturellement en plus l’intervention de la classe 4.

II) Pour ce qui est maintenant des processus des gĂ©nĂ©ralisations elles-mĂȘmes, il est clair que l’on trouve, dans les faits qui prĂ©cĂšdent, quelques gĂ©nĂ©ralisations inductives, mais surtout une Ă©laboration continue de gĂ©nĂ©ralisations constructives. Les premiĂšres se rencontrent lorsque le sujet ayant dĂ©couvert une solution (fausse ou correcte) l’applique sans plus Ă  de nouveaux contenus (couleurs, etc.), dĂ©jĂ  prĂ©sents dans les donnĂ©es, mais non utilisĂ©s jusque-là : en ce cas il n’y a pas crĂ©ation de nouvelles formes ni a fortiori construction de nouveaux contenus, mais une simple application du schĂšme rĂ©solutoire prĂ©cĂ©dent. Par contre, dans le cas du passage progressif entre les classes disjointes propres aux partitions homogĂšnes (ou aux groupements additifs) et les liaisons nouvelles qu’exigent les partitions hĂ©tĂ©rogĂšnes ou finalement l’ensemble des parties, il y a constamment gĂ©nĂ©ralisation constructive au sens de la production de nouvelles formes, dont celles de rang infĂ©rieur sont les contenus de celle de rang supĂ©rieur (1 classe dans les rĂ©unions de 2, rĂ©unions de 2 dans celles de 3, etc.), de telle sorte qu’on peut parler de la crĂ©ation simultanĂ©e de formes et de contenus.

Avant de chercher Ă  dĂ©gager ce que comporte cette construction du point de vue des diffĂ©renciations et intĂ©grations ou de celui des rapports entre la comprĂ©hension et l’extension, revenons aux processus qui conduisent de chacune de nos cinq Ă©tapes Ă  la suivante.

La premiĂšre est caractĂ©risĂ©e, comme on l’a vu, par de simples significations Ă©lĂ©mentaires en comprĂ©hension : carrĂ© et grand, ou rouge et rond, et le problĂšme est alors d’expliquer le dĂ©but de mise en extension propre Ă  la seconde Ă©tape. Or, le choix des « grands carrĂ©s » propre Ă  l’identitĂ© qui caractĂ©rise la premiĂšre suppose dĂ©jĂ  deux partitions implicites consistant Ă  opposer les carrĂ©s aux ronds et les grands aux petits, et cela dans les deux cas, en deux classes disjointes. Ce serait donc ce schĂšme de dichotomie qui serait gĂ©nĂ©ralisĂ© Ă  l’intĂ©rieur de la classe 1 des « grands carrĂ©s », sans que le sujet ait Ă  remarquer la nature hĂ©tĂ©rogĂšne de la partition demandĂ©e, puisque la rĂ©union des « grands carrĂ©s » ne s’effectue encore qu’en comprĂ©hension : la partition ainsi gĂ©nĂ©ralisĂ©e aboutit en ce cas Ă  la seconde Ă©tape, c’est-Ă -dire que, sur ces grands carrĂ©s, la moitiĂ© sera considĂ©rĂ©e comme des « carrĂ©s » et l’autre moitiĂ© comme des « grands ».

Vient alors la troisiĂšme phase. La partition prĂ©cĂ©dente Ă©tant une gĂ©nĂ©ralisation des partitions dichotomiques, la suite des gĂ©nĂ©ralisations conduira donc le sujet : a) Ă  chercher de nouvelles dichotomies en considĂ©rant les autres Ă©lĂ©ments qu’en 1, et b) Ă  les chercher en s’inspirant d’abord, comme prĂ©cĂ©demment, des partitions homogĂšnes qui ont permis d’opposer les carrĂ©s aux ronds et les grands aux petits. De a) et de b) rĂ©sultent ainsi les fausses disjonctions (ou simplement non pertinentes) qui apparaissent dĂ©jĂ  au cours des phases prĂ©cĂ©dentes mais durent plus ou moins longtemps au cours des premiers tĂątonnements des sujets de la troisiĂšme. Seulement, comme les Ă©lĂ©ments de la classe 1 sont dĂ©jĂ  rĂ©partis en « grands » et « carrĂ©s », en comprĂ©hension et avec un dĂ©but d’extension, un autre facteur c) de gĂ©nĂ©ralisation intervient en plus, qui consiste Ă  concilier les nouvelles partitions avec la partition interne en « grands » et en « carrĂ©s » s’imposant Ă  l’intĂ©rieur de la classe 1 : d’oĂč finalement les disjonctions correctes du niveau IIA oĂč la partition hĂ©tĂ©rogĂšne s’étend aux classes 2 et 3 par un rĂ©glage combinĂ© des extensions et des nĂ©gations.

Mais il reste encore en ce cas Ă  effectuer une nouvelle gĂ©nĂ©ralisation pour relier les « grands » de la classe 1 aux « grands, mais non carrĂ©s » de la classe 2, ainsi que les « carrĂ©s » de la classe 1 aux « carrĂ©s mais non grands » de la classe 3 : d’oĂč la solution de disjonction non exclusive avec intersection, dont il a Ă©tĂ© dĂ©jĂ  dit qu’elle constitue une synthĂšse de l’identification et de la disjonction simple. Ce dĂ©passement gĂ©nĂ©ralisateur, qui permet enfin au sujet de se libĂ©rer des classes disjointes pour procĂ©der Ă  des partitions hĂ©tĂ©rogĂšnes quelconques, conduit alors dĂšs 11-12 ans Ă  cette gĂ©nĂ©ralisation terminale constitutive de l’ensemble des parties.

III) Ces gĂ©nĂ©ralisations successives prĂ©sentent en outre deux caractĂšres remarquables qui tiennent aux rapports entre les diffĂ©renciations et les intĂ©grations, ainsi qu’entre les comprĂ©hensions et les extensions.

Il va de soi, en effet, que les gĂ©nĂ©ralisations dĂ©crites (sous II) ne consistent pas simplement Ă  ajouter de nouvelles relations aux prĂ©cĂ©dentes, mais exigent une diffĂ©renciation continuelle de sous-systĂšmes qu’il s’agit ensuite de coordonner. Le schĂšme lui- mĂȘme de partition hĂ©tĂ©rogĂšne, si difficile jusqu’aux niveaux IIB et III (cas intermĂ©diaires) Ă  dissocier des partitions homogĂšnes, est le produit d’une diffĂ©renciation laborieuse entre les diffĂ©rentes rĂ©unions que l’on peut effectuer selon les deux dimensions | et -> de la table Ă  double entrĂ©e (laquelle constitue le produit des vicariances initiales elles-mĂȘmes dĂ©jĂ  diffĂ©renciatrices).

Mais il convient de distinguer deux sortes de diffĂ©renciations selon qu’il s’agit de variations extrinsĂšques, c’est-Ă -dire donnĂ©es dans les objets dont les diffĂ©rences imposent les nĂ©gations comme du dehors (mais Ă  condition de traduire les comprĂ©hensions en extensions) et les variations intrinsĂšques, c’est-Ă -dire liĂ©es aux implications que l’on peut tirer des significations. Les premiĂšres se prĂ©sentent, par exemple, lorsque le sujet applique une mĂȘme forme Ă  diffĂ©rents contenus, d’oĂč des gĂ©nĂ©ralisations simplement extensionnelles. Les secondes interviennent par contre lorsqu’il s’agit de distinguer des formes et d’en construire de nouvelles, ce qui suppose alors une construction des nĂ©gations par le sujet lui-mĂȘme. Par exemple, les sujets commencent par confondre le « et » et le « ou », donc xy et x vy, puis les diffĂ©rencient et distinguent dans la suite le « ou » exclusif xy √ xy et non exclusif xy y xy V xy, ce qui implique que la qualitĂ© x soit affirmĂ©e en xy et niĂ©e en xy. Or, ces variations intrinsĂšques constituent la source mĂȘme des gĂ©nĂ©ralisations constructives, en tant que chaque signification nouvelle ouvre Ă  son tour de nouvelles possibilitĂ©s.

Chaque couple (1, 2), (2, 3), etc., ou trio (1, 2, 3) etc., de parties, distingués en un simplexe comporte en effet, chacun une signification particuliÚre en tant que réunion, et bien distincte de la réunion totale (1, 2, 3, 4), simple arrangement multiplicatif des données en jeu.

Les diffĂ©renciations exigent ensuite des intĂ©grations en structures plus riches, mais ce qui est remarquable est que cette richesse augmente Ă  la fois quant aux propriĂ©tĂ©s des formes (comprĂ©hension) et au nombre des contenus (extension). Il existe Ă  cet Ă©gard deux grandes diffĂ©rences entre l’ensemble des parties et les simples groupements. Pour un groupement multiplicatif Ă  4 Ă©lĂ©ments, on a 16 « parties », et, s’il y a 8 classes Ă©lĂ©mentaires, on a 256 « parties » (donc 2”), ce qui constitue un accroissement considĂ©rable des remaniements de contenus. Quant Ă  la forme, les structures de cette combinatoire et du groupe INRC montrent assez l’enrichissement en comprĂ©hension, l’intĂ©gration Ă©tant en ce cas « complĂ©tive » et non pas simplement « coordinatrice », puisqu’elle ajoute des propriĂ©tĂ©s structurales nouvelles et ne se borne pas Ă  multiplier les emboĂźtements (comme lorsqu’on intĂšgre une classification pauvre en une autre plus dĂ©taillĂ©e). Ce double enrichissement en formes et en contenus ne signifie pas qu’au point de vue statique des propriĂ©tĂ©s dĂ©jĂ  construites il y ait exception Ă  la loi de rapport inverse de la comprĂ©hension et de l’extension, mais que, du point de vue des transformations ou variations intrinsĂšques, il y a construction corrĂ©lative (successive ou simultanĂ©e) de formes et de contenus (ceux-ci en leurs rĂ©arrangements avec leurs significations diffĂ©renciĂ©es).

Au total, la construction de l’ensemble des parties constitue un exemple type de gĂ©nĂ©ralisation constructive, tant dans le dĂ©tail des raisonnements conduisant d’une Ă©tape Ă  la suivante grĂące au progrĂšs des extensions et des nĂ©gations que dans la comparaison structurale des points de dĂ©part et d’arrivĂ©e.